jeudi 19 décembre 2013

Angkor : naissance d'un mythe

Voilà une très belle exposition au musée Guimet qui revient sur la découverte d'une civilisation et d'un art en France à la fin du XIXe siècle. 

Angkor est redécouverte au milieu du XIXe siècle. Mais ce sont les missions de Louis Delaporte, qui pille littéralement le site, qui permettent de constituer des collections d'art khmer en France. L'exposition présente une partie de ces œuvres mais surtout des moulages réalisés sur le site, des dessins et des photos. La première partie traite des expéditions et de la collecte des objets. La seconde s'organise autour de leur découverte par le grand public lors des expositions universelles. La dernière montre comment les moulages ont permis de ré-élaborer des ensembles cohérents et constituent une documentation pour des sculptures ayant disparu. 

Cette exposition présente à la fois des originaux et des moulages. Il est intéressant de voir que ceux-ci ont longtemps été laissé à l'abandon et que leur valeur scientifique n'est reconnue que maintenant. Par ailleurs, cette visite fait voyager dans le temps et l'espace : on redécouvre Angkor alors que le site n'accueillait pas de touristes mais plutôt les bêtes de la jungle. Par ailleurs, les dessins de Delaporte sont exceptionnels même s'ils sont plus du domaine de l'imaginaire que de l'archéologie. Bref, l'ensemble est à voir, on regrettera simplement un enchaînement des parties un peu brouillon. 

exposition Angkor musee Guimet dessin

mercredi 18 décembre 2013

A triple tour

L'exposition d'une partie de la collection Pinault à Paris est un événement suffisamment rare pour qu'on ne boude pas le plaisir d'y passer. Las, quelle déception. C'est glauque, c'est noir, c'est malsain... 

Pistoletto prison A triple tourVous allez me dire qu'avec un thème comme l'enfermement, il ne fallait pas s'attendre à autre chose. Certes. D'ailleurs, c'est très cohérent avec l'emplacement de l'expo, la conciergerie. 
La scénographie nous met dans l'ambiance, une gigantesque grille de Pistoletto nous accueille. Oh, c'est un miroir. Me voilà derrière les barreaux. 
Puis deux salles suivent, l'une avec des projections d'une nature tantôt calme, tantôt déchaînée... dont le titre nous donne le sens, l'autre avec des têtes bâillonnées qui murmurent. Brr... Franchement, le rendu est très bon mais alors qu'est-ce que ça met mal à l'aise !

Dans les salles suivantes, il faut noter la vidéo de Bertille Bak, où des habitants protestent contre la destruction de leur immeuble en jouant une symphonie à la lampe-torche. Le reste n'a pas retenu mon attention.
Puis, on passe dans un espace plein de fauteuils roulants. Qu'est-ce donc ? Une visite de personnes âgées ? Presque, ce sont des personnages politiques, âgés, sur des fauteuils roulants, qui se déplacent dans la salle selon une curieuse ronde. Trop réaliste pour ne pas faire peur, surprendre. Là, c'est plus simple. Sun Yuan et Peng Yu parlent de l'enfermement du corps, qui touche même les plus puissants. De la mortalité des hommes. On est presque sur une vanité.
En face, une salle de projection à deux écrans : d'un côté, La passion de Jeanne d'arc, de l'autre, les témoignages de femmes enfermées dans un asile australien. Là aussi, l'idée de Javier Tellez est intéressante. Mais est-ce de l'art, de la psycho ou de la socio ? 
La suite m'a moins marquée, à l'exception d'une grande chambre d'hôtel : là tout est dans le titre. Et c'est tellement premier degré que c'est agaçant. Et sur la fin, une autre vidéo m'a troublée : celle d'un enfant qui sourit, bizarrement, avant qu'on ne comprenne pourquoi...

