vendredi 17 juin 2016

The adventures of Sherlock Holmes

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai un mauvais souvenir du Chien des Baskerville ou de Sherlock Holmes. Dans mon imaginaire, ces oeuvres de Conan Doyle étaient ennuyeuses. Par contre, Le monde perdu m'avait bien plu. 

A l'occasion du mois anglais, j'ai décidé de retenter ma chance avec Sherlock. Et là, joie et engouement, j'ai avalé les 12 aventures en quelques heures, aimantée par la force de déduction de Sherlock, l'absurdité de ses cas et sa capacité à tout résoudre d'un déguisement !

A scandal in Bohemia
Yeah, on commence avec la rencontre de Sherlock et Irène Adler. La belle tente de faire chanter le roi de Bohème qui n'a d'autre recours que le plus habile détective anglais.

The red-headed league
Étonnant comme l'on peut tout faire avaler à quelqu'un contre un peu d'or. Notre rouquin est étonné et en colère, sélectionné par l'élitiste "ligue des roux" pour recopier une encyclopédie pour une jolie somme de pounds, il trouve porte close du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'est cette ligue et que cache-t-elle ? Il suffit d'une promenade à Sherlock pour comprendre.

A case of identity
Triste jeune fille que Mrs. Sutherland. Son amoureux a disparu. Et personne ne semble s'en inquiéter. Facile à résoudre pour Sherlock mais impossible à entendre pour la demoiselle.

The boscombe valley mystery
Un australien récemment installé en Angleterre est assassiné, son fils jeté en prison. Tout semble clair dans ce cas mais Holmes en montre les subtilités.

The five orange pips
Après la mort de son oncle et de son père, le jeune John Oppenshaw s'inquiète. Tous deux ont été menacés d'une lettre et sont morts mystérieusement. Une troisième lettre vient d'arriver. Mais il est déjà trop tard, même pour Sherlock. 

The man with the twisted lip
Un honnête homme a disparu. Sa femme l'a aperçu dans un immeuble mais quand elle s'y rend, aucune trace de lui si ce n'est des vêtements...

The adventure of the blue carbuncle
Une belle pierre dans le ventre d'une oie... Cela n'aura-t-il pas un lien avec cette pierre disparue récemment dans un hotel ?

The adventure of the speckled band
La jeune femme qui vient trouver Sherlock a peur. Sa soeur a disparu peu avant son mariage. Récemment fiancée, notre jeune héroïne entend elle aussi les bruits qui ont précédé la mort de sa soeur. Courageusement, Watson et Sherlock viennent passer une nuit dans le lieu du crime.

The adventure of the engineer's thumb
Drôle d'histoire que celle de cet homme qui a perdu un doigt après avoir réparé une mystérieuse machine.

The adventure of the noble bachelor
Etre planté par sa fiancée une heure après son mariage, c'est pas très cool. Mais qui mieux que Sherlock saura mettre la main dessus.

The adventure of the beryl coronet
Un banquier se voit confier une jolie (et inestimable) couronne. Dont une pierre disparait dans sa propre maison. Là encore, c'est le fiston qui risque de payer la note. 

The adventure of the copper beeches
La jeune Violet Hunter, femme de chambre, s'inquiète des conditions très avantageuses de son nouvel emploi. Et des manies du maître de maison, qui souhaite lui couper les cheveux et lui faire porter, à heures régulières, cette jolie robe bleue. 




mercredi 15 juin 2016

La lumière qui s’éteint

Ce que je cherche avec Kipling, c'est l'aventure. Celle avec un A majuscule, qui t’entraîne aux confins de la terre. Mais dans ce roman, l'aventure est surtout un souvenir. 

Esquisse Mort Sardanapale, DelacroixDick et Maisie sont deux orphelins élevés ensemble. Ils font les quatre cent coups. Puis, après une ellipse narrative de quelques années, on retrouve Dick au Soudan où il vend aux journaux anglais des dessins de la guerre. Accompagné de Torp, journaliste, ils frôlent régulièrement la mort et ça leur plait. De retour au pays, Dick devient une star. Ses dessins se vendent comme des petits pains. Il a bien envie de se prélasser dans cette richesse inattendue mais c'est sans compter sur Torp qui le motive à se dépasser. 
Dans ce Londres bien gris par rapport au Soudan, Dick croise Maisie, elle aussi peintre. Il s'aperçoit qu'il l'aime et va tenter de la faire progresser, dans son art comme dans son cœur, par tous les moyens. Mais le destin cruel va lui jouer un tour affreux, le laissant aveugle.

Mené par la figure fière et cabotine de Dick, ce roman est plein d'impertinence. Les relations fraternelles entre l'équipe de journaliste sont enlevées, ce qui contraste avec la grisaille et la froideur de Maisie. Ici encore, il faudrait s'interroger sur la femme chez Kipling. Porteuse d'ennui et d'étroitesse, voire de bassesse, elle est un véritable repoussoir. 

Implacable, ce roman est un bel hymne à la liberté (de l'art, de l'homme) plein d'humour et de gouaille. 


lundi 13 juin 2016

La Promenade au phare

C'est avec joie que j'ai replongé dans l'écriture sensible de Virginia Woolf et que je me suis encore laissée prendre à ses voyages dans la tête des personnages rassemblés dans cette maison de vacances, au bord de la mer. On passe deux jours dans cette maison, à dix ans d'intervalle. Quelques personnages reviennent comme en pèlerinage mais la plupart ont disparu.

Nous sommes chez les Ramsay. Mrs. Ramsay est le centre de cette joyeuse famille, toujours un mot doux, patiente, et tellement belle. Elle illumine cette petite bande certainement bien plus que n'importe quel phare. Mr. Ramsay est au contraire un être colérique, un professeur à la recherche de l'excellence, de la compréhension absolue du monde. Au milieu, une ribambelle d'enfants. Et tout autour, des amis : un collègue, une peintre, un poète, un étudiant... Des êtres plus ou moins jeunes, qui se supportent plus ou moins. Et nous passons, de l'un à l'autre, obtenant une vue kaléidoscopique, de ce que sont tous ces êtres, de ce qu'ils pensent les uns des autres. On aperçoit des bribes de passé, des regrets parfois, des hypocrisies... 


Étonnamment (ou non), les tableaux intermédiaires de "Le temps passe" sont de ceux qui m'ont le plus touchée. Cette vision de la maison vidée de ses habitants, où les choses sont livrées à elles-mêmes, où la nature prend possession des lieux, où les ombres règnent est comme une photographie du temps. Il vit dans ces petites choses qui moisissent, ces objets qui s'empoussièrent. Et bien sûr, l'écriture de Virginia reste un de mes grands plaisirs de lectrice. Retrouver la finesse de ses expressions, leur justesse, est un régal !



jeudi 9 juin 2016

La scène des souvenirs

Ernst Ludwig Kirchner, Scène de rue à Berlin, 1913
Entre Londres et le Suffolk, Laurel mène une enquête sur sa mère. Alors que cette dernière est mourante, Laurel cherche à comprendre pourquoi elle a poignardé de sang froid un inconnu dans les années 1960 (sans être inquiétée, d'ailleurs). Et Laurel remonte le fil de cette histoire à partir d'une photo. Celle de sa mère, Dolly, et d'une amie, Vivien. Et nous la suivons jusqu'à Londres durant la Seconde Guerre mondiale où quelques mois de 1941 vont décider de son destin. De Laurel et de ses sœurs, on ne saura pas grand chose, juste assez pour se dire qu'on aurait pu avoir une narratrice plus pénible que cette actrice.

