lundi 23 mai 2022

Travail social… le grand malentendu

Cet ouvrage d’Eric Kérimel de Kerveno, je l'ai croisé au boulot et il m'a bien plu ! Il y est question de travail social, avec une voix originale et ferme. Au fil des histoires et des rencontres, un engagement se lit, au service des plus méprisés : drogués, prostituées, alcooliques, etc. Le chemin de l'auteur : reconnaitre l'humain dans l'autre, lui permettre de redécouvrir ses capacités, de s'en emparer.

Il y est question de sujets personnels tels que la juste distance et l'engagement. Il y est question de sujets plus politiques autour des priorités sociales et de la façon d'exercer le travail social, notamment les fameux projets pour lesquels trouver des budgets relève du défi si elles innovent un tant soit peu.  

Le plus marquant : rappeler simplement de traiter les personnes comme des adultes, dignement.



samedi 21 mai 2022

50 idées reçues sur l'agriculture et l'alimentation

Cet ouvrage de Marc Dufumier s'organise à partir de 50 questions ou idées reçues. Une réponse est développée pour chacune sur une à quatre pages. Cela donne un petit ouvrage facile à lire et informatif sur des questions qui traitent de l'avenir de notre alimentation. 


Il est question des aliments et de leur production, des effets sur la santé, le climat, la terre. L'industrie agroalimentaire est critiquée ainsi que la mondialisation des prix des produits agricoles. Il y a des infos sur le bio, les semences ou encore la vie à la campagne. Une mine d'infos ! 



lundi 16 mai 2022

Premier sang

Ça fait longtemps que je n'avais pas lu Nothomb. Je renoue avec elle grâce à ce livre dont on m'a dit du bien et dont je sors sans émerveillement.

C'est l'histoire du père d'Amelie, dont il se souvient alors qu'il est tenu en joue par des militaires du Congo belge.

On part de sa naissance de Patrick, d'un père disparu et d'une veuve éplorée, mondaine, qui confie son fils à ses parents. Il grandit comme une douce fillette. Et il s'endurcit chez ses cousins, pauvres mais vivants. 

C'est drôle, vivant, sans les jolis mots que je garde d'Amélie. 

jeudi 12 mai 2022

Poèmes d'Emily Dickinson

674

The Soul that hath a Guest

Doth seldom go abroad -

Diviner Crowd at Home,

Obliterate the need -

 

And Courtesy forbids

A Host's departure when

Upon Himself - be visiting

The Mightiest - of Men -

 

683

The Soul unto itself

Is an imperial friend -

Or the most agonizing Spy -

An Enemy - could send -

 

Secure against its own -

No treason it can fear -

Itself - its Sovereign - of itself

The Soul should stand in Awe -

 

709

Publication - is the Auction

Of the Mind of Man -

Poverty - be justifying

For so foul a thing

 

Possibly - but We - would rather

From Our Garret go

White - Unto the White Creator -

Than invest - Our Snow -

 

Thought belong to Him who gave it -

Then - to Him Who bear

Its Corporeal illustration - Sell

The Royal Air -

 

In the Parcel - Be the Merchant

Of the Heavenly Grace -

But reduce no Human Spirit

To Disgrace of Price –

 

750

 Growth of Man - like Growth of Nature -

Gravitates within -

Atmosphere, and Sun endorse it -

Bit it stir - alone -

 

Each - its difficult Ideal

Must achieve - Itself -

Through the solitary prowess

Of a Silent Life -

 

Effort - is the sole condition -

Patience of Itself -

Patience of opposing forces -

And intact Belief -

 

Looking on - is the Department

Of its Audience -

But Transaction - is assisted

By no Countenance -

 

751

My Worthiness is all my Doubt -

His Merit - all my fear -

Contrasting which, my quality

Do lowlier - appear -

 

Lest I should insufficient prove

For His beloved Need -

The Chiefest Apprehension

Upon my thronging Mind -

 

'Tis true - that Deity to stoop

Inherently incline -

For nothing higher than Itself

Itself can rest upon -

 

So I - the undivine abode

Of His Elect Content -

Conform my Soul - as 'twere a Church,

Unto Her Sacrament -

 

752

So the Eyes accost - and sunder

In an Audience -

Stamped - occasionally - forever -

So may Countenance

 

Entertain - without addressing

Countenance of One

In a Neighboring Horizon -

Gone - as soon as known -

 

779

The Service without Hope -

Is tenderest, I think -

Because 'tis unsustained

By stint - Rewarded Work -

 

Has impetus of Gain -

And impetus of Goal -

There is no Diligence like that

That knows not an Until -

 

781

To wait an Hour - is long -

If Love be just beyond -

To wait Eternity - is short -

If Love reward the end -

 

794

A Drop Fell on the Apple Tree -

Another - on the Roof -

A Half a Dozen kissed the Eaves -

And made the Gables laugh -

 

A few went out to help the Brook

That went to help the Sea -

Myself Conjectured were they Pearls -

What Necklace could be -

 

The Dust replaced, in Hoisted Roads -

The Birds jocoser sung -

The Sunshine threw his Hat away -

The Bushes - spangles flung -

 

The Breezes brought dejected Lutes -

And bathed them in the Glee -

Then Orient showed a single Flag,

And signed the Fete away -

  


795

Her final Summer was it -

And yet We guessed it not -

If tenderer industriousness

Pervaded Her, We thought

 

A further force of life

Developed from within -

When Death lit all the shortness up

It made the hurry plain -

 

We wondered at our blindness

When nothing was to see

But Her Carrara Guide post -

At Our Stupidity -

 

When duller than our dullness

The Busy Darling lay -

So busy was she - finishing -

So leisurely - were We -

 

799

Despair's advantage is achieved

By suffering - Despair -

To be assisted of Reverse

One must Reverse have bore -

 

The Worthiness of Suffering like

The Worthiness of Death

Is ascertained by tasting -

 

As can no other Mouth

 

Of Savors - make us conscious -

As did ourselves partake -

Affliction feels impalpable

Until Ourselves are struck -

 

1725

I took one Draught of Life -

I'll tell you what I paid -

Precisely an existence -

The market price, they said.

