Ce court ouvrage est une traversée de Paris, une traversée de la gare Montparnasse à la gare de l'Est. Interpelé par une ombre qui dit "Qui es-tu ?", le narrateur va la suivre, de loin en loin. Il nous entraîne d'abord au lieu de la chute de son père, puis dans un tourbillon historique, fait parler les rues, les boulevards et les événements. Les temps et les visages se superposent. On vit Paris avec lui, on se perd avec lui, à la recherche de notre identité. Le temps d'une folle nuit de rencontre, où il est question de Libération, de Villon, Hugo, Artaud, Aimé Cesaire et Louise Michel... C'est tout le peuple de Paris, tous ces morts qui revivent pour une danse nocturne pas si macabre.
Un magnifique retournement des morts auquel nous convie Gaudé par ce texte puissant !lundi 30 août 2021
Paris, mille vies
vendredi 27 août 2021
La perversion ordinaire
Encore un livre prêté par un collègue, c'est chouette de faire circuler les lectures. C'est un essai de Jean-Pierre Lebrun sur le vivre ensemble, sur le rapport à autrui, à la perte ou à la limite.
L'auteur s'interroge sur les mutations de nos sociétés, sur leur complexité et leur confusion. Il pointe notamment une crise de la légitimité dans le domaine de l'éducation, le rapport aux enfants et au "non". Elargissant cette "crise de l'autorité" et du transcendantal à toute la société, il s'interroge sur les causes de celle-ci.
Il analyse d'abord le rapport au langage et à soi, compris comme manque, renonciation à la toute puissante et permettant la subjectivation psychique. Il est question de la négativité du langage, et de la condition humaine, capable d'appréhender la mort, le vide par rapport au plein, autrui par rapport à soi. Cette question, liée au sujet, il l'étend à la société. Les limites, le vide, l'autre ou la transcendance, nos sociétés actuelles tendent à les nier, voire à les effacer. Il montre alors combien cette absence de limites et d'autorité, revient à faire peser sur chacun des responsabilités et des choix personnels, ce qui est parfois plus complexe que de se reposer sur un cadre. C'est d'abord pour lui l'effet du positivisme et du discours sur les sciences qui laissent entendre que toutes les limites sont à repousser ; puis de la démocratie "démocratiste" qu'il définit comme une illusion d'autonomie, une impression de rien devoir au collectif ; et enfin du "néocapitalisme libéral" qui ne souffre pas de régulation. Il interroge la fin du patriarcat, comprise comme la fin de l'autorité et d'un tiers qui vient décoller, séparer mère et enfant. Il souligne l'importance de la complétude - tout le monde doit être d'accord par exemple - pour que quelque chose soit considéré légitime et la difficulté de cela - on ne peut finalement s'accorder que sur un petit dénominateur commun. Il décrit enfin ce qu'il appelle la "grande confusion", à savoir que ce qui fait différence, ce qui fait souffrance, ce qui fait tarder la jouissance est condamné, tout ce qui fait spécificité est mis en avant, mais aux dépens des autres et du collectif. Et pour éviter cette confrontation au manque ou à la perte - à la réalité -, c'est souvent la fuite en avant. Enfin, il conclut sur la possibilité de la psychanalyse avec ces néo-sujets, notamment sur la question du transfert.
Lecture intéressante, parfois complexe et questionnante : si nos sociétés ont effectivement évolué, est-on réellement dans ce "vivre sans autrui" qui brandit l'auteur ? Ce qui est décrit au niveau de l'individu et de la crise des légitimités est-il réellement à penser à un niveau sociétal ? Le référent psychanalytique est-il pertinent ici ? Je reste un peu sceptique par rapport à des rapprochements qui me semblent parfois lointains. Et intéressée si vous avez des lectures sur ces sujets qui peuvent éclairer ma réflexion.
"Reconnaître qu'il peut et doit exister des objectifs situés en tiers, qui transcendent les intérêts de chacun, ne va plus de soi. Il est donc devenu très difficile de pouvoir encore se référer spontanément à de tels objectifs"
"Pour être un sujet, il faut dire deux fois "Oui !" et une fois "Non !". Une première fois oui : en acceptant d'entrer dans le jeu du langage, d'être aliéné dans les mots de ceux qui nous précèdent. Une fois non : en prenant appui sur le manque dans l'Autre et en faisant objection à ce qui vient de l'Autre. Et une seconde fois oui : quand le sujet accepte ce qui lui vient de l'Autre pour le faire sien, et cela de son propre chef, en ayant eu la possibilité de s'en démarquer, et en étant prêt à assumer les conséquences du choix qu'il pose"
jeudi 26 août 2021
Les nourritures affectives
Avec cet ouvrage de Cyrulnik, on n'est pas directement dans la résilience. C'est pas mal, parce qu'on pourrait se lasser du thème ! Ici, il est question d'affectivité et de développement humain, en partant de la conception d'un enfant à la mort du vieillard. Au programme, le sens de la vie, de l'appartenance, la construction personnelle, mais aussi la violence et l'inceste. Un ouvrage assez chronologique dans le développement, on sort de la pensée en spirale.
