mercredi 21 octobre 2015

Le petit Hippias

Sous-titré "ou du faux", ce dialogue de Platon met en scène Socrate, Eudicos et Hippias. Hippias a précédemment parlé de Homère. Vient désormais la question de Socrate, qui est le meilleur : Achille ou Ulysse ? (Non, les groupies, on ne s'emballe pas sur les muscles de l'un ou de l'autre, la question est essentiellement philosophique).

Vase François, Florence


Evidemment, c'est Achille le meilleur ! Il a des gros muscles, un beau bouclier... Il dit le vrai. Alors qu'Ulysse n'est qu'un faux jeton. Il ment tout le temps ! Mais s'il ment, n'est-ce pas qu'il a la capacité de le faire ? Et aussi de dire vrai ? Et n'ont-ils pas tous les deux cette possibilité ?
Hippias nuance : Achille ne ment qu'involontairement, lorsqu'il y est contraint, tandis qu'Ulysse ment à dessein ! Mais qui sont les meilleurs, ceux qui mentent volontairement ou ceux qui ne le font que sous la contrainte ? Là, Socrate comme Hippias peinent à trancher... Car ceux qui se trompent de façon involontaire, n'est-ce pas parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement ? N'est-ce pas le reflet d'une infériorité ? Mais alors, faut-il conclure que ceux qui commettent volontairement l'injustice sont meilleurs que ceux qui la commettent sans le vouloir ? Qui est le bon, qui est le méchant ? Est-ce celui qui sait ou l'ignorant ?

Comme toujours, Socrate nous laisse sans réponse, dans l'incertitude de la discussion. Il a bousculé nos idées reçues, a démonté quelques préjugés et s'en va, sans crier gare. A nous de penser la suite !

lundi 19 octobre 2015

Repenser la pauvreté

On continue à s'attaquer à des sujets un peu lourds avec cet ouvrage de Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo sur la pauvreté. Plus qu'un livre théorique, il s'agit plutôt d'expériences mises bout à bout et d'études à partir de cas concrets. Je m'attendais à un pensum pesant mais ce livre se lit très facilement grâce à ses exemples.

1. Y réfléchir à trois fois

Ce chapitre d'introduction dessine les réactions classiques face au problème de la pauvreté. La première est une approche solidaire, qui imagine qu'un peu d'argent peut aider les populations à sortir de la pauvreté, qu'il suffit d'une petite mise de fond pour passer d'un cercle vicieux à un cercle vertueux. La seconde est une approche plus libérale consistant à croire que ceux qui font les bons choix s'en sortiront tous seuls. "Notre première réaction est d'être généreux [...] Mais lorsque nous y réfléchissons, nous nous disons souvent qu'en fait ce n'est pas la peine : notre contribution ne sera qu'une goutte d'eau dans la mer. Ce livre est une invitation à réfléchir non pas à deux, mais à trois fois : à nous détourner du sentiment que lutter contre la pauvreté est une tâche trop écrasante et à penser ce défi comme une série de problèmes concrets qui, une fois correctement identifiés et compris, peuvent être résolus un à un"
On parle aussi du piège de la pauvreté : "chaque fois que la possibilité de faire croître ses revenus ou sa richesse à un rythme très élevé est limitée pour ceux qui ont trop peu à investir, mais augmente de façon considérable pour ceux qui peuvent investir un peu plus. Si le potentiel de croissance rapide est élevé chez les pauvres, et se réduit à mesure que l'on s'enrichit, alors il n'y a pas de piège".


I. Vies privées
2. Un milliard d'affamés ?

Pauvre et affamé sont presque synonymes pour nous. Pourtant, il semblerait que la nutrition ne soit pas leur unique priorité. Ainsi, les choses qui rendent la vie moins ennuyeuse, comme la télévision, sont essentielles. De même, si un pauvre peut s'acheter plus, il ne prendra pas forcément plus de son aliment de base mais des aliments meilleurs (quoi qu'avec moins d'apports caloriques). Curieux, non ?

3. L'amélioration de la santé publique mondiale est elle à portée de main ?

La santé est un problème complexe et potentiellement très cher : se soigner est un gouffre. On pourrait penser que la prévention suffit. Hélas, elle n'est pas très répandue et surtout peu adoptée. Car pour prévenir, il faut à la fois se projeter dans l'avenir et mettre en place un traitement pour éviter une maladie que l'on n'a pas encore. Mais comment voit-on que cela fonctionne ? Est-ce le traitement ou la chance qui m'évite telle maladie ? A ce rythme-là, on comprend que les bienfaits de la vaccination échappent tout à fait aux populations concernées. Et puis, difficile de savoir que croire dans nos pays bien informés... alors dans ceux qui le sont moins, ce n'est pas très surprenant que les croyances prennent le dessus.
Entre les structures étatiques et le médecin non qualifié, qui vont-ils choisir ? Étonnamment, c'est plutôt le médecin non qualifié et cher qui sera choisi. D'abord parce que les structures d'état ne fonctionnent pas très bien, ensuite parce que la valeur est souvent liée au prix : si je me soigne pour pas cher, je me soigne certainement mal.

4. Premiers de la classe

L'éducation des enfants, c'est un cadeau que leur font les parents en leur permettant de s'imaginer un avenir meilleur que le leur. Mais c'est aussi une façon d'investir pour leur propre avenir : un enfant qui réussit en classe trouvera un bon travail et pourra s'occuper de ses parents. Mais plutôt que d'investir sur tous les enfants, c'est souvent sur un seul d'entre eux que l'effort est porté.
Cependant, les systèmes éducatifs des pays en développement souffrent de difficultés comme des objectifs irréalistes ou de visions pessimistes de la part des profs qui ne permettent pas de repérer les talents des enfants. Cela ne sera jamais le problème du prof mais plutôt de l'élève s'il ne comprend pas. Et comme dans la santé, l'éducation publique est en proie à beaucoup d’absentéisme qui la discrédite.

5. La famille nombreuse de Pak Sudarno

Mais pourquoi les pauvres font-ils tant d'enfants ? Il faut les nourrir après ! Mais c'est un placement pour l'avenir : il y en aura bien un ou deux dans le tas qui s'occupera bien de son vieux père...
Cette question des enfants est si prégnante dans les pays en développement que de nombreuses politiques ont cherché à limiter les naissances (que ce soit par la stérilisation de population (!) ou par des incitations diverses). Est-ce une question de contraception ? En ce sujet comme dans d'autres, les études montrent une grande influence des familles d'une même appartenance sociale ou religieuse : si deux ou trois femmes protestantes veillent à une régulation des naissances dans leurs familles, leur exemple ne sera pas suivi par des catholiques ou des musulmanes.
Et pourquoi les filles ont-elles des enfants si jeunes ? N'est-il pas parfois préférable pour elles de tenter d'accéder au mariage avec un sugar daddy que d'être la bonniche de sa famille ?