Bref, cet ensemble est à la fois dérangeant (ce qui est plutôt bien) et malsain (ce qui l'est moins). Tout n'est pas à jeter dans cette exposition mais je ne suis pas certaine qu'elle vaille le détour.


mardi 17 décembre 2013

Concours des 7 ans, le résultat !

J'organisais pour les 7 ans du blog un concours qui vous permettait de gagner des livres. Pour cela, rien de plus simple, il suffisait de me conseiller un livre que je n'avais pas lu.

Valériane a recommandé Misery de S. King
Passi0n-lectur3 a proposé Elle s'appelait Sarah de T. de Rosnay
Maryline a suggéré La claire fontaine de D. Bosc
Bandedelittéraires a eu envie de me faire découvrir La Batarde de V. Leduc

Et les gagnants sont...

Valériane, Maryline et Passi0n-lectur3 !

Il ne vous reste plus qu'à m'envoyer votre adresse postale par email à piti.butterfly@gmail.com.

anniversaire birthday princesse

La couleur de nos souvenirs

J'ai beaucoup lu Michel Pastoureau pendant mes études. Je le trouvais passionnant. Eh bien, il en est de même avec ce livre aux allures d'autobiographie. 

A partir de souvenirs, d'enfance ou d'adulte, Michel Pastoureau digresse (pour notre plus grand plaisir) sur l'histoire des couleurs. Pourquoi a-t-il ajouté à une citation une couleur ? Pourquoi le bleu marine n'est pas un bleu violine ni un noir ? Ce qui est extra, ce sont les explications qui émaillent le roman. On apprend beaucoup sur le vêtement, sur l'uniforme, sur les voitures (rouges) et les vélos (jaunes). Il est aussi question de cyclisme et de rugby. De bonbons dans le métro. D'or sur les tableaux. De beige Mitterrand. De photos couleurs ou noir et blanc. Des voyelles de Rimbaud. D'héraldique. De couleurs qui portent malheur. De petits cochons roses et bruns. 

L'ensemble se lit comme un roman ou plutôt comme une suite de nouvelles. Chaque histoire apporte son lot de nouvelles connaissances. Le tout, selon un rythme vif et une plume alerte. Un très chouette ovni littéraire !


couleur-souvenir

lundi 16 décembre 2013

La femme d'un homme

Merci au Livre de poche qui m'a permis de lire en avant première ce roman de Harrison. Celui-ci étant annoncé comme un best-seller, j'étais un peu méfiante. Et puis je l'ai ouvert. Et je ne l'ai pas lâché avant d'être arrivée au bout. C'est plutôt bon signe. 


L'histoire pourrait être des plus banales. Todd aime sa femme, Jodi. Mais il aime les femmes. Jodi aime Todd. Mais elle aime son confort. Au fil des chapitres nommés "elle" et "lui", on les voit vivre leur vie. 
Jodi est psy. Elle reçoit ses patients, cuisine et aime sa vie bien ordonnée. 
Todd est entrepreneur, il apprécie boire, aimer et paraître. 
Tout se grippe parce que Todd s'est engagé dans une relation avec une jeune fille, Natasha. Celle-ci le pousse à l'action. Mais Todd agit sans qu'on ait l'impression qu'il gère quoi que ce soit... L'engrenage se met en place. Pris entre deux feux, le voilà vite complètement débordé. On suit son existence qui se dérègle. Et l'on découvre le passé des deux personnages.

Sans vous en dire plus sur le plot, et pour que vous gardiez la surprise, je vous conseille de ne pas lire la quatrième de couverture, un peu trop suggestive. Sachez simplement que sous son apparente banalité, ce roman impose une légère angoisse, une tension à son lecteur, celle du thriller. Bien mené, facile à lire, il ne laisse pas le temps de se poser des questions : il faut tourner la page pour connaitre le dénouement !

dimanche 15 décembre 2013

Le livre des morts

J'avais repéré ce livre de Glenn Cooper sur les blogs il y a quelques années. Il faisait le buzz ! Je me méfie un peu de ce genre de phénomène mais, à tout hasard, j'ai noté le titre. Et le trouvant en bibliothèque, j'ai pu me faire mon propre avis sur le roman.