Le procédé narratif de ce roman, avec un narrateur et une époque (2011 versus 1941) qui varie selon les chapitres est assez classique mais pas trop mal utilisé. Bien sûr, ça a parfois les mauvais côté des romans feuilletons avec des cliffhangers en grand nombre. Et si quelques scènes restent terriblement stéréotypées, l'ensemble reste prenant. Surtout lorsque l'on se rend compte que tout ne tourne pas rond. 

Un roman sympathique de Kate Morton, que j'oublierai certainement assez vite, mais qui fait passer un bon moment. J'ai apprécié les scènes de blitz qui font un pont avec une lecture récente, Le vol du frelon. Je regrette simplement d'avoir deviné un peu trop tôt ce qu'il était advenu de Vivien et de Dolly. 

Mois anglais

mardi 7 juin 2016

Mansfield Park

Mademoiselle JacquetC'est la découverte du mois ! Je ne suis pas allergique à Jane Austen ! Vous savez, je faisais partie de ce groupe de lectrice un peu honteux de ne pas adorer Pride and Prejudice. J'essayais de ne pas trop le montrer, ça fait désordre dans une blogo qui kiffe Jane. Et puis, pour le mois anglais, je me suis décidée à sortir ce titre de ma PAL. Et surprise, je ne l'ai pas abandonné dans un coin.

C'est l'histoire des enfants de trois sœurs dont la première s'est bien mariée, la deuxième pas mal et la troisième clairement en dessous de son rang. Les liens se distendent jusqu'à ce que l’aînée, mère de quatre enfants, invite sa nièce Fanny, fille de la plus mal lotie. Éloignée de ses frères et sœurs, les débuts sont durs pour elle. Et puis, elle prend goût à cette nouvelle éducation, à cet entourage, surtout celui de son cousin Edmund. Grandissant, elle reste tout de même la cousine pauvre, maltraitée par sa tante, Mrs Norris, et mal vue par ses cousines. Mais avec l'entrée dans le monde de ses cousines et les premiers flirts, les natures et les caractères se révèlent.

Si Fanny m'a agacée à être si parfaite, j'ai apprécié ce roman d'apprentissage. J'ai aimé les touches d'humour et les situations qu'invente Jane Austen, notamment celle du théâtre, comme prélude au destin des personnages. J'ai également apprécié cette ambiance british, évoluer dans cette société codifiée avec Fanny et voir avec elle les failles et les contradictions humaines. L'approche psychologique de personnages comme Maria ou son frère est aussi très intéressante, selon qu'elle est faite par Fanny, par sa tante ou par Sir Bertram. Chacun aborde une des facettes des personnages. On y sent aussi tout un débat sur les convenances, sur l'éducation, sur la liberté... Sans me déclarer fan, j'apprécie plus Jane Austen avec ce texte qu'avec mes précédentes lectures.





dimanche 5 juin 2016

L'archer vert

Ce titre d'Edgar Wallace ne restera pas dans mon top de la littérature anglaise. Cette enquête bizarre aux personnages tous plus impulsifs les uns que les autres donne un air très farfelu à ce roman qui court à toute vitesse. Un seul mystère demeure : qui a bien pu me conseiller ce polar dit gothique ?

Provins remparts

Figurez-vous qu'au château de Garre un mystérieux fantôme réapparaît après plusieurs années de tranquillité. Cet archer vert, pendu au Moyen Âge, vient troubler le riche Abel Bellamy. De quoi exciter la curiosité de Spike, journaliste. Il n'est pas le seul à suivre de près ce qui touche à Abel. Miss Valérie Howett, à la recherche de sa mère, est prêté à parier qu'Abel la retient prisonnière. Mais pour tous nos protagonistes, qu'ils soient de Scotland Yard comme Jim ou d'ailleurs, le millionnaire reste difficile à aborder. Violent et misanthrope, il ne recule pas devant des mauvais coups !

D'autres personnages s'intéressent aussi à l'archer vert et au passé d'Abel Bellamy mais je vous laisse le loisir de les découvrir dans ce roman. Jouant beaucoup plus sur les rebondissements et les pièges auxquels sont confrontés les héros que sur la déduction ou l'enquête, ce roman est un peu frustrant pour le lecteur et lui donne quelque peu le tournis. Un peu comme si le scénariste avait voulu caser toutes ses cascades en quelques minutes. Bref, ce n'est pas ma tasse de thé.


vendredi 3 juin 2016

The Moving finger

J'ai toujours un doute à propos des Agatha Christie. Je ne sais plus lesquels j'ai déjà lus et ceux qu'il me reste à lire. J'ai un doute sur celui-ci que je trouve assez peu mémorable. En français, c'est La Plume empoisonnée. Un titre qui me parle plus que sa version anglaise. 

Un frère et une sœur viennent de s'installer dans la petite communauté de Lymstock. Jerry doit se mettre au vert pour récupérer suite à de graves blessures. Il s'est crashé en avion. Mais pour ce qui est de la tranquillité, Jerry et Joanna ont mal choisi. Tout le monde commence à recevoir des lettres anonymes. Celles-ci content des histoires de coucheries, qui jamais ne touchent juste. Mais qui font bien parler les habitants de Lymstock... Et puis, Mrs. Symmington est retrouvée morte, empoisonnée, avec un mot d'adieu. Suicide ou assassinat ? Tout le monde penche pour la première hypothèse jusqu'à ce qu'une jeune servante disparaisse aussi. La police s'intéresse alors à l'affaire et recherche l'auteur des lettres anonymes, en compagnie de notre héros, Jerry. Pour lui, le leitmotiv est "Il n'y a pas de fumée sans feu"... Comprenne qui pourra ! À la toute fin, Mrs. Marple fait son apparition pour dénouer cette histoire. 



Un roman sympa mais qui ne m'a pas tenue en haleine. On est plus confronté dans ce livre à une analyse sociale et une galerie de caractères qu'à une enquête avec un enjeu véritable sur la résolution de l'affaire et la découverte du criminel. Et les histoires d'amour annexes m'ont parues rapides et niaises. Bref, pour moi, ce n'est pas Agatha à son meilleur niveau.



mercredi 1 juin 2016

David Copperfield

Pour ce rendez-vous du Blogoclub et l'ouverture du mois anglais, rien de tel qu'un bon classique londonien comme ceux de Dickens. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais mes appréciations de Dickens sont toujours plus positives à mesure que je le lis. Avec ce titre, auquel j'ai trouvé parfois quelques longueurs, notamment dans certains chapitres d'enfance, cette bonne impression se confirme.

