lundi 28 février 2022

Un fils tombé du ciel

Lao She nous livre un roman à la fois amusant et tragique avec ce livre. 


On est en Chine, au début du XXe siècle. On ne le ressent pas toujours tant tout est centré sur les relations entre les personnages et autour du héros lui-même. C'est l'histoire d'un enfant abandonné, adopté par une famille sans enfants. Il est marchand, elle est maîtresse de maison. Le petit Tianci grandit entre eux, en faisant tout pour embêter sa mère et se faire gâter par son papa poule. Enfant remuant à la maison, il est vite maté à l'école où il n'apprend pas grand chose. On le suit jusqu'à la fin de l'adolescence, alors qu'il n'a toujours choisi que les plaisirs et la facilité. 

Roman initiatique souvent drôle, parce que l'auteur s'en mêle pas mal, il est finalement assez plat et décevant.


 

lundi 21 février 2022

Les Bourgeois

Voici un roman d'Alice Ferney, sur ma PAL depuis des années. Il est un peu trop à l'image de son titre, enfermé dans une société bourgeoise, une famille aisée entre la fin du XIXe siècle et du XXe. 

A l'occasion de la mort de Jérôme, un des plus jeunes frères, on rencontre la fratrie Bourgeois, les enfants de Mathilde et Henri mais aussi leurs cousins, les enfants de Gabrielle.

A total chez les Bourgeois, 10 enfants : Jules, militaire, Jean aussi. Nicolas, André, Louise, Joseph, Jérôme, Claude, Guy et Marie. Ils évoluent dans des milieux d'affaires, des milieux privilégiés, ils sont médecins, avocats, gradés... Enfin, les hommes. Leurs épouses et les femmes en général sont surtout là pour faire des enfants. 

En même temps qu'on découvre le quotidien de cette famille, on suit la grande histoire de France, celle des guerres mondiales et de la guerre d'Algérie. On suite les évolutions sociales, le rapport à la religion qui change, le rôle des femmes qui s'étoffe. C'est amusant cette grande fratrie mais le lecteur s'en fiche un peu. Et surtout, il peut être un peu décoiffé par les propos sur les droits des femmes, sur leur quotidien et la liberté à laquelle elles ont - ou non - accès. 




mercredi 16 février 2022

Faut-il lâcher prise ?

C'est une collègue qui m'a prêté ce court ouvrage de Robert Scholtus. Le lâcher prise est à la mode, vous l'avez sans doute remarqué. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Et est-ce réellement une bonne idée de lâcher prise ? A travers un parcours dans la tradition chrétienne, le théologien nous invite à une autre forme de confiance, entre volontarisme et abandon. 

Lâcher prise, surfer sur la vague d'une société liquide, n'est-ce pas consacrer une démission ou n'est-ce pas parfois juste se lâcher, sans penser qu'il s'agit d'indifférence à l'autre ? N'est-ce pas une défaite que de renoncer à des idées, à des engagements même si la mode est à l'éternel présent ? 

Petit détour par le volontarisme et ses excès, par le mouvement et l'hyperactivité si intense que seule la démobilisation ou le retrait de la course puissent y répondre. Puis on en vient à l'abandon, à l'abandon à Dieu, qui lui aussi peut-être si excessif à vouloir détruire le moi, détruire l'amour propre et la volonté, voire le désir qu'il conduit à une "âme morte". C'est finalement par Thérèse de Lisieux et Charles de Foucauld que l'on commence à s'approcher d'une autre forme de lâcher prise, l'acceptation de son humanité, la confiance et la reconnaissance que chacun a besoin des autres, ne se suffit pas à lui-même. C'est là qu'on commence à parler d'amour et d'abandon dans l'amour, par amour :

"Il faut aimer pour s'abandonner, tout comme il faut s'abandonner pour aimer"
Il est question d'abandonner ses armes, comme Jacob devant l'Ange, sans renoncer à combattre, entre résistance et soumission. De se rendre disponible à un Dieu qui s'est anéanti par amour. 
Une autre façon de vivre avec les autres plus libre et plus aimant ?

"Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout par Dieu seul."

"Il manquera toujours au lâcher prise tel qu'il se comprend aujourd'hui de se renoncer lui-même comme volonté et comme méthode pour n'être plus que cette joyeuse disponibilité à laquelle Dieu nous abandonne"

"Ce m'est tout un que je vive ou je meure,
Il me suffit que l'amour me demeure"


lundi 14 février 2022

La tia Julia y el escribidor

Je profite du mois latino américain pour sortir ce roman de Vargas Llosa de ma PAL de livres prêtés où il patientait depuis l'an dernier. La lecture en était fort divertissante, c'est une belle façon de renouer avec une langue et un continent que j'aime !