A New-York, un tueur en série semble sévir. Il envoie à ses victimes une carte ornée d'un cercueil et d'une date, celle de sa mort. Will Piper, un agent du FBI, se voit confier l'affaire à quelques mois de sa retraite. Et autant vous dire qu'il galère. Les victimes n'ont rien en commun, les morts sont toutes différentes : pas de logique apparente dans le mode opératoire.
Parallèlement à cette histoire, on voyage dans le temps : on trouve les racines de cette affaire à la fin de la Seconde Guerre mondiale mais aussi au VIIIe siècle, sur l'île de Wight. 

A vrai dire, dès qu'on découvre ce qui se passe à Wight, on comprend les tenants et aboutissants de l'affaire qui ne reste donc pas insoluble jusqu'au bout. Néanmoins, le polar est agréable s'il n'est pas redoutablement efficace. Will est sympathique, Nancy, sa collègue, est une petite nana dynamique, et les autres... Vous les découvrirez vous-mêmes. Un livre divertissant qui ne révolutionne pas le genre. 

mort-livre

samedi 14 décembre 2013

L'invention du vieux Paris

C'est à partir de sa thèse que Ruth Fiori a publié cet ouvrage très érudit sur la naissance d'une conscience patrimoniale à Paris. 
paris-tourelle-patrimoine

Tout commence au XIXe siècle, alors que Paris semble devoir se transformer. Les bâtiments médiévaux, auparavant dédaignés, semblent soudain prendre une dimension historique forte. Ils ne sont plus simplement des édifices sombres et inintéressants. L'élément le plus visible de ce retournement des valeurs est la description de Paris par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris : on peut aimer ce vieux Paris et craindre qu'il ne disparaisse. Cela vous parait certainement logique mais pensez qu'à l'époque, c'est la modernité qui primait et que l'on se moquait éperdument des vieux machins foutus. On voit dans cette même mouvance se créer les premiers groupements patrimoniaux parisiens comme la Société des Amis des Monuments parisiens en 1885. Il existait bien sûr des sociétés d'archéologies depuis le début du XIXe siècle mais aucune n'avait pour spécificité la sauvegarde du vieux Paris. 

A travers plusieurs cas de démolition programmée, l'auteur montre combien cette société savante cherche à protéger les monuments parisiens selon les critères qui sont bien ceux de son époque. Ainsi, tout ce qui vient après le Moyen Age n'est d'abord pas regardé. Les membres de ces associations cherchent à empêcher les disparitions des bâtiments par divers moyens : pressions sur l'Assemblée nationale, mobilisation populaire, usage de la presse, incitation à l'achat d'édifices par la ville, etc. Cette association a voix au chapitre car elle se pose comme spécialiste des questions artistiques et historiques. On voit d'ailleurs que leurs interventions sont de plus en plus efficaces et que le patrimoine devient presque une mode à Paris. Enfin, ce livre s'intéresse à la question de l'esthétique : Paris doit conserver ses jardins et ne pas les lotir, les avenues doivent conserver une hauteur données et les propriétaires ne devraient pas pouvoir ajouter des étages qui défigurent des alignements, etc. Paris se pose comme la capitale du beau et est souvent opposée au nouveau monde et ses gratte-ciel : plus que de simples monuments, ce sont des sites entiers qui doivent être conservés. 

