vendredi 29 novembre 2013

Naufrages

Ce livre d'Akira Yoshimura est sur ma LAL depuis des temps antédiluviens. Trouvé un peu par hasard en bibliothèque, il m'a fait prendre conscience que je n'avais pas lu d'auteur asiatique depuis des mois. Et que cela m'avait manqué !

Ce roman est l'histoire d'Isaku, un jeune garçon qui vit avec sa mère, son frère et ses soeurs dans un village japonais complètement perdu. Accroché aux falaises, il vit de la pêche. Au fil des saisons, les villageois pêchent des sardines, des poulpes, des coquillages qu'ils échangent au village voisin contre des céréales. Le temps, cyclique, s'écoule doucement pour cette famille dont le père est parti se vendre et travailler dans un village lointain pour une durée de trois ans. Toutefois, l'hiver est un moment spécial pour le village : les habitants nourrissent de grands feux durant la nuit pour que les bateaux s'échouent...

Nous voyons Isaku grandir et s'affirmer comme l'homme de la famille. Il apprend. Il observe. Et à son tour, il enseigne à son frère. Ce roman d'une chefferie primitive est d'une grande beauté. L'homme y survit dans la rudesse, en tirant ce qu'il peut de la nature.



jeudi 28 novembre 2013

Contes à l'envers

licorne-imaginaireCe livre de Philippe Dumas et Boris Moissard est dans ma LAL depuis des années pour une bonne raison : il s'agit de contes détournés de leur version originale et originelle. Et vous savez comme j'aime les contes et leurs réécritures !

Pensez ainsi à Blanche-Neige. Eh bien, figurez-vous qu'elle a été le fer de lance de la libération masculine. 
Et le chaperon bleu marine ? Bien moins maligne que sa mère-grand !
La fée Mirobola doit s'y reprendre à plusieurs fois mais elle parvient à rendre heureux les enfants. 
Et la Belle au doigt bruyant a failli faire disparaître tout son quartier. 
Enfin, marcher à reculons, c'est gage d'une vie réussie ! 

A travers cinq contes courts, les auteurs nous emmènent au pays des contes amusants. Ceux-ci s'ancrent dans une réalité qui ressemble à la notre. Mais où il est toujours possible de sauver une jolie princesse et où les fées sont toujours bien actives ! 

mercredi 27 novembre 2013

Le chat de Schrödinger

Ce roman de Philippe Forest m'a été conseillé par Antoine, un soir de SMV. 

félin-guépard-bébé

Schrödinger et son chat à la fois mort et vivant ne m'étaient pas inconnus. Ce n'est certainement pas en physique que j'ai pu croiser le savant et sa théorie mais toujours est-il que le concept me parlait. Vaguement. Qu'en fait Forest ? Un roman à multiples épaisseurs. Il y a un peu de vie : celle d'un homme qui vit près de la mer et qui voit un chat l'accompagner toute une année. Il y a un peu de physique, celle qui parle de la réalité et de la non-réalité, des univers parallèles, des "si...". Il y a des questions, des réflexions.

L'ensemble m'a semblé très touffu. C'est certes bien écrit, ce n'est pas inintéressant, mais une fois la dernière page tournée, je me demande encore ce qu'il fallait y trouver. Déstabilisant. 

mardi 26 novembre 2013

Mon musée imaginaire ou les chefs-d'oeuvre de la peinture italienne

Ce beau livre de Paul Veyne m'a fait du gringue dès sa sortie. Un Corrège en couverture, de jolies images à l'intérieur et un auteur spécialisé en histoire romaine : tout pour me plaire. 
Raphael-musée-peinture-italie
Et après lecture, je peux vous assurer que toutes les salles de ce musée valent le détour. Chaque chapitre (salle du musée) est introduit par quelques infos (une page) sur le siècle ou le peintre dont les œuvres sont ensuite présentées. Les textes qui les accompagnent peuvent apporter des précisions stylistiques, historiques ou iconographiques. L'ensemble propose un voyage du XIIIe au XVIIIe siècle parmi les peintres italiens. Les œuvres peuvent être présentées dans des musées très variés mais beaucoup sont en Italie. On croise bien entendu Giotto, Fra Angelico, Botticelli, Raphael, Giorgione, Titien, Le Caravage, Tiepolo mais aussi Dosso Dossi ou Albertinelli. 

Le tout se lit d'une traite ou à petite dose, selon les habitudes de chacun. Préférez-vous parcourir les musées in extenso ou revenir voir des salles différentes à chaque visite ? Eh bien là, vous pouvez faire les deux : tout découvrir puis retourner à vos favoris, pour mieux les connaitre, pour les observer plus attentivement...

