vendredi 24 janvier 2020

Black

J'aimais bien le challenge classique de Platypus, qui a maintenant disparu. Je lui ai trouvé une alternative sur Babelio avec le challenge solidaire qui propose de lire pas mal d'auteurs présents dans ma PAL. C'est l'occasion de lire un petit Dumas pas bien connu... et pas dingue non plus, il faut le dire.


Tout commence à Chartres, quand Dieudonné de la Graverie croise un grand chien noir qui ne le quitte d'une semelle. Sur ce chevalier, qui n'est en rien agréable ou aimable nous dit l'auteur, nous allons presque tout savoir via un long flash back. Né pendant la Terreur, élevé dans un couvent de dames sensibles et niaises, il épouse Mathilde, sa seule amie. Monté à Paris, il découvre ce qu'impliquent les fonctions de chevalier et la vie de cour. Après un drame, il quitte la France et voyage avec son ami Dumesnil jusqu’à Tahiti. A la mort de ce dernier, qui espère se réincarner, il revient s'enterrer à Chartres pour finir sa vie dans le calme et la gourmandise. Mais ce grand chien noir, héros du roman, entraîne le chevalier hors de sa routine. Dieudonné en devient obsédé et cherche à l'acquérir à tout prix... flouant ainsi sa maîtresse, ce dont il ne tardera pas à se repentir !

Plus que l'histoire, finalement assez convenue et son scénario romantique bien huilé, c'est la narration de Dumas qui est plaisante. Il ne cesse de se moquer tendrement de son héros et, moins tendrement, des héros parfaits des autres auteurs de son temps. 


"Nous avons résolu, dans un moment d’humour qui nous a sans doute été inspiré par le brouillard que nous avons respiré dernièrement en Angleterre, de faire un roman complètement neuf, c’est-à-dire de le faire à l’envers des autres romans. Voilà pourquoi au lieu de commencer par le commencement, comme on le fait jusqu’à présent, nous le commencerons par la fin, certain que l’exemple sera imité, et que, d’ici quelque temps, on ne commencera plus les romans que par la fin"

lundi 20 janvier 2020

Mythologies d'hiver

Joli recueil que celui de Pierre Michon. Que je n'avais pas lu depuis des années ! Au programme, des prodiges en Irlande puis dans les Causses, contés par une belle plume, qui fait ou non des liens entre les différentes histoires.

Ferveur de Brigid : une jeune convertie qui veut voir le Christ.
Tristesse de Columbkill : comment un moine militaire déclenche la guerre pour gagner un livre magnifique, celui des psaumes.
Legerete de Suibhne : un roi simple, qui part en guerre contre frère de son abbé, Fin Barr. Qui le tue et est maudit.

Barthélémy Prunières : anthropologue, c'est sa dernière nuit.
Saint Hilère : Un ermite, à la recherche de Dieu et du diable.
Enimie : Fille de Clotaire, On lui adjuge un prieuré près du Tarn.
Simon : il réinstalle une communauté à Burle, il découvre un squelette avec une chevelure noire et veut savoir qui c'est. Il faut chercher son nom ! C'est Enimie
Santa Enimia : Récit de la vie de cette sainte par Simon, peut-être, une lépreuse soignée par Dieu.
Bertran : gardien des sceaux de l'évêque de Mende, il traduit la vie de la sainte pour récupérer les terres de Burle.
Seguin : Un capitaine qui ravage le pays
Antoine Persegol : il est ivre, il défend le roi à une époque où la république manie bien le fer.
Edouard Martel : il découvre des grottes, le spéléologue nomme la dernière, gigantesque.


mardi 14 janvier 2020

Les sorties des fêtes

El Greco
C'est au Grand Palais que se tient cette belle rétrospective du peintre grec espagnol !
Elle est chronologique, avec quelques sous-sections thématiques, autour d'une oeuvre et de ses variations, d'un genre comme le portrait ou de l'activité de sculpteur - oh surprise - du peintre. 
Le parcours débute avec des icônes. Eh oui, avant de s'adonner aux figures longues et aux couleurs pastel, Greco vient avant tout de Crète où l'art en vigueur est encore byzantin. On le suit ensuite à Venise, où il s'inspire de Titien et Tintoret. Là, on voit la forme et les couleurs se modifier. Place aux tons acides du maniérisme, renforcés dans ses œuvres de Rome. Mais c'est en Espagne qu'il réalise ses œuvres les plus monumentales et à Tolède qu'il restera et persistera dans sa manière originale, bien tard dans le siècle.

