lundi 27 juin 2022

Comptines assassines

Sortie de LAL pour cet ouvrage de Pierre Dubois, noté il y a une éternité sur mon carnet magique !  

Au programmes des histoires de crimes liés à des contes de fées. Ne vous attendez pas à croiser princesses et princes charmants, les personnages sont plutôt cruels et dépravés. Ils aiment la torture et susciter la peur. 

Le lecteur découvre d'abord un chat botté qui aime assassiner des personnes infirmes. Puis un Sherlock Holmes mort d'ennui découvrant les joies du spiritisme. Et ce pauvre vieux et sa pauvre vieille victimes des superstitions locales au sujet de la dame blanche. Ou maître Boutonnet découvrant le monde des contes de fées, sans les méchants, dans un coin de forêt féérique. Enfin, jusqu'à ce qu'il devienne diabolique. Ou un homme pouvant tuer trois fois sans être poursuivi, prenant gout au meurtre. Ou encore ce Barbe-Bleue contemporain, qui ramasse des filles paumées tous les ans pour son anniversaire. Ou cette femme marquée du nom de Dracula. Ou enfin cette série de meurtres autour d'Alice au pays des merveilles...

Histoires criminelles et fantastiques, elles sont écrites avec précision et d'une belle langue, élégante et parfois précieuse. 



samedi 25 juin 2022

Silo

Ce livre de Hugh Howey est sur ma PAL depuis plusieurs mois, conseillé par de bons amis. Il parait que c'est un classique !


Le plot : l'humanité survit dans des silos à grains géants, organisée sur 150 étages, avec des machines qui permettent d'obtenir des matières premières et de produire l'électricité en passant par des fermes hydroponiques pour la nourriture. Les hommes sont répartis sur les différents niveaux et ont des rôles bien définis. Quand le shérif du silo demande à sortir - tabou ultime - et meurt pendant le nettoyage, la maire se met en quête d'un remplaçant. C'est Juliette, une jeune femme qui bosse aux machines, qui a sa préférence. Commence pour la maire et l'adjoint du shérif une descente à travers le silo. L'occasion pour le lecteur de comprendre l'organisation. Sauf que Juliette est peut-être trop compétente pour le poste. En tous cas, elle fouille et ça dérange à tel point qu'elle est aussi mise dehors... et que ça déclenche des événements en série.

Un roman très chouette et prenant, dans un univers intéressant - une terre inhabitable - mais qui laisse sur sa faim en termes de compréhension des origines - mais chouette, il existe deux autres pavés pour comprendre. Pas sûre d'avoir accroché au point de les lire toutefois. 


Lu chez Babel - 618 pages

jeudi 23 juin 2022

Le retour d'Hercule Poirot

Sir Reuben est mort, son neveu est accusé, l'affaire semble classée. Pourtant, Lady Astwell, l'épouse de Sir Reuben, envoie chercher Hercule Poirot, persuadée qu'Owen Trefusis est le coupable. Ce secrétaire irréprochable n'a pourtant pas l'air coupable. Toute la maisonnée va donc accueillir le détective belge le temps de résoudre l'affaire.

Retrouvée dans son bureau, la victime a forcément été tuée par l'une des personnes de la maison. C'est une course contre les nerfs des uns et des autres qui commence.

Un whodunit agréable, par cette chère Agatha Christie !




lundi 20 juin 2022

Le bébé

Je retrouve Marie Darrieussecq avec un livre dont le titre m'a intriguée. Comme elle le dit, ce n'est pas si souvent qu'on parle de bébé en littérature.  

A travers deux cahiers et trois saisons, l'auteure nous partage son quotidien avec son bébé. Il est question de ses sensations et de ses réactions devant ce nouvel être. Bien entendu, elle parle accouchement et couveuse - le bébé est préma. Mais aussi du rythme repas - repos. Elle suit le développement du bébé, ses maladies, ses interactions avec le monde - et surtout avec elle.