Blechen, Galgenberg par temps d'orage, Dresde

David Copperfield, c'est un peu le roman d'apprentissage par excellence, il faut tout lui apprendre à ce petit, et souvent avec violence. Orphelin de père, et très vite de mère, il est fouetté par son beau-père, Edward Murdstone, il est maltraité à l'école, il est mis au travail à un âge où il aurait dû poursuivre ses études, il est ruiné, il est veuf... Son seul réconfort est Peggotty, sa nurse, qui lui reste attachée pendant toutes ces épreuves, puis Agnès et Betsey. Sans vous conter toutes les aventures et rencontres de David, j'aimerais m'arrêter sur quelques personnages. Il y a Little Em'ly, sa tendre amie d'enfance, promise dès la première rencontre à un destin malheureux (car David est un narrateur omniscient, devenu écrivain, qui nous livre son autobiographie). Elle est trop belle, trop pauvre et trop confiante. Personnage secondaire, on aimerait mieux la connaître. Il y a Betsey Trotwood, tante de David, qui s'adoucit avec l'âge et la fréquentation de David. Il y a Uriah, qui fatigue tout le monde avec son humilité jetée à la face des autres. Et qui est plus malin qu'il ne paraît. Il y a Dora, femme-enfant, qui jamais ne saura être sérieuse. Il y a les lettres de Micawber et ses retrouvailles régulières et impromptues avec David - la seule constante est qu'il n'a jamais un radis. 

Pendant tout le roman, le lecteur suit les questions et les évolutions du petit David de l'intérieur puisqu'il reste notre narrateur attitré pendant tout le roman. La seule chose qui ne change pas, c'est la naïveté et la malléabilité du héros, toujours prêt à se faire plumer ou à s'imaginer les hommes meilleurs qu'ils ne sont.

Parmi ce que je reproche à ce Dickens, il y a le sort d'Em'ly et de Dora. Les figures féminines semblent avoir un destin féroce autour de David. De même que les enfants. Et les hasards qui dérangent ou arrangent tout le monde : Mrs Murdstone chez Spenlow, les morts violentes, la visite d'une prison où l'on retrouve tous nos méchants. Par contre, je me suis réjouie des belles relations d'amitié et des chemins qui se croisaient entre Cantorbery, Yarmouth et Londres. Je m'attendais à ce que la ville soit plus présente, qu'elle fasse partie de l'intrigue, un peu comme Paris dans les Misérables. Mais non, ces trois villes restent surtout des cadres à des aventures (souvent difficiles ou négatives à Londres). Seule la tempête de Yarmouth lui donne un relief différent. 

La plume de Dickens, qui s'amuse avec les patois (pas toujours évident en VO), semble s'amuser à émouvoir puis divertir le lecteur, l'ennuyer quelques pages pour mieux le passionner ensuite. Écrivain de situations plus que de descriptions, il trace des portraits par des mots et des actes de ses héros plus que par l'intrusion dans leur psychologie. Bref, je sors de ce roman bien plus emballée qu'avec De grandes espérances !

Mois anglais

mardi 17 mai 2016

A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Terminant ce deuxième livre de Proust, mon goût pour son écriture se confirme. Cette écriture pleine de peintures et d'images. Ainsi, cette vision du jour d'été momifié qui clôt ce tome est un véritable chef-d'œuvre à mes yeux : 
"Et tandis que Françoise ôtait les épingles des impostes, détachait les étoffes, tirait les rideaux, le jour d'été qu'elle découvrait semblait aussi mort, aussi immémorial qu'une somptueuse et millénaire momie que notre vieille servante n'eut fait que précautionneusement désemmailloter de tous ses linges, avant de la faire apparaître, embaumée dans sa robe d'or"
Jeunes filles en bikini, Piaza Amerina

De nouveaux thèmes se développent et parcourent le roman comme celui des jeunes filles/femmes comme autant de fleurs à butiner. De Gilberte à Albertine, il faut passer par des rencontres fugitives et toujours ratées, avec une paysanne qui pourrait trouver abri à l'ombre d'une ogive, avec des inconnues dont le visage s'est déjà effacé de la mémoire mais dont la fraîcheur demeure ou avec ce groupe de jeunes filles qui pourraient être du demi-monde, insolentes, sur les plages de Balbec... La réflexion sur le sentiment amoureux, amorcée avec Swann, se poursuit avec les propres amours du narrateur et gagne en substance tout en restant à jamais indicible. 
"J'avais autrefois entrevu aux Champs-Elysées et je m'étais rendu mieux compte depuis qu'en étant amoureux d'une femme nous projetons simplement en elle un état de notre âme ; que par conséquent l'important n'est pas la valeur de la femme mais la profondeur de l'état ; et que les émotions qu'une jeune fille médiocre nous donne peuvent nous permettre de faire monter à notre conscience des parties plus intimes de nous-mêmes, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles, que ne ferait le plaisir que nous donne la conversation d'un homme supérieur ou même la contemplation admirative de ses œuvres"
"Si, en ce goût du divertissement, Albertine avait quelque chose de la Gilberte des premiers temps, c'est qu'une certaine ressemblance existe, tout en évoluant, entre les femmes que nous aimons successivement, ressemblance qui tient à la fixité de notre tempérament parce que c'est lui qui les choisit, éliminant toutes celles qui ne nous seraient pas à la fois opposées et complémentaires, c'est-à-dire propres à satisfaire nos sens et à faire souffrir notre cœur" 

Le thème de la mémoire et de la connaissance, de l'autre ou de soi est aussi plus présent. Toute la difficulté à saisir, à posséder, si ce n'est l'autre, du moins une image qui lui ressemble. Tout est sujet à modifications postérieures, un brouillon sans cesse repris, ou les traits exacts restent entourés de flou.
"C'est pourquoi la meilleure part de notre mémoire est hors de nous, dans un souffle pluvieux, dans l'odeur de renfermé d'une chambre ou dans l'odeur d'une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-mêmes ce que notre intelligence, n'en ayant pas l'emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui quand toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore"
"Ainsi ce n'est qu'après avoir reconnu non sans tâtonnement les erreurs d'optique du début qu'on pourrait arriver à la connaissance exacte d'un être si cette connaissance était possible. Mais elle ne l'est pas ; car tandis que se rectifie la vision que nous avons de lui, lui-même qui n'est pas un objectif inerte change pour son compte, nous pensons le rattraper, car il se déplace, et, croyant le voir enfin plus clairement, ce n'est que les images anciennes que nous en avions prises que nous avons réussi à éclaircir, mais qui ne le représentent plus"
"Quelquefois entre le moment où ces plaisirs sont entrés en nous et le moment où nous pouvons y rentrer nous-mêmes, il s'est écoulé tant d'heures, nous avons vu tant de gens dans l'intervalle que nous craignons qu'ils ne nous aient pas attendus. Mais ils sont patients, ils ne se lassent pas et dès que tout le monde est parti nous les trouvons en face de nous" 

