mercredi 29 mars 2017

Le rosier de Madame Husson

Voilà très longtemps que je n'avais lu des nouvelles de Maupassant. Je me rappelle les dévorer au collège, empruntant sans cesse les volumes de la bibliothèque municipale. Et puis à nouveau en prépa. Et depuis, rien ou très peu. 


Et pourtant, c'est toujours agréable une excursion avec Maupassant. Qu'elle soit à Paris ou en province, comme dans ce recueil, on y croise toujours des personnages intéressants, amusants, en proie à un problème. Je ne suis cependant pas certaine de vous recommander cette lecture, car bien qu'agréable, elle m'a paru assez banale quoi que pleine d'humour et de situations cocasses.

Le Rosier de madame Husson. Histoire d'un jeune homme que l'on couronne du prix de la vertu.
Un échec. Repérage d'une jeune femme à séduire lors d'un voyage... et déconvenue.
Enragée ? Craintes d'une jeune femme lors de son voyage de noces.
Le Modèle. Pourquoi ce peintre célèbre a-t-il épousé une harpie ?
La Baronne. La baronne Samoris cherche un ami, par le biais d'une oeuvre d'art...
Une vente. Deux hommes sont jugés pour avoir tenté de tuer l'épouse de l'un d'eux. Une histoire d'ivrognes sympathique.
L'Assassin. Un garçon très droit découvre que sa femme le trompe.
La Martine. Benoist tombe amoureux de la Martine. Qui l'aime aussi beaucoup !
Une soirée. Un militaire cherche un bordel pour se distraire dans une triste ville de province.
La Confession. Un militaire trompe sa femme un soir d'ivresse, et ne le supporte pas.
Divorce. Se marier sur petites annonces, n'est-ce pas risqué ?
La Revanche. Quand un divorcé recroise son ex-femme et la trouve finalement pas mal.
L'Odyssée d'une fille. Triste histoire d'une fille travailleuse et naive dont les hommes abusent.
La Fenêtre. Mr de Brives et Mme de Jadelle vont-ils se marier ? Pour le tester, la jeune veuve l'invite chez elle et le met sous surveillance !


lundi 27 mars 2017

Du bon usage de la lenteur

Ce livre de Pierre Sansot trainait sur ma LAL depuis un bout de temps. Comme je sens que tout va trop vite pour moi en ce moment, j'ai pris un peu de temps pour le lire, cherchant à ramener un rythme moins fou dans ma vie. Mais à vrai dire, j'ai l'impression que l'auteur nous parle d'un temps perdu, un temps où l'on prend le temps, un temps sans les sollicitations constantes d'internet et des smartphones, un temps plus apaisé, plus choisi. Pour vous faire entrer un peu dans ce texte, commençons par des citations : 

"Ce qui est nouveau, c'est que l'agir (qui dépasse les frontières du travail) apparait aujourd'hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d'agir, un individu s'exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou se contentent du plaisir d'exister, dérangent et sont stigmatisés".
"Prier, c'est comme emprunter dans les ténèbres un chemin sans raison et espérer qu'une faible lumière nous assurera que nous ne nous sommes pas égarés"
"L'avoir, le pouvoir, le valoir inquiéteraient chacun d'entre nous. L'avoir parce que la possession nous met à l'abri du besoin et qu'il étoffe notre identité. Mais nous pouvons aussi nous dispenser d'exister par nous-mêmes quand nos biens semblent répondre pour nous et c'est souvent en exploitant nos semblables que nous augmentons notre capital. Le pouvoir. L'homme est un "je peux", un ensemble de capacités sensori-motrices ou intellectuelles. Le monde cesse de m'être étranger, voire hostile, quand je le maitrise. Seulement, notre liberté se heurte à d'autres libertés et nous croyons que notre choix se limite à soumettre ou à être soumis. La servitude de quelques-uns de nos semblables nous assurerait de notre pouvoir. Le valoir. La faveur dont nous jouissons auprès des autres hommes authentifie notre réussite, notre excellence. De là, nos tentatives pour séduire, corrompre, nous imposer, et l'idée que notre être se confond avec l'image que l'on a de nous. Ces analyses montrent qu'il existe un effet d'entrainement auquel il est difficile de résister. Je suis sans cesse tenté d'avoir plus, de pouvoir davantage, de valoir mieux, et ceci à la suite d'une fragilité affective essentielle à notre condition. La modération, attitude de fermeté, de vigilance, de résistance à l'égard de notre pathos, peut seule nous détourner de la folie et de la barbarie. Quand l'homme est habité par une légitime ambition, il lui faut souvent chasser les mauvais démons qui l'assaillent. Il est vrai qu'il existe des attitudes plus nobles. Si j'étais sûr de ma valeur, je n'accumulerait pas les signes de distinction sociale. Si je m'appréhendais comme une liberté entière et indéfectible, je ne chercherais pas à asservir les autres. Nous évoquerions la sainteté au regard de laquelle les marques de la réussite sont peu de chose, la générosité qui me donne la conscience d'être libre et d'avoir à respecter la liberté des autres pour entamer avec eux un dialogue d'égal à égal. Seulement, notre condition ordinaire passe par des compromis, des luttes gagnées ou perdues, des libertés octroyées puis refusées."
Paraguay, Santa Rita
"La conversion en matière de religion, d'art, de philosophie opère avec la même brutalité, même si elle n'est pas l'effet d'une stratégie. Comment un renversement radical entre l'avant et l'après pourrait-il se produire s'il n'y avait pas une dévaluation totale et au fond injustifiable de ce qui auparavant nous tenait à coeur ? Désormais Dieu et non point les biens de la terre, désormais le ravissement esthétique et non point la frivolité des voluptés ordinaires. Désormais la recherche ardue des fondements, du fondamental et non point des à-peu-près de ce qui est le plus probable".
"Un homme libre c'est un individu qui prend conscience des nécessités qui pèsent sur lui et qui tente de les contrarier, ou mieux, de les utiliser pour s'épanouir. Il se trouve que l'aliénation par le travail n'est pas seule à entraver la destinée d'une personne ou d'un pays. Elle peut-être dépossédée d'elle-même en ce qui concerne sa parole, ses désirs, par toutes sortes de confiscations, de manipulations, par une idéologie diffuse dont il faut se départir. La culture n'est pas un luxe, un divertissement comme on l'a souvent répété, mais une tâche pour être soi-même et pour que les autres deviennent eux-mêmes. Elle n'est pas seulement un ensemble de biens dont nous disposerons pour notre plus grand bonheur. Elle nous engage dans un processus de création, soit pour inventer par nous-mêmes, soit pour accueillir, achevant ce qui nous est proposé".
"Cette entreprise culturelle chercherait-elle à contrôler, à identifier, à pourvoir d'un statut, à occuper des hommes, et cela de leur prime enfance à leur vieillesse, ce qui constituerait une prise en charge, sinon une prise en main, elle aussi sans précédent, d'une population tout entière ?"
"Ces observations ne mettent pas en cause toute forme de politique culturelle. Elles nous incitent à être moins optimistes et nous laissent entendre que nous nous y prenons mal en dirigeant outrageusement nos projecteurs sur quelques phénomènes spectaculaires, en mesurant les progrès de la culture au nombre de ceux qui, prétend-on, y accèdent, en travaillant dans l'urgence, la précipitation, en bourrant les programmes, en cédant à cet acharnement que nous avons mis à exploiter la terre, en multipliant les festivals - et non point en nous montrant plus modestes, en pactisant avec les lenteurs de la durée sociale et la diversité des trajets individuels, en faisant sa part au silence, à la solitude, au retrait"
J'ai bien sûr trouvé un intérêt plus grand à lire le chapitre sur "La fébrilité culturelle", un thème qui me travaille depuis des années. Pourquoi tant d'événementiel, d'expos qui se ressemblent, de marketing dans la culture alors qu'elle pourrait irriguer toute notre société, nous aider à mieux vivre ensemble, à nous rencontrer, à nous épanouir... Qu'elle est bien plus centrale qu'un simple loisir et qu'elle vaut bien plus que tout ce que les bradeurs de culture veulent nous faire croire. 