Assez court, pas très passionnant, c'est peut-être un livre qui parlera plus aux parents !



lundi 13 juin 2022

La petite boulangerie du bout du monde

Croisé dans une boite à livres,  ce roman de Jenny Colgan a failli y rester. Et puis, sa couverture mimi et son histoire de boulangerie m'ont tentée. C'est typiquement le genre de livre que je lis rarement - voire pas du tout - et j'y ai pourtant pris plaisir pour une fois. Un roman doux, pas très fou non plus, mais agréable à lire et avec des recettes à la fin - miam !


Polly n'a plus un rond. Son entreprise est en faillite, elle doit quitter son appartement et son mec - et collaborateur - la laisse tomber. Elle se retrouve donc à louer l'appartement le moins cher de la région, dans l'île de Mount Polbearne. Evidemment, il est dans un état lamentable. Mais avec un peu d'huile de coude, le lieu devient habitable. Au chômage, Polly en profite pour s'adonner à son loisir favori : faire du pain. La nouvelle - et les odeurs - se répand dans la petite ile et les habitants s'intéressent d'autant plus à ce talent que la seule boulangerie du coin est exécrable. Sauf que c'est celle de la proprio de Polly... Bref, vous voyez l'intrigue se ficeler sous vos yeux. Et puis, Polly est célibataire et c'est le cas de quelques personnes sur l'île aussi. Côté cœur aussi, il va se passer des choses. Enfin, ce qui est le plus sympa, c'est finalement de voir l'héroïne se reconstruire petit à petit.

Evidemment, ce n'est pas de la grande littérature mais c'est sympa, drôle et lisible.



lundi 6 juin 2022

Le major parlait trop

Un petit Agatha Christie qui met en scène la délicieuse Miss Marple aux Antilles !

Assommée par un major qui lui raconte ses faits de guerre, ses histoires et lui dévoile même connaitre un meurtrier, Miss Marple regrette son cottage anglais et ses voisins à espionner. Le major meurt brutalement, est-ce un accident ? Comme moi, vous imaginez bien que non. Qui est le coupable ? Y aura-t-il d'autres meurtres ? Je vous laisse lire le polar pour le découvrir.

Les ficelles habituelles de la romancière, avec un décor qui change mais qui ne sert pas à grand chose. Entre l'hôtel sur la plage ou les maisons british, les habitants vivent les mêmes drames. 


lundi 30 mai 2022

Les sept nuits de la reine

Je renoue avec Christiane Singer par ce roman, qui nous dit la vie d'une femme en sept nuits. 

Livia se livre à un ami à travers le récit de sept nuits, de la nuit où elle veille sa mère à une nuit où elle est elle-même âgée. Ces nuits cruciales sont celles de l'enfance, de l'adolescence, de l'amour, de la maternité, du deuil, de l'attente... Des nuits qui reviennent sur des fragments de vie. 

C'est un roman agréable à lire, bien écrit. Je me suis peu attachée à l'héroïne mais j'ai aimé l'introduction à ses nuits. Et c'est ce que je garderai : 


"Vous me comprenez mal. Je ne veux pas savoir quel rôle vous est confié cette saison au théâtre mais qui vous êtes, ce qui vous habite, vous réjouit, vous saisit ? Beaucoup persistent à ne pas comprendre, habitués qu'ils sont à ne pas attribuer d'importance à la vie qui bouge doucement en eux. On me dit: Je suis médecin ou comptable mais rarement : ce matin, quand j'allais pour écarter le rideau, je n'ai plus reconnu ma main... ou encore : je suis redescendue tout à l'heure reprendre dans la poubelle les vieilles pantoufles que j'y avais jetées la veille, je crois que je les aime encore... ou je ne sais quoi de saugrenu, d'insensé, de vrai, de chaud, comme un pain chaud que les enfants rapportent en courant du boulanger. Qui sait encore que la vie est une petite musique presque imperceptible qui va casser, se lasser, cesser si on ne se penche pas vers elle ?"

lundi 23 mai 2022

Travail social… le grand malentendu

Cet ouvrage d’Eric Kérimel de Kerveno, je l'ai croisé au boulot et il m'a bien plu ! Il y est question de travail social, avec une voix originale et ferme. Au fil des histoires et des rencontres, un engagement se lit, au service des plus méprisés : drogués, prostituées, alcooliques, etc. Le chemin de l'auteur : reconnaitre l'humain dans l'autre, lui permettre de redécouvrir ses capacités, de s'en emparer.

