lundi 18 janvier 2021

Un homme remarquable

Simon Darcourt s'est engagé dans la rédaction d'une biographie de Francis Cornish pour le lancement de la fondation Cornish. C'est Arthur Cornish, banquier, héritier et neveu de Francis, qui dirige l'affaire. Hélas, ce n'est pas si simple car Francis était plutôt secret et "sous l'influence de Mercure" comme le rappellent les astrologues du roman. Observateur et messager, trompeur et radin, mais aussi très droit et tourmenté par sa morale... Voilà un drôle de personnage. Si les hommes ne peuvent le percer à jour, Zadkiel et Meimas, un ange et un daimon (au sens platonicien et chrétien), peuvent se repasser sa vie. C'est donc ce qu'ils vont faire, en commentant de temps à autres les chemins pris par Francis.

Ils débutent l'histoire avec les parents et grands parents de Francis, à Blairlogie, une petite bourgade canadienne où Francis voit le jour après un grand frère idiot. Il s'intéresse très jeune à l'art et au dessin, sous l'influence de sa tante Mary-Ben, la seule à se soucier de lui et de son âme. Son père le souhaite protestant alors que les McRory, famille de sa mère, sont catholiques. Voilà déjà une des lignes de tension qui construit le jeune garçon. Toujours amoureux du dessin, il grandit, va à Oxford, se fait recruter, comme son père, par les services secrets. Il se fait avoir par la femme qu'il aime avant de s'engager plus avant dans le monde de l'art, sous la tutelle de Saraceni, un grand restaurateur de tableaux de maîtres anciens. C'est là qu'il découvre véritablement sa voie, jusqu'à devenir l'expert et le collectionneur que connaissent ses amis et héritiers. 

Biographie d'un héros rarement sympathique mais intéressant, le roman est assez bavard, touche à l'astrologie, aux symboles artistiques et aux questions religieuses, ce qui lui donne à la fois un fond assez profond mais aussi pas mal de lourdeur. Je regrette aussi que l'ange et le démon ne soient que des commentateurs, avec humour certes, de la vie de Francis. C'est donc un roman du canadien Robertson Davies que j'ai apprécié mais dont je ne retiendrai pas grand chose. 

Saraceni, Judith et Holopherne


lundi 11 janvier 2021

J'ai rêvé la révolution et Comédies tragiques

Deux pièces de théâtre de Catherine Anne, chacune intéressante et engagée dans son genre. L'une est plus féministe, l'autre plus sociale. Toutes deux parlent de droit et d'égalité. 

J'ai rêvé la révolution
Une femme, en prison, pendant la Révolution française. Elle semble être là par erreur. Avec le soldat et sa mère, parfois, elle discute mais ce n'est pas très autorisé. Elle écrit aussi. Certains tentent de la faire sortir de prison, mais elle a trop confiance en ceux qui vont la juger pour cautionner une fuite. Olympe de Gouges en prison, parlant d'amour, de mort, de gouvernement et de société...

Comédies tragiques
Dans un monde où la rentabilité est maître mot, des petites scènes viennent explorer la lutte des individus pour exister. Il y a ceux qui manifestent, ceux qui font la queue au Pole Emploi, ceux qui décident pour les autres, les machines qui remplacent mal les hommes, bref, plein de situations d'aujourd'hui et de demain, vues avec humour et lucidité. 



lundi 4 janvier 2021

Pastel

Joli roman que celui d'Olivier Bleys sur la couleur au XVe siècle ! Ce roman historique, découvert par hasard, m'a beaucoup plu par son style et sa langue, médiévaux et rythmés. 

Albigeois, 1423, Simon nait avec une tache rouge sur le visage. C'est un signe du destin pour ce fils de teinturier qui ne jure que par la pourpre, l'écarlate, la garance, le coquelicot... Il est formé à l'art de teindre par Lucas, son père, plein d'orgueil et de principes. Leurs rouges sont recherchés mais le jeune homme a besoin de reconnaissance, il veut sa propre affaire. 

Lorsqu'il croise Fressard, il s'engage dans un drôle de contrat. Le voilà dédié au bleu. Cela vous parait dérisoire ? ça ne l'est pas. Simon est chassé de chez les siens. A cause d'une histoire de couleur mais aussi d'une histoire d'amour ancienne, entre l'épouse de Fressard et son père. Il s'adonne au bleu, cherchant sans cesse à le perfectionner, pour atteindre le bleu du manteau de la Vierge. Cela devient son unique quête. Et pourtant, le monde continue de bouger autour de lui. Une femme le visite souvent, Fressard s'enrichit, le rouge baisse et Lucas est en prison... Les aventures ne manquent pas mais Simon n'en est souvent que spectateur. 

