lundi 17 janvier 2022

Le jardin des tempêtes

Vous avez remarqué ? Je me remets à lire un peu de poésie. Et j'aime beaucoup ça. Je découvre des auteurs contemporains comme Yvon le Men, qui m'emmène dans les embruns, l'amour, la mer. A travers ce choix de poèmes, j'ai lu des formes courtes comme des haikus ou plus longues comme des chants. Je ne sais pas parler de poésie autrement qu'en vous en confiant quelques unes.


Danse, danse,
Fais tourner les feuilles
Les fleurs et tes bras.
Le soleil claque dans ses mains
La terre se réchauffe
Danse, danse,
Tu m’emmènes vers toi.
Violons, rires, morceaux de bonheur
A la volée !
L’avenir rebondit sur le ciel
J’ai mal aux émotions
Danse, danse.
Nos yeux jaillissent
Baigne-toi dans moi, je te lave
Et les notes de musique comme des gouttes de pluie
Baptême devant la vie !
Et blanches les lèvres et bleus nos corps
Danse, danse, danse.
Il fait bon.
Et si je te disais ce soir que tu es belle
Les nuages n’en tomberaient pas.
Les saisons s’enfonceraient toujours dans la vie,
Comme un couteau.

Les arbres sont venus ce matin faire une forêt à Blanche-Neige.
Tes paupières étaient des papillons de nuit qui tournaient
Autour de mes yeux.
Bientôt tu te réveilleras
Quand tu auras fini d'escalader ton rêve.
Je ne sais jamais où tu vas
Ainsi, allongée entre deux jours.
Je suis parfois jaloux de cette femme en noir
Qui nous sépare.
Mais les vagues sont nombreuses sur la mer
Autant que les hommes qui roulent sur la vie
Et butent contre toi.
Ton sourire s'échappera de notre tendresse
Parce que la mer s'en va aussi par derrière l'Ile.
Ce pays fabuleux qui crie :
"Emmène-moi au bout du monde"
De l'autre côté de l'enfance.
Et moi qui avais besoin de Blanche-Neige pour m'endormir
Je resterai assis sur la jetée
Et mes larmes rempliront la mer jusqu'au raz de marée
Qui m'amènera au bout de la vie.

Casse-toi le cœur 
Empierre ton âme jusqu'au feu
Marche dessus à t'en bruler l'amour.
Tu es plus belle que moi. 
Je serai aux pieds de tes mains
Te donnerai l'anneau de lune
Phénix, vole une dernière fois
Vers la mer, et reviens moi. 
Partageons-nous le lit comme un morceau de faim
Avant de faire l'amour
Nous déferons la haine qui nous aveugle.
Nous n'avions pas les yeux en face du ventre.
J'ai torturé ma nuit
Et le jour a avoué son soleil.
Que va-t-il arriver dans ce désert ?
Où sont les mirages qui balancent des images au ciel ?
Pourquoi traverser ?
Parce qu'il faut que chacun trouve son Amérique. 
Nous hurlerons amour, amour !
Comme ils crièrent terre, terre !
Cherche-moi mon amie, et tu me trouveras.
Un sourire de toi bien éclairé,
Et je bascule sans crainte dans l'ombre.
On s'enverra en l'air vers les oiseaux
Qui rapacent au-dessus de nos têtes.
Sais-tu que je te trompe, quand je regarde la Voie lactée,
Alors le désir me donne un coup de poignard dans le dos
Je m'éventre comme un bouquet de fleurs en flames
Qui montent jusqu'à la mort.
A nouveau la vie éclaire toute la chambre et nos lèvres.
Séduis-moi, manque-moi,
Et tout d'un corps on se partagera en deux
Et encore et encore,
Par petits morceaux de rêves qui couleront de nos yeux. 

Au commencement était l'amour
Le coup de foudre qui brule les chaumières tapies dans nos rêves
Nous avons appris à construire nos maisons dans les contes de fées
A bâtir le mur pour nous protéger des sorcières
Les branches attendent dans la forêt qu'on vienne les ramasser
Et la rivière trace un cercle autour de la lumière

Nous sommes deux
Nous ne savons qui nous sommes
La vie jettera les ponts qui joindront la lune au soleil
Le jour à la nuit
Ton corps au mien
Voilà ce qui est écrit sur les lignes de ma main posée contre mon front
Quand j'ai la fièvre de t'attendre
Je suis né par la force des hommes et des femmes
Qui poussent le destin jusqu'à la joie


Ma chère petite sœur
J'allumerai l'étoile Polaire jusqu'à l'arc-en-ciel

Je t’appellerai
Draps de neige étendus sur les cordes vocales
Branches nouées dans la gorge

Je te verrai
Pain noir sur la nappe blanche
Raisin qui coule dans nos verres

Tu viendras
Marche jusqu’à mes yeux
Echelle de corde jusqu’au cœur
Cœur qui balance la tête
Ciel qui tombe dans mes mains

Mange jolie fille qui écrase tes pas sur le seuil avant d’entrer
Donne-moi tes yeux cachés dans ton mouchoir

Je te ferai l’amour avec sympathie
Beaucoup de maladresse
Je serai à la douane de tes lèvres
Et je ne dirai rien
Sinon qu’il fera beau

Mais les fleuves ne passent-ils pas par les rocs

Toujours vont vers la mer
vers le lieu où ils ne sont plus
et deviennent l'océan

combien de temps
a duré la lecture

trois feuilles de lierre sont tombées
[...]
sous un charme

j'ai vieilli d'une heure
mon visage a rajeuni
[...]
ne peut sortir de l'eau

le reflet du goéland
[...]
dans la lumière
disparait le cormoran

ce n'est plus 
qu'un peu de cri
qui vole

samedi 15 janvier 2022

Un combat

Relecture avec cette nouvelle édition, d'une nouvelle de Süskind lue adolescente.  