Notre histoire commence avec la rencontre des parents de l'être humain. Ben oui, ce n'est pas le petit d'homme uniquement qui se construit, il hérite aussi de pas mal de trucs - qu'il découvrira peut-être toute sa vie ! Cyrulnik s'intéresse à la vie mentale du fœtus et surtout à ce qui fait son hérédité et son héritage, entre ce qui est choisi ou subi. On s'attarde sur les sens. Mais l'auteur développe surtout longuement, et c'est intéressant, l'appartenance :
"Puisque appartenir est une fonction, cela peut donc mal fonctionner. On peut ne pas appartenir, vouloir ne plus appartenir, appartenir à un autre, appartenir à soi-même, trop appartenir c'est-à-dire mal appartenir. Chaque trouble de cette fonction se manifeste par un trouble du fonctionnement de l'individu"
La violence et l'inceste, violence destructrice ou créatrice, interdit de l'inceste dans les sociétés, voici deux questions abordées selon le rapport nature / culture. Ce sont les parties qui m'ont le moins intéressée. Il conclue sur le récit qui émerge de la mémoire des hommes âgés, comme sur un palimpseste où tous les événements vécus n'ont pas été effacés mais recouverts... pour mieux resurgir plus tard.
Un ouvrage très intéressant mais assez daté sur les rôles des parents et la place de la femme. A rafraichir ?
"Dans le mariage d'amour, c'est l'intimité de la personne qui s'exprime en priorité. Voilà pourquoi, aujourd'hui, les rencontres se font beaucoup plus entre inconscients qu'entre familles. Voilà pourquoi j'ai pu dire que le mariage arrangé facilitait la reproduction des structures sociales, comme le mariage d'amour facilite la rencontre des névroses"
"L'enfant comprend, vers deux-trois ans, qu'en le regardant, l'autre le capture. S'il désire cette capture, il sourit et se précipite à la rencontre de l'autre, dont le regard assume alors sa fonction d'appel. S'il refuse cette capture, il va se cacher pour éviter l'autre, dont le regard assume alors sa fonction d'intrusion"
"La rencontre crée un champ sensoriel qui me décentre et m'invite à exister, à sortir de moi-même pour vivre avant la mort. C'est pourquoi il y a toujours quelque chose de sensuel dans la rencontre qui m'excite et m'effraie, comme la vie"
"Il faut donc appartenir. N'appartenir à personne, c'est ne devenir personne. Mais appartenir à une culture, c'est ne devenir qu'une seule personne. On ne peut pas devenir plusieurs personnes à la fois sauf à connaitre des troubles d'identité qui compromettent son insertion dans le groupe [...] Quand un enfant n'appartient pas, il ne connait pas l'histoire de sa famille ou de sa lignée. Or, cette lacune empêche l'enfant de structurer son temps. Lorsqu'un enfant sans famille raconte sa vie, je suis toujours ahuri par la désorganisation temporelle de son récit"
"Les contresens culturels sont fréquents parce que des gens qui vivent dans le même espace-temps et s'y côtoient physiquement, ne vivent pas du tout dans le même monde mental où chacun est fier des valeurs culturelles du groupe auquel il appartient. Ce sentiment de fierté que procure un mode d'emploi du monde procure à son tour le plaisir de pouvoir y construire son identité"
"La perte de sens des objets participe de la crise de l'appartenance, elle fragmente le corps social et libère les individus qui ne veulent plus lui appartenir"
"Finalement, dans notre culture de la personnalisation, la réponse à la question : "A qui appartient l'enfant ?" serait : "Il appartient à lui-même !" Cette aimable réponse n'a pas de sens, puisque l'enfant de personne devient personne. Il lui faut quelqu'un pour devenir quelqu'un. Un nouveau-né qui n'appartient pas est condamné à mourir ou à mal se développer. Mais un enfant qui appartient est condamné à se laisser façonner par ceux à qui il appartient. Le plaisir de devenir soi-même, de savoir qui on est, d'où on vient, comment on aime vivre, passe par le lien qu'on tisse avec les autres"
"Que nous soyons prédateurs, commensaux ou parasites, c'est l'indifférence affective qui autorise la destruction de l'autre. Et cette indifférence s'explique par le fait que nous vivons dans des mondes incommunicables"
"L'âgé, en perdant son amarrage au monde, désémantise les objets, puis les désaffective jusqu'à les transformer en matière inerte. L'objet meurt lentement avec le sujet qui s'éteint"
mercredi 25 août 2021
Impact
Je viens de dévorer ce polar de Norek ! Enfin, si c'est un polar, car ce n'est peut-être pas le cas...
