lundi 14 août 2017

Artistes sans art ?

Cet ouvrage de Jean-Philippe Domecq est lu depuis des mois. Je n'avais toujours pas pris le temps de vous en parler. Il est composé de diatribes contre l'art contemporain. Il propose une critique de cet art qui n'a plus de limites, qui prend tout l'espace du monde et appelle à se méfier : nous ne serions pas dans une énième querelle des Anciens et des Modernes mais dans une crise artistique plus profonde. Une crise de la pensée, une bulle intellectuelle et spéculative. 

Jean Dubuffet, La rue, 1980

Voici comment se divise l'ouvrage : 

I. L'art contemporain contre l'art moderne
Et si le fait d'avoir raté Van Gogh justifiait le prix fou de ses toiles aujourd'hui ? Et si cette sacralisation tentait de rattraper l'indifférence initiale ? Et si l'on avait désormais peur de rater le prochain Van Gogh ? Est-ce pour cela qu'on sacralise tant d'artistes sur le simple critère de la nouveauté de leur œuvre ? Et là, on casse du Warhol. Et du Buren.

"Le rire sanguin que le fasciste oppose à l'art moderne a un antécédent historique que l'idéologie moderniste cultive précieusement dans ses pages de gloire. C'est en 1863, au Salon des Refusés, la foule s'esclaffant devant le Déjeuner sur l'herbe, et par la suite refusant les œuvres que l'histoire de l'art retiendra parmi les plus significatives de l'époque [...] Ce rire symbolisa, jusqu'à nos jours, le divorce entre le public et l'innovation artistique, divorce dont les avant-gardes artistiques ensuite se firent une gloire, un devoir, et un critère systématique. La rhétorique moderniste s'est servie de ce réflexe populaire, en effet significatif d'une constante, pour congédier d'avance toute réaction critique face aux productions de l'art moderne". 
 
II. Quand la signature s'est mise à suffire
Les critiques d'art ont aussi leur responsabilité dans la course à la nouveauté, faisant la pluie et le beau temps sur la valeur commerciale des artistes et de leurs œuvres. On parle d'impératif néomaniaque (oui, c'est un peu effrayant). Il est aussi question de tout l'arsenal spéculatif de l'art, qui prend presque le pas sur les œuvres et impose une hiérarchie nouvelle : c'est initialement l’œuvre qui prime sur le discours. 

III. De l'expérimentalisme et de l'invention
L'art du début du XXe se construit autour de révoltes de fond, qui multiplient les avant-gardes. Mais elle tend ensuite à devenir le principe d'innovation, il faut être en rupture, même s'il n'y a pas de fond derrière. Parmi ceux qui trouvent grâce aux yeux de Domecq, qui construisent leur art en intériorisant les avant-gardes sans en faire un indispensable, il y a Giacometti ou Hopper par exemple, à qui l'auteur consacre un joli chapitre. 

Un ouvrage critique intéressant quoi que parfois répétitif, qui questionne sur notre appréhension de l'art moderne. 

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