lundi 31 octobre 2022

Ainsi soit-elle

Voilà des années que cet ouvrage de Benoîte Groult m'a été conseillé alors que je finissais le Deuxième sexe. J'en sors moins emballée que du bouquin de Simone mais j'ai tout de même été scandalisée par quelques trucs ! Ce n'est pas tout à fait le même ton, Benoîte sait être ironique et percutante, elle amène des exemples qui font froid dans le dos, elle est plus "humaine" dans son approche du sujet des inégalités hommes / femmes que Simone. Et parfois, elle s'emballe presque trop et sa lectrice en avait mal au cœur !


Mais l'ensemble reste très actuel, même plus de 50 ans après sa publication. Peut-être un peu moins en France, et encore, mais à l'international, aucun doute ! Considérer les femmes comme des êtres inférieurs, avec moins de droits (le témoignage de deux femmes valent celui d'un seul homme dans certains pays), une sexualité à brider (excision) et une maternité due (en France aussi quand vous n'avez pas d'enfant et êtes mariée depuis longtemps), c'est malheureusement encore très courant. A travers les différents sujets et époques, Benoîte Groult met au jour ces inégalités, les agite, les explique et demande du changement. 

Elle s'intéresse à tous les secteurs, politique, bien sûr, mais aussi personnel, ménager, esthétique, psychologique ou sexuel. 

Quelques citations choisies, attention à la récolte :

"J'aurais continué à esquisser un humble sourire de remerciement, résignée au fait que les auteurs à seins ne soient lus que par des lecteurs à seins. Et si dans un sursaut d'amour-propre, tout en maintenant mon sourire aimable car une femme doit rester charmante, j'avais ajouté : "Parce que vous, bien sûr, les livres de femmes ne vous intéressent pas ?" les maris en question auraient souri avec courtoisie en s'excusant de n'avoir de temps que pour les choses sérieuses. Ils lisent bien sûr, ces hommes-là, mais des livres d'hommes, des livres normaux, quoi ! Évidemment, mes livres à moi parlent d'amour. C'est un sujet si féminin... quand il est traité par une femme. Mais quand c'est Flaubert qui décrit l'amour, cela devient un sujet humain. Il n'existe pas de sujet masculin pour la raison irréfutable que la littérature masculine c'est LA littérature ! Quant à la littérature féminine, elle est à LA littérature ce que la musique militaire est à LA musique."
"Qu'est-ce qui leur prend, soudain, aux femmes ? Voilà qu'elles se mettent toutes à écrire des livres. Qu'ont-elles donc à dire de si important ? demandait récemment un hebdomadaire qui ne s'était jamais posé la question de savoir pourquoi les hommes écrivaient, eux, depuis deux mille ans et ce qui leur restait encore à dire !"
"Laisser une femme lire les livres que son esprit la porte à choisir, mais c'est lui apprendre à se passer de vous" - c'est Balzac qui écrit ça !
"La médecine est déconseillée « parce qu'elle réclame un équilibre nerveux qui n’est pas l’apanage des femmes et oblige à supporter des spectacles pénibles ». En revanche, la profession d’infirmière ou de sage-femme, qui ne présente aucun spectacle pénible comme chacun sait et qui est très reposante pour les nerfs, est vivement recommandée"

lundi 24 octobre 2022

Dieu, le temps, les hommes et les anges

Jolie plongée dans cet ouvrage d'Olga Tokarczuk recommandé par des blogolecteurs. J'ai beaucoup aimé ces morceaux de temps de vies et ces histoires sur Dieu et les différentes créations, des plantes à l'homme en passant par les objets.