Le jeune Marito Vargas étudie le droit et travaille dans une radio de Lima. Il rêve de devenir écrivain et ne cesse de jeter des brouillons d'histoires à la poubelle. Et voilà qu'il commence à faire sortir Julia puis à flirter avec elle alors qu'il s'agit d'une tante, venue de Bolivie. La tia Julia, largement son ainée, divorcée, s'attache aussi à lui. Evidemment, c'est un scandale pour la bonne société !

En parallèle de cette histoire d'amour - assez peu intéressante à mes yeux, sauf pour le côté très rocambolesque de la fin -  on découvre des feuilletons radios du grand Pedro Camacho ! Des histoires étonnantes, burlesques, qui se terminent toujours par un suspense et des questions insoutenables. Cette alternance permet de découvrir une multitude d'aventures, des façons d'écrire différentes et surtout... que les personnages peuvent échapper à leur créateur. En effet, Pedro Camacho se mélange un peu les pinceaux et les feuilletons si populaires tournent à la catastrophe. 

Un roman très agréable, avec des personnages secondaires innombrables qui permettent de découvrir la diversité de la population latino-américaine. Portrait drôle, acerbe et loufoque d'un monde chaotique, c'est aussi un autoportrait de l'écrivain qui revient sur ses jeunes années. Chouette découverte !


jeudi 10 février 2022

D'autres poèmes de Dickinson

7

The feet of people walking home

With gayer sandals go—

The Crocus— till she rises

The Vassal of the snow—

The lips at Hallelujah

Long years of practise bore

Till bye and bye these Bargemen

Walked singing on the shore.

 

Pearls are the Diver's farthings

Extorted from the Sea—

Pinions— the Seraph's wagon

Pedestrian once— as we—

Night is the morning's Canvas

Larceny— legacy—

Death, but our rapt attention

To Immortality.

 

My figures fail to tell me

How far the Village lies—

Whose peasants are the Angels—

Whose Cantons dot the skies—

My Classics veil their faces—

My faith that Dark adores—

Which from its solemn abbeys

Such resurrection pours.


254

“Hope” is the thing with feathers -

That perches in the soul -

And sings the tune without the words -

And never stops - at all -

 

And sweetest - in the Gale - is heard -

And sore must be the storm -

That could abash the little Bird -

That kept so many warm -

 

I've heard it in the chillest land -

And on the strangest Sea -

Yet, never, in Extremity,

It asked a crumb - of Me.

 

271

A solemn thing—it was—I said—

A Woman—white—to be—

And wear—if God should count me fit—

Her blameless mystery—

 

A hallowed thing—to drop a life

Into the mystic well—

Too plummetless—that it come back—

Eternity—until—

 

I pondered how the bliss would look—

And would it feel as big—

When I could take it in my hand—

As hovering—seen—through fog—

 

And then—the size of this "small" life—

The Sages—call it small—

Swelled—like Horizons—in my breast—

And I sneered—softly—"small"!

 

279

Tie the Strings to my Life, My Lord,

Then, I am ready to go!

Just a look at the Horses -

Rapid! That will do!

 

Put me in on the firmest side -

So I shall never fall -

For we must ride to the Judgment -

And it's partly, down Hill -

 

But never I mind the steepest -

And never I mind the Sea -

Held fast in Everlasting Race -

By my own Choice, and Thee -

 

Goodbye to the Life I used to live -

And the World I used to know -

And kiss the Hills, for me, just once -

Then - I am ready to go!

 

315

He fumbles at your Soul

As Players at the Keys -

Before they drop full Music on -

He stuns you by degrees -

 

Prepares your brittle substance

For the etherial Blow

By fainter Hammers - further heard -

Then nearer - then so - slow -

 

Your Breath - has chance to straighten -

Your Brain - to bubble Cool -

Deals One – imperial Thunderbolt -

That peels your naked Soul -

 

When Winds holds Forests in their Paws -

The Firmaments - are still –

 


321

Of all the Sounds despatched abroad-

There's not a Charge to me

Like that old measure in the Boughs

That Phraseless Melody-

The Wind does- working like a Hand -

Whose fingers brush the sky-

Then quiver down, with Tufts of Tune-

Permitted Men-and Me-

lnheritance it is -to Us

Beyond the Art to Earn-

Beyond the trait to take away-

By Robber - Since the Gain

Is gotten not of fingers,

And inner than the Bone-

Hid golden- for the whole of days-

And even in the Urn-

I cannot vouch the merry Dust

Do not arise and play-

In some odd fashion of it's own-

Some quainter Holiday.