II. Institutions
6. Des traders aux pieds nus

Le risque est un des éléments quotidiens de la vie d'un pauvre : sa santé, son travail, sa nourriture... Tout est compliqué.
Pour s'en sortir, mieux vaut ne pas mettre ses oeufs dans le même paniers. certains choisissent de migrer pour envoyer de l'argent à leur famille, ils multiplient les jobs, ils n'investissent pas dans des nouveautés mais préfèrent se fier aux façons traditions d'exploiter leur terre. Mais cela a des côtés négatifs : ne pas se spécialiser, c'est être condamné à ne faire que des petits boulots.
Pourtant, il existe des moyens de réduire les risques aujourd'hui. C'est à ça que servent les assurances. Outre le problème de la confiance vis-à-vis de ces organismes, la question de prévoir l'avenir reste bloquante. Pourquoi se priver maintenant pour une hypothétique indemnisation future ? Plutôt que des systèmes formels, un système de prêts informels régit les communautés

7. Les hommes de Kaboul et les eunuques indiens, ou une explication (pas si) simple de l'économie du prêt aux pauvres

La question du microcrédit est très étudiée dans ce chapitre. C'est un peu l'idée miraculeuse le microcrédit, non ? Prêter pas très cher par rapport aux prêteurs des communautés (qui pratiquent des taux d'environ 5% par jour), c'est tout de même une riche idée. Toute la question est de réussir à faire respecter un contrat. Pour s'en assurer, le microcrédit favorise des prêteurs qui se connaissent entre eux et qui appartiennent à une même communauté et met en place des remboursements à dates régulières. L'une des limites est l'incapacité à soutenir des personnes hors de la communauté. L'autre est la petitesse des entreprises qui peuvent être ainsi financées : pour faire quelque chose en grand, il faut trop de temps.

8. Construire son épargne brique par brique

Construire sa maison, c'est une façon d'économiser. Mais pourquoi ne mettent-ils pas leur argent à la banque ? Pour nos auteurs, c'est avant tout un problème de contrôle de soi. D'autres besoins ou envies plus urgentes pourraient venir entraver une épargne. Alors qu'une brique posée ne pourra pas être mise ailleurs que sur une maison. C'est la motivation pour rester concentré sur une perspective lointaine qui pose problème.

9. Entrepreneurs malgré eux

Tous les pauvres sont des entrepreneurs, débrouillards et motivés. Ils ont plein d'idées pour gagner de l'argent. Pourtant, les entreprises sont souvent toutes les mêmes et les rendements tellement faibles qu'elles ne parviennent pas à grandir. L'entrepreneuriat n'est souvent qu'un moyen de se créer une façon de subsister que le fruit d'une véritable volonté. D'ailleurs, le rêve le plus partagé est que les enfants de ces pauvres deviennent fonctionnaires !

10. Economie politique et politiques économiques

Dans ce chapitre, il est question de la corruption et du contrôle des autorités locales. Sans contrôle, pourquoi avoir des scrupules à piocher dans la caisse ? Pour lutter contre ce fléau qui favorise des systèmes clientéliste et qui aggrave les inégalités, un début de solution : contrôler les autorités locales, vérifier les comptes. Et pour ce qui est des politiques économiques, elles sont bien souvent éloignées des réalités du terrain et ne parviennent pas à atteindre ou à fonctionner correctement. Elles sont pavées de bonnes intentions mais sont en réalités plus idéologiques que pratiques.

L’Intérêt de cet ouvrage est qu'il bouscule pas mal d'idées reçues sur la pauvreté et les pauvres. Il est plein d'optimisme et souligne l'importance de la compréhension des motivations des uns et des autres pour faire changer les choses. Parmi les mises en garde, il en est une que je souligne : attention à ne pas projeter sur les gens des faiblesses qui les enferment. C'est la même chose que pour les enfants qui ont des difficultés à qui l'on répète qu'ils sont nuls. C'est en valorisant les talents et la créativité que l'on arrivera à insuffler de l'élan, pas en s'apitoyant sur le sort des malheureux. Et je retiendrai pour tous les projets l'importance de faire des campagnes d'information de façon attrayante et de source crédible !

jeudi 15 octobre 2015

Dieu dispose

Après l'histoire dramatique du Trou d'Enfer, Dumas n'a pas souhaité laisser ses personnages dans une si grande détresse. Il faut dire que le premier tome de cette histoire se termine dans les larmes et la tristesse. 

Avec ce deuxième tome, nous retrouvons Julius et Samuel, 15 ans après. Julius, ambassadeur pour Berlin en France, est prématurément vieilli par les excès via lesquels il a tente de se consoler. Samuel, toujours manipulateur, n'a pas beaucoup évolué: il n'a ni or ni passion sinon celle de jouer avec la vie des autres. Et le fait de recroiser Julius lui donne des idées: s'il tentait de récupérer sa fortune ? Car son objectif est de gagner l'amour de sa pupille, Frédérique, et il ne voit que l'argent pour acquérir du prix à ses yeux. Triste personnage, n'est ce pas ? Il n'a pas beaucoup changé avec les années. 
À nos vieux compagnons s'ajoutent de jeunes et chastes figures: Frédérique, pupille de Samuel, dont seul le lecteur connait l'identité, et Lothario, le neveu de Julius. Bien entendu, une voire deux ou trois histoires d'amour se nouent. Bien entendu, Dumas joue avec les cliffhangers à chaque chapitre ou presque. Et les plans de Samuel ne cessent de changer et de s'adapter aux circonstances. 

Comme dans Le trou d'enfer, on est à 100% dans la littérature romantique: paysages grandioses, climat de fin du monde, mystères et fantômes... Mais les temps sont moins héroïques: Napoléon n'est plus au pouvoir, c'est Charles X en fin de règne qui a pris sa place. Et l'Allemagne à laisse la place à la France, une terre bien moins romantique !


vendredi 9 octobre 2015

Félix Arnaudin. Le guetteur mélancolique

De passage à Bordeaux, nous avons découvert le musée Aquitain qu'il me tardait réellement de connaitre. Outre ses collections permanentes, très chouettes, surtout sur les périodes modernes et contemporaines, nous avons exploré une expo temporaire.


Felix Arnaudin, nom complètement inconnu pour moi... Figurez-vous que c'est un photographe de la fin du XIXe qui a immortalisé la campagne bordelaise et ses habitants. Il était aussi ethnologue à sa façon, conservant la mémoire et les contes de son pays. Dans cette exposition, beaucoup de paysages des grandes landes avec des bergers et des fermiers, des architectures vernaculaires, des portraits campagnards, des arbres...
Ce sont les métiers et leurs outils qui resurgissent devant nous, ce sont les visages graves ou curieux des paysans, ce sont des vêtements, des attitudes, des regards qui revivent. Et surtout, c'est un paysage assez différent de l'actuel. Pas de pins mais des petits bosquets, pas de villages mais des fermes dispersées. La précision des photos, les nuances de noir, gris et blanc, la préparation du cadre et des paysans, la recherche de la meilleure façon de faire connaitre les lieux, tout fait de certaines photos de superbes œuvres d'art.

Une très chouette expo photo, qui tient de l'ethnologie, de l'histoire et de l'art.

vendredi 2 octobre 2015

Le trou d'enfer

Rien de tel qu'un petit Dumas pour contourner la rentrée littéraire !

Nous rencontrons Samuel et Julius dans un paysage des plus romantiques : les montagnes allemandes, de nuit, sous un orage ! Oui, Dumas ne lésine pas sur les moyens. Ces deux étudiants regagnent leurs pénates à Heidelberg mais s'arrêtent sur le chemin. Une petite chevrière, Gretchen, les guide jusqu'à la maison du pasteur Schreiber. Au réveil, Julius tombe amoureux de la jeune fille de la maison, Christiane. Mais les étudiants ont d'autres priorités que l'amour : une société secrète dont ils sont membres les attend à Heidelberg. Complotant contre Napoléon, cette société secrète va tester la fidélité des jeunes gens en leur proposant un dangereux duel. C'est à ce moment que nous découvrons un peu plus Samuel : mécréant et insolent, c'est aussi un homme savant et sans morale. Il aime jouer avec les autres, leur imprimer sa marque. C'est ce qu'il fait avec Julius depuis son adolescence. Mais l'amour de Christiane va l'écarter quelques temps de ses griffes... avant qu'il ne sombre à nouveau en entraînant bien des vies autour de lui.