Il y est question de sujets personnels tels que la juste distance et l'engagement. Il y est question de sujets plus politiques autour des priorités sociales et de la façon d'exercer le travail social, notamment les fameux projets pour lesquels trouver des budgets relève du défi si elles innovent un tant soit peu.  

Le plus marquant : rappeler simplement de traiter les personnes comme des adultes, dignement.



samedi 21 mai 2022

50 idées reçues sur l'agriculture et l'alimentation

Cet ouvrage de Marc Dufumier s'organise à partir de 50 questions ou idées reçues. Une réponse est développée pour chacune sur une à quatre pages. Cela donne un petit ouvrage facile à lire et informatif sur des questions qui traitent de l'avenir de notre alimentation. 


Il est question des aliments et de leur production, des effets sur la santé, le climat, la terre. L'industrie agroalimentaire est critiquée ainsi que la mondialisation des prix des produits agricoles. Il y a des infos sur le bio, les semences ou encore la vie à la campagne. Une mine d'infos ! 



lundi 16 mai 2022

Premier sang

Ça fait longtemps que je n'avais pas lu Nothomb. Je renoue avec elle grâce à ce livre dont on m'a dit du bien et dont je sors sans émerveillement.

C'est l'histoire du père d'Amelie, dont il se souvient alors qu'il est tenu en joue par des militaires du Congo belge.

On part de sa naissance de Patrick, d'un père disparu et d'une veuve éplorée, mondaine, qui confie son fils à ses parents. Il grandit comme une douce fillette. Et il s'endurcit chez ses cousins, pauvres mais vivants. 

C'est drôle, vivant, sans les jolis mots que je garde d'Amélie. 

jeudi 12 mai 2022

Poèmes d'Emily Dickinson

674

The Soul that hath a Guest

Doth seldom go abroad -

Diviner Crowd at Home,

Obliterate the need -

 

And Courtesy forbids

A Host's departure when

Upon Himself - be visiting

The Mightiest - of Men -

 

683

The Soul unto itself

Is an imperial friend -

Or the most agonizing Spy -

An Enemy - could send -

 

Secure against its own -

No treason it can fear -

Itself - its Sovereign - of itself

The Soul should stand in Awe -

 

709

Publication - is the Auction

Of the Mind of Man -

Poverty - be justifying

For so foul a thing

 

Possibly - but We - would rather

From Our Garret go

White - Unto the White Creator -

Than invest - Our Snow -

 

Thought belong to Him who gave it -

Then - to Him Who bear

Its Corporeal illustration - Sell

The Royal Air -

 

In the Parcel - Be the Merchant

Of the Heavenly Grace -

But reduce no Human Spirit

To Disgrace of Price –

 

750

 Growth of Man - like Growth of Nature -

Gravitates within -

Atmosphere, and Sun endorse it -

Bit it stir - alone -

 

Each - its difficult Ideal

Must achieve - Itself -

Through the solitary prowess

Of a Silent Life -

 

Effort - is the sole condition -

Patience of Itself -

Patience of opposing forces -

And intact Belief -

 

Looking on - is the Department

Of its Audience -

But Transaction - is assisted

By no Countenance -

 

751

My Worthiness is all my Doubt -

His Merit - all my fear -

Contrasting which, my quality

Do lowlier - appear -

 

Lest I should insufficient prove

For His beloved Need -

The Chiefest Apprehension

Upon my thronging Mind -

 

'Tis true - that Deity to stoop

Inherently incline -

For nothing higher than Itself

Itself can rest upon -

 

So I - the undivine abode

Of His Elect Content -

Conform my Soul - as 'twere a Church,

Unto Her Sacrament -

 

