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mercredi 16 février 2022

Faut-il lâcher prise ?

C'est une collègue qui m'a prêté ce court ouvrage de Robert Scholtus. Le lâcher prise est à la mode, vous l'avez sans doute remarqué. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Et est-ce réellement une bonne idée de lâcher prise ? A travers un parcours dans la tradition chrétienne, le théologien nous invite à une autre forme de confiance, entre volontarisme et abandon. 

Lâcher prise, surfer sur la vague d'une société liquide, n'est-ce pas consacrer une démission ou n'est-ce pas parfois juste se lâcher, sans penser qu'il s'agit d'indifférence à l'autre ? N'est-ce pas une défaite que de renoncer à des idées, à des engagements même si la mode est à l'éternel présent ? 

Petit détour par le volontarisme et ses excès, par le mouvement et l'hyperactivité si intense que seule la démobilisation ou le retrait de la course puissent y répondre. Puis on en vient à l'abandon, à l'abandon à Dieu, qui lui aussi peut-être si excessif à vouloir détruire le moi, détruire l'amour propre et la volonté, voire le désir qu'il conduit à une "âme morte". C'est finalement par Thérèse de Lisieux et Charles de Foucauld que l'on commence à s'approcher d'une autre forme de lâcher prise, l'acceptation de son humanité, la confiance et la reconnaissance que chacun a besoin des autres, ne se suffit pas à lui-même. C'est là qu'on commence à parler d'amour et d'abandon dans l'amour, par amour :

"Il faut aimer pour s'abandonner, tout comme il faut s'abandonner pour aimer"
Il est question d'abandonner ses armes, comme Jacob devant l'Ange, sans renoncer à combattre, entre résistance et soumission. De se rendre disponible à un Dieu qui s'est anéanti par amour. 
Une autre façon de vivre avec les autres plus libre et plus aimant ?

"Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout par Dieu seul."

"Il manquera toujours au lâcher prise tel qu'il se comprend aujourd'hui de se renoncer lui-même comme volonté et comme méthode pour n'être plus que cette joyeuse disponibilité à laquelle Dieu nous abandonne"

"Ce m'est tout un que je vive ou je meure,
Il me suffit que l'amour me demeure"


lundi 14 juin 2021

La Vie de sainte Thérèse d'Avila

Cette biographie de sainte Thérèse d'Avila - à ne pas confondre à avec sainte Thérèse de Lisieux - était sur ma LAL depuis tellement longtemps et m'avait été recommandée à plusieurs reprises. Cette œuvre de Marcelle Auclair se lit comme un roman. Il faut dire que Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada vit à l'époque des hidalgos, de la conquête des Indes, de Charles Quint et de Luther, dans la glorieuse Espagne. La plume vivante de l'auteure nous fait bien sentir l'exaltation de l'époque, la richesse qui vient du nouveau monde et l'énergie de Thérèse. Car c'est bien Teresa que nous allons suivre, de sa naissance en 1515 (Marignan !) à sa mort en 1582.

Teresa grandit dans une famille nombreuse, c'est la fille d'Alonso Sánchez de Cepeda et Beatriz Dávila y Ahumada. Enfant vive et jolie, elle aime lire, écrire et jouer à l'ermite. Adolescente, elle cherche à plaire. C'est donc une surprise de la voir rentrer au couvent suite à une maladie. Là, elle continue à souffrir de nombreux maux, reste paralysée deux ans, et ne prend pas beaucoup soin d'elle. On la voit apprendre à prier, tout en restant en partie dans le monde - ce n'était pas un ordre cloitré. Elle guérit et commence à voir le Christ lui apparaitre, se demandant s'il s'agit de tentations ou non. 

"Le Seigneur n'attendait que la décision de Teresa pour la combler de grâces spirituelles. "A peine avais-je détourné mon regard des occasions de pécher, et déjà Sa Majesté recommençait à m'aimer... Il me semblait que je venais à peine de me disposer à le servir, et déjà Sa Majesté recommençait à me choyer...""

Ces visions / extases dureront toute sa vie. La vie du couvent commence à lui sembler trop mondaine et elle désire simplifier la vie des sœurs. 

"A quelques ferventes près, le monastère de l'Incarnation semblait plutôt une pension de dames seules, où chacune, suivant sa fortune, son rang, ses attraits personnels, s'organisait une existence plus ou moins agréable, dans la pratique de vertus estimées indispensables pour atteindre, sans trop de peine, à une position de bonne compagnie dans l'autre monde. Dans l'autre monde : car en celui-ci "il est impossible de rien réussir de bien lorsqu'il y a plus de quarante femmes ensemble : tout n'est que tumulte et tohu-bohu, elles s'entravent les unes les autres". Teresa trouva beaucoup d'amies pour l'aider à tomber parmi les cent quatre-vingt nonnes de l'Incarnation, alors que, pour se relever, elle était seule"

C'est ainsi qu'elle réforme l'ordre du carmel, fondant le monastère Saint-Joseph, et revenant à la règle d'origine : pauvreté, clôture, jeûne, prière et obéissance. Il n'est plus question de visites, les sœurs ne peuvent communiquer avec l'extérieur qu'au parloir et selon des règles strictes. Elles sont aussi peu nombreuses par couvent. Elles ne possèdent rien et se vêtent de bure et sandales. 

Mais cette réforme est loin d'être simple ! Les carmes non-réformés ne vont cesser de médire de Teresa et des siens, comme Saint Jean de la Croix, le réformateur des couvents masculins. Et les autres ordres ne sont pas en reste. Teresa aura aussi affaire à l'inquisition et aux médisances. Alors quand elle se met à fonder divers couvents, c'est souvent compliqué et à contre courant. Toutefois, elle reste droite, soutenue par la prière et les extases mystiques. Femme active, d'une force de caractère et d'une vitalité étonnante vue sa santé, elle meurt après avoir réformé un ordre, fondé une quinzaine de couvents, écrit des ouvrages sur l'oraison.

La biographie s'arrête avec sa mort et ce qu'il advint de son corps - dispersé et découpé en reliques. Il y a quelques mots sur sa béatification et sanctification mais pas sur comment elle est devenue docteur de l'Eglise - sacré titre - et la première femme à l'être. 

"Elle semblait d'autant moins douée pour la sainteté qu'elle était mieux faite pour le succès dans le monde, se jugeait pétrie de défauts et de contradictions : orgueilleuse, mais futile ; dominatrice, mais sensible aux influences ; elle parle de son "extrême dissimulation" et de son horreur du mensonge, de son gout de plaire, qui ne freine pourtant pas ses vivacités d'humeur capables de se manifester en colères "terribles" ; et ce point d'honneur, ce "noir amour-propre", cet amour-propre mal entendu "chaîne que nulle lime n'entame" !"

"L'instant où s'efforçant de décrire la sorte d'hébétude dans laquelle elle se trouvait parfois, tout absorbée en Dieu, Teresa dit :

- Il me semble que mon âme est comme un petit âne en train de brouter..."

mercredi 31 mars 2021

Quatre actes de présence

Ce n'est pas un roman. Sylvie Germain nous offre ici des articles de spiritualité. Elle y parle de Dieu, du Christ et des actes de présence au monde. Présence exigeante, présence pleine et entière des êtres vivants, dans leur vulnérabilité et leur force. Présence à l'ineffable, à ce qui se dévoile dans le temps, le silence et la disponibilité. Comme souvent dans de tels textes, ce n'est pas tant des démonstrations que des thèmes à penser, ouverts au lecteur, qui y glane des phrases inspirées de Zundel, Weil ou Bataille.  

I. Acte de présence

Ici et maintenant

"Béquilles de l'alcool ou de la drogue pour les marginaux, les désespérés et les révoltés, béquilles dorées des convenances et des préjugés pour les fortunés, béquilles du jeu, de la télévision, du divertissement en tous genres pour les passifs ordinaires... La panoplie des cannes et des prothèses est variée, l'art de la fuite est multiple, chacun choisit sa défense selon ses moyens, contre la peur, l'ennui ou le dégoût que la vie lui inspire. Zorn s'arrête sur la réflexion de Sartre déclarant que ce qui importe n'est pas "ce qu'on a fait de l'homme, mais ce qu'il fait de ce qu'on a fait de lui"; une phrase qu'il peut signer, dit-il, tout en avouant son incapacité à faire de lui-même autre chose que ce que sa famille, son milieu ont fait de lui"

"L'enfer aussi est une intimité - "il est en nous, écrit Zundel, quand Dieu n'est plus en nous. [...] L'enfer, c'est l'échec de Dieu en nous." C'est l'échec de toute altérité en nous, par voie d'écrasement ou par voie d'absence."

"L'enfer, c'est quand l'Autre n'est plus en nous, qu'il n'a plus accès à notre conscience, à nos pensées, à notre cœur que sous une forme négative où se mélangent en un poison confus la méfiance, le ressentiment, la hargne, la douleur et le dégoût; c'est quand toute dimension d'altérité est perdue - tant celle du Tout-Autre que celle des autres, mes semblables, mes "prochains" devenus terriblement lointains, étrangers et hostiles. L'enfer, c'est quand il n'y a plus que "moi", mais un "moi" insulaire, abandonné de tous - et de soi-même ; un "moi" hébété de solitude, perclus d'indifférence, harassé de révoltes stériles, sinistré dans son propre vide. Un "moi" en totale déshérence. L'enfer, c'est quand il n'y a plus personne, ni autour de soi, ni au-dessus de soi, ni à l'intérieur de soi. Radicalement personne."