Au jardin du Luxembourg, Jean, champion local d'échecs, affronte un nouveau venu. Plein de flegme, l'air vainqueur, un jeune homme l'affronte devant les badauds habituels. Ceux-ci, souvent mis échec et mat par Jean et impressionnés par son adversaire, commentent le match. Tous, même Jean, ont envie que le nouveau venu gagne. Le lecteur suit le jeu jusqu'à son dénouement.

Edité avec des dessins de Sempé, ce livre est une belle redécouverte !



mercredi 12 janvier 2022

L'ennéagramme, un chemin de vie

Je continue de me documenter sur l'ennéagramme, cet outil de connaissance de soi et des autres. Ce que j'ai apprécié avec l'essai de Marielle Bradel, c'est son côté complet et son intérêt pour l'évolution des personnes.

L'ennéagramme, c'est 9 types de personnalités construites à partir d'un évitement pendant l'enfance. Cela a amené l'adulte à se construire de façon à éviter des situations qui lui provoquent trop de souffrance. A partir de cette croyance initiale, souvent inconsciente, les personnes développent des comportements particuliers. Les évitements initiaux sont les suivants : la colère, considérer ses besoins, l'échec, la banalité, le vide intérieur, la transgression, la souffrance, la faiblesse et le conflit. 

Dans cet ouvrage, les neufs types sont expliqués avec leurs points forts et faibles, leur source d'énergie et leur façon d'être en situation d'intégration (quand tout va bien) ou de désintégration (sous stress ou quand tout va mal). Au-delà de l'aspect descriptif, des conseils sont donnés pour identifier son type et surtout l'apprivoiser ! 

Une bonne façon d'aborder le sujet de façon globale et profonde, malgré des répétitions, pédagogiques certes, mais un peu lassantes. 

lundi 10 janvier 2022

Asta

Ma découverte de l'œuvre de Jon Kalman Stefansson se poursuit avec ce roman, très différent de ceux qui me l'ont fait découvrir. C'est un peu un puzzle que ce roman, que l'histoire d'Asta, de ses parents, de leur amour. 

Roman qui se joue de la chronologie, il ne livre que des fragments, des morceaux importants pour comprendre qui est Asta. Parmi les moments forts, la chute de son père, qui fait défiler des moments fusionnels avec Helga, sa femme, des moments de rupture, des temps en famille ou au travail. On compte aussi un séjour à la campagne pour les ados à problème. Une dépression terrible à Vienne. Des lettres. Au centre de tout ? L'amour, les relations, la solitude infinie. Ce qui compte dans une vie !

C'est une écriture plus contemporaine et plus incisive que celle que je lui connaissais mais agréable et forte aussi.  

"Elle avait réglé sa montre sur l'horloge de la cathédrale, dont on peut supposer qu'elle affiche l'heure de Dieu et qu'elle est, par conséquent, exacte à la seconde près"

"Ceux qui sont capables de parler de poésie sans s'ébouriffer, desserrer leur cravate ou froisser leur jupe feraient sans doute mieux de parler d'autre chose"

lundi 3 janvier 2022

Ce que j'aurais aimé savoir avant de me marier

Ce court livre de Gary Chapman doit être proposé dans toutes les préparations au mariage... Bon, on l'a découvert un peu tard mais il reste intéressant pour continuer à échanger en couple sur les besoins de chacun. Chaque chapitre, assez court, s'intéresse à un aspect de la vie en couple, avec des exemples et pas mal d'humour. Il se termine systématiquement par des questions à se poser.

Au programme : le sentiment amoureux et les étapes de l'amour, les disputes, le rapport à la famille, la vie quotidienne et les tâches ménagères, l'argent, la sexualité, les caractères et la vie spirituelle. Oui, ça fait pas mal de sujets ! Si on apprend pas grand chose, on rigole bien devant certains exemples (ou certaines traductions, notamment "l'époque des fréquentations") et on discute avec son amoureux. C'est pas si mal !



jeudi 30 décembre 2021

Dickinson, poèmes choisis

511

If you were coming in the Fall,

I'd brush the Summer by

With half a smile, and half a spurn,

As Housewives do,  a Fly.

 

If I could see you in a year,

I'd wind the months in balls -

And put them each in separate Drawers,

For fear the numbers fuse -

 

If only Centuries, delayed,

I'd count them on my Hand,

Subtracting, till my fingers dropped

Into Van Dieman's Land.

 

If certain, when this life was out -

That yours and mine, should be -

I'd toss it yonder, like a Rind,

And take Eternity -

 

But, now, uncertain of the length

Of this, that is between,

It goads me, like the Goblin Bee -

That will not state - its sting.

 

561

I measure every Grief I meet

With narrow, probing, Eyes -

I wonder if It weighs like Mine -

Or has an Easier size.