Ce roman, assez noir, nous présente un Faust nouveau, qui n'a pas besoin de guide ou de pouvoirs puisqu'il croit déjà tous les posséder. Sans âme ni scrupule, son seul intérêt est de se glorifier auprès de la société secrète et de manipuler les autres... Triste sire qui règne en maître sur ces pages, lesquelles se terminent un peu en queue de poisson. Heureusement, il y a une suite : Dieu dispose. Peut-être Samuel y gagnera-t-il une âme ? Je vous l'annonce dès que je le découvre.

Romantique à souhait, on est dans du Dumas à 200%, teinté d'un peu de Goethe ! 

St Peter Zurich

lundi 21 septembre 2015

Thé, café ou chocolat ?

Sous titré "L'essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle", cette exposition du musée Cognacq-Jay m'attirait énormément. J'avais encore en tête le livre de Camporesi sur le chocolat et quelques cours d'histoire et d'histoire de l'art en tête sur le sujet. Je m'attendais donc à un traitement assez approfondi de ce que je connaissais déjà. Hélas, cette exposition a plus été pour moi une illustration qu'une découverte.

thé et tarte au citron meringué

Les trois salles et demi de l'expo s'attachent à traiter à grand traits l'arrivée des boissons exotiques en France en suivant ce plan : la réception et l'adoption des boissons après une petite intro sur le contexte historique et le nouveau commerce qui se développe, leur consommation à la cour, à la maison ou à l'extérieur, les services, "cabarets", qui sont imaginés avec les tasses, les chocolatières, cafetières et théières...
Les pièces exposées sont essentiellement des cabarets, plus ou moins prestigieux, quelques gravures ou repro de tableaux... Alors, certes, les amateurs de porcelaine seront ravis car une grande place est donnée à la variété des formes et des styles de services. Mais pour ceux que ça ne passionne pas, ils resteront un peu sur leur faim !

Ce qui m'a manqué dans cette expo, c'est le peu de détails sur l'adoption de ces nouvelles boissons par toute la société, les nouvelles formes de sociabilité qui en découlent, les effets sur l'évolution du goût ou des habitudes alimentaires. 
Dommage car le sujet était beau, les quelques médiations proposées (espaces où sentir du café) intéressantes (quoi que très légères), mais l'ensemble laisse un goût de trop peu. Est-ce dû à la petitesse de l'espace d'expo ? au manque de prêts ? à trop d'attentes ? En tous cas, il vous reste une semaine pour vous faire un avis !

lundi 14 septembre 2015

The blood of Olympus

Le dernier épisode de la saga olympienne est sans surprise. Mais reste toutefois plaisante à lire. Rick Riordan use et abuse des cliffhangers et des blagues à deux balles mais ça marche toujours ! 

Percy, Annabeth, Jason, Piper, Hazel, Frank et Leo poursuivent leur quête pour stopper le réveil de Gaia, réveil qui entrainerait la destruction pure et simple du monde. Pour réaliser cette quête, il y a bien sûr des étapes indispensables : énigmes à résoudre, monstres à occire, dieux à flatter... Si Percy et Annabeth sont moins au centre de ce tome que du précédent, c'est pour mieux céder la place à Piper et Leo.
En parallèle de la quête des sept demi-dieux, Nico di Angelo et Reyna ont une mission délicate : ramener la statue d'Athéna Parthénos au camp Half-blood pour éviter une guerre entre grecs et romains. Avec un chasseur aux trousses et un fils d'Hadès qui ressemble de plus en plus à un fantôme, ce n'est pas non plus une partie de plaisir !

Roman sans surprise mais rondement mené, rebondissements sur rebondissements sont la patte de Riordan... à tel point qu'ils finissent pas ne plus trop nous étonner puisque de toute façon, tout se termine toujours bien ! Un divertissement agréable pour continuer à suivre nos attachants héros. 

Athéna Varvakeion

vendredi 11 septembre 2015

Un dimanche au quai Branly

Petit tour de rentrée au musée du Quai Branly pour aller voir L'inca et le conquistador. Bon, nous n'étions pas seuls... Mais nous avons bien pu profiter de cette exposition. 

Figurine d'argent avec gobelet cérémoniel
Construite sur l'opposition entre incas et conquistadors, elle fait le point sur les différentes expéditions de Francisco Pizarro et sur la situation politique de l'empire Inca à la veille de la conquête : écartelé entre deux factions rivales, l'une pour Atahualpa, l'autre pour Huascar, deux demi-frères ennemis, l'empire n'est pas au plus haut de sa puissance. Néanmoins, il oppose aux armes des espagnols le nombre des guerriers. Tout se joue sur des messages mal compris entre les deux peuples : les Espagnols arrivent en pays conquis et veulent prendre toutes les ressources présentes, les Incas pensent faire alliance avec les nouveaux venus. Le coup de jarnac vient de Pizarro qui fait Atahualpa prisonnier. Celui-ci tente d'acheter sa liberté contre des tonnes d'or et d'argent que se partage le clan de Pizarro, laissant d'autres conquistadors, notamment Almagro, de côté... Mais Atahualpa est tout de même exécuté pour trahison. L'empire Inca se disloque, l'alliance des conquistadors se grippe et se sépare en deux camps. Almagro est assassiné puis Pizarro. Bref, c'est sanglant !

Cette histoire est racontée par des cartes, des armes, des portraits et des objets quotidiens. En parallèle se construit la double ascendance du Pérou : histoire de l'or et de la violence, des indigènes et des espagnols. La scénographie nous fait passer d'un monde à l'autre et crée des liens entre les deux mondes. Une belle découverte sur un moment clé de la conquête.


Nous avons profité de notre passage pour jeter une oeil à l'expo Tatoueurs, tatoués. Retraçant l'histoire du tatouage, cette expo propose ensuite un parcours à travers le monde. On explore les tendances américaines, européennes, océaniennes et asiatiques à travers des dessins, des photos, des bouts de peau (synthétique ou réelle)...

Pas spécialement passionnés par le sujet, nous avons apprécié l'analyse historique, les premières marques d'intérêt à l'égard du tatouage mais les créations contemporaines nous ont moins marqués. Une expo riche et très documentée !

lundi 7 septembre 2015

La fin de la nuit

Trocadéro Tour EiffelCela devait bien faire 10 ans que je n'avais pas lu Mauriac. Ce titre a sauté de ma PAL dans mon sac avant que je n'attrape un train... et c'était plutôt une bonne chose. 

J'avais lu Thérèse Desqueyroux en prépa et j'en gardais un souvenir bon mais nébuleux : l'ennui et la lucidité d'une bourgeoise de province, l'empoisonneuse, les apparences... Pourquoi ne pas s'attaquer à ce qui s'annonçait comme la suite (et fin) du roman ?