Ce livre est tout à fait intéressant pour qui aime Paris et son patrimoine. Il décrit très précisément l’avènement du regard patrimonial et nous fait entrer au cœur des débats qui ont présidé à sa constitution. Il propose également des interprétations sur cette "course au beau" : n'est-ce pas parce que la France sort affaiblie du conflit de 1870 et qu'elle perd sa primeur économique qu'elle se réfugie dans le beau ? Une question qui mériterait d'être creusée au regard de l'actualité...

vendredi 13 décembre 2013

Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien suivi de L'Amour Absolu

J'ai lu il y a bientôt 10 ans Ubu. J'ai souvenir d'un agacement à la lecture des différents romans d'Alfred Jarry. Étrange. 

psyche-etrange


Pas de réel agacement à cette nouvelle lecture de Jarry. De la fascination. Pour cette langue, ce vocabulaire et ces personnages qui traversent Paris en bateau, lequel aborde sur des îles variées. Chacune est dédiée à un ami, un écrivain ou un voyageur. Et ces hommes en bateau, qui sont-ils ? Faustroll, pataphysicien. Bosse-de-nage, singe pontifiant ponctuant les phrases de "haha". Panmuphle, huissier. 
Je ne prétendrai pas avoir tout saisi de cette lecture qui joue avec les mots et l'absurde, qui traverse un Paris onirique et s'intéresse à la surface de Dieu. Toutefois, j'ai trouvé la lecture agréable quoi que complexe. 

Quant à l'Amour absolu, c'est encore moins compréhensible. On est au delà du rabelaisien, on est dans l'ubuesque. Figurez-vous que cela ressemble à une histoire bien connue, ne serait-ce que par le nom du personnage, Emmanuel Dieu. Le début qui présente Joseph et Miriam confirme cette impression. Même si le cadre annoncé est celui d'une prison. Et puis, les aventures d'Emmanuel Dieu prennent un tournant... et là, je suis restée paumée !

Bref, Jarry c'est loin d'être facile mais c'est drôlement bien écrit. Et ça fait très avant-gardiste !

jeudi 12 décembre 2013

Bérengère Krief

Nous passons devant le Grand Point Virgule régulièrement. Mais jamais nous nous avions pris de billet. Voilà qui est réparé : nous avons pu applaudir la charmante Bérengère Krief !

C'est d'abord l'affiche qui a retenu mon attention : mais, que fait-elle à ce Ken ? Puis, j'ai réalisé que c'était la nana de Bref. Et là, je ne me suis plus trop posé la question de savoir si ça allait me plaire ou pas : ma curiosité éveillée, j'ai pris des places.

Tout commence par une scène très parisienne : la nana à la bourre, qui se change pour aller à un rendez-vous, et qui fait croire qu'elle est déjà dans le métro. C'est le teaser idéal pour les mecs - ça débute avec une fille nue (ou presque) - et pour les filles - "on dirait moi". Et nous voilà partis pour une soirée d'humour, souvent très parisien, très quotidien.

La belle blonde met aussi le doigt sur nos travers féminins (et parfois masculins) et c'est bien vu. Elle vous parle de chocolat, de chorégraphies devant le miroir, de faits divers terribles, de personnalités... L'ensemble est vif, sympathique, enlevé. On passe du gros rire au sourire complice. Bref, il y en aura pour tous les goûts !
humour-show

mardi 10 décembre 2013

En solitaire

Voilà un film peu causant pour les amoureux de la mer et de la voile (dont je suis). 

François Cluzet campe le fier Yann Kermadec, skipper du Vendée Globe. Sur son bateau aux couleurs de la DCNS, il file. Un safran abîmé l'oblige à perdre deux jours en réparations. Le voilà dernier de la course. Il tente de rattraper son retard. Mais un nouvel élément vient le perturber : un passager clandestin. Yann continue à rattraper les autres voiliers, espérant débarquer le jeune garçon dès que possible. Mais c'est sans compter sur les aléas de la compétition : le climat et les vagues bien sûr, mais aussi un concurrent perdu en mer, etc. 