 

I wonder if They bore it long -

Or did it just begin -

I could not tell the Date of Mine -

It feels so old a pain -

 

I wonder if it hurts to live -

And if They have to try -

And whether - could They choose between -

It would not be - to die -

 

I note that Some - gone patient long -

At length, renew their smile -

An imitation of a Light

That has so little Oil -

 

I wonder if when Years have piled -

Some Thousands - on the Harm -

That hurt them early - such a lapse

Could give them any Balm -

 

Or would they go on aching still

Through Centuries of Nerve -

Enlightened to a larger Pain -

In Contrast with the Love -

 

The Grieved - are many - I am told -

There is the various Cause -

Death - is but one - and comes but once -

And only nails the eyes -

 

There's Grief of Want - and Grief of Cold -

A sort they call "Despair" -

There's Banishment from native Eyes -

In sight of Native Air -

 

And though I may not guess the kind -

Correctly - yet to me

A piercing Comfort it affords

In passing Calvary -

 

To note the fashions - of the Cross -

And how they're mostly worn -

Still fascinated to presume

That Some - are like My Own -

 

579

I had been hungry, all the Years -

My Noon had Come - to dine -

I trembling drew the Table near -

And touched the Curious Wine -

 

'Twas this on Tables I had seen -

When turning, hungry, Home

I looked in Windows, for the Wealth

I could not hope - for Mine -

 

I did not know the ample Bread -

'Twas so unlike the Crumb

The Birds and I, had often shared

In Nature's - Dining Room -

 

The Plenty hurt me - 'twas so new -

Myself felt ill - and odd -

As Berry - of a Mountain Bush -

Transplanted - to a Road -

 

Nor was I hungry - so I found

That Hunger - was a way

Of Persons outside Windows -

The Entering - takes away -

 

580

I gave myself to Him -

And took Himself, for Pay,

The solemn contract of a Life

Was ratified, this way -

 

The Wealth might disappoint -

Myself a poorer prove

Than this great Purchaser suspect,

The Daily Own - of Love

 

Depreciate the Vision -

But till the Merchant buy -

Still Fable - in the Isles of Spice -

The subtle Cargoes - lie -

 

At least - 'tis Mutual - Risk -

Some - found it - Mutual Gain -

Sweet Debt of Life - Each Night to owe -

Insolvent - every Noon –

 

609

I - Years had been - from Home -

And now - before the Door -

I dared not enter - lest a face

I never saw before

 

Stare vacant into mine -

And ask my Business there -

My Business - just a Life I left -

Was such – still dwelling  there?

 

I fumbled at my nerve –

I scanned the Windows o’er -

The Silence - like an Ocean rolled -

And broke against my Ear -

 

I laughed a Wooden Laugh

That I - could fear a Door -

Who Danger – and the Dead – had faced -

And never shook - before.

 

I fitted to the Latch - my Hand

With trembling care -

Lest back the Awful Door should spring -

And leave me - in the Floor --

 

Then moved my fingers off, as cautiously as Glass -

And held my Ears - and like a Thief

Stole - gasping - from the House.

 

610

You'll find - it when you try to die -

The Easier to let go -

For recollecting such as went -

You could not spare - you know.

 

And though their places somewhat filled -

As did their Marble names

With Moss - they never grew so full -

You chose the newer names -

 

And when this World - sets further back -

As Dying - say it does -

The former love - distincter grows -

And supersedes the fresh -

 

And Thought of them - so fair invites -

It looks too tawdry Grace

To stay behind - with just the Toys

We bought - to ease their place -

 

613

They shut me up in Prose -

As when a little Girl

They put me in the Closet -

Because they liked me "still" -

 

Still! Could themself have peeped -

And seen my Brain - go round -

They might as wise have lodged a Bird

For Treason - in the Pound –

 

Himself has but to will

And easy as a Star

Abolish his Captivity -

And laugh - No more have I -

 


669

No Romance sold unto

Could so enthrall a Man -

As the perusal of

His Individual One -

'Tis Fiction's – to dilute plausibility

Our – Novel - When 'tis small eno’

To Credit - 'Tisn’t true -


lundi 27 décembre 2021

Les contes de l'Alhambra

J'ai noté ce titre de Washington Irving lorsque j'ai visité ce magnifique monument de Grenade. Croisé au hasard d'une boite à livre (eh oui, parfois il y a des petits trésors là-dedans), je l'ai finalement lu récemment. Notre auteur, américain, se met en scène lors d'un voyage en Espagne. Il vantera fortement le caractère des espagnols, fiers, honnêtes, un peu rustres, et de la terre qui les porte. A mesure de son récit de voyage et de son installation dans l'Alhambra - on peut faire ça au XIXe, c'est dingue, non ?-, il collecte des contes. Ceux-ci se passent souvent à l'époque médiévale, sous le règne des Maures ou à la Reconquista. Il est question de trésor, de fantômes, de femmes... C'est charmant !



mercredi 22 décembre 2021

La ballade du calame

Jolie découverte que cette œuvre d’Atiq Rahimi que je lis pour la première fois. J’ai un magnifique souvenir de Syngue Sabour, le film qui a été tiré de son livre. Encore une histoire d’exil, avec un afghan, c’est un peu monomaniaque ce blog ! Eh bien, pas vraiment. Car l’exil, même s’il en est question, n’est pas au centre de l’ouvrage. Ce sont plutôt des digressions poétiques sur l’écriture, la callimorphie (un art de l’encre, des lettres et des formes féminines – mais pas que), l’enfance, la spiritualité, l’exil enfin.