Mais j'ai aussi beaucoup aimé la première partie de l'essai, "Pour parer aux empressements du temps" avec des chapitres sur l'ennui, flâner, attendre, écrire etc. J'ai eu l'impression de redécouvrir un monde qui, bien que pressé, sait prendre son temps, a de la place pour l'imprévu, ne se gave pas de sorties, de conférences, de cours de sport, d'apéros, de séries, de divertissements qui ne nourrissent pas.

Une lecture intéressante donc, mais qui semble quasi inaccessible, comme si l'accélération et l'emballement du monde ne pouvait que se poursuivre, plus vite. Et que le ralentissement était impossible.

lundi 20 mars 2017

Le Puits

J'avais lu pas mal d'avis sur Le Puits d'Ivan Repila sur les blogs. J'ai notamment souvenir d'un billet d'Yspaddaden. De la tête de gondole dans ma bibliothèque, il a rejoint mon sac à main. Et il a été lu en une soirée.

Pour ceux qui auraient raté les autres billets, c'est l'histoire de deux frères, le Grand et le Petit. On les rencontre au fond d'un puits. On est à la fois dans la caverne ou dans la grotte. On ignore comment les frères sont arrivés là. Ils élaborent des stratégies pour tenter d'en sortir. C'est surtout le Grand qui bosse. Il se muscle, il gère la nourriture, il réchauffe le Petit. Mais la tension s'installe vite. Le Petit a des idées bizarres, n'a pas envie de respecter les règles, est faible, malade, sombre dans la folie, dans le mutisme... Et les idées de cannibalisme, de violence, de sacrifice, de suicide et de trahison couvent. Sans parler des loups qui veulent dévorer les prisonniers, des personnes qui observent les frères dans la nuit.

Brr, ça fait froid dans le dos.

Aux allures de conte cruel, ce court roman à la fois très réaliste et hautement symbolique m'a laissée perplexe. Que veut on nous dire avec cette histoire ? Quel symbole voir dans ce puits, dans cette mère absente ? Et dans les deux frères avec leurs rapports de force ? Certes, je reconnais Grimm, Platon et la Genèse, mais après ? 

Source de la Douix

vendredi 17 mars 2017

C'est encore mieux l'après-midi

Voilà un boulevard très sympathique de Ray Cooney sur les planches du théâtre Hébertot

C'est encore mieux l'après-midiHôtel de l’hémicycle, à quelques pas du palais Bourbon, Richard Marchelier, député, attend sa maîtresse, Stéphanie. Il lui faut d'abord se débarrasser de sa femme, qu'il envoie au théâtre, puis réserver une chambre pour la nouvelle venue. Il confie cette mission à Georges, son assistant. Qui n'est pas très à l'aise dans ce genre de mission. Et fait s'enchainer les quiproquos. Il va falloir aux deux hommes un sens de l'à-propos et une imagination débordante pour justifier les aberrations auxquelles ils parviennent ! Car il ne faut pas que Christine croise Stéphanie.


Le duo porté par Sébastien Castro et Pierre Cassignard fonctionne bien : le premier tout en flegme et en naïveté, le second arrogant et manipulateur. Tout se joue autour d'eux, les femmes étant plutôt secondaires et sans une personnalité très développée. Est-ce pour étoffer son personnage que Lysiane Meis minaude autant ? Ou est-ce le couple Marchelier (Pierre Cassignard et Lysiane Meis) qui a besoin d'en faire trop ? En tout cas, leurs premiers échanges dans le hall de l'hôtel m'ont paru très surjoués. Mais très vite, la pièce prend son rythme et l'on est plongé dans un tourbillon de quiproquos qui nous font rire du début à la fin. C'est l'escalade des gaffes. Car plus ça avance, plus c'est gros. Et plus c'est gros, mieux ça passe ! Ce rythme endiablé laisse le spectateur pantois et étonné : quoi, c'est déjà fini ? On en voudrait encore. 

Mention spéciale à Sébastien Castro, qui campe un délicieux idiot, complétement dépassé par les événements mais finalement plein d'idées pour améliorer, croit-il, la situation. Jusqu'à l'inextricable. J'ai aussi beaucoup aimé les apparitions du room service, Rudy Milstein, parfaites de fausse naïveté et de curiosité. 

Un bon vaudeville, bien mené, dans un décor très chouette (ce qui ne gâche rien) et qui vous dérouille les zygomatiques du début à la fin ! 

mercredi 15 mars 2017

Le monde sans sommeil / La tour de Babel

Avec Miss Alfie, on a eu envie de dégainer notre Zweig ensemble. Il faut dire qu'elle a bien débroussaillé les œuvres complètes de notre viennois préféré l'an dernier, lors du challenge classique. Pour cette lecture commune, nous avons choisi deux textes : Le monde sans sommeil et La tour de Babel. 

Dirk Bouts, L'ascension des élus, 1450

Le monde sans sommeil

Zweig nous offre une réflexion poétique sur la longueur des nuits et l'inquiétude des hommes en temps de guerre. Ce n'est plus le sommeil qui peuple les nuits mais les rêves, les prières et les pensées pour les êtres chers, lointains, dont on ne sait peut-être plus rien. Tout semble transfiguré par la guerre ; plus fort, plus intense. Mais l'horizon que devine Zweig, c'est à nouveau le sommeil de la paix. Un texte poétique et puissant.

La tour de Babel

Voilà un article sur le pacifisme ou comment, sous des airs de conte biblique, Zweig rappelle aux intellectuels qu'ils peuvent, qu'ils doivent construire une grande œuvre commune. Cette œuvre, c'est l'Europe d'avant la Grande Guerre, une Europe des artistes, des liens malgré les frontières, de l'émulation intellectuelle. Et cette guerre, n'est-elle pas un nouveau châtiment divin d'un Dieu qui prend peur des avancées des hommes ? Zweig espère une paix prochaine, qui permettra de nouveau la construction commune de cette tour qu'aujourd'hui chacun tente d'édifier dans son coin. 
Je crois que c'est le texte que j'ai préféré de tous les essais lus aujourd'hui. Il est à la fois d'inspiration biblique et contemporaine, d'une langue belle et poétique. On est presque dans une nouvelle plus que dans un essai. Et cela a bien plus de force que tous les appels au nationalisme des textes suivants !

Et puis, bien sûr, j'ai eu envie de lire un peu plus. Et j'ai poursuivi dans cette veine avec les essais suivants : Parole d'Allemagne et Aux amis de l'étranger.

Parole d'Allemagne

Voilà un texte très étonnant car très pro-allemand. Autriche et Allemagne sont un seul pays et comme un seul peuple pour Zweig. L'Allemagne y apparait comme un homme fort, qui devrait lutter sur tous les fronts contre l'ennemi et dont la botte secrète résiderait dans son organisation et sa discipline. Oui, c'est un peu caricatural... et ce texte n'a pas la finesse que l'on connaissait habituellement à Stefan !