Un roman historique sympathique, que j'aurais aimé plus détaillé sur les techniques de la couleur justement, les pigments, les bains, les durées.


lundi 28 décembre 2020

Teologia guarani

Ce titre de Graciela Chamorro est certainement effrayant au premier abord. Qui sont ces guaranis ? C'est pas un peu compliqué la théologie ?
Notre auteur, qui a vécu plusieurs années avec les guaranis, les mbyas et les chipiras au Brésil et en Argentine, nous expose une théologie indigène et invite les églises qui cherchent à évangéliser les indigènes à se mettre à l'écoute de leur propre religion.

Elle débute son ouvrage par une classification de l'attitude des églises chrétiennes face aux autres religions :
- ecclesio-centrisme : excluant. La révélation divine réduite à un seul langage, une seule culture, un accès unique et exclusif à Dieu.
- christo-centrisme : incluant. Par un discours universel, où se diluent les particularités culturelles, toutes les réalités sont des nuances d'une même histoire du salut, conscient ou non.
- theocentrisme : pluralisme. Toutes les religions conduisent à Dieu, les cultures et les religions ne parlent pas le même langage mais partagent une recherche d'absolu.

I. Historia
1. Fragmentos de la trayectoria y del modo de ser guarani
Présentation des langues et de la variété culturelle représentée sous le nom "guarani". Il est évidemment question de la conquête et du bon accueil des guaranis aux espagnols, qui s'empressent de leur piquer leurs terres, leurs femmes puis leurs vies.
En 1580, création des réductions franciscaines pour pacifier les groupes et les intégrer au système colonial. Et contrairement à ce que laissent croire les sources historiques, tous n'ont pas été réduits, ce qui a permis aux indigènes guaranis de survivre jusqu'à aujourd'hui. Ils utilisent la religion pour se différencier face aux colons : les chamans ont choisi des éléments religieux comme symboles d'identité ethnique et culturelle. C'est une religion basée sur la parole : ñe'ẽ, ayvu et ã: parole, voix, parler, langue, langage, âme, nom, vie, personnalité, origine. La vie est expérience de la parole, Dieu est parole, la communication entre mortels et immortels, passe par la parole. Et la communication du mythe passe par la parole, le chant, le conte.

2. La palabra olvidada. La profecia guarani contra la mision cristiana
Deux sources de pouvoir chez les guaranis : le cacique comme chef de famille élargi et le chaman comme chef religieux. Souvent le chaman peut être source de rébellion. Pour contrer la prédication chrétienne, les guaranis se sont affirmés par leurs chants, leurs critiques et leurs prophéties. 
Entre 1545 et 1660, les indigènes se rebellent à travers une vingtaine de soulèvement contre les missionnaires. Beaucoup moins au XVIIIe siècle. Ils pratiquent les inversion des rites chrétiens comme des contre-baptêmes ou anti-eucharisties, des nouvelles incarnations du Christ ou de la Vierge parodiés pour lutter contre le christianisme, des prophéties qui annoncent la destruction de tout le peuple s'ils ne reviennent pas à leur mode de vie traditionnel : polygamie, danse rituelle et vie libre dans la forêt. 
Le christianisme a confondu universalité avec obligation. Il se caractérise aux yeux des prophètes guaranis comme totalitaire, reniant la pluralité et la différence. Ce n'est pas un refus d'ouverture, c'est refus de désintégration sociale et de mort pour eux. Il existe aussi une réaction d'accueil des missionnaires, qui auraient été annoncés par un saint apôtre comme porteurs de la parole de Dieu.

II. Teocosmologia
3. Representaciones de la palabra original
Au XVIe, on pense que l'essence de la foi est l'obéissance et que sans structures telles que le roi et la loi, les indigènes ne peuvent pas obéir donc pas croire. Mais il existe un Dieu suprême des indigènes : Tupa, vu comme un père, et on croit à l'immortalité âme. 
La mythologie tourne autour de frères jumeaux, le soleil et la lune, qui humanisent la terre en en nommant les éléments, cherchent leur père dans le ciel. Ses attributs divins sont : vera, la lumière des éclairs, rendy, la lumière des flammes et ryapu, le son du tonnerre
Le christianisme sacrifie le polythéisme et la diversité des traditions, laisse de côté femmes, pauvres et indigènes.