Toulouse-Lautrec, Femme rousse en caraco blanc, 1889
Toulouse-Lautrec
A l'origine, je ne devais aller voir que Greco, n'étant pas fan des affiches de Toulouse-Lautrec, la goulue, Aristide Bruant... Et finalement, je me réjouis d'avoir passé le pas car j'ai découvert des œuvres et des aspects du peintre que j'ignorais. Car outre la grande période des affiches, des stars du cirque, de Montmartre et du Moulin rouge, Toulouse-Lautrec s'est aussi intéressé à la photo et à la représentation du mouvement - pas très probant selon moi. Il fait surtout de magnifiques portraits d'hommes et de femmes, du dandy à la grisette. Et il est très lié aux peintres et écrivains de son temps, notamment à travers la Revue Blanche. Enfin, je le croyais presque caricaturiste et moqueur, et je le découvre proche de ceux qu'il peint, ami des danseuses, des chanteurs, des prostituées.
L'exposition est plus longue que Le Greco, plus fournie, et la fin tourne aussi autour de la répétition des mêmes motifs, avec moins d'élan et de vie. 

Raghu Rai. Voyages dans l'instant
A l'Institut de France, il y a un petit pavillon qui accueillait jusqu'à la semaine dernière une belle exposition de photos de Raghu Rai, photographe indien. Spécialiste du reportage photo, il couvre des sujets pour des journaux indiens. C'est la variété et la beauté d'une partie de son oeuvre que j'ai découvert avec cette expo. Jouant sur les contrastes, avec beaucoup de noir et blanc, il s'adonne aussi à la photo couleur, croquant des visages et des corps en mouvement, pleins de vie ! Court mais marquant.
Raghu Rai, marchand de thé dans le train entre Delhi et Mumbai, 1982


L'art en broderie au Moyen Age au musée de Cluny
Le musée est en travaux, n'espérez pas profiter de ces salles après la visite, elles sont réduites à une portion congrue. Hâte de découvrir le résultat. 
En attendant, une superbe exposition de broderies et tissus médiévaux vous est ouverte. Elle commence par un glossaire des points ainsi que des outils, qui me seront bien utile pour comprendre les techniques de broderie détaillées tout au long de l'expo. 
Fragment de caparaçon de cheval, 1330-1340
Ornant les objets de luxe, la broderie se développe en Allemagne et Angleterre. On découvre des ornements liturgiques mais aussi les objets profanes (aumônières, caparaçon de cheval... on n'ose penser aux vêtements princiers). Parmi les œuvres marquantes, des sandales, un antependium avec des saints, les fragments du caparaçon de cheval aux léopards anglais. Et la mitre de la Sainte Chapelle à la nativité délicate. J'ai aussi découvert la magnificence des broderies à l'or nué mêlées aux fils de soie, aussi subtiles que des peintures. 
Œuvres splendides et rarement exposées (pour des raisons de conservation notamment), elles valent le détour. La scéno est discrète, les cartels sont suffisamment détaillés, il aurait peut-être été chouette de voir quelques techniques en vidéo mais l'ensemble est à la fois pédagogique et beau.

Mystérieux coffrets. Estampes au temps de la Dame à la licorne
L'exposition débute avec la présentation de mystérieux coffrets dont l'utilité ne nous est pas connue et qui conservent dans une partie secrète des estampes attribuées à Jean d'Ypres et contenaient certainement des reliques. Mystérieux, non ? 
En réalité, l'expo ne s'attardait pas beaucoup sur cette question mais plutôt sur la production, surtout religieuse, de Jean d'Ypres. 

New - La comédie musicale improvisée
Vous arrivez au Grand Point Virgule pour donner un titre et un lieu qui seront peut-être retenus pour lancer le spectacle. Vous proposez des noms, des airs, des contraintes diverses que les acteurs-chanteurs-danseurs intègrent dans le spectacle. Les musiciens et le dessinateur les soutiennent dans cette improvisation à 100 à l'heure, drolissime et étonnante. Quel talent ! Et toutes les semaines, c'est différent :)

Funny Girl
Une comédie musicale impressionnante au théâtre Marigny ! Super qualité des chanteurs et danseurs, décors à couper le souffle, mise en abyme du théâtre, pas de happy end, c'est du beau spectacle, on se croirait à Broadway.
Fanny Brice veut devenir une star mais elle n'a ni les gambettes ni le minois des belles. Qu'à cela ne tienne, elle a la voix, la volonté et les idées. Et ça marche, elle devient une star avec le producteur Florenz Ziegfeld. Mais elle tombe aussi amoureuse du séduisant Nick Arnstein qui ne lui rend pas la vie facile.
Le scénario n'est peut-être pas complètement fou mais la puissance des personnages, leur humour et la beauté du spectacle compensent largement : on ne s'ennuie pas un instant !