Comme le notait Rabbi Nahman de Bratslav; "L'homme est en grand danger ici-bas". En grand danger de se perdre de vue, de se perdre de vie. Et c'est pourquoi Rabbi Nahman disait aussi qu'"il est interdit d'être vieux", d'être oublieux de la vie, de la dynamique du devenir, et donc qu'"il faut se renouveler chaque jour, à chaque instant, pour amorcer constamment un nouveau départ.""

II. Acte de silence

La passion du silence

"Le silence, pour advenir et se déployer, a besoin d'espace, d'un vaste et calme espace intérieur, il ne supporte aucune pression. "A qui résiste, le monde n'advient pas. Et à qui comprend trop, l'éternel se dérobe.", dit Rilke dans l'un de ses poèmes. [...] "Aussi longtemps que vous avez la volonté d'accomplir la volonté de Dieu et avez le désir de l'éternité de Dieu, aussi longtemps vous n'êtes pas pauvre; celui-là est un homme pauvre qui ne veut rien et ne désire rien.""

Un ange passe

"Ce sont rarement de "bons anges" qui circulent à travers nos paroles. Plus souvent s'y glissent des "démons", ceux de l'orgueil, de la jalousie et de la médisance, du mensonge, de la flatterie ou de la colère, du mépris ou de l'indifférence [...] Si nous nous méfions tant du silence et nous ingénions à le combler par toutes sortes de bruitages, dont le langage alors réduit à du bavardage, aussi raffiné puisse-t-il être en apparence, c'est parce que nous sentons qu'il recèle un pouvoir singulier, inquiétant : celui de nous dévoiler à nous-mêmes et aux autres dans notre fragilité."

"Le souffle : pure expression de vie, signature à la fois si délicate et si pénétrante, infime et bouleversante, de la présence d'un vivant. Comme la lumière, il frémit à la lisière de la matière et de l'immatériel, entre mystère et merveille." 

""Toute parole est vaine qui n'est pas redite au-dedans, avec le consentement de l'amour", observe Maurice Zundel"

III. Acte de paradoxe

Fragilité de la foi

"Comme l'a noté Simone Weil : "Le temps, à proprement parler, n'existe pas (sinon le présent comme limite), et pourtant c'est à cela que nous sommes soumis. Telle est notre condition. Nous sommes soumis à ce qui n'existe pas. [...] Mais notre soumission existe. Nous sommes réellement attachés par des chaînes irréelles. Le temps, irréel, voile toute chose et nous-mêmes d'irréalité.""

"Simone Weil, dans son style lapidaire toujours aussi percutant, écrit : "Reniement de Saint Pierre. Dire au Christ : je te resterai fidèle, c'est déjà le renier, car c'était supposer en soi et non dans la grâce, la source de la fidélité. Heureusement, comme il était élu, ce reniement est devenu manifeste pour tous et pour lui. Chez combien d'autres, de telles vantardises s'accomplissent - et ils ne comprennent jamais.""

"Judas est un homme qui ne supporte la faiblesse ni chez les autres - et surtout pas chez son maître, homme rebelle à l'exercice de tout pouvoir temporel -, ni en lui-même lorsqu'il se découvre dépassé, écrasé par ce qu'il vient de commettre. Il ne la supporte pas parce qu'il la conçoit comme un aspect négatif, limitatif, comme un manque de volonté de puissance, une déficience, un ratage. Il ne l'appréhende pas dans toute son amplitude, dans l'étrangeté de son ambivalence, il n'en retient que la face étroite et terne. Que l'aspect d'insignifiance; une pente sans aspérité qui ne peut mener qu'à l'échec. L'autre face, toute en souplesse et d'une grande capacité réfléchissante, il l'ignore. C'est pourtant celle-là que son aître est venu éclairer."

L'angoisse : une chance à saisir

""Nul n'est sauvé, sinon par la grâce, rappelle Kierkegaard. Mais il est un péché qui rend impossible de l'obtenir, et c'est le manque de sincérité." On peut ajouter : le manque de générosité, le manque d'hospitalité, car il en faut pour accueillir une offrande à son juste prix. Un don négligé, repoussé, ne peut pas révéler sa valeur ni sa saveur ni sa grandeur; un héritage refusé tombe en déshérence, un titre galvaudé sonne le creux, tourne au ridicule, ou à l'imposture."

IV. Acte de mémoire

samedi 20 mars 2021

Rendez-vous nomades

Un petit livre de Sylvie Germain qui n'est pas un roman mais plutôt un essai, une exploration nomade entre des pensées intimes, intérieures, existentielles. On y croise des questions sur Dieu et sur le lien de l'homme à Dieu, à travers la Bible. On se questionne avec elle autour de foi et raison, de l'innommable et de la shoah. Questions existentielles et humaines qui nous conduisent à l'écriture et à la lecture, guidés par Paul Celan, Simone Weil, Maurice Zundel et quelques autres. Si les premières parties traitent de là où elle vient à travers l'exploration du hasard, de l'extraordinaire, de l'invention, de l'inquiétude et révolution puis des mots qui font problème comme ceux de foi et croyance, de Dieu, de grandeur, d'imagination, de pourquoi, la dernière est sur l'écriture. C'est celle qui m'a le plus intéressé et que j'ai trouvé aussi la plus accessible.



L'ouvrage se termine par une nouvelle, L'astrologue, qui joue justement avec la marelle et le monde.

"La Bible est pareille à cet "abri de fortune" (au sens aussi de "trésor"), en tant qu'objet déplaçable et maniable, bien sûr, mais plus essentiellement en tant que lieu d'habitation migrante et de lieux de rendez-vous toujours renouvelé avec la part tout autre de soi même, la part d'inconnu, d'insoupçonné du temps, du monde, de la vie"
"La foi : une aventure de la pensée troublée par l'étrange gout de ce manque qui prend saveur de désir, et mue par les confus remuements du vide en elle."
"Ecrire est le plus sérieux des jeux. dans le territoire du roman, on écrit un peu à la façon dont on joue à la marelle, on pousse les mots de ligne en ligne, de page en page, on avance à cloche-main, et les espaces traversés ne sont pas sans danger. Mais on ne vise aucun "paradis", aucun "ciel" ; c'est vers le silence que l'on tend, que l'on conspire, en écrivant. Vers ce silence qu'on devine ouvert en amont du langage, que l'on pressent béant en son aval, et que l'on sent bruire autour, et tout au fond de chaque mot"
""Le romancier n'est ni historien ni prophète : il est explorateur d'existence" dit Kundera. Le romancier n'est rien de précis, il ne possède aucun savoir particulier, il est juste, et passionnément, en quête d'un peu de compréhension de ce qu'est l'humain. Il tourne autour, il lance de sondes, fines ou brutales, il fouille et touille, il hasarde des conjectures, il bricole des possibles par voie d'inférence et d'imagination, il extrapole."
"En écriture : on veille sur du sens imprécis, insaisissable, innommable, sur le passage d'un souffle - inspiration ; on témoigne de la présence de quelque chose qui ne se manifeste toujours qu'à fleur d'absence - expiration. On assume une fonction de lieutenance"
"Ce qui importe, c'est l'assomption par l'écrivain de cette "voix" (bruit, souffle, murmure, cri, chant, appel...) montée il ne sait d'où, qu'il fasse l'effort de s'en faire la bouche/main suppléante, l'effort de tenir lieu de locuteur quand la voix inaugurale s'est déjà retirée, partie ailleurs semer son trouble"

lundi 7 décembre 2020

Une spiritualité d'enfant

Ouvrage collectif, sous la direction de Lytta Basset, repris d'une revue, il étudie la vie spirituelle des enfants. Tous les apports ne m'ont pas intéressée de la même façon mais j'ai pris plaisir à entrer dans tous les articles touchant réellement à l'enfance et à l'esprit d'enfance. Quelques mots pour résumer :

Avant-propos de Lytta Basset

L'enfance : une pierre d'attente pour le spirituel de Nicole Fabre

On commence par le contexte, qui reviendra chez d'autres, d'un monde très plein pour les enfants, qui ne laisse pas d'espace d'ennui. On s'attarde sur les images et le langage métaphorique, très utile pour désigner, mais qui ne doit pas être prise pour une vérité. On entre dans le rôle d'accompagnement et d'apprentissage des adultes : permettre à l'enfant d'entrer dans du silence, du calme pour accéder à leur intériorité. 

La spiritualité de l'enfant trisomique de Michèle Trellu

Compassion, poésie, gestes spontanés, les exemples sont nombreux des lieux ou les trisomiques parlent de Dieu.

La presse éducative, une école de spiritualité pour les enfants d'Emmanuelle Rémond-Dalyac

Sur deux magazines de Bayard destinés aux enfants, à lire avec les parents pour les plus petits ou à explorer seuls pour les grands. Des portes d'entrées différentes vers la spiritualité et le questionnement. 

Un esprit caché aux sages et aux intelligents de Serge Molla

A travers l'esclavage et la ségrégation, faire percevoir cet esprit d'enfance, comme confiance et dépendance, d'abandon au Père. Pas hyper convaincant à mes yeux.

Cultiver la spiritualité : le modèle éducatif de la "Haggadah de Pessah" de Tania Zittoun

A travers le jeu de questions et l'implication des enfants dans la soirée de Pessah, les juifs cultivent 
"l'attention à l'inhabituel, un art de questionner ce qui semble évident, et un souci pour les pratiques concrètes comme lieu de l'ancrage du sens"

Paraboles thérapeutiques à l'écoute des enfants et des personnes handicapées de Madeleine Natanson

Usage de paraboles pour débloquer ou questionner des situations thérapeutiques avec des enfants autistes ou handicapés. 

