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jeudi 31 août 2017

La planète des singes

Le visionnage récent de La planète des singes - Suprématie au cinéma m'a donné envie de découvrir le roman de Pierre Boulle. Il ne m'avait jamais tentée et j'en sors totalement conquise.

Des voyageurs intergalactiques attrapent une bouteille à l'espace contenant un récit très curieux. Il s'agit du journal d'Ulysse Mérou, terrien en mission pour découvrir de nouvelles galaxies. Ce journaliste a eu l'honneur d'accompagner l'illustre professeur Antelle et Arthur Levain, physicien, à la recherche d'autres planètes qui pourraient abriter la vie. À peine atterris, ils rencontrent des humains qui vivent comme des primitifs, sans langage ni raison. Au cours d'une chasse à l'homme, Ulysse est fait prisonnier avec d'autres humains. Et il découvre que les êtres raisonnables de cette planète sont les singes. Il n'a donc cesse de faire savoir aux singes qu'il est aussi doué de raison. C'est grâce à Zira et Cornélius qu'il pourra le faire et comprendre comment les singes sont devenus maîtres de cette nouvelle planète. Commence alors pour lui une quête à la recherche des origines...

Très bon roman de SF rondement mené. Il n'en faut pas plus pour questionner sur notre humanité, notre rapport à l'autre, notre lien au progrès, au confort, etc. Reprenant le principe classique du récit en incise, il reste surprenant jusqu'au bout.

mercredi 30 août 2017

La planète des singes - Suprématie

Accompagnant un petit groupe au ciné, je n'ai pas eu mon mot à dire sur le choix du film. N'ayant pas vu les deux premiers volets du préquel de La planète des singes, je n'aurai pas forcément choisi de voir le trois. Mais un petit tour sur Wikipedia m'a bien renseigné sur l'histoire.

Tout commence sur une scène de guerre entre singes et humains. César, le chef des singes, et les siens sont poursuivis par un général qui souhaite les éradiquer. Devant la mort de sa femme et son fils ainé, César choisit de se venger du général McCullough. Il laisse son peuple s'éloigner et part en solitaire, rejoint bien sur par ses amis fidèles, Maurice, Luca et Rocket. Ils suivent les troupes pour découvrir un camp retranché où les singes sont réduits en esclavage et construisent un mur contre des ennemis... humains ! Car le général est un dissident. Par ailleurs, un autre mal semble décimer les humains après la grippe des singes...

Film d'action rondement mené, avec un héros, César, toujours au top malgré ses moments noirs. On est dans un bon film américain avec effets spéciaux, coups de bol et clichés : bons et méchants que l'on tente de nuancer... Mais qui périssent tous par où ils ont péché... Sans surprise.


vendredi 25 août 2017

La culture au pluriel

Petit mais passionnant cet essai de Michel de Certeau sur la ou les culture(s), au singulier ou au pluriel ! Il s'intéresse notamment à la culture dite savante et à la privatisation de la culture, à sa fonction répressive et à sa perte de signification. Il jette un regard très lucide sur la récupération politique des faits culturels.

Benares, Inde

L'ouvrage se compose ainsi :

I. Exotismes et ruptures du langage 

1. Les révolutions du « croyable » 
2. L’imaginaire de la ville
3. La beauté du mort
4. Le langage de la violence 

II. Nouveaux marginalismes 

5. Les universités devant la culture de masse 
6. La culture et l'école
7. Minorités

III. Politiques culturelles 

8. L'architecture sociale du savoir
9. La culture dans société
10. Le lieu où l’on traite de la culture

A partir d'exemples comme celui du folklore au XIXe siècle, Michel de Certeau montre comment la collection et l'étude folklorique viennent forger une pseudo identité régionale ou nationale au moment même où celle-ci disparait. Mais aussi combien les revendications culturelles sont un peu les revendications d'un moribond, qui n'a plus d'autres forces à mettre dans la bataille, qui disparait économiquement et politiquement. Il s'intéresse également aux liens étroits entre la langue et les comportements culturels. 

Comme Bourdieu, il montre que la culture est l'affirmation d'une appartenance sociale, d'un pouvoir qui exclut ceux qui n'ont pas les mêmes codes. Et c'est une façon de perpétuer des rapports de force. Il va jusqu'à parler d'un colonialisme culturel, installé par les technocrates contemporains, qui cherchent à posséder cette culture, à la vendre, à la monnayer, à emprisonner les populations dans un rôle de public et de consommateur culturel. 

Mais surtout, il met en garde contre une culture au singulier, qui est liée au pouvoir, et prône une culture au pluriel, toujours à défendre. Une bonne base pour s'interroger sur le relativisme culturel !
 