Attention, cet ouvrage va vous donner furieusement envie de filer au musée ! Et une belle idée de cadeau pour Noël. 

Dans le même style, il y a bien entendu : 
L'oeuvre dévoilée
Comprendre l'art moderne
Comment regarder un tableau

Et pour ceux qui aiment la Renaissance, l'art et les romans, il faut vous jeter sur Pietra viva !


lundi 25 novembre 2013

7 ans... et des livres à gagner !

Qui pouvait imaginer en novembre 2006 que cette histoire durerait sept ans ?

Je fais rarement des bilans mais voici ce que j'ai envie de vous raconter maintenant que mon blog a atteint l'âge de raison.
C'est chez Allie que j'ai posté mes premiers commentaires. J'ai ensuite beaucoup lu Lou, Camile, Fashion et Hilde. Et j'ai sauté le pas. Aujourd'hui, on peut trouver plus de 1550 billets sur ce blog. 
Depuis quelques années, la blogosphère n'est plus si confidentielle. Mes habitudes ont changé : je commente moins, je lis aussi moins de blogs, je ne partage plus de thés avec le club des théières (et ça me manque un peu). Mais je lis toujours autant et je varie mes styles de bouquins. Je fréquente toujours plus les bibliothèques de Paris. Je conseille mes amis en lectures sans leur parler de ce petit coin de web...

Pour fêter cet anniversaire, je ne vous invite pas seulement à souffler les bougies avec moi. Je vous propose aussi de gagner quelques livres. Pour cela, il va vous falloir être persuasif. Je vous invite à poster en commentaire les références d'un livre que je n'ai pas lu (méfiez-vous, l'index n'est pas très à jour) et à me dire pourquoi il faut que je le lise. Les trois argumentaires qui me séduiront le plus gagneront des livres piochés dans ma bibliothèque. Alors, à vos plumes, vous avez jusqu'au 15 décembre !
 
bibliothèque- livres
B. Coron


dimanche 24 novembre 2013

Quai d'Orsay

Quai d'Orsay, c'est d'abord une bande dessinée qui nous montre les dessous du ministère des affaires étrangères à l'ère Villepin, et ce à travers les yeux d'un jeune homme fraîchement embauché pour s'occuper des "langages".
Praline et moi ayant apprécié la BD, nous nous sommes donc laissés tenter par le film !

DR

Aux premiers abords, le film a tout l'air d'un Le Diable s'habille en Prada adapté à la diplomatie française. Thierry Lhermitte y campe de façon brillante un ministre hyperactif et monomaniaque des stabilos, qui va malmener notre héros chargé de pondre un important discours à donner devant l'ONU. Autour, les membres du cabinet sont également hauts en couleurs : on retrouve la fille faux-cul-prête à tout pour enfoncer les autres, le vieux directeur de cabinet qui dort sur place à force de trop travailler, le conseiller un peu déjanté qui chante des chansons paillardes dans les couloirs... Bref, du monde, il y en a !

En revanche, on peut reprocher au film l'absence quasiment totale de progression : une fois passée la première demi-heure, les ressorts comiques ne se renouvellent plus tellement. Ni les personnages, ni la situation n'évoluent réellement, et le film se contente d'être une caricature d'un milieu et d'un système, sans proposer de réflexion au-delà. Ça ne m'a pas empêché d'être tordu de rire la plupart du temps, mais a laisse une impression de lassitude à d'autres.

Un bon divertissement que je vous recommande si l'absence de scénario dans un film ne vous rebute pas ! 

vendredi 22 novembre 2013

Polina

Danse-Polina-Vives
Je ne parle généralement pas des BD que je lis sur ce blog. La flemme de tout chroniquer. Et l'impression de n'avoir pas grand chose à en dire. Mais avec cette oeuvre de Bastien Vivès, c'était différent. J'ai beaucoup aimé et j'ai envie de vous en dire deux mots.


L'héroïne, Polina, est une danseuse. D'abord petite fille formée par des professeurs exigeants, elle devient une belle et gracieuse danseuse. De formation classique, elle évolue vers des danses plus contemporaines. Outre ses cours et l'accueil que reçoivent ses performances lors des spectacles, on voit sa vie personnelle se construire avec d'autres danseurs. Reste une figure tutélaire, Bojinski, le professeur qui a traumatisé des générations d'élèves mais qui leur a appris la rigueur. 