Thérèse de Lisieux et l'enfance spirituelle : relire "Le Divin Petit Mendiant de Noël" de Sylvie Barnay

Retour sur une "récréation" d'un soir de Noël autour de l'enfant Jésus.

Notes sur l'esprit d'enfance bernanosien d'Yves Bridel

"La relation à Dieu : celui qui vit selon l'esprit d'enfance est vis-à-vis de Dieu comme l'enfant vis-à-vis de son père ; il a avec Lui une relation parentale, il s'abandonne à Lui, il attend tout de Lui. C'est cette relation qui est au centre de la voie de l'enfance spirituelle, et c'est dans cette attitude de confiance et d'insouciance que s’ancrent l'ouverture à l'autre, la modestie, l'humilité. Mais aussi la vitalité, le gout de l'aventure, l'engagement total, l'espérance, la révolte contre tout ce qui peut s’opposer à cet élan vital"
A travers des romans de Bernanos, l'auteur s'interroge sur l'accès à cet esprit d'enfance et l'acceptation des limites de chacun. 

Un renversement bienvenu dans l'histoire de la catéchèse d'Anne-Marie Aitken

Retour historique sur la catéchèse et rapide évocation des passages où Jésus parle des enfants. 

jeudi 5 novembre 2020

Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien

Connaissez vous l'histoire du fils prodigue, qui quitte la maison paternelle avec son héritage, le dépense et souffre de la famine avant de revenir vers son père... qui lui pardonne ? Eh bien c'est cette parabole que Jacqueline Kelen reprend et raconte. Elle ajoute des détails, des personnages, de la chair à l'histoire qui se déploie comme un conte. Il y a désormais la mère, le père, le serviteur, des anges et les deux fils. Chacun a droit à sa part de monologue, son interprétation de l'histoire. On découvre un fils prodigue qui ose, qui aime, qui se trompe, un fils vivant et beau, qui reconnait son essentiel. On suit toujours le grand frère parfait, un peu jaloux, un peu sec, qui ne semble pas vivre complétement. Et puis les parents, tourbillon d'amour, d'inquiétude, de soutien et de tendresse. C'est plein de sentiments divers qui traversent les acteurs du livre. A la fin, une courte analyse, peut-être de trop (?) qui donne quelques éléments de contexte.

Alors, pour vous y faire gouter, petite sélection de citations : 

"Dans les premiers temps je me sentais rassuré par une telle opulence. Puis je ressentis la menace venant de cette prospérité paisible et j'eus envie de connaitre la soif et l'aventure [...] Tiens, le voici, le  bon prétexte, le seul mobile de mon départ : aller à la rencontre du vent, m'offrir à tous les souffles, entendre leur chanson"

"Père est doté de cette rare bonté qui aime en l'autre la liberté, l'étrangeté même [...] La bienveillance de mon père me permet de partir, de grandir, même s'il lui en coute"

"Quels que soient son âge et sa capacité, chacun est appelé à faire croitre et à embellir la maison : celle qui est visible, et l'autre aussi, la demeure de Dieu"

"Douloureuse se révèle ma pauvreté. Je suis devenu un mendiant ou plutôt, dès mon arrivée dans la ville voilà des années, je n'ai fait que mendier des plaisirs, des nouveautés, je n'ai fait que quémander pour moi. Je me comportais en jeune seigneur, mais j'étais un esclave revêtu d'atours chatoyants, un pauvre esclave en dépit d'une bourse emplie de pièces d'or"

"Dès que j'apercevrais mon père, je me prosternerai et lui dirai, si les larmes n'étouffent pas les mots, je lui dirai que l'amour est intact, que j'ai tout dépensé mais que je n'ai rien perdu. Me reste l'essentiel, un trésor que n'entameront ni les rats ni les voleurs ni les courtisanes, me reste l'invisible alliance : ta parole donnée, ton amour, la liberté que tu m'as accordée. Père, écoute-moi, j'ai tout dépensé et je n'ai rien perdu"

samedi 24 octobre 2020

Tibhirine, une espérance à perte de vie

Cet ouvrage de Jean-Luc Barré est le fruit de rencontres de chrétiens en Algérie, peu de temps après l'assassinat des moines de Tibhirine mais aussi de Pierre Claverie et bien d'autres. Entre échanges avec des religieux, des morceaux d'histoire récente, des éléments sur la guerre d'Algérie et des ressentis liés aux déplacements en Algérie, ce petit livre, parfois un peu brouillon, invite à garder l'espérance.
J'espérais plus d'éléments liés à la spiritualité des chrétiens dans un contexte difficile, j'y ai plutôt trouvé des éléments factuels et politiques. 


vendredi 16 octobre 2020

Refuser la misère

Je continue à mieux connaitre ATD 1/4 monde et son fondateur, Joseph Wresinski, en lisant. Cet ouvrage est un recueil de textes des années 1960 à 1980, où il s'exprime sur la pauvreté et son combat contre la misère. 

Son premier enjeu est de faire comprendre ce qu'est la misère, la misère du sous-prolétariat, celui qui n'est représenté par personne, qui n'est aidé par personne, qui est objet de dédain. Il y a aussi l'enjeu de faire reconnaître les plus pauvres comme des sachants sur la pauvreté. Il y a quelque chose de l'ordre des idées reçues à démonter et de droits à exister à respecter. 

"Beaucoup ne comprennent pas le souci que nous avons d’informer, de faire connaître, d’expliquer. Certains pensent que nous devrions nous contenter d’aider, de secourir, de dépanner, d’encourager les familles des bidonvilles. Ceux-là ont raison de nous crier : « Casse-cou, faites attention à ne pas vous réduire à un intellectualisme de la misère qui peut devenir stérile »… Nous les en remercions, car ils nous aident à ne pas nous écarter de ce contact humain fait de présence, d’écoute, de communion, de délicate intervention.
Mais aussi, comment être présent si le genre de vie des bidonvilles nous échappe, écouter sans connaître le sens des mots, communier à l’inconnu, aider sans savoir les besoins ? L’une et l’autre attitude sont complémentaires, ne se condamnent ni ne se rejettent : aimer pour connaître et connaître pour aimer sont les fondements de toute approche fraternelle [...] Cependant, ajoute-t-il, les sociétés sont bâties, non pas par l'amour, mais par l'intelligence, que celle-ci soit ou non animée par l'amour. Le pauvre qui n'aura pas été introduit dans l'intelligence des hommes ne sera pas introduit dans leurs cités. Tant que le pauvre n'est pas écouté, tant que les responsables de l'organisation d'une cité ne s'instruisent pas de lui et de son monde, les mesures prises pour lui ne seront que des gestes par à-coups, répondant à des exigences superficielles et d'opportunité"

Chaque chapitre est introduit par le contexte de l'écriture du texte par le père Joseph, suivi par le contenu de celui-ci. Certains passages peuvent paraître répétitifs puisque les interlocuteurs sont différents mais les sources sont les mêmes : mêmes bidonvilles, mêmes histoires, mêmes combats, écrits sous des angles différents selon que la question est adressée pour les droits de l'homme, la compréhension de la misère ou encore de la violence. C'est didactique, rempli d'exemples, mais c'est parfois un peu répétitif comme je le disais. Logique puisque ce sont des textes divers superposés dans un ouvrage. Mais rien que pour les exemples, les histoires de reproduction sociale de la misère, c'est passionnant. Et super flippant ! 

Je vous livre les phrases marquantes dans les chapitres correspondants, sachant que vous pourrez retrouver ces textes et bien d'autres encore sur le site qui lui est consacré.

L'ouvrage est composé ainsi : 
1. « Le pauvre qui n'est pas introduit dans la pensée de l'homme demeure en dehors de ses cités »
I. La place du pauvre dans la pensée
II. La science, parente pauvre de la charité
" Ce qui nous frappe dans la couche sous-prolétarienne, c'est cette sorte de décalage dans la façon d'y percevoir certaines valeurs, du fait qu'on ne les vit pas de la même manière que le monde extérieur. Le travail fait partie de la dignité de l’homme, dit-on au pauvre, l'enseignement est nécessaire aux enfants, le mariage est honorable. Il y croit sans jamais arriver à saisir entièrement ces valeurs par une expérience vécue. Son expérience personnelle est celle du travail humiliant, de l'enseignement dont ses enfants sont incapables de profiter, de la précarité ou de l'impossibilité du mariage. Ne connaissant pas autre chose, il ne saisit pas lui-même son décalage par rapport au monde extérieur. Il sent qu'il est différent des autres, mais il n'en comprend jamais exactement le pourquoi. Cette situation confuse donne à tout contact entre le pauvre et le non-pauvre une note d'ambiguïté qui fausse la relation et fait qu'elle aboutit le plus souvent à un dialogue de sourds. "
"Trop démunis pour être utiles, notre seul moyen de communication était d'accepter l'aide individuelle offerte de l'extérieur et, en échange, de l'utiliser comme l'entendait celui qui secourait. Ce genre de dialogue nous privait de toute possibilité de promotion. En effet, celle-ci exigeait au départ ce minimum de liberté de pensée et d'action, ce minimum de statut social indépendant de nos dimensions personnelles, nécessaires à la communication authentique avec un milieu dynamique. D'ailleurs, faute de connaissance de la pauvreté, nos interlocuteurs le plus souvent ne soupçonnaient pas que nous puissions penser différemment d'eux ou, s'ils le découvraient, s'en indignaient. Discuter de leurs interventions qui ne correspondaient pas à notre besoin profond d'intégration, les refuser à la rigueur, signifiait compromettre les seules relations qui nous restaient avec une société sans laquelle nous ne pouvions vivre [...]  Les démarches matérielles, sociales ou spirituelles individualisées sont infiniment précieuses et même indispensables. Elles correspondent cependant à une sorte de sauvetage d'individus ou de familles et ne mènent pas à l'intégration d'un milieu. Elles tendent à écrémer une couche sociale au lieu de faire éclater le cercle vicieux de la pauvreté. En individualisant le pauvre sans l'introduire dans un groupe à sa mesure, on l'isole et le dépersonnalise. C'est là, nous semble-t-il, une des formes les plus subtiles de la ségrégation."