 

When Winds go round and round, in Bands-

And thrum upon the Door-

And Birds take places- Overhead -

To bear them Orchestra-

 

I crave him Grace- of Summer Boughs-

lf such an Outcast be-

Who never heard that fleshless Chant

Rise solemn, in the Tree-

As if some Caravan of Sound-

On Deserts, in the Sky-

Had broken Rank-

Then knit -and passed -

In Seamless Company-

 

327

Before I got my eye put out -

I liked as well to see

As other creatures, that have eyes -

And know no other way -

 

But were it told to me - Today -

That I might have the Sky

For mine - I tell you that my Heart

Would split, for size of me -

 

The Meadows - mine -

The Mountains- mine -

All Forests - Stintless Stars -

As much of Noon as I could take

Between my finite eyes -

 

The Motions of the Dipping Birds -

The Morning's Amber Road -

For mine - to look at when I liked -

The News would strike me dead -

 

So safer - guess - with just my soul

Upon the window pane

Where other creatures put their eyes -

Incautious - of the Sun –

 

341

After great pain, a formal feeling comes -

The Nerves sit ceremonious, like Tombs -

The stiff Heart questions was it He, that bore,

And Yesterday, or Centuries before?

 

The Feet, mechanical, go round -

Of Ground, or Air, or Ought -

A Wooden way

Regardless grown,

A Quartz contentment, like a stone -

 

This is the Hour of Lead -

Remembered, if outlived,

As Freezing persons, recollect the Snow -

First - Chill - then Stupor - then the letting go -

 

352

Perhaps I asked too large -

I take - no less than skies -

For Earths, grow thick as

Berries, in my native town -

 

My Basked holds - just - Firmaments --

Those - dangle easy - on my arm,

But smaller bundles - Cram.

 

353

A happy lip — breaks sudden —

It doesn't state you how

It contemplated — smiling —

Just consummated — now —

But this one, wears its merriment

So patient — like a pain —

Fresh gilded — to elude the eyes

Unqualified, to scan —


lundi 7 février 2022

Frankie Addams

Encore une sortie de PAL historique pour ce roman de Carson McCullers. Bienvenue dans les affres de l'adolescence, pendant un été ennuyeux.

Frankie est une jeune fille qui vit avec son père, sa nourrice Bérénice, et son cousin John Henry. Une grande nouvelle survient cet été là : son frère se marie. Autour de cet événement, Frankie imagine une vie meilleure, une vie réconciliée avec elle-même, aimée par le jeune couple. Mais la réalité est bien différente. Elle attend impatiemment le mariage, joue à être autre pour mieux se sentir elle-même. Elle erre, elle fait des tentatives, des expériences, observée par une Bérénice attentive. 

Une atmosphère un peu lourde, des histoires d'amour ratées, des journées qui n'en finissent pas, tout tend à donner à ce roman un rythme lent. La frustration et la solitude de Frankie sont au centre, contaminant le lecteur. Un roman très juste sur l'adolescence, la recherche de soi et le flou de ce virage entre enfance et âge adulte. 

jeudi 3 février 2022

Les Disparus

Je crois que c'est Bobin qui m'a donné envie de lire André Dhôtel, des années après Le pays où l'on arrive jamais, étudié au collège - et dont je ne garde aucun souvenir. 

Dans ce roman, il y a des mystères autour de bois où des gens disparaissent. C'est d'abord Casimir, un ami de Maximin, dont on perd la trace du jour au lendemain. Et puis, en s'installant à Someperce comme comptable, Maximin découvre que ce n'est pas la première fois que cela arrive. Il ne fouille ni ne fouine mais découvre petit à petit les étranges mœurs du lieu comme l'éternel dialogue entre les notables du coin :"Des nouvelles ? - Pas de nouvelles". Ou les dégâts faits au camping qu'il gère. Lui-même se sent le besoin de jouer de la musique et est hypnotisé par les bois. Comme ça ne se fait pas, il finit par se parler à lui-même. 

Avec l'aide d'une archéologue, d'un gardien  et d'une drôle de fille, Maximin découvre progressivement les histoires de Someperce, toujours sur le mode de la suggestion, de l'intuition, avec mystères et jamais de certitude.

Un roman étonnant pour ce flou, cet aspect flottant des personnes et des choses, mais prenant et poétique. La nature y a une belle place ainsi que les saisons. La langue est belle, il y a de l'humour, de la beauté... ça se lit très bien !

"Il fut repris par cette hantise forestière et il se dit qu'en effet ce qu'il y avait d'incroyable, c'est qu'à chaque instant tout semblait nouveau en raison même d'une immobilité presque intolérable. Enfin cessons de faire des phrases. Peut-être tout simplement cette campagne était belle, ni harmonieuse ni désordonnée, mais absolument étrangère à toute idée et à toutes proportions connues"

 

lundi 31 janvier 2022

Ce monde est tellement beau

C'est le titre et de bons échos sur ce roman de Sébastien Lapaque qui m'ont donné envie de l'emprunter en bibli. "Lazare, viens dehors !" est un possible sous-titre à ce roman. Ou la divine comédie du siècle. Oui, c'est un roman initiatique, le roman d'une conversion. 