Le PDG de Total vient d'être enlevé, Diane, psychologue et Nathan, capitaine de police, sont convoqués pour être les interlocuteurs du ravisseur. Le premier contact révèle un homme sûr de lui, qui veut déclencher une prise de conscience : l'avenir de l'humanité est en jeu si on ne limite pas la pollution. Son marché est simple, la vie du PDG sera sauve s'il reçoit 20 milliards de dollars qu'il dépensera dans des engagements pour la planète. Bien entendu, l'entreprise refuse de livrer cette somme. Mais le ravisseur n'est pas seul ; sous le signe du panda balafré, de nombreuses personnes semblent l'entourer. Et de nouveaux suiveurs le rejoindre lorsque la négo, supposée privée entre les flics et lui, se retrouve en ligne.
Entre chaque chapitre des négociations entre la police et Virgil Solal, nous lisons des nouvelles du monde, toutes plus catastrophiques les unes que les autres : les hectares de forêts qui partent en fumée, les ours polaires qui mangent de l'homme pour subsister, les inondations meurtrières ou les pics de pollution qui empêchent les enfants de sortir en plein air... sans parler du continent de plastique ou des marées noires. Bref, des nouvelles pas très réjouissantes, qui rendent les changements climatiques concrets et montrent l'urgence d'agir.
Un roman qui se dévore, avec des personnages aux convictions fortes, et des nouvelles du monde issues - réellement - des journaux : ça, ça fait frémir ! Petit bémol : la fin, carrément niaise. Et le côté très manichéen de ce roman.
lundi 23 août 2021
Puissions-nous vivre longtemps
C'est une collègue qui m'a prêté ce roman d'Imbolo Mbue : une lecture intéressante par sa thématique mais une écriture pas incroyable.
A Kosawa, des enfants toussent et meurent. Régulièrement, trois hommes de la compagnie Pexton viennent parler aux villageois. Car l'installation de puits de pétrole à proximité du village, les fuites et les réparations hâtives ont certainement pollué terres et rivières de Kosawa. Sans parler des fumées qui ont changé la couleur du ciel. On palabre, mais rien ne se passe : une délégation de villageois a déjà disparu en allant réclamer à Pexton de s'intéresser à eux. Mais ce soir, c'est différent. Konga, l'idiot du village, propose de kidnapper les hommes jusqu'à ce que leurs voix soient entendues. C'est le début d'un drôle d'engrenage entre réclamations et contreparties, entre guerre d'usure et violences.
Au centre de ce roman, Thula, une jeune femme qui partira étudier aux Etats-Unis, sa mère, sa grand mère, son oncle et son frère. Une famille qui tente de s'en sortir après que Malabo, le père de famille, a disparu en allant voir Pexton à Bézam, la grande ville voisine. Et les voix des enfants continuent de conter l'histoire du village, sur 40 ans de combats.
Si la thématique du colonialisme, de l'exploitation des ressources, de la corruption des dirigeants et des souffrances des plus faibles est intéressante à faire connaître, il manque toutefois à ce roman une voix plus forte. L'uniformité de ton des personnages, les longueurs, l'évolution finalement assez attendue de chacun rend ce roman un peu lourd, s'embourbant dans les interminables procès et actions sans effets.
jeudi 19 août 2021
French Exit
Frances et Malcom, un duo mère-fils très fusionnel, sont les attractions des soirées new-yorkaises qui se régalent des excentricités de la veuve sans cœur. Épouse du défunt Franklin, un odieux avocat, elle a choqué toute la bonne société lors du décès de son mari. Dépensant sans compter, vivant dans un luxe inouï, elle n'imagine pas y renoncer alors que la banqueroute est annoncée. Elle décide donc de flamber ses derniers sous dans un magnifique voyage pour Paris avec son chat - Small Frank, réincarnation présumée de Fanklin- et son fils.
Plein de rebondissements, de bons mots et d’incongruités, ce roman est mené tambour battant par des personnages aussi excentriques que drôles - pour le lecteur, moins pour leurs "amis". Un divertissement agréable et humoristique, pas inoubliable, pour les vacances.
lundi 16 août 2021
Le murmure des fantômes
Je continue à explorer les écrits de Boris Cyrulnik et je dois avouer que ça me passionne ! Il est bien sûr question de résilience encore une fois. Suite à un traumatisme, qu'est-ce qui fait qu'un enfant s'en libère ou non ?
La figure de Marilyn ainsi que celle d'Andersen émaillent l'ouvrage. Il y est beaucoup question d'enfants et des âges de la vie : celui où on apprend à faire semblant, celui où on va à l'école etc. avec les différents apprentissages et comportements acquis à ces âges. Et ce qui peut empêcher leur développement. Le fil rouge de ce livre, c'est qu'il y a deux éléments nécessaires pour devenir soi-même : des liens et une histoire. Que sans cela, un enfant blessé aura du mal à se reconstruire. Les blessures les plus importantes proviennent des proches, avec lesquels on est engagé dans une relation. Et un telle blessure, qu'il s'agisse d'un coup, d'un mot ou d'un geste fera doublement souffrir : pour le coups en lui-même et pour le coup qu'il porte à la relation. Et à partir de là, se crée un récit lié à l'émotion suscitée par le coup et par ce que la personne en fait ou s'en raconte !Pas de solutions miracles mais une variété d'exemples et d'histoires d'enfants qui trouvent ou non des liens pour se renforcer ! Facile et agréable à lire.