On retrouve Thérèse, 10-15 ans après le non-lieu, à Paris, seule. Elle vit comme une vieille dame, avec sa bonne et ses livres. Mais sa fille vient troubler le calme relatif de la vie maternelle. Débarquant de nuit à Paris pour rejoindre son amoureux, jeune étudiant parisien, la jeune fille se réfugie chez sa mère qu'elle n'a pas vu depuis des lustres. Thérèse est partagée entre la joie, la tristesse, le jugement, la méfiance... mais fait bon accueil à Marie. Celle-ci, ignorante ou sourde au passé de sa mère, semble bien légère auprès d'elle. Ce qui n'est pas le cas de l'amoureux, Georges, intrigué et fasciné par Thérèse. Et notre héroïne retrouve avec lui le goût de séduire, d'intriguer, de sonder les cœurs. Comme un mauvais ange, elle fait remonter la boue des âmes, les défauts et les lâchetés que l'on se pardonne, que l'on néglige... Elle empoisonne les esprits.

Fin analyste des caractères et des situations, Mauriac nous présente une âme damnée, pour qui la rémission n'est pas de ce monde. Malgré elle, Thérèse manipule et joue avec les êtres, les méprise et les casse. Innocente ? Machiavélique ? Au lecteur de trancher !



vendredi 28 août 2015

Une collection très particulière

J'ai repéré ce livre de Bernard Quiriny chez Keisha... et je la remercie pour son billet qui m'a permis de découvrir un bon cru. Ce petit ouvrage était un régal !

lectriceAccompagné de Pierre Gould, bibliomane, nous entrons dans une bibliothèque étonnante : figurez-vous qu'on y trouve les livres les plus ennuyeux du monde, les livres à secrets, qui cachent des textes et d'autres récits à clés, les livres les plus snobs (qui se donnent à déchiffrer aux gens bien habillés), les livres assassins ou les livres au régime (qui perdent toujours plus de caractères et de mots pour aboutir à plus de simplicité)... Mais outre ces incursions dans la bibliothèque de Gould, nous le suivons dans des voyages surprenants : des villes qui dévorent leurs voisines, d'autres qui se construisent en miroir, avec les mêmes rues et personnes des deux côtés de la ville, des villes du sommeil ou de la mémoire, etc. Bref, toute une série de lieux plus extraordinaires les uns que les autres. Et poétiques. Enfin, le narrateur nous livre quelques aperçus de notre époque comme les résurrections de masse, le rajeunissement, le changement de sexe, de nom... Et l'on croise un peintre magicien, Schnell, qui crée des tableaux animés (un concept que je vous laisse découvrir par la lecture). 

On ne peut que saluer la belle imagination de Quiriny, sa vision amusée du monde et sa plume agréable : les nouvelles se dévorent comme des petits bonbons, doux-absurdes. Un recueil de curiosités inventives qui régalent et stimulent l'imagination du lecteur. 

Pour ceux qui aiment les voyages dans des villes étonnantes et poétiques, il y a aussi Calvino !

mercredi 26 août 2015

Où partir avant qu'il ne soit trop tard ?

On continue nos lectures qui font cogiter avec cet ouvrage d'Alrid Molstad. Pour les vacances, certains cherchent de l'exotique, de l'authentique. Pour cela, ils vont au bout du monde. Mais à quel prix pour ce lieu ? Comment le visiter sans le dégrader ? Et nos voyageurs trouvent-ils réellement ce qu'ils venaient y chercher ? On voudrait tous découvrir notre propre petit paradis mais avec l'explosion du tourisme et des vols low cost, on est rarement seul dans notre île. 


Voilà la problématique qu'expose Molstad :"J'ai commencé à m'intéresser aux raisons qui pouvaient expliquer pourquoi elles [les destinations] perdaient si souvent et si vite leur identité, beaucoup parmi elles étant désormais marquées d'une boite de péremption invisible. Le tourisme était en train de ronger ce qui les avait justement rendues attirantes à l'origine : les modes de vie et de pensée, la nature et l'environnement".
Je vous propose donc de le suivre dans un petit tour du monde de lieux de rêve !

Birmanie. Voyager ou rester chez soi ? 

Non, être touriste ne signifie pas simplement profiter des voyages. Dans certains lieux, le tourisme a un poids politique et financier qui dépasse le divertissement. Ainsi, faut-il ou non se rendre en Birmanie ? Est-ce qu'y aller c'est financer forcément le régime des généraux ? Faut-il suivre l'appel de Aung San Suu Kyi au boycott ?
A travers le récit de son voyage en Birmanie, les rencontres qu'il a pu y faire, le journaliste propose un tourisme attentif et responsable, qui montre aux birmans que le monde ne les oublie pas et qui apporte des subsides directement aux habitants, en évitant le plus possible les entreprises d'état. Il souligne toutefois qu'une bonne partie de nos devises finance tout de même la junte et lui donne du crédit.

Croatie. La Méditerranée telle qu'elle fut autrefois

Après la guerre des Balkans, il est peut-être difficile de revenir dans des lieux que l'on a connu plus riants. Pourtant, le rôle du tourisme est essentiel pour la relance de cette économie, pour l'emploi des populations, pour la conservation des lieux d'histoire. C'est ce que Molstad appelle le tourisme solidaire, un tourisme qui permet au pays de se reconstruire de l'intérieur, avec sa population. Il y oppose les investisseurs étrangers qui viennent acheter des châteaux et les transformer en hôtels en les dénaturants ou qui bétonnent des plages sauvages... Il signale qu'il vaut mieux miser sur le long terme pour dénaturer le moins possible son pays et que les gains à courts termes sont souvent fatals pour le charme d'une destination. "Pensez à chacune de vos transactions comme à un vote -"J'aime, ça rend l'endroit spécial"- et investissez votre argent dans ce qui préserve le caractère de l'endroit."

Norvège. Å et après ?

Il est des lieux où le tourisme devient plus rentable que les activités traditionnelles : le tourisme peut-il alors participer à la sauvegarde de ces façons de vivre ou vient-il forcément les détruire ? Pour répondre à cette question, quel meilleur lieu que les petits villages de pêcheurs norvégiens ? Là, les activités traditionnelles deviennent un Disneyland pour touristes, une vitrine, un décor... Quel est l'avenir de ces lieux dont les habitants deviennent des acteurs ? 

Costa Rica. Un jardin d'Eden ?

A travers l'exemple du Costa Rica, on aborde la question de l'écotourisme, respectueux de l'environnement. C'est la nature qui est le véritable but du voyage et le touriste est prêt à agir (ou à payer) pour la garder intacte. Là encore, il est question d'investir dans ce qui préserve la destination et ce qui profite à la population.

Dubaï. Enraciné dans le sable

Je crois que c'est avec cet exemple que je me suis vraiment rendue compte qu'on ne voyageait pas tous de la même façon et que le tourisme responsable dont nous parlait l'auteur depuis le début du livre s'adressait essentiellement à des personnes très à l'aise financièrement. Quid des voyages low cost des humbles ? Visiblement, on peut plus ou moins aller se faire voir !
L'expérience du désert est celle de l'espace, du silence et du temps ; c'est aussi pour notre auteur des excursions dans le désert qui soient le plus neutre possible... Et pour faire les choses bien (et de façon confortable), il faut limiter le nombre d'accès aux lieux. Comment le faire ? Par l'argent ! Vous allez me dire que pour certaines destinations, c'est déjà le cas. Mais là, le tourisme deviendrait un luxe inabordable.

