jeudi 7 juin 2018

La voix de ceux qui crient

C'est un très beau témoignage que celui de Marie-Caroline Saglio Yatzimirsky, psychologue à l’hôpital Avicenne, nous livre dans cet ouvrage. Elle nous raconte ces demandeurs d'asile qu'elle accompagne et ce que produisent ces rencontres. Son objectif ? Faire entendre la voix de ces populations marginalisées, qui fuient la guerre, les violences familiales ou religieuses.

C'est un livre fort, qui retrace de façon chronologique le parcours des demandeurs d'asile, qui explore leurs souffrances et leurs traumas avec pudeur. Cela ne rend pas leur situation moins insupportable mais du moins, audible. Elle distingue deux types de demandeurs d'asile, les victimes civiles de la guerre et les combattants, partie prenante des conflits. Ces populations ne réagissent pas de la même façon dans les conflits puis une fois en France, notamment d'un point de vue psychologique. A partir d'exemples et de rencontres, elle nous exprime la beauté de chaque rencontre, les questions qu'elles lui posent, comme citoyenne. L'enjeu de son travail ? "L'une des dynamiques de la consultation consiste à restaurer par la parole l'ordre du monde et à séparer la vie de la mort"

L'ouvrage est construit ainsi et j'ajoute ici et là des phrases ou paragraphes dont je souhaite me souvenir :

I. Terre chavirée

Cette première partie conte les violences qui poussent à l'exil puis les premiers pas en terre française.
1. Violence
2. Partir
"L'injonction de partir est intériorisée par le sujet au point de se transformer en menace permanente"
"Pour une partie de ces combattants, partir c'est fuir, et fuir c'est déserter. Les conflits de loyauté sont très vifs chez les combattants [...] en France, il se sent un lâche et il a l'impression d'avoir abandonné la lutte. Pourtant, rester ou rentrer au pays, c'est mourir. Il est pris dans des injonctions paradoxales [...] Karan a vécu son départ du Sri Lanka comme une mort symbolique, comme la falsification de son identité, et il nourrit une intense culpabilité. La traversée est le moment fondateur de cette mort, lorsque le meurtre psychique et culturel a lieu"
3. Terre d'exil
"Les médias parlent de la France comme terre d'accueil. Pour les demandeurs d'asile, elle est d'abord vécue comme terre d'exil. Pour la très grande majorité, elle n'était pas une destination choisie [...] beaucoup disent qu'ils ne savaient pas avant d'y monter où les mènerait le bateau ou l'avion que le passeur leur a fait prendre"
"Paradoxalement, le premier temps de l'arrivée, qui exige du demandeur d'asile un important effort pour faire des démarches administratives, trouver les premiers réseaux d'aide, éventuellement un toit, est un moment très difficile, mais le sujet reste mobilisé psychiquement, il est mû par une logique de survie. C'est dans un second temps, lorsqu'il revêt l'"habit" du demandeur d'asile, qu'un risque d'abattement ou plus encore de dépression survient [...] C'est à ce moment là que la violence traumatique s'enracine et se diffuse, parce que les défenses psychiques initiales du sujet, celles qui lui ont permis de tenir dans les premières semaines, se relâchent"
Il est ensuite question de la solitude de ces demandeurs d'asile, soit que la communauté est source de méfiance, soit que l'anonymat de la grande ville et l'indifférence pèse : 
"Ironie de voir ces hommes terrifiés se sentir eux-mêmes effrayants"
"Les défenses narcissiques, processus psychiques qui permettent de préserver l'estime de soi et de lutter contre la honte, la culpabilité, le déclassement, sont récurrentes chez certains patients, qui sauvegardent ainsi une impression de contrôle et réagissent apparemment avec mépris à des propositions d'aide ou répondent avec dédain. C'est une manière de lutter contre la dépression"

II. Ni menteurs ni malades

4. Bons et mauvais demandeurs d'asile
Il est ensuite question du récit que doit présenter le demandeur d'asile pour accéder au statut de réfugié. Questionné et soupçonné d'être un "réfugié économique" ou un "faux réfugié", le demandeur d'asile doit s'expliquer, ce qui est loin d'être évident (pas dans sa langue, avec tous les biais des traducteurs, qui refusent parfois de traduire, attitude soupçonneuse, chocs psychologique etc.)
"Il me semble que le mensonge vient lorsqu'il n'a pas été possible de se taire, lorsque le demandeur d'asile n'a pu faire valoir son droit au silence. Être obligé de dire l'indicible, de préciser ce qui ne se présente, psychiquement, qu'à l'état de confusion, provoque des stratégies de discours qui ne résistent pas à l'épreuve de la vérité factuelle"
"Les aménagements du récit pour mieux écarter une peur ou une angoisse sont souvent couteux psychiquement pour les patients car ils les maintiennent dans des dilemmes douloureux. Ainsi de ce patient qui a emprunté de faux papiers, ceux de son père, pour voyager. Maintenant appelé par le prénom de son père, il ne peut plus supporter cette identité d'emprunt plusieurs mois après son arrivée, alors qu'il apprend qu'au pays son père a été emprisonné, à cause de lui, comme il dit. A l'inverse, l'entretien fait prendre de tels risques psychiques à certains en menaçant le scénario qu'ils ont construit pour supporter leur histoire, que des éléments véridiques ne pourront être rapportés ou n'apparaitront pas comme tels. Il y a des histoires rendues incohérentes par la douleur"
"En consultation, il n'est pas question de preuve mais de leur parole et de leur souffrance. Ici, il n'est pas nécessaire de parler. On peut simplement venir. Respirer. Pleurer. S'accrocher. Décider de ce qu'on va dire et de ce qu'on ne va pas dire. On retrouve certainement un positionnement propre à celui du psychanalyste, qui ne s’embarrasse pas de la question de la véracité ou de la concordance avec la réalité mais bien de ce qu'en traduit le patient, pris entre la réalité événementielle et sa réalité psychique interne. Ce n'est donc pas "l'événement traumatique" qui importe, mais bien ce que pourra en faire le patient"
5. Le risque de la victimisation
6. Pas fous