Aux amis de l'étranger

Même étonnement avec cet article qu'avec le précédent car il montre un Zweig nationaliste, pour lequel les siens comptent plus que ses amis de l'étranger. C'est donc un adieu, un peu pathétique, à tous les échanges, toutes les rencontres et les collaborations intellectuelles au-delà des frontières. L'auteur se sent submergé par son devoir de n'être qu'allemand, de se couper des autres. Il invite au silence à l'heure où les soldats agissent, il veut éviter les éclats de haine mais il marche sur le fil avec ce texte qui est tout sauf un silence...

Si les deux textes cités plus haut rappellent furieusement les échanges avec Romain Rolland et Le monde d'hier, les deux derniers surprennent par la véhémence de Zweig. On le croyait pacifiste mais il a aussi été embarqué par la fièvre nationaliste des premiers temps de la guerre, on l'imaginait européen alors qu'il était pro-allemand. Une posture qui ne dure pas mais qui questionne. Car c'est quelque chose qu'il omet complétement dans Le monde d'hier. C'est intéressant de voir qu'il ne reste pas campé sur ses positions, qu'il grandit, accompagné par d'autres intellectuels et amis. Et que sa vision de l'Europe fait plutôt rêver, contrairement à aujourd'hui. Est-ce la réalisation qui est en deçà des espérances ? Est-ce l'approche économique plutôt que culturelle qui est à mettre en cause ? Je n'ai pas de réponse mais j'ai l'impression qu'il faudrait remettre un peu de rêve et de mythe dans notre Europe.


vendredi 10 mars 2017

Aquarium

Seamstress, mistress, distress, stress par Louise BourgeoisCes Nouvelles de la Mongolie d'aujourd'hui de Luvsandorj Ulziitugs m'ont été offertes par les éditions Borealia que je remercie vivement !

J'ai beaucoup apprécié le style de cette auteur, qui dans certaines de ses nouvelles, joue avec l'absurde et le fantastique dans la vie quotidienne. Dans d'autres, il s'agit presque de petits essais, façon tranche de vie et tranche de soi. C'est un univers très frais, très féminin, intrigant et envoutant, parfois cruel, à la frontière entre rêve et souvenir, dans lequel il m'a plu me promener.Un univers qui peut faire penser à Ogawa par son onirisme, son côté très poétique mais aussi très dur.

Les nouvelles du recueil sont les suivantes:

Aquarium. 

Une mère devenue poisson observe sa famille depuis son aquarium. Une réflexion à la manière de Kafka sur le prisme que chacun jette sur le monde, la bulle dans laquelle on évolue.

Les images restées sur les lunettes. 

La vie d'Amuu à travers ses lunettes !

La limite du visible. 

Sur la mort du père et comment on devient un ciel (oui, c'est mystérieux mais c'est surtout très poétique).

La peur. 

Tout ce qui fait peur à la narratrice, dans la vie urbaine notamment.

Le miroir.

"Objet inutile qui embrouillait les gens" selon le grand-père, le miroir est évoqué à travers des anecdotes qui mettent en scène diverses femmes, de la petite fille à l'aïeule. Et s'il montrait notre âme ? Et si les poèmes de l'auteur étaient des miroirs de son être ? De la nouvelle à la considération poétique.

Une femme. 

Elles font toutes la queue. Elles attendent dans un hôpital... Vous allez bientôt savoir pourquoi.

Le vrai plaisir ou mon choix naturel. 

A partir de la question d'une journaliste sur le plaisir, l'auteur s'interroge sur ce qu'il représente pour elle, où il s'incarne ou se dissimule.

Une odeur si chaleureuse. 

Parcours et rencontre à travers les odeurs des êtres.

Voleuse. 

Un objet, puis un autre, puis encore un autre, disparaissent de sa maison. Jusqu'où cela peut-il continuer ?

Divine consolation. 

Histoire de femmes et de consolatrices.

Elle et Lui. 

Histoire d'une rencontre et d'une maladie, dans l'univers froid des conférences internationales. Histoire de codes culturels et d'incompréhensions.

Grossesse. 

Que lui est-il arrivé ? A-t-elle été violée ? A-t-elle trompée son mari ? Histoire d'un couple qui ne pouvait pas avoir d'enfant.

Mob grand-père non croyant. 

Souvenirs d'un grand-père, au caractère bien trempé. 

"Être pauvre est parfois la meilleure défense, ma fille ! Tes enfants ne pourront compter sur aucun objet, ils n'auront plus la possibilité de se dire qu'ils pourront les vendre ou les échanger contre quelque chose en cas de besoin. Que dans le futur ils aient foi en leur capacités et en leur travail ! Ce n'est pas un mal que de ne pas posséder d'objet. Au contraire, c'est en devenant des adorateurs d'objets qu'ils seront malheureux toute leur vie !"
"Personne n'a l'intention de se refuser une vie de grand luxe ou au moins une vie d'aisance. En fait, cela ne leur viendrait même pas à l'idée. Je peux comprendre qu'il ne soit pas donné à tout le monde d'avoir le courage de refuser une vie de luxe qui arrive sans qu'on l'ait cherchée [...]Mais voir des gens qui se démènent comme des ânes jusqu'à la fin, pour obtenir des choses qui dépassent leurs besoins, me trouver face à cette tendance à la compétition pour des choses ridicules, à cette attitude qui relève une incapacité évidente à penser aux autres, tout cela me met mal à l'aise".
 Cela peut paraitre accessoire mais j'ai aimé les ombres chinoises qui illustrent les nouvelles ainsi que la présentation détaillée de l'auteur. Un joli livre !

mercredi 8 mars 2017

La source

J'attendais avec impatience la lecture de ce roman d'Anne-Marie Garat. Et j'ai eu peur en lisant les premières pages... Je n'accrochais pas au style ! Heureusement, avec un peu de persévérance, j'ai réussi à entrer dans le livre.
 
Nous sommes dans la campagne française, au début du XXe siècle. Lottie vit auprès de sa mère et travaille comme couturière. Sous ses airs lourds, c'est une fille curieuse et maligne. Repérant un étranger se dirigeant vers Les Ardennes, elle le suit et découvre un secret de famille. Sa capacité à en prendre soin la fait embaucher directement aux Ardennes où elle passera sa vie. Après cette longue introduction, nous rencontrons la narratrice, chercheuse et prof, qui souhaite venir explorer les archives locales avec ses étudiants. Une impression étrange l'accompagne. Pourquoi son père s'est il précisément arrêté là il y a des années ? Que vient-elle chercher ?
Les deux personnages, Lottie et la narratrice, vont cohabiter, échanger au coin du feu quelques secrets et guider le lecteur dans une histoire familiale complexe et une histoire locale française avec ses héros et ses traîtres, ses archives oubliées ou glorieuses.
 
J'ai aimé l'intrigue que Lottie nous découvre petit à petit, sans jamais nous livrer la vérité ou jouant sans cesse avec elle. Elle nous le dit, c'est une histoire, à chacun d'y trouver ce qui lui convient. 

 "Je sondais les puissances du mensonge, ou plutôt de nos facultés de tordre à notre convenance les faits et les caractères, d'entendre ou de ne voir que ce qu'il nous plaît, de travestir les événements ou de les dénaturer au point de nous abuser nous-mêmes, si convaincus de notre bonne foi qu'ils nous semblent sincèrement vrais, mieux que la réalité ; mais qu'est-ce que la réalité pour nos sens ou sentiments ?"