lundi 9 août 2021
Fais-toi confiance
" ... ou comment être à l'aise en toutes circonstances" est un bouquin d'Isabelle Filliozat qui trainait sur ma LAL. Je me méfie un peu de ce genre de bouquin de développement personnel, j'ai toujours l'impression de lire les conseils de Cosmo en moins drôle ! C'est un peu le cas ici mais avec certainement plus de sérieux et des petits exercices pratiques divers. L'auteur s'attache à décrire le ou les phénomènes de manque de confiance en soi, dans toute leur variété et les causes qui les génèrent. Quant aux exercices, cela passe des cases à cocher aux exercices d'introspection en passant par des méditations. A l'image du reste de l'ouvrage, il y a un peu de tout, pour que chacun y trouve chaussure à son pied mais rien de bien précis non plus.
mercredi 4 août 2021
Femme désirée, femme désirante
Cet ouvrage de Danièle Flaumenbaum m'a été recommandé parmi d'autres dans une session couple. On parlait de l'inévitable différence de désir entre les hommes et les femmes. Et c'est un des titres qui est venu. Ce livre très court s'intéresse à la femme, à ses désirs, à sa psychologie, à sa sexualité etc.
L'ouvrage part de l'anatomie, détaille le fonctionnement du sexe féminin. Ce qui est plus spécifique, c'est la question de la circulation des énergies, issue de la médecine chinoise, dans chaque corps et entre les corps. C'est un point de vue qui parcourt tout l'ouvrage, qu'il s'agisse d'énergie sexuelle ou non.
Danièle Flamenbaum poursuit sur les maladies, celles qui sont soignées ne l'intéressent pas, ce sont les récidives et les liens avec la psychologie, voire la psychogénéalogie qui sont au centre de ce chapitre. Puis, elle parle du lien mère-fille et de l'attachement excessif parfois entre elles mais surtout de l'importance de communiquer autour de la sexualité, du désir, de l'histoire personnelle et intime des femmes de la famille. Cette éducation de la petite fille est particulièrement détaillée et conseillée.
Si l'ensemble est assez daté - il n'est question que d'hétérosexualité - et parfois un peu centré sur les énergies - qui semblent parfois avoir réponse à tout -, c'est plutôt intéressant !
"Se retrouver à vivre sous le même toit recrée l'espace commun de l'amour maternel. Devenir soi-même le soutien, l'assistant, le réconfort de l'homme aimé va favoriser une autre confusion de l'amour. La femme qui aime son homme comme sa mère va se mettre à l'aimer aussi comme son enfant. Qu'elle ait eu une mère abusive et intrusive, ou une mère absente et perdue, elle va, à plus ou moins court terme, emboiter le pas au modèle qui lui est familier"
"Il ne faut ni submerger la fillette d'informations inutiles ni l'envahir émotionnellement, mais savoir qu'elle est concernée par les circonstances et les émotions contingentes à son arrivée sur terre. Les mots justes l'installent en elle-même, car ils lui permettent d'associer la vie symbolique des sentiments et des paroles qu'elle reçoit à celle des sensations qu'elle perçoit"
lundi 2 août 2021
Les oiseaux se cachent pour mourir
Voilà une sortie de PAL archi antique ! Ce roman de Colleen McCullough vient de la biblio de mon grand-père et traine dans la mienne depuis plus de 10 ans. Je ne sais pas bien pourquoi mais j'avais en tête que c'était Vol au dessus d'un nid de coucous... Ah, ces titres qui parlent d'oiseaux !
Nous ne sommes donc pas du tout dans un asile mais dans une pauvre maison de Nouvelle-Zélande où Meg Cleary fête ses cinq ans et vient de recevoir une poupée magnifique, tout à fait hors de propos pour une fillette si humble, aux frères si remuants. La poupée ne fera pas long feu. Meg est la seule fille d'une famille de garçons : Frank, Bob, Jack, Hughie, Stuart... et plus tard Harold, Jims et Patsy. Paddy, leur père, est tondeur de moutons et Fee, leur mère, tient la maison. Toute la famille vit chichement malgré quelques objets laissant entrevoir un passé plus prospère. Aussi, quand Mary Carson, la sœur de Paddy, le convie en Australie pour devenir régisseur de sa propriété, Drogheda, il n'hésite pas un instant et embarque toute sa famille. Accueillis par le père Ralph de Bricassart, ils découvrent un nouveau pays, son climat, la propriété immense et ses moutons, le caractère de Mary... Tous s'adaptent à la situation malgré les drames et les difficultés.