III. En consultation

Et cette partie est dédiée à tout le protocole psy et au cadre de la consultation.
7. Le pavillon de la psychiatrie
"Les patients viennent chercher des soins, certes, mais ne viennent-ils pas aussi chercher l'humanité d'une conversation, qu'ils retrouvent dans ces banales causeries, ce qui leur est refusé depuis des mois"
"Prendre trop rapidement un patient parce qu'on n'a plus de temps, c'est aussi de la maltraitance"
"Raj arrive avec son nom coupé de moitié, amputé du nom de son village et de celui de son père. Ce nom tronqué participe de sa désaffiliation et de son errance. Il y a dans ces découpages et ces inscriptions administratives hâtives le risque de priver le sujet de ses enracinements et le nom de ses résonances [...] C'est une question centrale pour des personnes issues de cultures où le groupe est un marqueur identitaire déterminant qui apparait dans le nom. Ce dernier traduit le statut, la famille élargie, la caste, le clan, l'ethnie, la tribu, le village, la communauté langagière, etc., et les positionnements sociaux et religieux. Or les demandeurs d'asile ont vécu dans la migration un bouleversement de ces appartenances et une perte de statut qui peuvent être psychiquement destructeurs. Lorsqu’on les affuble d'un nom tronqué, on les mutile. Alors que je me bats contre cet anglicisme devenu une habitude dans l'administration française de s'adresser à quelqu'un par son nom de famille, cette consultation est le seul lieu où je le fasse moi aussi : je m'adresse à eux par leur nom, tout commence par là"
8. Le cadre
"Rappeler le secret professionnel du code de déontologie, autre formalité apparemment sans incidence, est souvent un moment de soulagement pour les patients"
"La "rhétorique de l'urgence" dénoncée par l'anthropologue Miriam Ticktin dans les dispositifs de soin humanitaire vaut également pour le cadre de la prise en charge des demandeurs d'asile : ce cadre permet de soutenir et de soigner (caring) mais non de guérir (curing) sur le long terme"
"Je rappelle au patient que l'espace de la consultation psychothérapeutique n'est pas l'espace de l'assistante sociale ni du médecin. La confusion de ces espaces plongerait les patients à leur corps défendant dans la détresse, toujours insatisfaits des réponses qu'ils trouveraient. Ne pas céder à la demande sociale de la précarité pour permettre de dégager l'autre part du sujet, non aliénée à ces besoins, est ici nécessaire" 
""I like to give, I don't like to ask" [...] Je lui propose un compromis : "Acceptez de demander. Quand vous pourrez, vous donnerez à ceux qui vous demanderont, car maintenant vous savez qu'ils n'ont pas le choix de demander, mais vous aurez le choix de donner""
9. La clinique de l'effroi
"Les premières rencontres sont souvent empreintes de cette déflagration traumatique. Mon travail va consister à proposer l'intégration de cette expérience, en cherchant le sujet dans le patient asservi par le trauma. Mais d'abord, il y a un face à face proprement impossible, car le jeu du miroir, au lieu de permettre une rencontre, dédouble et renvoie chaque sujet à sa solitude"
"Lorsque la sidération empêche la parole, je cherche leur regard pour qu'ils me regardent avec eux ; c'est à cette condition qu'un travail va pouvoir commencer. Il se fera toujours en face-à-face, pour transformer le voir en regard et l'observateur en interlocuteur" 
""Vous, vous n'êtes pas mort" Réponse à double tranchant, qui fait exister le sujet à la fois dans son monde de cauchemars et dans le réel. Mon objectif est de l'arrimer progressivement au réel dégagé de l'effraction traumatique [...] "Le traumatisme lié à la torture n'est qu'une autre mise en acte de la frayeur. C'est l'effraction d'un autre en soi, autre qui vous influence et vous modifie" Il s'agira de sortir le patient de cette influence en le séparant de ce tiers effrayant"
"Pour établir ce décentrement, je cherche à inscrire la relation à travers deux mouvements. Un premier qui établit du lien, en entrant dans le tableau gelé que peint seul le patient avec son sang. Il s'agit de redonner une place au sujet grâce à ma présence désirante. Mes interventions le valorisent narcissiquement [...] Un second quand, lors des premiers entretiens, le patient explique le contexte de son exil : cela permet de ramener dans le tableau les tiers absents qui constituent son histoire [...] et tous les éléments d'étayage à partir desquels il pourra élaborer. Grâce à ces deux mouvements, un espace intersubjectif peut émerger, en même temps qu'un tiers médiateur, support culturel pour y loger les mouvements psychiques du patient. Ce tiers peut être la personne du psychologue ou celle de l’interprète, mais des références culturelles peuvent aussi jouer ce rôle d'appui, comme des sourates du Coran ou des vers de la poésie somalie. Ce tiers est ce sur quoi les pensées ravagées d'Anwar, de Landry ou d'Ibra vont pouvoir se tresser en paroles, s'étayer, se relayer, s'inscrire dans du collectif culturel, dans du sens porté par lui et par d'autres, dans une présence au monde"

IV. Parler

10. A travers des silences de mort
"La parole est doublement atteinte : d'une part, elle ne permet plus au sujet d'émerger à travers l'ordre symbolique du langage ; d'autre part, elle n'a plus ce rôle de mise en lien social car le code langagier a été perverti par la violence. Lorsqu'il y a irruption traumatique du réel non assimilable par le langage, il n'y a plus d'outil symbolique qui permettrait de représenter le réel - le langage perd sa fonction expressive et métaphorique. Le sujet est alors écrasé par ce trou du réel. Or la rencontre psychothérapeutique fonctionne entièrement sur la parole" 
"L'échange entre l'officier de protection et le demandeur à l'OFPRA [...] Le demandeur d'asile est soit surpris par les informations demandées, soit troublé par les échos traumatiques avec d'anciens interrogatoires policiers ou militaires"
11. Traductions
""C'est comme si vous entendiez vos amis crier". Par ce processus, il travaille lui-même au décollage du réel traumatique, d'autant que le réel cesse alors d'être le réel pour en devenir sa seule représentation"
"Shabana s'empare du français seulement en consultation, car là elle "arrive à parler français" pour parler d'elle-même avec un tiers accueillant dans cette langue. L'usage du français en consultation lui donne confiance, la valorise et la soulage. Ce n'est d'ailleurs pas le français qu'on lui demande dans les administrations : ce français-là, elle ne le parle pas car il la terrifie" 
"Les flèches et l'araignée d'Ibra, la fumée et le naga constricteur de Karan : mettre en mots les esprits du trauma est effrayant. "La culture émerge de façon amplifiée quand il faut donner du sens au négatif", écrit Ernesto de Martino pour expliquer que les figurations culturelles de la magie et des mythes se manifestent lors des crises"
12. Les voix du sacré
"Les parcours bouleversés des demandeurs d'asile en quête d'affiliation pourraient-ils rendre certains plus vulnérables et plus réceptifs à des phénomènes de radicalisation ? Je remarque plutôt l'inverse, à savoir l'expression systématique d'un discours critique face aux formes d'extrémisme"
"Lorsque le sujet ne peut plus raccrocher son expérience à une épreuve collective, celui d'une minorité ethnique pourchassée, d'un groupe de militants torturés, d'un combat pour des valeurs, lorsque sa culture - ou plutôt ce qui fait sens dans sa culture - ne le soutient plus, alors il s'écroule"

V. Sortir du trauma

13. Acter
14. Hors de la plainte
Exprimer la violence du trauma, la réduire... ce n'est parfois le fruit que d'années de suivi. Et parfois ça ne fonctionne pas. Ou d'autres mécanismes se mettent en place comme des dépendances...
"La réduction du trauma que je propose n'a toutefois rien à voir avec la banalisation de la souffrance. Il s'agit de le désamorcer pour remobiliser le sujet, qui perd alors le bénéfice secondaire de sa souffrance, cette jouissance du trauma qui le porte aux extrêmes de lui-même, aux limites de la vie et de la mort, autrement dit, qui fait de lui, qui a été un animal, un autre, différent et unique. Le sujet pense initialement ne survivre qu'habité entièrement par son trauma : le travail psychothérapeutique va lui prouver qu'il ne vivra que s'il s'en dégage"
"Dès que son quotidien devient un cadre suffisamment stable, il le détruit pour répéter la scène traumatique, revivre la violence et replonger dans l'angoisse : c'est un voisin qui, épuisé par ses provocations, finit par le battre ; ce sont ses compatriotes qui, exaspérés par ses gémissements, l'excluent de leur groupe"
""Je me dis que je ne dois pas oublier." Devant cette phrase qui salue la réussite de son travail psychothérapeutique, j'ajoute :"Souvenez vous que vous êtes arrivé ici en nous demandant de vous aider à oublier""
"Sortir de la plainte est très difficile pour les patients demandeurs d'asile, puisque certains ont bâti leur stratégie de survie sur la logique suivante : en se plaignant beaucoup, ils ont obtenu un peu. Il faut donc une dose de malheurs pour rester un éternel souffrant"
"Vivre en France et s'intégrer en France n'est pas un but en soi et ne l'a jamais été, être en France est un moyen pour survivre et poursuivre la lutte. Shabana et Karan ne déploient pas les mêmes stratégies subjectives et ne sont pas dans la même France : la première vit sa présence comme celle d'une rescapée civile; elle attend protection et aide des pouvoirs publics, et envisage son installation en France devenue son pays d'adoption. Le second pense son inscription dans la sphère politique des militants pour la cause tamoule et cherche un cadre pour poursuivre l'action"
15. Fin de partie
"La séparation d'avec le pays se réalise effectivement et psychiquement lorsque le sujet obtient son statut de réfugié. Et elle est follement douloureuse : le demandeur d'asile promu réfugié sait qu'à partir de ce moment-là il sera toujours en exil"
"Lorsque j'explique à Karan, débouté, qu'il doit disparaitre s'il ne veut pas prendre de risque, et se faire oublier des autorités, c'est un doute vertigineux qui me prend. Alors que nous avons cherché ensemble pendant des années à trouver la parole juste lui permettant d'exprimer son histoire et son nom, voilà que je lui conseille l'anonymat. Alors que nous avons cherché ensemble à lui redonner une place, il est maintenant tenu à l'invisibilité. Pour adresser une telle proposition au demandeur d'asile, ne suis-je pas, à mon corps défendant, la complice de la machine administrative ? "
"La consultation présuppose une possibilité d'échange dans l'altérité radicale. La possibilité d'une rencontre vient de ce qu'elle s'établit comme parfaitement improbable, et cet improbable est le cadre même. Cette relation repose sur le présupposé du partage d'une même humanité"
"L'écoute est un besoin aussi essentiel que ces besoins élémentaires. Aussi essentiel à la vie d'homme"
Essentiel ! Comme cette lecture.

lundi 4 juin 2018

Angel

Ce petit roman d'Elizabeth Taylor (homonyme de l'actrice), romancière britannique, est tout à fait fascinant. J'ai failli passer à côté et je ne regrette pas ce petit détour. 