Enfin, l'image du peintre à travers d'Estir, vient renforcer le rôle de l'art dans la Recherche, lui donnant une humanité et une contemporanéité plus forte mais aussi plus complexe.
"Si particulier qu'il soit, tout ce bruit qui s'échappe des êtres est fugitif et ne leur survit pas. Mais il n'en fut pas ainsi de la prononciation de la famille de Bergotte. Car s'il est difficile de comprendre jamais, même dans les Maîtres Chanteurs, comment un artiste peut inventer une musique en écoutant gazouiller les oiseaux, pourtant Bergotte avait transposé et fixer dans sa propre façon de traîner sur les mots qui se répètent en clameurs de joie ou qui s’égouttent en tristes soupirs." 
"Quelquefois je me reprochais de prendre ainsi plaisir à considérer mon ami comme une oeuvre d'art, c'est-à-dire à regarder le jeu de toutes les parties de son être comme harmonieusement réglées par une idée générale à laquelle elles étaient suspendues mais qu'il ne connaissait pas et qui par conséquent n'ajoutait rien à ses qualités propres, à cette valeur personnelle d'intelligence et de moralité à quoi il attachait tant de prix. Et pourtant elle était, dans une certaine mesure, leur condition."  
"Mais on, me répondit-il, quand un esprit est porté au rêve, il ne faut pas l'en tenir écarter, le lui rationner. Tant que vous détournerez votre esprit de ses rêves, il ne les connaîtra pas ; vous serez le jouet de mille apparences parce que vous n'en aurez pas compris la nature. Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n'est pas moins de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve. Il importe qu'on connaisse entièrement ses rêves pour n'en plus souffrir"
"Le génie artistique agit à la façon de ces températures extrêmement élevées qui ont le pouvoir de dissocier les combinaisons d'atomes et de grouper ceux-ci suivant un ordre absolument contraire, répondant à un autre type"

Petite pause dans la Recherche après ce billet pour me consacrer à quelques lectures anglaises et préparer un mois plein de surprises chez Lou et Cryssilda.  

mercredi 11 mai 2016

Le vol du frelon

Et non, toutes les histoires de résistance ne se passent pas en France. Avec Ken Follet, on part au Danemark. La moitié des bombardiers anglais vont par le fond de la mer du nord. À Londres, Churchill, entouré de ses agents, tente de ne pas désespérer. Mais chaque jour l'Angleterre est plus isolée. Il semblerait que les nazis aient une machine quelque part sur la côte qui permet de repérer les avions. C'est dans ce contexte qu'Hermia, danoise travaillant pour les alliés, met sur pied un réseau de résistance. Il s'agit d'abord de faire passer des informations sur la vie en pays occupé. Puis la mission prend une autre ampleur, ce sont des informations classées secret défense qu'il s'agit de faire passer à Londres. Poul, Harald et quelques autres s'engagent dans cette dangereuse affaire (avions inside!).

Ce roman, plein de rebondissements, est une lecture plaisante. On ne voit pas passer les 600 pages de ce roman historique. Bien que peu fan de les histoires qui se déroulent pendant la Seconde Guerre Mondiale, j'ai aimé partir au Danemark en 1941. Par contre, le style de Ken Follet est toujours aussi plat, j'ai été plus tenue par l'intrigue et par les personnages (quoi que peu caractérisés mais attachants tout de même) qu'autre chose.

J. Villon, soldats en marche

lundi 9 mai 2016

La demeure mystérieuse

Cette aventure d'Arsène Lupin, ici Jean d'Enneris, commence avec un défilé de mode et le vol d'un bustier de diamants. Ôté à la charmante Régine d'Aubry, actrice. S'ensuit un second enlèvement, celui d'Arlette, mannequin et modiste. Là, ça devient franchement louche. Et puis, dénouement inattendu, les Mélamare sont accusés. Mais, tout cela ne semble pas coller. Notre gentleman cambrioleur s'empare alors de l'affaire !

Art deco

Un petit polar sympathique de Maurice Leblanc avec une fin étonnante et bien trouvée, une malédiction qui s'éclaire (et remonte aux temps noirs de la Révolution) et des jolies femmes de plus en plus séduites par Arsène ! Bonne pioche.


jeudi 5 mai 2016

Risen

Ou la Résurrection du Christ en français. Parce que les titres anglais, c'est quand même difficile à traduire...

Tout commence comme un péplum, avec des scènes de bataille en Judée, un Ponce Pilate bien toiletté et des échanges pseudo-philosophiques aux thermes. Puis, le film tourne à l'enquête, voire au thriller. Où est donc passé le corps de Jésus ? Qui a bien pu le cacher et où ? Voire pourquoi ? Entre le traître, l'aveugle, le bienheureux et quelques autres figures aussi peu fiables les unes que les autres, l'enquête piétine, Ponce Pilate s'agace et Clavius, notre héros, se questionne. Car notre petit tribun est plus habitué à égorger des ennemis et à se planquer dans les collines qu'à jouer au détective. 
Et puis, l'évidence... Et là, ça tourne à un autre genre de poursuite. C'est plus la soif de comprendre ce qui fascine dans ce prophète... et surtout comment il a pu dépasser la mort. Là, ça tourne un peu étrange, entre les disciples en commando et l'adieu du Christ façon Independance Day...

On saluera la performance de Fiennes, qui campe un tribun très convainquant et sympathique... et c'est à peu près tout. Sans être mauvais mauvais, j'ai peur qu'il ne s'efface assez vite des mémoires.

Risen

lundi 2 mai 2016

The Huntsman : Winter's War

On a vu la suite de Blanche Neige et le chasseur sans le savoir ! Ou plutôt, on avait oublié ce film avant de voir ce nouvel opus. Il s'agit du prologue et de la suite du premier. Prologue parce qu'il s'agit de la formation du chasseur. Épilogue parce qu'il met fin au conte.

Figurez-vous que Ravenna, la méchante reine, a une sœur, la reine des neiges. Enfin, Freya peut geler tout le monde depuis que sa petite fille a été brulée. Et cette reine se constitue une armée pour conquérir les royaumes du nord. Elle enlève des enfants et en fait ses guerriers. Parmi les meilleurs, Sara et Eric. Qui bien sûr sont amoureux, ce qui est formellement interdit. Du coup, ça se passe mal avec la reine. Puis petite ellipse temporelle de dix ans jusqu'au règne de Blanche Neige et la disparition du miroir magique.

Un scénario embrouillé pour cet opus qui ne restera pas dans les mémoires. Certes, le côté Frozen peut emballer les aficionados d'Elsa mais guère plus.


samedi 30 avril 2016

Un conquistador sin espada

Écrite à partir des lettres du saint et des cartes annuelles des jésuites du XVIIe siècle, cette biographie détaillée par Clement McNaspy retrace les événements de la vie de Roque Gonzalez de Santa Cruz. Le saint le plus célèbre du Paraguay, est connu pour son assassinat par des indiens et pour le miracle qui a suivi: son cœur aurait été sauvé des flammes et aurait parlé. 
Avec ce texte court, on découvre son origine familiale, son entrée chez les jésuites, ses missions d'évangélisation qui passent par la musique et la danse, ses succès dans la fondation des premières réductions, dans la confiance que lui font les guaranis, ses luttes contre les encomenderos.