4. La cosmificacion de la palabra
La divinité se reconnait à ses ornements, qui correspondent au cœur de son être. Avec elle, les guaranis recherchent la terre sans mal : c'est une recherche écologique, intemporelle et purement religio-culturelle, ou une recherche symbolico-religieuse, avec la migration comme mouvement messianique. La terre est comme le lieu du chemin, où l'on doit suivre les pas des jumeaux divins.

5. La bifurcacion de la palabra y su restitucion
Chaque personne est comme une incarnation de la parole divine. L'homme comporte une âme humaine et une âme animale, qui perturbe l’âme humaine. Les crises de la vie sont perçues comme la  perturbation de la communication humain-divin. L'âme divine s'éloigne de Dieu sous la pression de l'âme animale. 
Le vocabulaire guarani sur la notion de péché a été inventé par les missionnaires qui en font un dérivé du mot "femme". Et le mot "chrétien", est proche du mot "homme". 
Chez les guaranis, il n'y a pas de notion du péché et du salut par l'incarnation de Dieu. Ce n'est pas une religion du pardon mais de la vengeance. 

III. Paradigma ritual
6. Liturgia de la palabra sacramentos de la vida
La parole fait partie de l'expérience mystique, écoutée, dite et qui fait advenir les choses. 
Le rite Kunumi pepy de perforation de la lèvre à 13 ans lui est lié.
La création de l'homme se fait dans un songe qui génère une parole. La personne est ensuite une parole rêvée. Ce n'est pas l'homme qui a un nom mais le nom qui contient la personne. L'identification est forte avec l'animal ou le végétal dont il porte le nom. 

7. La liberacion de la palabra. El dialogo
On revient sur les questions d'exclure, d'inclure ou de se rencontrer dans nos diversités.


mercredi 23 décembre 2020

La folle allure

Voilà un magnifique Bobin comme je les aime, un joli roman - avec une vraie narration. Au centre, une héroïne, dont on ne connaitra pas le nom. Une héroïne libre, fugueuse, amoureuse. Une jeune femme, une jeune fille, une fillette qui a grandi dans un cirque et dormi avec un loup. La fille d'une femme très aimée, rayonnante, et d'un père perfectionniste. La sœur de jumeaux. La femme d'un écrivain raté, bohème. L'amie de la liberté, de la joie. Une héroïne qui nous emporte dans sa vie comme un tourbillon de vitalité et d'amour ! Qu'en dire d'autre ? Que la moisson des phrases est plus qu'abondante !