Angel, c'est une adolescente mythomane, fière et égoïste. On la rencontre à l'école, d'où elle revient avec des camarades, leur contant une histoire d'enfant abandonnée, échangée... Elle-même ! Quand cela revient aux oreilles de sa mère, c'est la honte suprême pour Angel, qui n'ose plus sortir de chez elle, de peur que l'on se moque de ses prétentions. Puis lui vient l'idée d'écrire pour s'occuper... Puis pour se venger du monde. Elle noircit des pages et des pages, envoie son manuscrit et va finalement se faire éditer. Et c'est un succès de librairie. Et un ouvrage décrié par les critiques. On lui reproche des invraisemblances, un lyrisme exacerbé, des histoires romantiques et niaises... Il n'empêche qu'Angel devient un auteur très lu et qu'elle sort chaque année un nouveau roman acclamé par ses fans. Riche mais toujours aussi égocentrique, Angel réalise des rêves qui ne la satisfont pas : sa belle maison, ses donations... Rien ne vient combler ce manque (d'amour ?). Et rien ne vient changer non plus son approche du monde : elle imagine plus qu'elle n'apprend. Et si la réalité ne correspond pas à ses attentes, elle nie la réalité. Bref, elle est très très têtue et pas très agréable. 

Mais Angel est surtout une mode et son lectorat s'effrite sans qu'elle se l'explique. C'est le début d'une déchéance durant laquelle elle conserve sa fierté. Et son aveuglement.

Chouette lecture sur le quotidien sans concession d'un être enfermé dans son égoïsme et ses certitudes, d'un écrivain raté mais à succès... Le tout porté par un plume fine qui n'a rien à voir avec celle d'Angel. Et une belle préface, qui en dit certes un peu trop, mais qui explique d'où vient historiquement le personnage d'Angel même s'il est transposable à chaque époque.

 

samedi 2 juin 2018

Un brin de verdure

Je crois que c'est le dernier Barbara Pym de ma PAL. Ouf, car c'est à chaque fois une déception pour moi. La campagne anglaise et les voisins qui s'observent derrière leurs fenêtres, très peu pour moi. Et le soi-disant côté anthropologique ou psychologique de ces romans reste tout de même bien léger.

Emma vient de s'installer à Robin Cottage, une maison familiale à la campagne. Anthropologue, elle travaillait sur les comportements humains dans les villes nouvelles et se met au vert pour trouver un autre sujet de recherche. Dans le village, tout le monde se connait et se croise aux événements tels que la brocante paroissiale et autres oeuvres de charité. On prend le thé. Il ne se passe pas grand chose. Les personnages disent ce qui leur passe par la tête, c'est souvent absurde, ou plat.
Ce qui constitue un événement est surtout l'arrivée ou le départ des personnes... Sinon, elles dinent, vont chez le médecin, se promènent, et voilà. Et se cherchent, peut-être, un compagnon.


Vous l'avez compris, la campagne anglaise de Barbara Pym n'est pas ma tasse de thé. Je trouve ça lent, long et inintéressant. Par contre, ce n'est pas trop mal écrit, avec une bonne dose d'ironie et d'absurde.


vendredi 1 juin 2018

Testament à l'anglaise

Ville City
Republié pour le blogoclub de lecture mais lu il y a 4 ans !

Décidément, j'ai du mal à être à l'heure pour les LC du mois anglais. Je viens seulement de finir ce titre de Jonathan Coe... Et c'est une excellente pioche ! Figurez-vous qu'il patientait depuis plusieurs années dans ma PAL, depuis la lecture de La Maison du sommeil, il me semble. Je n'avais donc pas ouvert de Coe depuis un bail et cette redécouverte m'a donné envie de piocher plus souvent des idées de lectures dans ses titres. 

Testament à l'anglaise, c'est bien sûr une histoire de famille. Anglaise. Dans les années Thatcher. 
Les Winshaw sont une grande famille anglaise. On les rencontre une première fois en 1961. On apprend que Godfrey, frère de Lawrence, Tabitha et Mortimer, est décédé en 1942. Tabitha imagine que Lawrence a transmis des informations aux Allemands, qui ont permis d'abattre l'avion de son frère. Elle a été enfermée à l'asile. En 1961, tout le monde se réunit pour les 50 ans de Mortimer. Et l'on a un premier aperçu de cette famille que chaque chapitre nous aidera à mieux connaitre.
Comment entrer chez eux ? Par le biais d'un jeune écrivain engagé pour écrire l'histoire de cette famille.
Notre roman se déroule sur quelques mois de l'année 1990. La vie de Michael alterne avec des portraits de chaque membre de la famille Winshaw. Chacun est riche et puissant dans un domaine particulier. Hilary est la reine du petit écran et de la presse. Henry est un politique sans foi ni loi. Roddy est un galeriste renommé. Dorothy est à la tête d'un groupe alimentaire, prônant l'élevage intensif. Thomas est financier et Mark, marchand d'armes. Chacun nous permet de découvrir un pan de la société anglaise, complètement manipulée par ces quelques personnages sans scrupules. Ils n'ont qu'un idéal, devenir chaque jour plus riche et puissant. Cela se fait aux dépens de la sécurité sociale anglaise, de sa santé intellectuelle et physique, de ses économies, et même de sa sécurité ! Bref, chacun est une plaie pour la société.

Sous des allures de roman policier, avec un enquêteur et écrivain presque raté qu'est Michael, ce roman est aussi très politique. Il signale les dommages collatéraux de la politique de Thatcher. Mais jamais cela n'est pesant, c'est bien souvent drôle (même si on rit un peu jaune) ou émouvant. Enfin, ce roman s'interroge aussi sur le travail de l'écrivain, et plus largement de l'artiste, ainsi que sur celui des éditeurs et marchands d'art. Sa construction sous forme d'enquête et de personnalités qui se répondent est très agréable. Et l'on trouve des références à Agatha Christie comme au roman gothique. Alors certes, c'est parfois excessif et caricatural mais ça reste délicieusement british et très second degré. Au total, c'est un roman très complet et en cela très plaisant.

LC mois anglais

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lundi 28 mai 2018

Le chat, l'Ankou et le maori

Un chat breton, Jules Joseph Chamsou, amateur de galettes et de crêpes, vivant depuis toujours dans une crêperie, décide d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Il parait que tous les lieux se valent, mais est-ce le cas ? Il engage donc un voyage vers la mer pour vérifier cette théorie. En chemin, il rencontre bien des ennemis, du chat huant au fermier géant, en passant par la mort elle-même, l'Ankou et son grand chien noir, Ki Du. Il noue aussi de plus agréables amitiés avec les korrigans ou un maori de passage.
Courageux, intelligent et déterminé, notre chat mène sa barque - enfin, celle de l'Ankou - jusqu'à la mer.

Un joli conte breton de Michel Rio aux personnages sympathiques et au héros attachant qui n'a pas sa langue dans sa poche ! Joliment illustré par Marie Belorgey.


lundi 21 mai 2018

Norse mythology

Un Neil Gaiman inconnu à ma LAL en bibliothèque ? Qu'à cela ne tienne, il finit dans mon sac. 

Fasciné par le Thor des comics, l'auteur s'intéresse de près à la mythologie scandinave. Il y découvre des dieux de diverses origines, luttant contre toutes sortes d'ennemis. Pour faire connaitre leurs histoires, il les reprend et les écrit, à la sauce Gaiman, c'est à dire avec humour et simplicité. N'imaginez donc pas trouver une oeuvre vraiment nouvelle, il s'agit plutôt d'une série de mythes remasterisés. 
Roses blanches Galen Kallela

Voici les titres :
The players : qui présente un peu les dieux
Before the beginning and after : sur la création du monde, entre le feu et la glace
Yggdrasil and the nine worlds : l'arbre qui relie les mondes entre eux
Mimir's head and Odin's eye : La quête de la sagesse selon Odin
The treasures of the Gods : comment Loki, le dieu malin, encourage les nains à façonner les plus beaux dons pour les dieux... dont le marteau de Thor
The master builder : Il propose de faire une muraille pour protéger les dieux, en échange d'une déesse.
The children of Loki : entre le loup, le serpent et la femme morte-vivante, ils font un peu peur aux dieux.
Freya's unusual wedding : ou comment tromper un géant qui a volé le marteau de Thor.
The mead of poets : drôle de recette, que se volent les uns et les autres.
Thor's journey to the land of the giants : compétition entre géants et dieux.
The apples of immortality : Promises par Loki, elles manquent aux dieux qui vieillissent...
The story of Gerd and Frey : une love story.
Hymir and Thor's fishing expedition : drôle de pêche pour récupérer un chaudron géant.
The death of Balder : Aimé et protégé par tous, Balder meurt par la faute d'une petite plante.
The last days of Loki : ça chauffe pour le plus malin des dieux, le traitre.
Ragnarok, the final destiny of the gods : La bataille finale.