Cette BD, c'est à la fois l'histoire d'une relation, la relation d'un maître et d'un élève et l'histoire d'une construction, de l'enfant à la femme. En quelques traits noirs sur fond gris, Bastien Vivès donne corps et surtout âme à ses personnages. 
Une belle histoire, qui permet de voir le monde de la danse de l'intérieur, en évitant les clichés !

jeudi 21 novembre 2013

Magnus

Je vous entends déjà : "Quoi, tu n'avais jamais lu ce livre ?! C'est incroyable ! Depuis le temps qu'on te le conseille..." 
Eh bien, voilà qui est fait. Et je ne suis pas autant sous le charme que lorsque j'ai découvert Tobie des marais de Sylvie Germain. Peut-être en attendais-je trop ?

L'histoire est celle d'un jeune garçon, Franz-Georg (allemand, vous l'aurez deviné) qui a oublié ses cinq premières années. Il redécouvre la vie et son histoire avec sa mère, omniprésente, et son père, plus distant. Mais très vite, la grande histoire s'emballe et balaie sa famille. Franz-Georg est déraciné d'Allemagne et va vivre en Angleterre chez son oncle. Il change de nom et devient Adam. De ses premières années, il garde ce besoin de tout mémoriser et cette envie de comprendre qui le conduit au bout du monde.
On suit Franz-Georg à travers des moments clés de son existence. Et l'on guette cette construction en creux d'une identité.

identité-histoire

Le roman est construit de fragments (l'histoire du héros) et de notules, séquences et autres interruptions biographiques, poétiques et historiques qui contextualisent le roman. Personnellement, j'ai apprécié ces interruptions mais m'en suis un peu lassée à mesure des pages tournées. Quant au style de Sylvie Germain, je l'ai trouvé moins percutant que lors de précédentes lectures. Est-ce moi ou est-il réellement moins fouillé dans cette oeuvre ?  

mardi 19 novembre 2013

Il était temps

Peut-on mélanger comédie romantique et voyage dans le temps ? C'est ce que propose ce film de Richard Curtis. 

A 20 ans, Tim apprend par son père que tous les hommes de cette famille peuvent voyager dans le temps. Enfin, le remonter et revivre des épisodes de leur vie. Ainsi, son père en a profité pour lire tous les livres possibles (le rêve, non ?) tandis qu'un oncle a ainsi amassé tout l'argent possible... Et Tim ? Il utilise ce pouvoir pour rendre sa rencontre avec Mary la plus parfaite possible. Mais on ne voyage pas impunément dans le temps et vouloir protéger ses proches et améliorer leur vie ne donne pas toujours les résultats escomptés. Tim va l'apprendre à ses dépens.

Cette histoire est une comédie romantique sympathique, comme il en existe beaucoup. A noter, Rachel McAdams, charmante. Mais il manque une petite dose d'humour british, qu'essaime le trop rare Bill Nighty

D.R.

lundi 18 novembre 2013

La confrérie des moines volants

De Metin Arditi, j'avais adoré Le Turquetto ! J'ai moins apprécié ce nouveau roman. Ou plutôt, j'ai beaucoup aimé la première partie mais moins la seconde. 

Nous sommes en URSS, en 1937. Il ne fait pas bon être moine aux yeux des milices bolcheviques qui déciment les monastères. Nikodime, un ermite, voit arriver deux jeunes moines dans sa forêt : ils ont vu la totalité de leurs frères assassinés. Et chaque jour, de nouveaux moines trouvent le chemin vers Nikodime. Le solitaire, embarrassé de cette foule (ils sont 12), décide de les occuper. Il leur propose de sauver reliques, icônes et autres objets religieux dans les églises afin de les protéger de la destruction. 
A vrai dire, Nikodime est tout sauf sympathique. C'est un extrémiste du repentir. Mais son idée est belle.

La deuxième partie se déroule de nos jours, entre la France et la Russie. Matthias, photographe, découvre à la mort de son père tout un pan ignoré de son histoire. Une histoire qui va le mener jusqu'à Saint-Petersbourg. 

Bien écrit, bien mené, voilà une lecture qui ne se refuse pas. Toutefois, je reste sceptique à propos de Matthias : ce personnage m'a paru sans intérêt par rapport aux fous de dieu du début. Comme il est lisse. Comme il reste en dehors. Dommage parce que le lecteur prend aussi ce recul et se désintéresse presque de ce qui va bien pouvoir émerger de ce voyage. 




dimanche 17 novembre 2013

L'invention de la France. Atlas anthropologique et politique

En ce moment, je fais baisser ma LAL en piochant joyeusement dans les bibliothèques de mon quartier. Je retrouve des titres notés depuis des années, comme celui-ci, un essai d'Hervé Le Bras et Emmanuel Todd.


