lundi 26 septembre 2022

Apaiser nos tempêtes

J'avais beaucoup aimé Dans la forêt et j'étais ravie de découvrir ce nouveau titre de Jean Hegland. Au programme, l'histoire de deux jeunes femmes, Cerise et Anna, de milieux sociaux différents. Toutes deux tombent enceintes sans le désirer. L'une garde le bébé, l'autre pas. L'une se dévoue à sa fille tandis que l'autre s'engage dans son art, la photo, avant de devenir maman à son tour.

Ce roman traite de la maternité, des craintes des mères pour la sécurité, l'amour, la santé, l'éducation et tout ce qui concerne leurs enfants. Il s'inscrit dans une Amérique qui peine à soutenir ses citoyens les plus précaires. Et voilà. On s'attache vaguement aux héroïnes et à leurs enfants. On frémit à peine quand les drames les rattrapent. 

Malheureusement, j'ai trouvé ce roman plat, un peu convenu. Et je crois que les histoires de mères ne m'intéressent définitivement pas. 

lundi 19 septembre 2022

Les cavaliers

Un dernier pavé, d'un auteur que j'adore, Joseph Kessel. Avec lui, je fais le tour du monde et je m'arrête en Afghanistan pour suivre un tchopendoz, Ouroz. 

Un tchopendoz ? C'est un cavalier de bouzkashi, un célèbre jeu afghan qui se joue à cheval et qui consiste à emporter le cadavre d'une chèvre dans un but, assailli par des dizaines d'autres tchopendoz. C'est le job d'Ouroz et il compte bien remporter le grand bouzkashi du roi à Kaboul. Fils du grand Toursène, monté sur Jehol, rien ne peut lui résister. Sauf son corps. Echouant à quelques centimètres de la victoire, Ouroz décide de rentrer chez lui au plus vite, par un chemin dangereux. Accompagné de son serviteur Mokkhi, il va traverser le pays pour rejoindre ses plaines natales. En chemin, il devra lutter contre l'envie de son serviteur et la douleur de sa jambe brisée. Tout un voyage pour permettre au lecteur d'apprivoiser cet étrange personnage, tout d'orgueil et d'audace.

Un livre d'aventure au cœur de l'Afghanistan, qui nous en fait découvrir traditions et reliefs, guidés par un personnage odieux mais admirable. 

Lu en Folio - 590 pages

Encore Dickinson


The Angle of a Landscape -

That every time I wake -

Between my Curtain and the Wall

Upon an ample Crack -


Like a Venetian - waiting -

Accosts my open eye -

Is just a Bough of Apples -

Held slanting, in the Sky -


The Pattern of a Chimney -

The Forehead of a Hill -

Sometimes - a Vane's Forefinger -

But that's - Occasional -


The Seasons - shift - my Picture -

Upon my Emerald Bough,

I wake - to find no - Emeralds -

Then - Diamonds - which the Snow


From Polar Caskets - fetched me -

The Chimney - and the Hill -

And just the Steeple's finger -

These never stir at all -



Of Course - I prayed -

And did God Care?

He cared as much as on the Air

A Bird - had stamped her foot -

And cried "Give Me" -

My Reason - Life -

I had not had - but for Yourself -

'Twere better Charity

To leave me in the Atom's Tomb -

Merry, and Nought, and gay, and numb -

Than this smart Misery.



Did Our Best Moment last -

'Twould supersede the Heaven -

A few - and they by Risk - procure -

So this Sort - are not given -


Except as stimulants - in

Cases of Despair -

Or Stupor - The Reserve -

These Heavenly Moments are -


A Grant of the Divine -

That Certain as it Comes -

Withdraws - and leaves the dazzled Soul

In her unfurnished Rooms



There is a Languor of the Life

More imminent than Pain -

'Tis Pain's Successor - When the Soul

Has suffered all it can -


A Drowsiness - diffuses -

A Dimness like a Fog

Envelops Consciousness -

As Mists - obliterate a Crag.


The Surgeon - does not blanch - at pain

His Habit - is severe -

But tell him that it ceased to feel -

The Creature lying there -


And he will tell you - skill is late -

A Mightier than He -

Has ministered before Him -

There's no Vitality.