Star Wars - The Rise of Skywalker
Que dire ? C'est dynamique, ça se regarde, il y a même de l'humour. Il y a une quête et bonne grosse bataille finale. Par contre le scénario est pas terrible et on n'a aucune explication sur rien : Qui est Rey finalement ? Comment Palpatine n'est-il pas mort ? Comment se fait-il que tous les indices se trouvent et s’enchaînent si bien si Luke les a cherché pendant des plombes ? Et la dyade, ça marche comment au juste ?

Les misérables
Welcome à Montfermeil Pento ! Un nouveau flic rejoint la BAC (brigade anti-criminalité) et l'on suit sa première journée dans les quartiers avec ses coéquipiers, Chris et Gwada.
35 degrés, lendemain de coupe du monde, tout devrait être calme. Il y a les petits soucis quotidiens, du marchand qui s'étale, des fumeurs de shit... Et puis les soucis plus pénibles comme le vol d'un lion, une arrestation qui tourne à la bavure devant une caméra, l'agressivité qui monte entre les grands frères et les flics. Chacun joue au cow-boy de son côté. Ça se parle mal, ça se chauffe, ça s'échauffe. Pas mal pour un premier jour. Sauf que les petits frères n'ont pas dit leur dernier mot.

Un film assez flippant mais très bien mené sur les banlieues, où seule la force, la menace et les coups permettent de se faire entendre.

lundi 13 janvier 2020

Cassandre - les prémisses et le récit

Voilà des années que ce livre de Christa Wolf me faisait envie. Vous connaissez mon intérêt pour le personnage de Cassandre. Eh bien, voilà encore de quoi le nourrir un peu. 

Les prémisses, quatre conférences, m'ont bien moins intéressée que Cassandre en elle-même mais je vous en parle tout de même. 
La première et la deuxième concernent un voyage en Grèce, depuis le décollage. C'est la visite d'Athènes, du Pirée, de la Crète. L'exotisme, les rencontres, les arnaques, saupoudrées d'un peu d'Eschyle. Cassandre y apparaît bien peu mais c'est là que prend racine le texte et le personnage. 
La troisième est plutôt un journal, menacé par la peur de la guerre atomique. 
La quatrième interroge la place de la femme, en littérature, dans l'histoire.

Cassandre, c'est l'héroïne et la narratrice de cette oeuvre. Elle fonctionne en flash back, alors que devant la porte aux lions de Mycènes, la prophétesse devine le destin qui l'attend. Elle est là, avec Agamemnon, après avoir bravé les tempêtes au retour de Troie. Elle revoit sa cité et la guerre. Elle revoit la paix et les divers navires partis des Dardanelles. Mais elle insiste surtout sur le glissement qui s'est opéré à mesure des liens avec les grecs, le recul du pouvoir des femmes à Troie. Elle raconte la bêtise des hommes, les raisons économiques et politiques de cette guerre dont Hélène est absente. Elle montre la bestialité d'Achille, ce héros qui viole et violente. Elle raconte les rites. Elle raconte ses visions, ses rêves, qui la condamnent. Elle est cette femme qui lutte, qui ne veut pas suivre le chemin des autres femmes, épouses, reines. Elle dérange. Elle est une voix avant tout. Sa narration n'est pas linéaire, elle se permet des détours, des non-dits, des oublis. Ce n'est pas toujours simple de l'y suivre. Mais c'est assez passionnant ! 

samedi 11 janvier 2020

Contes

Cet ouvrage d’Alfred de Musset réunit certains de ses contes ainsi que des lettres satiriques. Ce sont des contes des XVIIIe et XIXe siècles, souvent dans des milieux aristocratiques, où l'on parle amour et honneur. 

La Mouche. Un amoureux disgracié par le roi tente tout pour épouser mademoiselle d’Annebault. Il monte à Versailles et rencontre la Pompadour. Bonne ou mauvaise chance ?