Ce livre, fort passionnant, s'intéresse à la diversité française. Les auteurs défendent l'idée que les différences historiques et anthropologiques entre régions perdurent malgré une volonté d'homogénéiser et de centraliser. En comparant la France à ses voisins, ils constatent que nulle part les différences ne sont aussi grandes. Ou plutôt qu'elles s'organisent alors en espaces anthropologiquement unifiés (l'administration suit des découpages linguistiques et culturels). En France, il n'y a pas d'oppositions à deux niveaux mais à des niveaux multiples. A travers l'analyse de statistiques du XIXe et du XXe siècles, les auteurs proposent des cartographies de phénomènes anthropologiques (ruralité, mortalité, mariage, pratiques cultuelles) et politiques. En croisant des données, ils permettent un nouveau regard sur la France. Par exemple, on imagine souvent que le communisme fleurit dans les régions ouvrières. Or, une comparaison des votes communistes par départements avec celle de la proportion d'ouvriers permet de noter qu'ils ne sont pas situés aux mêmes endroits. Seul le nord de la France présente cette concordance. 

Un essai passionnant sur l'identité ou plutôt les identités de la France. Tous les sujets qui touchent les hommes y sont abordés (métier, fécondité, violence, déplacement parmi ceux que je n'ai pas cité plus haut). Mon édition a été mise à jour en 2012 : elle intègre donc les questions politiques récentes et s'interroge sur une homogénéisation par le vide (vide cultuel, vide politique). A noter : ce livre est pourvu d'une très chouette introduction et d'un index fort utile. 

samedi 16 novembre 2013

Esprit d'hiver

Cela fait plusieurs jours que j'ai terminé le dernier roman de Laura Kasischke. Et je ne suis pas sûre d'être tout à fait remise. Laissez-moi vous décrire les symptômes : une envie de le dévorer depuis des mois, une lecture d'une seule traite, une prostration une fois la dernière page tournée, une relecture de cette page le lendemain matin, puis le jour d'après...


J'ai rarement ressenti de façon si physique l'effet d'un roman. C'est comme si j'avais pris un coup ou vu une scène traumatisante. Et pourtant, ce n'est pas non plus si fracassant cette révélation finale : Kasischke sait distiller des indices qui pourraient laisser entendre que... Mais le lecteur est tellement entraîné par le flot qu'il se fait avoir. Bref, la narration est diablement bien menée.

Le plot ? Huis clos entre une mère et sa fille, adolescente. Un jour de Noël. Alors que la région est bloquée par une tempête de neige. Oui, ce n'est pas terrifiant à première vue, c'est même assez banal, voire cliché. Et pourtant... Le petit détail en plus : la jeune fille, Tatiana, a été adoptée en Russie à la naissance.

Oui, on reste dans une maison américaine, dans un lotissement américain et dans une ambiance américaine très Desperate Housewives. Mais avec une maîtrise psychologique puissance 1000. Et une tension dans l'écriture qui gagne le lecteur sans qu'il ne puisse jamais prendre du recul. Je ne sais pas si j'aime cette sensation d'être prise en otage par un roman. Mais il faut avouer que c'est un réel tour de force. 

Avec ces quelques jours de recul, je puis vous assurer que j'ai beaucoup aimé cette lecture. J'ai aimé être bouleversée. Certainement le meilleur roman de l'auteur à l'heure actuelle ! 
Et pourtant, les autres sont très bons aussi. Vous trouverez quelques billets sur le blog :

Ma première rencontre avec Kasischke 
Celui que je prête aux copains qui veulent la lire mais pas que ce soit trop long 
Celui qui quitte les banlieues des US pour le Mexique 
Celui d'une mère disparue... d'une fusillade... d'une épidémie... et de fantômes 
Son premier roman 

Merci à PriceMinister pour l'envoi !

vendredi 15 novembre 2013

Ring

Suite à la lecture du billet d'Antoine, j'ai eu très envie de découvrir cette pièce de Léonore Cofino au théâtre du Petit Saint-Martin. Pour moi, Ring, ce n'était pas forcément le match de boxe, c'était aussi la bague (oui, je suis une vraie midinette)...

Ring, ce sont deux excellents acteurs dans un décor minimaliste : un banc, des images projetées, parfois quelques sons. Mais Audrey Dana et Sami Bouajila remplissent l'espace de leurs présences et de leurs gestes. A travers une vingtaine de scènes, les acteurs jouent toute la gamme du couple : l'amour, l'ennui, la passion, les projets, le désamour, l'adultère... Vous rencontrerez Adam et Eve. Mais surtout Camille et Camille, nos contemporains, nos miroirs. Ils se séduisent. Ils se séparent. Il vivent ensemble. Il se jure de s'aimer. Ils se trompent. C'est à la fois émouvant, grinçant, terriblement réaliste. 