Ralph, jeune prêtre tout dévoué à Mary, à l'intelligence et à la diplomatie redoutables, s'attache à Meg - qui s'attache aussi à lui. A la mort de Mary, il découvre le tour qu'elle lui joue : il devra choisir entre l'argent et l'Eglise ou l'amitié des Cleary et l'amour de Meg. A partir de ce moment, on suit Ralph et Meg prenant chacun leur chemin jusqu'à quelques rares retrouvailles. Amour muet, amour tu, il ne cesse toutefois de les tourmenter.
Saga familiale qui parcourt le XXe siècle, elle tourne beaucoup autour de Meg et de ses amours. C'est un peu malsain parfois, à se demander si l'on n'est pas dans de la pédophilie. Et surtout, j'ai trouvé ça assez gnangnan finalement et appelant un peu trop au martyr : il faut s'empaler sur une épine pour sortir son plus beau chant ! Bon, ça fait quand même 890 pages en poche pour le challenge des Pavés.
mercredi 28 juillet 2021
Arbre de l'oubli
J'ai découvert plusieurs générations de la famille de Shayna : son père, anthropologue juif, qui a tout fait pour voler la vedette à son frère et consoler ses parents de la Shoah ; sa mère, Lili Rose, spécialisée sur le féminisme et le suicide des femmes artistes ; les parents de Lili Rose, protestants bien sous tous rapports mais finalement pas tant que ça ! On s'embarque dans une narration polyphonique, où les dates et lieux permettent de situer rapidement qui parle. Si le roman est surtout centré sur le vécu des personnages, le contexte américain voire mondial est souvent rappelé - pour dire que les personnages s'en fichent en général. Shayna, née d'une mère porteuse, cherche à comprendre sa famille et surtout ses origines. Elle est à la fois noire et femme, fille d’athées mais petite fille de grands parents pratiquants. Elle s'identifie à l'histoire des esclaves, à celle des femmes opprimées - mais un peu moins que sa mère. Sans parler de l'héritage de la Shoah ! Un roman d'actualité, vous l'avez compris. Et en même temps, un roman qui surfe un peu trop sur la vague de toutes ces évolutions sociales sans réellement les explorer, sans entrer dans leur histoire, leur évolution, leur actualité.
Un roman que j'ai apprécié pour sa narration, ses personnages (quoique certains gagneraient à plus de profondeur), ses thématiques mais que j'ai trouvé un peu superficielles dans leur traitement. J'ai même trouvé que ça brouillait la compréhension d'enjeux pourtant essentiels. Dommage !
lundi 26 juillet 2021
Les uns avec les autres
Sous-titré "Quand l'individualisme crée du lien", est un bouquin de socio de François de Singly. Il s'intéresse à la crise du lien dans nos sociétés et étudie comment l'individualisme défait une certaine forme de communautarisme propre aux sociétés holistes mais permet de créer d'autres relations. Il montre notamment que les liens, peut être moins stables ou solides, sont néanmoins plus divers. C'est une lecture qui m'a beaucoup fait penser à La fatigue d'être soi.
L'auteur s'interroge sur quatre points principaux :
Comment lier des individus émancipés ?
Comment lier des individus à l'identité fluide ?
Comment lier des individus peu obéissants ?
Comment lier des individus qui veulent préserver leur intérêt et leur affect ?
Il s'intéresse d'abord à l'individu dans la transmission, à la notion d'héritage choisi. Tout n'est plus accepté dans l'héritage familial, culturel, social mais chacun pioche ce qui l'intéresse. L'individu se construit par des appartenances choisies librement - enfin, c'est ce qu'il croit, un psy pourra dire autre chose. Les relations s'inscrivent donc dans des choix affectifs et/ou contractuels libres. Et qui peuvent évoluer selon les choix des individus qui valorisent et revendiquent telle ou telle appartenance selon les moments de la vie, les groupes sociaux etc. La sociologie voit donc disparaitre la notion de rôle, avec des individus aux identités plus complexes. L'individu se veut multidimensionnel. Néanmoins, tout n'est pas légitime dans l'identité d'une personne qui vit en société : racisme, violence, discrimination sont punis.
Dans les sociétés, dans les familles, une tension apparait : égalité de traitement et personnalisation, comment être juste ? Jusqu'où négocier et tout est-il négociable ? Est-ce qu'il faut dépersonnaliser les traitements ? Quel que soit le choix, cela crée du mécontentement - et n'aide pas à faire société - même quand il est question d'égalité des chances ! C'est enfin cette question de l'intérêt pour les enjeux politiques ou collectifs qui est abordée. Comment permettre à chacun de s'engager dans un faire société ensemble si seul l'intérêt personnel compte ?
Dans la dernière partie, il rappelle la différence entre communauté et société, souvent liées au cœur et à la raison, à l'élection ou à l'obligation. Il propose une société plus fraternelle, conviviale et respectueuse, qui ne peut exister selon lui que si l'Etat garantit une certaine égalité et sécurité à tous. Il montre aussi l'importance de nommer les différentes normes en jeu dans les relations, qui peuvent créer des conflits. Un société qui reste à construire !