"Tu sais ce que c'est la mélancolie ? Tu as déjà vu une eclipse ? Eh bien c'est ça : la lune qui se glisse devant le coeur, et le coeur qui ne donne plus sa lumière. La nuit en plein jour. La mélancolie c'est doux et noir"
"Les fugues ont commencé après la mort du loup. C'est ce que prétendent mes parents. Moi je crois qu'elles avaient commencé bien avant. Simplement elles n'étaient pas visibles. Passer des heures à contempler le feu couvant dans les yeux d'un loup, c'est aller au bout du monde. Aujourd'hui encore, dans cette petite chambre aux murs blancs, si je veux voyager, je m'approche de la fenêtre et je regarde le ciel longtemps, le plus longtemps possible, jusqu'à y reconnaitre quelque chose de la brulure et de la douceur d'un loup"
"Ma mère est folle, je crois. Je souhaite à tous les enfants du monde d'avoir des mères folles, ce sont les meilleures mères, les mieux accordées aux coeurs fauves des enfants. Sa folie lui vient d'Italie, son premier pays. En Italie, ce qui est dedans, ils le mettent dehors. Leur linge à sécher et leur coeur à laver, ils mettent tout à la rue sur un fil entre deux fenêtres, et ils font l'inventaire plusieurs fois par jour, devant les voisins, dans un interminable opéra de cris et de rires"
"Je sors et je rentre après avoir embrassé mon loup, après avoir exercé le droit élémentaire de toute personne vivant sur cette terre : disparaitre sans rendre compte de sa disparition"
"La séparation la plus grave entre les gens, elle est là, nulle part ailleurs : dans les rythmes"
"J'ai toujours reconnu d'instinct ceux qui se lèvent avec le jour, même en vacances, et ceux qui restent pour des siècles au lit. J'ai immédiatement craint les premiers. J'ai toujours craint ceux qui partent à l'assaut de leur vie comme si rien n'était plus important que de faire des choses, vite, beaucoup. Ma mère était tellement aimée que ce n'était plus la peine d'occuper toutes les heures du jour. Le monde appartient, dit-on, à ceux qui se lèvent tôt. Ils le font bien sentir que ça leur appartient, le monde, ils en sont assez fiers de leur remue-ménage. Mais quand on est aimée, on s'en fout du monde, on a beaucoup moins besoin d'y faire son tour. Ma mère baignait dans un flux d'amour. Ses parents l'avaient célébrée. Les hommes l'admiraient. Elle n'avait rien à prouver, à construire. Elle pouvait bien rester au lit à des heures déraisonnables"
"Parfois, chaque seconde qui passe peut vous amener la mort ou la joie pure d'y avoir encore échappé - jusqu'à la seconde suivante où tout recommence. Je décide d'utiliser chaque seconde comme ça. Utiliser n'est pas un mot heureux : je décide d'aller d'une seconde à l'autre comme on saute d'un rocher au suivant, pour traverser une rivière profonde. Eclaboussée, rafraichie. Jamais noyée"
"Mourir doit ressembler à ça : nager dans le noir et que personne ne vous appelle"
"J'ai peur qu'on ne m'aime plus - de rien d'autre. Si, peut-être : des araignées. Pour la première peur, je suis rassurée. J'ignore pourquoi mais je suis rassurée, comme ma mère l'est pour elle-même : il se trouvera toujours quelqu'un pour m'aimer. Et s'il n'y a personne, il y aura toujours l'air, le sable, l'eau, la lumière. Je ne serai jamais abandonnée"
"Mon père, lui, c'est une maladie incurable, celle de la perfection. Tout doit être fait au mieux et le mieux ce n'est jamais ça, jamais, jamais. C'est un mal éprouvant pour l'entourage"
"Un détail en somme, mais l'amour réside dans les détails, nulle part ailleurs"
"mémé, qu'est-ce qu'il y a de plus important dans la vie ? Je n'ai pas oublié la réponse : une seule chose compte, petite, c'est la gaieté, ne laisse jamais personne te l'enlever. Elle disait : gaieté. Je suppose que les religieux diraient : joie [...] Quand je me suis mariée, la gaieté était dans mon coeur. Si j'ai divorcé, c'est parce qu'elle menaçait d'en partir"
"Moins aimer, c'est ne plus aimer du tout"
"Il me semble parfois que tous nos sentiments, même les plus profonds, ont une part indélébile de comédie. Leur profondeur ne doit souvent rien à l'amour - et tout à l'amour-propre. C'est sur nous-mêmes que nous pleurons et c'est nous seuls que nous aimons"
"L'état d'âme fait oublier l'âme. Moi je le dirais comme ça : l'état d'âme empêche l'âme de venir"
"Je ne sais pas ce qu'est l'âme. Je sais très précisément dans quelle partie du corps elle s'évapore, jusqu'à s'anéantir : un minuscule point sombre dans la prunelle des yeux - le mépris"
"Si je ne disparais plus, c'est que je n'ai plus besoin de disparaitre. Le mariage est encore la meilleure façon pour une femme de devenir invisible"
"Si on disait vraiment, partout et toujours, ce qui nous chante dans la tête, la vie serait plus drôle, plus déchirée peut-être, bien plus vivante"
"Tout ce qu'on vit vraiment est secret, clandestin et volé, marcher sous la pluie fine et se réjouir du bruit des talons sur les pavés, prélever une phrase dans un livre et la poser sur son coeur un instant, manger un fruit en regardant par la fenêtre, ça aussi il faut dire que c'est tromper, puisqu'on y reçoit du dehors une joie brute qui ne doit rien, absolument rien au mari"
"La chanson de ne rien faire pour bien faire, j'y trouve une image de ce que je vis avec lui, une annonce de la fin avant la fin et je n'en suis pas triste, ce que j'apprends avec l'ogre c'est à ne pas jouer du violoncelle pour mieux en jouer plus tard, j'apprends à être aimée pour n'avoir plus besoin de l'être et pour enfin aller au-delà, ailleurs, au-delà du sentiment, ailleurs que dans le sentiment, pour aller dans quoi, dans l'amour peut-être, comme aujourd'hui dans cet hôtel, vivante, seule, aimante d'amour partout donné, partout reçu, sans la maladie du lien à un seul, aimante d'un amour qui ne dépend plus d'un père, d'un mari ou d'un amant, l'amour est une pièce minuscule dans laquelle j'entrerai au bout de ces trois ans, pendant trois ans je me prépare à aimer, pendant trois ans je vis en attendant autre chose et donc je ne vis pas, je brûle seulement et les deux autres brûlent avec moi"
"On ne peut pas grandir avec les autres. On ne peut grandir qu'en échappant à cet amour qu'ils nous portent et qui leur suffit, croient-ils, à nous connaitre. On ne peut grandir qu'en faisant des choses dont on ne leur rendra pas comte, et d'ailleurs si on leur en rendait compte, ils ne les comprendraient pas, parce qu'elles seront faites avec cette part de nous demeurée invisible, insaisissable, non couverte par le manteau d'amour qu'ils jetaient sur nos épaules"