Ne cherchez pas un témoignage dans ce livre, vous aurez plutôt des morceaux de vie et beaucoup de pensées.

« Mon pays a sombré dans la terreur de la guerre, dans l'obscurantisme, et, là-bas j'ai perdu les clefs de mes songes, de ma liberté, de mon identité… Aussi l'ai-je quitté en espérant retrouver mes clefs là où il y a de la lumière, de la liberté, de la dignité… tout en sachant que je ne les retrouverai jamais. Toute création en exil est la recherche permanente de ces clefs perdues »
« On me demande souvent si je me sens plutôt afghan ou français.

- Afghan quand je suis en France, français quand je suis en Afghanistan.

Je suis donc toujours ailleurs.

Ailleurs, c'est l'espace de mon errance.

Là où se perd mon corps : Je suis là où je ne suis pas.

Là où s'évadent mes souvenirs, mes rêves, mon désir…

[…]

« Ailleurs je n'arrive pas à le définir.

Il est indéfinissable.

Il n'est ni là où je suis,

ni là d’où je viens,

ni là où je vais.

Cet endroit refuse d'être désigné, nommé.

Ailleurs est le vrai sens de l'exil »

lundi 20 décembre 2021

Extérieur monde

Je ne sais pas trop quoi vous dire de ce roman d'Olivier Rolin, offert par une collègue. Si j'ai apprécié quelques passages, je me suis globalement ennuyée. L'écriture est souvent belle, c'est elle qui m'a permis d'arriver au bout de la lecture.

Il ne s'agit pas de mémoires et pourtant ça y ressemble furieusement. L'auteur reprend ses carnets de notes, se souvient de voyages, de femmes, d'aventures dans divers pays du monde. Il parle aussi d'artistes, de littérature, de ses propres livres. Pas de pitch à vous livrer, ça part dans tous les sens, à l'image de cette citation :

"(puisque nous en étions là avant ces digressions qui seront je le pressens la matière même du livre, comme la liberté anarchique, rayonnante des branches, des rameaux, des feuilles, est l'être des arbres, et j'aime concevoir un livre comme un arbre, cette comparaison venant peut-être de Flaubert qui voulait "que les phrases s'agitent dans un livre comme les feuilles dans une forêt, toutes dissemblables en leur ressemblance")


vendredi 17 décembre 2021

Profanes

Voilà un très joli roman de Jeanne Benameur ! Je crois que c'est celui que j'ai préféré jusqu'à présent. 

Octave Lassalle rassemble quatre personnes autour de lui, quatre personnes pour l'accompagner dans chaque journée. Il a 90 ans, il est retraité de son métier de chirurgien depuis longtemps, il a perdu sa fille et sa femme l'a quitté. Et pourtant, toutes deux habitent encore un peu cette grande maison. Alors pour ses dernières années, il réunit Hélène, une artiste, à qui il demande un portrait ; Béatrice, qui s'occupe des nuits en même temps qu'elle étudie ; Marc, qui jardine et partage les matins et Yolande, qui fera la cuisine. Chacun a sa clé, ses horaires et sa chambre - au cas où. Ils sont amenés à se croiser, mais fort peu. C'est Octave qui mène la danse. Et à son contact, pour chacun, d'étranges histoires remontent à la surface de leurs consciences. Des histoires de guerre en Afrique, des histoires de frère mort, des histoires d'amour, de pauvreté, de gène ou de liberté. Chacun apprend, se découvre ou se redécouvre. Octave aussi change, sa petite Claire est plus présente et les circonstances de sa mort, les pauvres souvenirs s'éveillent à nouveau. Tout ce qui était mort ou caché tend à se montrer, petit à petit. Tout s'ouvre, ça communique, c'est intime, infime et c'est pourtant là.

 
Que c'est beau cette écriture, cette narration fine, en ellipses.

 

"Dans le fond, il faudrait toujours acheter les journaux en retard, comme ça on se sentirait à l'abri des choses et on regarderait les "nouvelles" tranquillement même quand c'était des catastrophes"


"Il ouvre les yeux. Les étoiles au-dessus de sa tête sont mortes depuis longtemps. Pourtant, la beauté est là. Quand même. Bien sûr il y a un phénomène physique et des calculs précis qui permettent de savoir exactement comment la lumière se propage dans l'espace. Mais la beauté ? Ce que provoque en lui ce scintillement-là dans tout le noir, quel chiffre peut le mesurer ?"

 
"Il dit que la poésie aide au vif de la vie. Que les mots gardent vivant même quand on croit qu'on est déjà mort"

"Il se dit qu'œuvrer sauve de tout. Se concentrer totalement. Evacuer de sa tête de son cœur tout ce qui gène. Etre entièrement à ce qu'on fait. Et c'est tout. La belle expression. Oui, c'est vraiment "tout". Alors quelque chose s'ouvre. Une joie dans cette solitude. Et c'est ça qu'il a connu : cette joie-là, à nulle autre pareille, profonde, indicible [...] Les miracles prennent leur source dans la capacité à être totalement présent, il en est sûr"


"Quand je n'ai plus de refuge, je vais dans les mots. J'ai toujours trouvé un abri, là. Un abri creusé par d'autres, que je ne connaitrai jamais et qui ont œuvré pour d'autres qu'ils ne connaitront jamais. C'est rassurant, de penser ça"