C'est pas mal pour redécouvrir les mythes nordiques, mais ça ne vous en apprendra pas plus qu'un bon bouquin de mythologie. Ca rend juste les choses plus amusantes, et plus "commerciales".

mercredi 16 mai 2018

Quand la lune descendit sur terre

Merci aux éditions Borélia pour cette proposition de lecture de contes mansis (des forêts de Sibérie occidentale) traduits et introduits par Charlotte Boucault et illustrés par Jüri Mildeberg. C'est un joli ouvrage, aux contes courts et nombreux, dont les illustrations aux allures de tarots étranges et symboliques nourrissent l'imagination.

Avec cette vingtaine de contes, nous partons dans le grand nord, un pays de neige, de rennes et d'ours. Voici le sommaire :
Comment la lune arriva sur la terre : en répondant aux provocations d'enfants à la sage grand mère.
A propos du vent du nord : qui refroidit un peu trop les hommes.
Comment le corbeau arpenta la terre : et comment celle-ci s'étendit.
Pourquoi le lièvre a de longues oreilles : au lieu des grands bois qu'il espérait.
L'élan : qui cherche un ami.
L'ours et l'écureuil rayé : font un pari...
La corneille et la pie : règlent leurs comptes.
La chouette intelligente : Topal-Oïka, Esprit du Monde d'en Haut, veut se construire une nouvelle demeure en os. Ou comment une chouette sauve les animaux de la destruction.
Le petit lièvre peureux : ou pourquoi les lièvres ont une courte queue.
Se punir soi-même : ou comment un lièvre au mauvais caractère se retrouve puni.
Le chien qui se cherchait un compagnon : mais que ses aboiements indispose.
Le souriceau voyageur : bien prudent sur son radeau.
Le renne fier : qui aide les hommes et en reçoit un bien joli présent.
Moss-Nê et le grand duc : ou comment une femme épouse un hiboux.
Mari et femme : trois soeurs vont chercher à se marier.
La petite femme : une louche père de famille et un bébé élevé par un ours dans ce conte étrange.
La grand mère juste : où chacune reçoit un mari à la hauteur de ses mérites.
Le petit pain : histoire d'une femme gourmande et d'un pain malin.

Voici des contes qui nous font entrer dans une mythologie étonnante, où l'animal est très présent ainsi que toutes les forces de la nature. On visualise très bien le monde de ces populations de chasseurs et éleveurs de rennes, qui vivent en harmonie avec les autres êtres vivants auxquels ils prêtent le don du langage et l'intelligence. On croise aussi dans ces contes quelques esprits, des grands mères aux allures de sorcières et des éléments magiques. Simples, moraux et sans fioriture, à la fin parfois abrupte, ils sont destinés à être racontés les soirs d'hiver (uniquement, car les autres saisons sont destinées au travail plus qu'aux contes) dans des communautés qui favorisent la transmission de ses mythes et légendes à l'oral. Très jolie découverte que ce recueil !

lundi 14 mai 2018

Les vallées du bonheur profond

Ce recueil de nouvelles permet de passer un peu plus de temps avec nos amis, Oedipe, Antigone, Clios. De marcher un peu plus sur leur chemin. De découvrir d'autres routes imaginées par Bauchau pour ses héros.

L'arbre fou : Histoire de l'élaboration d'une double sculpture, celle d'une danseuse par Oedipe et des visages de ses parents par Antigone.
Les vallées du bonheur profond : Quand Antigone découvre le peuple des collines et explore les vallées du bonheur profond.
"- Rien que le nécessaire [...] le reste vous alourdit pour le bonheur.
- C'est le bonheur que vous cherchez ? demande Antigone
- Quoi d'autre, dit l'homme qui vient de revenir, le soleil, quelques pluies, la santé et du temps.
- Du temps pour quoi ? demande Antigone
- Du temps pour sentir qu'on a le temps"
La femme sans mots : Une nuit dérangeante avec une femme folle et muette.
Le cri : on retrouve ici une partie d'Antigone. Il s'agit du moment où elle part mendier et où un cri s'élève de ses entrailles.
L'enfant de Salamine : la rencontre de Sophocle avec Oedipe, la façon dont cette rencontre le transforme et l'aide à devenir poète tragique.

Toujours cette écriture superbe et simple,  qui font de ces nouvelles maitrisées un vrai plaisir de lecture. Et quelle joie de retrouver les personnages et les lieux connus et traversés en lisant.  

jeudi 10 mai 2018

Ithaque. Notre Odyssée 1

Il est des spectacles qui vous ennuient avant qu'ils ne vous donnent envie de crier sur votre siège, vous pétrifient ou vous secouent. Et cette pièce de Christiane Jatahy est de ceux-ci. 

Au programme, migrations, Brésil et Odyssée. Une pièce qui se veut politique et engagée, aux moyens techniques prétentieux (la scène se remplit d'eau à se noyer, le public qui voyage et les vidéos en live) qui repose sur l'histoire d'Ulysse et Pénélope. D'Ulysse qui peine à quitter Calypso. De Pénélope qui voit son pays pillé, dépecé par les prétendants et cependant ne renonce jamais à Ulysse. Devant nous, les acteurs sont tour à tour Pénélope, Calypso ou les servantes qui couchent avec les prétendants (et vont être pendues après avoir nettoyé le sang de leurs amants), Ulysse ou les prétendants, à différents âges de la vie, à la veille du retour ou n'importe quand pendant les dix ans d'amour et d'errance d'Ulysse, après cette guerre de dix ans également. La situation d'exilé d'Ulysse est l'occasion d'interroger la migration et des pages de journaux de réfugiés nous sont lues, crues, violentes, terribles et en même temps tellement artificielles dans cet espace qui ne joue que de l'image. De même que la résolution est affreuse de violence, physique et psychique, de combats et de suicides, de torture même. Personnellement, ça me fait mal de voir tant de violence au théâtre (ou au ciné, ou ailleurs), de la montrer si crue, si nue, de la filmer, de la démultiplier ainsi. Il y a d'autres moyens de la dénoncer, sans entrer dans cette spirale. Bref, je reste maltraitée par cette violence, surtout faite aux femmes, dans cette pièce. Quand au fond, au texte, au jeu, il est confus, il est bruyant mais semble terriblement vide. J'ai failli sortir à plusieurs reprises, lassée puis dégoûtée, pourtant le thème semblait prometteur. Une rencontre manquée pour moi et pour pas mal de spectateurs partis en cours de spectacle !


lundi 7 mai 2018

L'épopée du buveur d'eau

Vous souvenez-vous de ma première rencontre avec John Irving ? C'était il y a dix ans et ça s'était mal passé. Et puis, il y a des livres qui trainent depuis trop longtemps dans votre PAL pour les ignorer plus longtemps. Ils vous demandent de les lire ou de les donner mais, pitié, pas dix ans de poussière en plus ! Bon, c'est un peu ce qui s'est passé avec ce titre. Et je suis heureuse de vous dire que je révise mon jugement, c'est plutôt drôle et incorrect comme ouvrage.

Boggle/Bogus est un anti-héros parfait. Fils d'urologue, il choppe la vérole avant la majorité. Il est incapable de skier mais épouse une championne de ski. Et ça fait des plombes qu'il peine sur une thèse bidon en nordique primitif inférieur. Pourtant, Ralph veut faire un film sur lui !

Lorsqu'on le rencontre chez son urologue, il est installé avec Tulpen qui a des seins remarquables. Et au chapitre suivant, on remonte dans le temps. C'est le rythme qui va s'imposer à mesure du roman. Quelques chapitres en flash-back et d'autres non suffisent pour comprendre l'étendue du désastre et de l'éparpillement. Pas de temporalité linéaire, ça part dans tous les sens. A vous de retrouver les repères chronologiques. Drôle et fataliste, Bogus n'a pas de bol mais ne favorise pas spécialement sa chance. Et surtout, il n'assume rien et préfère se terrer au fond de l'Allemagne que de faire des choix. 