 

They weighed me, Dust by Dust -

They balanced Film with Film,

Then handed me my Being's worth -

A single Dram of Heaven!

 

1739

Some say goodnight - at night -

I say goodnight by day -

Good-bye - the Going utter me -

Goodnight, I still reply -

 

For parting, that is night,

And presence, simply dawn -

Itself, the purple on the height

Denominated morn.

lundi 9 mai 2022

Ressusciter

Voici un écrit de Christian Bobin autour de son père, suite à la mort de celui-ci. Il cherche toujours la joie, il aime toujours les petites choses de la vie. C'est un ensemble de pensées choisies dont j'ai collecté quelques perles !

« Une fée s’est penchée sur mon berceau à la naissance et m’a dit : « Tu ne gouteras qu’à une part minuscule de cette vie et en échange tu la percevras toute » »

« Les lumières qui nous sont accordées sont si nombreuses que, même en le voulant, nous ne pourrions les gâcher toutes »

« L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse »

« Toute rencontre m’est cause de souffrance, soit parce qu’elle n’a lieu qu’en apparence, soit parce qu’elle se fait vraiment et c’est alors la nudité du visage de l’autre qui me brule autant qu’une flamme »

« Nous nous faisons beaucoup de tort les uns aux autres et puis un jour nous mourons »

« Je cherche la plénitude d’une vie si limpide que rien ne pourrait la troubler, pas même la vue de ce monde mort »

« La vérité est sur la terre comme un miroir brisé dont chaque éclat reflète la totalité du ciel »

« L’histoire des cadeaux qu’on nous fait est comme la chronique des malentendus qui se sont glissés entre ceux qui donnent et celui qui reçoit »

« J'ai toujours eu un léger dégoût pour ceux qui sont capables de commenter pendant des heures la finesse ou l'arôme d'un vin, amenant dans leur parole, pour des choses sans importance, une délicatesse qu'ils ne mettent pas dans leur vie » 
« J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait »

 

lundi 2 mai 2022

Dieu à Paris

Virgil Gheorghiu pour moi, c'est La vingt-cinquième heure et le lycée. Ce livre traine dans ma PAL depuis plus de 10 ans. Je ne savais pas à quoi m'attendre. C'est un livre qui se lit un peu comme un polar avec un tueur à gage qui prépare son coup.

Haralamb Baxan vient d'être sollicité pour tuer l'évêque Théodot, un saint homme qui défend l'église roumaine de Paris. Ce lieu résiste à la République socialiste. Alors, le tueur imagine un plan complexe et subtil pour tuer l'évêque sans se faire soupçonner. 

Le lecteur suit donc les préparatifs du meurtre, intrigué par les moyens employés. Il découvre ainsi les ressorts de la guerre froide. Intéressant et se lit bien !

 

jeudi 28 avril 2022

Le parfum du temps

Je renoue, au hasard des rayons de la bibliothèque, avec Han Byung-Chul dont j'avais beaucoup apprécié La société de la fatigue. Encore une fois dans cet ouvrage, il est question du temps et du rythme comme l'indique son sous-titre "Essai philosophique sur l'art de s'attarder sur les choses".

Contemplant la société contemporaine, le philosophe s'interroge sur la frénésie de nos vies actives et la disparition de la vie contemplative. S'attardant sur la mémoire, les expériences marquantes qui laissent des traces ou des parfums dans nos histoires, il s'inquiète du séquençage et de l'éparpillement de nos vies. Il fait des détours par les horloges à encens chinoises, la madeleine et par Heidegger. Phrases claires, chapitres courts, c'est de la philo qui se lit bien et se comprend simplement. En voici quelques extraits :


"Faire des promesses, s'engager ou être fidèle, par exemple, sont de véritables pratiques temporelles. Ces actions engagent le futur dans la mesure où elles prolongent le présent dans le futur et qu'elles font s'entrecroiser ces deux temporalités"

"Le propos qui veut qu'accélérer sa vie permet de la maximiser induit en erreur. Si on y regarde de plus près, l'accélération se révèle être une agitation nerveuse qui fait vibrionner la vie d'une possibilité à l'autre. Elle ne trouve jamais la paix, c'est-à-dire une conclusion [...] Mais en réalité, il ne s'agit pas d'une véritable accélération de la vie. La vie n'a fait que devenir plus agitée, plus désordonnée, plus désorientée. Eparpillé, le temps ne déploie aucune force ordonnante. Aucun évènement décisif ou marquant n'apparait dans la vie. Le temps de la vie n'est plus découpé en périodes, achèvements, seuils et passages. On se hâte plutôt d'un présent à l'autre. On prend de l'âge sans devenir vieux. Finalement, on perd la vie à contretemps. C'est la raison pour laquelle il est aujourd'hui plus difficile que jamais de mourir"

"Le temps mythique est immobile comme une image. Le temps historique a en revanche la forme d'une ligne qui court ou fuit vers un but. Si la tension narrative ou téléologique de la ligne disparait , alors celle-ci se décompose en points qui vibrionnent sans but. La fin de l'histoire atomise le temps en temps discontinu. [...] L'histoire disparait désormais au profit des informations. Elles n'ont ni durée, ni ampleur narrative. Elles ne sont ni centrées, ni orientées."