Pierre et Camille. Camille aurait pu être heureuse. Ses parents s'aiment tendrement. Elle est riche et bien née. Hélas, elle est sourde et muette, ce qui signifie alors être moins humaine. Ne pouvant exprimer sa pensée, peut-être n'en n'a-t-elle pas ? Sa mère ne la chérit que plus alors que son père s'éloigne d'elle.

Mademoiselle Mimi Pinson. Les grisettes peuvent elles être bonnes et belles ? Rien n'est moins sûr. Frivoles et joueuses, on ne peut pas compter sur elles. Sauf Mimi Pinson ?

Le merle blanc. Seul parmi les siens, notre héros les fuit. Il explore le monde entier sans trouver son semblable. Pauvre artiste incompris.

Le secret de Javotte. Quand un femme se joue de l'honneur d'un gentilhomme, cela peut mener loin. 

Lettres sur la littérature de Dupuis et Cotonet. Quatre lettres qui partagent le même ton humoristique et satirique de bourgeois qui tentent de comprendre leur temps. Ils décortiquent le Romantisme sans jamais parvenir à le définir, puis l'humanitarisme, s'intéressent au journalisme et à des personnages caricaturaux.

J'avoue que je préfère Musset au théâtre que dans cet ouvrage même si j'apprécie le ton badin, jamais très loin chez cet auteur.

mercredi 8 janvier 2020

Marilyn la dingue

Ce polar américain de Jérome Charyn était sur ma LAL depuis des plombes. Une virée à la biblio l'en a fait sortir. Hélas, ce n'est vraiment pas ce que j'aime en polar. 
Pas d'enquête mais plutôt les mafias et les flics new yorkais qui gravitent autour d'Isaac le pur, Isaac Sidel, un commissaire respecté et craint. Avec ce titre, on suit aussi sa fille Marylin, trois fois mariée et divorcée, cachée chez Zyeux Bleus, un flic d'Isaac. Et pour vilains à arrêter, des ados de 15 ans, le gang des sucettes, qui défoncent les magasins et agressent les commerçants. Jusqu'à la mère d'Isaac. Et si c'était un message ? 
On découvre donc les coins New York, de Little Italy à Harlem, avec quelques virées à Brooklyn, avec leurs escrocs, leurs indics et leurs crimes. On suit une piste anarchique avec un flic déjanté qui tient plus du gourou que de l'inspecteur. Le tout dans un langage coloré et enlevé. 
Vraiment pas mon truc !


lundi 6 janvier 2020

Un assassin blanc comme neige


J’ai un peu plus de mal avec les livres de Bobin qui sont entièrement poétiques. C’est un peu le cas de ce titre. On y croise la beauté à toutes les pages, dans le chant d’un oiseau ou dans la moustache d’un chat, dans les plantes et les yeux des enfants. C’est doux et profond à la fois. C’est un livre à savourer, quelques pages par-ci, d’autres un soir prochain. C’est doux au cœur. Mais ça ne le fait pas toujours battre finalement. J’en garde tout de même une petite récolte de phrases pour éclairer le chemin, surtout la dernière. Pour celle-ci, ça valait le coup de tourner les pages !

« Je te salue à travers l’infranchissable vitre de papier blanc, petit âne aux yeux charbonnés d’étonnement. Tu ne sauras jamais combien j’ai aimé ta manière d’être attentif au rien du ciel »
« Nous ne disposons que d’une seconde pour voler à la vie les bracelets de lumière qui tintent à ses poignets »
« Celle qu’on attend sur le quai de la gare se détache en gloire de la coulée des voyageurs, comme surgie charitablement d’un au-delà jusqu’à ce monde-ci. C’est ainsi que les mères voient leur enfant leur renaître à chaque sortie d’école : un seul visage qui bat du tambour, une seule étoile qui couvre tout le ciel »
« Tous les airs se démodent – pas les chants d’oiseaux »
« Quand le peintre japonais Hokusai meurt en 1849 il a, par ses dessins, rendu la vie dix mille fois plus vivante qu’elle n’était avant lui. Sans doute est-ce là le travail que chacun doit accomplir par sa vie : frotter la pièce d’or mise dans notre main à notre naissance, afin qu’elle brille dix mille fois plus quand la mort nous la volera »

vendredi 3 janvier 2020

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable

C'est un livre de Romain Gary sur l'impuissance et le vieillissement des hommes. Ce n'est pas très joli, c'est souvent pathétique. Jacques, résistant décoré, chef d'entreprise, doit vendre sa boite. Lors d'une rencontre avec Dooley, un américain de son âge qui pourrait reprendre son entreprise, ils parlent de sexualité et des limites de celle-ci à un certain âge. Cela devient une obsession pour Jacques. Surtout qu'il aime Laura, jeune brésilienne, un amour fou, comme si c'était le premier. Il est prêt à tout pour tenir : fantasmes, médecin et médicaments, au point de même vouloir rompre ou en finir. 