III. Pourquoi investir dans la recherche ?
IV. Le comité scientifique, une alliance durable
V. La pensée des plus pauvres dans une connaissance qui conduise au combat
"Il s'agit de la fonction (et je dirais volontiers du devoir) des chercheurs dans le domaine de la pauvreté, de faire place à la connaissance que les très pauvres eux-mêmes ont de leur condition. De faire place à cette connaissance, de la réhabiliter comme unique et indispensable, autonome et complémentaire à toute autre forme de connaissance, et de l'aider à se développer. Et à cette fonction, vous le devinez, s'en ajoute une autre : celle de faire place, de réhabiliter et d'aider à se consolider la connaissance que peuvent avoir ceux qui vivent et agissent parmi et avec les plus pauvres". 

VI. Échec à la misère
"Le plus grave est l’absence de réciprocité. D’être considéré comme totalement inférieur, même quand il s’agit de connaître, d’analyser leur propre existence, détruit les familles du Quart Monde plus que ne les détruisent la malnutrition ou la maladie"
"La misère est, par définition, cette condition défigurant ses victimes, au point qu’elles deviennent méconnaissables au regard des autres hommes de leur temps. A la différence de la seule pauvreté, imposant une existence austère, faite de discipline et de rigueur, la misère interdit toute mesure, toute austérité. Face à des privations, des oppressions, des humiliations démesurées, l’homme est nécessairement conduit à des réactions démesurées elles aussi. Démesurées au regard de son entourage tout au moins"
"Curieusement, les plus pauvres apparaissent comme n’ayant pas d’histoire par eux-mêmes, surgissant dans l’histoire des autres lorsque leur existence fait violence, appelant des mesures violentes en retour"
"Examiner un certain mode de pensée sur les plus pauvres nous permet de mettre en lumière l’injustice dont souffrent de plus les familles les plus démunies : celle d’être comptées pour ignorantes et incapables d’apprendre"
"Regardons un instant l’Université à travers les yeux des plus pauvres. De quelle manière pourrait-elle se faire leur amie ? Elle pourrait prendre pour étudiants, éventuellement pour enseignants, des hommes, des femmes du Quart Monde. Elle pourrait, par elle-même, bâtir une connaissance significative sur l’extrême pauvreté, sur l’exclusion, sur leurs victimes. Elle pourrait, enfin, veiller à ce que son savoir, ses découvertes profitent aux plus pauvres de son temps. Trois chemins possibles. Les dirigeants des affaires universitaires ont-ils pu les emprunter ?"

2. « La violence faite aux pauvres »
VII. La violence faite aux pauvres
"Ni les sous-prolétaires, ni les riches, n’ont nécessairement conscience de la violence qui pèse sur l’univers de la misère. Elle est souvent dissimulée derrière le visage de l’ordre, de la raison, de la justice même.
N’est-ce pas au nom de l’ordre moral que nous nous introduisons dans leurs pauvres amours, les bousculant, parfois les dénigrant, toujours les jugeant, au lieu d’en faire le tremplin de leur promotion familiale ? Pourtant, même s’ils ne sont pas conformes à notre morale ni à nos codes, ils sont sans doute la seule chance qui leur reste d’une confiance et d’un départ vers une vie plus totale.
Le bidonville aurait pu être le lieu de passage d’un peuple de malheureux vers une cité plus juste. Au nom d’un ordre social, nous en avons fait un enfer, rendant leur vie infernale sous prétexte d’empêcher des familles de s’y accrocher et d’y demeurer. Notre hâte d’imposer un ordre nous fait oublier l’homme. Plus sa vie est précaire et moins il possède de biens, plus il s’y accrochera de peur de les perdre. Il ne les échangera pas de bon gré pour ce qu’il ne peut ni connaître, ni comprendre.
N’est-ce pas aussi notre « raison » qui nous dicte d’enlever au sous-prolétaire son autonomie ? Ne savons-nous pas mieux que lui ce qui lui convient ? Pourquoi le mettre devant des choix réels qu’il ne saurait pas faire ? Ainsi, nous allons jusqu’à lui désigner le lieu où il habitera. Puis nous l’accuserons d’être sans initiative, sans ambition et nous dirons : « Il ne veut pas en sortir ». Comment s’en sortira-t-il, n’ayant jamais pu exercer sa propre raison ? Au nom d’une certaine justice, nous usurpons même sa place de père, nous nous substituons à lui devant ses fils ; nous prétendons qu’il n’assume pas ses responsabilités, nous le condamnons. Ainsi, jamais il ne deviendra un vrai père, pleinement responsable des siens et défendant leurs droits.
Ayant rejeté tout ce qu’il fait, dénigré ce qu’il a entrepris, l’ayant privé de la plupart des biens, nous en avons fait un assiégé. Sa plainte ne sera pas conforme à nos lois, il volera, il portera coups et blessures. Alors, au nom de la justice, nous le mènerons en prison. En sortant de là, comment sera-t-il encore capable de respecter notre justice ?
Notre ordre, notre raison, notre justice se tournent contre lui. Ils lui créent un ordre singulier, qui l’introduit dans le désordre, la déraison, l’injustice... "

VIII. Quart Monde et non-violence.
"Ceux qui ne connaissent pas le monde de la misère penseront peut-être qu'il s'agit de lâcheté, de peur. Il est vrai que face à ceux qui ont le pouvoir et, surtout, les moyens de les opprimer, de les exclure, les plus pauvres tremblent. Ils ont l'expérience qu'il n'y a rien à redire à ces gens-là, qu'il n'y a rien à gagner. Alors, leur esquive, c'est l'esquive pour vivre, ne serait-ce que dans un semblant de paix. Entre eux, à moi, aux Volontaires, ils avoueront : "Quoi que je dise, j'aurai toujours tort, alors je préfère me taire. Moi, je ne veux pas me laisser insulter. Et je veux garder mes enfants ; alors je me tais.""
""Ce qu'il faudrait, c'est que les riches, ils viennent habiter chez nous. Nous, on irait chez eux ; après, on leur rendrait leurs maisons et comme ça, ils sauraient ce que c'est que de vivre comme nous vivons..." Ce n'était pas seulement une parole d'enfant. C'était une parole venant du fond de la pensée, de l'intuition des plus pauvres. De ces pauvres qui n'ont pas participé aux luttes ouvrières, trop pauvres aujourd'hui comme hier pour participer aux luttes ouvrières, pour partager la mémoire, la fierté ouvrières, mais qui ont leur fierté, une autre fierté, une autre mémoire. "
"Cette arme ultime qu'est la misère et qui attire la pitié, c'est la plainte des pauvres. Elle peut susciter l'aumône, peut-être même l'entraide et la solidarité, et ils le savent. Absence de pudeur, diront beaucoup de nantis, absence de sens de leurs droits, absence de fierté ? C'est bien plus profond. Le Quart Monde sait, ses grands parents savaient déjà par expérience, que quand on est trop misérable, les droits ne jouent plus. Il ne reste plus qu'à espérer la pitié. Les plus pauvres savent d'expérience que même les Droits de l'Homme ne valent que pour les hommes que l'on reconnaît comme tels ; qu'ils ne valent pas pour des hommes qui sont suspectés d'être des sous-hommes, des inférieurs, des déchets. Eux savent que le dernier rempart de l'homme, ce ne sont pas des droits inscrits dans des déclarations et des constitutions. Eux savent que le dernier rempart de l'homme est la miséricorde, l'amour, la justice et la paix fondées dans l'amour. "

3. « La misère a été créée par les hommes, seuls les hommes peuvent la détruire »
IX. Les droits du quart monde
X. Les plus pauvres dans la ville : incitation séculaire au combat pour les droits de l'homme
XI. Peuple du quart monde, un appel urgent à repenser les droits de l'homme
"Puisque par notre partage de vie dans les zones de misère, nous sommes témoins, peut-être plus que d'autres, que l'exclusion infligée aux plus pauvres est la pire des souffrances. C'est eux-mêmes qui nous le disent tous les jours, et nous obligent à le répéter : ce n'est pas d'avoir faim ou de ne pas savoir lire, ce n'est pas de ne pas avoir de quoi faire vivre et s'épanouir sa famille, ce n'est même pas de ne pas avoir de travail qui est le pire des malheurs de l'homme. Le pire des malheurs est de s'en savoir privé par mépris, tenu à l'écart du partage, littéralement traité comme hors-la-loi, parce qu'on ne reconnaît pas en vous un être humain, sujet de droits, digne de partage et de participations.
L'homme dont les droits et libertés sont bafoués, mais qui peut se dire qu'il est victime d'une injustice, qu'il est un homme malgré tout, est à plaindre, certes, mais il n'a pas touché le fond de la souffrance. L'homme du Quart Monde, lui, touche le fond, car comme le disait une mère de famille d'une cité sous-prolétarienne aux environs de Paris : "Ce n'est pas qu'il ne connaît pas ses droits, il ne sait même pas qu'il a des droits". En parlant d'un de ses voisins, décédé récemment, elle dit encore : "Il avait tellement eu peu de droits dans sa vie, qu'à la fin, il n'en demandait plus aucun. Il ne demandait rien quoi, il n'avait plus rien à demander""