"D'autres formes de "nous" sont possibles à la condition qu'ils respectent l'identité des "je" qui sont également autres. D'autres formes de lien sont possibles à la condition qu'ils ne soient pas perçus comme des cordes au cou, qu'ils traduisent un attachement significatif"
"La revendication d'un lien traditionnel, de type communautaire, reflète avant tout la marque d'un manque, l'impossibilité de voyager dans l'espace social"
"L'individu est placé devant la contradiction de la modernité qu'il doit résoudre : pour parvenir à son indépendance, à son autonomie, à une liberté de choix, il desserre certains liens, certaines appartenances ; mais en même temps à la recherche de son "expressivité", il croit que celle-ci est cachée au fond de lui [...] Une inversion se produit alors : les "racines" qui emprisonnent, qui limitent le mouvement dans la revendication d'un soi libre, peuvent devenir positives lorsqu'il s'agit de comprendre sa propre nature"
"Devant une telle crise du lien social qui se traduit par un désintérêt pour les affaires collectives, trois attitudes sont possibles :
- La première est le laisser-faire, en laissant le marché prendre toute la place, y compris en organisant en permanence des "élections" sur tout, par exemple sur le programme du film de la soirée ou sur l'individu qui doit sortir du Loft ou de Star Academy. L'individu est isolé, écartelé entre son monde et le monde général, sans relais.
- Selon la deuxième position, la crise dérive d'un manque de socialisation. La famille et l'école ne font plus leur travail. Le rétablissement de l'instruction civique devrait doter les jeunes d'une conscience civique. Ce sont les individus qui doivent changer, et non l'Etat. Ce dernier est organisé pour défendre le bien commun et l'intérêt général. Seule une "position de surplomb peut transcender les particularismes"
- La troisième plaide pour la réhabilitation de la société civile, pour une démocratie participative, pour une régulation qui parte du plus bas (bottom up) que du plus haut (top down), et en conséquence pour une transformation de tous les niveaux. [...] Ce modèle d'empowerment n'a de sens que si et seulement si les autorités politiques et les experts considèrent les individus ordinaires comme doués d'une capacité réflexive. ils doivent penser que le peuple est intelligent, même s'il défend ses intérêts personnels. Cela demande donc de rompre avec "la construction sociale de l'incompétence de l'usager""
mercredi 21 juillet 2021
La nuit, j'écrirai des soleils
Je continue mon exploration des livres de Boris Cyrulnik. Je dois dire que je me régale, même si les thèmes sont souvent proches d'un essai à l'autre. L'écriture est agréable, la pensée, toujours en spirale, fait des détours pour revenir au sujet principal. Cet ouvrage a deux ans et traite des bienfaits de l'écriture et de l'imaginaire pour se reconstruire. Il s'intéresse notamment à la mémoire et à comment celle-ci peut changer selon la lecture - et l'écriture que chacun en a. Il nous fait croiser quelques écrivains, évoque sa propre résilience et fait le lien avec des expériences de psycho et neurologie, notamment sur le développement des enfants et adolescents.
"Le monde écrit n'est pas une traduction du monde oral. C'est une création puisque le mot choisi pour nommer la chose est une découpe du réel qui lui donne un destin. « J'écris pour me venger » ou « j'écris pour donner sens au fracas » oriente l'âme vers une lumière au bout du tunnel. Le mot qui vient à l'esprit pour désigner la chose imprègne l'événement d'une signification qui vient de notre histoire"
On rencontre ainsi Jean Genet par exemple, enfant placé, mortifié que ses parents adoptifs touchent de l'argent pour l'élever et insensible à leur affection. Il se réfugie dans les livres et l'écriture, il vole - et se laisse prendre - pour pouvoir écrire en prison. Il remplit le vide de mots. Cette capacité à enchanter le réel par des mots, des romans, des poèmes, le neuropsychiatre l'effleure en citant Villon, Sade, Gary, Sartre, Rimbaud mais aussi Depardieu et bien d'autres. Il souligne l'importance de l'attachement précoce qui sécurise l'enfant et du récit que celui-ci se fait d'événements traumatisants. Ce qui est intéressant, c'est qu'il sort du fatalisme. On retrouve bien entendu la notion clé de résilience. Mais il ne suffit pas d'écrire, de mettre à distance pour revivre. L'écriture peut creuser un sillon répétitif et mortifère comme creuser de nouveaux chemins. Tout dépend de la représentation que se fait chacun du monde.
Un ouvrage qui se lit très bien, mais qui, encore une fois, semble devoir se résumer en quelques mots alors qu'il est bien plus riche. Les digressions sont nombreuses et noient parfois le propos.