L'ensemble est un joli film, surtout pour les fan de navigation. Hélas, les seconds rôles n'apportent pas grand chose : la copine (V. Efira) et la fille du navigateur sont mignonnes mais on se fiche un peu de connaitre leurs relations. Et puis, le héros est un peu trop parfait, c'est la marin bourru au grand cœur, qui reste juste jusqu'au bout. Ce film m'a rappelé une lecture que j'avais adoré : Du vent dans les rêves, d'E. MacArthur !


jeudi 5 décembre 2013

Se distraire à en mourir

N'ayez pas peur, le titre de cet essai de Neil Postman est plus incisif que son contenu. Je ne sais plus sur quel blog je l'ai repéré mais c'était une bonne pioche !

Organisé en deux parties, ce livre s'interroge sur la dégénérescence intellectuelle que crée la télévision par rapport au livre. En premier lieu, Huxley et Orwell introduisent le propos. Il est désormais acquis qu'Huxley était plus clairvoyant qu'Orwell : le totalitarisme qui interdit et entrave ne domine pas le monde même si la surveillance et les moyens de pister les hommes rappellent Big Brother. Par contre, le divertissement est bien à l'ordre du jour. Ce divertissement nous dit Postman, c'est la télévision. 

En premier lieu, Postman indique combien le média crée le discours. Le mode de communication influe sur le contenu même de ce qui est communiqué. Ainsi, les langues participent à l'élaboration de diverses compréhensions du monde, de même que l'horloge a rendu obsolète le rythme des saisons.
Puis l'auteur s'intéresse à ce qu'était le discours au XIXe siècle dans un jeune continent très friand de livres. Il indique qu'en plus des lectures, les américains appréciaient les conférences et débats construits autour d'intellectuels maîtrisant parfaitement l'art oratoire : phrases longues et élaborées, usage de subordonnées, bref, tout ce que l'on vous déconseille de faire maintenant. Postman postule que la pensée fonctionnait alors comme le livre, favorisant l'utilisation de concepts et leur exposition dans de longues discussions. 
Pour lui, le télégraphe puis la photographie et la télévision ont permis de gommer les distances et le temps, permettant la multiplication d'informations et la reproduction du monde à l'identique. Ce nouvel usage de l'image qui vient remplacer le texte par sa force évocatrice apparaît notamment dans la presse et la publicité. Elle contextualise une information qui n'a souvent plus aucun intérêt, une information que l'auteur relègue aux mots croisés et au Trivial Pursuit. L'information, multipliée, illustre un monde de l'éphémère, sans cohérence, voué au divertissement.

La seconde partie du livre s'interroge sur la façon dont la télévision façonne notre mode de pensée, notre façon de lire le monde et d'agir. Il vise à faire prendre un peu de recul au lecteur. Il nous met en garde : la télévision permet d'accéder à une culture mais la normalise selon ses critères, à savoir l'éphémère et le divertissant. Tout notre monde doit alors être divertissant : apprendre à l'école doit être plaisant, un politicien doit être charmeur. Quel besoin d'avoir un discours et des arguments ? Ce qui passe bien à la télévision, c'est un physique flatteur et l'impression que dégage le politicien. Il doit être acteur plus qu'orateur. Et doit de préférence achever son adversaire d'un bon mot. 
Postman traite ensuite des émissions religieuses. Rien de sacré dans ces shows, pas de condamnations, pas de dogmes mais plutôt des propos anodins. Ce qui diffère grandement de la réalité des pratiques religieuses et crée un fossé entre la version télévisée et la version réelle d'un culte. Comment survivre devant cette version divertissante à moins de se rendre plus divertissant que la télévision... et risquer de perdre sa vocation ? 
Il est aussi question de la juxtaposition des informations : le passage en quelques minutes d'un sujet à l'autre ne permet pas de compréhension des faits, ni leur mémorisation. Par ailleurs, toutes ces actualités sont mises sur le même plan : guerre, grèves, découvertes, sorties ciné, prix littéraire... Trois minutes pour un sujet et voilà déjà le suivant. Comment organiser ces informations par ordre d'importance ? 
Enfin, l'auteur conclut sur le rôle éducatif de la télévision pour les jeunes gens. Occupant une grande partie de leur temps, les programmes éducatifs ne sont rien d'autres qu'une activité divertissante. La télévision ne nécessite pas de connaissances préalables, présente des faits qu'elle n'invite pas à remettre en question et les met en scène sous forme d'histoires. Parallèlement, Postman signale des tentatives pour faire de l'école un lieu où apprendre en s'amusant. Il critique violemment cette tendance comme la mort de la réflexion.
Que propose l'auteur ? De questionner notre rapport aux médias, de prendre du recul. Il ne condamne pas à proprement parler la télévision mais invite à ne pas tout comprendre par son prisme. 