"Comme le temps manque d'articulations fortes, on voit naître le sentiment que le temps passe plus vite qu'auparavant. Ce sentiment est renforcé par le fait que les événements se succèdent sans se graver profondément en nous, sans devenir des expériences"

"Si l'on s'oriente finalement vers un but, alors l'intervalle spatial jusqu'au point à atteindre n'est encore qu'un obstacle à surmonter au plus vite. Être orienté vers un but retire toute signification à l'espace intermédiaire. Il se retrouve vidé et devient un corridor sans aucune valeur propre. L'accélération c'est la tentative de faire complétement disparaitre le temps intermédiaire, ce temps nécessaire pour surmonter l'espace intermédiaire. La riche sémantique du chemin disparait"

"Aristote identifie trois types de vie (bioi) attribués à l'homme libre : la vie qui tend au désir (hedone), la vie qui produit la polis, des faits beaux et nobles (bios politikos), et la vie consacrée à la considération contemplative de la vérité (bios theoretikos). Ces trois types de vie sont dépourvus de besoins et de contraintes [...] Le travail est lié aux besoins vitaux. Il n'est pas une fin en soi mais un moyen, un moyen vital nécessaire et orienté vers la satisfaction de nos besoins. Il n'est donc pas digne d'un homme libre [...] L'homme n'est homme que lorsqu'il a du temps libre. A la base de cette acception antique du temps libre, se trouve une ébauche du Dasein impénétrable, voire même incompréhensible aux yeux des hommes d'aujourd'hui, au monde totalement absorbé par le travail, l'efficacité et la productivité. La culture antique du temps libre renvoie, d'un point de vue prospectif, au fait qu'un tout autre monde est possible, un monde où le caractère fondamental du Dasein humain n'est pas, comme chez Heidegger, le souci"

"L'Esclave est certes libéré de la domination du Maître mais c'est au prix d'une nouvelle domination : il devient esclave du travail. Le dispositif du travail englobe tout, le Maître comme l'Esclave. Ainsi nait une société du travail dans laquelle tout le monde est un esclave du travail, une société du travail. Tout doit être travail. Il n'existe aucun temps qui ne serait pas du travail"

"Faute de quiétude, notre civilisation aboutit à une nouvelle barbarie. A aucune époque, les hommes d'action, c'est-à-dire les agités, n'ont été plus estimés. L'une des corrections nécessaires qu'il faut entreprendre d'apporter au caractère de l'humanité sera d'en fortifier dans une large mesure l'élément contemplatif."

lundi 25 avril 2022

Histoire du fils

Joli roman qui se dévore bien vite que celui de Marie-Hélène Lafon ! Au programme, une histoire de familles, entre le Lot et le Cantal. Une histoire de transmission et d'héritage, à travers des parents absents.

André, fils de Gabrielle et d'un père inconnu, est élevé par sa tante Hélène. Bon, le père n'est pas vraiment inconnu pour le lecteur qui se doute bien qu'il s'agit d'un enfant des premiers chapitres devenu adulte. André ne ressent pas l'absence de son père et n'interroge pas sa mère, qu'il ne voit qu'aux vacances. C'est sa femme qui découvre de qui il s'agit. Pourtant, André ne se fera jamais reconnaitre par son père. Mais les générations suivantes raccrochent les wagons.

Une jolie histoire, agréable à lire, mais finalement sans grande profondeur. On croise les personnages, à des moments choisis de leur histoire, qui les dessinent en creux mais jamais en relief, en chair.  



vendredi 22 avril 2022

L'inconnu de la poste

Ma découverte de Florence Aubenas m'avait beaucoup plu ! Cette nouvelle lecture, croisée à la bibliothèque, n'a pas résisté longtemps. Il s'agit d'une enquête de la journaliste sur un fait divers : l'assassinat d'une jeune postière, Catherine Burgod, dans un village de l'Ain. Rapidement, Thomassin, un marginal qui vit juste en face est suspecté. Star camée, acteur voyou, jouant toujours un rôle, ancien de la DDASS, il est le coupable idéal. 

La journaliste épluche le dossier, retrace les faits jusqu'à la disparition de Thomassin. Très documenté, précis, l'ouvrage dresse un portrait complexe des différents protagonistes. Un livre qui se lit comme un thriller, qui inquiète sur la justice française et sur la vindicte populaire. 



jeudi 21 avril 2022

Le Croisement des savoirs

Quand le Quart Monde et l'Université pensent ensemble dit le sous-titre. Ecrit par le groupe de recherche Quart Monde - Université, il réunit cinq mémoires de recherches écrits par des membres d'ATD et des universitaires sur les sujets suivants : l'histoire, la famille, les savoirs, le travail et la citoyenneté.  

Ce qui est surtout intéressant, outre le contenu des mémoires, c'est surtout la méthodologie inventée. Il s'agissait de vérifier constamment la compréhension entre les différents groupes, de partir des questions des personnes pour élaborer les problématiques et de construire toute la recherche ensemble. Parmi les ressources utilisées, beaucoup d'interviews, mais aussi des auditions et des fiches de recherche. Ce que je trouve le plus remarquable c'est que tout, jusqu'à l'écriture, s'est fait ensemble. C'est un travail qui a duré deux ans.

Parmi les questions récurrentes de l'ouvrage, il y a celle de qui peut parler de quoi, celui qui a vécu la misère, celui qui l'a étudiée ? Question qui devient d'autant plus concrète dans la question de la citoyenneté et de la représentation. C'est aussi un ouvrage qui permet de découvrir la réalité d'une population précaire et négligée, les violences sociales que lui imposent les travailleurs sociaux etc. L'ensemble est suivi des avis d'un conseil scientifique sur les différents travaux qui là aussi donne un éclairage intéressant sur les questions traitées. 

