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mercredi 28 août 2013

L’enfant de l’étranger

Deux Arpents, 1913. Daphné lit Tennyson sur son hamac. Elle guette en réalité son frère Georges qui est parti chercher son ami Cecil à la gare. Cecil, aristocrate et étudiant à Cambridge, a publié quelques poèmes. Son arrivée chez les Sawle bouleverse la petite famille : Daphné s’imagine amoureuse, Georges pratique des jeux érotiques avec lui. Mais surtout, Cecil laisse un poème avant de partir. Un poème à l’étonnante postérité.

Corley Court, entre deux guerres. Daphné prépare ses deux enfants, Corinna et Wilfrid. Elle vit désormais dans le fief de Cecil Valance, dont elle a épousé le frère, Dudley. La famille est rassemblée autour de Sebastian Strokes qui souhaite éditer les poèmes de Cecil, décédé à la guerre.

Années 60-70. Paul Bryant est employé de banque chez Mr Keeping, le gendre de Daphné, et Peter Rowe enseigne à Corley Court. Les deux jeunes gens se rencontrent, se plaisent et partagent un intérêt commun pour Cecil.

Années 80. Paul écrit une biographie de Cecil. Il cherche à rencontrer avec plus ou moins de succès ses proches.

De nos jours. Lors d’une cérémonie en l’honneur de Peter Rowe, Rob, libraire, et Jennyfer, petite fille de Daphné échangent sur Cécil.

Cet épais roman de Hollinghurst s’intéresse à la construction de la mémoire d’un poète. C’est amusant de suivre, décennie après décennie le regard que posent ses lecteurs et ses proches sur un jeune artiste disparu dans la fleur de l’âge. Devenu, un peu malgré lui un symbole, celui du poète visionnaire et patriote, Cecil apparaît de son vivant comme un épicurien un peu hautain. Et « Deux Arpents », le poème culte, comme une simple dédicace sur le cahier d’une jeune fille.
L’autre thème récurrent du roman est l’homosexualité : latente ou assumée, tous les personnages y sont confrontés. On lit aussi l’évolution des mentalités vis-à-vis des gays.
Enfin, le style de ce roman est délicieusement teinté d’une féroce ironie. C’est ce qui fait tout son charme ! Les personnages se moquent les uns des autres, se méprisent, se font tourner bourrique. Le tout de façon extrêmement policée, très british.
En reposant ce roman, j’ai pensé à Possession de Byatt. On retrouve cette même soif d’inédits et de scoops littéraires et biographiques sur un poète décédé. Mais ici, tout est dans le rapport social plus que dans la véritable érudition.
Un roman foisonnant lu pour l’opération « on vous lit tout » de Libfly, avec des personnages auxquels on s’attache malgré eux et qu’on regarde grandir, vieillir et se transformer.

4 commentaires:

  1. J'aime vraiment vous lire. Félicitations pour le blog.

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  2. Mon libraire en dit beaucoup de bien, mais il ne m'attire pas vraiment ...

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    1. J'ai eu la même réaction en le recevant. Et finalement, je me suis prise au jeu. Si cela t'intéresse, je peux le faire voyager.

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