Intéressant pour la documentation écrite qu'il réunit, cette biographie paraît parfois plus un recueil de sources qu'un essai élaboré, ce qui lui donne un côté un peu lassant.

vendredi 29 avril 2016

Black girl / White girl

Schuyler College, 1974. Genna est en coloc avec Minette. Elle veut à tout prix devenir son amie. Mais Minette est tout sauf amicale. Misanthrope et désagréable, elle semble ignorer tout le monde et mépriser ses consœurs. Seul Jésus et sa famille comptent. Pourtant, quand elle commence à être victime d'actes de racisme, elle trouve en Genna son meilleur défenseur.

Drôle d'ambiance que celle qui règne dans cet ouvrage de Joyce Carol Oates. Deux héroïnes aussi agaçantes l'une que l'autre. Deux milieux sociaux opposés : la famille de Minette est chrétienne, sans beaucoup de moyens, elle est à Schuyler College grâce à une bourse ; celle de Genna est riche, athée. Ses ancêtres ont caché et défendu les esclaves noirs fuyant l'esclavage. Son père est un avocat, hyper engagé aussi dans ce combat pour l'égalité ainsi que contre la guerre du Viêt Nam. Sa mère, une hippie sexy qui a un peu trop tiré sur les bédos. Fruit de toute cette histoire, Genna souhaite à tout prix être la meilleure amie de Minette. Essentiellement parce qu'elle est noire. 

Histoire d'adolescentes et de racisme, histoire d'un Œdipe mal géré et d'une paranoïa galopante, histoire d'une Amérique perturbée, qui peine à intégrer, ce roman intrigue son lecteur. Sa fin notamment, qui semble s'écarter de notre histoire, donne un autre relief à l'ensemble. Sans être le plus envoûtant de ses romans, son atmosphère est prenante.

Black and white

lundi 25 avril 2016

Zootopia

Bienvenue dans un Disney dont l'héroïne est une lapine ! 

Avec Zootopia, nous entrons dans un monde où proies et prédateurs vivent en harmonie. Pas question pour les léopards de manger les lapins, les donuts sont de toute façon bien meilleurs !

Notre lapinette, Judy, première policière de son espèce, est reléguée à poser des contraventions. Mais elle tombe sur un truc louche derrière une disparition apparemment inoffensive. Certains animaux seraient rendus à l'état sauvage. Accompagnée d'un renard, Nick, elle mène l'enquête. 

Bon l'idée est sympa, le décor est chouette (adapté à chaque animal) et les références rigolotes mais le rythme est très mollasson. Il ne restera pas dans mes annales.

Zootopia
D.R.

jeudi 21 avril 2016

L'homme sans bras

Bien entendu, je ne pouvais rester sur cette Histoire de revenants sans découvrir la suite. Féval nous avait laissé à Paris, dans un bal de voitures et de voyageurs mystérieux qui ne pouvait que nous intriguer. Bref, malgré mon peu d'engouement pour le tome précédent, j'avais envie de connaitre la fin.

Vannes

On retrouve notre chanceux Gabriel, réputé riche à millions. On croise Marianne, anciennement de Treguern, maintenant Marquise de Castellat, qui voit les fantômes de sa famille. Et surtout, on suit Tanneguy, qui rejoint son ami Stéphane à Paris. Issus de la lande bretonne, ils ne tardent pas à retrouver les Trois Freux et Valérie-la-morte en plein cœur de la capitale. Mais c'est pour mieux exécuter la prophétie et découvrir la vérité sur les origines des uns et des autres. 

Sans grande surprise, ce roman clôt notre affaire. On aimerait pouvoir croire aux fantômes, comme Marianne de Castellat, mais Féval s'acharne à tout nous dévoiler. Reste l'ambiance et le voile noir qui apparaît aux Treguern. 


vendredi 15 avril 2016

Une histoire de revenants

Décidément, on tombe sur des romans assez curieux quand on se lance avec une liseuse. Ayant un bon souvenir du Bossu de Paul Féval, je n'ai pas hésité longtemps devant cet autre titre. Mais je ne sens pas de coup de cœur cette fois-ci.


Fussli, la folie de Kate

Quasi tout le roman se déroule en une seule nuit de tempête, en 1800. Sur la lande bretonne, hommes et fantômes se déchaînent. Il y a deux soldats qui rentrent d'une guerre. L'un deux, Étienne, revient manchot et apprend la mort de son maître et ami. Mais un pacte les liait qui va maintenant se réaliser. Il y a un moulin dont les ailes s'envolent et des femmes qui ne croient en rien. Il y a trois cavaliers qui rivalisent de vitesse. Et de l'or à la clé. Et du sang. Après cette nuit agitée, le lecteur est invité à deux baptêmes... Puis se retrouve à Paris 20 ans plus tard !


L'atmosphère fantastique et les contes bretons transparaissent et se relaient dans cette nuit interminable. Le lecteur rencontre les personnages à toute vitesse, entre deux apparitions. J'ai aimé cette nuit étrange et cette façon de découvrir avec Étienne les protagonistes du roman, même si j'ai trouve l'enchaînement un peu rapide et too much ! Le truc un peu frustrant ? Ce n'est qu'une introduction, il y a une suite qui s'appelle L'homme sans bras. Et paf, direct sur la Pal.

challenge classique


jeudi 31 mars 2016

Du côté de chez Swann

J'ai commencé la Recherche il y a des années et, coupée par une rentrée des classes, je n'avais pas poursuivi malgré mon engouement pour la plume de Proust. Un peu honteuse de l'abandon et inquiète de n'avoir jamais la disponibilité nécessaire pour ce type de lecture, je ne savais pas trop comment et quand reprendre. Et finalement, j'ai ouvert le livre, lu les premières phrases... et ai laissé le texte m'embarquer de nouveau. Car des les premières lignes, Proust m'a séduite à nouveau par son rythme, son choix des mots, ses images.

En trois parties, "Combray", "Un amour de Swann" et "Noms de pays: le nom", ce premier opus de la Recherche nous présente le jeune narrateur, hypersensible et amoureux. De sa maman, de Gilberte. Enfin, il se présente lui-même. Il nous introduit également à cet étonnant Charles Swann, bourgeois qui fréquente la plus haute société mais s'entiche d'un coquette cocotte, Odette de Crecy. Il nous invite à découvrir les paysages normands, les tantes hypocondriaques, les écrits de Bergotte, le cercle des Verdurin. 