"Etre privé des droits de l'homme, c'est d'abord et avant tout être privé d'une place dans le monde qui rende les opinions signifiantes et les actions efficaces. Quelque chose de bien plus fondamental que la liberté et la justice, qui sont des droits du citoyens, est en jeu lorsque appartenir à la communauté dans laquelle on est né ne va pas de soi. Les gens que l'on prive des droits de l'homme ne perdent pas le droit à  la liberté, mais le droit d'agir ; ils ne perdent pas le droit de penser à leur guise, mais le droit d'avoir une opinion"

 

lundi 18 avril 2022

Les passeurs de livres de Daraya

Encore une sortie de LAL ancienne, à l'occasion d'un séjour chez une copine qui possédait ce livre dans sa bibliothèque. J'avais noté ce livre de Delphine Minoui dès sa sortie : je trouvais ça incroyable cette histoire de bibliothèque secrète dans un quartier dévasté par la guerre. En fait, ce livre est bien plus que cela.

Etablie à Istanbul, la journaliste s'intéresse à l'actualité syrienne. Le pays est dévasté par la guerre entre les bombardements de Bachar et la résistance des quartiers rebelles. Dans celui de Daraya, de jeunes hommes décident de sauver les livres et de constituer une bibliothèque. Dans un quotidien rythmé par les bombes, la recherche de moyens de survivre et de poursuivre l'opposition au régime, cela pourrait sembler une drôle de lubie. Et pourtant, c'est bien plus que cela : lieu de rencontre, de découverte, de liberté, la bibliothèque fonctionne à plein régime. Il y a des effets de mode autour de livres de développement personnel. Il y a des conférences. Une vie culturelle s'organise. En parallèle, on découvre la vie de ces combattants, ceux qui filment pour témoigner, ceux qui se battent, ceux qui meurent. 

Un témoignage fort, ancré dans l'actualité et la politique, avec les manœuvres russes et américaines en arrière-plan.  



lundi 11 avril 2022

Le Livre des anges suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d'une allumeuse

Est-ce parce j'avais croisé son nom dans un ouvrage de Bobin ? ou justement parce qu'il préface ce livre ? Toujours est-il que je l'ai pris pour caution de cet ouvrage dont je sors plutôt déçue et sceptique. Je me suis rendu compte, après l'achat, que Lydie était la compagne de Christian.


Comme souvent, j'ai noté des poèmes, que j'ai appréciés. Surtout dans Carnet d'une allumeuse que j'ai trouvé beau et percutant. Les autres recueils m'ont beaucoup moins plus. Le premier pace que j'ai cru lire sans cesse le même poème, au sujet d'anges, de lys et de beauté. Le second parce qu'elle y place la femme dans une relation hiérarchique à l'homme, qu'elle se plaint de son imperfection, de ses limites, notamment dans la création. Voilà qui ne peut que me faire bondir !

Place à quelques extraits choisis du Livre des anges, que je garde pour les relire. Mais je ne crois pas aller vers d'autres de ses œuvres. 

Tout est plus merveilleux
Tout est plus merveilleux que ce que je croyais :
quiconque a recherché ton amour l'a trouvé.
Ton âme défiait la beauté des étoiles
quand ton cœur acceptait de souffrir avec moi.
Je n'osais comparer mon cœur avec le tien.
Le bonheur a été notre unique témoin.
La mort ne pourra pas m'empêcher de t'aimer
pourvu qu'à travers moi tu chérisses l’azur.
Je n'oublierai jamais l'amour que j'ai pour toi.
Tu ne peux pas mourir puisque je t'aime encore.
Je te mépriserais si tu croyais la mort.

La nuit et le cœur
La nuit était si pure autour de ton visage 
et ton âme marquée du sceau de la beauté,
toi dont les yeux si purs se tournent vers l'aurore.
Les étoiles sont à ceux qui ne possèdent rien.
Si seulement la nuit pouvait croire le cœur,
ce cœur plus merveilleux que tout ce qu'on peut croire
et ces larmes tirées des yeux par la beauté,
mais nous n'écoutons pas ce que nous dit le cœur.
Laisse tout ce qui passe à portée de ta main,
aime tout ce qui passe à portée de ton cœur :
tout ce que nous aimons témoignera pour nous
puisque la vie ne dure que le temps de mourir.

Pour que rien
La nuit éclaboussait de lumière mon âme
et puisque la nuit même possède les étoiles
je garde la distance que gardent les étoiles.
Il me semble savoir ce que le ciel veut dire :
le dieu tue sous nos yeux ce qui nous est trop cher
pour que rien ne puisse être au-dessus de l'amour,
l'amour qui n’a jamais abandonné personne
car le cœur donne encore quand il a tout donné.

La bonté du méchant
Je n'ai jamais perdu l'habitude d'aimer,
la crainte de blesser ceux qui m'ont fait du mal.
La bonté du méchant me touche plus que tout
et ce revirement de l'âme vers l'azur.
Je ne regrette pas d'avoir perdu ma vie :
je ne peux qu'admirer la beauté du malheur
depuis que j'ai serré les lys blancs sur mon cœur. 
L'amour a refusé de me laisser souffrir
puisque j'ai sacrifié ce que j'aimais le plus. 
Mon amour est parfait puisque je n'aime rien :
je trouve la bonté dans le cœur du méchant,
je reçois de l'amour de ceux qui me haïssent
et je rencontre Dieu chez tous mes ennemis. 