J'ai moins aimé la narratrice, que j'ai trouvé un peu gauche. J'adore la façon dont Garat conte les histoires, avec la grande histoire dans le dos, comme on fouille dans de vieux albums. Sans être aussi épatant que Dans la main du diable, dont il est parfois très/trop proche, c'est une belle littérature française, avec un style étonnant, très travaillé, auquel il m'a fallu m'habituer pour apprécier réellement le roman. 
Source San Ignacio Paraguay

lundi 6 mars 2017

Sarah

Salar Uyuni

C'est ma première rencontre avec Marek Halter et avec sa série La Bible au féminin. Et je dois dire que je ne suis pas trop trop déçue, peut-être parce que je n'attendais rien de spécial. J'ai souvent peur des romans historiques, leur préférant les essais. Peur des approximations, des romances trop développées (Christian Jacq, héros de mon adolescence...), des anachronismes. Bref, peur du genre en lui-même.

On rencontre Saraï, fille d'un puissant d'Ur, le jour de ses premières règles. La voilà donc prête à épouser un noble de la ville et à lui donner des enfants. Mais notre adolescente est rebelle. Elle fuit en plein milieu de la cérémonie, laissant son père et son futur époux rouges de honte. C'est au cours de cette escapade qu'elle rencontre Abram, un nomade. Reprise par les soldats, Saraï prend sa décision : Elle sera l'épouse d'Abram ou de personne. Et d'ingurgiter des plantes qui la laissent stérile, après des jours entre vie et mort. Son destin est scellé, elle devient prêtresse d'Ishtar. Mais vous connaissez la Bible comme moi, Saraï va devenir l'épouse d'Abram et tarder à lui donner un fils. L'auteur imagine une malédiction, Saraï est condamnée à être la plus belle, à ne pas vieillir, à attirer les regards mais à ne pouvoir donner la vie. Et c'est le leitmotiv du livre, cette stérilité. 

Si Marek Halter intègre les épisodes bibliques bien connus de la Genèse, ceux-ci passent toujours au second plan pour ne pas quitter Saraï un instant. C'est à travers son regard, ses croyances (bien peu affirmées ou creusées, d'un relativisme presque contemporain) et son nombril (isme) que l'on traverse les événements. Si le roman se lit bien et que l'idée de faire parler les femmes de la Bible était intéressant, Sarah n'a pas non plus un intérêt fou. On sent que le sujet pouvait être plus creusé, plus challengé pour ne pas tomber dans une biographie fictive tournant uniquement autour de problèmes féminins, personnels, qu'il y avait des enjeux de foi, de politique, de représentations qui ont été écartés. Dommage.

vendredi 3 mars 2017

Les Pépites

Voilà un film que tout les cinéma auraient dû diffuser tellement il fait de bien. Voilà qui donne foi en l'homme bien plus que n'importe quel La La Land. Voilà qui fait changer le monde et ses règles.

L'histoire est celle de Marie France et Christian des Palières, qui se sont investis pour des asso à leur retraite. Installés à Phnom Penh, ils ont rencontré les chiffonniers. Voir des enfants fouiller dans les détritus pour manger et aider leur famille, les voir marcher pieds nus dans les ordures et respirer tous les jours des mouches a ému le couple. Il a commencé par installer une paillote pour donner du riz à ces enfants. Puis les a questionné sur leurs besoins. Ils étaient simples : aller à l'école et prendre un repas par jour. Et c'est ainsi qu'est né Pour un Sourire d'Enfant. Un projet d'école où les plus pauvres pourraient sortir de la misère. Il a fallu inventer des solutions avec les familles qui perdaient ainsi des sources de revenu, leur donner de l'argent ou du riz, éduquer les enfants et les parents, sortir des enfants de leur famille si besoin (prostitution et maltraitance). Bref, proposer à chacun un lieu qui lui permette de vivre dignement. Redonner une chance et des soins à chacun, dans un lieu où l'on se soucie de l'autre.

À partir des témoignages des enfants qui ont grandi dans cette école, des images d'archive de la famille des Palières et de l'association, des interviews des fondateurs, le spectateur découvre une formidable aventure humaine et sociale. Et s'émerveille de voir que c'est l'école de ciné du centre qui a fait le film ! Quelle réussite !
S'il y a un film à ne pas manquer pour gagner en optimisme, c'est celui-là !

Les pépites film
D.R.

jeudi 2 mars 2017

Un roman russe

Avec un jour de retard, voici ma copie pour le blogoclub ! Le sujet était Emmanuel Carrère et dans ma PAL, on trouvait Un roman russe.

Le plot : Notre narrateur est à la recherche de ses racines russes. Géorgiennes pour être précise. Il veut comprendre son grand-père, un homme qui a disparu en 1944. Autour de cet objectif initial, viennent s'agréger des prétextes pour mieux connaitre la Russie. Comme aller à Kotelnitch, un trifouilli les oies russe, où un hongrois est resté prisonnier de guerre pendant 50 ans. Et ce bled déprimant devient un incontournable de son histoire personnelle. Un lieu suffisamment intéressant pour y retourner, pour y faire un film en plus du reportage alors qu'il n'apporte qu'ennui et morosité. Et en parallèle de cette histoire russe, il y a une histoire d'amour et de sexe avec Sophie. Et une nouvelle publiée dans Le Monde, destinée à Sophie, mise en abyme dans le roman et qui fait du remplissage. Mais au fond, l'unique chose qui intéresse notre narrateur, c'est lui. Le monde tourne autour de ses rêves érotiques, de ses souvenirs d'enfance, de ses relations avec Sophie, avec ses amis, avec sa mère (s'il y a pas de l’œdipe là-dedans ?!). C'est un petit garçon capricieux, qui devient méchant quand tout ne tourne pas autour de lui. Eh oui, Sophie ne lira jamais sa nouvelle et c'est certainement cela, bien plus que toutes les trahisons, qui lui laissera à notre narrateur un goût amer.

Je sors de ce roman assez déçue. J'ai l'impression que ce n'est pas un livre offert à un lecteur mais simplement une thérapie pour l'auteur. Je me sens étouffée par tant d'égoïsme et de manipulation, par tant de violence et de sexe. Je trouve ça malsain et sans intérêt. Je crois que l'auto-fiction n'est vraiment pas pour moi !

Bronzino, Venus et Cupidon



lundi 27 février 2017

Intérieur nuit

Après avoir lu et apprécié La Physique des catastrophes, j'attendais avec une certaine impatience une autre parution de l'américaine Marisha Pessl. C'est donc avec beaucoup d'attentes que j'ai ouvert son dernier roman. Et je n'ai pas été déçue une seconde ! 

Galaxias Bolivia

Le journaliste Scott McGrath fait son footing dans Central Park à des heures indécentes. Il croise une femme enveloppée dans un grand manteau rouge qui semble se déplacer de façon très curieuse et dont le visage lui reste énigmatiquement dissimulé. Quelques jours plus tard, il apprend le suicide d'Ashley Cordova, pianiste virtuose et fille d'un cinéaste culte, Stanislas Cordova. Bien entendu, notre journaliste commence à enquêter. Il ne croit pas à l'hypothèse du suicide et souhaite coincer Cordova. Il faut dire que ce dernier lui a valu d'être viré de son dernier poste (mais Scott n'avait pas de sources très claires pour étayer ses dires). Bref, notre héros (qui est plus anti que héros) se lance dans la bataille, interroge, fouille et s'agite. Il est accompagné de Nora, SDF et future actrice, et de Hopper, dealer.
Sera-t-il à la hauteur du maître de l'effroi ? Car Cordova n'est pas un cinéaste comme les autres. Discret, voire terré, il suscite les rumeurs les plus folles. D'ailleurs, existe-t-il vraiment ? Se lancer à la poursuite de ce fantôme signifie entrer dans un monde d'apparences et de violence, de radicalité, de sorcellerie... Nos trois loulous étaient prévenus. Le lecteur aussi. Et si McGrath est plutôt du genre sceptique et cartésien, les événements vont bientôt le faire douter de tout. 