Une lecture très intéressante qui peut aujourd'hui être actualisée dans notre rapport à Internet. L'outil favorise également le zapping, la brièveté, l'amusement... mais ne fait pas beaucoup fonctionner nos neurones. Bref, continuez à lire ! Et à cogiter !


mercredi 4 décembre 2013

L'Unité

Merci au Livre de poche pour cet envoi du premier roman de Ninni Holmqvist.

Imaginez une société qui classerait ses membres. Les uns seraient nécessaires, les autres superflus. Les premiers sont médecins, professeurs ou agriculteurs. Ils sont parents. Les seconds sont les artistes, les travailleurs du tertiaire. Ils sont célibataires et sans enfants. Leur vie se déroule de manière similaire jusqu'à 50 ans (pour les femmes) et 60 ans (pour les hommes).A cet âge les superflus sont envoyés dans des unités : ils sont alors des matériaux pour la recherche médicale. On teste des médicaments sur eux, on les fait participer à des expériences de psycho et surtout on utilise leurs organes pour soigner la population nécessaire. Dorrit est l'une de ces femmes de 50 ans qui débarque dans l'unité. Et nous l'accompagnons pendant tout son séjour...


Voilà un roman de science-fiction qui fait froid dans le dos. Tout parait très semblable à notre monde, à l'exception du traitement infligé aux plus de 50 ans. Le livre est bien mené, la plume est alerte, les idées ne sont pas mauvaises, Dorrit est attachante... l'ensemble constitue un bon divertissement !

mardi 3 décembre 2013

Hunger Games : L'embrasement

Ce billet prend le parti pris du film : on ne va pas vous réexpliquer ce qu'il s'est passé dans l'épisode 1 ! Pour le livre, c'est ici, pour nos impressions sur le premier film ça se passe là. 

Jennifer Lawrence, un oscar en poche, revient incarner Katniss Everdeen dans la transposition cinématographique du second tome de Hunger Games. Et autant vous le dire tout de suite, quel bonheur ! 

J'ai trouvé ce film admirable en tous points. D'une, malgré le temps limité dont il dispose (2h pour adapter un bouquin de près de 400 pages !) le réalisateur réussit à nous entraîner suffisamment en profondeur dans la psychologie des personnages. La complexité des sentiments qui les anime, en particulier dans les dilemmes auxquels doit faire face Katniss, est extrêmement bien rendue. 

DR
Les aspects du livre sur lequel  le film s’appesantit ont été également choisis avec soin : on voit la révolte qui gronde, l'absurdité grandissante de ces jeux, la complexité des relations entre Gale, Katniss et Peta... L'essentiel est là, et une grande cohérence a été conservée dans l'enchaînement des séquences. Ce qui fait que, au contraire de certains Harry Potter qui donnaient l’impression d'être une concaténation d'évènements, la narration de Hunger Games est très fluide. On se laisse complètement happer par l'histoire, même quand on la connaît déjà !

Si vous n'avez pas lu le livre mais que vous avez vu le premier film, préparez-vous à rester cramponné à votre siège pendant deux heures. Car du suspense, il y en a à revendre dans le livre, et il est très bien conservé dans le film - à condition de ne pas aller voir les bandes-annonces sur AlloCiné :)

Je ne sais que vous dire de plus à part : courez-y !

dimanche 1 décembre 2013

Le meilleur des mondes

Sylire et Lisa nous ont proposé de lire ce roman bien connu d'Aldous Huxley pour cette session du Blogoclub. Au début, j'ai un peu rechigné. Après tout, j'avais déjà lu ce livre au collège, quel intérêt de le relire ? Et puis, je l'ai rouvert. Et le charme a opéré, comme la première fois...