Coup de coeur notamment pour cette femme qui désespère d'avoir un mari trop parfait. Lequel lui invente une récréation. Mais j'ai aussi aimé les confessions chuchotées dans le noir, lorsque l'on est sûr que l'autre dort. Le père qui supporte mal les pleurs de son bébé. La femme qui assume d'avoir plusieurs amants. Celle qui regrette d'avoir vécu au futur plutôt qu'au présent.

Bref, je ne peux que vous encourager à aller voir cette pièce, en couple ou non. Promis, en sortant, vous aurez des choses à vous dire et des envies de "carpe diem". Enjoy !

amour-baiser-couple

jeudi 14 novembre 2013

La lettre à Helga

J’avais repéré chez Jérome ce roman islandais de Bergsveinn Birgisson. Je n’ai pas vraiment accroché à ce titre : sentiment mitigé pour moi. 

Tout le livre est une lettre adressée à Helga par son ancien amant, Bjarni. Ce vieillard vient de mettre en terre son épouse, Unnur. Il revient sur les éléments qui ont fait sa vie. Cet homme de la campagne du bout du monde (on est en Islande, loin de la ville) soigne des moutons. Il bricole. Il lit un peu. Bref, il décrit sa vie de travailleur, dans une communauté villageoise éparpillée mais soudée. Qui n’a d’autre loisir que d’observer son voisin. Histoire d’une rumeur, histoire d’un amour, ce roman est une introspection aux accents nostalgiques assumés. Mais aussi un texte plein d'autodérision, d'optimisme et de joies simples. 

Je n’ai pas réussi à entrer dans cette lettre. Je regardais Bjarni, je lisais ses mots mais je ne ressentais pas ses émotions. C’est une rencontre qui ne s’est pas faite mais cela ne signifie pas qu’elle ne se fera pas avec vous !

Décidément, les islandais et moi, ça ne passe pas. 

Islande

mercredi 13 novembre 2013

Le kit du 21e siècle

cultureSous titré "Nouveau manuel de culture générale", ce livre proposé par François Reynaert et Vincent Brocvielle propose de combler vos lacunes. C'est plutôt sympa comme principe. Idéal pour les dîners en ville... mais aussi pour comprendre ce qui nous entoure. L'euro par exemple, c'est bien ou pas ? Loin de trancher, les deux écrivains proposent des pistes de réflexion, qu'ils nourrissent de données et d'exemples. Pas besoin de suivre l'opinion de votre voisin, vous pouvez créer la vôtre !

Les thèmes abordés sont classés par catégories : nouveaux classiques, écriture, langues, calcul, économie, sciences, histoire, géographie, instruction civique, arts et nouveaux arts ménagers. Oui, cela rappelle un peu un emploi du temps de collégien ! En quelques pages, les auteurs traitent des notions clés. Tout n'est cependant pas utile (les polices, l'usage de la calculette) et certaines notions supportent mal le raccourci, en physique notamment.

L'idée est bonne mais l'ensemble est assez frustrant. Certains chapitres donnent envie d'en savoir plus, ce qui est bon signe. Direction les encyclopédies en ligne ! Tous les lecteurs ne seront pas sensibles aux mêmes points mais c'est aussi ce qui fait la richesse de ce type de publication. A noter : un index vous permet d'aller à l'essentiel et un quizz teste votre concentration lors de la lecture... et votre compréhension de ce que vous lisez ! 

J'ai bien aimé ce manuel, même si je n'aurais peut-être pas retenu les mêmes points. Et j'ai peur qu'il se démode vite, tout est encore naissant dans ce siècle. 

Merci au livre de poche pour cet envoi !

dimanche 10 novembre 2013

La chimie des larmes

Malgré sa couverture et son titre attirants, ce roman de Peter Carey ne vaut pas spécialement le détour. En outre, et ça c'est mon côté "j'aime quand c'est précis", j'ai été agacée par la traduction approximative de restaurateur (conservator, faux ami en anglais pour un français), celui qui nettoie et répare les œuvres, et conservateur (curator), qui administre les collections d'un musée. 
Ceci étant dit, voilà le plot :

Cat, restauratrice en horlogerie à Londres, vient d'apprendre par hasard que son amant conservateur de musée, était mort. Sa vie s'écroule. Elle passe ses jours à boire. C'est sans compter sur le soutien d'Eric, son supérieur, qui lui dégote une place à l'annexe (un laboratoire) et un objet à restaurer. On tente la guérison par le travail. Mais Cat est ingérable : elle passe son temps à relire ses mails d'amour et pique les carnets qui accompagnent l'objet. Cela lui permet d'en rencontrer le rédacteur, Henry Brandling. Au milieu du XIXe siècle, ce père tente l'impossible pour distraire et sauver son enfant malade. Cette quête l’entraîne en Allemagne où il cherche un horloger capable de lui réaliser un automate si perfectionné qu'il semble vivant... 