"Ces moments ont existé. Ce bonheur qui a été vécu, rien ne peut faire qu'il ne l'ait pas été. Même la mort. La mort ne balaie rien. Le chagrin peut tout brouiller. Un temps. Comme à chaque fois que l'on est séparé de ceux qu'on aime. On se dit que plus jamais. Eh bien plus jamais, d'accord. N'empêche que ce qui a été est. A l'intérieur. Pour toujours"


"Est-ce qu’on peut perdre la faculté d’aimer tout près de soi ? Est-ce que pour faire son métier comme il le faisait, il fallait forcément que sa capacité d’amour se diffracte ? Est-ce que c’était pareil pour ceux que la fameuse foi en dieu faisait entrer en vocation ? Où loger ensuite l’amour des siens ? Comment réduire l’amour à une compagne, à une famille ? Sa famille, la vraie, c'était tous ceux qui se présentaient devant lui, ceux à qui il avait juré de porter assistance, quoi qu'il en coute"



lundi 13 décembre 2021

Le cœur de l'homme

Je clôture avec ce titre ma lecture de la trilogie de Jon Kalman Stefansson. A la fin du tome précédent, j'étais persuadée que l'aventure était finie, qu'il n'y avait que deux tomes, que je n'entendrais plus parler du "gamin". Alors imaginez ma joie de découvrir que j'allais de nouveau suivre ce personnage.

Jens et le gamin, rescapés de la tempête, se réveillent dans la belle demeure d'un médecin. C'est là qu'ils rencontrent Alfheidur, une beauté aux cheveux roux et aux yeux verts qui ne cessera d'habiter l'esprit du gamin. Remis de leur périple, ils regagnent le village. La vie semble reprendre tranquillement sauf que des lettres sont parties, ont été lues, ont changé des vies. Une femme a quitté son mari. Une autre croit qu'on se moque d'elle. Les mots du gamin ont un pouvoir qu'il découvre aux dépens des personnes. Rien n'a changé, tout a changé. Et Geirprudur, la riche et libre veuve qui accueille le gamin va aussi devoir faire des choix, coincée par les hommes riches du village.

Un troisième tome centré sur le village, sur les interactions entre les habitants, sur les différences sociales, donc différent des précédents qui étaient plutôt des quêtes et des voyages. Il est tout aussi riche et plaisant à lire, l'écriture, toujours aussi belle, et la force des mots toujours au centre de l'ouvrage. Un régal !

"Les besoins de l'homme ne sont pas légion : il lui faut aimer, se réjouir, manger, puis un jour il meurt. Pourtant, plus de six mille langues sont parlées à travers le monde, pourquoi doivent-elles être si nombreuses si c'est pour exprimer d'aussi simples désirs ? [...] Une caresse, un frôlement peuvent en dire plus que tous les mots du monde, c'est vrai, mais la caresse s'estompe au fil des ans et alors nous avons a nouveau besoin des mots, ils sont nos armes contre le temps, la mort, l'oubli, le malheur."

"On ne saurait vivre pour la seule raison qu'on n'est pas mort, ce serait une trahison. Il faut vivre comme une étoile qui scintille"


vendredi 10 décembre 2021

A suivre...

Cet ouvrage est celui d'une expérience photographique, artistique et littéraire de Sophie Calle. Dans Leviathan de Paul Auster, l'écrivain imagine le personnage de Maria, inspiré de Sophie. L'artiste décide alors de suivre les rituels du personnage et de vivre certains passage du livre. Un projet à la fois fou et simple : après tout, il n'y a qu'à suivre les indications. Dans la réalité, qu'est-ce que ça donne ?

Un livre en trois partis dont le point commun est la filature. Dans Préambule, on entre dans le carnet de Sophie via des photos de celui-ci. Ce carnet contient des textes datés, décrivant les filatures effectuées et les photos des personnes suivies. Dans la Suite vénitienne, Sophie décide de suivre Henri B. dont elle sait qu'il va passer du temps à Venise. Elle met d'abord un certain temps à le retrouver puis réussit à le suivre régulièrement avant de se faire reconnaitre. Dans La filature, c'est elle-même qui est suivie et qui débusque régulièrement le détective engagé. 

Une expérience étonnante, un peu malsaine, qui interroge sur la liberté.



lundi 6 décembre 2021

Brèves de solitude

Un peu déçue par ce roman de Sylvie Germain, mon billet sera court. 

A travers de multiples personnages présents dans un square peu avant le confinement, puis retrouvé chez eux pendant le confinement, l'auteur nous livre des bribes de vies, d'émotions. Il y a quelques interactions, des ruptures, des rapprochements mais finalement rien qui permette d'être avec les personnages. S'il fallait montrer la solitude et l'insaisissable de chacun, c'est gagné. Mais tout m'a paru bien moins profond et plus artificiel que ce à quoi nous a habitué l'auteure.



lundi 29 novembre 2021

Le bureau des jardins et des étangs

C'est une copine qui m'avait offert ce roman de Didier Decoin qui se passe dans le Japon du XIIe siècle. J'ai passé un bon moment de lecture même si le roman historique n'est pas mon genre favori.  