« Pour qu'il y ait véritablement culture, il ne suffit pas d’être acteur de pratiques sociale, il faut que ces pratiques sociales aient un signification pour celui qui les effectue » [...] la culture « consiste non à recevoir, mais à poser l’acte par lequel chacun marque ce que d’autres lui donnent envie de vivre et de penser »
 

mercredi 23 août 2017

Moi, moche et méchant 3

Eh oui, on a cédé aux sirènes du marketing qui nous proposent toujours des suites et des suites à des films sympas qui en deviennent lassants (cf. Shrek). Si celle ci n'est pas trop mal, c'est surtout grâce au méchant issu des années 80 qui trimballe ses références avec lui, Balthazar Bratt. 
Gru est devenu agent secret, avec Lucie, et veille sur les trois filles. Fini la vilenie, les gros engins et les minions. Place à la vie de famille tranquille. Mais ce n'est pas trop le trip des minions qui se cherchent un nouveau méchant... Et puis, les forces secrètes ne pardonnent pas les échecs de Gru et le caractère ardent de Lucie. Tchao le boulot ! Dans la foulée, Gru se découvre un frère jumeau ignoré, éleveur de cochons, qui rêve de devenir un super méchant. Le scénario est en place, il ne reste qu'à dérouler !

Un film amusant et sympa, parfait pour garder la tête en vacances.

vendredi 18 août 2017

Guide des égarés

J'ai l'impression que, d'années en années, Jean d'Ormesson écrit toujours le même livre. Un livre qui se veut un essai, qui flirte avec la philo, la littérature, l'histoire, les sciences mais toujours comme un amateur éclairé, sans rien fouiller vraiment. Et j'ai l'impression qu'il ressasse toujours les mêmes exemples. On est loin du souffle romanesque de l'Histoire du Juif errant ou de la Douane de mer

En toute simplicité, notre auteur tente de répondre à la question de l'existence : que fait-on là ? D'où venons-nous? Où allons-nous ? Et cela en 29 points ! Les voici : l'étonnement, la disparition, l'angoisse, le secret, l'énigme, le mystère, les nombres, la science, l'espace, la matière, l'air, l'eau, la lumière, le temps, la pensée, le mal, la liberté, la vie, la mort, le plaisir, le bonheur, la joie, l'histoire, le progrès, la justice, la beauté, la vérité, l'amour, Dieu.

Ce n'est pas désagréable à lire mais un peu fade, un peu remâché, sans rien qui fait trembler ou s'interroger...


mercredi 16 août 2017

La cucina d'Ines

Ce petit live de Philippe Fusaro illustré par Albertine retrace une rencontre. Celle de Philippe avec Ines, lorsqu'il passe une année dans les Pouilles. Fils d'italien, il se souvient avoir beaucoup cuisiné avec son père et sa grand mère. Lors de son année italienne, c'est avec sa voisine Ines qu'il se remet à la cuisine. Méfiante, elle commence par le nourrir avant de lui donner des conseils et de se mettre en cuisine avec lui.

Après quelques pages sur leur amitié et leurs moments culinaires, l'auteur nous livre quelques recettes alléchantes, écrites avec humour et volubilité ! 

Un petit ouvrage qui donne envie de voyager.

lundi 14 août 2017

Artistes sans art ?

Cet ouvrage de Jean-Philippe Domecq est lu depuis des mois. Je n'avais toujours pas pris le temps de vous en parler. Il est composé de diatribes contre l'art contemporain. Il propose une critique de cet art qui n'a plus de limites, qui prend tout l'espace du monde et appelle à se méfier : nous ne serions pas dans une énième querelle des Anciens et des Modernes mais dans une crise artistique plus profonde. Une crise de la pensée, une bulle intellectuelle et spéculative. 

Jean Dubuffet, La rue, 1980

Voici comment se divise l'ouvrage : 

I. L'art contemporain contre l'art moderne
Et si le fait d'avoir raté Van Gogh justifiait le prix fou de ses toiles aujourd'hui ? Et si cette sacralisation tentait de rattraper l'indifférence initiale ? Et si l'on avait désormais peur de rater le prochain Van Gogh ? Est-ce pour cela qu'on sacralise tant d'artistes sur le simple critère de la nouveauté de leur œuvre ? Et là, on casse du Warhol. Et du Buren.

"Le rire sanguin que le fasciste oppose à l'art moderne a un antécédent historique que l'idéologie moderniste cultive précieusement dans ses pages de gloire. C'est en 1863, au Salon des Refusés, la foule s'esclaffant devant le Déjeuner sur l'herbe, et par la suite refusant les œuvres que l'histoire de l'art retiendra parmi les plus significatives de l'époque [...] Ce rire symbolisa, jusqu'à nos jours, le divorce entre le public et l'innovation artistique, divorce dont les avant-gardes artistiques ensuite se firent une gloire, un devoir, et un critère systématique. La rhétorique moderniste s'est servie de ce réflexe populaire, en effet significatif d'une constante, pour congédier d'avance toute réaction critique face aux productions de l'art moderne". 
 