Tout commence un matin de vacances scolaires. Lazare, professeur - en vacances donc -, seul chez lui, prend conscience que notre monde est devenu un immonde : un monde gouverné par l'argent, un monde sans visage, un monde de superficialité. Alors qu'il se rend compte que sa compagne l'a quitté et que ses dix dernières années se sont écoulées dans l'habitude, de petites et grandes choses changent autour de lui. Il rencontre Lucie, qui étudie la disparition des moineaux et l'invite à lire Shakespeare. Il perd son meilleur ami. Et puis, il fait des tentatives : aller vivre un été dans la Bretagne rurale, travailler la terre, aller à la messe, apprendre le nom des oiseaux... Et il se convertit ou du moins semble trouver du sens dans la foi catholique.

Oui, j'ai pitché tout le bouquin, c'est pas sympa. Mais vous ne le lirez pas pour l'histoire, plutôt pour la façon dont tout cela s'enchaine, pour les analyses - parfois un peu longues - sur l'immonde, pour l'écriture agréable sans être remarquable. C'est assez froid, cérébral mais pas intello pour autant. 



jeudi 27 janvier 2022

La plus secrète mémoire des hommes

Aussitôt reçu, aussitôt lu, ce livre de Mohamed Mbougar Sarr n'a pas fait long feu. Il faut dire qu'il s'agit d'une quête, d'une enquête, sur un livre, Le labyrinthe de l'inhumain, et son auteur, T.C. Elimane. Quête littéraire d'un jeune écrivain, elle nous entraine du Sénégal en France, aux Pays-Bas puis jusqu'en Argentine.

Ce livre mythique, c'est d'abord un titre dans un manuel, lié à un écrivain maudit, plagiaire, dont toute trace a disparu. Et puis, c'est le hasard ou le destin de la rencontre entre le livre et notre narrateur, Diégane, un jeune écrivain et thésard, suite à une nuit avec Siga D., écrivaine scandaleuse. 

Lecture du livre, relecture, choc, partage du bouquin dans les cercles de copains écrivains, recherche des traces (articles et critiques), rendez-vous avec Siga D. pour tenter de comprendre le livre ou l'auteur. En savoir plus en tous cas. 

Les formes se mêlent : mémoires, interview, liste, emails... la langue reste précieuse (Diégane, notre héros, thésard, enquêteur et écrivain) ou crue (Siga D.). Elimane se découvre par petites touches, quand il veut bien se laisser voir. Diégane absorbe toutes les infos de Siga D., pompe son enquête, persévère et se rend jusqu'au Sénégal, tandis que d'importantes manifestations se préparent, pour retrouver le village natal du mystérieux écrivain.

Il faut aimer les labyrinthe et les mises en abime, les mots inusités et les jeux littéraires pour s'amuser avec ce livre. S'amuser de se perdre un peu, parfois, entre les voix multiples, entre les pères d'Elimane, entre ses amis égarés dans la Seconde Guerre mondiale, entre les rites de marabout, les vivants et les morts. Suivre les voies de traverse d'une femme qui hait et détruit, qui aime et avance. Suivre les méandres d'un jeune homme qui se forme et ne veut pas vraiment faire de choix. Suivre le court d'une histoire qui fait des virages, qui se moque des chronologies. Une lecture qui fait aimer les livres !



lundi 24 janvier 2022

Paridaiza

Sortie de PAL historique pour ce roman de Luis de Miranda. C'est une histoire d'amour et de monde virtuel, d'ennui et de changer le monde.

Nuno et Clara sont amants mais doucement, l'ennui se glisse dans leur relation. Comment y échapper ? Comment trouver du sens à cette vie ? Sans nouvelle de Clara, Nuno s'inscrit sur Paridaiza, un genre de Second life. Directement lié au cerveau de l'être humain, il lui fait vivre, à travers un ou plusieurs avatars, une expérience complète : il sent, il pense, il aime dans la peau de son ou ses alter-ego. Après une première phase d'exploration, où Nuno est encore présent dans le "vrai monde", commence une addiction plus forte à ce faux monde, où il retrouve Clara. Cherchant à la reconquérir, il entre dans un groupe de rebelles qui veulent pirater le système. 