The first Day's Night had come -

And grateful that a thing

So terrible - had been endured -

I told my Soul to sing -


She said her Strings were snapt -

Her Bow - to Atoms blown -

And so to mend her - gave me work

Until another Morn -


And then - a Day as huge

As Yesterdays in pairs,

Unrolled its horror in my face -

Until it blocked my eyes -


My Brain - begun to laugh -

I mumbled - like a fool -

And tho' 'tis Years ago - that Day -

My Brain keeps giggling - still.


And Something's odd - within -

That person that I was -

And this One - do not feel the same -

Could it be Madness - this?



The Color of the Grave is Green –

The Outer Grave - I mean -

You would not know it from the Field -

Except it own a Stone -


To help the fond - to find it -

Too infinite asleep

To stop and tell them where it is -

But just a Daisy - deep -


The Color of the Grave is white -

The outer Grave - I mean -

You would not know it from the Drifts -

In Winter - till the Sun -


 Has furrowed out the Aisles -

Then - higher than the Land

The little Dwelling Houses rise

Where each - has left a friend -


The Color of the Grave within -

The Duplicate - I mean -

Not all the Snows could make it white -

Not all the Summers - Green -


You've seen the Color - maybe -

Upon a Bonnet bound -

When that you met it with before -

The Ferret - cannot find -



The Months have ends - the Years - a knot -

No Power can untie

To stretch a little further

A Skein of Misery -


The Earth lays back these tired lives

In her mysterious Drawers -

Too tenderly, that any doubt

An ultimate Repose -


The manner of the Children -

Who weary of the Day -

Themself - the noisy Plaything

They cannot put away –



God made a little Gentian -

It tried - to be a Rose -

And failed - and all the Summer laughed -

But just before the Snows


There rose a Purple Creature -

That ravished all the Hill -

And Summer hid her Forehead -

And Mockery - was still -


The Frosts were her condition -

The Tyrian would not come

Until the North - invoke it -

Creator - Shall I - bloom?



I tie my Hat - I crease my Shawl -

Life's little duties do - precisely -

As the very least

Were infinite - to me -


I put new Blossoms in the Glass -

And throw the old - away -

I push a petal from my Gown

That anchored there - I weigh

The time 'twill be till six o'clock

I have so much to do -

And yet - Existence - some way back -

Stopped-- struck - my tickling - through -

We cannot put Ourself away

As a completed Man

Or Woman - When the Errand's done

We came to Flesh - upon -

There may be - Miles on Miles of Nought -

Of Action - sicker far -

To simulate - is stinging work -

To cover what we are

From Science - and from Surgery -

Too Telescopic Eyes

To bear on us unshaded -

For their – sake - not for Our’s -

'Twould start them -

We - could tremble -

But since we got a Bomb -

And held it in our Bosom -

Nay - Hold it - it is calm -


Therefore - we do life's labor -

Though life's Reward - be done -

With scrupulous exactness -

To hold our Senses - on -



"Why do I love" You, Sir?

Because -

The Wind does not require the Grass

To answer - Wherefore when He pass

She cannot keep Her place.


Because He knows - and

Do not You -

And We know not -

Enough for Us

The Wisdom it be so -


The Lightning - never asked an Eye

Wherefore it shut - when He was by -

Because He knows it cannot speak -

And reasons not contained -

- Of Talk -

There be - preferred by Daintier Folk -


The Sunrise - Sire - compelleth Me -

Because He's Sunrise - and I see -

Therefore - Then -

I love Thee -

samedi 17 septembre 2022

Sur les chemins noirs

Du Mercantour au Cotentin, Sylvain Tesson a traversé la France à pieds, par des chemins oubliés, loin des autoroutes de la randonnée. C'est cette expérience qu'il conte ici ! 

Pourquoi un tel projet ? C'est une promesse et une façon de vivre une rééducation suite à une chute qui le laisse tout cassé à l'hôpital. A sa sortie et avec les beaux jours, commence une marche dans les chemins noirs, chemins oubliés bordés de haies et non répertoriés sur les cartes de randonnées. Une marche qui est aussi une plongée dans des déserts ruraux, loin des gares et de la 4G. 

Le lecteur suit Sylvain Tesson sur ces chemins noirs, partageant ses considérations sur le monde, les rares rencontres et paysages. Un livre comme hymne à la liberté, droit à la disparition, à la déconnexion et à l'ermitage. 