II. Quand la signature s'est mise à suffire
Les critiques d'art ont aussi leur responsabilité dans la course à la nouveauté, faisant la pluie et le beau temps sur la valeur commerciale des artistes et de leurs œuvres. On parle d'impératif néomaniaque (oui, c'est un peu effrayant). Il est aussi question de tout l'arsenal spéculatif de l'art, qui prend presque le pas sur les œuvres et impose une hiérarchie nouvelle : c'est initialement l’œuvre qui prime sur le discours. 

III. De l'expérimentalisme et de l'invention
L'art du début du XXe se construit autour de révoltes de fond, qui multiplient les avant-gardes. Mais elle tend ensuite à devenir le principe d'innovation, il faut être en rupture, même s'il n'y a pas de fond derrière. Parmi ceux qui trouvent grâce aux yeux de Domecq, qui construisent leur art en intériorisant les avant-gardes sans en faire un indispensable, il y a Giacometti ou Hopper par exemple, à qui l'auteur consacre un joli chapitre. 

Un ouvrage critique intéressant quoi que parfois répétitif, qui questionne sur notre appréhension de l'art moderne. 

jeudi 10 août 2017

La bibliothèque, la nuit

Expo visitée peu avant sa fermeture à la BNF.

Avec un titre pareil, j'aurais eu du mal à laisser passer cette expo. Il faut dire que malgré le peu de lectures que j'ai pu faire de Manguel, j'en garde un souvenir ébloui. Et puis les histoires de bibliothèques, ça me plait ! J'ai trouvé l'expo un peu courte mais néanmoins intéressante, plus dans la forme que dans le fond.

La première salle expose des objets en rapport avec la bibliothèque comme espace de classement, espace architectural, espace de rêves. On découvre de jolis ex-libris, quelques maquettes étonnantes, des plans, des œuvres contemporaines. A vrai dire, ça fait un peu salle d'attente améliorée. 

Car l'on attend que s'ouvre la porte de la bibliothèque de Manguel. Enfin, l'une de ses bibliothèques, en France. On entre, on explore les rayons, on s'étonne de certains titres, de la diversité des thèmes... Puis on est plongé dans l'obscurité et la voix de Manguel nous introduit à quelques secrets du lieu. Là, je déplore que cela soit si court. Il y a tant à explorer. Mais il faut suivre le rythme, d'autres certainement attendent.

Une porte dérobée s'ouvre et l'on entre dans une forêt. Des bureaux de la BNF avec leur siège et lampe. Des personnes installées dans les sièges, avec un masque, tournent sur elles-mêmes, bougent lentement la tête. C'est un peu effrayant. Chacun est dans son monde. Et les arbres et les feuilles les contemplent. Et l'on s'assoit à son tour et l'on se coiffe de ces lunettes et de ce casque pour s'immerger dans 10 bibliothèques que nous allons visiter virtuellement, restant toujours au centre de l'image et pouvant explorer l'espace environnant à 360°. La voix de Manguel nous raconte une anecdote, un événement, un peu de cette bibliothèque réelle, imaginaire ou disparue. D'Alexandrie, au Nautilus en passant par Sarajevo, chacune nous dit un peu de la volonté de comprendre ou de maîtriser le monde. 10 immersions, plutôt belles et originales, voyages dans le temps et l'espace. 

Une expo qui m'a laissée un peu sur ma faim, et un peu sonnée. Certes, j'avais pris en compte la composante virtuelle, mais c'est vraiment elle qui est au cœur de l'expérience. Et ce n'est pas ce qui m'éclate le plus. Je reste frappée par la solitude de chacun dans sa visite, dans son masque, et de la joie de parler à la médiatrice en sortant de la visite. 

Pour rester avec Manguel, il y a son Histoire de la lecture
 

lundi 7 août 2017

La colombe

Roman court ou nouvelle de Dumas, cette lecture fut tout à fait charmante.

Stilman BeatriceAprès des jours d'absence, Iris, la colombe d'une jeune nonne, retrouve son foyer. Mais elle a à la patte une lettre qui explique sa disparition. Une correspondance commence entre un jeune frère et la nonne. Tous deux se sont cloitrés pour fuir une histoire d'amour douloureuse. Hélas, la correspondance n'est pas le meilleur moyen pour sortir du monde et notre colombe est bien mise à contribution... 