Venise. Une beauté fragile

Le tourisme de masse rend Venise fragile : elle est inhabitable car hors de prix, elle s'enfonce, se dégrade... et risque de disparaître. Faut-il la sanctuariser et préférer à la visite réelle une visite virtuelle ? C'est un tourisme du pauvre que propose Molstad : moins impactant pour les lieux, plus propre... mais tellement fade !

Kenya. Rêve d'Afrique

Séjour de rêve avec des Massaï : accueilli chez eux, notre journaliste les suit dans un safari à pied. Pas question de safaris en voiture qui abîment le paysage, on reste dans une relation de respect avec les lieux et les hommes. Mais là encore se pose la question de l'influence du touriste sur le pays qu'il visite, ce en quoi sa façon de vivre change celle des habitants et gomme leur identité. Vaste problème, inhérent au tourisme depuis ses origines.

Vietnam. Un périple à vélo

Cet exemple asiatique complète la question posée plus haut sur le changement des modes de vie : "A Sapa, il n'est pas nécessaire de vendre beaucoup de broderies pour que le revenu des ventes dépasse ce que rapporte un mois de longues journées à travailler dans les rizières en terrasse. En quelques années seulement, le tourisme a bouleversé la structure familiale de plusieurs ethnies. Les hommes ont perdu beaucoup de leur pouvoir. Aux yeux des touristes, ils ont été éclipsés par les femmes, plus entreprenantes. Quand ce sont les broderies qui nourrissent une famille, la personne chargée de subvenir aux besoins de la maison n'est plus la même". 

Cuba. L'île aux vieilles voitures américaines

Rien de très neuf dans cet exemple. Il y est question du tourisme à bas coût. Des clubs qui ne mettent même pas les touristes en contact avec la population mais profitent uniquement des ressources.

Bali. L'île des dieux

Avec l'exemple de Bali, il est amusant de voir que le tourisme peut détruire comme renforcer une culture. Ainsi, il semble que c'est parce que les visiteurs viennent pour leur culture que les Balinais ont commencé à se rendre compte de son importance. Certes, cette culture a certainement été modifiée, ne serait-ce que parce qu'elle a acquis une valeur économique que les habitants ne lui accordaient pas. Mais ce changement semble se faire avec les habitants, en conservant les racines historiques et religieuses. Mais pour combien de temps encore ? 

Les chapitres suivants reprennent les questionnements déjà présentés plus haut. Je ne vais donc pas vous assommer avec de nouveaux exemples mais simplement vous indiquer les titres, pour que votre lecture vous porte vers ce qui vous attire le plus.

Penang (Malaisie). La perle de l'Orient

Maroc. Le Maroc au petit bonheur

Rwanda. Rencontre avec les gorilles géants

Aruba (Caraïbes). Les îles de nos rêves

"Voyager aux quatre coins de la planète n'est pas un droit mais un privilège" conclut Molstad. Et voyager a un réel impact, notamment environnemental. La question du changement climatique, esquissée dans chaque destination (ou presque) est considérée de manière globale par rapport au tourisme : l'auteur rappelle que nos voyages ne sont pas neutres en carbone, que nous avons à respecter et à favoriser la conservation de la nature là où nous nous rendons... Il présente le tourisme comme une activité responsable : c'est à nous de décider où vont nos capitaux lorsque nous voyageons. En investissant localement, nous pouvons aider à conserver un peu d'authenticité aux lieux. Le seul point qui me titille un peu est celui du tourisme écoresponsable, compris uniquement comme un tourisme de luxe. Plus de voyage pour les autres ?

mardi 25 août 2015

Atlas de l'Amérique latine

Focus très rapide sur cet ouvrage d'Olivier Dabène et Aurélie Boissière qui permet d'aborder en une centaine de page les caractéristiques d'un continent. 

Composé de cartes et de textes courts et percutants, ce livre renseigne efficacement sur tous les aspects du "Continent de toutes les révolutions" à travers les chapitres suivants :

Legs historique
Espaces, ressources et peuplement
Développement : équilibres et fragilités
Cultures et révolutions
Les styles politiques
L'Amérique latine et le monde

Bien entendu, ce n'est pas un ouvrage qui vous permettra de collecter toutes les données sur un pays précis mais qui vous donnera plutôt une vision globale des problématiques et des tendances de cet espace et de ses populations.


lundi 24 août 2015

Sacrée croissance !

Après le film, le livre. Marie-Monique Robin a choisi de publier en complément de son documentaire une uchronie : comment vivrions-nous en 2034 si François Hollande avait lancé en 2014 la "Grande Transition" ? Il s'agirait d'un moment de clairvoyance politique rare pendant lequel un président aurait assumé de renoncer à la croissance et proposé de s'attaquer véritablement au problème du réchauffement climatique. L'uchronie revient sur les moments clés de cette transition à travers l'étude de divers facteurs.

En introduction, Matthieu Ricard lance des questionnements intéressants sur notre façon de vivre. Reprenant une citation de R. Kennedy, "En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue", il interroge sur cette omnipotence de la croissance qui "oublie de comptabiliser comme coûts les dégâts qu'elle occasionne, nous appauvrit au lieu de nous enrichir". Est-ce que ça ne fait pas tilt quand vous lisez :"A quoi bon une nation qui serait richissime et toute-puissante, mais dans laquelle les gens ne seraient pas heureux ?" ou "La simplicité volontaire ne consiste pas à se priver de ce qui nous rend heureux -ce serait absurde-, mais à mieux comprendre ce qui procure une satisfaction véritable et à ne plus être assoiffé de ce qui engendre davantage de tourments que de bonheur". Tout un programme ! 

Après cette introduction dense, on plonge dans l'uchronie de Robin. Et j'avoue que la forme ne m'a pas emballée plus que cela. Outre son côté un peu superficiel et forcé, le côté politique m'a pas mal gênée. Faire de François Hollande un héros, pourquoi pas, mais l'adhésion de ses ministres me laisse un peu rêveuse. Bref, si on oublie la forme, le fond reste intéressant. Voilà comment se présente l'ouvrage.

Hiver Galen Kallela

I. La grande idéologie

1. Le mythe de la croissance

Dans cette partie, petit retour sur ce qu'est la croissance, avec une rapide histoire économique. Comment peut-on imaginer toujours plus de croissance dans un monde limité, dont les ressources diminuent ? Dommage que le vocabulaire employé comme "L'intoxication générale" fasse un peu trop société totalitaire... Idem pour pas mal de titres ou d'expressions du livre.

2. L'alliance avec le diable

On continue sur les questions économiques et notamment sur la répartition des richesses, sur la consommation 'utile' ou non, sur le PIB, etc.

3. La fuite en avant

Dans ce chapitre, rendez-vous avec le productivisme et la société de consommation. 

Cette partie sur la croissance convoque des économistes et des historiens pour expliciter les tenants et aboutissants de notre société libérale. La conclusion de Richard Heinberg, chercheur au Post Carbon Institute est sans appel : la croissance ne peut pas revenir "en raison de la convergence de trois facteurs : le premier est l'augmentation inéluctable du prix du pétrole ; le deuxième est le coût croissant des impacts du processus industriel, principalement liés au changement climatique (inondations, incendies, sécheresses, tempêtes...) ; le troisième est notre dépendance extrême à la dette, qui n'a cessé de grimper pour stimuler artificiellement la croissance depuis plusieurs décennies".