lundi 21 décembre 2020

La déchirure

Ce roman d'Henry Bauchau est un des premiers sur ma LAL. Il me tentait moins que la thématique sur Œdipe. Histoire ancrée dans le rapport à la mère, au moment du décès de celle-ci, il me semblait assez glauque. 

C'est une histoire sur six jours et nuits, six jours autour de la mort d'une mère. Six jours qui permettent de replonger dans une enfance racontée à la Sibylle, son analyste. Entre passé et présent, entre rêves et réalité, entre psychanalyse, images, paroles et ressentis, le lecteur est invité à se perdre dans un dédale qui forme la vie du narrateur. Il trouve quelques repères avec les familles du père et de la mère qui s'opposent dans l'imaginaire de l'enfant, avec Olivier le frère modèle et si différent de lui, avec le mythe fondateur d'un bébé porté par un grand père fuyant l'incendie de Sainpierre, ou avec celui de Mérence, angélique, face à un homme noir. 

C'est un livre codé, où le lecteur acceptera de ne pas tout comprendre, où il devra faire des liens de lui-même entre les périodes et les lieux, un ouvrage pas si simple mais plutôt beau. 


lundi 14 décembre 2020

La gouvernante suédoise

 Ce court roman de Marie Sizun, découvert chez mes parents, je l'ai confondu avec un autre noté dans ma LAL. Qu'à cela ne tienne, ce fut une belle découverte ! C'est une histoire de famille, à la fin du XIXe siècle, dont les secrets déteignent toujours aujourd'hui. Sa particularité, c'est l'atmosphère de mystère qui s'en dégage et la petite voix de la narratrice, qui questionne les faits.

Fin du XIXe siècle, un français dans la force de l'âge séduit une jeune suédoise. Hulda et Léonard se marient. De professeur de français, il devient homme d'affaire et n'est pas très présent. Hulda, bientôt mère, n'arrive pas à tenir sa maison. C'est dans ce cadre que Léonard recrute Livia comme gouvernante. Les deux femmes deviennent amies, les enfants grandissent, mais Léonard impose à sa famille un départ précipité vers la France où Hulda commence à broyer du noir.

Roman intimiste, il garde pas mal de ses secrets, notamment autour de Léonard - sa première épouse, son travail, la raison de sa présence en Suède. Il est toutefois sans équivoque sur les amours ancillaires et la dépression d'Hulda, bloquée dans une vie isolée, loin des siens. Un roman que je risque d'oublier assez vite, mais dont je retiendrai la petite voix mystérieuse. 


jeudi 10 décembre 2020

Les braises

Ce roman de Sandor Marai patientait depuis un certain temps sur ma PAL. Comme souvent avec cet écrivain, j'ai passé un très bon moment. 

Le général vient de recevoir un pli. Sur le champ, il ordonne que la maison reluise pour accueillir un mystérieux invité. A travers un flash back, on découvre le vieil homme enfant, fils d'une française et d'un officier d'Autriche-Hongrie. On suit Henri dans cette enfance solitaire d'enfant unique, entre des parents si différents, à l'école et à l'armée. Heureusement, il rencontre un ami, Conrad, duquel il est inséparable. 

Ce soir, c'est un vieillard qui s'apprête à revoir cet ami après 40 ans de séparation. Ambiance tendue, tout le monde sur son 31, c'est une soirée spéciale qui se prépare. Car l'ami en question a fui un beau matin, est parti vivre sous les tropiques sans dire au revoir, après une soirée en tous points identique à celle que veut lui faire vivre Henri. A l'époque, Christine, son épouse, était toujours vivante et il s'était passé quelque chose entre Christine et Conrad. Ce soir, le général veut connaitre la vérité. Et c'est une longue soirée qui se déroule, une soirée où l'on replonge dans le monde d'avant la Première Guerre mondiale où chacun appartenait à un camp différent. Une soirée d'un luxe que l'on imagine plus. Une soirée polie, sans éclats de voix, mais où la sourde détermination d'Henri ne fait pas de doute : il ira jusqu'au bout de ses questions. 