Quelques phrases glanées :

"Un rêve m’obsédait. J’imaginais la naissance d’un mouvement baptisé confrérie des chemins noirs. Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient ainsi définir les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l’époque. Dessinés sur la carte et serpentant au sol ils se prolongeraient ainsi en nous-mêmes, composeraient une cartographie mentale de l’esquive. Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l'actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d'armes, ses goûts, ses écœurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d'amis, se souvenir des morts chéris, s'entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l'existence statistique. En somme, se détourner. Mieux encore ! disparaître. "Dissimule ta vie", disait Épicure dans une de ses maximes (en l'occurrence c'était peu réussi car on se souvenait de lui deux millénaires après sa mort)."

"Un embrigadement pernicieux était à l’œuvre dans ma vie citadine : une surveillance moite, un enrégimentement accepté par paresse. Les nouvelles technologies envahissaient les champs de mon existence, bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut. Elles n’offraient pas un aimable éventail d’innovations, elles modifiaient notre présence sur cette Terre. Il était “ingénu de penser qu’on pouvait les utiliser avec justesse”, écrivait le philosophe italien Giorgio Agamben dans un petit manifeste de dégoût. Elles remodelaient la psyché humaine. Elles s’en prenaient aux comportements. Déjà, elles régentaient la langue, injectaient leurs bêtabloquants dans la pensée. Ces machines avaient leur vie propre. Elles représentaient pour l’humanité une révolution aussi importante que la naissance de notre néocortex il y a quatre millions d’années. Amélioraient-elles l’espèce ? Nous rendaient-elles plus libres et plus aimables ? La vie avait-elle plus de grâce depuis qu’elle transitait par les écrans ? Cela n’était pas sûr. Il était même possible que nous soyons en train de perdre notre pouvoir sur nos existences. Agamben encore : nous devenions “le corps social le plus docile et le plus soumis qui soit jamais apparu dans l’histoire de l’humanité”."

"Dans la descente, ce panneau sous les poiriers prouvait combien l'administration maternait les citoyens : La praticabilité de cet itinéraire n'est pas garantie. On devrait annoncer cela à tous les nouveaux-nés au matin de leur vie !"


"Après tout, on gagnait à rester dans le voisinage de certains êtres. Peut-être en allait-il de même avec les arbres ?"

mercredi 14 septembre 2022

Les enfants Jéromine

Bel ouvrage que ce pavé (1125 pages au livre de poche tout de même) d'Ernst Wiechert, auteur allemand que je découvre avec ce livre. C'est un roman d'initiation plein d'humanité qui nous fait suivre Jons Ehrenreich - riche en honneur - de sa petite enfance à sa maturité. Et notre question principale est : donnera-t-il raison à son nom ?
Cadet d'une famille de sept, il est repéré par son instituteur comme un enfant travailleur et intelligent. Celui-ci lui offre la chance de poursuivre ses études dans la ville voisine et soutient sa scolarité. Jons, très attaché à sa terre "le coin aux chouettes" et aux siens, se forme pour revenir apporter de l'aide aux villageois.
Le lecteur suit sa croissance ainsi que celle de ses frères et sœurs, de sa famille, l'évolution des membres du village. Ils sont inoubliables comme le pasteur, l'aristocrate local, l'instituteur... C'est un rythme paisible, qui s'intéresse au fond des choses, à la couleur du ciel et à l'âme des personnes. C'est doux et édifiant, presque angélique parfois. Et pourtant, le monde se rapproche a travers la première guerre, l'automobile et la montée du nazisme dont les ombres pèsent sur la fin du roman. Dans ce coin perdu, il est des gens qui remuent le monde dans l'honnêteté et la simplicité du quotidien. Mon seul regret : il n'y a pas vraiment de fin.

J'ai glané des jolis passages en nombre, je vous en livre quelques uns et vous laisse retrouver la totalité sur Babelio.