752

So the Eyes accost - and sunder

In an Audience -

Stamped - occasionally - forever -

So may Countenance

 

Entertain - without addressing

Countenance of One

In a Neighboring Horizon -

Gone - as soon as known -

 

779

The Service without Hope -

Is tenderest, I think -

Because 'tis unsustained

By stint - Rewarded Work -

 

Has impetus of Gain -

And impetus of Goal -

There is no Diligence like that

That knows not an Until -

 

781

To wait an Hour - is long -

If Love be just beyond -

To wait Eternity - is short -

If Love reward the end -

 

794

A Drop Fell on the Apple Tree -

Another - on the Roof -

A Half a Dozen kissed the Eaves -

And made the Gables laugh -

 

A few went out to help the Brook

That went to help the Sea -

Myself Conjectured were they Pearls -

What Necklace could be -

 

The Dust replaced, in Hoisted Roads -

The Birds jocoser sung -

The Sunshine threw his Hat away -

The Bushes - spangles flung -

 

The Breezes brought dejected Lutes -

And bathed them in the Glee -

Then Orient showed a single Flag,

And signed the Fete away -

  


795

Her final Summer was it -

And yet We guessed it not -

If tenderer industriousness

Pervaded Her, We thought

 

A further force of life

Developed from within -

When Death lit all the shortness up

It made the hurry plain -

 

We wondered at our blindness

When nothing was to see

But Her Carrara Guide post -

At Our Stupidity -

 

When duller than our dullness

The Busy Darling lay -

So busy was she - finishing -

So leisurely - were We -

 

799

Despair's advantage is achieved

By suffering - Despair -

To be assisted of Reverse

One must Reverse have bore -

 

The Worthiness of Suffering like

The Worthiness of Death

Is ascertained by tasting -

 

As can no other Mouth

 

Of Savors - make us conscious -

As did ourselves partake -

Affliction feels impalpable

Until Ourselves are struck -

 

1725

I took one Draught of Life -

I'll tell you what I paid -

Precisely an existence -

The market price, they said.

 

They weighed me, Dust by Dust -

They balanced Film with Film,

Then handed me my Being's worth -

A single Dram of Heaven!

 

1739

Some say goodnight - at night -

I say goodnight by day -

Good-bye - the Going utter me -

Goodnight, I still reply -

 

For parting, that is night,

And presence, simply dawn -

Itself, the purple on the height

Denominated morn.

lundi 9 mai 2022

Ressusciter

Voici un écrit de Christian Bobin autour de son père, suite à la mort de celui-ci. Il cherche toujours la joie, il aime toujours les petites choses de la vie. C'est un ensemble de pensées choisies dont j'ai collecté quelques perles !

« Une fée s’est penchée sur mon berceau à la naissance et m’a dit : « Tu ne gouteras qu’à une part minuscule de cette vie et en échange tu la percevras toute » »

« Les lumières qui nous sont accordées sont si nombreuses que, même en le voulant, nous ne pourrions les gâcher toutes »

« L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse »

« Toute rencontre m’est cause de souffrance, soit parce qu’elle n’a lieu qu’en apparence, soit parce qu’elle se fait vraiment et c’est alors la nudité du visage de l’autre qui me brule autant qu’une flamme »

« Nous nous faisons beaucoup de tort les uns aux autres et puis un jour nous mourons »

« Je cherche la plénitude d’une vie si limpide que rien ne pourrait la troubler, pas même la vue de ce monde mort »

« La vérité est sur la terre comme un miroir brisé dont chaque éclat reflète la totalité du ciel »

« L’histoire des cadeaux qu’on nous fait est comme la chronique des malentendus qui se sont glissés entre ceux qui donnent et celui qui reçoit »

« J'ai toujours eu un léger dégoût pour ceux qui sont capables de commenter pendant des heures la finesse ou l'arôme d'un vin, amenant dans leur parole, pour des choses sans importance, une délicatesse qu'ils ne mettent pas dans leur vie » 
« J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait »

 

lundi 2 mai 2022

Dieu à Paris

Virgil Gheorghiu pour moi, c'est La vingt-cinquième heure et le lycée. Ce livre traine dans ma PAL depuis plus de 10 ans. Je ne savais pas à quoi m'attendre. C'est un livre qui se lit un peu comme un polar avec un tueur à gage qui prépare son coup.