"Je ne me souvenais même plus de mes autres amours, peut-être parce que le bonheur est toujours un crime passionnel : il supprime tous les précédents [...] Tout le linge sale des mots d'amour que l'on a si peur de toucher, parce qu'il est couvert de taches suspectes que les mensonges y ont laissées, renouait ses liens avec le premier balbutiement, le premier aveu, le regard des mères et des chiens : les poèmes d'amour étaient là bien avant l'oeuvre des poètes. Il me semblait qu'avant notre rencontre ma vie ne fut qu'une suite d'esquisses, brouillons de femmes, brouillons de vie, brouillons de toi, Laura. Je n'avais connu que des préfaces. Les mimiques d'amour, la multiplicité, la variété, les coucheries, tous ces au revoir et au plaisir, sont une absence de don authentique qui se réfugie dans le pastiche, dans un "à la manière de" de l'amour. C'est parfois fort bien torché et le métier ne se voit pas trop, le savoir-faire dissimule son habileté, il y a de l'aisance, on peut vivre de moins que rien et pour pas cher, même seulement de plaisir, et d'ailleurs on ne peut pas passer sa vie à attendre qu'elle se révèle capable de génie."

Ce n'est pas du tout mon roman préféré de Gary même si le sujet est intéressant, traitant de l'intime, de l'âge et de ses maux. Mais je trouve ça tout de même scandaleux ces histoires de vieux mecs qui sortent avec des petites jeunes femmes parce qu'ils trouvent les femmes de leur âge trop moches ! 

mardi 31 décembre 2019

13 ans de blog

C'est un blog adolescent maintenant, dont j'ai zappé l'anniversaire le 20 novembre dernier ! Avec des kilos de lectures, plus ou moins aimées, pas mal d'expo (mais moins qu'avant), quelques commentaires... C'est surtout une mémoire, avec ses oublis (les brouillons qui traînent depuis 2015), ses inoubliables comme La plus que vive ou ses oubliés comme Cinq amoureuses
Un blog qui continuera en 2020, à ce petit rythme tranquille, sans se perdre sur d'autres supports. L'occasion aussi de souhaiter à tous les lecteur.rices qui passent par ici une magnifique année 2020. Bonne promenade dans les livres cette année encore !

lundi 30 décembre 2019

Louise Amour

Histoire d’amour, évidemment  !

Louise est parfumeuse, riche, légère. Elle est présente au monde et aux autres, elle éclaire le monde. Et notre narrateur écrit. Il aime les écrits des saints et des mystiques. La rencontre des deux fait des étincelles et c’est le début d’une histoire. Une histoire de passion et de mort, comme toutes les histoires d’amour. Une histoire d’amour et de jalousie, de possession. Une histoire qui vient fendiller la carapace de cristal du narrateur. 

Lieux : cimetières, églises, champs de fleurs et roseraie. Alternance de lumière et de sombre, entre les lieux de Louise et ceux du narrateur, en pleine lumière.

Encore une belle incursion dans l'imaginaire de Christian Bobin et dans sa langue si douce à mes yeux : « Arrive la mort – ou la grâce d’une épreuve sans issue imaginable – et l’épouvantail brûle en une seconde et du feu surgit un vivant absolu, une personne non encombrée d'elle-même ni infestée par le monde, un tout petit éclat bleuté du grand vitrail de Dieu – une âme »