Tout commence avec un groupe d'étudiants en visite au Centre d'incubation et de conditionnement de Londres-Central. On découvre avec eux la naissance des êtres humains en flacons (les mots "parents", "père" et "mère" sont devenus des grossièretés) et leur conditionnement à mesure qu'ils grandissent. La société est organisée en castes, des plus intelligents aux moins intelligents, des Alpha plus aux Epsilon moins. Tous sont conditionnés pour être heureux de leur sort. Si les Alpha ont des métiers scientifiques, les Epsilon travaillent à la chaîne. Vous aimez votre métier, vous avez du temps pour les loisirs et vous jouissez de toute la liberté sexuelle que vous souhaitez. Et si jamais vous aviez l'impression de ne pas nager dans le bonheur, le soma vous y conduit : "Un gramme à temps vous rend content". Néanmoins, certains Alpha s'interrogent : Bernard Marx voudrait être libre. Quelle idée ! se dit Lenina, notre jolie héroïne, une fille "pneumatique". Au cours d'un week-end, les deux amants rencontrent un "sauvage". Lequel est ramené à Londres et exhibé... C'est le choc des cultures ! 

Il est étonnant de voir que ce roman n'a pas pris une ride. Certes, les totalitarismes ne semblent plus à l'ordre du jour. Mais on est rentré complètement dans une société du loisir. Quant à la liberté sexuelle, cela fait plus de cinquante ans que celle-ci a explosé. Si le contraste entre le sauvage et la civilisation est caricatural et n'apporte finalement pas énormément au livre, la civilisation imaginée reste crédible. Bon, on aurait pas assez d'essence pour avoir tous un hélico mais en ce qui concerne le soma, pas d'inquiétude, il est omniprésent : c'est la série/le match qu'on regarde, c'est le temps qu'on passe sur les réseaux sociaux, c'est tout ce qui nous empêche de penser et nous divertit... Ce roman d'anticipation permet de réfléchir à ce qui donne sens à la vie des personnages : si Lénina entre dans le moule, elle découvre aussi qu'elle peut avoir des sentiments comme la frustration, le dégoût voire la passion. Bernard est à la recherche d'un absolu (et de la gloire). Helmholtz, de la beauté. Le sauvage, John, conditionné par Shakespeare et aux faux airs de Candide, veut la vérité, l'authenticité... Las, Huxley nous laisse assez peu d'espoir sur chacun de ces sujets. Car pour avoir le bonheur, il faut être prêt à faire des sacrifices.

Ce livre résonne aussi de façon particulière par rapport à une de mes lectures actuelles (oui, je lis plusieurs livres en même temps, honte sur moi) : Se distraire à en mourir dont je vous parlerai bientôt !

vendredi 29 novembre 2013

Naufrages

Ce livre d'Akira Yoshimura est sur ma LAL depuis des temps antédiluviens. Trouvé un peu par hasard en bibliothèque, il m'a fait prendre conscience que je n'avais pas lu d'auteur asiatique depuis des mois. Et que cela m'avait manqué !

Ce roman est l'histoire d'Isaku, un jeune garçon qui vit avec sa mère, son frère et ses soeurs dans un village japonais complètement perdu. Accroché aux falaises, il vit de la pêche. Au fil des saisons, les villageois pêchent des sardines, des poulpes, des coquillages qu'ils échangent au village voisin contre des céréales. Le temps, cyclique, s'écoule doucement pour cette famille dont le père est parti se vendre et travailler dans un village lointain pour une durée de trois ans. Toutefois, l'hiver est un moment spécial pour le village : les habitants nourrissent de grands feux durant la nuit pour que les bateaux s'échouent...