Haralamb Baxan vient d'être sollicité pour tuer l'évêque Théodot, un saint homme qui défend l'église roumaine de Paris. Ce lieu résiste à la République socialiste. Alors, le tueur imagine un plan complexe et subtil pour tuer l'évêque sans se faire soupçonner. 

Le lecteur suit donc les préparatifs du meurtre, intrigué par les moyens employés. Il découvre ainsi les ressorts de la guerre froide. Intéressant et se lit bien !

 

jeudi 28 avril 2022

Le parfum du temps

Je renoue, au hasard des rayons de la bibliothèque, avec Han Byung-Chul dont j'avais beaucoup apprécié La société de la fatigue. Encore une fois dans cet ouvrage, il est question du temps et du rythme comme l'indique son sous-titre "Essai philosophique sur l'art de s'attarder sur les choses".

Contemplant la société contemporaine, le philosophe s'interroge sur la frénésie de nos vies actives et la disparition de la vie contemplative. S'attardant sur la mémoire, les expériences marquantes qui laissent des traces ou des parfums dans nos histoires, il s'inquiète du séquençage et de l'éparpillement de nos vies. Il fait des détours par les horloges à encens chinoises, la madeleine et par Heidegger. Phrases claires, chapitres courts, c'est de la philo qui se lit bien et se comprend simplement. En voici quelques extraits :


"Faire des promesses, s'engager ou être fidèle, par exemple, sont de véritables pratiques temporelles. Ces actions engagent le futur dans la mesure où elles prolongent le présent dans le futur et qu'elles font s'entrecroiser ces deux temporalités"

"Le propos qui veut qu'accélérer sa vie permet de la maximiser induit en erreur. Si on y regarde de plus près, l'accélération se révèle être une agitation nerveuse qui fait vibrionner la vie d'une possibilité à l'autre. Elle ne trouve jamais la paix, c'est-à-dire une conclusion [...] Mais en réalité, il ne s'agit pas d'une véritable accélération de la vie. La vie n'a fait que devenir plus agitée, plus désordonnée, plus désorientée. Eparpillé, le temps ne déploie aucune force ordonnante. Aucun évènement décisif ou marquant n'apparait dans la vie. Le temps de la vie n'est plus découpé en périodes, achèvements, seuils et passages. On se hâte plutôt d'un présent à l'autre. On prend de l'âge sans devenir vieux. Finalement, on perd la vie à contretemps. C'est la raison pour laquelle il est aujourd'hui plus difficile que jamais de mourir"

"Le temps mythique est immobile comme une image. Le temps historique a en revanche la forme d'une ligne qui court ou fuit vers un but. Si la tension narrative ou téléologique de la ligne disparait , alors celle-ci se décompose en points qui vibrionnent sans but. La fin de l'histoire atomise le temps en temps discontinu. [...] L'histoire disparait désormais au profit des informations. Elles n'ont ni durée, ni ampleur narrative. Elles ne sont ni centrées, ni orientées."

"Comme le temps manque d'articulations fortes, on voit naître le sentiment que le temps passe plus vite qu'auparavant. Ce sentiment est renforcé par le fait que les événements se succèdent sans se graver profondément en nous, sans devenir des expériences"

"Si l'on s'oriente finalement vers un but, alors l'intervalle spatial jusqu'au point à atteindre n'est encore qu'un obstacle à surmonter au plus vite. Être orienté vers un but retire toute signification à l'espace intermédiaire. Il se retrouve vidé et devient un corridor sans aucune valeur propre. L'accélération c'est la tentative de faire complétement disparaitre le temps intermédiaire, ce temps nécessaire pour surmonter l'espace intermédiaire. La riche sémantique du chemin disparait"