Je ne sais trop que vous dire sinon que j'étais littéralement hypnotisée par les phrases de Proust, par ses images esthétiques et littéraires. L'évocation des œuvres d'art est en effet un des éléments que j'ai le plus apprécié, émaillant ma lecture d'images peintes. J'ai aussi été fascinée par cet amour idiot de Swann pour Odette. Cette jalousie si puissante qu'elle ressemble à l'amour. La description de ce sentiment dans toutes ses nuances est une vraie richesse de l'ouvrage.

Musée Jacquemart André Italie

J'ai bien entendu souligné et noté bien des passages. Je vous en livre quelques phrases :
"J'appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l'oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance"

"Contrairement à ce qu'on voit dans le visage de beaucoup d'humains, il n'y avait d'ironie que pour elle-même, et pour nous tous comme un baiser de ses yeux qui ne pouvaient voir ceux qu'elle chérissait sans les caresser passionnément du regard"

"Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres"

"Il en est ainsi de notre passé. C'est peine perdue que nous cherchions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas."

"Tachez de garder toujours un morceau de ciel au dessus de votre vie"

"Elles pensaient qu'on doit mettre devant les enfants, et qu'ils font preuve de gout en aimant d'abord les œuvres que parvenu à la maturité, on admire définitivement. C'est sans doute qu'elles se figuraient les mérites esthétiques comme des objets matériels qu'un œil ouvert ne peut faire autrement que de percevoir, sans avoir eu besoin d'en mûrir lentement les équivalents dans son propre cœur"

"Et tandis que la vue purement charnelle qu'il avait eu de cette femme, en renouvelant perpétuellement ses doutes sur la qualité de son visage, de son corps, de toute sa beauté, affaiblissait son amour, ces doutes furent détruits, cet amour assuré quant il eut à la place pour base les données d'une esthétique parfaite"

challenge classique

"Aussi, se privait-il d'y aller, ayant plaisir à se dire que c'était pour elle, qu'il voulait sentir, n'aimer qu'avec elle"

"La disposition particulière qu'il avait toujours eue à chercher des analogies entre les êtres vivants et les portraits des musées s'exerçait encore mais d'une façon plus constante et plus générale ; c'est la vie mondaine tout entière, maintenant qu'il en était détaché, qui se présentait à lui comme une suite de tableaux"

jeudi 24 mars 2016

Les Indes noires

Jules Verne m'a plus convaincu avec ce roman qu'avec le précédent. Pourtant, les lieux sont moins sexy et l'on troque des pirates pour des mineurs. Qu'à cela ne tienne, l'ambiance étrange et féerique de ce monde souterrain m'a beaucoup plu.


James Starr entreprend un voyage dans le temps lorsqu'il décide de répondre à l'invitation de Simon, le contremaître des mines d'Aberfoyle. Fermées depuis une dizaine d'années pour cause d'épuisement de ses ressources, elles n'ont jamais été abandonnées par Simon qui y a établi toute sa famille. Et pas à la surface, non, au fond de la mine. Retourner sur ces lieux fait naître la nostalgie chez notre ingénieur, très attaché aux hommes qui y ont travaillé et à la qualité superbe de son charbon. 
La belle surprise, c'est que le brave Simon et son fils Harry semblent avoir découvert un nouveau filon. Le truc moins cool, c'est qu'une force contraire semble vouloir les retenir au fond de la mine. 

Quelques temps plus tard, Coal-city attire dans les fonds de cette mine des visiteurs de l'extérieur, des familles de mineurs et bien sûr, James ! La famille de Simon a été la première à s'installer dans cette ville souterraine, à l'entrée du nouveau filon. 

Je crois que c'est ce qui m'a séduit dans ce roman : cette ville nouvelle, industrielle et touristique dans un lieu qui n'a pas grand chose d'attirant, le lien avec le petit peuple qui est écrasé par les explications scientifiques. Parce que la suite du roman, notamment avec la découverte de Nell et la poursuite des actes de sabotage, est sympathique sans être di
ngue.

Un petit roman recommandable !


mardi 22 mars 2016

Las venas abiertas de America Latina

Eh oui, je m'essaie à la lecture en espagnol maintenant. Histoire de pratiquer autrement cette nouvelle langue, de m'imprégner de ses structures, découvrir ses subtilités et rencontrer sa culture. Enfin, la culture de l'Amérique du Sud, ma zone d'adoption pour cette année. Pour cela, cet ouvrage incontournable d'Eduardo Galeano m'a paru une bonne base.

Mère paraguayenne

Je vous mets le sommaire histoire plus bas que vous puissiez vous repérez mais je vous raconte d'abord de quoi ça cause.

Le livre date un peu (1970) et il est partisan (anti-capitaliste), c'est certain. Il ne fait pas la pub des américains ou des européens. Il pose souvent les pays d'Amérique du Sud en victimes. Mais il n'en demeure pas moins une analyse super intéressante de l'histoire et des systèmes installés en Amérique du Sud, du point de vue d'un de ses enfants.

La première phrase donne le la: les pays se sont divisés en deux clans, ceux qui gagnent et ceux qui perdent. Et l'Amérique latine s'est, dès la Renaissance, spécialisée pour perdre ! D'ailleurs, l'Amérique, c'est les Etats-Unis. L'autre Amérique n'est qu'une sous-Amérique. (Et si on remet les choses dans leur contexte de 1970, c'était encore plus vrai qu'aujourd'hui). Et pourquoi cette place de vaincu ? A cause du système capitaliste qui a poussé à l'exploitation des richesse de l'Amérique Latine pour des mains étrangères, entretenant une pauvreté interne. C'est cette inégalité toujours plus criante que dénonce Galeano. Et pour cela, il remonte le temps...

Lorsque Christophe Colomb découvre l'Amérique, ce monde qui ignore l'usage du fer, du verre, de l'araire et de la roue, l'Espagne n'a pas des masses de sous : elle est au bout de sa Reconquête et ça lui a coûté cher. On est donc en mode conquête et conversion. Du coup, tous ces petits nouveaux d'Amérique, on les réduit à l'esclavage s'ils ne se convertissent pas... et on leur pique des trucs. Les indigènes des îles caraïbes deviennent des chercheurs d'or qu'on épuise à la tache ou qui se suicident pour y échapper !
Pourquoi cette appropriation des terres nouvellement découvertes ? Parce que c'était normal. Le Portugal avait reçu l'Afrique et la couronne de Castille toutes les terres inconnues qui pourraient être découvertes par ses envoyés. Comment ça se passe ? D'abord, il y a cette croyance que les blancs sont des dieux vengeurs de retour, ce qui facilite le contact et les trahisons. Car les conquistadors se plaisent à trahir, à intriguer, à creuser les divisions internes pour faciliter leur propre prise de pouvoir. Et pour terminer le nettoyage, les virus ferment la danse : la moitié de la population indigène aurait ainsi péri d'épidémies venues d'Europe. 

Le drame de l'Amérique Latine, c'est que toutes ses richesses ont servi, non pas à investir dans le développement des pays, mais ont favorisé leur exploitation par d'autres, l'or des Amériques servant plutôt à orner les palais et les églises d'Europe que d'Amérique (même si, évidement, on croise des retables foufous au Pérou). 