Un huis-clos où la tension grimpe progressivement, ferrant le lecteur qui a autant envie de savoir que le général. Un roman sur l'amitié servi par une plume délicate, attentive aux mouvements de l'âme. Vous avez compris : j'ai beaucoup aimé !


"Etre différent de ce que l'on est... est le désir le plus néfaste qui puisse brûler dans le cœur des hommes. Car la vie n’est supportable qu’à la condition de se résigner à n’être que ce que nous sommes à notre sens et à celui du monde. Nous devons nous contenter d'être tels que nous sommes et nous devons aussi savoir qu'une fois que nous aurons admis cela, la vie ne nous couvrira pas de louanges pour autant. Si, après en avoir pris conscience, nous supportons d'être vaniteux ou égoïstes, d'être chauves ou obèses, on n'épinglera pas de décoration sur notre poitrine. Non, nous devons nous pénétrer de l'idée que nous ne recevrons de la vie ni récompense ni félicitations. Il faut se résigner, voilà tout le grand secret"

lundi 7 décembre 2020

Une spiritualité d'enfant

Ouvrage collectif, sous la direction de Lytta Basset, repris d'une revue, il étudie la vie spirituelle des enfants. Tous les apports ne m'ont pas intéressée de la même façon mais j'ai pris plaisir à entrer dans tous les articles touchant réellement à l'enfance et à l'esprit d'enfance. Quelques mots pour résumer :

Avant-propos de Lytta Basset

L'enfance : une pierre d'attente pour le spirituel de Nicole Fabre

On commence par le contexte, qui reviendra chez d'autres, d'un monde très plein pour les enfants, qui ne laisse pas d'espace d'ennui. On s'attarde sur les images et le langage métaphorique, très utile pour désigner, mais qui ne doit pas être prise pour une vérité. On entre dans le rôle d'accompagnement et d'apprentissage des adultes : permettre à l'enfant d'entrer dans du silence, du calme pour accéder à leur intériorité. 

La spiritualité de l'enfant trisomique de Michèle Trellu

Compassion, poésie, gestes spontanés, les exemples sont nombreux des lieux ou les trisomiques parlent de Dieu.

La presse éducative, une école de spiritualité pour les enfants d'Emmanuelle Rémond-Dalyac

Sur deux magazines de Bayard destinés aux enfants, à lire avec les parents pour les plus petits ou à explorer seuls pour les grands. Des portes d'entrées différentes vers la spiritualité et le questionnement. 

Un esprit caché aux sages et aux intelligents de Serge Molla

A travers l'esclavage et la ségrégation, faire percevoir cet esprit d'enfance, comme confiance et dépendance, d'abandon au Père. Pas hyper convaincant à mes yeux.

Cultiver la spiritualité : le modèle éducatif de la "Haggadah de Pessah" de Tania Zittoun

A travers le jeu de questions et l'implication des enfants dans la soirée de Pessah, les juifs cultivent 
"l'attention à l'inhabituel, un art de questionner ce qui semble évident, et un souci pour les pratiques concrètes comme lieu de l'ancrage du sens"

Paraboles thérapeutiques à l'écoute des enfants et des personnes handicapées de Madeleine Natanson

Usage de paraboles pour débloquer ou questionner des situations thérapeutiques avec des enfants autistes ou handicapés. 

Thérèse de Lisieux et l'enfance spirituelle : relire "Le Divin Petit Mendiant de Noël" de Sylvie Barnay

Retour sur une "récréation" d'un soir de Noël autour de l'enfant Jésus.

Notes sur l'esprit d'enfance bernanosien d'Yves Bridel

"La relation à Dieu : celui qui vit selon l'esprit d'enfance est vis-à-vis de Dieu comme l'enfant vis-à-vis de son père ; il a avec Lui une relation parentale, il s'abandonne à Lui, il attend tout de Lui. C'est cette relation qui est au centre de la voie de l'enfance spirituelle, et c'est dans cette attitude de confiance et d'insouciance que s’ancrent l'ouverture à l'autre, la modestie, l'humilité. Mais aussi la vitalité, le gout de l'aventure, l'engagement total, l'espérance, la révolte contre tout ce qui peut s’opposer à cet élan vital"
A travers des romans de Bernanos, l'auteur s'interroge sur l'accès à cet esprit d'enfance et l'acceptation des limites de chacun. 

Un renversement bienvenu dans l'histoire de la catéchèse d'Anne-Marie Aitken

Retour historique sur la catéchèse et rapide évocation des passages où Jésus parle des enfants. 

lundi 30 novembre 2020

Inès del alma mia

Voilà un bout de temps que je n'avais pas lu Isabel Allende. Avec ce titre, elle nous entraîne à la suite d'Inès Suarez dans la conquête du Chili !