Katsuro, pêcheur de carpe et fournisseur du bureau des jardins et des étangs, vient de mourir. Sa veuve, Miyuki, est chargée par le village d'assurer la livraison des précieux poissons à la cité impériale de Heian-kyō. Chargée de 8 carpes, elle entreprend le voyage, toute à sa stupéfaction devant la mort d'un mari aimé. C'est l'occasion de se remémorer les bons moments avec le défunt, notamment ses "fiançailles" ou ses intrusions nocturnes, ainsi que les moments du quotidien. Pourtant, le voyage est loin d'être paisible et l'arrivée à la capitale réserve à la jeune paysanne quelques surprises avec un concours de senteurs, le takimono awase. 

Un roman agréable, bien écrit, bien mené mais qui ne m'a pas beaucoup touchée.



lundi 22 novembre 2021

Le roman de Venise

Voici un vieux de la vieille de la PAL ! Les échanges de George Sand et Alfred de Musset attendaient patiemment que je daigne les ouvrir. Lecture lente de mon côté, entrecoupée d'autres découvertes, je viens de refermer les dernières pages de cette saga des sentiments. Vous connaissez l'histoire j'imagine : George aime Musset, ils partent en voyage à Venise, il tombe malade et elle tombe amoureuse du médecin, retour à Paris et petit jeu entre les deux amants façon je te suis - tu me fuis. 

L'ouvrage édité par Babel rassemble à la fois les lettres des amants mais aussi quelques lettres avec leurs proches (Sainte-Beuve, Buloz, Pagello...), des extraits de journaux, de correspondance de l'époque qui s'intéresse à la vie des deux amants. Il propose des courriers de 1830 à 1844. Il ne s'agit pas de la correspondance exhaustive des deux amants mais d'une large sélection, avec quelques dessins - au début - et beaucoup de notes pour identifier les personnes concernées ou les événements. Outre l'histoire d'amour des amants, on y voit leurs soucis et préoccupations du quotidien - l'argent, les enfants, les écrits pour George... et la mère de Musset !

Un ouvrage plus exigeant mais aussi plus riche que je ne l'imaginais.

"Quand j'étais son esclave, il m'aimait faiblement ; à présent que je rentre dans les droits de ma raison, son orgueil blessé s'attache à moi et me poursuit comme une conquête difficile..."

"Tu n'es pas de ceux qu'une fatigue vaine doit décourager ni qu'une chute peut briser. Tu n'es pas destiné à ramper sur la boue de la réalité. Tu es fait pour créer ta réalité toi-même dans un monde plus élevé, et pour trouver tes joies dans le plus noble exercice des facultés de ton âme. Va, espère, et que ta vie soit un poème aussi beau que ceux qu'a rêvés ton intelligence"

"Ecoute, écoute, George, si tu as du cœur, rencontrons nous quelque part, chez moi, chez toi, au Jardin des Plantes, au cimetière, au tombeau de mon père (c'est là que je voulais te dire adieu). Ouvre ton cœur, sans arrière-pensée, écoute-moi te jurer de mourir avec ton amour dans le cœur ; un dernier baiser et adieu !"

"Je suis perdu, vois-tu, je suis noyé, inondé d'amour ; je ne sais plus si je vis, si je mange, si je marche, si je respire, si je parle ; je sais que j'aime. Ah ! si tu as eu toute ta vie une soif de bonheur inextinguible, si c'est un bonheur d'être aimée, si tu ne l'as jamais demandé au ciel, oh toi, ma vie, mon bien, ma bien-aimée ! regarde le soleil, les fleurs, la verdure, le monde ! Tu es aimée, dis-toi, cela autant que Dieu peut être aimé par ses lévites, par ses amants, par ses martyrs, je t'aime, ô ma chair et mon sang ! je meurs d'amour, d'un amour sans fin, sans nom, insensé, désespéré, perdu, tu es aimée, adorée, idolâtrée jusqu'à en mourir ! Et non ! je ne guérirai pas. Et non, je n'essayerai pas de vivre ; et j'aime mieux cela, et mourir en t'aimant vaut mieux que de vivre. Je me soucie bien de ce qu'ils en diront. Ils disent que tu as un autre amant. Je le sais bien, j'en meurs. Mais j'aime, j'aime, j'aime. Qu'ils m'empêchent d'aimer !"

"Hélas me voici lâche et flasque comme une corde brisée, me voici par terre, me roulant avec mon amour désolé comme avec un cadavre, et je souffre tant que je ne peux pas me relever pour l’enterrer ou pour le rappeler à la vie."

"je n'ai pas le courage de rester avec celui que je devrais aimer, et je l'aimerai toujours trop, pour jamais offrir de garantie certaine à un autre, contre lui. Je vais donc travailler à tuer l'amour en moi."

jeudi 18 novembre 2021

Le sens des limites

Voici un bel essai de Roger-Pol Droit et Monique Atlan ! Facile à lire, intelligent, il invite à la nuance et à la juste définition des limites. Un joli moyen de réfléchir en cette année électorale.  

La limite, entre son effacement et son affirmation, deux clans se font face. Et pourtant, la science des limites n'est pas exacte si elle est lue comme un camp contre un autre, comme quelque chose de figer, à détruire ou à renforcer. Face aux dialogues de sourds qui agitent notre société, le philosophe et la journaliste cherchent d'autres chemins.