Un roman sans beaucoup de surprise, dont le thème a pu avoir du succès à sa publication mais qui semble aujourd'hui assez terne. 

jeudi 20 janvier 2022

La femme à venir

Encore un petit Christian Bobin pour le plaisir de ses jolis mots. Le lecteur suit l'enfance, l'adolescence et le début de l'âge adulte d’Albe, fille d’un peintre et d’une lectrice de manuscrits. On la suit dans sa croissance, discrète, simple. Parmi les thèmes importants, la nature, l'amour et la mort bien sûr ! 
Encore une fois, j'y ai glané des mots !

« À dix-sept ans, on voit clair. On voit ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. On devine que le cœur d'un adulte est mélangé de tout. On voit que le cœur d'un adulte est un chiffon, un peu comme ceux qui servent aux peintres, pour essuyer leurs pinceaux. On voit la vie manquée on se promet tout le contraire. On a des colères pures, sans ressentiment. On a des joies toutes neuves, sans fatigue. Mais on ne peut pas tout voir »
« Où donc es-tu partie si vite. Tu es la plus étourdie des voyageuses. En partant, tu as laissé tous tes rires dans mes yeux, tu as négligé d’éteindre la lumière dans mon cœur. Comment pourrais-je m’y retrouver, maintenant »

« La distance entre lui et moi, je la vois, je la sens. Je la reconnais déjà dans la manière de marcher. On ne va pas du tout du même pas. Il va trop vite pour moi. De temps en temps il ralentit, revient à mon côté, mais c’est plus fort que lui […] Il ressemble au père, c’est drôle. Je m’en suis aperçue la semaine dernière. C’est dans les yeux que ça se passe. Quand ses yeux se rapprochent des miens, à les éteindre. A me bruler le cœur. Il est comme le père, mené par quelque chose. On ne sait pas quoi. Le père, je devine, les peintures parlent pour lui. Mais celui-là. Ce mélange de force et de douceur. J’ai cru qu’il allait me gifler, l’autre nuit, quand j’ai éclaté de rire »

« Il y a deux manières de mentir. On peut inventer. On peut aussi dire la vérité, en passant, d’une voix menue, comme une chose parmi tant d’autres sans importance. C’est la plus élégante façon de mentir »

« Elle appelle au secours mais il ne voit qu’un sourire »

 



« Des gens normaux qui vivent à côté de leur folie – comme on dort auprès d’une femme délaissée, peu remuante. Tellement de visages, détachés de la même substance d’humanité, de la même matière d’absence. Albe les regarde un par un. Elle les trouve beaux – d’une beauté qui a affaire avec la douleur. Ce sont les mêmes visages que dans l’enfance, un peu effacés, un peu plus étonnés d’avoir accumulé autant de mauvaises notes »

« On est très près d’une autre vie. Aucun doute là-dessus. Une vie toute rose, peinte en neuf. On la touche presque du bout des doigts. Les pensées y volent déjà – et l’air y est ample. Le cœur y bat déjà – comme détaché, en éclaireur. Et pourtant rien n’arrive. C’est qu’on est empêché. On croit que c’est quelque chose qui empêche. On cherche. On n’a aucune chance de trouver parce que ce n’est pas une chose qui empêche, c’est soi-même : on tient encore à cette vie morte, que l’on n’aime plus. On tient encore à trop de choses. Comment faire. Comment se quitter soi-même – ce qui serait la seule manière de tout quitter »

« Cette conversation – comme toutes les conversations – est un jeu de société. Le but est d’amener l’autre au silence » « Bien peu de gens savent aimer, parce que bien peu savent tout perdre »

lundi 17 janvier 2022

Le jardin des tempêtes

Vous avez remarqué ? Je me remets à lire un peu de poésie. Et j'aime beaucoup ça. Je découvre des auteurs contemporains comme Yvon le Men, qui m'emmène dans les embruns, l'amour, la mer. A travers ce choix de poèmes, j'ai lu des formes courtes comme des haikus ou plus longues comme des chants. Je ne sais pas parler de poésie autrement qu'en vous en confiant quelques unes.


Danse, danse,
Fais tourner les feuilles
Les fleurs et tes bras.
Le soleil claque dans ses mains
La terre se réchauffe
Danse, danse,
Tu m’emmènes vers toi.
Violons, rires, morceaux de bonheur
A la volée !
L’avenir rebondit sur le ciel
J’ai mal aux émotions
Danse, danse.
Nos yeux jaillissent
Baigne-toi dans moi, je te lave
Et les notes de musique comme des gouttes de pluie
Baptême devant la vie !
Et blanches les lèvres et bleus nos corps
Danse, danse, danse.
Il fait bon.
Et si je te disais ce soir que tu es belle
Les nuages n’en tomberaient pas.
Les saisons s’enfonceraient toujours dans la vie,
Comme un couteau.