Un roman cocasse et délirant, qui peine un peu à se mettre en route et à la fin un peu trop joyeuse mais qui ne manquera pas de vous faire rire. 


dimanche 6 mai 2018

Futsal et mains propres

... est une jolie surprise montée par la Compagnie Jolie Môme ! 

A Champignoux, on n'est pas des pignoux ! Et surtout pas depuis que l'équipe féminine de futsal s'est qualifiée pour la coupe d'Europe. Cinq filles, bien différentes, et leur coach se préparent à ce défi. Et à travers les joueuses, c'est une partie de la vie de Champignoux qui nous parvient. Avec des réalités différentes pour Laetitia, fille du boucher local ou Lucie, employée chez lui. 
L'équipe est soutenue par monsieur Verdier, nouveau sponsor du groupe. Qui leur impose une nouvelle joueuse. Qui fournit de la drogue à une autre. Qui veut faire de la pub par tous les moyens. Qui menace et cajole. Bref, qui n'est pas très fair play...

Engagé, rythmé et dynamique, ce spectacle avec musique, acrobaties et beaucoup d'humour nous brosse un portrait social d'une petite bourgade. Courez-y, c'est excellent !

jeudi 3 mai 2018

Les antipodes et le siècle

Je crois que je ne retiendrai pas grand chose de ces nouvelles d'Ignacio Padilla. Je les ai trouvé étranges, j'ai eu du mal à y trouver mes marques. Qu'était-ce que ce petit recueil ?

Il est composé des nouvelles suivantes :
Les Antipodes et le siècle : Édimbourg, cette ville secrète dans un désert, mentionnée par aucune carte mais où les caravanes peuvent s'égarer, attirées par un architecte et prophète écossais.
Mémorial de la seconde peste : Et si cette nouvelle peste était la santé ?
Ever wrest : journal de voyage : comment conquérir l'Everest ?
Notes de balistique : reconnaitre les bonnes armes des mauvaises.
Rhodesia Express : les trains ont toujours du retard, alors que le colonel a juré de se tuer s'il ne rétablissait pas leur ponctualité britannique.
Darjeeling : histoires de géographie et de trigonométrie dans l'Himalaya.
Hagiographie de l'apostat : combat de l'ange et du démon.
Bestiaire minimal : animaux étranges en Afrique du Sud.
Cérémonie expiatoire à Halak-Proot : un médecin repense les hôpitaux psychiatriques en Nouvelle-Zélande.
Rumeur de farine : dans une zone isolée, on accueille des nouveaux venus. Mais la tension monte. Et le comportement suspect d'un sous-lieutenant attire les convoitises.
Le chinois aux têtes : Dans un bateau, on découvre des têtes coupées, destinées soi-disant à un médecin...
Le Temps retrouvé : il a trouvé la fontaine de jouvence, une herbe qui permet de réduire son sommeil. Mais à quel prix ?

Lajoue, paysage avec rivière

Étranges et inclassables, ces nouvelles aux airs fantastiques jouent sur les chimères des hommes. Et souvent se terminent mal ou ne se terminent pas. C'est une ambiance de fin du monde, un peu malsaine, qui imprègne l'ouvrage. J'ai eu du mal à l'aimer mais j'ai tout de même apprécié son imaginaire.

lundi 30 avril 2018

Foxcraft. Les possédés

J'ai trouvé ce bouquin d'Inbali Iserles un peu par hasard. J'hésitais à le lire. Et puis finalement, je suis entrée dans ce petit roman jeunesse. C'est le début d'une série donc ne vous attendez pas à comprendre le pourquoi du comment à la fin du roman (même si c'est très devinable en fait).

Isla et Pirie sont deux jeunes renardeaux qui grandissent en marge des Terres grises ou La grande rumeur (la ville). Un jour, leur terrier est attaqué et Isla fuit. Aidée de Siffrin, un drôle de renard qui cherche son frère, elle part à la recherche des siens et tente d'échapper à Karka, la renarde qui les poursuit. Isla découvre petit à petit la foxcraft (oui, les renards ont des pouvoirs presque magiques) et apprend à se débrouiller en échappant aux broyeuses (voitures) et aux peaux-nus (les hommes).

Plein de rebondissements et de courses-poursuites, ce roman vise un public jeunesse. Il n'est pas très travaillé, qu'il s'agisse des personnages, du style ou de l'intrigue. N'est pas J.K. Rowling qui veut.


lundi 23 avril 2018

Baol

Stefano Benni, c'est une surprise et un délice à chaque lecture. On ne sait jamais trop ce qu'on va y trouver mais on sait que ce sera foufou, inventif et drôle. Et même critique !

Notre héros, Bed, est un mage Baol. Il vit à une triste époque où tout toute pensée est contrôlée par un régime expert en montages vidéos. La télé est reine et diffuse des images montées en studio avec des guerres contre des rebelles, des sitcom, du foot et bien d'autres images qui récurent les cerveaux. Baol traine dans un bar, l'Apocalypso. Il écoute les dealers et la police se tirer dessus, les prêtres annoncer la fin du monde, les pilleurs de cadavre lui proposer des fringues, les gens coincés dans les embouteillages s'entretuer. Avant, il faisait des trucs fous comme disparaitre des oies ou organiser des attaques de lapins blancs... mais les mages baol n'ont plus la cote. Sauf peut-être pour des missions spéciales. Comme celle de retrouver une vidéo de Grapatax, le plus grand des comiques. Une vidéo qui montre bien que Grapatax n'était pas un ami mais un ennemi du régime et du grand Hiérarque... 

C'est ainsi que commence un polar, aux allures de fable, où tous les genres se mélangent, où l'écriture est inventive est vive, drôle et travaillée. Où l'on découvre petit à petit ce qu'est la fantaisie baol, ce qu'elle apporte à un monde bien sombre...
Keith Haring 1981

vendredi 20 avril 2018

Oedipe sur la route

J'ai fait ma rebelle, j'ai commencé par Antigone avant d'emprunter ce titre. Cela ne m'a pas réellement gênée mais c'est mieux de lire dans l'ordre. 





Comme j'ai aimé cet Oedipe de Bauchau ! Cet aveugle sculpteur, cet homme qui gagne en lumière à chaque pas, qui suit sa route intérieure. Cet homme qui se raconte, avant le drame, un homme fier, aventureux, qui trace la route. Un homme assommé par la prophétie mais qui se réinvente à chaque pas. Cet homme qui favorise la parole juste. Qui souvent se tait. Un homme qui ne part pas seul, qui a un bâton, qui est suivi par sa petite Antigone, sa fille, sa sœur. Qui rencontre le brigand Clios et le séduit. Qui est chassé à coup de pierres et d'injures puis accueilli comme une bénédiction. 


J'ai aimé les rencontres d'Antigone et Oedipe sur leur route. J'ai aimé leurs gestes simples : soigner, tisser, sculpter, nourrir. J'ai aimé les histoires qu'ils contaient. Celle de Clios, ravagé par la violence d'une guerre de clans qui a tué son amour. Celle de Constance et du peuple des collines, guidé par des reines. Celle d'Oedipe dans le labyrinthe (tiens, tiens, ce serait pas une question récurrente chez Bauchau). J'ai aimé la proximité instaurée avec ces personnages mythologiques. Et bien entendu, j'aime l'écriture de Bauchau, poétique et simple. Les images qu'il évoque. Cet Oedipe devenu géant, devenu pestiféré. Cet Oedipe transformé par la route...

Un très beau roman initiatique et d'aventure, une superbe réécriture du mythe... C'est décidé, je continue à explorer sa bibliographie !

mercredi 18 avril 2018

La clef de Gaïa

C'est un peu par hasard que nous sommes tombés sur ce spectacle au théâtre des Mathurins. C'est un one woman show de Lina Lamara, accompagnée par Pierre Delaup à la guitare.