La première partie décrit les deux courants, celui de l'effacement des limites dans un grand tout indistinct et du durcissement intransigeant. Homo illimitatus contre homo limitans. Alors, pour mieux comprendre ce qu'est la limite, on fait un peu d'étymologie et d'histoire. On découvre la proximité entre limite et passage. On s'aperçoit que les bornes peuvent être déplacées, à mesure qu'un cadastre ou que les connaissances changent. Et les limites franchies, c'est aussi le progrès. Mais la fin des limites, c'est aussi l'impensable, l'innommable. De l'Antiquité à nos jours, de la limite sociale à la limite morale, avec le basculement des temps modernes, c'est une rapide histoire des limites qui est dressée. Un temps particulier est pris sur l'ère de l'effacement, dû à un excès ou à un manque de désir, selon les hypothèses des auteurs. Après cet état des lieux, 10 variations sur les limites proposent une autre voie que l'affrontement binaire.

- La limite sépare et unit

"Exister, parler, connaitre, juger supposent toujours de séparer, de sortir de l'indéterminé, du brouillard de la confusion, du magma des éléments mêlés"

"Il faut, pour maintenir le droit à l'exception, à la singularité, donc à l'altérité, repartir de la séparation en tant que fondement et principe"

- La limite permet la pensée

"Socrate, parmi les premiers, a fait de la "coupure en deux", la dichotomie, un usage méthodique [...] l'instauration d'une suite de limites lui sert d'instrument central pour avancer, jusqu'à la spécification ultime"

"C'est ce qu'on peut dire qui délimite et organise ce qu'on peut penser"

- Toute limite est "limite de"

"Au premier regard, plus s'amplifie notre savoir, plus diminue notre ignorance [...] Cette évidence masque pourtant une autre proposition, un autre mouvement de la limite selon lequel plus le savoir s'accroit, plus l'ignorance augmente [...] Cette fois, ce n'est pas l'absence de toute connaissance, mais la prise de conscience toujours plus aigue des lacunes qui émerge de l'avancée du savoir elle-même"

- La limite n'est pas une ligne mais un espace

- La limite est un filtre

- La limite est à la fois déterminée et indéterminée

La limite comme "interface, où la possibilité de faire sens se joue en permanence, avec comme dans tout jeu, insuffisamment pris en compte, une part irréductible d'indéterminé" 

- La limite est dans le temps, continue et discontinue

Elle est temporelle, pas éternelle, et déplacer les limites doit être pensé dans le temps, graduellement.

- La limite est négociation

Elle est définie par les parties en présence.

- La limite interdit et protège

Pour une structuration et une organisation commune du monde.

- La limite est un horizon, elle inclut l'infini

"L'horizon "en nous" devient ainsi figure de la limite qui ferme et ouvre l'espace et le regard, sépare et réunit terre et ciel, fini et infini"

Un très bel essai, qui donne à penser !


"Les limites agacent et rassurent, protègent et inquiètent. Elles remplissent des fonctions opposées, suscitent des sentiments contraires. Mais jamais l'indifférence ou l'unanimisme"

"Dans la violence de l'hubris, figure souvent une part d'humiliation de l'autre, un mépris envers une victime [...] la démesure multiforme de l'hubris débouche donc constamment sur la négation de l'existence des autres. La limite constituée par leur présence, leur corps, leurs droits est annulée"

"L'idée de progrès suppose un avenir ouvert, indéfini, à construire. Cette notion implique à son tour une échelle de valeurs, des critères de jugement. Le progrès représente toujours un "mieux" dans le temps, une amélioration considérée comme telle en fonction d'une certaine conception de ce qui est souhaitable et désirable : santé, sécurité, prospérité, paix, etc."

"Ce qui relie profondément dépassement moderne et individualisme, c'est l'idée que chacun décide souverainement des limites, de celles qu'il accepte ou refuse, de celles qu'il surmonte ou transgresse. Seul juge, et seul responsable [...] Il est donc indispensable que les individus s'accordent pour créer une autorité et une force publique assurant la sécurité des personnes et des biens"

"La limite n'est pas un lieu où l'on demeure. On peut le traverser, se tenir sur ses bords, mais pas s'y installer. C'et un espace de transition, un no man's land où s'élaborent, se mettent en mouvement, se travaillent et se transforment idées, jugements, valeurs, interdits ou protections"

"La condition d'existence de l'autre est d'être distinct de moi (et réciproquement : je n'existe qu'à la condition d'être distinct de l'autre). La limite qui nous disjoint rend possible de nous rejoindre"

lundi 15 novembre 2021

Mille soleils splendides

Encore une sortie de PAL pour ce roman de Khaled Hosseini qui se passe en Afghanistan et retrace le quotidien de deux femmes. Un roman prenant et malheureusement toujours assez actuel !


C'est d'abord Mariam que le lecteur rencontre. Mariam est une "enfant naturel" comme on dit ou une "harami", fille d'un riche propriétaire de cinéma et d'une employée. Elevée sur une colline à l'écart de la ville par sa mère, visitée chaque semaine par son père, sa vie bascule le jour où elle décide d'aller lui rendre visite en ville. A son retour, tout aura changé et la voilà forcée à épouser à 15 ans un riche kaboulite. Elle quitte donc Herat avec Rachid, un veuf plus âgé qu'elle, qui la brusque et la bat. 

On rencontre ensuite Laila, une jolie enfant, qui grandit auprès d'un père lettré et d'une mère dévastée par la perte de ses fils, morts dans les combats contre les Russes. Après un bombardement, elle est recueillie par Rachid qui en fait sa seconde épouse. 