"Deux grands dangers menacent la mémoire. Le premier, c'est de ne pas avoir de mémoire, ce qui nous fait vivre dans la tombe. Le second, c'est d'avoir de la mémoire et de nous en rendre prisonnier. La seule bonne stratégie, c'est d'élaborer, se donner de la peine, afin de donner du sens aux faits"
"Après un événement émotionnant, la plupart des commotionnés ont besoin de parler. L'enjeu de ces récits n'est pas de dire la vérité, il vise à donner une forme verbale à la bousculade émotionnelle pour apaiser le parleur et pour que son monde redevienne cohérent"
lundi 19 juillet 2021
Les oreilles de Buster
Eva vit avec Sven dans un village de Suède, près de la mer. Pour son anniversaire, elle a reçu de sa petite fille un journal orné de roses. Pour la jardinière amoureuse de ses roses qu'est Eva, c'est signe qu'il faut y écrire. De juin à août, Eva écrira lorsque Sven sera couché, un verre pas très loin. Dès l'incipit, le ton est donné, on lit le journal d'une meurtrière, qui a rêvé de tuer sa mère depuis son enfance - et dit qu'elle y est parvenue. Comment et quand cela arrive, on ne le découvre que tardivement. Quant au pourquoi, c'est l'objet de ce livre.
Entre souvenirs du passé et actualité de sa journée, Eva nous invite dans sa vie de retraitée. Elle tourne autour des roses, d'une visite à une personne âgée et des moments avec sa fille Suzanne ou ses amies. Mais derrière cette calme façade, Eva a dû s'endurcir pour survivre. Sans cesse critiquée par sa mère, peu soutenue par un père effacé, elle a souffert dès qu'elle a aimé. Amour non partagé par sa mère et surtout actions diverses de sa mère pour que ceux qui l'aiment se détournent ou s'éloignent d'elle (nounou renvoyée, critiques devant les amis, etc.). Le pire arrive lors de son histoire d'amour avec John, à 17 ans. Pourtant Eva s'est préparée, elle a vaincu bien des peurs, celle des araignées ou des gros chiens, et son dégout des escargots. Elle a aussi su châtier ceux qui lui faisaient du mal, parfois de façon très douloureuse. Entre face blanche et roi de pique, bien noir, Eva se construit et confie ses peurs, ses joies et ses tristesses aux oreilles de Buster - vous découvrirez bien assez tôt de quoi il s'agit.
Roman prenant et bien mené de Maria Ernestam. Narration d'une meurtrière que personne n'a repéré. Relation mère/fille toxique. C'est un bon divertissement, qui, bien que sombre, fait aussi rire et sourire. Et quelques questions demeurent : finalement, qui de la mère ou de la fille va trop loin ? Et la réalité décrite par Eva est-elle celle qu'elle a vécu ? A quelques moments, le doute s'insinue... Et c'est aussi ça qui est intéressant.
mercredi 14 juillet 2021
Cherchez la femme
Voici un épais roman d'Alice Ferney, parfait pour les vacances. Il sort de ma LAL pour le challenge Pavés (700 pages chez Actes Sud) et malheureusement, comme souvent lorsqu'un livre y a patienté trop longtemps, c'est un petit plaisir plus qu'un éblouissement. Oui, je cherche ce qui fait vibrer dans les livres !
Voici l'histoire de Serge, depuis la rencontre de ses parents, jusqu'à sa mort. Ou son accident de voiture, le doute peut persister. C'est avec la rencontre de Vladimir et Nina que commence l'ouvrage. Il est ingénieur des Mines, elle est lycéenne, ils se rencontrent à l'orchestre. Il imagine qu'elle sera la mère de ses enfants. Elle se rêve femme d'ingénieur. Sur ce malentendu, l'aventure peut commencer. Et voilà que plus vite que prévu, Serge nait, suivi de Jean. Serge l'enfant chéri, l'enfant doué, le normalien. Serge que l'on suit de l'enfance à l'adolescence, dans les études comme dans son entreprise, dans ses aventures amoureuses et dans son mariage. C'est d'ailleurs beaucoup autour de son mariage avec Marianne que se vit le roman, de leur rencontre à la tromperie et au divorce.
C'est agréable à lire, la voix narrant l'histoire et déjà omnisciente nous annonce la suite ou nous donne des explications sur l'impact des actes des uns et des autres. C'est assez psychologisant parfois. Et c'est surtout terriblement pessimiste voire fataliste : nul ne semble pouvoir échapper aux tares de ses ancêtres ou à leurs manques affectifs ! Un peu triste et pas très rythmé... et toujours dans ces mêmes milieux sociaux bourgeois finalement. Mitigée.
lundi 5 juillet 2021
Consolation
mardi 29 juin 2021
Les joies d'en bas
Voici un ouvrage sympathique de Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl sur le sexe féminin. Issu d'un blog lancé par ces deux étudiantes en médecine, il garde une légèreté de ton et un humour sympathique. Pédagogique, précis, il passe au crible les croyances et idées fausses sur le sexe féminin, la sexualité, la contraception. Parfois questionnant sur le tout médical (vaccin, pilule) et sur la question du sexe génétique, anatomique et psychologique, sur lesquels il parait un peu directif, il est dans l'ensemble très éclairant. Les dessins et les tableaux viennent faciliter les explications et rendre ludique un sujet qui ne l'est pas tellement !