"Aristote identifie trois types de vie (bioi) attribués à l'homme libre : la vie qui tend au désir (hedone), la vie qui produit la polis, des faits beaux et nobles (bios politikos), et la vie consacrée à la considération contemplative de la vérité (bios theoretikos). Ces trois types de vie sont dépourvus de besoins et de contraintes [...] Le travail est lié aux besoins vitaux. Il n'est pas une fin en soi mais un moyen, un moyen vital nécessaire et orienté vers la satisfaction de nos besoins. Il n'est donc pas digne d'un homme libre [...] L'homme n'est homme que lorsqu'il a du temps libre. A la base de cette acception antique du temps libre, se trouve une ébauche du Dasein impénétrable, voire même incompréhensible aux yeux des hommes d'aujourd'hui, au monde totalement absorbé par le travail, l'efficacité et la productivité. La culture antique du temps libre renvoie, d'un point de vue prospectif, au fait qu'un tout autre monde est possible, un monde où le caractère fondamental du Dasein humain n'est pas, comme chez Heidegger, le souci"

"L'Esclave est certes libéré de la domination du Maître mais c'est au prix d'une nouvelle domination : il devient esclave du travail. Le dispositif du travail englobe tout, le Maître comme l'Esclave. Ainsi nait une société du travail dans laquelle tout le monde est un esclave du travail, une société du travail. Tout doit être travail. Il n'existe aucun temps qui ne serait pas du travail"

"Faute de quiétude, notre civilisation aboutit à une nouvelle barbarie. A aucune époque, les hommes d'action, c'est-à-dire les agités, n'ont été plus estimés. L'une des corrections nécessaires qu'il faut entreprendre d'apporter au caractère de l'humanité sera d'en fortifier dans une large mesure l'élément contemplatif."

lundi 25 avril 2022

Histoire du fils

Joli roman qui se dévore bien vite que celui de Marie-Hélène Lafon ! Au programme, une histoire de familles, entre le Lot et le Cantal. Une histoire de transmission et d'héritage, à travers des parents absents.

André, fils de Gabrielle et d'un père inconnu, est élevé par sa tante Hélène. Bon, le père n'est pas vraiment inconnu pour le lecteur qui se doute bien qu'il s'agit d'un enfant des premiers chapitres devenu adulte. André ne ressent pas l'absence de son père et n'interroge pas sa mère, qu'il ne voit qu'aux vacances. C'est sa femme qui découvre de qui il s'agit. Pourtant, André ne se fera jamais reconnaitre par son père. Mais les générations suivantes raccrochent les wagons.

Une jolie histoire, agréable à lire, mais finalement sans grande profondeur. On croise les personnages, à des moments choisis de leur histoire, qui les dessinent en creux mais jamais en relief, en chair.  



vendredi 22 avril 2022

L'inconnu de la poste

Ma découverte de Florence Aubenas m'avait beaucoup plu ! Cette nouvelle lecture, croisée à la bibliothèque, n'a pas résisté longtemps. Il s'agit d'une enquête de la journaliste sur un fait divers : l'assassinat d'une jeune postière, Catherine Burgod, dans un village de l'Ain. Rapidement, Thomassin, un marginal qui vit juste en face est suspecté. Star camée, acteur voyou, jouant toujours un rôle, ancien de la DDASS, il est le coupable idéal. 

La journaliste épluche le dossier, retrace les faits jusqu'à la disparition de Thomassin. Très documenté, précis, l'ouvrage dresse un portrait complexe des différents protagonistes. Un livre qui se lit comme un thriller, qui inquiète sur la justice française et sur la vindicte populaire. 



jeudi 21 avril 2022

Le Croisement des savoirs

Quand le Quart Monde et l'Université pensent ensemble dit le sous-titre. Ecrit par le groupe de recherche Quart Monde - Université, il réunit cinq mémoires de recherches écrits par des membres d'ATD et des universitaires sur les sujets suivants : l'histoire, la famille, les savoirs, le travail et la citoyenneté.  