Les arbres sont venus ce matin faire une forêt à Blanche-Neige.
Tes paupières étaient des papillons de nuit qui tournaient
Autour de mes yeux.
Bientôt tu te réveilleras
Quand tu auras fini d'escalader ton rêve.
Je ne sais jamais où tu vas
Ainsi, allongée entre deux jours.
Je suis parfois jaloux de cette femme en noir
Qui nous sépare.
Mais les vagues sont nombreuses sur la mer
Autant que les hommes qui roulent sur la vie
Et butent contre toi.
Ton sourire s'échappera de notre tendresse
Parce que la mer s'en va aussi par derrière l'Ile.
Ce pays fabuleux qui crie :
"Emmène-moi au bout du monde"
De l'autre côté de l'enfance.
Et moi qui avais besoin de Blanche-Neige pour m'endormir
Je resterai assis sur la jetée
Et mes larmes rempliront la mer jusqu'au raz de marée
Qui m'amènera au bout de la vie.

Casse-toi le cœur 
Empierre ton âme jusqu'au feu
Marche dessus à t'en bruler l'amour.
Tu es plus belle que moi. 
Je serai aux pieds de tes mains
Te donnerai l'anneau de lune
Phénix, vole une dernière fois
Vers la mer, et reviens moi. 
Partageons-nous le lit comme un morceau de faim
Avant de faire l'amour
Nous déferons la haine qui nous aveugle.
Nous n'avions pas les yeux en face du ventre.
J'ai torturé ma nuit
Et le jour a avoué son soleil.
Que va-t-il arriver dans ce désert ?
Où sont les mirages qui balancent des images au ciel ?
Pourquoi traverser ?
Parce qu'il faut que chacun trouve son Amérique. 
Nous hurlerons amour, amour !
Comme ils crièrent terre, terre !
Cherche-moi mon amie, et tu me trouveras.
Un sourire de toi bien éclairé,
Et je bascule sans crainte dans l'ombre.
On s'enverra en l'air vers les oiseaux
Qui rapacent au-dessus de nos têtes.
Sais-tu que je te trompe, quand je regarde la Voie lactée,
Alors le désir me donne un coup de poignard dans le dos
Je m'éventre comme un bouquet de fleurs en flames
Qui montent jusqu'à la mort.
A nouveau la vie éclaire toute la chambre et nos lèvres.
Séduis-moi, manque-moi,
Et tout d'un corps on se partagera en deux
Et encore et encore,
Par petits morceaux de rêves qui couleront de nos yeux. 

Au commencement était l'amour
Le coup de foudre qui brule les chaumières tapies dans nos rêves
Nous avons appris à construire nos maisons dans les contes de fées
A bâtir le mur pour nous protéger des sorcières
Les branches attendent dans la forêt qu'on vienne les ramasser
Et la rivière trace un cercle autour de la lumière

Nous sommes deux
Nous ne savons qui nous sommes
La vie jettera les ponts qui joindront la lune au soleil
Le jour à la nuit
Ton corps au mien
Voilà ce qui est écrit sur les lignes de ma main posée contre mon front
Quand j'ai la fièvre de t'attendre
Je suis né par la force des hommes et des femmes
Qui poussent le destin jusqu'à la joie


Ma chère petite sœur
J'allumerai l'étoile Polaire jusqu'à l'arc-en-ciel

Je t’appellerai
Draps de neige étendus sur les cordes vocales
Branches nouées dans la gorge

Je te verrai
Pain noir sur la nappe blanche
Raisin qui coule dans nos verres

Tu viendras
Marche jusqu’à mes yeux
Echelle de corde jusqu’au cœur
Cœur qui balance la tête
Ciel qui tombe dans mes mains

Mange jolie fille qui écrase tes pas sur le seuil avant d’entrer
Donne-moi tes yeux cachés dans ton mouchoir

Je te ferai l’amour avec sympathie
Beaucoup de maladresse
Je serai à la douane de tes lèvres
Et je ne dirai rien
Sinon qu’il fera beau

Mais les fleuves ne passent-ils pas par les rocs

Toujours vont vers la mer
vers le lieu où ils ne sont plus
et deviennent l'océan

combien de temps
a duré la lecture

trois feuilles de lierre sont tombées
[...]
sous un charme

j'ai vieilli d'une heure
mon visage a rajeuni
[...]
ne peut sortir de l'eau

le reflet du goéland
[...]
dans la lumière
disparait le cormoran

ce n'est plus 
qu'un peu de cri
qui vole

samedi 15 janvier 2022

Un combat

Relecture avec cette nouvelle édition, d'une nouvelle de Süskind lue adolescente.  

Au jardin du Luxembourg, Jean, champion local d'échecs, affronte un nouveau venu. Plein de flegme, l'air vainqueur, un jeune homme l'affronte devant les badauds habituels. Ceux-ci, souvent mis échec et mat par Jean et impressionnés par son adversaire, commentent le match. Tous, même Jean, ont envie que le nouveau venu gagne. Le lecteur suit le jeu jusqu'à son dénouement.