Tout cela semble prometteur, non ? Roman à deux voix, qui dialoguent sur leur tristesse à travers les siècles. Eh bien, détrompez-vous. Cat est tellement agaçante qu'elle en devient lassante. Rien chez elle ne nous permet de compatir à sa perte. Henry croise des horlogers inattendus, avec lesquels il a des rapports tissés de violence (verbale et physique), d'espoir et d'histoires, certainement mensongères. Sans compter l'épisode de la marée noire qui vient s'ajouter à tout cela... Bref, ça se traîne et ça part dans des directions que j'ai mal comprises. Heureusement, c'est plutôt bien écrit : en ouvrant le livre, le style m'avait fait deviner un bon moment de lecture. Mais le style ne fait pas tout !

rentree-litteraire

samedi 9 novembre 2013

Le porteur d'histoire

Au studio des Champs-Elysées, nous avons eu la chance de voir cette pièce d'Alexis Michalik. C'était génial ! Depuis, je ne cesse de la recommander.

livres-aventure


Sur scène, cinq acteurs, tee-shirt blanc et pantalon noir. Une voix s'élève, le conte commence. Et ce n'est plus cinq personnes mais une myriade de personnages qui défilent sur scène. Tout commence lorsque Martin Martin part enterrer son père. A moins que cela ne débute dans une calèche qui part de Villers-Cotterêts. Ou dans l'Antiquité ? Avec ce feuilleton digne de Dumas (que vous croiserez, soyez sans crainte), vous voyagerez dans le temps et l'espace, à la rencontre de lecteurs passionnés, d'érudits monomaniaques ou de libres penseurs. 

Le texte est extra : intelligent, bourré de références littéraires et historiques, drôle, sans temps mort. Les acteurs : au top ! Ils changent de personnalité avec leur costume, ils incarnent notre contemporain, un pape de la Renaissance ou un écrivain du XIXe siècle. La mise en scène : minimaliste car les mots suffisent à camper le décor. 
Un dernier conseil : allez-y, vous ne serez pas déçu !

vendredi 8 novembre 2013

Trois grands fauves

grand-fauveQuoi de commun entre Danton, Hugo et Churchill ? Ils ont marqué leur temps par leur énergie. Ils se sont imposés. Ils sont pour nous des grands hommes.

Hugo Boris propose trois biographies au pas de course, brossant à grands traits quelques épisodes de la vie de ces hommes. Pour Danton, c'est l'enfance qui le conduit défiguré à l'âge adulte. C'est la voix qui s'élève et domine. C'est la faim de vivre, d'aimer. C'est le refus de mourir.
Chez Hugo, on découvre le père et l'amant. La grande tristesse de la mort de Léopoldine, l'exil et les tables tournantes. Autour de lui, une famille : sa femme, effacée, et ses enfants, qui ne peuvent que le copier avec fadeur. Et lui, toujours plus vivant, plus fort.
Quant à Churchill, c'est un enfant oublié, un adulte effacé. Sauf dans les situations de crise. Là, il est indispensable. En Afrique du Sud, en Allemagne ou en France, il est l'homme de la situation.

Bel ensemble que ce roman qui nous conduit du 18e siècle au 20e siècle à travers trois figures apparemment sans liens. Et pourtant, par petites touches, Hugo Boris tisse une familiarité entre ces personnages. Il sait en faire des êtres bien vivants et attachants. Il y a du souffle dans ce roman et un pied de nez à la mort. Très puissant ! 

Merci à Passion de lecteur qui m'a donné envie de dévorer ce roman.

jeudi 7 novembre 2013

Edgar Allan Poe, une vie coupée court

Peter Ackroyd. Le nom de l'auteur vous parle. C'est normal, j'avais beaucoup aimé sa biographie romancée d'Heinrich Schliemann. Je me suis décidée récemment à sortir ce roman de ma PAL, sûre d'apprécier ce livre. Il combinait deux atouts majeurs : il parlait d'un auteur que j'ai dévoré plus jeune et était écrit par un auteur que j'avais aimé. Eh bien, cela ne suffit pas à faire un coup de coeur.