XII. Les plus pauvres, moteurs des droits de l'homme
XIII. La grande pauvreté, défi posé aux droits de l'homme
XIV. La grande pauvreté, défi posé aux droits de l'homme en notre temps
XV. Les plus pauvres, révélateurs de l'indivisibilité des droits de l'homme
XVI. Grande pauvreté : droits de Dieu et droits de l'homme
"Mais que contient la promesse de Dieu ? Quelle est-elle ? Pour tous les temps, elle est que tous les hommes seront reconnus comme Ses enfants, qu'ils seront, tous, traités comme tels. En clair, cela veut dire qu'aujourd'hui, l'Eglise a reçu mission comme hier de rappeler aux hommes que les plus pauvres, les plus méprisés ont le droit d'être traités avec dignité, en enfants de Dieu. L'Eglise a mission de rappeler qu'ils doivent être reconnus dans leur dignité inaliénable d'enfants de Dieu. Cela veut dire encore que l'Eglise n'est fidèle que si elle rappelle inlassablement que tous les enfants de Dieu doivent avoir les moyens de vivre et de manifester cette dignité". 
"C'est par Jésus, par ce qu'il fait, mais peut-être surtout par ce que les plus pauvres lui font, que nous apprenons les droits essentiels de l'homme :
 - le droit à l'identité divine : le droit d'être reconnu Dieu et homme à cause de la résurrection. "Rabbouni", dit Marie Madeleine, la possédée, la prostituée peut-être, l'exclue en tous les cas. "J'ai vu le Seigneur, le Rabbouni crucifié est vivant !"
 - le droit à la confiance : ce droit que Dieu exige pour Lui-même ; ce droit qui manque si cruellement aux plus pauvres, eux le donnent à Jésus à pleines mains : "Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier."
 - le droit à l'égalité dans l'honneur : c'est une femme qui déverse tout son capital, toute son épargne et sans doute plus, en huile précieuse sur les pieds de cet homme. De cet homme que les grands, les puissants méprisent, harcèlent, pourchassent, surveillent comme, hélas, les plus pauvres sont souvent traités aujourd'hui"

4. Enrayer la reproduction de la grande pauvreté
"Une politique de lutte contre la reproduction de la grande pauvreté doit viser essentiellement à mettre en place un plancher de sécurité. Un tel plancher n’est pas un minimum vital culturel ou social garanti, mais comme un niveau au-dessous duquel aucun citoyen ne puisse descendre sans provoquer l’indignation de la conscience nationale. Un niveau aussi qui dépasse celui de la seule subsistance, fournissant au citoyen une base de départ pour un développement social, économique et culturel, les moyens de rétablir toutes ses chances de promotion, dans les domaines de la sécurité économique, de l’accès au savoir, de la prise de parole"

lundi 10 août 2020

Une Passion. Entre ciel et chair

Ce roman de Christiane Singer explore un thème qui lui est cher, l'amour. L'amour du ciel et de la terre. L'amour charnel et spirituel. Par la voix d’Héloïse, âgée de 60 ans, elle retrace l'histoire d'amour mythique d'Abélard et Héloïse.


La femme déjà âgée qu'est Héloïse revient sur son histoire. Elle a compris que l'amour divin et l'amour humain n'étaient pas si éloignés que son amant ne le croyait. 

"Plus j’ose voir et plus il m’apparait que ce tourbillon de l’Eros qui nous arrache à ce que nous croyons être pour nous précipiter dans un autre ordre est sacré. Ne demeurent RÉELS dans mon existence que ces instants où les trappes se sont ouvertes sous mes pieds - où les identités apprises se sont désagrégées pour laisser affleurer l’ÊTRE"

Elle remonte à sa vie de jeune fille, chez son oncle Fulbert. Elle est instruite, curieuse et son oncle lui donne pour progresser un maître que beaucoup lui envient, Abélard, maître de didactique et philosophe. Mais le jeune clerc et la demoiselle tombent amoureux. Héloïse est enceinte, Abélard est chassé, puis castré... Bref, vous connaissez cette partie de l'histoire. Abandonnée dans un monastère, Héloïse dépérit sans nouvelles de son amant jusqu'à la dissolution du lieu et à l'accueil par Abelard d'une communauté de femmes. Là, on découvre le chemin intellectuel du théologien, les luttes avec Bernard de Clairvaux, les dogmes qui assoient l'Eglise. Et l'éloignement des femmes de celle-ci - alors que c'est aux femmes qu’apparaît d'abord le ressuscité !

Un chant d'amour qui se poursuit dans l'abbesse du Paraclet jusqu'à son dernier jour. Au-delà de l'histoire, c'est sa compréhension et son interprétation par Héloïse qui nous intéresse. Il y a tellement de jolies illuminations que je vous les confie !



"Dieu n'a que nos mains pour faire sur terre tout ce qu'il y a à faire"

"Tout le brouhaha de la vie - les mots chuchotés - les portes claquées - le rire des femmes au lavoir - le vent dans les branches - les pépiements d'oiseaux - les aboiements des chiens - les cris des femmes en gésine - les crissements des roues - empêchait d'entendre l'essentiel. Il croyait de bonne foi que lorsque ce désordre serait dominé, jugulé, maîtrisé, châtié, réduit au silence, alors monterait claire, audible à tous - la voix de Dieu. Je savais pour ma part que ce ne serait pas la voix de Dieu mais celle des bourreaux"

"Deux amants sont deux pièces de bois aux mains d'un maître ébéniste qui s'entend à imbriquer les tenons et les mortaises avec tant de perfection que les deux pièces n'en font qu'une. Puis l'atmosphère change et les pièces issues d'abattages divers commencent de travailler chacune de son côté, jusqu'à craquer, jusqu'à se soulever, jusqu'à se fendre dans les adents. Voilà ce qui était en train d'avoir lieu - nos visions divergeaient soudain"

"Non que l'amour soit aveugle comme on le prétend. Il est visionnaire. Il voit la perfection de l'être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s'arrête"

"J'ai constaté que ce ne sont pas les ronces qui nous blessent mais nous qui nous blessons à elles. La souffrance morale que nous infligent les autres vient aussi du pouvoir que nous leur accordons sur nous-mêmes - et qu'à l'occasion nous avons exercé sur eux."

"Quel aveuglement de chercher dehors ce qui est dedans ! Comment feindre d'ignorer que le tombeau à arracher aux infidèles n'est pas à Jérusalem mais en nous ? Christ, plus de mille ans après sa mort, est toujours le captif, non d'un lointain sépulcre, mais de nos cœurs de pierre !"

"Qu'importe à Dieu par quelle voie nous parvenons à lui ! Et de quel bois nous alimentons le feu qui nous consume ! L'ardeur du désir compte seul."

samedi 25 juillet 2020

Un art de l'attention

C'est le titre du livre de Jean-Yves Leloup qui a attiré - justement - mon attention. Vous avez certainement déjà lu ou vu des ouvrages sur ce thème hyper à la mode, notamment autour d'une économie de l'attention. Ici, rien de tel, ou plutôt, c'est abordé autrement. 
A travers des textes courts, on découvre la pensée du théologien et philosophe, qui invite à retrouver l'écoute du monde et de soi. Et cela peut être dans la prière mais surtout à travers l'attention que l'on porte à nos actes, à nos émotions, à nos pensées, aux autres... C'est un livre religieux et philosophique, un livre chrétien. Un livre ouvert sur d'autres traditions chrétiennes que celles retenues comme l'évangile de Thomas ou de Marie - qui m'intriguent beaucoup. Un livre qu'il faut prendre le temps de lire, sereinement, sans le dévorer. Bien sûr, j'y ai glané beaucoup de phrases inspirantes !

"Etre ou ne pas être dans "le corps du Christ" n'est pas une question "d'étiquette" mais de comportement. Lorsque je demandai au Dalaï-Lama : "Quelle est pour vous la meilleure religion ?" - je pensais qu'il allait me répondre le bouddhisme - il répondit : "La meilleure religion c'est celle qui vous rend meilleur !""
"A celui qui veut vivre 
attentivement
il sera donné en plus
de ses mille et une raisons de rire
de ses mille et une raisons de pleurer
l'émotion pure et permanente
d'exister..."
""Les biens les plus précieux
ne doivent pas être cherchés mais attendus" :
c'est de la qualité de notre attente
ou encore de notre désir
que naît la qualité de notre attention. 
L'attention est alors 
un autre nom pour l'Amour,
quand celui-ci ne se contente pas
d'émotions et de bonnes volontés
mais devient l'exercice quotidien
d'une rencontre avec ce qui est,
avec ce que nous sommes."
 