II. Le grand gâchis

4. Y'a plus de pétrole !

C'est à ce moment du livre qu'on réalise à quel point tout ce qui nous entoure est le fruit de l'or noir. Le pétrole, c'est un peu notre drogue. Et l'on peut imaginer qu'une autre ressource pourra le remplacer, que le progrès technique pourra nous sortir de l'impasse... mais faut pas fonder trop d'espoirs là dessus. 

En plus, en raison de l'effet rebond, les améliorations techniques ont forcément des impacts :"un effet rebond direct où le gain d'efficacité est utilisé pour consommer davantage le même type de produit : une voiture qui consomme moins d'essence permet de rouler plus longtemps et plus loin pour le même coût ; un effet rebond secondaire où le gain d'efficacité autorise la consommation de produits différents : les économies d'essence réalisées sur les trajets quotidiens permettent d'acheter un billet d'avion pour une destination lointaine ; l'effet rebond peut aussi avoir un effet sur l'économie globale : le développement de la voiture favorise les supermarchés face aux petits commerces et modifie l'urbanisme".


5. La menace de l'effondrement

Pour noircir un peu le scénario, retour sur les civilisations ayant disparu suite à la destruction de ses ressources avec l'île de Pâques et les Mayas. Voici les facteurs à surveiller : "la déforestation et la destruction des habitats naturels (érosion des sols et salinisation), des aléas climatiques sévères, la surchasse et la surpêche, les effets d'espèces introduites sur les espèces natives, la croissance démographique et l'augmentation de l'impact écologique par habitant". 

Le plus raisonnable, ce serait donc de se calmer un peu. Mais pourquoi est-ce qu'on ne fait rien ? Là, on reprend le dilemme du prisonnier. "Si j'y renonce et que les autres n'y renoncent pas, mon pays sera ruiné ; si je n'y renonce pas et que les autres y renoncent, il sera toujours temps d'aviser ; si j'y renonce et les autres aussi, c'est formidable, mais ça n'arrivera jamais, alors continuons comme toujours...". Et pourtant, si l'on en croit les experts interviewés, plus on attend, plus ça nous coûtera cher en vies et en argent. 

6. L'argent fou

Alors, malgré toutes ces mises en garde, pourquoi ne dit-on pas stop à la croissance, visiblement incompatible avec la baisse des émissions de CO2 ? Parce que la croissance est un cercle vicieux -ou vertueux selon les points de vue : "Quand les consommateurs arrêtent d'acheter, les problèmes commencent : la baisse de la demande entraîne une baisse de la production, et donc de l'emploi et des revenus". Et pourtant, il suffirait de peu pour changer les choses :"travailler moins, créer plus, dépenser moins et se connecter davantage".

Là, on s'attarde sur l'endettement des ménages, les prêts à la consommation et la financiarisation de l'économie... et sur les répercussions des jeux des banques sur nos existences. C'est un sujet important, sur lequel l'auteur revient ensuite dans son chapitre sur la monnaie.

III. La grande transition

7. La nouvelle révolution agricole

Premier lieu du changement pour Robin : notre agriculture. Ras-le-bol de l'agriculture industrielle dopée aux insecticides et aux produits chimiques qui abîment les terres et nos corps, des exploitations qui polluent plus que des usines, des aliments qui font des centaines de kilomètres. Pourquoi ne pas renouer avec les petites exploitations et avec une alimentation de proximité. Comment faire pour les villes ? Cultiver dans les villes, bien sûr. Et c'est l'objet du chapitre suivant.

8. Les fermiers urbains, lanceurs d'avenir

L'idée de l'agriculture urbaine est en pleine expansion, notamment aux US et au Canada nous dit Robin. Et où planter ? Un peu partout où c'est possible et même sur les toits. 


9. La révolution énergétique

Deuxième lieu du changement ? L'énergie, bien sûr. Parce qu'on a bien compris que le pétrole, le charbon et tout ces bidules là, ça produit pas mal de CO2... Et que le nucléaire, c'est peut-être pas le meilleur plan. L'idée est de passer aux énergies renouvelables : biomasse, éolien, solaire, hydroélectricité. 

Alors là, ça me questionne. Est-ce vraiment si efficace ? Si l'éolien et le solaire produisaient réellement beaucoup d'énergie, pourquoi n'aurait-on pas investi là-dedans ? C'est ce que ferait assez logiquement une société tournée vers la croissance, non ? Quel est le prix en CO2 et en matériaux rares du solaire (parce qu'il y a des composants un peu évolués là-dedans), pour quelle durabilité et quelle production ? Idem pour l'éolien. Ce n'est pas neutre environnementalement : tu te retrouves avec des tonnes de bétons. Et je ne parle même pas de l'esthétique ! Et l’hydroélectrique : on a déjà de grands barrages sur le territoire. Et là où ça pouvait être efficace, ça a dû être fait, non ?


10. La révolution monétaire

Troisième lieu du changement, la monnaie. Avec l'exemple des monnaies locales, l'auteur signale que l'on peut investir plus fortement dans la bonne santé de son territoire. "Nous avons découvert qu'à peine 20% des habitants faisaient leurs achats dans le quartier, les autres achetaient à l'extérieur. Nous étions pauvres parce que l'argent que nous gagnions péniblement ne profitait pas à la communauté [...] Notre première décision fut d'accorder des microcrédits à la production pour soutenir la fabrication locale des choses dont les gens avaient besoin pour vivre [...] les territoires organisent leur autonomie maximale pour assurer le bien être de leur population tout en étant en relation avec l'économie globale, dont l'influence doit être réduite au maximum". Si les exemples et les résultats exposés sont très enthousiasmants, les clés du fonctionnement de cette monnaie ne sont pas très claires, notamment pour les investissements et les prêts. On aimerait plus de détails et d'infos, que l'on ne trouve pas non plus vraiment sur les sites web des monnaies locales existant.


11. La société postcroissance et le laboratoire du Bhoutan

Le livre se clôt avec l'étonnant pays du "bonheur national brut", le Bhoutan. L'objectif de ce pays n'est pas de développer son PNB mais le bien-être et la résilience de ses habitants. La résilience ? C'est un mot à la mode que l'auteur explique ainsi :"Dessinez un cercle imaginaire, mettez votre famille au centre et réfléchissez à tout ce qui doit entrer et sortir pour assurer son bonheur : l'argent, les déchets, la nourriture, l'énergie, l'information, etc. Imaginez que l'un de ces flux est interrompu pendant une heure, un jour, un mois. Que pouvez-vous faire pour soutenir votre famille pendant cette interruption ? Cet exercice mental vaut aussi pour votre quartier, votre usine, votre école, votre pays, à tous les niveaux vous trouverez des mesures utiles".

Alors, que se passe-t-il au Bhoutan ? Que font-ils pour être heureux ? Ils s'appuient sur quatre piliers : la conservation de la nature, la promotion de la culture, le développement d'une économie soutenable et la bonne gouvernance. 
Est-ce que ça marche vraiment ? Visiblement, les populations ne sont pas malheureuses (elles sont sondées régulièrement) mais cela parait être le rêve fou d'un monarque éclairé. Est-ce possible à plus grande échelle ? 

Grâce à cette uchronie, Marie-Monique Robin permet d'entrevoir un avenir dépourvu de croissance mais non de bonheur. Un avenir plus heureux que celui des crises économiques et climatiques qui nous guettent. Mais, malgré son enthousiasme, certains points restent un peu trop flous selon moi. Et, à vouloir montrer qu'il n'y a que cette voie si l'on veut éviter la dégradation brutale de nos milieux et de nos vies, on a envie de la contredire, de lui demander plus de preuves. Bref, d'interroger un peu plus les experts en question. Et de nuancer deux ou trois trucs.