« Les livres sont de vieux serviteurs sur le dos desquels nous disposons, afin qu'ils les portent à notre place, nos craintes et nos espérances. Le temps passé à lire qui est du temps changé en lumière, l’espérance attrapée comme un rhume en rêvant, la puissance secrètement demandée aux livres savants, tout de nous pèse sur les épaules, la nuque, le dos de nos esclaves de papier. Il suffit ensuite de les regarder pour connaitre leur maître. La bibliothèque de Louise Amour ne révélait-elle pas une âme éprise de ce Dieu exténué d’être seul, à qui les roses proposent l’asile de leur douceur ? »
« Le visage de la jeune femme derrière Santal avait la sourde luminosité de celle qui, penchée au-dessus d’une flamme invisible, ne songeait qu’à l’entretenir et s’oubliait elle-même. Elle semblait avoir l’autorité abrupte de ceux qui se donnent à l’essentiel, sans aucun souci de plaire. Le Christ avait aimé de telles voisines fidèles et sans prestige »
« Certains êtres sont comme le lilas qui sature de son parfum, jour et nuit, l'air dans lequel il trempe, condamnant ceux qui entrent dans son cercle embaumé à éprouver aussitôt une ivresse intime qui fait s'entrechoquer, comme des verres de cristal de Bohême, les atomes de leurs âmes. Dans les entours de telles créatures, comme dans ceux du lilas, plus moyen de garder une conscience claire. La pensée est un soleil d’hiver. Elle a besoin du froid et du sec pour s’élever. L’ivresse, même quand elle n’est que mentale, l’humidifie, l’alourdit et finalement l’empêche de s’envoler »
« Le luxe donnait l’impression que la vie était délivrée de la mort, de la douleur, du temps – et au bout du compte de la vie même »
« A la fin de chaque jour d’absence de Louise Amour je prenais le carnet au-dessus de la pile, je le remplissais de mots jusque tard dans la nuit, et c’était comme verser un vin précieux dans un verre sans fond. Louise Amour, quand je ne pouvais la voir, devenait plus haute qu’une cathédrale. Son absence jetait de l’ombre sur tout, comme si une géante avait recouvert de ses jupons la terre entière – villages, routes et projets […] Je la remerciais au contraire silencieusement de m’avoir abandonné, de m’avoir laissé dans une épreuve que finalement, avec de l’encre et du papier (comme font les enfants après le départ soudain de leur mère dans la pièce à côté), j’avais changé en grâce. J’offrais mes prières de papier à la déesse de chair. Elle prenait son temps pour les lire. Elle prenait son temps pour tout»
« Chacun de nous est fait pour une seule chose et cette chose, quand il l’accomplira, le contiendra en entier, mieux qu’un cercueil. J’étais fait pour adorer. J’avais été élevé pour ce sacre dont j’inventais la couronne d’encre et de papier »
« Elle portait son cœur sur son visage comme les saints qui tiennent leur cœur dans leurs mains, à l’extérieur d’eux-mêmes »
« Le parfum des parfumeurs, c’est l‘âme volée des fleurs. On devrait l’interdire aux belles dames et l’utiliser uniquement pour laver les clochards et les agonisants »

lundi 23 décembre 2019

Le naufrage des civilisations

Voici un autre essai d'Amin Maalouf, plus récent que les Identités meurtrières, mais qui interroge tout autant notre rapport à l'autre. Parcourant l'histoire de l'Orient au XXe siècle et au début du XXIe, l'auteur s'inquiète. Car un vent violent parcourt le monde, qui semble bien aller à sa perte. 
Entre l'essai et le témoignage autobiographique, Amin Maalouf remonte le temps. Il voit des lignes de fracture : la guerre des 6 jours, qui a écrasé le rêve arabe et fait de l'Orient un perdant ; et 1979, avec la chute du shah d'Iran, le début de la guerre en Afghanistan, la prise d'otage à la Mecque... Et le discrédit du communisme, la faiblesse des USA et de l'Europe pour inspirer d'autres. Bref, c'est plutôt  l'histoire des rendez-vous ratés et chacun dans son coin que tous ensemble ! C'est cela que déplore l'auteur. Il met aussi en garde : comment rester en démocratie alors que les ténèbres s’amassent ? Et comment ne pas tomber dans le piège de la sécurité, du confort et du bonheur qui nous ferait abdiquer notre liberté ?

"Tout au long de l'histoire, les expulsions massives, qu'elles paraissent justifiées, légitimes ou pas, ont généralement nui à ceux qui sont restés bien plus qu'à ceux qui ont été chassés"

" Dans une société où les minoritaires subissent la discrimination et la persécution, tout se corrompt et se pervertit. Les concepts se vident de leur sens. Parler encore d'élections, de débats, de libertés académiques ou d'Etat de droit devient abusif et trompeur"

"Ce qui caractérise l'humanité d'aujourd'hui, ce n'est pas une tendance à se regrouper au sein de très vastes ensembles, mais une propension au morcellement, au fractionnement, souvent dans la violence et l'acrimonie [...] Ce qui aggrave encore cette tendance, c'est que le monde est aujourd'hui rempli de "faux ciments" qui, telle l'appartenance religieuse, prétendent réunir les hommes alors qu'ils jouent, dans la réalité, le rôle inverse"