Entre histoires et chansons, notre actrice se dédouble, devenant Mouima, une grand-mère algérienne, ou Gaïa, la petite française. Et l'on voit Gaïa grandir, de petite fille à femme, et Mouima vieillir et raconter de plus en plus la vie d'avant. Histoire de cultures qui changent, de secrets qui se confient de femmes à femmes... C'est tendre, c'est parfois triste et violent (moment guerre d'Algérie qui vient assombrir le spectacle et ne s'y intègre qu'à moitié), mais dans l'ensemble c'est gai, poétique et chantant. Une jolie découverte !


lundi 16 avril 2018

La dernière fugitive

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu cette auteur. D'ailleurs, je ne suis pas sûre d'avoir déjà lu Tracy Chevalier traduite. Je n'en attendais rien de spécial. Le bouquin trainait sur ma PAL, il était bleu...
Galen Kallela Imatra hiver

Grace et Honor quittent l'Angleterre pour rejoindre Adam, le fiancé de Grace dans l'Ohio. Honor, abandonnée par son promis, décide d'accompagner sa sœur. Mais jamais elle n'imagine ce qui l'attend. D'abord l'horrible traversée, puis la mort de Grace et l'arrivée chez Adam Cox... De quoi déstabiliser la jeune et discrète quaker. Tant bien que mal, Grace s'adapte à ces nouveaux paysages, à ces personnes brutales, à ces villes en chantier. Elle rencontre Belle, une modiste qui devient son amie. Donovan, son frère, un chasseur d'esclaves. Et puis la communauté de Faithwell. La jeune brodeuse va-t-elle y trouver une place ?

Honor, découvre aussi en Amérique le chemin de fer clandestin, réseau des personnes qui aident des esclaves à gagner le Canada. Petit à petit, elle rejoint ce réseau, au grand dam de sa famille. 

Un joli roman d'initiation de cette jeune Honor, qui cherche à ne pas faire mentir son nom. Un roman très féminin, autour de la vie familiale, du travail de la ferme, de la religiosité, de la couture... Une belle évasion !

jeudi 12 avril 2018

Landfall

Voilà un livre dont j'ai complétement manqué la sortie et qui s'est retrouvé par hasard entre mes mains. J'ai commencé à le feuilleter, curieuse, et j'ai eu du mal à m'arrêter. Je ne sais pas bien ce qui m'a plu dans cet ouvrage d'Ellen Urbani. Peut-être la recherche de Rose, peut-être l'ambiance apocalyptique post Katrina, peut-être l'écriture ? Beaucoup de belles choses. 

C'est un roman à deux voix. Celle de Rose et de Rosy, une blanche et une noire, l'une à Tuscaloosa, l'autre à la Nouvelle-Orléans. Du côté de Rose, on a tendance à avancer dans le temps tandis que chez Rosy, on recule. Et ce pour une raison très simple : Rosy est morte percutée par la voiture de Gertrude, la mère de Rose. Livrée à elle-même, l'adolescente va chercher à retrouver les parents de Rosy pour les avertir. Car la police n'a pas réussi à remettre la main sur eux. 


A travers cette quête, le lecteur découvre deux jeunes filles, d'âge similaire, que leurs mères ont élevées seules. Rapports mère-fille bien différents, façon d'élever les enfants, fragilités et maladie... Mais c'est aussi un visage des Etats-Unis qui se révèle. Celui du contraste entre les plus vulnérables et les autres, entre les bandits et les bons bourgeois. C'est toujours un peu le far west, mais avec quelques nuances.
Seul bémol, la fin, que j'avais deviné depuis le début et qui fait un peu trop happy end. 

Un roman puissant, bien ficelé malgré la rigidité de l'alternance entre les voix. A découvrir !

lundi 9 avril 2018

Le boulevard périphérique





Ce Henry Bauchau, pourtant au top sur ma LAL, n'est finalement pas mon préféré. Je crois qu'il manquait de héros mythologiques à mon goût. Ou que ma lecture d'Oedipe sur la route était trop présente. Ou L'Enfant bleu. C'est le problème quand on engloutit tout un auteur d'un coup, on fait des indigestions.


C'est une étrange histoire que celle-ci, à deux temporalités. La jeunesse du narrateur, qui escaladait avec Stéphane, qui est entré dans la Résistance, qui a retrouvé trace du meurtrier de Stéphane après la guerre. Et l'aujourd'hui d'un quotidien de transports en communs ou de périph' entre sa maison, l’hôpital où il travaille et celui où il visite sa belle-fille malade. 
Un personnage qui fait le pont entre un ami de jeunesse et une femme en fin de vie. Un personnage que l'on peine à rassembler entre ces deux extrêmes. Et dont les interlocuteurs n'ont pas tous la même épaisseur. Ce Stéphane mystérieux, qui occupe la mémoire, prend souvent plus de place que cette Paule suffoquant derrière son masque. 
Un personnage coincé entre une culpabilité latente et l'obligation d'accompagner l'autre. Tournant en rond sur son périph' récurrent. N'osant pas prendre les devants. 
Un personnage méditant sur la mort et ses diverses formes, sur son effacement de nos vies et la douleur malgré tout dévastatrice.

Un beau roman, mais pas au bon moment, qui n'en fera pas un inoubliable.

jeudi 5 avril 2018

Feminismo para principiantes

C'est une des mes collègues qui m'a passé cet ouvrage de Nuria Varela en m'expliquant que, grâce à lui, elle avait mieux compris les enjeux du féminisme. Et c'est vrai qu'il est bien fichu, commençant par un historique du féminisme mondial, puis espagnol, avant de s'attacher à tous les champs concernés (pouvoir, économie, corps, culture, violence etc). S'attachant à la justice, le féminisme dénonce toutes les inégalités subies par les femmes pour l'unique raison qu'elles sont femmes. Chaussez vos lunettes violettes, comme dirait l'auteur, et entrez dans ce livre !

Historiquement, c'est au siècle des Lumières que se font entendre les premières voix de femmes qui revendiquent des droits à l'éducation, au vote... aux mêmes droits que ceux que réclament les hommes à la Révolution. Bien entendu, elles ne sont pas entendues. Et Olympe de Gouges finit sur une guillotine. Deuxième moment fort, au XIXe siècle avec les suffragettes. On parle un peu du Deuxième Sexe (que j'ai bien envie de relire avec mes nouvelles lunettes). Troisième temps autour de l'origine de la National Organization for Women et des différents mouvements féministes du XXe siècle.

Puis elle s'intéresse à la construction de la compréhension du monde, régie par les hommes. Elle parle d'androcentrisme, ou l'homme (au masculin) est la mesure de toute chose. Et du patriarcat où l'homme est chef de famille et a pouvoir sur la femme, les vieux sur les jeunes etc. Cette structure de pensée et de pouvoir est vue comme la seule façon d'ordonner le monde. Elle signale que la norme est toujours le masculin. C'est ce qui n'est pas questionnable, ce qui est normal. L'homme agit et parle au nom de l'humanité. En contrepartie, le féminin est l'analysable, le truc à définir...


Dans un second temps, elle analyse la place de la femme selon les thématiques nommées plus haut. Pour ce qui est de l'économie, je suis frappée par le fait que les métiers, s'ils sont exercés par des femmes n'ont pas le même nom, ni le même salaire que les hommes : "elles sont cuisinières, ils sont chefs ; elles sont modistes, ils sont stylistes ou grands couturiers". Et quel place pour le travail des mères au foyer ? Dont l'objectif n'est pas de faire des bénéfices mais d'accompagner la vie. C'est d'ailleurs un véritable enjeu que cette question de la maternité : on accuse les femmes de la baisse de la natalité, cite Nuria, parce que c'est plus facile : mais s'il y a une baisse de natalité, c'est parce que les hommes n'ont pas voulu s'occuper de l'éducation de leurs enfants. Ni même la société. La maternité est toujours un obstacle au développement professionnel de beaucoup de jeunes femmes. Et les temps de loisirs pour les mères restent du domaine du rêve. 

La question des violences sur les femmes, qu'il s'agisse des femmes battues, mutilées, excisées est aussi brulante. Et l'on a souvent tendance à la confondre avec la violence tout court, comme s'il n'existait pas une violence particulièrement dirigée contre la femme.

Puis elle aborde la question du corps. Et là, les écailles me sont tombées des yeux. Ou presque. Elle signale un bouquin que je vais m'empresser de chercher en bibli, Le Harem et l'Occident de F. Mernissi. Elle y explique la violence symbolique qu'exercent les images des mannequins sur toutes les femmes. En Orient, l'homme établit sa domination à travers l'espace : les femmes sont exclues des lieux publics et dans les lieux privés, les zones sont différenciées. L'homme occidental manipule le temps : il affirme que la femme est belle quand elle a quatorze ans. Il en fait un idéal de beauté qui condamne à l'invisibilité la femme mûre. Elle parle d'un harem de la taille 38 ! C'est le même type de violence que celle du voile ou des pieds bandés de la Chine féodale. Elle cite La domination masculine de Bourdieu  « La force symbolique est une forme de pouvoir qui s’exerce sur les corps, directement, et comme par magie, en dehors de toute contrainte physique ; mais cette magie n’opère qu’en s’appuyant sur les dispositions déposées, tels des ressorts, au plus profond du corps ». Puis il est question de l'appartenance du corps féminin, au delà de sa normalisation.