Un roman qui aspire le lecteur et les héros dans un tourbillon. Il y a toujours un autre niveau, une autre interprétation qui vient irriguer l'enquête. De même que dans les films de Cordova, l'horreur n'est jamais loin ; mais révèle l'être humain, lui donne la force de se contempler dans sa complétude, de vivre entièrement, sans demi-mesure. Pour donner une autre dimension au roman, des extraits de journaux, des photos, des sites web s'immiscent dans les pages et ajoutent de l'information, souvent pertinente pour nos enquêteurs et le lecteur. J'ai particulièrement aimé me faire mener en bateau par ce livre, me douter (un peu avant Scott) que nous n'étions pas loin d'un film de Cordova, douter sans cesse de la réalité qui était proposée, les allers et retours entre rationnel et irrationnel. Certes, certaines ficelles sont un peu grosses, certes les multiples fins sont peut-être trop téléphonées, mais l'ensemble reste un très bon roman, qui joue sur une ambiance à la Hitchcock, où l'on se sent manipulé psychologiquement (comme Scott), où l'on aime se faire peur... parce que cela nous entraine au-delà de l'apparence insipide de la vie quotidienne !

lundi 20 février 2017

Partage de midi

Miroir bronze erotes
Paul Claudel, je l'ai beaucoup lu en prépa. Et puis, je me suis lassée. Aujourd'hui, j'y reviens avec une pièce de théâtre que je n'avais alors pas lue, ce Partage de midi

Le drame commence sur un navire où trois hommes, Mesa, de Ciz et Amalric tournent autour de la même femme, la fascinante Ysé. De Ciz est son époux et père de ses enfants ; Amalric, son ancien amant et Mesa son futur. Ysé, c'est une femme qui trahit, qui ment, une perfide dont on ne sait trop si elle aime ou se laisse aimer. Une femme vénale et vénéneuse, que jamais je n'ai pu apprécier pendant la lecture. Après le huis-clos du paquebot, le second acte est le moment de la trahison au cimetière de Hong-Kong où notre ami Mesa tombe et trébuche tandis que le troisième acte rédempteur s'achève dans une maison coloniale assiégée. 

Écrite en vers libres, d'une beauté un peu superficielle, cette pièce s'attache à des thèmes chers à Claudel comme la passion, Dieu, le péché, l'absolu... C'est très stéréotypé, parfois sans vie. A vrai dire, j'ai trouvé les personnages maladroits, peu humains, trop représentatifs d'autre chose qu'eux-mêmes pour pouvoir croire une seule seconde à la pièce. 

"Il est plus facile, Mesa, de s'offrir que de se donner"

"Ah, je ne suis pas un homme fort ! ah, qui dit que je suis un homme fort ? mais j'étais un homme de désir,
Désespérément vers le bonheur, désespérément vers le bonheur et tendu, et aimant, et profond, et descellé !
Et qui dit que tu es le bonheur ? ah, tu n'es pas le bonheur ! tu es cela qui est à la place du bonheur !
J'ai frémi en te reconnaissant, et toute mon âme a cédé !
Et je suis comme un homme qui s'abat sur le visage, et je t'aime, et je dis que je t'aime, et je n'en puis plus,
Et je t'épouse avec un amour impie et avec une parole condamnée,
O chère chose qui n'est pas le bonheur !"

"C'était un brave soleil.
Il n'y a rien à dire. Il nous a fait bon service.
Et puis il n'y en a pas d'autre. C'est triste
De se quitter, et lui, le voilà comme une grande bête jaune
Qui allonge sa tête sur votre épaule et que l'on caresse doucement de la joue. Adieu mon beau soleil !
Et il est vrai que nous allons mourir, Amari ?"

samedi 18 février 2017

Le Chercheur

Merci à Flammarion pour l'envoi de cet ouvrage.

Je m'attendais à un livre de recherche de sens, de développent personnel voire spirituel. Le côté "Ne renonce jamais à celui que tu es". Il y avait de ça. Beaucoup. Mais finalement assez peu pour partager quelque chose de généralisable ou faire passer un message transférable à son lecteur. Ce livre sert plutôt à raconter une expérience personnelle qui reste assez incommunicable malgré tous les efforts de l'auteur.

Mars Muhl est musicien et chanteur, il a délaissé sa carrière pour se retirer loin du monde et étudier les langues anciennes et les spiritualités (christianisme et bouddhisme notamment). Mais au cœur de son livre, il y a une rencontre (ouf, on était moyennement inspirés par ces études de misanthrope). La rencontre du Voyant, un type avec des super pouvoirs, qui gère les forces et les énergies et te remet le monde en place. Cool, non ? Et notre auteur est son patient puis son élève. L'initiation se fait à Montségur, chez nos amis les Cathares. Une histoire de pureté, comme toujours. Bon, il se passe des trucs pas très clairs. Et ça continue plus tard en Espagne où notre voyant passe la main au narrateur.

L'ouvrage m'est tombé des mains. Je n'ai pas adhéré un instant aux histoires de flux et d'énergies. J'ai aussi trouve l'histoire poussive, floue, bavarde mais à quoi ça rime ce truc ? Et le narrateur très "et moi et moi" sous une pseudo humilité. Et je m'attendais à quelque chose plus proche de l'essai, pas à un roman. Bref, ce n'était pas un livre pour moi !
Gallen Kallela, Ad astram, 1907

mercredi 15 février 2017

La La Land

Nous avions entendu tellement de bien de ce film ! "Léger et profond", "comédie musicale pas gnan gnan", "Tu sors du ciné en ayant envie de danser !"... Bon, le film nous a plu mais nous ne sommes pas non plus en extase.

Le plot ? Elle rêve de devenir actrice. Il rêve de monter son club de jazz. Au milieu des studios hollywoodiens, il y a plus de rêves frustrés que de rêves exaucés... Mais Mia et Seb s'accrochent. Et ne tardent pas à se rencontrer, se poussant mutuellement à poursuivre leurs rêves. Et pourtant, la vie (et l'absence de communication) les rattrape. Mais bon, si c'est pour vivre leur rêve, ça vaut bien quelques sacrifices !

Si le film débute sur les chapeaux de roues avec une choré au top et une bonne humeur décoiffante, on regrette que l'aspect comédie musicale demeure ensuite plus anecdotique. Un petit air, quelques pas de danse et c'est plié. C'est en effet l'histoire d'amour qui prend le pas avec ses réflexions sur le sens de la vie, l'amour ou mon rêve, s'adapter ou renoncer, blablabla. Avec des acteurs peu convaincants, il faut bien l'avouer. Certes, c'est coloré, rétro et très bien filmé mais le scénario et le jeu des acteurs ne semble pas à la hauteur. On est loin de la vitalité des musical américains !