Ce qui est surtout intéressant, outre le contenu des mémoires, c'est surtout la méthodologie inventée. Il s'agissait de vérifier constamment la compréhension entre les différents groupes, de partir des questions des personnes pour élaborer les problématiques et de construire toute la recherche ensemble. Parmi les ressources utilisées, beaucoup d'interviews, mais aussi des auditions et des fiches de recherche. Ce que je trouve le plus remarquable c'est que tout, jusqu'à l'écriture, s'est fait ensemble. C'est un travail qui a duré deux ans.

Parmi les questions récurrentes de l'ouvrage, il y a celle de qui peut parler de quoi, celui qui a vécu la misère, celui qui l'a étudiée ? Question qui devient d'autant plus concrète dans la question de la citoyenneté et de la représentation. C'est aussi un ouvrage qui permet de découvrir la réalité d'une population précaire et négligée, les violences sociales que lui imposent les travailleurs sociaux etc. L'ensemble est suivi des avis d'un conseil scientifique sur les différents travaux qui là aussi donne un éclairage intéressant sur les questions traitées. 

"Etre privé des droits de l'homme, c'est d'abord et avant tout être privé d'une place dans le monde qui rende les opinions signifiantes et les actions efficaces. Quelque chose de bien plus fondamental que la liberté et la justice, qui sont des droits du citoyens, est en jeu lorsque appartenir à la communauté dans laquelle on est né ne va pas de soi. Les gens que l'on prive des droits de l'homme ne perdent pas le droit à  la liberté, mais le droit d'agir ; ils ne perdent pas le droit de penser à leur guise, mais le droit d'avoir une opinion"

 

lundi 18 avril 2022

Les passeurs de livres de Daraya

Encore une sortie de LAL ancienne, à l'occasion d'un séjour chez une copine qui possédait ce livre dans sa bibliothèque. J'avais noté ce livre de Delphine Minoui dès sa sortie : je trouvais ça incroyable cette histoire de bibliothèque secrète dans un quartier dévasté par la guerre. En fait, ce livre est bien plus que cela.

Etablie à Istanbul, la journaliste s'intéresse à l'actualité syrienne. Le pays est dévasté par la guerre entre les bombardements de Bachar et la résistance des quartiers rebelles. Dans celui de Daraya, de jeunes hommes décident de sauver les livres et de constituer une bibliothèque. Dans un quotidien rythmé par les bombes, la recherche de moyens de survivre et de poursuivre l'opposition au régime, cela pourrait sembler une drôle de lubie. Et pourtant, c'est bien plus que cela : lieu de rencontre, de découverte, de liberté, la bibliothèque fonctionne à plein régime. Il y a des effets de mode autour de livres de développement personnel. Il y a des conférences. Une vie culturelle s'organise. En parallèle, on découvre la vie de ces combattants, ceux qui filment pour témoigner, ceux qui se battent, ceux qui meurent. 

Un témoignage fort, ancré dans l'actualité et la politique, avec les manœuvres russes et américaines en arrière-plan.  



lundi 11 avril 2022

Le Livre des anges suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d'une allumeuse

Est-ce parce j'avais croisé son nom dans un ouvrage de Bobin ? ou justement parce qu'il préface ce livre ? Toujours est-il que je l'ai pris pour caution de cet ouvrage dont je sors plutôt déçue et sceptique. Je me suis rendu compte, après l'achat, que Lydie était la compagne de Christian.


Comme souvent, j'ai noté des poèmes, que j'ai appréciés. Surtout dans Carnet d'une allumeuse que j'ai trouvé beau et percutant. Les autres recueils m'ont beaucoup moins plus. Le premier pace que j'ai cru lire sans cesse le même poème, au sujet d'anges, de lys et de beauté. Le second parce qu'elle y place la femme dans une relation hiérarchique à l'homme, qu'elle se plaint de son imperfection, de ses limites, notamment dans la création. Voilà qui ne peut que me faire bondir !

Place à quelques extraits choisis du Livre des anges, que je garde pour les relire. Mais je ne crois pas aller vers d'autres de ses œuvres. 