On passe ensuite à la question culturelle avec cette intro intéressante : normalement, c'est l'ordre alphabétique qui régit le dictionnaire. Mais on y trouve toujours le masculin (en "o" en espagnol) avant le féminin (en "a" en espagnol). Ainsi nous dit-elle, gato précède gata. Car les dictionnaires ne reflètent ni la réalité, ni la langue, ni le monde. Il reflètent seulement le pouvoir de ceux qui les écrivent. Et bim ! Elle revient sur les formes de coercition culturelle exercée sur les femmes comme celui d'Arabie Saoudite par exemple. Et se demande s'il l'on en est si loin avec le patriarcat de "consentement" de nos démocraties occidentales où se reproduisent les inégalités à travers mythes et stéréotypes.

Et puis, elle rappelle que le féminisme n'est pas une théorie du pouvoir mais de l'égalité, contrairement au machisme qui établit une hiérarchie. Il se construit sur un préjugé initial, celui de l'inégalité naturelle, non biologique mais entre les droits des uns et des autres. Autre préjugé : les féministes sont des suffragettes célibataires et sexuellement insatisfaites alors que nombre d'entre elles sont mariées et mères de famille. Et la liste est longue !

Ouvrage très complet, regorgeant de sources et d'ouvrages qu'on a envie de lire en le refermant. C'est dense, c'est riche, ça ouvre les yeux, ça questionne... A mettre entre les mains de beaucoup d'hommes et de femmes !
 

lundi 2 avril 2018

Danser les ombres

Haïti, l'esprit Ravage s’arrête devant Lucine et promet de bouleverser sa vie. Peu de temps après, sa sœur Nine meurt, laissant deux orphelins. Lucine part à Port au Prince, annoncer la nouvelle au père. Elle y retrouve la vie de ses années d'étudiante, ce bouillonnement, cet appel à la lutte. Et elle y recroise des personnes oubliées. 
Matrak, taxi, vient de perdre son coq. Il sent bien que les esprits sont contre lui mais il est décidé à lutter. 
Saul, le batard, pas encore médecin, soigne les pauvres. Il se réunit avec Tess, Sénèque et les autres dans un vieux bordel pour refaire le monde. A côté d'une école de jolies infirmières. Tout démarre avec les voix, les personnages que l'on découvre petit à petit, puis qui se croisent, se voient, se rencontrent. Puis se perdent avec le tremblement de terre... Jusqu'à confondre les morts et les vivants.

Un Laurent Gaudé qui n'a pas ce souffle épique du début à la fin, mais qui monte progressivement en puissance, jusque à cette fin hypnotique, cette danse des vivants et des morts qui subjugue le lecteur et lui fait oublier le début un peu lent.

jeudi 29 mars 2018

Dans la peau d'un migrant

Vous l'avez compris par certaines lectures ou films, la question des migrants m'interpelle. Je n'ai donc pas hésité longtemps devant ce titre d'Arthur Frayer-Laleix croisé dans ma bibliothèque. Sa démarche est intéressante, il se propose des petites incursions dans les lieux clés pour les migrants : les lieux qu'ils fuient, les villes qu'ils traversent et où ils s'établissent pour gagner leur vie en attendant de reprendre la route, les lieux où ils passent, ceux où ils attendent... 


Le périple débute au Pakistan où un ami du journaliste l'accueille dans sa famille. Vêtu en pachtoune, vivant avec les frères d'Hanan, il plonge dans la réalité d'un pays corrompu, en proie à des attentats hebdomadaires. Il y rencontre un passeur, un ancien apparatchik, Amine, qui lui raconte comment il est organisé, en distillant quelques informations. Et l'on découvre petit à petit ce monde clandestin financé par les hawalas, des banques informelles. 
"Sârrâf ("banquier" en arabe) est un mot que j'ai déjà entendu au Pakistan. C'est sur ces agents de change que repose le système de paiement baptisé hawala, utilisé depuis le Moyen Âge par les Indiens et les musulmans pour transférer des sommes d'argent d'un bout à l'autre de la planète à l'abri de tout contrôle politique et bancaire [...] Tout le système est basé sur une confiance inconditionnelle entre les Sârrâf qui tissent le réseau à travers le monde, ainsi que sur des jeux d'écriture. Au lieu de faire circuler les billets de banque d'un pays à l'autre, les sârrâf s'échangent les dettes et les créances de leurs clients"
Ressortant sa carte de presse et son passeport français, Arthur/Akhter se rend aussi à l'ambassade et s'intéresse au regard des fonctionnaires sur l'immigration. 
C'est aussi immergé dans les réseaux de clandestins qu'il enquête à Istanbul, où il découvre les quartiers et les ressources des diverses communautés exilées, qui rassemblent de l'argent pour continuer le voyage. Logement, travail, soins, passage... comment se passent ces différents moments quand on vient d'Afrique ou d'Afghanistan ? Là encore, Arthur laisse sa carte de presse et suit au plus près les candidats à l'immigration.
Après la Turquie, la Bulgarie avec une tentative de franchissement illégal de frontière (en réalité, un coup monté pour voir comment est accueilli un migrant) de la part de notre journaliste... Qui découvre que la police bulgare n'est pas des plus hospitalières. Et qui se fait repousser en Turquie. Ce qui est illégal bien sûr. Et qui n'existe pas selon les autorités.
Enfin, passage à Calais pour découvrir les différents moyens de passer la Manche, les groupes qui organisent le passage. Et les jugements de ces derniers dans les tribunaux français.

Un ouvrage passionnant, qui se lit comme un roman, mais qui reflète une réalité pas très glorieuse : corruption, atteintes au droits de l'homme, esclavage (ou presque)... Pour une arrivée aléatoire en Europe et une déception à la découverte d'un quotidien moins rose que prévu. Très bien écrit, avec des titres de chapitres toujours alléchants et des rencontres fortes, il nous plonge dans un "cinquième monde" aux rythmes et règles propres.

"En écoutant les explications d'Ayoub, une idée prend forme dans mon esprit : on ne comprend rien à l'immigration massive vers l'Europe si on ne regarde pas les vagues d'immigration régionale qui la précèdent. Pour saisir la dynamique du grand voyage européen, il faut d'abord examiner toute les tentatives infructueuses des migrants pour s'installer dans des pays voisins"

"Peut-on encore dire que Kamal, Rangin, Thierry Henri font partie du "Tiers-monde" ? Ils me donnent plutôt l'impression d'être en transit permanent. Comme si la route vers l'Europe avait créé à Istanbul - et ailleurs - un univers autonome, invisible des touristes. Comme si le monde des migrants était devenu un "cinquième monde""

"Le 16 décembre 2013, quelques semaines après mon retour, la Turquie et l'Union européenne ont signé un accord "clandestins contre visas". La Turquie s'engage à reprendre tous les immigrants illégaux qui ont transité sur son sol, en échange de quoi l'UE promet d'ouvrir les négociations en vue d'exempter les turcs de visas pour entrer sur son territoire. Ce pacte fait de la Turquie le grade frontière de l'Europe, tout comme la Lybie a servi un temps de sentinelle à l'Italie, et tout comme aujourd'hui la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la petite ile de Nauru abritent des centres de rétention australiens pour clandestins. Ou comment refourguer la question migratoire à d'autres pays moyennant quelques arrangement financiers"

mercredi 28 mars 2018

Deux mensonges et une vérité

Ils nous avaient demandé une sortie au théâtre, de préférence un boulevard. Nous avons repéré cette pièce au Théâtre Rive Gauche. Le plot est simple : un couple fête ses 27 ans de mariage, il se réjouit de l'absence de surprise et de stress dans leur relation. Elle espère toujours le surprendre. Il lui propose un jeu : ils doivent se dire deux mensonges et une vérité. Lorsqu'elle lui annonce qu'elle a un enfant avec un autre homme, qu'elle a fait de la prison et qu'elle a changé de nom, il rit jaune. Et commence une enquête sur sa femme...

Leighton Pavonia

Menée par Lionnel Astier, cette comédie nous fait passer un bon moment. Elle peine un peu à démarrer et la fin est tout à fait décevante mais l'entre deux est plutôt agréable. Les répliques sont toutefois un peu lourdes et répétitives. On aurait pu faire plus court. 

lundi 26 mars 2018

Journal

Le Journal d'Hélène Berr fait partie de ces livres que j'hésite à ouvrir. Peur d'entrer dans l'intimité d'une vie, dans la violence d'un temps... 