Bienvenue à Antan, un petit village de Pologne, dans les années 1910 jusqu'aux années de la chute du mur environ. Dans ce village, au centre de l'univers, les points cardinaux sont gardés par des anges, une rivière blanche et une noire coulent, Dieu est peut-être là... Dans ce village, il y a une meunière, une glaneuse, une folle aux chiens, un châtelain et encore bien d'autres personnages. On croise des anges, un fantôme, une vierge Marie qui fait des miracles, un curé qui maudit une rivière et un homme sauvage. Tous ces habitants se croisent et vivent les uns avec les autres. Au centre, il y a certainement la famille du meunier qui prend le plus de place dans la narration avec Misia, Geneviève et Michel. Leur histoire n'est pas exceptionnelle, il s'aiment, travaillent, ont des enfants et meurent. Mais ce qui se passe autour d'eux a des allures de contes avec sa forêt, sa sorcière, les soldats plus ou moins charmants. Et la langue est belle, s'attachant à décrire la campagne, la forêt et toute la vie qu'elles abritent. Au détour, la "grande" histoire s'invite avec les deux guerres, le communisme, l'automobile...

Un moment de lecture ensorcelant !

lundi 17 octobre 2022

La promesse

Ce livre de Friedrich Durrenmatt, perdu sur ma PAL historique, est un roman policier raconté par un policier à un romancier. L'ancien directeur de la police cantonale de Zurich livre une affaire arrivée des années auparavant à son collaborateur, aujourd'hui pompiste débraillé.


Matthieu était le premier lieutenant du narrateur et promis à une belle carrière. La veille d'une mutation exceptionnelle en Jordanie, le téléphone sonne et un crime est annoncé. Une petite fille est morte assassinée dans les bois. Le suspect, un marchand ambulant, craque après un interrogatoire et se pend. Matthieu, convaincu d'une erreur, renoncé à la Jordanie et mène l'enquête à partir du dessin du géant aux hérissons de la victime...
Il met en place un piège pour le criminel mais des années plus tard, le piège n'a pas encore fonctionné. Le narrateur explique pourquoi.

Cet anti roman policier, puisque le narrateur raconte l'histoire pour montrer combien la réalité est plus fourbe que la fiction, est finalement un bon polar. J'imaginais rester sur ma faim mais le coupable est identifié... Un bon divertissement !


lundi 10 octobre 2022

Je ne suis pas d'ici

Plongée dans André Dhôtel suite aux recommandations de Bobin, je ne sais plus trop où. J'ai retrouvé cette belle écriture allusive, ces histoires campagnardes, communes et pourtant imprégnées de mystère.

Damien et Norbert viennent du même village et on fait leurs études ensemble. Adultes, ils reviennent sur les terres familiales. Damien appartient à une famille de rêveurs, avec des landes et des friches, et pas beaucoup d'argent. Norbert est fils d'un propriétaire terrien gourmand des terres voisines. Alors quelle meilleure idée que de fiancer Alix, la sœur de Norbert, à Damien. Pris d'un accès incompréhensible, ce dernier en embrasse une autre. C'est le début d'une guerre entre les deux familles, amplifiée par des sabotages mystérieux. Et Damien semble se désintéresser de tout cela, rêver parmi les herbes... C'est ce flegme et cette paresse qui étonne le plus le narrateur.

Un joli roman, sur le rapport à l'autre, à la nature, en voyageur ou non.



lundi 3 octobre 2022

Rastenberg

Christiane Singer fait partie des autrices dont je continue d'explorer l'œuvre, en quête de pépites et des phrases chocs. Ce n'est pas toujours le cas et je ne crois pas que je retiendrai grand chose de ce roman d'un lieu. 

Avec la narratrice, nous découvrons une forteresse autrichienne et ses sombres couloirs, ses portraits de famille, ses armures et armes, ses vases dans lesquels quelques fleurs viennent donner de la vie. C'est un monument historique, où peuvent se balader des touristes et où l'on peut écrire. C'est un lieu d'imagination où des personnages oubliés reprennent vie sous la plume de Singer. Histoires d'amour, de passion brulante ou d'indifférence, elle ne fait pas dans la demi-mesure.

Une exploration sympathique. 


"Le plus souvent, héros de fausses odyssées, combattants de la fausse guerre, gagnants et perdants des faux enjeux, en route vers de faux pèlerinages, cet héroïsme qui nous habite, cette force créatrice, cet élan vital qui pourrait tout transmuer s'engouffrent dans les canaux de l'insignifiance et alimentent les bassins de l'illusion"