"Je suis même tenté de redire ici ce que j'ai dit à propos de Mandela et de sa manière de remédier aux tensions raciales dans son propre pays : il arrive que la générosité soit la moins mauvaise solution ; et il arrive qu'une bonne action soit aussi une bonne affaire"

"Ce que je regrette, c'est la disparition d'un certain état d'esprit qui a existé du temps des empires, et qui considérait comme normal et légitime que les peuples vivent au sein d'une même entité politique sans avoir forcément le même religion, la même langue, ni la même trajectoire historique"

"Nous progressons dans de nombreux domaines, nous vivons mieux, et plus longtemps. Mais quelque chose se perd en route. La liberté d'aller et de venir, de parler et d'écrire, sans être constamment surveillés"

mercredi 18 décembre 2019

Celles qui savaient

Sont au nombre de 5 pour Claude Pujade-Renaud : Cassandre, fille de Priam et d'Hécube ; Oenonè, amante de Paris ; Okyrrhoè, fille de Chiron, changée en jument ; Jocaste, mère et amante d'Oedipe ; Ismène, fille d'Oedipe et Jocaste, soeur d'Antigon, Polynice et Eteocle. 

Elles ont en commun un don de prophétie ou de prescience. Elles savent. Cassandre, on le sait bien, connait le sort de Troie et le sien sans être crue. Elle est ici amoureuse d'Hélénos, son frère. 
Oenoné, c'est plutôt une fille des bois, une sauvage très tendre avec Paris, qui voit bien les dangers à regagner Troie, à se confronter à son abandon, à ses frères.
Okyrrhoé, je ne la connaissais pas. Née près d'un torrent, elle connait aussi l'avenir et le révèle à Asclépios pour être aussitôt transformée - avec quelle économie de moyen de l'auteur !
Jocaste et Ismène parlent des Labdacides et de leur lignée maudite.

Sous une forme poétique, très courte, et bien différente des autres textes lus de cette auteur, j'ai découvert ces cinq destinées de femmes, maudites par leur savoir. Une lecture belle et simple. 

lundi 16 décembre 2019

La grâce de solitude


Marie de Solemne dialogue dans ce petit ouvrage avec Christian Bobin, Théodore Monod et Jean-Michel Besnier. Leur thème ? La solitude. La solitude choisie, qui permet de préserver un certain bien-être. Une solitude qui ne se confond pas avec un isolement, non consenti. Une solitude qui n’est pas une malédiction ou quelque chose à fuir mais une grâce qui permet de se révéler.

Comme souvent, j'ai été attentive aux phrases de Bobin que je glane pour moi, pour vous : 
« Pour vivre, il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez être seul. La solitude n’est plus jamais mauvaise. Même si on ne vous porte plus, même si on ne vous aime plus, même si on ne vous regarde plus, ce qui a été donné, vraiment donné, une fois, l’a été pour toujours. A ce moment-là, vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel »
« L’amour, la solitude, l’écriture, le chant, le jeu, j’aime par exemple à les faire tourner comme des toupies sur la page, parce que je les éprouve dans ma vie même comme tournant l’une sur l’autre, l’une dans l’autre »
« Il y a un creux qui est en vous, que vous ne supportez plus, et que vous allez remplir avec des nourritures plus ou moins digestes. Souvent, on remplit très vite ce creux, ce vide, cette attente naissante, alors qu’elle demanderait un peu de temps encore pour nous dire ce qu’elle a à nous dire. Mais, nous, on essaie de la combler tout de suite. C’est comme une question qui se pose et qu’on essaie d’arrêter. On n’y répond pas… on essaie de la tuer »
« Ce que j’attends, c’est l’inattendu. Ce que j’attends, c’est ce que, par définition, je ne peux même pas imaginer attendre. Parfois ça prend précisément la forme de quelque chose qui va être tellement imprévisible que dans un premier temps ça va me blesser, ça va me contredire. C’est par là que je sais la vie – que je la reconnais en tous cas -, que je sais qu’elle est fidèle »
« Dans l’autre, c’est mon propre cœur que j’entends battre. Toujours en reconnaissant parfaitement l’altérité de l’autre, ce qui en lui m’échappe »
« Si on veut transmettre quelque chose dans cette vie, c’est par la présence bien plus que par la langue et par la parole. La parole doit venir à certains moments, mais ce qui instruit et ce qui donne, c’est la présence. C’est elle qui est silencieusement agissante »
« Sans « ailleurs », ça ne tient pas. En fait, si on aime uniquement avec notre propre volonté, un jour ou l’autre… on craque. Tôt ou tard, on craque… et c’est effroyable »
« Dans la solitude on rejoint Quelqu’un d’autre que soi »