Je ne sais pas si vous connaissez un peu la vie de Poe, mais ce n'était pas très marrant. Né dans une famille de comédien, il est orphelin à l'âge de deux ans. Il est adopté. Jeune homme, il hésite entre la plume et le mousquet. Très vite, on le retrouve à boire dans une pauvreté crasse. Il participe à des revues mais se fâche avec tout le monde. Et malgré le succès de son poème Le Corbeau, ses autres textes peinent à lui assurer fortune et gloire. Bref, avec ce livre, on suit un pauvre diable dont on perçoit mal le caractère et l'intelligence. Dommage.

ruines

Ai-je été déçue par Poe ou par l'image sombre et triste qu'en donne Ackroyd ? Difficile à dire. Mais il est sûr que je préfère à ce livre les Nouvelles histoires extraordinaires

mercredi 6 novembre 2013

Le parfum d'Adam

"Le premier thriller écolo" écrit par Jean-Christophe Rufin avait su m'accrocher dès les premières pages. J'étais intriguée par ce casse dans un labo polonais. J'ai eu envie d'en savoir plus sur ce médecin, ex-agent secret. Quel noir dessein nourrissait donc le commanditaire du vol ? Que faire avec le virus du choléra ? ça sentait l'histoire catastrophe et l'épidémie mondiale... Eh bien, il ne s'agissait pas vraiment et pas uniquement de ça. 

L'agence Providence (la bien nommée) enquête sur un casse revendiqué par des écolos. Paul, envoyé sur les lieux, découvre que ces activistes ne sont pas aussi inoffensifs qu'ils le paraissent. Commence une enquête aux quatre coins du monde par deux agents, Paul et Kerry. Au programme : écologie radicale qui préconise la limitation de l'homme par la recréation d'un prédateur, virus en voyage, complot international contre la pauvreté... On passe de rebondissement en rebondissement. Les pistes fleurissent ; nos enquêteurs ont du flair. Mais à un moment, je ne sais pas trop si c'est au milieu du roman ou plus loin, j'ai trouvé que c'était trop. Trop d'intuitions qui se concrétisaient, trop de hasards favorables. Et une fin décevante, rapide.

Bref, l'idée de départ était très chouette mais s’essouffle devant nos héros aux airs de super-héros. Cependant, le roman pose des questions intéressantes sur ce qu'est l'écologie et permet de réfléchir sur ses fondements et ses orientations.  

Ecologie-Nature


mardi 5 novembre 2013

Le Décaméron

Tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas posté de critique de classique. Avec ces nouvelles de Boccace, nous partons pour l'Italie du XIVe siècle... mais rassurez-vous, tout cela reste très actuel.


Tout commence à Florence où la peste décime les habitants. Un groupe de femmes décide de fuir à la campagne, accompagnées par quelques jeunes gens. Là, ils passent le temps (15 jours et non 10 car le vendredi et le samedi est consacré à la prière) en se racontant des histoires. Le roi ou la reine du jour en détermine le thème et tous, à tour de rôle, content.
Ces nouvelles sont très souvent des histoires d'amour et d'adultère. Je n'ai pas compté le nombre de cocus mais ils ne manquent pas. Et tous succombent aux plaisirs du corps, jeunes et vieux, hommes et femmes, civils et prêtres... L'ensemble est souvent amusant, malgré quelques histoires tragiques. Le tout est dit de façon truculente. Pas de différentiation des narrateurs, mais qu'importe !

Bref, Boccace reste tout à fait lisible. Ses nouvelles ne sont peut être pas à lire d'un seul coup car elles sont nombreuses mais à alterner avec quelques romans. Et elles sont souvent drôles, plus ou moins morales, coquines, etc. Il y en a pour tous les goûts. Parmi mes favorites : celle du jardinier qui passe du bon temps dans les bras de toutes les nonnes de l'abbaye !

Dans le même style, je ne saurais que vous conseiller l'Heptaméron

lundi 4 novembre 2013

L'Anti-musée

Robert Cantarella et Frédéric Fisbach proposent dans cet essai une analyse de la politique culturelle française et une présentation du CENTQUATRE. 



Le propos débute avec le budget accordé au patrimoine bâti, vieilles pierres sans vie, au détriment du patrimoine vivant (le livre date de 2009). Le drame, assurent nos auteurs, c'est que toute la France devient un musée et se fige dans son passé. Tiens, ça ne vous rappelle pas Houellebecq ?! 
Alors, on reprend au début, à la naissance du ministère de la culture. Et aux ambitions qui l'ont guidé de Malraux à Albanel. Et ça c'est plutôt chouette. On redécouvre l'envie de démocratiser la culture dans les années 60 et d'encourager la création artistique, en toute liberté. On s'interroge sur ce qu'est l'art et le divertissement. On déplore une politique culturelle utilitariste. Et après ce panorama qui égratigne quelques noms, on passe au CENTQUATRE.