"Ce qui donne valeur et efficacité à une activité, c'est l'attention avec laquelle on l’exécute [...] Ainsi l'attention conduit à la connaissance et la connaissance conduit à l'adoration"
"Le péché (harmartia) pour les anciens est en effet non seulement oubli de l'Être que nous sommes, mais oubli de notre capacité "d'aimer comme l'Amour incarné a aimé", perte de notre ressemblance avec Dieu. Être attentif, c'est garder le cœur miséricordieux en toutes circonstances, c'est ce qui nous garde en Présence de l'Être."
"Etre attentif avec miséricorde aux êtres et aux choses, c'est leur donner le droit à leur impermanence mais aussi à leur capacité d'évoluer, de se transformer et de changer."
""Qu'ai-je à faire de ce qui n'est pas éternel ?" [...] Sans doute avait il gardé une mentalité de riche, et pensait-il que les réalités spirituelles, comme les autres peuvent s'acquérir. il voulait "avoir" la Vie éternelle sans être certain que ce nouvel avoir mérite qu'on laisse pour lui tous les autres biens. "Vendre tout ce qu'on possède pour posséder la perle précieuse." Or, il ne s'agit pas "d'avoir la Vie éternelle", mais d'être vivant, d'être un avec "Celui qui Est" : la Vie en nous ; et pour cela, d'être libre à l'égard de tous nos avoirs, que ceux-ci soient matériels, affectifs, intellectuels et même spirituels"
"Le bonheur d'un homme libre ne dépend pas des circonstances, mais de ce qu'il fait des circonstances en y introduisant de la conscience et de l'amour. Peut-être éprouvera-t-il alors quelque chose du bonheur "souverain" de celui qui a pu dire : "Ma vie, on ne me la prend pas, c'est moi qui la donne"".
"L'Amour est le seul vrai Dieu
Qui ne soit pas une idole.
On ne peut le garder
Qu'en le donnant"

mercredi 24 juin 2020

Moquez-vous des jésuites

Ouvrage de Nikolaas Sintobin sous-titré humour et spiritualité, il explique ce que sont les jésuites.
Chaque chapitre commence par une blague puis décrit en quelques paragraphes un aspect de leur spiritualité.

Il s'attache à plusieurs thèmes comme l'ordre dans le monde, en proie aux tensions ; jésuite diplomate ou manipulateur ; la confiance, la liberté dans obéissance... Il insiste sur le fait de mettre les gens où ils sont bien, d'aider chacun à trouver sa place dans le monde. Il cite l'importance de l'expérience et de la relecture des expériences, du dépassement des limites et des freins, et de l'épanouissement.
Il explique aussi que les études longues sont un moyen pour être crédible dans le monde et pour mieux accompagner personnellement chacun.
Outre l'importance de vivre pleinement et au présent - développement personnel, bonjour, il est question d'être créatif et libre mais aussi de prendre des risques, de suivre la boussole de son cœur, même si elle semble indiquer un nord difficile à suivre. Quant à la prière, elle est évidemment présente mais très liée à la vie : goûter Dieu en toute chose !
Enfin, il est aussi question de la sensibilité aux questions sociales et de accompagnement des élites pour faire changer monde, nourrir l'esprit critique etc.


Quelques blagues pour la route !
« Un coiffeur coupe gratuitement les cheveux aux religieux. Un jour, un dominicain entre dans son salon. Après avoir coupé ses cheveux, le coiffeur dit qu’il ne veut pas d’argent. Alors, le lendemain, le religieux lui fait apporter 12 chapelets en nacre sur sa porte. Puis c’est un franciscain qui vient se faire couper les cheveux, et là aussi, le coiffeur ne veut pas d’argent. Alors le lendemain le franciscain lui fait apporter douze crucifix de saint Damien. Et puis un jour, entre un jésuite, et le coiffeur lui explique qu’il ne veut pas d’argent pour son service. Le lendemain le coiffeur trouve à sa porte… douze jésuites »

« Un jésuite et un franciscain dînent ensemble. Au dessert, arrivent deux parts de gâteau. Le jésuite se sert en premier et prend le morceau le plus gros. Le franciscain proteste : “Saint François nous a appris que nous devons prendre le morceau le plus petit.” Et le jésuite réplique : “De quoi te plains-tu, mon frère ? C’est ce que tu as reçu !” »

lundi 1 juin 2020

La saison des pluies

Je crois que c'est la première fois que je lis Graham Greene, qui est pourtant bien représenté dans la bibliothèque familiale. Et c'est une vraie joie que ce roman ! Merci Cléanthe de m'avoir donné envie de le lire.

Querry, un homme discret, arrive au bout de la ligne de bateau qui traverse le Congo. Il descend du navire pour y trouver une léproserie, tenue par Colin, médecin, et des religieux. On lui offre une cellule, il file des coups de main, va construire un hôpital. Lors de l'une de ses missions vers la grande ville, il rencontre Rycker, un marchand d'huile, un colon, qui s'entiche de lui et projette sur lui toutes ses questions ou plutôt ses réponses sur l'amour chrétien. Il croit avoir rencontré un saint tandis que Querry se dit simplement désabusé par les succès et les amours, en retraite de la vie. 
Mais peut-on vraiment échapper à son passé ? A ce que la société projette sur les siens ? Surtout la micro société coloniale et chrétienne de ce bout de Congo ? Quand un journaliste débarque pour écrire sur le saint Querry, c'est la fin d'une tranquillité, d'une joie de vivre simple qu'il pensait avoir trouvées dans cette jungle.

Un roman aux personnages vifs, croqués en quelques mots bien sentis et sobres. Pas de fioritures ici, c'est l'homme et ses doutes qui nous intéressent. On parle questions existentielles, manques et relations à l'amour. Enfin, chez les blancs - les noirs sont là pour être soignés et n'ont pas de place dans ce roman. C'est très orienté autour de la mort de Dieu et de ce qu'on met à sa place : l'amour des femmes, du succès, le progrès, ... des interrogations qui n'ont pas fini de nous habiter !

"Une vocation est un acte d'amour : ce n'est pas une carrière professionnelle. Quand le désir est mort, on ne peut pas continuer de faire l'amour. Je suis arrivé à la fin du désir et à la fin d'une vocation. N'essayez pas de me lier par un mariage sans amour et de me faire imiter ce que j'accomplissais jadis avec passion. Et ne me parlez pas de mon devoir comme le ferait un prêtre. On nous a appris dans les leçons sur les Évangiles, quand nous étions enfants, qu'un talent d'argent ne doit pas être enfoui tant qu'il possède un pouvoir d'achat, mais si la monnaie a changé, si l'effigie a été remplacée par une autre, ne laissant à la pièce que la valeur d'un mince disque d'argent, tout homme a le droit de la cacher. On a toujours trouvé des pièces de monnaie périmées, ainsi que du blé, dans les tombeaux"
"L'ennui est pire dans le bien-être. J'ai pensé qu'il pourrait y avoir ici assez de souffrance et assez de peur pour distraire l'esprit"
 
Voilà qui lance avec beaucoup de joie le mois anglais chez moi ! 

samedi 30 mai 2020

A Philémon

Avec l'Amoureux, nous venons de terminer ce court et bel ouvrage d'Adrien Candiard sur la liberté. C'était un régal de pédagogie et d'inspiration ! Car parmi les questions que beaucoup de croyants se posent, il y a celle des interdits, de ce que l'on doit faire ou pas pour être un bon chrétien, un bon musulman, un bon bouddhiste etc. Et chez les chrétiens, cette question est particulièrement malmenée. Qu'est-ce qui est permis ? obligatoire ? On a beau entendre que le commandement c'est d'aimer Dieu et son prochain comme soi-même, c'est parfois un peu court. Alors Candiard propose, à partir d'un très court texte, la lettre à Philémon, d'interroger la liberté, le devoir et l'amour. Il le fait de façon concrète, simple. C'est très pédagogue, bourré d'humour et de tendresse pour le lecteur !
Je crois que le plus fort ici, pour moi, c'était de déconstruire une image de Dieu, tout-puissant, qui te teste avec une pomme et un serpent. Mais je ne vous en dis pas plus, c'est dans les extraits du chapitre 2. J'ai glané des citations bien nombreuses, plus pour m'en souvenir que pour vous noyer dans leur lecture. Piochez-y ce qui vous intéresse !

Dans le chapitre 1 :
« Sa conversion n'a pas consisté à passer d'une doctrine à une autre, encore moins d'un groupe d'appartenance à un autre. Paul n'a pas changé de Dieu : c'est toujours le même, le Dieu D'Abraham, d'Isaac, de Jacob, le Dieu de l'Alliance, le Dieu qui a fait sortir son peuple d'Egypte. Dieu n'a pas tellement changé; mais dans la conversion, Paul, lui, n'est pas resté le même. Il est devenu si différent qu'il est devenu difficile de le comprendre sans revenir à cet évènement initial: si nous voulons comprendre ce qu'il écrit à Philémon, il faut revenir à cette nouvelle naissance, sur le chemin de Damas »
« Lui non plus, les 613 commandements, il n’y arrive pas toujours. Il commence à faire l’expérience amère de sa propre faiblesse, qui l’humilie et le met en colère [...] « Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : je ne fais pas le bien que je veux, et je commets le mal que je ne veux pas. » […] Le jeune Paul, face à ses échecs, s’est d’abord dit que c’était de sas faute, et il se sentait coupable : il n’avait pas voulu assez fort : La prochaine fois, il suffirait d’être plus vigilant, de vouloir mieux, de vouloir plus. Cela marchait quelques fois : sur tel ou tel point, ses efforts portaient du fruit, il s’améliorait et se rapprochait de son idéal, mais pas toujours. Et parfois, alors qu’il se pensait tiré d’affaire, qu’il croyait que sa bonne volonté avait enfin pris le contrôle de lui-même, patatras : tout était à recommencer.  Et il ne renonçait pas, devant ses échecs répétés, à appliquer parfaitement les commandements de Dieu : il savait, ou croyait savoir, que c’était la condition pour mériter l’immense amour de Dieu. […] Il avait la réputation d’être inflexible, exigeant, et pour tout dire un peu pénible. […] Il se doutait bien que cette dureté l’éloignait encore davantage de l’idéal de la Loi qu’il cherchait à atteindre, cette Loi qui lui commandait, « aime ton prochain comme toi-même », alors que bien souvent il n’aimait au fond ni l’un ni l’autre. »
« Pour Paul, qui avait jusque-là passé sa vie à tenter de mériter l’Amour de Dieu, c’est un choc de se découvrir aimé si totalement, et sans la moindre condition ; aimé alors qu’il n’a pas fait ce qu’il faut, mais plutôt tout le contraire et qu’il est devenu le persécuteur de ce dieu qui pourtant ne cesse pas de l’aimer. »
« Un coup de foudre nous transforme plus profondément que la lecture du Code pénal »