Mais l'intention est bonne, celle de nous sortir de notre immobilisme et de nous alerter. Et je ne peux que souscrire à cette conclusion en forme de citation: "On arrive au bonheur personnel, sans le chercher mais en travaillant plutôt au bonheur de l'humanité" selon John Stuart Mill.

vendredi 21 août 2015

Ils changent le monde !

Autant vous prévenir, il devrait y avoir pas mal d'essais chroniqués ici les semaines à venir. On va s'interroger ensemble sur notre façon de vivre, de prier la déesse Croissance, de détruire notre planète... Oui, tout ne sera pas joyeux. Mais, et ça c'est trop bien, il y a des gens motivés qui font changer les choses. Rob Hopkins, à l'initiative du mouvement de la Transition, repère dans cet ouvrage des expériences locales qui redonnent du travail, qui créent du lien social et qui font du bien à la terre. Sous-titré "1001 initiatives de transition écologique", cet ouvrage est divisé en 4 parties :

1. Pourquoi nous devons agir

2. Ouvrir les possibles

3. Le pouvoir de faire des trucs qui changent le monde

4. Oser rêver : jusqu’où cela pourrait nous mener

forêt tropicale

Pourquoi changer le monde ? Vous n'êtes pas bien dans vos vies confortables ? A gagner un peu d'argent, à acheter des objets (et des livres), à voyager, à travailler ? Franchement, vous n'êtes pas à plaindre. Bon d'accord, la croissance, c'est la cata... Mais si l'on en croit Hopkins "En public, bien sûr, ces dirigeant entonneraient le crédo de la croissance, mais ici, ils avouaient qu'ils n'y croyaient tout simplement pas". Ah bon ? Mais arrêtez de brasser de l'air avec la croissance dans ce cas ! 

Mais au fait, pourquoi critiquer la croissance ? Oui, ça fait déprimer nos présidents. Mais ça, à la rigueur... Ah, ça fait un peu de mal à la planète. Comment ça ? Tu veux dire que puiser de façon illimitée dans les ressources naturelles et émettre du CO2 pour produire des tas de choses, c'est pas cool ? "Bien que les émissions connaissent une légère baisse en Occident, celle-ci est largement contre-balancée par la hausse provenant des pays émergents comme l'Inde et la Chine (il convient néanmoins de noter qu'une part significative de cette hausse est liée à la production de biens pour les pays plus riches, qui ont délocalisé l'essentiel de leur production manufacturière)". 

Que propose Rob Hopkins ? Des initiatives locales comme moteurs de développement économique. Il propose de remplacer "l'objectif de croissance économique par un objectif de bien être, de bonheur, de vivre ensemble et de lien humain". Et ce ne sont pas vos politiques qui vont faire cela pour vous. Non, c'est à vous de vous prendre en main ! Et de faire émerger des initiatives. Vous avez des idées, des envies, c'est le moment de les exprimer. 

Quelles initiatives ? Des "initiatives qui remettront la propriété des ressources et du capital dans les mains de la communauté", qui soient "peu émettrices de carbone", qui reconnaissent les "limites de la planète" et qui "ne viseront pas la recherche du profit personnel, mais les bénéfices humains et collectifs, à travers une multitude de modèles économiques, d'entreprises sociales et coopératives". Là, j'ai perdu la moitié d'entre vous. Quoi ? Pas de profit perso ? Mais c'est complètement contradictoire avec ce que véhicule notre société : c'est chacun pour soi et tant pis pour les autres. Mais est-ce que c'est forcément bien comme chemin ? C'est un peu court-termiste, non ? Pas sûre que vos enfants s'en sortent aussi bien. Comment vont-ils faire pour rester du côté de ceux qui concentrent les richesses ? Comment vont-ils vivre dans un monde pollué dont les ressources s'épuisent ?  

Les propositions de Rob Hopkins visent à changer le monde à échelle locale. Par de petites actions sur le plan de l'énergie, de la production agricole locale, de l'économie solidaire et sociale, des communautés rêvent d'un autre avenir pour leur ville, leur région. A travers de très nombreux exemples, partout dans le monde, ce livre pose à la fois des questions sur notre vision de l'avenir, propose des façons concrètes d'agir et des résultats déjà observés. 

Parfois un peu trop alarmiste (mais peut-être faut-il l'être maintenant) à mon goût, il a le mérite de parler simplement et concrètement. Et il donne envie à la fois d'en savoir plus sur le mouvement de la Transition et, pourquoi pas, de s'y engager. Après tout, si c'est pour rendre le monde plus vivable, c'est pas mal, non ?

jeudi 20 août 2015

Du Nô à Mata Hari, 2000 ans de théâtre en Asie

C'est le Barong et la sorcière de Bali qui nous accueillent dans cette belle expo du musée Guimet. Ces costumes et ces masques, utilisés lors de danses sacrées, nous introduisent à l'extraordinaire richesse des mythes asiatiques et à leur extraordinaire mise en scène par le théâtre. Les formes variées du théâtre sont explorées à travers des peintures, des masques, des marionnettes, des costumes, des gravures qui nous en mettent plein les yeux.

On débute avec les masques et les traditions indiennes. Les mythes les plus souvent représentés sont liés aux grandes épopées, le Mahabharata et le Ramayana. Ces récits épiques abreuvent aussi toute l'Asie du sud est. On retrouve ainsi des costumes de Rama, très différents selon qu'il s'agit de Kuttiyatam, de Khon ou de Wayang (pour les origines et les distinctions, je vous renvoie au site de l'expo). Pourquoi tant de couleurs et de masques ? Pourquoi ces maquillages si prononcés ? Pour l'identification des personnages bien sûr, très codifiée, mais aussi pour créer une sorte de décor. On notera que ces mythes ont aussi été très féconds à l'écran où l'on compte des milliers d'adaptations.

masques théâtre indien

On passe ensuite au théâtre d'ombre avec ses personnages aux découpes fantomatiques avant de découvrir le théâtre chinois. Ces ombres de cuir, articulées et brodées, sont véritablement saisissantes, qu'il s'agisse des petites pièces chinoises ou des plus grandes du Sbek thom au Cambodge. 

théâtre ombre Sbek thom Cambodge

Pour la Chine, on remonte dans le temps avec les petites figurines (minqui) d'acrobates avant de croiser de superbes marionnettes. Mais le clou de l'expo vous attend quelques pas plus loin avec les magnifiques costumes de l'opéra de Pékin, sauvés de la destruction par l'acteur Shi Pei Pu. Ces rescapés de la Révolution culturelle chinoise sont des coiffes très travaillées et des robes à motifs brodés, enrichies de plumes, de pompons, de perles et de fils métalliques... Une vidéo (publicitaire pour l'UNESCO !) permet ensuite de mieux comprendre ce qu'est cet opéra : les mouvements des acteurs, leur maquillage, leurs expressions rendent tous ces accessoires bien plus parlants. Je regrette que tous les objets exposés relatant une forme théâtrale toujours pratiquée n'aient pas été accompagnés de courtes vidéos. Le déploiement des corps dans l'espace, le mouvement, changent véritablement la perception ces œuvres. La scénographie pallie en partie ce manque mais une vidéo systématique aurait bien complété tout ça.