La race des étoiles
J'appartiens à la race éteinte des étoiles :
ma pensée brillera lorsque je serai morte,
les étoiles mourront avant que je me rende,
la vie est un trésor qu'on ne peut pas me prendre.
Ma vie sera aussi parfaite que la mort
lorsque je connaitrai la gloire de mourir.
La nuit prendra le deuil lorsque je m'éteindrai,
les ronces se rendront ensemble sur ma tombe,
la lumière viendra à mon enterrement,
et la foudre viendra se signer sur ma tombe.

jeudi 7 avril 2022

Wanted Louise

J'aime bien les écrits spirituels de Marion Muller-Colard mais j'avoue être un poil déçue par ce roman auquel je n'ai pas trouvé beaucoup d'intérêt. 

Louise a disparu. Sa mère, Chris, et son mari Guillaume espèrent la voir réapparaitre le soir de Noël mais ce n'est pas le cas. Louise est partie, en laissant sa famille et ses deux enfants. Son mari tente de la retrouver, sa mère va mettre le roman à se décider à partir à sa recherche. Entre temps, une inconnue lui demande de chercher dans le passé une trace d'une résistante. C'est cette quête là qu'elle privilégie. Elle lui permet de s'interroger sur son rôle de mère et la façon dont elle a élevé sa fille.

Les histoires parallèles ne m'ont convaincue ni l'une ni l'autre, les liens entre elles m'ont semblé artificielles. Et ni l'une ni l'autre n'est suffisamment creusée pour accrocher le lecteur. Dommage.



lundi 4 avril 2022

Dieu, ma mère et moi

C'est la première fois que je lisais Franz-Olivier Giesbert. Et je le découvre par l'autobiographie, se présentant à travers sa foi et sa philosophie. Au centre, la mère, figure catholique et pragmatique. Et lui se construit avec elle. C'est léger et profond, c'est brouillon mais pas désagréable à lire.

"Dieu, c'est quelque chose qui nous dépasse. L'Eglise a essayé de le mettre dans un cadre où il n'entre pas. Dès qu'on essaie d'être précis et de le réduire à des mots, on devient risible et pathétique. Sur ce plan, il n'y a pas une religion pour racheter l'autre"

"Les preuves de l'existence de Dieu, il suffit de se baisser pour les ramasser. Ou bien de lever les yeux et de regarder le ciel. Certes, j'en conviens, surtout à la campagne. L'urbanisation galopante, avec ses rocades, ses barres de bétons et ses centres commerciaux, n'est pas propice aux crises mystiques [...] On dirait que la société moderne s'échine à effacer les preuves de l'existence de Dieu. Un travail de sape méthodique qui est en train de nous faire tout perdre. L'humilité, l'amour de la nature et l'esprit d'enfance"

"Je ne connais pas de meilleure définition de la joie que celle de Simone Weil : "En toute chose, seul ce qui nous vient du dehors, gratuitement, par surprise, comme un don du sort, sans que nous l'ayons cherché, est joie pure""





samedi 2 avril 2022

Les Plaisirs et les Jours suivi de L'Indifférent

La préface aurait dû m'alerter, qui dit combien ces écrits de jeunesse diffèrent de La Recherche. Certes, on y retrouve les thèmes parisiens, les amours contrariées et les vanités. Mais le style m'en a semblé bien trop précieux et maniéré. 

La première nouvelle nous fait croiser un vicomte malade et son neveu tandis que la seconde s'attarde sur Violante, une vicomtesse qui s'égare dans la vie mondaine, thème qu'on retrouve dans "La Confession d'une jeune fille". S'ensuivent des "Fragments de comédie italienne" qui dressent en quelques paragraphes des portraits d'amis et d'amants malheureux - oui, entre la tristesse et la mort, ce recueil ne respire pas la joie. Je ne garde qu'un souvenir vague de "Mondanité et mélomanie de Bouvard et Pécuchet" qui épinglent leurs contemporains. S'ensuivent plusieurs nouvelles qui parlent d'amour blessé ou non réciproque comme "Mélancolique villégiature de madame de Breyves" ou "L'Indifférent". Les "Portraits de peintres et de musiciens" en vers n'ont pas un intérêt fou. D'autres visions poétiques se poursuivent dans "Les Regrets" où l'on trouve un peu de tout, du descriptif au narratif. "Un diner en ville" porte bien son titre. "La fin de la jalousie" rappelle la brièveté de la vie et les affres de la jalousie.

Snobisme et vie mondaine, plongée dans la Belle Epoque des rentiers en version brève - et répétitive -, je sors déçue. C'est un peu comme si j'avais lu des brouillons non aboutis. 


lundi 28 mars 2022

Revenir à toi

Le dernier roman de Léonor de Recondo est une déception pour moi. Je ne retrouve plus le rythme de son écriture que j'appréciais tant. C'est le roman d'une quête et d'une reconquête. Quête d'une mère disparue depuis des années, une mère malade. Quête de soi à travers la quête maternelle.

Magdalena a reçu un coup de fil : sa mère a été retrouvée. Ni une ni deux, elle prend le train pour la rejoindre. C'est l'occasion de faire défiler les souvenirs avant d'arriver dans la petite maison au bord du fleuve. Une maison débordante d'objets et de saleté. Avant d'accéder à sa mère et à son passé, Magdalena s'attaque d'abord aux choses. 

Une histoire un peu 'facile', des retrouvailles de roman, l'actrice qui joue Antigone - bien-sûr -, tout cela laisse une impression de bâclé. 



jeudi 24 mars 2022

Rire avec les anciens

J'ai repéré depuis plusieurs années cette collection Signets des Belles lettres. La présence de ce titre de Danielle Jouanna à la bibliothèque m'a enfin permis de la découvrir.  

