jeudi 21 janvier 2016

Chronique des indiens Guayakis

Cet essai de Pierre Clastres, sous-titré "Les Indiens du Paraguay. Une société nomade contre l'Etat", est la chronique de la vie d'un ethnologue parmi les Achés, une tribu indienne du Paraguay. L'auteur les rencontre alors qu'ils sont quasiment sédentarisés, accueillis par un Berru (un blanc). A la fois précis dans ses descriptions et ses analyses et très vivant dans sa manière d'écrire, Pierre Clastres nous offre des morceaux de vie de cette tribu (naissance, mort, rites de purification, chasse), des analyses sociales (homosexualité, règles de vie, autorité) et des analyses méthodologiques et personnelles (manière de pratiquer l'ethnologie, difficultés de l'enquête, humour). Le tout est illustré de petits schémas qui représentent les outils des Achés.

Campagne Paraguay

L'ouvrage se compose ainsi :

Naissance

De deux traités de paix

A rebours

Les grandes personnes

Les femmes, le miel et la guerre

Tuer

Vie et mort d'un pédéraste

Les cannibales

La fin


Sans entrer dans les détails de tout ce qu'a pu apprendre l'auteur, je retiendrai plusieurs choses notamment la relation à la mort et à l'esprit du mort qui peut venir hanter les vivants et les tuer. Dans les rites de purification, il n'est pas exclu de tuer quelqu'un pour se débarrasser de l'esprit. "Ils ont tué une seconde fois le mort, en frappant et brûlant son crane. Jusqu'à présent, il ne l'était qu'à demi, puisque son fantôme demeurait encore dans le crâne" et "Pour éliminer l'âme, il faut manger le corps ; si on ne le consomme pas, ove et ianve restent auprès des vivants, prêts à les agresser, à pénétrer dans leur corps pour y provoquer le baivwa et les tuer en fin de compte. C'est pourquoi cela ne fait aucun doute pour les Aché Gatu : les étrangers mourront bientôt ; ils vivent littéralement au coeur d'un nuage d'âmes [...] Ne pas être cannibale, c'est se condamner à mort". 

Il y a aussi le rapport au sexe, pas très discret. Et la possibilité d'avoir des époux principaux ou secondaires. 

Il y a aussi la place du chef, dont la parole guide et rassure. 

La façon de chasser pour la tribu une viande que le chasseur n'a pas le droit de manger (il sera nourri par les autres chasseurs selon des systèmes d'obligation mutuelle). "Quand on ne veut pas médiatiser son rapport à la nourriture par la relation à autrui, on risque tout simplement de ses voir coupé du monde naturel et rejeté hors de lui, tout comme on s'est mis à l'écart de l'univers social en se dérobant au partage des biens. Voilà le fondement de tout le savoir des Aché et la raison de leur soumission à ce savoir : il repose sur cette vérité, qu'une fraternité souterraine allie le monde et les hommes et que ce qui se produit chez les uns ne demeure pas sans écho chez l'autre. Un même ordre les régit, il ne faut pas le transgresser". 

Les rites d'initiation des jeunes gens à qui l'on perce la lèvre et l'on fend le dos (ils aiment bien les scarifications ces Achés). 

Et puis le modèle de société fondé sur le présent, l'immédiat et l'économie qui en découle, analysée par Marcel Gauchet : "La production ne semble jamais parvenir à dépasser le niveau de l'ajustement immédiat avec les besoins. Seulement, comme des études rigoureusement menées l'ont prouvé, ce n'est pas à une impuissance qu'il faut rapporter l'absence de surplus, c'est à une volonté délibérée [...] Le temps consacré à la recherche de nourriture et au travail est en moyenne assez limité, les ressources disponibles sont loin d'être utilisées à fond, et la production effective reste au total très en deçà de ce que le permettraient les forces productives. D'où le retournement que Sahlins opère : non pas des économies de subsistance, mais des sociétés d'abondance. Il y a refus de dégager un excédent, de procéder par accumulation et de viser une croissance. Qu'un travailleur plus acharné que les autres parvienne à l'occasion à constituer un stock appréciable de nourriture et de biens, et le reste de la communauté se mettra à vivre à ses dépens, jusqu'à l'épuisement des réserves. C'est le sort commun des chefs, obligés par leur statut à la générosité, et contraints par là même à travailler au-delà des normes ordinaires pour satisfaire les demandes auxquelles ils ne peuvent se dérober". 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Pour laisser un petit mot, donner votre avis et poser des questions, c'est ici !