On entre à pieds joints dans le quotidien d'Hélène, dans ses cours, dans ses réunions amicales, ses flirts, ses lettres, ses occupations. Paris est occupé mais ça ne se voit pas trop. La vie continue, douce et stimulante pour cette jeune intellectuelle. Et puis, orage dans cette vie tranquille et insouciante, le père d'Hélène est arrêté et emprisonné à Drancy. Voilà qui rend la menace plus concrète et qui ouvre les yeux d'Hélène. A partir de ce moment, la fraîcheur demeure mais l’émerveillement naïf est révolu. Elle s'engage, elle suit les déportations, elle écrit... Et jusqu'à sa déportation, on suit les craintes d'Hélène, ses interrogations, ses considérations sur l'humanité.

S'il n'a pas la puissance du journal d'Anne Frank ou d'Etty Hillesum, il constitue un témoignage intéressant de la période. Mais ce n'est peut-être pas le plus essentiel.

mercredi 21 mars 2018

Devance tous les adieux

Je suis une victime du marketing. Ce sont les jolies couvertures des éditions Points qui m'ont fait choisir ce livre. Et la préface de Bobin. Mais c'est aussi une jolie découverte que cet ouvrage d'Ivy Edelstein. C'est un livre hommage à un père disparu. Un père trop sensible, trop fragile pour ce monde. Un père qui a préféré se retirer.

Ce sont des mots à ce père, des souvenirs de ce père, des mots à cet enfant seul, devenu soudain "l'homme de la maison". Ce sont des phrases ciselées, les mots d'un chagrin apprivoisé, et d'un geste toujours incompris. Est-ce une oeuvre de "développement personnel" ? Je n'en suis pas sûre. Pas de conseils, pas de réconfort dans cette approche de la mort. Une histoire personnelle, un bout de vie et d'amour...

"Ma fille me lance, haute comme quelques pommes : "Je sais pourquoi il est mort ton papa. Il est mort parce qu'il ne savait plus vivre"
"En serrant sa veste de costume contre moi et cette odeur d'un papa qu'on aime tant, cette pensée me saisit : il a eu une vie sans rien mon père, une vie juste avec une suite de petits événements. Et je ne sais que faire de ce que je ressens"

lundi 19 mars 2018

La vie est ailleurs

C'est vraiment bizarre de relire un auteur qu'on a adoré ado et de découvrir que l'on est nettement moins fan. C'est ce qu'il vient de m'arriver avec ce titre de Milan Kundera. Je n'avais pas de souvenir précis de celui-ci, puis, en commençant ma lecture, certains passages m'ont paru très familiers. Notamment celui du rêve de Xavier (qui est certainement le moment que j'ai le plus apprécié, sur le thème de "la vie est un rêve"). Pour le reste, je demeure circonspecte. 


Oui, c'est souvent de l'humour noir et notre anti-héros est un salaud malgré lui. Oui, le thème de la mère étouffante est intéressant, tout comme celui du poète et de l'art moderne. Mais ceci n'est-il pas finalement une vaste plaisanterie ? La fin ridicule du poète tend à nous le prouver. 

De quoi ça cause ? De Jaromil, né à Prague d'une mère romantique et d'un père pragmatique entre deux guerres. Celui-ci sera hors du commun, c'est sûr ! Enfant, il a déjà tous les talents. Adolescent, c'est un artiste. Adulte, il ne l'est jamais vraiment. Comme si le poète restait adolescent, tourné sur lui-même, sur son idéalisme, sur ses idées. Et finalement influençable sans s'en rendre compte. Vendu au régime qui lui donne une demi-heure de gloire. Image glaçante du poète, enfermé dans son monde et prêt à tout pour être aimé. Image terrible des êtres égoïstes en carence d'affection. 

C'est certainement un grand roman, qui se moque des poètes et les caricature, qui s'inspire d'un Rimbaud, mais qui laisse un goût très amer.

mercredi 14 mars 2018

Sommeil

Diana Block, MirrorCroisé chez ma sœur et aussitôt dévoré, il ne m'a pas filé d'insomnie, ouf ! Car c'est ce qui nous guette dans cette nouvelle de Haruki Murakami au personnage insomniaque et aux illustrations psychédéliques de Kat Menschik.

Elle est femme et mère. Elle ne travaille pas. Mais sa journée est rythmée. Lessives, cuisine, ménage, piscine. Elle fait vivre le foyer. Mais ne passe-t-elle pas à côté de sa vie ? C'est ce dont elle se rend compte durant ses 17 nuits d'insomnie. La première nuit, elle espère se rendormir mais Tolstoï la maintient éveillée toute la nuit. Puis les jours suivants. Sans que jamais elle ne ressente de fatigue. Seulement de la distance par rapport à sa vie quotidienne, son mari, son fils. Une seconde vie s'offre à elle, à travers la littérature. Mais quelle vie ?

Rêve ou réalité ? Quel destin ou quelle vie pour ce personnage ? S'éveiller à soi-même en refusant le sommeil ? Autant de questions qui se posent en reposant le livre fantastique et fantasque...

jeudi 8 mars 2018

Les portes de Damas

Tous les bouquins qui trainent dans ma PAL ne sont pas forcément des bonnes surprises, des pépites restées enfouies sous d'autres pépites. C'est par exemple le cas de ce titre de Lieve Joris. Je suis complétement passée à côté de ce roman.


Deux copines, Lieve et Hala, qui se sont connues pendant une conférence à Bagdad vont se redécouvrir dix ans plus tard. Bien des choses ont changé depuis l’élection de Hafez al-Assad. Et la première guerre du golfe est passée par là. Ahmed, l'époux de Hala, est en prison depuis des années. On se méfie de tout et de tous. La vie de famille est omniprésente, voire étouffante. Lieve a du mal à savoir ce qu'elle fait là, ce qu'elle cherche dans les rues, près des plages ou dans les sables de Damas, Alep, Latakieh, Palmyre... 
Elle nous livre donc des conversations familiales et les rites propres à la maison de Hala, les liens avec sa famille. C'est un positionnement curieux car il n'y a aucune chaleur dans cette amitié et il n'y a rien non plus de journalistique dans la description de ce qui se passe. C'est un entre deux pas très confortable pour la lectrice que je suis. Je n'ai jamais pu rentrer réellement dans l'ouvrage. Dommage car cela aura pu être un témoignage intéressant de ce qu'était alors la Syrie.

lundi 5 mars 2018

C'est vert et ça marche !

C'est le Livre de Poche qui m'avait fait parvenir cet essai de Jean-Marie Pelt il y a quelques années, alors que je chroniquais une sortie par mois. Oui, j'ai mis un peu de temps à le lire alors que le sujet du développement durable m'intéresse beaucoup.

Après un petit point sur la situation écologique du monde, qui se veut comme un appel à l'action plus qu'un épouvantail, cet ouvrage recense des initiatives écologiques et durables dans des domaines aussi variés que les transports, l'énergie, le bâtiment, les déchets, la santé ou l'agriculture. Et il les expose en quelques paragraphes. Issus de tous les continents, ces exemples sont des alternatives séduisantes et optimistes. De belles choses qui viennent compléter ce que j'ai pu lire chez Marie-Monique Robin ou Coline Serreau. 


vendredi 2 mars 2018

Don Quichotte, farce épique

On m'a offert ce joli cadeau récemment. En même temps qu'une place pour le ballet Don Quichotte qui se jouait à l'opéra Bastille en janvier. Je ne vous ai pas parlé du ballet. Coloré, drôle, centré sur des intrigues amoureuses, il parle de Barcelone, des gitans et des toreros. Don Quichotte est plutôt un prétexte. Il transforme la réalité et a même des visions. Mais le coeur du ballet est plutôt dans les exploits des amants pour obtenir la permission de se marier. 

Bref, ça ne vous renseigne pas du tout sur le spectacle qui se joue au Lucernaire jusque fin mars. Il s'agit d'une improvisation (tout de même bien rodée) autour de Don Quichotte. On reprend les moments forts et on les met en scène. Le duo Sancho/Quichotte fonctionne à merveille. C'est drôle, du gras au plus léger, c'est simple. ça cause de chevalier errant et de pouvoir de l'imagination. ça n'aurait pas déplu à Cervantès (enfin, j'espère).