Edité avec des dessins de Sempé, ce livre est une belle redécouverte !



mercredi 12 janvier 2022

L'ennéagramme, un chemin de vie

Je continue de me documenter sur l'ennéagramme, cet outil de connaissance de soi et des autres. Ce que j'ai apprécié avec l'essai de Marielle Bradel, c'est son côté complet et son intérêt pour l'évolution des personnes.

L'ennéagramme, c'est 9 types de personnalités construites à partir d'un évitement pendant l'enfance. Cela a amené l'adulte à se construire de façon à éviter des situations qui lui provoquent trop de souffrance. A partir de cette croyance initiale, souvent inconsciente, les personnes développent des comportements particuliers. Les évitements initiaux sont les suivants : la colère, considérer ses besoins, l'échec, la banalité, le vide intérieur, la transgression, la souffrance, la faiblesse et le conflit. 

Dans cet ouvrage, les neufs types sont expliqués avec leurs points forts et faibles, leur source d'énergie et leur façon d'être en situation d'intégration (quand tout va bien) ou de désintégration (sous stress ou quand tout va mal). Au-delà de l'aspect descriptif, des conseils sont donnés pour identifier son type et surtout l'apprivoiser ! 

Une bonne façon d'aborder le sujet de façon globale et profonde, malgré des répétitions, pédagogiques certes, mais un peu lassantes. 

lundi 10 janvier 2022

Asta

Ma découverte de l'œuvre de Jon Kalman Stefansson se poursuit avec ce roman, très différent de ceux qui me l'ont fait découvrir. C'est un peu un puzzle que ce roman, que l'histoire d'Asta, de ses parents, de leur amour. 

Roman qui se joue de la chronologie, il ne livre que des fragments, des morceaux importants pour comprendre qui est Asta. Parmi les moments forts, la chute de son père, qui fait défiler des moments fusionnels avec Helga, sa femme, des moments de rupture, des temps en famille ou au travail. On compte aussi un séjour à la campagne pour les ados à problème. Une dépression terrible à Vienne. Des lettres. Au centre de tout ? L'amour, les relations, la solitude infinie. Ce qui compte dans une vie !

C'est une écriture plus contemporaine et plus incisive que celle que je lui connaissais mais agréable et forte aussi.  

"Elle avait réglé sa montre sur l'horloge de la cathédrale, dont on peut supposer qu'elle affiche l'heure de Dieu et qu'elle est, par conséquent, exacte à la seconde près"

"Ceux qui sont capables de parler de poésie sans s'ébouriffer, desserrer leur cravate ou froisser leur jupe feraient sans doute mieux de parler d'autre chose"

lundi 3 janvier 2022

Ce que j'aurais aimé savoir avant de me marier

Ce court livre de Gary Chapman doit être proposé dans toutes les préparations au mariage... Bon, on l'a découvert un peu tard mais il reste intéressant pour continuer à échanger en couple sur les besoins de chacun. Chaque chapitre, assez court, s'intéresse à un aspect de la vie en couple, avec des exemples et pas mal d'humour. Il se termine systématiquement par des questions à se poser.

Au programme : le sentiment amoureux et les étapes de l'amour, les disputes, le rapport à la famille, la vie quotidienne et les tâches ménagères, l'argent, la sexualité, les caractères et la vie spirituelle. Oui, ça fait pas mal de sujets ! Si on apprend pas grand chose, on rigole bien devant certains exemples (ou certaines traductions, notamment "l'époque des fréquentations") et on discute avec son amoureux. C'est pas si mal !



jeudi 30 décembre 2021

Dickinson, poèmes choisis

511

If you were coming in the Fall,

I'd brush the Summer by

With half a smile, and half a spurn,

As Housewives do,  a Fly.

 

If I could see you in a year,

I'd wind the months in balls -

And put them each in separate Drawers,

For fear the numbers fuse -

 

If only Centuries, delayed,

I'd count them on my Hand,

Subtracting, till my fingers dropped

Into Van Dieman's Land.

 

If certain, when this life was out -

That yours and mine, should be -

I'd toss it yonder, like a Rind,

And take Eternity -

 

But, now, uncertain of the length

Of this, that is between,

It goads me, like the Goblin Bee -

That will not state - its sting.

 

561

I measure every Grief I meet

With narrow, probing, Eyes -

I wonder if It weighs like Mine -

Or has an Easier size.