D.R.

lundi 13 février 2017

Les fleurs bleues

Si vous cherchez un classique qui joue sur les mots, qui délire et se moque, ce Raymond Queneau est pour vous ! 

Dès que le duc d'Auge dort, il rêve de Cidrolin. Dès que Cidrolin s'endort, il rêve du duc d'Auge. Qui rêve et qui vit ? Dès que l'un s'assoupit, on retrouve le quotidien de l'autre. Le duc d'Auge, père de triplettes, bon vivant, entouré de Sthène, son cheval parlant, et d'Onésiphore Biroton, son abbé, questionne. Que sont ces houatures, ces campignes et ces tévé dont-il rêve ? Partageant la passion de Cidrolin pour l'essence de fenouil, notre duc avance allégrement du règne de Louis IX à celui de Charles VII à la Révolution. Sans morale, esprit libre et autoritaire, il ne fait pas bon croiser son chemin. Quant à Cidrolin, il vit sur sa péniche, l'Arche. Il y reçoit parfois ses triplettes et ses gendres. Il n'aime pas les conversations qui tournent en rond. Et il repeint sans cesse son portillon, couvert de graffitis. 

Autant que l'histoire délirante, c'est la langue qui fait tout le charme de ce livre. Les néologismes foisonnent, l'orthographe s'en donne à cœur joie, l'humour et le surréalisme des dialogues ne peuvent que séduire et amuser le lecteur attentif ! 

vendredi 10 février 2017

Le Musée du Dr. Moses

C'est un recueil de nouvelles. Et celle du titre est la dernière. Je ne pense pas qu'il s'agisse de la pire, de la plus effrayante ou malsaine. Mais Joyce Carol Oates nous offre dans cet ouvrage une bonne dose de rencontres bizarres, d'histoires de mystère et de suspense.

Salut ! Comment va ! 

Vaut-il mieux saluer ceux que l'on croise pendant son jogging ou les ignorer ? A vous de voir.

Surveillance antisuicide.

Seth est en prison. Sa compagne et son fils ont disparu. Son père tente de découvrir la vérité, de mettre son fils en confiance. L'histoire qu'il écoute fait froid dans le dos !

L'homme qui a combattu Roland LaStarza. 

Une nouvelle un peu plus longue sur l'univers de la boxe, après la guerre du Vietnam.

Gage d'amour, canicule de juillet. 

Elle a osé le quitter. Lui, le génie de la philo de l'esprit. Elle revient chercher ses affaires, sans imaginer la surprise que lui réserve son mari.

Mauvaises Habitudes. 

Ils sont enlevés de l'école sans préavis. Ils fuient avec leur oncle et leur tante. Puis leur mère. Ils ne reverront plus leur père, ils ne sauront pas pourquoi, enfermés sans des maisons aux volets tirés. Puis il découvriront les raisons dans la presse. Leur père est maintenant Mauvaises Habitudes. Et eux-mêmes développent ces mauvaises habitudes.

Fauve. 

Derek est un enfant charmant, aimant, la fierté de sa maman. Jusqu'à ce qu'il survive à une noyade plus ou moins accidentelle. A partir de là, il n'est plus jamais le même.

Le chasseur. 

Un homme qui passe de femme en femme. Sorti récemment de prison.

Les jumeaux : un mystère. 

Le Dr. A a eu des jumeaux B. et C. Il les observe comme des cobayes. Jusqu'au drame ?

Dépouillement. 

Douche d'un criminel.

Provins muséeLa Musée du Dr Moses. 

La mère d'Ellen vient d'épouser en secondes noces le Dr. Moses. La jeune femme, pourtant en froid avec sa mère, ne peut s’empêcher de croire que celle-ci est en danger. Elle vient leur rendre une visite et découvre l'étonnant musée de sciences médicales du Dr.

Bien entendu, tout est très bien mené, certaines nouvelles se terminent sur des doutes, des incertitudes tandis que d'autres sur la simple et nue horreur. Pour explorer la noirceur de l'âme humaine ou jouer à se faire peur.

mercredi 8 février 2017

Peter Pan

Voici un classique de la littérature enfantine auquel je ne m'étais pas encore frottée. Mais cela faisait pourtant un bout de temps que ce roman de James Matthew Barrie trainait sur ma liseuse. J'avais voulu l'ouvrir l'an dernier pour le mois anglais avant de réaliser que James était écossais ! 
Peter Pan Rackham

L'histoire, j'imagine que beaucoup la connaissent. 
Une nuit, Peter perd son ombre. Et la jeune Wendy la lui recoud. Séduit par ses histoires, il l'invite dans son pays, Neverland avec ses deux frères, John et Michel. Bien entendu, cette fugue n'aurait pas eu lieu si Nana, la chienne et nurse des enfants, n'avait pas été attachée loin de ses protégés. La fratrie découvre donc ce pays imaginaire où se suivent sans discontinuer, dans une ronde éternelle, enfants perdus, pirates, peaux-rouges et bêtes sauvages, dont le fameux crocodile qui a dévoré la main du capitaine Hook... et un réveil. Course sans fin sur une île figée dans le temps. Nos trois londoniens s'intègrent facilement à la bande de Peter, en viennent à oublier leurs parents. Seule Wendy veille, tout en commençant à oublier également, à en maintenir le souvenir. Bien sûr, ils vivent de belles et dangereuses aventures, avec des sirènes, des peaux-rouges et des pirates. Wendy, leur petite maman, est certainement celle qui dérègle ou règle le rythme de la bande. Et Peter reste leur chef à tous, le fascinant enfant qui refuse de grandir, de se compromettre, qui ne vit que pour ses plaisirs, ses jeux, pour lui.

Au delà du conte et des aventures, l'adulte y trouvera une réflexion sur le temps et sur l'enfance subtile et à différents niveaux.


lundi 6 février 2017

Méditations quotidiennes du pape François

Croix procession, Abyssinie, fin 14es, bze et dorure, Florence Bargello
Sous-titré les Fioretti du pape, cet ouvrage rassemble des extraits des homélies du pape en 2013 à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe. Elles ont été rassemblées par l'Osservatore Romano. Selon les jours, c'est plus ou moins long, ça cause des lectures ou de l'événement du moment. Ce sont des homélies qui remuent les puces, qui appellent à la conversion, à ne pas être des chrétiens tièdes. Cela n'est toutefois pas dingue tous les jours. Il y a des jours plus ou moins inspirants. Et c'est agaçant qu'il n'y ait pas de façon systématique les lectures du jour en question mais qu'elles soient évoquées au hasard du texte...