Le principe : une thématique principale, ici le rire, déclinée en sous-thèmes, une intro, des extraits choisis et voilà ! C'est une anthologie de textes grecs ou romains qui font sourire voire rire. Au programme, des bien connus tels qu'Aristophane, Plaute, Pétrone, Lucien ou Martial voire Ovide. D'autres moins attendus comme Homère ou Platon et Tite-Live. Et puis d'autres, oubliés ou mal connus que les extraits permettent de rencontrer. Est-ce que nous rions toujours des mêmes choses ? Eh bien oui, ou en tous cas, il y a des histoires antiques qui peuvent toujours nous faire rire : les histoires de quiproquos ou de mauvaise foi, les histoires d'hommes et de femmes, les caricatures, les sujets de la vie quotidienne ou mythologiques...

Une jolie façon de renouer avec les textes antiques que j'affectionne, qui m'a donné envie de relire ou de me replonger dans les versions intégrales des textes ! 

lundi 21 mars 2022

L'arrière-pays de Christian Bobin

Ce joli livre de Dominique Pagnier permet au lecteur d'entrer un peu plus dans la vie de Christian Bobin. Chronologique, il s'invite au Creusot dans la famille du poète. 

Composé de courts chapitres illustrés d'extraits de manuscrits, de photos de lieux de vie ou de personnes inspirantes, cet ouvrage éclaire les publications de Bobin. Rien de bien surprenant non plus, on retrouve les thèmes chers au poète, ses modèles littéraires et ses gouts musicaux par exemple. Les citations sont nombreuses et émaillent l'ouvrage. 

On entre aussi dans l'intimité de sa famille, la maladie mentale de sa grand-mère, la vieillesse de ses parents. On en sait un peu plus sur Ghislaine ou sur Lydie, sur sa filleule Hélène. Bref, on ouvre quelques portes entrouvertes par les textes de Bobin.

Un joli objet, plutôt pour les fans.



lundi 14 mars 2022

Ce matin-là

Vous connaissez mon gout pour les livres de Gaëlle Josse. Celui-ci était une bonne pioche, j'ai aimé suivre Clara son héroïne.

Un matin pour Clara, tout lâche : sa voiture lâche et elle s'effondre. Ce burn-out, dont le nom n'est pas écrit, va consumer son temps, sa vie, ses amours. La jeune femme efficace et compétente, soumise à des pressions qu'elle ne supporte plus, va mettre sa vie entre parenthèse. Elle peine à s'alimenter, dort, et sortir de chez elle devient une épreuve. Son amoureux ne comprend pas. Son médecin, si.

Et c'est la lente dépossession de soi et sa reconquête que nous observons chez cette jeune femme. Une seconde naissance, une nouvelle liberté par rapport à soi, aux autres. Malgré les fragilités.

Un joli roman, quand la vie met plus de temps à se reconstruire que quelques pages. 



jeudi 10 mars 2022

18 exils

J'ai adoré la Sixième et j'ai du lire d'autres livres de Susie Morgenstern pendant l'enfance dont je ne me souviens pas. Le titre de cet ouvrage, la couverture joviale, m'ont donne envie de retrouver cette écrivain.

Les 18 exils, autant d'épreuves sur son chemin, sont contées rapidement, avec vitalité et drôlerie. C'est sympathique mais absolument pas indispensable.


lundi 7 mars 2022

Le pays derrière les larmes

Avec ce recueil de poésies choisies, j'ai plongé dans le monde de Jean-Pierre Lemaire. Un monde imprégné du soleil, celui de l'Italie, de Menton, celui de l'enfance. Un monde chrétien aussi avec ses passages évangéliques, ses rosaires, ses miracles. Un monde où les mots semblent simples et accessibles mais renferment un sens secret, un sens à découvrir.

J'en ai aimé beaucoup, je vous livre ces poèmes :

Préface

Le vent dégage au-dessus du temps mince
où la rivière continue à jouer aux dés sans lever les yeux
les flancs irrévélés de l'éternité
le blanc qui résume le prisme incandescent de la terre
les montagnes qui vibrent dans l'air d'été comme tes premières lettres
tracés d'un bout à l'autre sur la ligne du haut
inaugurant solennellement le cahier d'écriture
Tu as désormais la page entière devant toi
et tu réentends derrière ton épaule 
les sages voix qui t'ont appris à lire
tressées avec ta propre voix pour épeler la vie
dans cet alphabet aux couleurs bouleversantes
où les lettres n'ont pas toutes le même âge
et suivent les pleins, les déliés des jours
le pâté du petit bois, l'accent du toit rouge
l'initiale droite du clocher et les italiques frissonnantes des noisetiers
La terre a si longtemps gardé tous ses mots dans la bouche
avec les cailloux de l'Arve, en apparence incapable 
d'articuler son vœu profond, sa parole humaine
l'écume des neiges aux lèvres : elle s'exerçait
pour les prononcer clairement aujourd'hui
en sommets, en arbres, en hommes distincts
et tu es l'un d'eux, toi aussi, en paix avec le paysage
ayant enfin appris leur nom et le tien
Tu démêles dans ta voix le fil d'or, le fil d'argent, le fil d'azur
et la veine silencieuse de la Sagesse
comme la ligne pâle des anciens cahiers :
Quand tu chantes on doit les entendre tous

Mer bleu sombre, inentamable
dont le mouvement ne dévoile rien
comme la femme qui a dit non
et redevient dans tous ses gestes
autonome, ignorante, étrangère
antérieure à la question même

Quand on longe les murs
on trouve un jour des hommes-portes
des hommes-fenêtres
par qui l'on voit le monde
le paysage et les autres hommes
ainsi parfois à l'infini
En passant derrière eux
on finit par suivre
sans savoir un chemin
au bout duquel peut-être
tu t'ouvriras aussi

L'autre message

Quand il a lu le dernier mot
il cherche encore au creux de l'enveloppe
autre chose, un signe impalpable
plus fin qu'une épingle, un souffle
qui serait venu clandestinement
ici, loin de la mer, comme des grains de sable
recueillis au fond d'un soulier obscur