Potosi, mine découverte entre 1545 et 1558, est le cimetière de 8 millions d'indiens. Exploitée jusqu'au 18e siècle, c'est aujourd'hui une des villes les plus pauvres de Bolivie malgré quelques belles façades qui content une histoire d'injuste exploitation et de richesses dispersées. On lit ici de belles pages sur la décadence et les ruines d'une ville aux richesses décimées. 

Il y a aussi tout un thème sur les indigènes. Malgré la bulle de Paul III de 1537 qui déclare les indiens "hommes véritables", les justifications philosophiques de l’exploitation des indiens se poursuivent (païens, sans âme et que sais-je encore). Ce à quoi Las Casas rétorque que les indiens préfèrent se rendre en enfer pour ne pas croiser de chrétiens! Pour vous donner une idée du temps qu'il faut pour reconnaître l'humanité aux indiens, sachez que le Paraguay déclare que les indiens sont des êtres humains à l'égal des autres habitants du pays en... 1957 ! (et cela n'est pas encore entré dans les mœurs si l'on en croit une enquête postérieure de l'université catholique qui montre que 8/10 paraguayens croient que les indiens sont comme des animaux, d'où le peu de cas fait des indigènes aujourd'hui encore). 

Après l'or, le sucre défigure l'Amérique, détruisant les forêts et épuisant le sol. Exploité par des esclaves venus d'Afrique dans des latifundia, la cane à sucre est une malédiction qui se nourrit de la pauvreté et qui combine esclavage, féodalisme et mercantilisme.

Aux XIXe et XXe siècles, la dépendance économique se poursuit. Ainsi, les Etats-Unis investissent en Amérique Latine, notamment pour l'extraction du pétrole et des richesses minières. Pour le bien des populations ? Pour plus de travail ? Non, pour payer à des prix dérisoires ces richesses à une main d'oeuvre interchangeable. C'est le libéralisme des colonies espagnoles qui a ouvert la porte à l'Angleterre au XIXe. A cette époque, par exemple, le Paraguay est seul pays avec une barrière douanière. Qu'à cela ne tienne, les banquiers anglais vont financer une guerre, celle de la Triple Alliance (Argentine, Brésil, Uruguay) qui devient un génocide des paraguayens (on estime que 80% de la population masculine est tuée). La division des dépouilles du territoire est scellée avant même que la guerre n'éclate: ce sera Misiones pour l' Argentine, la partie est du Paraguay pour le Brésil... et rien pour l'Uruguay, qui s'adjoint plus tardivement. Avant la guerre, le Paraguay vit une époque de croissance économique et industrielle (train, armes... et donc certainement ouvriers). 98% du territoire est de propriété publique, chacun peut cultiver un bout de terre. Après la guerre, les barrières tombent et la liberté de commerce est possible au Paraguay, qui a perdu ses trains, ses bateaux, ses hommes et ses terres. 

Au XXe, les bénéfices vont plutôt dans la poche des USA que de l'Angleterre. Le Paraguay est envahi par des produits importés du Brésil, fabriqués par des entreprises nord-américaines : en 1968, les entreprises étrangères contrôlent la majorité des entreprises brésiliennes (les USA en gèrent 50%). Mais qu'importe comme le dit le dictateur du Paraguay en 1970, Stroessner : "La contrebande est le prix de la paix".

Autre moyen de contrôle, la dette ! Joli instrument de chantage des pays du sud par les USA. Le FMI et la Banque inter-américaine de développement décident de la politique économique des pays qui sollicitent un crédit, facilitant l'hégémonie nord-américaine ; Jusqu'à l'aide internationale est lue par Galeano comme un programme pour élargir le marché américain, une façon d'absorber les excédents ! Et le pire, c'est l'histoire des votes à l'ONU: les pays sud-américains ne seraient pas rares à troquer leur vote contre quelques dollars, facilitant les résolutions made in USA.

Et bien sûr les produits faits en Amérique latine sont encore et toujours tournés vers l'exportation, pas vers le développement intérieur du pays. L'idée d'un marché commun en Amérique latine est bloqué selon Galeano par peur qu'il ne profite plus aux entreprises étrangères que nationales... Bon, là je crois que c'est surtout que chacun veut garder son indépendance.

Revenant quelques années après sur son ouvrage et sa réception, il raconte que le meilleur éloge du livre c'est que les dictatures l'interdissent !

Ecrit alors que l'Amérique du Sud est aux mains de dictatures toutes plus vendues aux américains les unes que les autres, ce livre propose un foisonnant allez-retour entre passé et présent pour comprendre la réalité actuelle et pouvoir la faire évoluer. Malheureusement, ce n'est pas un contexte favorable puisque les dictatures nomment traîtres ceux qui osent s'indigner des injustices et qui veulent faire changer les choses. Aujourd'hui, on sent bien que les choses ont changé et que certains pays prennent conscience de leurs richesses. Mais cela aura été par le sang et les larmes... tandis que d'autres restent bien à la traîne et ne parviennent toujours pas à nourrir leur population ! 

Intro: Ciente vinte milliones de niños en el centro de la tormenta

I. La pobreza del hombre como resultado de la riqueza de la tierra

Fiebre del oro, fiebre de la plata

- El signo de la cruz en las empuñaduras de las espadas
- Retornaban los dioses con las armas secretas
- "Como unos puercos hambrientos ansian el oro"
- Esplendores de Potosi: el ciclo de la plata
- España tenia la vaca, pero otros tomaban la leche
- La distribucion de funciones entre el caballo y el jinete
- Ruinas de Potosi: el ciclo de la plata
- El derramamiento de la sangre y de las lagrimas: y sin embargo, el Papa habia resuelto que los indios tenian alma
- La nostalgia peleadora de Tupac Amaru
- La Semana Santa de los indios termina sin Resureccion
- Villa rica de Ouro Preto: la Potosi de oro
- Contribucion del oro de Brasil al progreso de Inglaterra

El rey azucar y otros monarcas agricolas

- Las plantaciones, los latifundios y el destino
-El asesinato de la tierra en el nordeste de Brasil
- A paso de carga en las islas del Caribe
- Castillos de azúcar sobre los suelos quemados de Cuba
- La revolución ante la estructura de la impotencia
- El azúcar era el cuchillo y el imperio el asesino
- Gracias al sacrificio de los esclavos en el Caribe, nacieron la máquina de James Watt y los cañones de Washington
- El arcoiris es la ruta del retorno a Guinea
- La venta de campesinos
- El ciclo del caucho: Caruso inaugura un teatro monumental en medio de la selva
- Los plantadores de cacao encendían sus cigarros con billetes de quinientos mil reis
- Brazos baratos para el algodón
- Brazos baratos para el café
- La cotización del café arroja al fuego las cosechas y marca el ritmo de los casamientos
- Diez años que desangraron a Colombia
- La varita mágica del mercado mundial despierta a Centroamérica
- Los filibusteros al abordaje
- La crisis de los años treinta: "es un crimen más grande matar a una hormiga que a un hombre"
- ¿Quién desató la violencia en Guatemala?
- La primera reforma agraria de América Latina: un siglo y medio de derrotas para José Artigas
- Artemio Cruz y la segunda muerte de Emiliano Zapata
- El latifundio multiplica las bocas, pero no los panes
- Las trece colonias del norte y la importancia de no nacer importante 