Jusqu'au jour où les nouveaux amis décident de se révéler mutuellement leur identité. Je vous laisse la surprise, même si on sent venir la révélation. C'est alors une nouvelle partie qui se joue, toujours autour de notre jolie colombe.

Héroïsme, amour blessé, correspondance, il y a de tout pour faire de cette histoire une romance d'été sympathique et pas mal écrite. Le suspense n'est pas trop lourd et le happy-end pointe son nez. De la chick-lit à la Dumas.


vendredi 4 août 2017

Mystère rue des Saints-Pères

Ce polar de Claude Izner patientait dans ma PAL depuis des plombes. Ayant décidé de m'atteler à la montagne, il a fait partie des premiers à changer de pile. Sympa pour son ambiance, pas dingue pour son intrigue, il sera parfait sur la plage.

1889, l'expo universelle bat son plein et l'on inaugure la Tour Eiffel. Parmi les badauds, Victor Legris et Kenji Mori, tous deux libraires. Ils ont rendez-vous avec Marius Bonnet et sa fine équipe du Passe-Partout. Parmi les journalistes, une belle dessinatrice, Tasha, ensorcelle Victor. Rapidement, un drame distrait son attention, une femme s'écroule, piquée au coup. Abeilles tueuses ? Crime farfelu ? Tout aurait pu s'arrêter là. Mais d'autres morts étranges se succèdent à l'expo universelle. Heureusement, Victor est sur le coup... Enfin, quand il ne rêve pas de Tasha.


Ce que j'ai préféré de ce livre reste Paris et son air de fête, les merveilles de l'expo, les quartiers si divers entre la rue des Saints-Pères et le coin de Tasha, les courses incessantes de Victor.. Et bien sûr, la librairie, où Joseph travaille plus que nos deux libraires réunis. Mais le lieu ne fait pas tout, les personnages auraient mérité un peu plus de soin ainsi que l'intrigue, finalement très simple et sans intérêt.

mercredi 2 août 2017

Le maitre ignorant, cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle

Mes dernières lectures ont plutôt été assez spécialisées. Je m'en excuse d'avance auprès de mes lecteurs, qui attendent peut-être plus de détente avec les beaux jours. 

Jacques Rancière propose avec cet ouvrage la mise en lumière de Joseph Jacotot, qui postule l'égalité des intelligences. 

En 1818, Joseph Jacotot enseigne à l'université de Louvain. Il utilise le Télémaque de Fénelon pour enseigner le français. Comme il ne connait pas le flamand, il ne peut rien expliquer. Il se contente de donner des parties du livre, en version bilingue, à lire aux élèves. Eux doivent résumer ce qu'ils comprennent. Et ils comprennent et écrivent un bien joli français. Voilà qui étonne ! Le maître n'a donc plus besoin d'aider l'élève à comprendre et de mettre une distance entre comprendre et apprendre. C'est au contraire une méthode pour abrutir les hommes... Et de développer cette théorie et ses conséquences politiques.

Une lecture intéressante mais sur laquelle je n'ai que peu à dire. Je n'ai aucune idée de comment fonctionne le processus d'apprentissage et la justesse de l'analyse m'est difficile à analyser. Je vous laisse avec des extraits. N'hésitez pas, pour ceux qui en savent plus, à me laisser vos avis/idées ci-dessous.
"Il faut dire plus précisément qu'il divise l'intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C'est l'intelligence du petit enfant et de l'homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C'est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l'élève et de vérifier que l'élève a bien compris ce qu'il a appris. Tel est le principe de l'explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l'abrutissement."
"Mais aussi l’intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu’ils cherchaient à connaître à ce qu’ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu’ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l’aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu’il ne fallait pas renverser l’ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n’était pas le vrai mouvement de l’intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d’abord la volonté de couper en deux le monde de l’intelligence ? "
"Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l’an II, la fabrication des poudres ou l’installation de l’École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l’urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain."
"L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer : on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain."
"La méthode socratique de l'interrogation qui prétend conduire l'élève à son propre savoir est en fait celle d'un maître de manège : "il commande les évolutions, les marches et les contremarches. Quant à lui, il a le repos et la dignité du commandement pendant le manège de l'esprit qu'il dirige. De détours en détours, l'esprit arrive à un but qu'il n'avait même pas entrevu au moment du départ. Il s'étonne de le toucher, il se retourne, il aperçoit son guide, l'étonnement change en admiration et cette admiration l'abrutit. L'élève sent que, seul et abandonné à lui-même, il n'eût pas suivi cette route""
"La déraison sociale trouve sa formule ramassée dans ce qu'on pourrait appeler le paradoxe des inférieurs supérieurs : chacun y est soumis à celui qu'il se représente comme inférieur, soumis à la loi de la masse par sa prétention même à s'en distinguer."