Bref, j'en ai gardé quelques extraits et le message général mais je ne sors pas complétement emballée. Rien à voir avec quelque chose de construit comme Laudato Si'.
"Pour le chrétien "progresser" signifie "s'abaisser""
"Obéir vient du latin, et signifie écouter, entendre l'autre. Obéir à Dieu signifie écouter Dieu, avoir le coeur ouvert pour aller sur la voie que Dieu nous indique. L'obéissance à Dieu signifie écouter Dieu. Et cela nous rend libres."
"Le don le plus beau que Dieu a donné à l'homme : la capacité de créer, de travailler, d'en faire sa dignité"
"La mémoire qui vient du coeur est une grâce de l'Esprit saint"
"Vivre sa vie comme un don, un don à donner. Non pas un trésor à conserver"
"Par son témoignage de vérité, le chrétien doit géner nos structures confortables, même s'il doit récolter des problèmes, parce qu'animé par une saine folie spirituelle pour toutes les périphéries existentielles"
"Découvrir le commandement que nous recevons tous : fais le bien, ne fais pas le mal, et travailler sur cette manière de nous rencontrer en faisant le bien. Une route que chacun peut parcourir"
"L'originalité chrétienne n'est pas l'uniformité. Elle prend chacun comme il est, avec sa personnalité, avec ses caractéristiques, avec sa culture, et le laisse tel qu'elle l'a trouvé, parce qu'il est une richesse ; mais elle lui donne quelque chose de plus, elle lui donne de la saveur"
"Pensez à Mère Teresa qui a fait tant de belles choses pour les autres. L'esprit du monde ne dit jamais que la bienheureuse Teresa, tous les jours, pendant de nombreuses heures, était en adoration ; jamais. Il réduit l'activité chrétienne à faire le bien social. Comme si l'existence chrétienne était un vernis, une patine de christianisme. Mais l'annonce de Jésus n'est pas une patine, elle pénètre dans les os, elle va droit au coeur ; elle va à l'intérieur et nous transforme. Et cela, l'esprit du monde ne le tolère pas ; il ne le tolère pas et c'est pourquoi les persécutions ont lieu"
"Dans l'histoire aussi, nous avons vu que, très souvent, les problèmes locaux, les problèmes économiques, les crises économiques, dans le monde entier, les grands de la terre veulent les résoudre avec une guerre. Pour quelle raison ? Parce que pour eux l'argent est plus important que les personnes ; et la guerre c'est cela : c'est un acte de foi en l'argent ; de foi dans les idoles, dans les idoles de la haine ; dans l'idole qui te conduit à tuer ton frère ; qui te conduit à tuer l'amour"
"Dieu nous connait ainsi : il ne nous connait pas en groupe, mais un par un. Car l'amour n'est pas un amour abstrait, ou général pour tous ; c'est un amour pour chacun. Et Dieu nous aime ainsi"
"Je n'ai jamais vu un camion de déménagement derrière un enterrement [...] Tu peux emporter ce que tu as donné, uniquement cela. Mais ce que tu as économisé pour toi ne peut pas être emporté. Ce sont des choses qui peuvent être dérobées par des voleurs, ou bien des choses qui s'abiment, ou bien des choses qui seront prises par les héritiers. Alors que ce trésor que nous avons donné aux autres aux cours de notre vie, nous l'emporterons avec nous après la mort et celui-ci sera notre mérite ; ou mieux, le mérite de Jésus-Christ en nous"
"La vie chrétienne, par conséquent, consiste toujours à suivre le Seigneur. Mais pour le suivre, il faut d'abord écouter ce qu'il dit, puis il faut laisser ce qu'à ce moment là on doit laisser et le suivre. Enfin, il y a la mission que Jésus nous confie. En effet il ne dit jamais : "Suis-moi !" sans ensuite préciser la mission. Il dit toujours : "Laisse cela et suis-moi pour cette raison". Donc, si nous allons sur le chemin de Jésus, c'est pour quelque chose. C'est cela la mission"
"Suis-je un chrétien de la culture du bien-être ou suis-je un chrétien qui accompagne le Seigneur jusqu'à la croix ? Pour comprendre si nous sommes ceux qui accompagnent Jésus jusqu'à la croix, le juste signal est la capacité de supporter les humiliations"
"Un peuple qui ne prend pas soin de ses personnes âgées et de ses enfants n'a pas d'avenir, parce qu'il n'aura pas de mémoire et il n'aura pas de promesse. Les personnes âgées et les enfants sont l'avenir d'un peuple"

jeudi 2 février 2017

Les cercueils de zinc

Depuis que j'ai découvert Svetlana Alexievitch, je n'ai eu de cesse que de lire d'autres de ses textes. Mais vous connaissez la faiblesse du lecteur compulsif : déjà trop de livres attendent, le nouvel auteur et ses livres s'ajoutent à la file... Bref, la salle d'attente est bondée, quelle que soit l'heure ! Et chaque livre de patienter.
Gerhard Richter, Crâne, 1983

Les Cercueils de zinc, c'est de la littérature documentaire, comme La fin de l'homme rouge. L'auteur y rassemble et y ordonne des témoignages. Le sujet en est la guerre en Afghanistan. Les Russes en Afghanistan, ça ne vous parle pas trop ? C'est une guerre des années 80. En gros, l'élection d'un régime communiste à Kaboul suscite des grosses tensions en Afghanistan et les Russes débarquent en sauveurs du communisme, contre les islamistes réticents. Et ça ne se passe pas très bien.

Svetlana va interroger des soldats, des infirmières, des administratifs, tous ceux qui sont allés à la guerre. Mais aussi des mères et des épouses restées à attendre. Et qui n'ont parfois pu serrer dans leurs bras qu'un cercueil plombé, un cercueil de zinc, sans jamais revoir le visage aimé. Plus que celle de la guerre, c'est encore l'histoire d'une désillusion. Car de retour d'Afghanistan, les soldats sont ignorés, méprisés d'avoir participé à une sale guerre. S'ils ont conté sans tabous les horreurs de l'Afghanistan, des mines, de la tuerie au quotidien, certains se retournent contre l'auteur à la publication du livre. Il existe donc, outre les témoignages, les éléments du procès de Svetlana Alexievitch.

Un livre très fort, où les voix meurtries des hommes pleurent la fin de l'URSS, pleurent leurs amis disparus, pleurent leur humanité en miettes. 

Comme souvent maintenant, j'ai retenu quelques passages pour vous :
 "On court, on guette sa cible... Devant soi... Avec sa vision périphérique... Je n'a pas compté tous ceux que j'ai tués... Mais je courais... Je cherchais ma cible... Ici... Là-bas... Une cible vivante et mobile... Moi aussi j'étais une cible... Un objectif... Non, on ne revient pas d'une guerre en héros... On ne peut pas devenir un héros là-bas..."
"A l'école, c'est la classe qui décidait, à l'institut c'était le groupe d'étudiants, à l'usine c'était le collectif de travail. Partout on décidait pour moi. On m'a appris qu'un homme seul ne peut rien"
"Les médecins m'ont dit que la mémoire pourrait me revenir... Alors j'aurais deux vies... Celle qu'on m'a racontée... Et celle que j'ai vécue..."
"On a ramené plus de cercueils que de magnétophones d'Afghanistan. Mais ça, on l'a oublié..."
"Je me suis mise à craindre le temps, parce qu'il me prenait ma fille, parce qu'il effaçait le souvenir qu'on avait d'elle... Certains détails disparaissent... Ses paroles, ses sourires..."
"Que dois-je préserver maintenant ? Mon droit d'écrivain à voir le monde comme je le vois. Mon droit de dire que je hais la guerre. Ou alors devrais-je démontrer qu'il y a vérité et vraisemblance, qu'un document dans l'art, ça n'est pas une fiche d'état civil, une photocopie ? Les livres que j'écris sont à la fois des documents et l'image que j'ai de mon époque. Je rassemble des détails, des sentiments que je puise dans une vie humaine, mais aussi dans l'air du temps, dans ses voix, dans son espace. Je n'invente pas, je n'extrapole pas, j'organise la matière que me fournit la réalité. Mes livres ce sont les gens qui me parlent et c'est moi avec ma façon de voir le monde, de sentir les choses. J'écris, je note l'histoire contemporaine au quotidien. Des paroles vivantes, des vies. Avant de devenir de l'histoire, elles sont encore la douleur, le cri de quelqu'un, un sacrifice ou un crime. Mille fois je me suis posé la question : comment traverser le mal sans ajouter au mal dans le monde, surtout aujourd'hui quand il prend des dimensions cosmiques ? A chaque nouveau livre, je m'interroge. C'est mon fardeau. C'est mon destin. Le métier d'écrire, c'est une profession et c'est un destin ; dans notre malheureux pays, c'est davantage un destin qu'une profession. Pourquoi le tribunal a-t-il rejeté par deux reprises la demande d'expertise littéraire ? Parce qu'il serait devenu évident qu'il n'y a pas matière à procès. On juge un livre en pensant que puisqu'il s'agit de littérature documentaire, on peut le réécrire, le remanier pour satisfaire aux exigences du moment. Mais si les œuvres documentaires étaient régentées par des censeurs, elles ne seraient plus que le reflet de luttes partisanes et de préjugés au lieu d'être de l'histoire vivante ! Sans tenir compte des lois de la littérature, des lois du genre, on sévit politiquement de la façon la plus primaire, la plus mesquine. En écoutant la salle, je me suis souvent dit : qui donc aujourd'hui peut se résoudre à descendre la foule dans la la rue, une foule qui ne croit plus en personne, que ce soient prêtres, écrivains ou hommes politiques? Elle ne veut que répression et violence... Elle ne se soumet qu'aux hommes en armes... Ceux qui se servent d'un stylo l'irritent plus que les porteurs de kalachnikov. On m'a donné ici des leçons sur la façon d'écrire. La foule chez nous est toute-puissante..."