Les deux metteurs en scène écrivent ici comment leur anti-musée a mûri. Ils ont construit un projet, passé des sélections, avant d'être retenus par la mairie de Paris pour donner vie à ce qui était une entreprise de pompes funèbres. Ils ont parlé aux habitants, ils ont pris le pouls du 19e arrondissement, rencontré les associations et présenté leur idée : faire du CENTQUATRE un lieu de création dans lequel le public pourrait suivre voire participer aux œuvres. 

Cet essai se lit comme un roman : il est très bien écrit et son sujet est captivant. Il propose une véritable démocratisation culturelle sans passer par le divertissement ou l'affadissement de l'art. Et ça, c'est remarquable ! 
Aujourd'hui, les deux metteurs en scène ont cédé leur place à la tête de l'établissement. Leur ambition demeure-t-elle ?

dimanche 3 novembre 2013

La double mort de l'horloger

Au théâtre de Chaillot sont présentées deux courtes pièces d'Odon von Horvath : Meurtre dans la rue des Maures et L'inconnue de la Seine
Leur point commun ? Le meurtre d'un horloger. 


Dans la première, un voleur commet un meurtre. La pièce est très courte, elle touche à la folie. 
Dans la seconde, la mise en place est plus longue. Le voleur cherche à reconquérir sa belle, une fleuriste gouailleuse. Il rencontre un petit ange, une jeune demoiselle sans le sou, qui lui offre amour et alibi. 

Rien à dire, les acteurs sont bons : le voleur, l'horloger et l'inspecteur sont top. La demoiselle est un concentré de fraîcheur. Quant à la mise en scène, elle est plaisante. C'est juste mou et longuet. On s'ennuie un peu (d'ailleurs, les spectateurs n'hésitent pas à quitter la salle). Il n'y a même pas de tension, propre pourtant aux criminels en cavale. 

Bref, si vous avez envie de cogiter sur le crime, la culpabilité et la responsabilité, c'est un point de départ. Par contre, oubliez vos envies de légèreté. 

samedi 2 novembre 2013

Jasmine

Étrange film d'Alain Ughetto qui raconte une histoire d'amour entre un français et une iranienne. 

Contée par des personnages de pâte à modeler, cette histoire se déroule sur fond de révolution en Iran. Des images d'archives viennent rythmer le film. 

Poétique et onirique, ce film sans beaucoup de paroles propose un regard sur une courte histoire d'amour plus que sur une révolution. Il ne se passe pas grand chose, on comprend mal ce qui arrive aux êtres de cette ville... Sur la même période, préférez Persepolis


vendredi 1 novembre 2013

Au revoir là-haut

Pierre Lemaître signe un très bon roman sur les profiteurs de guerre. 

Albert Maillard n'a pas de bol. La guerre se termine mais le lieutenant d'Aulnay-Pradelle veut en découdre une dernière fois avec les allemands et faire bouger de quelques mètres la ligne de démarcation. C'est le truc bête de mourir à quelques jours de l'armistice ! 

Ce roman commence avec la fin de la Première Guerre mondiale mais se poursuit jusque 1920. Il présente des personnages revenus des tranchés avec des atouts très différents. D'Aulnay-Pradelle monte de grandes entreprises et des escroqueries plus vastes encore autour des cimetières de poilus. Ses soldats rentrent chez eux défigurés, blessés, sans le sou et sans emploi. Très vite, la nation oublie ceux qui ont combattu pour elle. Sur ce contraste, le roman peut débuter et les projets autour des monuments aux morts, des ossuaires et des cercueils se monter.
Guerre-mondiale
Arman, Home sweet home, Centre Georges Pompidou

C'est un livre qu'on a du mal à laisser de côté pour retourner bosser. On a envie de voir jusqu'où iront les personnages : cynisme, avarice ou vol, aucun protagoniste ne rachète l'autre. Le sujet est passionnant (et visiblement, inspiré de faits réels) mais c'est le style qui emporte l'adhésion. Le narrateur omniscient ne manque pas d'humour et d'à-propos. Il joue avec son lecteur. Les personnages sont croqués avec justesse. Tout est savoureux : le rythme, la gouaille et les situations. Un roman étonnant, qui fonctionne sur le rebondissement, et qui ne trahit pas l'esprit des années 1920 : on ressent cet abandon de l'Etat envers ses soldats, cette méfiance des gens de l'arrière envers le poilu, leur répugnance pour ces hommes amputés et défigurés, choqués physiquement et moralement. Comme si seuls les morts comptaient. 

Du même auteur, j'ai moins aimé Robe de marié