La première partie est très anatomique et concerne l'appareil génital, en abordant la question du plaisir, de la virginité, mais aussi des poils ! On passe ensuite aux sécrétions diverses : glaires, règles et tout l'arsenal des serviettes et des douleurs - mais aussi des effets sur l'humeur, agressive ou dépressive. Puis, il est question de vie sexuelle, la première fois, le désir, l'absence de désir, l'orgasme, puis de contraception avec toutes ces questions sur les risques et avantages des différentes contraceptions. La dernière partie traite de tous les petits et grands soucis, depuis des règles irrégulières, les MST, l'endométriose, les fausses couches au cancer du col de l'utérus.
A mettre entre les mains des femmes comme des hommes !
jeudi 24 juin 2021
Les sept cadrans
Et voici le petit Agatha Christie traditionnel du mois anglais. Cela risque d'être ma seule participation cette année car je n'ai pas noté beaucoup de romans anglais ces derniers temps.
Lors d'une sauterie, le jeune Wade est retrouvé mort dans son lit. Ce gros dormeur, à qui les autres invités avaient fait la surprise de mettre des réveils dans sa chambre, n'entend pas le boucan des 8 sonneries. La cause de sa mort semble accidentelle, cependant, certains soupçons s'éveillent. Surtout lorsqu'un autre invité meurt également le lendemain. La vive Eileen Brent, qui a manqué d'écraser le pauvre homme, se lance dans l'affaire, à la poursuite d'un club criminel des 7 cadrans. Elle entreprend d'embarquer la sœur de Wade, Loraine et Jimmy, un des autres invités dans la compréhension de cette affaire à laquelle se mêlent des plans à ne pas se faire dérober et des questions politiques.
Hélas, si le roman se veut plein de rebondissements, la fin et le dénouement sont précipités. C'est en effet le surintendant Battle, de Scotland Yard, qui suivait l'affaire de loin, qui nous en livre tous les éléments au chapitre final.
lundi 21 juin 2021
Prisonnier au berceau
Un peu de Bobin à nouveau !
Ici dans une forme plus autobiographique - ou géographiquement limitée. On reste en effet au Creusot, dans l'enfance de l'écrivain. C'est une enfance d'enfermement dans une maison, les fenêtres ouvertes vers le ciel et les livres. C'est une enfance mystique, à la recherche de la sainteté, sainteté ordinaire des jours, du travail, de l'ennui. C'est une formation à l'écriture par une observation profonde et concentrée du monde, de la petite cour, des hortensias et du ciel où les anges et les flocons dégringolent. Il y a quelques rencontres, dont celle d'Emily Dickinson, la porte des livres et des mots. Et comme souvent des phrases qui résonnent dans le cœur !
"J'écris ce livre pour tous ces gens qui ont une vie simple et très belle, mais qui finissent par en douter parce qu'on ne leur propose que du spectaculaire"
"L'ennui est un petit balai de genêts manié par un ange pour chasser la poussière de nos désirs. En la vidant peu à peu, il éclaircit la chambre de l'âme"
"La vie était une mendiante que des serviteurs avaient la consigne de laisser à la porte"
vendredi 18 juin 2021
Bénie soit Sixtine
Avec ce roman, bienvenue chez les tradis tradis ! Maylis Adhémar nous invite à suivre Sixtine, jeune fille élevée dans un milieu catholique fondamentaliste. Mais aussi une Erika, qui écrit des lettes à Muriel, en qui l'on reconnait la mère de Sixtine.
Sixtine rencontre Pierre-Louis, un jeune polytechnicien de bonne famille, ils se marient, elle arrête ses études, elle est enceinte quelques semaines après son mariage. Tout pourrait en rester là et Sixtine pourrait suivre le chemin de ses sœurs et belles-sœurs avec une tripotée d'enfant. Mais Pierre-Louis a un drôle de loisirs avec ses amis de la Milice : aller à des concerts où les paroles racistes s'enchainent et taper sur les anars. Ce qui finit mal. Pierre-Louis meurt ainsi qu'un gauchiste. Et Sixtine commence à douter de son milieu et des valeurs dans lesquelles elle a grandi. Elle met au monde un petit Adam et s'enfonce dans le cocon de la belle-famille. Mais les moyens pris par sa belle-mère pour la détacher un peu du petit bébé la rendent folle. Elle décide de fuir et de se cacher.
En parallèle de l'émancipation de Sixtine, c'est aussi l'histoire de sa mère et de sa grand-mère qui s'écrivent. L'histoire d'une femme qui s'est totalement détachée de ses parents au point de ne pas les inviter à son mariage et de les faire passer pour morts.
Un joli roman sur l'emprise d'un milieu social effrayant et sectaire ! Et roman initiatique d'une jeune femme qui est restée comme en dehors du monde.