Costume de cour de général, opéra chine 19e

La dernière partie de l'expo (pour ce niveau) est dédiée au théâtre japonais, notamment l'étonnant Bunkaru avec ses marionnettes de taille humaine, actionnées par plusieurs personnes, et bien entendu le Nô. C'est là que vous pourrez découvrir la splendeur des kimonos peints d'Itchiku Kubota. C'est véritablement mon coup de cœur de la visite : ces kimonos aux couleurs vives posées sur la soie, formant des paysages. Entre ceux du Mont Fuji, qui le dévoilent selon diverses lumières et ceux de la symphonie de lumière, aux mouvements dynamiques, on ne peut qu'être ébloui !

Symphonie de lumière, kimonos peints d'Itchiku Kubota

La toute fin de l'expo est située dans la bibliothèque où nous sont dits quelques mots sur Mata Hari et ses fameuses danses javanaises (strip-tease en réalité), présentées justement pour la première fois dans ce lieu. Prétexte pour rendre le titre plus vendeur ou façon de rattacher le théâtre à l'histoire du musée ? En tous cas, ce n'est pas la salle la plus intéressante...

Une exposition véritablement éblouissante, notamment grâce à de très beaux prêts de la Fondation Oriente à Lisbonne et de collections privées. Je me répète mais je trouve dommage que les mouvements et danses n'aient pas été montrées sur des vidéos tout au long du parcours ou sur le site web de l'expo. 
Il me semble que c'est le genre d'événement accessible aux familles (il y a des cartels avec un petit panda pour les enfants et la variété des costumes et des masques les fascine) mais tout aussi intéressant pour des amateurs déjà un peu renseignés.

mercredi 19 août 2015

Histoire des lieux de légende

Je crois que c'est d'abord la couverture qui a attiré mon attention. Ce paysage brumeux aux plantes luxuriantes. Et puis, bien entendu, le nom d'Umberto Eco n'a fait que confirmer mon envie de découvrir cet ouvrage. 

Abondamment illustré et bien documenté, il se propose de suivre l'évolution de lieux mythiques dans notre imaginaire et dans les textes qui ont véhiculé leurs histoires. Suscitant crainte ou envie, ces endroits ont été recherchés par des explorateurs et des aventuriers. Ce ne sont pas des lieux romanesques mais plutôt des lieux légendaires, dont certains ont pu croire qu'ils existaient ou avaient existé. Ainsi, le royaume du Prêtre Jean est une de ces contrées fabuleuses dont les princes souhaitaient conquérir les richesses. Il est aussi question de ces lieux comme l'Atlantide dont on ne sait dire s'ils ont existé ou de ces lieux existants qui véhiculent une légende comme Gisors et ses templiers...

Voici les terres qu'explore Umberto Eco, à grand renfort de cartes et d'illustrations : 

1. La terre plate et les Antipodes
2. Les territoires de la Bible
3. Les territoires d'Homère et les Sept merveilles du monde 
4. Les merveilles de l'Orient, d'Alexandre le Grand au Prêtre Jean
5. Le Paradis terrestre, les îles Fortunées et l'Eldorado
6. L'Atlantide, Mu et la Lémurie
7. Thulé et l'Hyperborée
8. Les migrations du Graal
9. Alamut, le Vieillard de la Montagne et les Assassins
10. Le pays de Cocagne
11. Les îles de l'utopie
12. L'île de Salomon et la Terre australe
13. L'intérieur de la Terre, le mythe polaire et l'Agarttha
14. L'invention de Rennes-le-Château
15. Les lieux romanesques et leur vérité

Il est absolument fascinant d'explorer ce livre et les croyances des hommes. A la lumière des cartes et des textes, on redécouvre le monde et ses terrae incognitae avant l'ère des satellites. Pourquoi l'Orient ou le centre de la terre n'auraient-ils pas caché des contrées fabuleuses ? Quelles sources ont inspiré les explorateurs ? Quels hommes ont inventé des contes et des secrets ou interprété des symboles qui ont transfiguré certains lieux ? 

Table de Peutinger

Ce livre est une mine d'informations sur ces sujets légendaires et fait voyager le lecteur bien au-delà de ses terres ! Il donne aussi envie de se plonger dans le fameux Dictionnaire des lieux imaginaires d'A. Manguel et G. Guadalupi. Bonne nouvelle, il est sur ma PAL !


samedi 15 août 2015

Pense à demain

Renouer avec la trilogie Dans la main du diable, c'est fatal ! J'ai rapidement enchaîné sur le dernier tome d'Anne-Marie Garat. Et je peux vous assurer qu'il clôt intelligemment la trilogie. Un tout petit bémol : les 30 glorieuses, c'est moins sexy comme période. Par contre, j'ai trouvé très malin de clôturer le cercle avec les histoires birmanes du 1e tome. Car un étonnant film du début du XXe resurgit et dévoile ses secrets bien des années après le tournage... 

 L'héroïne de ce tome, c'est Christine, la fille de Camille. Une fille assez agaçante, qui n'arrive pas à communiquer avec sa mère. Elle semble un peu perdue entre ses études, son boulot dans un grand cabinet d'avocats et ses expéditions dans le bidonville de Nanterre. On croise aussi Antoine, un gars de la campagne, devenu citadin et quelques autres jeunes gens en perte de repères. Car ils grandissent sans passé. Le secret et l'histoire dissimulent les sales moments de la guerre (qui n'est pas si loin)...

Comme les tomes précédents, ce roman est très bien écrit et nous fait voyager dans le temps. Je me suis par contre un peu lassée des secrets explosifs révélés dans les dernières pages et la fin, en mode je donne des news de tout le monde, m'a paru un peu artificielle. Mais dans l'ensemble, la formule a bien marché et j'ai dévoré très rapidement ce petit bonbon.

Audrey Hepburn


lundi 10 août 2015

L'Enfant des ténèbres

Ma lecture du premier tome de cette trilogie d'Anne-Marie Garat commence à dater. J'ai mis un peu de temps à retrouver mes marques. Je n'avais certes pas oublié Gabrielle mais ses liens avec les uns et les autres restaient un peu flous. Malgré ce petit temps de remise à niveau, j'ai réellement été emballée par cette nouvelle aventure. 

Après la Belle Époque, voici les Années folles à Paris. La première guerre est passée par là et en a amoché quelques uns. Ce n'est plus Gaby le centre de notre roman feuilleton (même si les démons de son passé peuvent toujours ressurgir) mais la petite Millie. Devenue une belle plante sensible à la condition ouvrière, Camille infiltre la biscuiterie familiale pour examiner d'où elle tient ses rentes. Mais elle a une autre mission à remplir, plus dangereuse, qui va la faire traverser une Europe au bord de la crise... Sans se douter que ses parents et leurs amis allemands se mettent aussi en danger. Avant la guerre, la résistance s'organise déjà. 
D'autres personnages s'invitent, le charmant et dangereux Louvain, la libraire engagée, Élise, la couturière hors-pair, Pauline, mais l'on retrouve aussi Mathilde, Magda ou encore Simon Lewenthal. Il y a même Virginia Woolf dans ce roman ! 

Si la narration est un peu plus embrouillée que dans le premier tome, en raison certainement de ces personnages toujours plus nombreux et des références perpétuelles au passé, j'ai dévoré ce roman feuilleton. Il faut dire que la plume d'Anne-Marie Garat est de celles qui m'emballent : vive et fine !

train Orient express