mardi 31 janvier 2017

Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Christiane Singer fait partie des auteurs que j'aime. Dans ses textes, je découvre toujours de jolies choses à laisser mûrir, à intérioriser pour les faire grandir en moi. Je ne suis pas toujours en phase avec ce que je lis, notamment la face invisible du monde, mais cela m'aide à m'interroger. Bref, sans surprise, j'ai beaucoup aimé ce recueil de textes qui invitent à se retrouver, à retrouver le sens dans nos vies trépidantes. Attention, ça peut ne pas plaire à tout le monde.

Voici les textes repris dans l'ouvrage:

Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Les sens nous livrent le sens

La traversée de la nuit

Le sens de la vie

Les corps conducteurs

Parle-moi d'amour... 

Histoires d'enfants

La mémoire vive

Utopie

Le massacre des innocents

La leçon de violon

Les deux soeurs

Les saisons du corps

Un autre monde est possible

Ils parlent d'eux-mêmes, n'est-ce pas ? Oui, il est question de spiritualité, de vie belle et bonne, d'engagement dans la société mais aussi de lettres, de surgissement de la vie et d'art. Plus que de résumer chaque intervention, il me paraît plus nourrissant de vous livrer des extraits.

"A la longue, il ne vaut jamais la peine d'avoir été cynique, revanchard, gagnant, compétitif, "the best" ! La seule chose à la longue qui vaille le jeu et la chandelle est d'avoir aimé"
"Le ciel c'est de pressentir que tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n'y sera pas"
Friedrich, Paysage avec église, musée de Dortmund
"Plus je m'interroge et plus je vois qu'il y a dans notre modernité quelque chose comme un découragement immense. Le monde est devenu trop grand. Tant que je suis dans une enclave - un espace délimité - je peux en porter la responsabilité. Une famille. Un lieu de travail. Un groupe. Dans cet espace, je peux me mettre au service, m'engager tout naturellement".
"Dans les affaires du cœur et de l'esprit, on s'adresse à la personne qu'on a devant soi et, par ricochet, c'est un autre qui reçoit le message en plein cœur ; c'est ce qui importe"
"La littérature, c'est prendre sa vie au sérieux - passionnément au sérieux"
"Tout sur terre nous interpelle, nous hèle, mais si finement que nous passons mille fois sans rien voir. Nous marchons sur des joyaux sans les remarquer"
 "Là où tu es, dans la présence aiguë, je suis aussi. Être là ! Le secret. Il n'y a rien d'autre. Il n'est d'autre chemin pour sortir des léthargies nauséabondes, des demi-sommeils, des commentaires sans fin, que de naître enfin à ce qui est"
"Parler de sens pour dire qu'on la perdu est aussi bizarre que de prétendre n'avoir plus de temps. Le sens est comme le temps, il en vient à chaque instant du nouveau. Il est là en abondance, il afflue"
 "La vie ne tolère à la longue que l'impromptu, la réactualisation permanente, le renouvellement quotidien des alliances. Elle élimine tout ce qui tend à mettre en conserve, à sauvegarder, à maintenir intact, à visser au mur"
"Il ne s'agit pas pour autant de laisser l'amertume tirer sa conclusion, de renoncer à tout idéal ! Ce qui importe c'est de remettre chaque jour cet idéal à l'épreuve de la vie, d'oser une réponse unique (surgie du riche humus de l'expérience amoncelée) à une situation unique. C'est à cette haute discipline à laquelle nous sommes invités chaque jour de neuf"
 "La vie nous casse nos idéologies au fur et à mesure de notre avancée, les bonnes comme les mauvaises. La vie n'a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire. Et si elle n'a pas de sens, c'est qu'elle va dans tous les sens et déborde de sens, inonde tout. Elle fait mal aussi longtemps qu'on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre. Si elle n'a pas de sens, c'est qu'elle est le sens"
 "La plus grande part de notre énergie, nous l'utilisons pour oublier ce que nous savons"
"C'est l'intensité qui manque le plus à l'homme d'aujourd'hui. Où est en nous le désir, l'ardeur ? Où est cet amour qui tient éveillé ?"
"Les dieux de cendre et de sang, de mort et de fers croisés, les dieux de la compétition, de la rivalité, de la domination et de la guerre, qui peut nous obliger à les honorer ? Partout où des mains se joignent et se rejoignent continue la plus vieille histoire de la nature et de l'humanité, la sage de la solidarité. De nouvelles mailles se nouent au filet qui nous retient de tomber dans l'abîme de l'inhumanité".
"Tu tires un fil et tu ne sais jamais ce que tu vas ramener à l'autre bout. Tu mords dans une madeleine et tout Combray vient avec. Tu souris à un enfant et c'est le ciel qui s'ouvre".
"L'important n'est pas que je porte le flambeau jusqu'au bout mais que je ne le laisse pas s'éteindre"
 "Devant toute souffrance, toute violence, toute dégradation monte la question harcelante : qu'y a-t-il en moi qui souffre, qui mord, qui frappe, qui tue, qui dégrade ? Quelle part en moi acquiesce à l'humiliation, à la mort d'autres humains ?"
 "Refuser de mûrir, refuser de vieillir, c'est refuser de s'humaniser. L'humanisation passe par le relâchement du masque, par son amollissement. Refuser de mûrir, c'est en somme refuser de devenir humain [...] Retenir le flux de l'existence, c'est oublier que la vie est l'art de la métamorphose"
"C'est le moment de construire le monde. Nous avons alors chacun la responsabilité d'une parcelle de l'univers (école, bureau, hôpital, maison où nous travaillons, où nous vivons). Nous sommes responsables de ce lieu où le destin nous place"
"L'important est de tenter, toujours de tenter, sans souci de réussite, de mettre un instant au monde ce qui n'y était pas. En catimini. Soli deo gloria !"
 "Ce qui fait la royauté de notre aventure, c'est l'élan qui nous habite, le désir qui nous porte et nous brûle. N'espérons pas réussir pour de bon !"