Dans le chapitre 2 :                 

« Notre déception, il est évident qu’elle a aussi traversé l’esprit de Paul. Il sait combien il lui serait facile d’ordonner à Philémon d’affranchir Onésime. Il l’a entendue, cette petite voix qui lui murmure : « allons, c’est pour la bonne cause ! » La souffrance de l’esclave, il la connait, mieux que nous sans doute, et il la sait intolérable. Philémon ne se plaindrait même pas, il l’admire tant. Il est prêt à faire tout ce que Paul lui dira. Lui forcer la main dance cette affaire, ce ne serait pas un grand mal, et il en sortirait un grand bien… Pourtant, à cette voix intérieure qui l’appelle à n’être pas trop regardant sur les moyens quand il s’agit d’arriver à cette fin, Paul ne cède pas. »
« « Si vous mangez de ce fruit, vous mourrez. » Quelle image de Dieu avons-nous donc dans la tête, pour penser aussitôt que ce « vous mourrez » signifie «  je vous tuerai » ? Quel Dieu déciderait arbitrairement d’interdire quelque chose de bon, comme cela, pour le plaisir, et punirait de mort la transgression ? Certainement pas le Dieu de Jésus-Christ. Croit-on que, quand des parents expliquent à leurs enfants de ne pas mettre les doigts dans la prise au risque de mourir, c’est parce qu’ils comptent les punir de mort ? […] C’est exactement le Dieu dont parle le serpent à Adam et Ève. Leur péché, précisément, c’est de le croire. De croire que Dieu est malveillant à leur égard, qu’il souhaite les limiter et les mutiler pour son plaisir, qu’il leur interdit de bonnes choses parce qu’il ne les aime pas. De ne pas comprendre que Dieu les a simplement avertis, pour leur bien. Que la vie n’est pas un terrain où ma volonté et la volonté de Dieu s’opposent et l’une ne progresse qu’au détriment de l’autre […] Nous voulons la même chose : le bien, mon bien. Dieu ne m’interdit rien, mais il m’avertit que les moyens que je veux employer, parfois, sont très mal choisis. […] La tentation, c’est de rêver un autre monde, où l’impossible n’existe pas. […] Et le tour de force du tentateur, depuis le serpent d’Adam et Ève, c’est de nous faire croire que rien de cela n’est impossible, mais que c’est tout simplement interdit. […] Il ne s’agit pas d’obéir, mais de comprendre – et en comprenant, je vais sans doute trouver le bien désirable et le mal dangereux. J’agirai alors librement, parce que j’aurai reconnu mon bien et le rechercherai de mon plein gré. Alors je ferai véritablement ce que je veux, et ce que Dieu veut. En effet, l’ennui, si je confonds la vertu avec une soumission pénible (et d’autant plus méritoire, bien sûr, qu’elle est pénible) à une volonté divine incompréhensible, c’est qu’alors je continue à penser, dans un petit coin de ma tête, que ce péché que je m’interdis de regarder, il me ferait pourtant du bien. »
« Nous ne pouvons entrer dans cette amitié sans y entrer avec toute notre personne. Une personne encore imparfaite, sans doute, mais Dieu saura bien nous conduire, pour peu que nous soyons vraiment là, décidés à le suivre. C’est peut-être parce que nous sentons ce que cette morale a d’exigeant, et même d’exorbitant, que nous nous dérobons si souvent, préférant l’autre, celle de l’obéissance aux commandements, finalement tellement plus facile. »

Dans le chapitre 3 :
« L’évangélisation est d’abord une affaire d’amitié. Elle déborde de toutes les lignes. Comme si l’amitié avec le Christ était une affaire contagieuse. Comme si nous n’avions d’autre moyen, pour annoncer à quelqu’un l’amour de Dieu, que de l’aimer à notre tour. »
« La chasteté n’est pas l’absence de relation sexuelle : selon sa définition la plus classique, elle consiste à n’aimer, dans l’autre, rien d’autre que lui-même. C’est l’aimer pour ce qu’il est, et non pas pour ce qu’il m’apporte. »
« Paul n’invite pas à l’assujettissement du désir au désir de l’autre, même de manière réciproque : ce serait une violence terrible, qui n’aurait pas grand-chose à voir avec de l’amour. Il vise en réalité quelque chose de bien plus fondamental : la sexualité authentique n’est pas centrée sur elle-même, obsédée par sa propre jouissance, mais elle est don ; c’est l’autre qui donne sens à mon propre corps. […] Et comme toujours, c’est quand je me donne que je commence à être véritablement moi-même. »
« Etre libre, c’est être capable de faire ce que je veux. Ce que je veux, et non pas ce dont j’ai envie sur le moment, qui bien souvent s’opposent et même s’excluent. Mais bien malin qui peut dire ce qu’il veut vraiment en la matière. »

Dans le chapitre 4 :
« Le chemin de liberté que dieu ouvre à Philémon, qu’il ouvre à chacun de nous, nous rend joyeux quand nous le recevons pour nous, mais parfois un peu plus suspicieux quand nous le voyons s’ouvrir devant les autres. Est-ce qu’ils ne vont pas en abuser, se montrer irresponsables, peu dignes de la confiance que Dieu place en eux ? Cette façon qu’a Dieu de se donner à tous gratuitement, est-ce vraiment bien juste ? […] Il faut peut-être nous y faire et commencer à accepter que l’Evangile, la Bonne nouvelle, l’amour de Dieu, non, ce n’est pas juste. Le compte n’est pas bon, parce qu’il n’est pas question de compte mais de don. La logique de l’Evangile, c’est celle du cadeau, et le cadeau n’est pas une affaire de justice. […] Je n’ai rien contre les comptables, mais la grâce de Dieu (un mot qui signifie « gratuit »), par définition, cela ne rentre pas dans un tableau Excel. […] L’amour gratuit de dieu nous déstabilise et nous préférerions avec avoir avec lui quelque chose de plus sûr : je paie, il livre. […] On fait tout ça pour lui faire plaisir, on se complique la vie pour lui, donc il nous doit bien quelque chose en retour. […] Marthe, Marthe, tu perds ton temps quand tu crois rendre service au Christ parce que tu te compliques la vie, quand tu opposes le bien et ce qui te fait du bien. Marthe, Marthe, tu fais fausse route quand tu penses que la volonté de Dieu c’est le contraire de ta volonté : vous faites alliance. […] Le Royaume de Dieu, que tu recherches, ne te sera pas donné en récompense de tes efforts, il t’est déjà donné en partage. […] Jésus ne reproche pas à Marthe son service – ce qui serait tout de même un comble ! Il ne lui reproche pas d’être active. Il lui reproche d’avoir l’esprit plein de 36 000 choses et du coup de négliger l’essentiel. D’avoir l’esprit rempli par les tasses de thé, les serviettes en papier, le canapé, les pâtisseries, les livraisons, l’évier de la vaisselle, la propreté des toilettes, la température de la pièce – bref tout ce qui va faire que l’invité se sentira bien -, mais de ne pas s’occuper de l’invité. L’invité n’est pas seulement un corps à nourrir et à installer dans un lieu confortable à bonne température : c’est une personne à rencontrer. Tout le reste peut en découler, tout le reste peut y servir, mais passer à côté de la rencontre, c’est avoir tout raté. […] On peut cuisiner pour réussir le plat ou pour faire plaisir aux invités […] Dans un cas, vous préparez de la nourriture, et dans l’autre vous fabriquez de la communion. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Dans le chapitre 5 :
« Ce qui changera le monde ce n’est pas la construction de systèmes plus ou moins complexes et ingénieux, mais bien ma relation avec mes frères. »
« « Remets-nous nos dettes », cela veut dire plutôt : fais-nous sortir, Seigneur, de cette épuisante logique des dettes et des « devoirs » de ce monde impitoyable où sans cesse tour à tour créanciers et débiteurs, sans cesse occupés à réclamer notre dû, ou à négocier des délais, nous n’avons plus le temps d’être des frères. »
« Ce qu’on appelle le salut, c’est d’accepter d’entrer avec Dieu dans cette relation d’amour, non par obéissance ou crainte de l’enfer, pas même par politesse devant la grandeur de son don, mais librement, parce qu’on a pressenti l’incroyable intensité de son amour à lui. […] Rien ne contriste dieu davantage que ce refus de sa grâce : c’est pour lui, qui veut que tous les hommes soient sauvés, le prie échec qu’on puisse imaginer. »
« Bien sûr que personne n’est digne de recevoir en soi le Créateur de l’univers ! Mais ce n’est pas une raison de faire la tête. Il y a de quoi se réjouir, au contraire. Parce que mon indignité qui m’intimide tant, Dieu s’en fiche. Parce que cela ne l’empêche pas de venir jusqu’à moi, au plus intime de moi-même, alors même que je n’ai rien mérité. Parce que je ne suis pas digne. Parce que tout est grâce. »
« Il n’est pire destruction que celle qu’on accomplit au nom du bien de ceux-là mêmes qu’on est en train d’anéantir. »