"Non, il n'était pas nécessaire que quelque chose de grand sortît de l'enfant de la chaumière. Il suffisait qu'il cultivât trente arpents de maigre terre, de sa jeunesse à sa vieillesse. Car s'il ne le faisait pas le champ retournait au désert, et au lieu de pain il donnait des pierres. Et aucun enfant ne sortait de cet enfant, et dans la chaîne des générations quelque chose était rompu. Le village y perdait un sourire qui eût été donné peut-être aux éprouvés, une assistance amicale, une parole cordiale en une année de mauvaise récolte. Il n'était pas vrai, selon Jons, qu'il n'y eût personne d'irremplaçable. Les affaires de l'humanité ne se faisaient pas par des suppléants. Pas même celles d'un pays ou d'un village. Il n'était pas vrai que lui, Jons, pût être remplacé par un docteur Joyeux, ou un docteur Triste, ou même par un docteur Toutlemonde, pas vrai que Stilling ou Korsanke fussent remplaçables. Non, pas même Piontek ! Quelqu'un pouvait prendre leur place, et leur emploi serait, comme on dit, pourvu. Toutefois l'homme qui le détenait était irremplaçable. Il était tombé, une seule fois, de la main de Dieu, et Dieu l'avait façonné en type unique et non pas en série, comme à la chaîne d'une fabrique d'engins mécaniques."
"Qui est déshérité ? demanda Lawrenz en se ployant sur son fauteuil. Qui est sans travail ? Faut-il que la langue soit un instrument si docile de nos erreurs ? Avez-vous jamais vu un seul homme que Dieu ait déshérité ? Un père, une mère peuvent déshériter, et ils ne peuvent, eux non plus, enlever que de l'argent et des propriétés, sans pouvoir déshériter de leur sang. Mais Dieu ne déshérite pas même les incroyants. lI ne nous enlève ni le sol que nous foulons de nos pieds, ni la lumière du soleil, ni la muette image des fleurs. Et quand il nous fait marcher sur des béquilles et nous rend aveugles, il nous donne du moins encore la force de créer un autre monde, en notre esprit."
"Ils étaient des orphelins et portaient tous le même uniforme gris. Et pourtant il y avait eu parmi eux des rois, comme le grand-père, des héros, comme Michael, des êtres ayant la grâce, comme Christian, et d'autres ayant la noblesse, comme son père. Mais le Reich ne les voyait pas. Il s'était retiré dans ses grandes villes et ce qu'on y adorait c'était l'or et la parole. Des choses éphémères et trompeuses, comme la puissance édifiée sur elles. Celui qui était envoyé dans les forêts y allait comme en exil et celui qui était appelé dans les villes était un élu. Et le petit nombre de ceux qui étaient appelés n'était reconnu de personne. On les envoyait à la mort, comme Jumbo, et on ne savait pas qu'ils étaient irremplaçables. On ne distinguait pas entre la valeur et le nombre."

lundi 12 septembre 2022

Le chant d'Achille

Madeline Miller est sur ma LAL depuis longtemps et j'avais déjà croisé Circe, que j'avais apprécié sans plus. J'ai passé un bien meilleur moment avec Achille et Patrocle dans ce roman. Peut-être parce que j'aime tout ce qui se vit autour de la guerre de Troie. 

Patrocle, on ne voit pas bien qui c'est sinon l'ami cher d'Achille. C'est un jeune homme qui, lors de la débandade des grecs suite aux bouderies d'Achille, emprunte son armure, le temps de redonner l'espoir aux grecs et d'effrayer les troyens. Et qui se fait tuer. C'est ce qui incite Achille à combattre à nouveau et à aller rencontrer son destin - et sa gloire. Eh bien, ce Patrocle, Madeline Miller lui donne une épaisseur, une histoire, des sentiments, et en fait le témoin privilégié des talents d'Achille. Homme intelligent et sensible, éperdu d'admiration et d'amour pour le héros, il est éduqué avec lui. 

C'est leur histoire que nous conte la romancière avec sensibilité. Une belle plongée dans l'humanité de la mythologie. 


jeudi 8 septembre 2022

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

Je n'ai pas beaucoup entendu parler de ce roman de Reif Larsen mais j'ai flashé dessus en biblio. En plus, il était étiqueté "coup de cœur" alors j'ai tenté. 

Au programme, l'histoire d'une jeune adolescent, T.S. Spivet recevant le prix Baird du Smithsonian, honorable institution scientifique et muséale américaine. Le jeune garçon de 12 ans décide de se rendre à Washington pour recevoir son prix, sans prévenir qui que ce soit. C'est son épopée que nous suivons à travers les Etats-Unis. Il faut savoir que T.S est un dessinateur et cartographe de talent, passionné par les sciences et la compréhension du monde. Il n'hésite donc pas à croquer tout ce qu'il croise dans de nombreux carnets qui viennent illustrer notre roman - et donner des explications à toutes sortes de phénomènes. Vous lirez donc, en plus du roman d'initiation, une petite encyclopédie ! Mais rien d'ennuyeux là-dedans, c'est toujours clair, souvent drôle et lucide. A ceci s'ajoute la mise en abime d'une histoire de famille pas si simple, celle de son aïeule Emma.

Chouette lecture, qui croise les genres avec humour et brio !