Las fuentes subterraneas del poder

- La economía norteamericana necesita los minerales de América Latina como los pulmones necesitan el aire
- El subsuelo también produce golpes de estado, revoluciones, historias de espías y aventuras en la selva amazónica
- Un químico alemán derrotó a los vencedores de la guerra del Pacífico
- Dientes de cobre sobre Chile
- Los mineros del estaño, por debajo y por encima de la tierra
- Dientes de hierro sobre Brasil
- El petróleo, las maldiciones y las hazañas
- El lago de Maracaibo en el buche de los grandes buitres de metal 

II. El desarrollo es un viaje con mas naufragos que navegantes

Historia de la muerte temprana

- Los barcos británicos de guerra saludaban la independencia desde el río
- Las dimensiones del infanticidio industrial
- Proteccionismo y librecambio en América Latina: el breve vuelo de Lucas Alamán
- Las lanzas montoneras y el odio que sobrevivió a Juan Manuel de Rosas
- La Guerra de la Triple Alianza contra el Paraguay aniquiló la única experiencia exitosa de desarrollo independiente
- Los empréstitos y los ferrocarriles en la deformación económica de América Latina 
- Proteccionismo y librecambio en Estados Unidos: el éxito no fue la obra de una mano invisible 

La estructura contemporanea del despojo

- Un talismán vacía de poderes
- Son los centinelas quienes abren las puertas: la esterilidad culpable de la burguesía nacional
- ¿Qué bandera flamea sobre las máquinas?
- El bombardeo del Fondo Monetario Internacional facilita el desembarco de los conquistadores
- Los Estados Unidos cuidan su ahorro interno, pero disponen del ajeno: la invasión de los bancos
- Un imperio que importa capitales
- Los tecnócratas exigen la bolsa o la vida con más eficacia que los "marines"
- La industrialización no altera la organización de la desigualdad en el mercado mundial
- La diosa tecnología no habla español
- La marginación de los hombres y las regiones
- La integración de América Latina bajo la bandera de las barras y las estrellas
- "Nunca seremos dichosos, ¡nunca!", había profetizado Simón Bolívar 

lundi 14 mars 2016

Lituma en los Andes

Je découvre un peu plus Mario Vargas Llosa avec ce roman, qui se dit policier. Mais c'est surtout pour la présence de Lituma, brigadier, et son adjoint, Tomasito, dans un village. Et pour la disparition de quelques péons de la mine voisine. 

Ce roman à plusieurs voix conte en parallèle la triste vie d'un poste de police isolé dans les Andes, à Naccos, les exactions du sentier lumineux et l'amour de Tomasito pour Mercedes. Lituma enquête vainement sur la disparition des trois travailleurs, interrogeant régulièrement Dionicio y Adriana (oui, à Naccos, pas à Naxos) et s'ennuie à mourir. Il est aussi terrifié par la présence du Sentier lumineux, qui n'épargne personne, et surtout pas un flic. Plus que cette enquête qui piétine, ce sont les victimes du Sentier lumineux qui m'ont intéressée. Tous innocents et pourtant tellement coupables, sacrifiés sur l'autel d'une guérilla contre le capitalisme, l'argent, l'Occident... Une violence froide et une inflexibilité effrayante qui renoue avec les sacrifices humains des peuples indigènes antiques. Ce qui n'est pas sans faire le lien avec les êtres mystérieux de la montagne, esprits ou démons qu'il faut amadouer... Au milieu de toute cette violence, le jeune Tomasito nous fait sourire par son amour naïf et absolu. Ouf !

Un roman qui me laisse un peu mitigée, je ne sais si c'est pour le style ou le thème (à moins que ce ne soit le fait de lire en espagnol, encore un peu tendu parfois) mais qui me donne tout de même envie de découvrir d'autres œuvres de Vargas Llosa. 

Andes

vendredi 11 mars 2016

Le Phare du bout du monde

Après avoir vu Les éclaireurs, le phare du bout du monde dans la baie d'Ushuaia, j'ai eu très envie de découvrir l'histoire qu'avait pu tisser Jules Verne autour de ce bâtiment et dans cet environnement hostile. Attention, histoire de pirates !

Phare des éclaireurs, Ushuaia

Trois gardiens viennent de voir partir le Santa Fé, le navire qui transporte tous ceux qui ont construit le phare au cours des derniers mois. Ils vont vivre trois mois dans l'île avant que ne vienne la relève. Les trois marins se réjouissent de ce job qui va éviter bien des naufrages. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que de l'autre côté de l'île vivent des pirates dirigés par Kongre et Carcanque, qui ont fait s'échouer plusieurs navires et attendent désormais de prendre possession d'une goélette pour charger leurs trésors et filer vers le pacifique. Bien entendu, nos gentils gardiens n'ont aucune idée de ce qui se prépare...

Ce roman, qui flirte parfois avec Robinson Crusoé, est sympathique sans être génial. Certes, on se demande comment tout cela va se finir et l'on découvre beaucoup de termes de marine mais les personnages restent stéréotypés et sans grand relief jusqu'à la fin. 

challenge classique

mardi 8 mars 2016

Goosebumps (Chair de Poule)

On n'a malheureusement pas tous les jours le choix de ce qu'on peut voir comme DVD quand on est invité chez des potes... Et ce week-end, ça a été le cas ! (et oui, on est actuellement dans une partie du monde où ce film, encore dans vos salles, est sorti en DVD).

On s'est retrouvé devant un gamin, Zach, qui venait d'emménager dans la petite ville tranquille de Madison. Charmé par sa voisine, il s'effraye des cris qu'il entend régulièrement. Serait-ce son père, un homme antipathique au possible, qui la battrait ? Alerté, le jeune homme décide d'en avoir le coeur net et visite la maison en compagnie de son nouveau pote, Champ.

Et là, c'est la cata. Ils ouvrent un livre de R.L.Stine et un monstre en sort, l'abominable homme des neiges. Mais ce n'est pas tout, Slappy, une poupée diabolique, en profite pour semer la panique. Ouvrant régulièrement les livres de Stine, elle en fait sortir tous les monstres possibles... Stine, le père antipathique devenu brusquement plus sympa (Jack Black), s'allie aux jeunes gens pour sauver le monde... euh, la ville.

Assez ridicule, du point de vue des dialogues comme du scénario, ce film a peiné à me faire sourire. Je n'y ai ni retrouvé l'ambiance effrayante des livres de mon adolescence, tout est tourné en mode comédie, ni même les contenus des livres en question (à part Hannah, qui doit être Le fantôme d'à-côté ou un truc du genre).

Bref, le navet à éviter !