 

I wonder if They bore it long -

Or did it just begin -

I could not tell the Date of Mine -

It feels so old a pain -

 

I wonder if it hurts to live -

And if They have to try -

And whether - could They choose between -

It would not be - to die -

 

I note that Some - gone patient long -

At length, renew their smile -

An imitation of a Light

That has so little Oil -

 

I wonder if when Years have piled -

Some Thousands - on the Harm -

That hurt them early - such a lapse

Could give them any Balm -

 

Or would they go on aching still

Through Centuries of Nerve -

Enlightened to a larger Pain -

In Contrast with the Love -

 

The Grieved - are many - I am told -

There is the various Cause -

Death - is but one - and comes but once -

And only nails the eyes -

 

There's Grief of Want - and Grief of Cold -

A sort they call "Despair" -

There's Banishment from native Eyes -

In sight of Native Air -

 

And though I may not guess the kind -

Correctly - yet to me

A piercing Comfort it affords

In passing Calvary -

 

To note the fashions - of the Cross -

And how they're mostly worn -

Still fascinated to presume

That Some - are like My Own -

 

579

I had been hungry, all the Years -

My Noon had Come - to dine -

I trembling drew the Table near -

And touched the Curious Wine -

 

'Twas this on Tables I had seen -

When turning, hungry, Home

I looked in Windows, for the Wealth

I could not hope - for Mine -

 

I did not know the ample Bread -

'Twas so unlike the Crumb

The Birds and I, had often shared

In Nature's - Dining Room -

 

The Plenty hurt me - 'twas so new -

Myself felt ill - and odd -

As Berry - of a Mountain Bush -

Transplanted - to a Road -

 

Nor was I hungry - so I found

That Hunger - was a way

Of Persons outside Windows -

The Entering - takes away -

 

580

I gave myself to Him -

And took Himself, for Pay,

The solemn contract of a Life

Was ratified, this way -

 

The Wealth might disappoint -

Myself a poorer prove

Than this great Purchaser suspect,

The Daily Own - of Love

 

Depreciate the Vision -

But till the Merchant buy -

Still Fable - in the Isles of Spice -

The subtle Cargoes - lie -

 

At least - 'tis Mutual - Risk -

Some - found it - Mutual Gain -

Sweet Debt of Life - Each Night to owe -

Insolvent - every Noon –

 

609

I - Years had been - from Home -

And now - before the Door -

I dared not enter - lest a face

I never saw before

 

Stare vacant into mine -

And ask my Business there -

My Business - just a Life I left -

Was such – still dwelling  there?

 

I fumbled at my nerve –

I scanned the Windows o’er -

The Silence - like an Ocean rolled -

And broke against my Ear -

 

I laughed a Wooden Laugh

That I - could fear a Door -

Who Danger – and the Dead – had faced -

And never shook - before.

 

I fitted to the Latch - my Hand

With trembling care -

Lest back the Awful Door should spring -

And leave me - in the Floor --

 

Then moved my fingers off, as cautiously as Glass -

And held my Ears - and like a Thief

Stole - gasping - from the House.

 

610

You'll find - it when you try to die -

The Easier to let go -

For recollecting such as went -

You could not spare - you know.

 

And though their places somewhat filled -

As did their Marble names

With Moss - they never grew so full -

You chose the newer names -

 

And when this World - sets further back -

As Dying - say it does -

The former love - distincter grows -

And supersedes the fresh -

 

And Thought of them - so fair invites -

It looks too tawdry Grace

To stay behind - with just the Toys

We bought - to ease their place -

 

613

They shut me up in Prose -

As when a little Girl

They put me in the Closet -

Because they liked me "still" -

 

Still! Could themself have peeped -

And seen my Brain - go round -

They might as wise have lodged a Bird

For Treason - in the Pound –

 

Himself has but to will

And easy as a Star

Abolish his Captivity -

And laugh - No more have I -

 


669

No Romance sold unto

Could so enthrall a Man -

As the perusal of

His Individual One -

'Tis Fiction's – to dilute plausibility

Our – Novel - When 'tis small eno’

To Credit - 'Tisn’t true -


lundi 27 décembre 2021

Les contes de l'Alhambra

J'ai noté ce titre de Washington Irving lorsque j'ai visité ce magnifique monument de Grenade. Croisé au hasard d'une boite à livre (eh oui, parfois il y a des petits trésors là-dedans), je l'ai finalement lu récemment. Notre auteur, américain, se met en scène lors d'un voyage en Espagne. Il vantera fortement le caractère des espagnols, fiers, honnêtes, un peu rustres, et de la terre qui les porte. A mesure de son récit de voyage et de son installation dans l'Alhambra - on peut faire ça au XIXe, c'est dingue, non ?-, il collecte des contes. Ceux-ci se passent souvent à l'époque médiévale, sous le règne des Maures ou à la Reconquista. Il est question de trésor, de fantômes, de femmes... C'est charmant !