lundi 18 mars 2019

Là où les tigres sont chez eux

Est un bon gros pavé aux multiples personnages et histoires de Jean-Marie Blas de Roblès. 
Attention, il faut aimer les personnages qui se croisent et se font signe, entre les lieux et les siècles. Et peut-être les biographies. Car notre fil conducteur est une biographie du jésuite Athanase Kircher, un savant du XVIIe siècle qui a cru déchiffrer les hiéroglyphes, inventer mille et une machines, s'intéresser à tout ce qui faisait son siècle, surtout dans le domaine des sciences et des langues. C'est un esprit encyclopédique, qui démontre tout par la Bible : origine des hommes, des langues et même Dieu unique dissimulé dans les polythéismes. Cette biographie est entre les mains de notre héros, Eleazard von Wogau, qui la commente depuis le fond du Brésil, qui lui est plus agréable que la France. Cet Eleazard a une famille, en pleine explosion : sa femme Elaine l'a quitté, sa fille Moéma aussi. Il a heureusement quelques amis, une gouvernante et un affreux perroquet. Et puis, il y a une italienne de passage qui l'occupera un petit temps. Et Elaine, sa femme, est paléontologue, en mission. Avec Mauro, fils de la comtesse Carlotta et de l'homme d'affaire et gouverneur Moreira, que l'on verra aussi avec Eleazard. Quant à Moéma, elle étudie (peu), baise et se drogue (beaucoup). En outre, on rencontre Nelson, handicapé et l'oncle Zé qui vivent dans les favélas. Ils ont croisé et croiseront aussi certains personnages. Et autant vous le dire, dans ce Brésil hostile et corrompu, tout va de mal en pis. 

Ouvrage et histoires aussi baroques que le fourmillement de Kircher et son cabinet de curiosité, ce livre est un plaisir de lecture, avec une belle langue et des aventures picaresques. Il est toutefois fondé sur le faux et l'échec, à l'image de Kircher, ce qui donne une fin frustrante et déprimante : on ne sait pas exactement ce qu'il advient de chacun mais aux dernières nouvelles, c'est pas du tout l'extase. Et jamais je n'ai réellement réussi à m'attacher aux différents personnages.

Bref, si vous aimez les romans à la Umberto Eco, foncez, c'est le même genre !

lundi 18 février 2019

La sainte ignorance

Cet ouvrage d'Olivier Roy m'a beaucoup intrigué par son titre. Il était sur ma LAL depuis des années et je le croisais beaucoup dans des bibliographies diverses. Autant de raisons qui m'ont poussée à l'emprunter enfin.

L'ouvrage commence sur des questions :

"Pourquoi des dizaines de milliers de musulmans en Asie centrale deviennent-ils chrétiens ou témoins de Jéhovah ? Comment une Église protestante évangélique peut-elle s’enraciner au Maroc et en Algérie ? Pourquoi l’évangélisme protestant fait-il une percée extraordinaire au Brésil (25 millions de membres en 2007) ou en Afrique de l’Ouest ? Comment expliquer que la religion qui croît le plus vite dans le monde soit le pentecôtisme ? Pourquoi le salafisme radical attire-t-il des jeunes Européens, blancs ou noirs ? Comment se fait-il qu’Al Qaida soit l’organisation « islamique » qui compte le plus fort pourcentage de convertis ? Inversement, pourquoi l’Église catholique a-t-elle tant de mal à garder ses ouailles et voit-elle le nombre de vocations chuter en Occident ? Comment se fait-il que les défenseurs de la tradition anglicane conservatrice soient aujourd’hui nigérians, ougandais ou kényans, alors que le primat de l’Église anglaise, Rowan Williams, approuve et l’usage de la charia pour le droit civil des musulmans britanniques et l’ordination de prêtres homosexuels ? Pourquoi les orthodoxies slaves sont-elles, à l’inverse du protestantisme, repliées sur les identités nationales, tout comme l’hindouisme ? Pourquoi le bouddhisme fait-il une percée en Occident ? Pourquoi l’exacerbation idéologique de la religion en Iran conduit-elle à une sécularisation de la société civile ? Pourquoi la Corée du Sud fournit-elle, en proportion de sa population, le plus grand nombre de missionnaires protestants dans le monde (elle vient, en chiffres absolus, juste après les États-Unis) ? La théorie du clash (ou du dialogue) des civilisations ne permet pas de comprendre ces mouvements tectoniques qui brouillent les cartes, les territoires et les identités, et cassent les liens traditionnels entre religion et culture. Que se passe-t-il quand les religions se détachent de leurs racines culturelles ? Ou plus simplement, comment se fait-il que ce soient les religions qui semblent aujourd’hui porter les reclassements identitaires ?"

Et l'auteur s'interroge sur la sécularisation du monde qui semble aller à reculons. Quelles sont ces religions qui font tant parler d'elles ? Pourquoi ce regain, parfois jusqu'au fondamentalisme ? Comment fonctionnent les conversions ? Interrogeant la mondialisation du monde et les liens entre culture et religion, l'auteur note un décrochement : ce n'est plus un lien fort entre une société et une religion mais plutôt la sécularisation et une expérience personnelle, un accès immédiat à la religion, sans mise à distance ou considération historique ou culturelle qui prime et renforce un phénomène de "sainte ignorance". On est donc au delà du "choc des civilisations" puisque le lien entre culture et religion n'est plus.

La mutation du religieux est notamment liée à la déterritorialisation c'est-à-dire à la circulation généralisée et à la déculturation c'est-à-dire non lié à une culture spécifique ou à un savoir préalable.
On note de ce fait une standardisation du religieux, qui insiste sur des normes et valeurs. Et deux attitudes principales émergent : le fondamentalisme pour lequel la foi est le plus important et l'accomodationniste qui peut partager des valeurs avec des non-croyants.

I. L'inculturation du religieux

"L'expansion d'une religion se fait-elle à la faveur de l'expansion d'une culture nouvelle, ou à la suite d'une déconnexion entre religion et culture ? [...] La religion se veut au-delà de toute culture, même si elle peut considérer qu'elle est soit toujours incarnée dans une culture donnée à un moment donné, soit qu'elle produit une culture qui est la transformation des normes religieuses en habitus"
Il peut donc exister un passage au multiculturalisme, et l'on ne peut nier que les religions fabriquent de la culture, qui tendent à faire société et à effacer d'elles le religieux. La Cène est-elle une représentation religieuse ou peut-elle être culturelle, rattachée à un temps, une expression artistique ? On peut poser un discours historique sur le Christ ou un discours religieux. 
"Trois positions sont alors possibles pour la religion : penser la culture comme profane, séculière ou païenne" 
Et quand on dit profane, ça signifie : indifférent et subalterne au religieux. Séculier : autonome et légitime. Païen : antinomique et idolâtre.

Roy parle ensuite des normes qui définissent culture et religion et qui font que ça frotte, puis de la conversion et de diffusion d'une religion, que ce soit par la croisade ou la mission, adossée à la colonisation. Aujourd'hui, ce n'est plus une inculturation mais un retour aux fondamentaux qui prime. La culture ou société ignore la religion en occident, tandis que la religion tend à ignorer la culture, pensée comme païenne, et va jusqu'à se méfier du savoir religieux : ce qui conduit à la "sainte ignorance" du titre.

II. La mondialisation et le religieux

Comment fonctionne la diffusion des religions dans un monde globalisé ? Est-ce plutôt une domination ou un marché libre ?
"Le passage au Sud du christianisme ne correspond donc pas à l'émergence d'une nouvelle hybridité culturelle, mais au contraire à une dissociation exacerbée des marqueurs culturels et religieux"
Puis il est question du marché du religieux, avec une demande de religieux, des consommateurs de produits spirituels et un marché qui n'est plus captif, avec une concurrence des religions. Cela correspond bien aux conversions individuelles, aujourd'hui plus répandues que les conversions de masse de l'acculturation. Et ce processus est rendu possible par le détachement du religieux du culturel. Et internet accentue le phénomène de circulation avec des i-churches.
"Dans nombre de religions aujourd'hui, la notion de "paroisse" ou de communauté territoriale s'efface au profit de la communauté d'affinités"
Mais en réalité, il s'agit plutôt d'un formatage du religieux, avec trois dimensions : la foi exprimée comme quête spirituelle par le croyant, la religion comme paradigme normatif sans contenu précis, définie aux USA par les tribunaux, et une convergence institutionnelle autour de figures de pasteurs, d’aumôneries, etc. C'est donc l'expérience du religieux qui prime sur le savoir religieux.
Dans ce contexte, comment se vit la transmission du religieux ? 
"On essaie d'attirer les jeunes sur la base de leur propre culture. En particulier, on utilise les modes de socialisation ambiants ; on fait de la pratique religieuse une forme de vie associative, en jouant sur les cultures de "tribus""

Une lecture passionnante, riche, qui propose une analyse fine des questions religieuses aujourd'hui. Très tournée vers les fondamentalismes protestants et musulmans, elle explique bien le succès de ces religions et le processus qui leur permet de s'imposer tout en questionnant la pérennité des religions sans culture.