Et comme il n'y avait pas que Bobin, j'ai aussi récolté d'autres phrases : 
Besnier « Je ne pense pas que le solitaire ait renoncé à séduire l’autre, seulement il veut séduire avec d’autres armes, en offrant l’image de son autonomie, de son indépendance, de sa force. Il y a chez le solitaire une dénégation de la sociabilité »
Monod « Voilà un enseignement du désert : on n’est jamais pressé ! On peut toujours remettre au lendemain, ou à la semaine d’après, ce qu’on a à faire. Rien ne presse… »

mercredi 11 décembre 2019

Sorties ciné de décembre

Frozen II
Evidemment, j'avais tant aimé Frozen que je ne pouvais pas passer à côté du 2e volet. 
On retrouve Elsa et Anna, en grande forme, avec Olaf, Sven et Kristoff. La vie semble belle et simple au royaume si ce n'est qu'Elsa entend des voix. Et décide de les suivre. Super idée, non ? 
Forêt enchantée, malédiction, éléments en colère... Les princesses sont prêtes à tout affronter ensemble. Une quête qui leur apprendra la vérité sur les pouvoirs d'Elsa, sur leurs parents, sur la malédiction. 
Evidemment, pas le même effet wahou qu'au premier opus : pas de chanson inoubliable et qui fait frissonner - même si la chanson Lost in the wood est incroyable, fans des années 90 enjoy. L'histoire est moins dingue et les personnages ne nous révèlent pas beaucoup de surprises. 
Par contre, beaucoup d'humour avec un Olaf en super forme (restez jusqu'à la fin du générique pour le dernier fou rire), des paysages et des textures toujours aussi travaillés et splendides ! On passe un bon moment.


Hors Normes
Autre style avec ce film sur le travail d'éducateurs auprès d'ado et adultes autistes. Bruno et Malik ont deux associations complémentaires pour accompagner ces jeunes et former des éducateurs. Lorsque l'association de Bruno est auditée, c'est la réalité des manques des autres structures qui surgit : jeunes refusés par toutes les structures, attachés ou drogués parce que trop incontrôlables. Alors certes, c'est un peu le bazar chez Bruno, mais les jeunes sont traités avec dignité et amitié. Et ça marche plutôt bien puisqu'ils progressent !
Un petit pas vers plus d'humanité ? Et de meilleurs soins ?

lundi 9 décembre 2019

Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées

Je viens de terminer la biographie de Carl Gustav Jung, le psy. C'était long, parfois bizarre, souvent passionnant. 
Carl Jung revient sur les différentes étapes de la vie, sa relation aux parents, à l'école où il ne brille pas. Il raconte ses premiers jeux, rêves et rites d'enfant, qu'il redécouvre bien plus tard. Il raconte son chemin vers la médecine et la psychiatrie, un peu par hasard. C'est chronologique mais c'est truffé de signes, de symboles et de rêves qui nous perdent parfois. Il est peu question de patients, d'exemples, surtout de lui, de ses propres rêves et interprétations. Il est intéressant de le voir élaborer des théories sur sa personnalité, avec sa part d'ombre et de lumière. 
On lit aussi son lien avec Sigmund Freud puis leur séparation. On le suit dans ses voyages, toujours fruits d'apprentissage et de nouvelles inspirations. Mais parfois, pas même besoin de partir, son exploration de l'alchimie, des religions, des cultures, des images et des symboles suffit. 
C'est dense, mais ça se lit bien. Par contre, pas mal d'éléments m'ont échappé concernant ses autres livres et ses théories comme psychiatre. 


"J'ai souvent vu que les hommes deviennent névrosés quand ils se contentent de réponses insuffisantes ou fausses aux questions de la vie. Ils cherchent situation, mariage, réputation, réussite extérieure et argent; mais ils restent névrosés et malheureux, même quand ils ont atteint ce qu'ils cherchaient. Ces hommes le plus souvent souffrent d'une trop grande étroitesse d'esprit. Leur vie n'a point de contenu suffisant, point de sens. Quand ils peuvent se développer en une personnalité plus vaste, la névrose d'ordinaire cesse."
"Tout ce qui m'irrite chez les autres peut servir ma connaissance de moi-même"