Tout est plus merveilleux
Tout est plus merveilleux que ce que je croyais :
quiconque a recherché ton amour l'a trouvé.
Ton âme défiait la beauté des étoiles
quand ton cœur acceptait de souffrir avec moi.
Je n'osais comparer mon cœur avec le tien.
Le bonheur a été notre unique témoin.
La mort ne pourra pas m'empêcher de t'aimer
pourvu qu'à travers moi tu chérisses l’azur.
Je n'oublierai jamais l'amour que j'ai pour toi.
Tu ne peux pas mourir puisque je t'aime encore.
Je te mépriserais si tu croyais la mort.

La nuit et le cœur
La nuit était si pure autour de ton visage 
et ton âme marquée du sceau de la beauté,
toi dont les yeux si purs se tournent vers l'aurore.
Les étoiles sont à ceux qui ne possèdent rien.
Si seulement la nuit pouvait croire le cœur,
ce cœur plus merveilleux que tout ce qu'on peut croire
et ces larmes tirées des yeux par la beauté,
mais nous n'écoutons pas ce que nous dit le cœur.
Laisse tout ce qui passe à portée de ta main,
aime tout ce qui passe à portée de ton cœur :
tout ce que nous aimons témoignera pour nous
puisque la vie ne dure que le temps de mourir.

Pour que rien
La nuit éclaboussait de lumière mon âme
et puisque la nuit même possède les étoiles
je garde la distance que gardent les étoiles.
Il me semble savoir ce que le ciel veut dire :
le dieu tue sous nos yeux ce qui nous est trop cher
pour que rien ne puisse être au-dessus de l'amour,
l'amour qui n’a jamais abandonné personne
car le cœur donne encore quand il a tout donné.

La bonté du méchant
Je n'ai jamais perdu l'habitude d'aimer,
la crainte de blesser ceux qui m'ont fait du mal.
La bonté du méchant me touche plus que tout
et ce revirement de l'âme vers l'azur.
Je ne regrette pas d'avoir perdu ma vie :
je ne peux qu'admirer la beauté du malheur
depuis que j'ai serré les lys blancs sur mon cœur. 
L'amour a refusé de me laisser souffrir
puisque j'ai sacrifié ce que j'aimais le plus. 
Mon amour est parfait puisque je n'aime rien :
je trouve la bonté dans le cœur du méchant,
je reçois de l'amour de ceux qui me haïssent
et je rencontre Dieu chez tous mes ennemis. 

La race des étoiles
J'appartiens à la race éteinte des étoiles :
ma pensée brillera lorsque je serai morte,
les étoiles mourront avant que je me rende,
la vie est un trésor qu'on ne peut pas me prendre.
Ma vie sera aussi parfaite que la mort
lorsque je connaitrai la gloire de mourir.
La nuit prendra le deuil lorsque je m'éteindrai,
les ronces se rendront ensemble sur ma tombe,
la lumière viendra à mon enterrement,
et la foudre viendra se signer sur ma tombe.

jeudi 7 avril 2022

Wanted Louise

J'aime bien les écrits spirituels de Marion Muller-Colard mais j'avoue être un poil déçue par ce roman auquel je n'ai pas trouvé beaucoup d'intérêt. 

Louise a disparu. Sa mère, Chris, et son mari Guillaume espèrent la voir réapparaitre le soir de Noël mais ce n'est pas le cas. Louise est partie, en laissant sa famille et ses deux enfants. Son mari tente de la retrouver, sa mère va mettre le roman à se décider à partir à sa recherche. Entre temps, une inconnue lui demande de chercher dans le passé une trace d'une résistante. C'est cette quête là qu'elle privilégie. Elle lui permet de s'interroger sur son rôle de mère et la façon dont elle a élevé sa fille.

Les histoires parallèles ne m'ont convaincue ni l'une ni l'autre, les liens entre elles m'ont semblé artificielles. Et ni l'une ni l'autre n'est suffisamment creusée pour accrocher le lecteur. Dommage.