Une belle histoire de femmes et d'amitié, qui montre bien la variété des régimes en Afghanistan et leur influence sur la vie quotidienne. Une histoire aussi de la violence et de la place des femmes dans cette société.

jeudi 11 novembre 2021

La tristesse des anges

C'est la suite du roman Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson.
Le gamin est toujours accueilli par Helga dans le bar où il a trouvé refuge et rendu le livre. Il apprend à lire à voix haute, à traduire de l'anglais pour occuper les soirées du capitaine aveugle. Un soir, le postier débarque et termine sa tournée chez eux, collé à son cheval par le givre. Avant de repartir dans une autre direction, remplaçant un collègue malade, Helga lui confie le gamin. Bon marin, il saura rassurer le postier sur les fjords et la mer qu'il doit traverser et qui lui font si peur. C'est donc ce voyage, sous la neige et les tempêtes que nous conte cet opus. 

Voyage dans l'adversité, voyage dans l'intimité de chaque personnage, et découverte de l'accueil inconditionnel des paysans, des gagne-petit, des habitants de cette Islande si rude et dangereuse.

"Mais le sommeil fuit les défunts. Lorsque nous fermons nos yeux fixes, ce sont les souvenirs qui nous sollicitent à sa place. Ils arrivent d'abord isolés, parfois d'une beauté argentée, mais ne tardent pas à se muer en une averse de neige étouffante et sombre"
"L'homme doit toujours longuement souffler sur les braises afin que le feu ne meure pas, quel que soit le nom qu'on lui donne : vie, amour, idéal, il n'y a que l'étincelle du désir qui s'éveille d'elle-même"
"Il ne baigne pas dans la mort bleuté de l'océan, mais dans la clarté bénie du ciel, eh oui, il est parfois difficile de discerner l'un de l'autre. Ainsi en est il : l'espace qui sépare la vie de la mort est si réduit qu'il tient en un seul mot. Voilà pourquoi il convient toujours de s'armer de précautions avec eux - il en est au moins un qui porte en lui la mort"
"La vache beugle, pas très fort mais longuement, où es tu, lumière ? s'enquiert elle encore. Il n'y a pas de place pour beaucoup de pensées dans la tête d'une vache, tout juste quelques phrases répétées inlassablement, mais qui interrogent sur l'essentiel, leur voisinage est en général apaisant, la routine les rend heureuses et le bonheur est ce trésor que les hommes passent leur temps à chercher."
"Parfois on voit la vie que lorsqu'on a le nez dessus, voilà pourquoi nous devrions nous garder de jamais juger les choses de trop loin"
"Il reste allongé pendant que les rêves s'évaporent de sa conscience et s'élèvent vers le ciel où les anges les lisent, espérons qu'ils ne le font qu'afin de se distraire et ne les consignent pas pour lui en donner lecture le jour suprême, ce qui en fâcherait plus d'un"
"Un livre... dont les mots ne restent pas immobiles sur la page, mais qui s'envolent et nous donnent des ailes, même s'il nous manque l'air pour voler"

lundi 8 novembre 2021

Le bal des folles

Ce roman de Victoria Mas a pas mal tourné sur les blogs. Je ne sors pas mécontente de ma lecture mais pas emballée non plus. Le sujet est intéressant, mais finalement assez peu creusé.
C'est un roman féminin, qui tourne autour de plusieurs personnages : Eugenie, une jeune bourgeoise qui voit les morts ; Geneviève, une infirmière de la Salpetrière ; Louise, une adolescente abusée par son oncle. Dans un XIXe siècle à peine évoqué sinon par des références à Zola, on suit le quotidien de l'hôpital psychiatrique et de ses patientes. Sont-elles là pour être soignées ? Pas réellement, dans ce que nous montre l'auteure, elles sont plutôt destinées à faire progresser la science ! Pas de souci pour les soumettre à des expériences et les exhiber.
Avec l'arrivée d'Eugenie, Geneviève, la rigide infirmière change. C'est ce changement sur quelques semaines que nous suivons. On croise Charcot en coup de vent - et on ne l'apprécie pas. Tout reste très féminin et intime, les hommes étant présents pour toutes les décisions et activités sociales.

Roman intéressant pour son contexte mais léger en termes de ressorts narratifs et d'exploration de ce milieu. Dommage.



lundi 1 novembre 2021

Léon l'africain

Cet ouvrage d'Amin Maalouf est un roman historique s'attachant à la personne d'Hassan, un homme né à Grenade en 1488. Nous le suivons a posteriori à travers son autobiographie qui nous mène autour de la Méditerranée : Hassan fuyant l'Andalousie prise par les chrétiens avec ses parents, vivant au Maroc, ambassadeur et marchand jusqu'au Caire et Istanbul, prisonnier à Rome... 
Ce voyageur de commerce, fin politicien et poète, nous entraine dans les enjeux de la Renaissance entre Orient et Occident, entre papes, sultans ou empereurs. Bien sûr, on découvre également sa vie personnelle, ses divers mariages, avec des femmes des différents pays traversés. On découvre les histoires familiales, les questions d'honneur, d'argent, bref ce qui fait le quotidien d'une vie... surtout lorsque Hassan est encore enfant. Adulte, on est un peu moins informé de son sort que de celui du monde : guerres, pestes et autres catastrophes. 
Un joli roman historique, sympathique, qui rappelle que nous sommes de partout !