Inès Suarez, couturière espagnole, grandit dans une humble famille. Elle épouse l'homme qu'elle aime et qui lui fait découvrir l'amour, Juan, mais qui se révèle un piètre travailleur : joueur, buveur et aventurier, il n'est pas souvent à la maison. Et il poursuit le rêve d'aller en Amérique chercher de l'or. Il laisse son épouse qui ne tarde pas à vouloir le rejoindre. Après une traversée mouvementée, Inès pose le pied en Amérique, commence à rechercher son époux et apprend qu'elle est veuve. Mais le coup de foudre pour Pedro de Valdivia change son destin. La voilà désormais partie non plus pour le Pérou mais pour le Chili, une nouvelle terre à conquérir ! 
Nous la suivons dans la traversée du désert, les luttes contres les mapuches et la fondation de Santiago.

Femme de ressources et sourcière, elle ne cesse de relever la tête pour affronter de nouveaux défis. Et rencontrer un nouvel amour, Rodrigo.

Les mémoires d'Inès, au soir de sa vie bien remplie d'aventurière, s'attachent à ses aventures amoureuses, qui ne nous intéressent qu'à moitié, et à l'histoire de la conquête, tout en rebondissements et défis nouveaux. 

Une héroïne pas très attachante mais un intéressant destin de femme de pouvoir, contée par la plume alerte d'I. Allende. Une lecture en espagnol qui m'a pas mal plu !




mercredi 25 novembre 2020

La maison sur le rivage

J'ai redécouvert Daphné du Maurier avec ce titre. Cela faisait longtemps longtemps ! Au programme, une histoire de voyage dans le temps... ou presque. 


Dick passe quelques jours dans la maison de famille de Magnus, un ami d'enfance. Il attend que sa femme et ses beaux-fils le rejoignent. Dans l'intervalle, il a pour mission de tester une drogue conçue par Magnus. Celle-ci permet de leurrer le cerveau et fait surtout vivre à Dick des moments du XVIe siècle, avec une intensité plus forte que son quotidien. Il retrouve Roger, intendant, et le suit dans ses missions en Cornouailles. Témoin invisible des manœuvres des aristocrates locaux, Dick se passionne pour leurs faits et gestes. Au point qu'il en oublie ou néglige un peu les siens. Lorsque ceux-ci débarquent pour des vacances, Dick n'est pas tout à fait disponible. Son épouse le remarque, s'inquiète, ce qui ne fait qu'irriter Dick. Il faut dire qu'au XIVe siècle vit la belle Isolda qui ne le laisse pas indifférent.
Vous l'avez compris, Dick est addict' à ses sensations de vivre intensément dans le passé. Et il est prêt à beaucoup sacrifier pour y retourner. Un grave accident vient modifier son rapport au passé et au présent.

Si j'ai comme Dick apprécié les voyages dans le passé, je me suis assez peu intéressée au présent, à sa vie familiale un peu pesante. L'auteur nous fait bien ressentir combien Vita l'agace... et nous agace aussi. Après, les épisodes passés ont peu retenu mon attention, c'est vraiment le phénomène psychique qui m'a captivée. La narration et la langue ne m'ont pas transporté. C'est une bonne lecture détente !


 

lundi 23 novembre 2020

Barrez-vous ! Le guide

Felix Marquardt avait fait parler de lui en signant une tribune du même titre dans un quotidien français. Et est venu la compléter d'un petit livre qui répertorie 99 plans pour partir à l'étranger comme l'indique son sous-titre "99 bons plans pour aller voir ailleurs si t’y es". 

A la façon d'un guide, il décompose les fameux plans en quoi, où, comment. Bon, c'est assez répétitif et c'est plutôt destiné à des expériences pour des étudiants ou des travailleurs précaires. Mais il le fait avec humour et bonne humeur même si le ton est parfois très cynique. 

C'est donc sympa sur la forme, un peu moins sur le fond qui a des relents de "les rats quittent le navire" et surfe sur "la France, c'est vraiment pas cool". Alors qu'on pourrait trouver 99 raisons ou bons plans pour s'engager en France et faire bouger les choses ! Et puis évidemment, ces jours-ci, c'est assez déprimant de lire cela alors qu'on est coincé chez soi.


mercredi 18 novembre 2020

Quand sort la recluse

 Un petit Vargas, rien de tel pour passer un bon moment lecture ! Un petit polar avec Adamsberg aux commandes, devant résoudre pas moins de trois affaires dans ce titre. Pour les amis de Danglard par contre, ce n'est pas le meilleur opus puisqu'il n'est pas très actif cette fois. Mais Retancourt, Voisenet, Veyrenc et Froissy passent sur le devant de la scène. 