Ite missa est

Sous le porche à la sortie
les gens clignent des yeux
Ils partent comme des oiseaux
chacun vers son dimanche
en passant chez le fleuriste ou le boulanger
A la maison, ils referment la porte
déposent leurs clefs
accrochent leur imperméable
Quand on demande d'où ils viennent
ils s'aperçoivent soudain
qu'ils ont ensemble traversé la mer
Leurs souliers sont mouillés
Ce ne sont pas les mêmes

Un coup de vent a soufflé les pétales
des cerisiers de la cité jusqu'à la porte des immeubles
et sur le seuil les gens s'arrêtent
se demandent, le temps d'un battement de cœur
quel jour nous sommes ce matin
quel lendemain de fête

Si tu peux tenir debout sans excuse
une minute au bord de ton vide béant
supporter le vertige intime sans masque
tu me verras et tu te verras presque
avant d'ouvrir les yeux, comme Adam
par les volets de sa poitrine endormie
dont Dieu venait d'enlever une lame
reconnut Êve dans le jardin
Ne comble pas l’excavation de ton cœur
où les cyclamens brûlent à feu couvert
Garde l’entaille vive en ta mémoire
si tu veux donner une chance à mes paroles
Moi, je reste blessée pour te recevoir
par le coup de lance et la marque des clous
J'ai greffé dans mes plaies le souci des hommes
et la Résurrection ne les a pas fermées

On m'ôte à la fin ce que je n'avais pas
comme au serviteur de la parabole
qui ne croyait plus au retour de son Maître
et moins encore au sens de toutes ces années
En creusant sa tombe, il a découvert
l'argent que le Maître lui avait confié
avant de partir pour l'étranger, jadis
ainsi qu'à tous les autres. Lui avait eu peur
Il l'avait enterré à l'époque des troubles
À présent, le Maître ne va pas tarder
mais c'est lui qui croit revenir de voyage
et trouver dans sa poche, en tirant ses clefs
la monnaie qu'il n'a pas dépensée là-bas
une pièce brillante, étrangère, indéchiffrable
qu'il ne peut même plus donner à la quête

Devant la mer

Tu cries devant la mer comme devant un chien
un grand animal que tu veux caresser
qui aboie et te lèche avec sa langue froide
Tu cries et tu ries, moins craintive que nous
et la mer semble avoir à nouveau ton âge
quand elle était encore apprivoisée



Accroupie sur le seuil et nous tournant le dos
tu lèves le nez vers les acacias
pour parler aux oiseaux ; nous, de la pénombre
nous tâchons de suivre la conversation
vive, sensée, intraduisible
où tu racontes en langue indigène
tout ce que les parents ne peuvent entendre
depuis qu'ils sont sortis du ciel en grandissant

Les jouets

Quand tu es partie, dans la maison muette
nous butons encore souvent sur un cube
un animal le nez contre le sol
une balle qui va rouler sous un meuble
émus comme devant les signes épars
d'une civilisation disparue
figée par ton départ au milieu d'un jour
une Atlantide aux métaux mystérieux
dont nous sépare un âge de la terre
et nous avons peur, en rangeant la pièce
de brouiller par mégarde un ordre immémorial
d'effacer le message naïf et secret
que tu nous laissais jusqu'à ton retour

En ce temps-là, les boiteux, les aveugles
t'imploraient sans cesse au bord de la route
et tu les guérissais. Aujourd'hui, c'est nous
infirmes, qui marchons au milieu de la foule
et toi qui attends sur notre passage
pour échanger le jour contre nos rêves
l'avenir contre nos chagrins d'enfant
si nous voulons faire un pas de côté
comme on sort du chemin pour cueillir une fleur

L'habit que nous revêtirons au banquet du Royaume
sera celui de tous les jours
qui nous aura gênés tant que nous le portions

Il était fait à nos mesures
et nous ira si tard, merveilleusement bien
quand nous aurons retouché le miroir...

Entre hiver et printemps
sur l'arbre simplifié devant la montagne
on distingue plus nettement que jamais
la gorge orange du bouvreuil
ou celle, noire et jaune, de la mésange.
Les nuages restent bas
la pâleur des sommets se perd encore en eux.
Après la neige, avant les feuilles
examine ta vie.
Ne remplis pas les marges.

Le grand océan revient frapper aux portes
en octobre, très loin à l'intérieur des terres.
La lumière est salée, on trouve des barques
au fond des jardins et le vent excessif
froisse les tourterelles comme des mouchoirs.
Mobilisation éphémère, exaltante
et tu veux cette année être du voyage
quoique mal préparé, comme une péniche
qui voudrait affronter les vagues de la mer.

Avant tout

Les maisons, les arbres sont tournés vers l'est
regardant la lumière qui vient d'Italie
comme si chaque chose était une aiguille
attentive au passage d'un fil de lumière

à l'intérieur de soi. Les hommes déjà
sont partis en tous sens, et toi qui essaies
de surprendre en chacun l'ouverture secrète
tu dérobes aussi le chas de ton cœur

au fil lumineux. Si tu l'as manqué
il se présentera peut-être à la fin
de l'autre côté, rouge avant de se rompre.
A la dernière heure comme à la première

il faudra lever les yeux de ton ouvrage
accepter le regard de ce qui t'éclaire
- et tu t'endormiras, selon qu'il est passé
ou non par ton âme, uni et dispersé.