Rappelé d'Islande pour résoudre une affaire de meurtre - ce qu'il fait en deux temps trois mouvements, Adamsberg s'intéresse à une araignée qui aurait tué des vieux messieurs. La recluse n'est habituellement pas mortelle, a-t-elle muté ? Ou s'agit-il de meurtres ? Tirant des petits fils, Adamsberg et son équipe vont remonter le temps, cherchant des liens entre les hommes morts et découvrir que l'araignée est moins anodine qu'elle n'y parait et plus polysémique. Plongeant dans l'histoire personnelle des membres de la brigade, cette enquête à rebondissements n'est pas de tout repos. 


Roman policier ou d'atmosphère, c'est plutôt pour les personnages et leur humour que je lis Vargas. L'affaire en elle-même, intéressante, est surtout un moyen de mieux connaitre le commissaire. Et comme souvent, on en profite pour faire des petits détours par l'histoire, qui sont bien agréables !

lundi 16 novembre 2020

Moi, boy

C'est dans la bibliothèque familiale que j'ai déniché cette courte autobiographie de Roald Dahl ! Et j'ai replongé avec joie dans son style toujours empreint d'humour et d'humanité. Et j'ai rencontré des personnages qui ne sont pas loin de ceux de ses romans.

Saga familiale qui commence durement pour ce garçon d'une large fratrie dont le père décède brutalement. C'est donc une mère au caractère bien trempé qui va élever et nourrir ses enfants et beaux-enfants. Enfance entre Angleterre et Norvège, entre châtiments corporels à l'école et liberté totale dans les fjords. Enfance marquée par des bêtises, des maladies imaginaires ou réelles. Enfance marquée déjà par l'écriture de lettres envoyées de l'internat où il étudie. 

Ce qui est chouette dans cet ouvrage illustré, c'est qu'il y a aussi des photos, des bouts de lettres, des éléments qui témoignent aussi de son enfance.



Un héros aussi attachant que ceux de ses livres, qu'on abandonne alors qu'il devient grand (il y a une suite pour les curieux), cela renouvelle le genre de l'autobiographie ! 


vendredi 13 novembre 2020

La Tresse

Roman de Laetitia Colombani sur ma PAL depuis sa sortie, j'hésitais à le lire. J'avais peur de le trouver facile, rapide, sans trop de fond. Préjugés !


C'est l'histoire de trois femmes, dans trois lieux différents. Pour le temps, on ne sait pas trop au début, ça pourrait être à 20 ans d'intervalle car les réalités sont bien différentes mais 'est plus ou moins contemporain.
A Badlapur, en Inde, Smita est une Dalit, une Intouchable. Elle vide les toilettes du village. Pour sa fille, elle rêve d'une autre vie, elle parvient à la mettre à l'école. Mais il ne suffit pas d'un arrangement pour échapper aux castes. Lalita, sa fille, revient de la classe traumatisée.
A Palerme, en Sicile, Giulia travaille dans un atelier qui fabrique des perruques. Entreprise familiale, la dernière de l'île, elle peine à trouver des cheveux. Mais c'est avec l'accident de son père, Pietro, qu'elle découvre l'étendu des dégats en même temps qu'un homme, Kamal, attire son attention.
A Montréal, au Canada, Sarah est une avocate brillante. Elle est sur le point d'être nommée associée. Parcours du combattant pour une femme, mère de trois enfants, elle a su consciensieusement séparer vie privée et vie pro. Mais en pleine plaidoirie, elle s'écroule. Le malaise s'avère être un cancer qui grignotte sa vie. Mais le maintenir caché, est-ce réellement possible au milieu des requins ? 

Ces trois guerrières, ces trois femmes de caractère, vont prendre des décisions radicales. Elles sont toutes à un tournant et c'est ce moment qu'on suit avec elle. Chaque histoire pourrait se vivre sans les autres. Au fil du texte, un poème, qui tresse les trois brins de vie ensemble. Elles, sans se connaitre, puisent leur force des unes et des autres, des cheveux des Intouchables. Ce petit fil ténu mais solide, qui les lie, elles n'en ont pas conscience, il est un peu artificiel. L'écriture est simple elle aussi, elle va droit au but, seul le poème donne une autre tonalité, plus symbolique, autour du tissage, du tressage.