Le mimosa

Odeur du mimosa dans l'appartement
quand les invités sont partis : poudre d'or
qui éclaire la nuit, les meubles. En rêve
ne surgiront pas les collines de Nice
mais les façades qu'on voyait du train
donnant sur les voies, jaunes, décrépies.
On imaginait, on enviait presque
ces vies pauvres passées devant un citronnier
parmi les cris d'enfants et le linge aux balcons
avec le ciel bleu qu'on ne remarque plus
mais qu'on sent au fond des arrière-cours.

Les pissenlits

Un rayon du soir traverse le pré,
éclairant une file de pissenlit :
petite procession aux têtes enfantines,
vives, ébouriffées, chacune penchant
d'un côté ou de l'autre, et sages cependant,
comme il convient à l'heure solennelle.
Les autres fleurs du pré regardent, immobiles.
Eux seuls paraissent aller quelque part,
croisent un merle. Et tu voudrais les suivre.

Pierre

Il est le pasteur confirmé du troupeau
mais il n'a pas besoin qu'un ange le soufflette
pour rester humble. Il lui suffit d'entendre
le coq chaque matin. 

La ménagère

Quand elle a fini de cirer les meubles,
d'essuyer les vases, le dos des vieux livres,
elle s'assied, la tête vide.
Les grains de lumière ont partout remplacé
les grains de poussière
mais qui verra la différence ?
Le soleil seul
la félicite.

Matthieu, 13

La perle précieuse
qu'il faut acheter en vendant ses biens
petit à petit, tu la vois briller
noire, dans les yeux d'une sœur Annonciade ;
si jeune, elle a déjà tout donné pour l'avoir.
Ainsi le Royaume entre-t-il en ce monde
par ceux qui ont osé le choix vertigineux
et nous gravitons autour de sa lumière,
éblouis, dispersés, 
cortège de poussières,
hésitation d'étoile.

Annonciation

Dieu
si petit en moi
hors de moi si grand.

Cana

Ce mariage était un printemps sans oiseaux :
les gens ne chantaient plus, parlaient à mi-voix
tandis que le vin baissait dans les coupes.
Nous connaissions bien les mariés, nos voisins,
heureux, insouciants comme tous les mariés
qui promettent plus qu'ils ne peuvent tenir,
commencent bravement par le vin d'amour
et finissent par l'eau de l'indifférence.
Alors je me suis tournée vers la source
encore scellée. Plus tard j'ai compris
son premier refus et j'en ai pleuré :
c'était son sang déjà que je lui demandais
au nom de nos voisins, de nos frères tristes
et c'était, au-delà du pressoir de la croix,
pour le banquet futur, quand la joie coulerait
à pleins bords, ranimant les oiseaux dans les branches,
faisant refleurir le buisson où la rose
blanche de la mort aurait disparu.

jeudi 3 mars 2022

Klara and the sun

Bienvenue dans un magasin qui vend des AF (artificial friend). Klara est l'une d'elle et se charge au soleil. Elle est aussi douée d'une capacité d'apprentissage et d'observation qui lui permet d'interpréter - parfois de comprendre - le monde. Choisie par Josie, une adolescente malade, elle découvre le monde à travers ses yeux. Vivant dans une belle maison isolée, elle interagit principalement avec la mère de Josie, une gouvernante, Rick (un ami de Josie) et Josie elle-même. Elle va surtout tout mettre en œuvre pour la sauver, en ayant recours à un culte étrange, sans imaginer qu'elle n'est guère qu'un jouet pour la jeune fille. 

Sympathique histoire du point de vue de ce robot, avec ses pixels dans la vue. Dommage que certains aspects de cette société futuriste n'aient pas été plus développés comme les "lifted children", la place des robots et des êtres humains ou certains personnages.



lundi 28 février 2022

Un fils tombé du ciel

Lao She nous livre un roman à la fois amusant et tragique avec ce livre. 


On est en Chine, au début du XXe siècle. On ne le ressent pas toujours tant tout est centré sur les relations entre les personnages et autour du héros lui-même. C'est l'histoire d'un enfant abandonné, adopté par une famille sans enfants. Il est marchand, elle est maîtresse de maison. Le petit Tianci grandit entre eux, en faisant tout pour embêter sa mère et se faire gâter par son papa poule. Enfant remuant à la maison, il est vite maté à l'école où il n'apprend pas grand chose. On le suit jusqu'à la fin de l'adolescence, alors qu'il n'a toujours choisi que les plaisirs et la facilité. 

Roman initiatique souvent drôle, parce que l'auteur s'en mêle pas mal, il est finalement assez plat et décevant.


 

lundi 21 février 2022

Les Bourgeois

Voici un roman d'Alice Ferney, sur ma PAL depuis des années. Il est un peu trop à l'image de son titre, enfermé dans une société bourgeoise, une famille aisée entre la fin du XIXe siècle et du XXe. 

A l'occasion de la mort de Jérôme, un des plus jeunes frères, on rencontre la fratrie Bourgeois, les enfants de Mathilde et Henri mais aussi leurs cousins, les enfants de Gabrielle.

A total chez les Bourgeois, 10 enfants : Jules, militaire, Jean aussi. Nicolas, André, Louise, Joseph, Jérôme, Claude, Guy et Marie. Ils évoluent dans des milieux d'affaires, des milieux privilégiés, ils sont médecins, avocats, gradés... Enfin, les hommes. Leurs épouses et les femmes en général sont surtout là pour faire des enfants. 

En même temps qu'on découvre le quotidien de cette famille, on suit la grande histoire de France, celle des guerres mondiales et de la guerre d'Algérie. On suite les évolutions sociales, le rapport à la religion qui change, le rôle des femmes qui s'étoffe. C'est amusant cette grande fratrie mais le lecteur s'en fiche un peu. Et surtout, il peut être un peu décoiffé par les propos sur les droits des femmes, sur leur quotidien et la liberté à laquelle elles ont - ou non - accès.