Nous voyons Isaku grandir et s'affirmer comme l'homme de la famille. Il apprend. Il observe. Et à son tour, il enseigne à son frère. Ce roman d'une chefferie primitive est d'une grande beauté. L'homme y survit dans la rudesse, en tirant ce qu'il peut de la nature.



jeudi 28 novembre 2013

Contes à l'envers

licorne-imaginaireCe livre de Philippe Dumas et Boris Moissard est dans ma LAL depuis des années pour une bonne raison : il s'agit de contes détournés de leur version originale et originelle. Et vous savez comme j'aime les contes et leurs réécritures !

Pensez ainsi à Blanche-Neige. Eh bien, figurez-vous qu'elle a été le fer de lance de la libération masculine. 
Et le chaperon bleu marine ? Bien moins maligne que sa mère-grand !
La fée Mirobola doit s'y reprendre à plusieurs fois mais elle parvient à rendre heureux les enfants. 
Et la Belle au doigt bruyant a failli faire disparaître tout son quartier. 
Enfin, marcher à reculons, c'est gage d'une vie réussie ! 

A travers cinq contes courts, les auteurs nous emmènent au pays des contes amusants. Ceux-ci s'ancrent dans une réalité qui ressemble à la notre. Mais où il est toujours possible de sauver une jolie princesse et où les fées sont toujours bien actives ! 

mercredi 27 novembre 2013

Le chat de Schrödinger

Ce roman de Philippe Forest m'a été conseillé par Antoine, un soir de SMV. 

félin-guépard-bébé

Schrödinger et son chat à la fois mort et vivant ne m'étaient pas inconnus. Ce n'est certainement pas en physique que j'ai pu croiser le savant et sa théorie mais toujours est-il que le concept me parlait. Vaguement. Qu'en fait Forest ? Un roman à multiples épaisseurs. Il y a un peu de vie : celle d'un homme qui vit près de la mer et qui voit un chat l'accompagner toute une année. Il y a un peu de physique, celle qui parle de la réalité et de la non-réalité, des univers parallèles, des "si...". Il y a des questions, des réflexions.

L'ensemble m'a semblé très touffu. C'est certes bien écrit, ce n'est pas inintéressant, mais une fois la dernière page tournée, je me demande encore ce qu'il fallait y trouver. Déstabilisant. 

mardi 26 novembre 2013

Mon musée imaginaire ou les chefs-d'oeuvre de la peinture italienne

Ce beau livre de Paul Veyne m'a fait du gringue dès sa sortie. Un Corrège en couverture, de jolies images à l'intérieur et un auteur spécialisé en histoire romaine : tout pour me plaire. 
Raphael-musée-peinture-italie
Et après lecture, je peux vous assurer que toutes les salles de ce musée valent le détour. Chaque chapitre (salle du musée) est introduit par quelques infos (une page) sur le siècle ou le peintre dont les œuvres sont ensuite présentées. Les textes qui les accompagnent peuvent apporter des précisions stylistiques, historiques ou iconographiques. L'ensemble propose un voyage du XIIIe au XVIIIe siècle parmi les peintres italiens. Les œuvres peuvent être présentées dans des musées très variés mais beaucoup sont en Italie. On croise bien entendu Giotto, Fra Angelico, Botticelli, Raphael, Giorgione, Titien, Le Caravage, Tiepolo mais aussi Dosso Dossi ou Albertinelli. 

Le tout se lit d'une traite ou à petite dose, selon les habitudes de chacun. Préférez-vous parcourir les musées in extenso ou revenir voir des salles différentes à chaque visite ? Eh bien là, vous pouvez faire les deux : tout découvrir puis retourner à vos favoris, pour mieux les connaitre, pour les observer plus attentivement...

Attention, cet ouvrage va vous donner furieusement envie de filer au musée ! Et une belle idée de cadeau pour Noël. 

Dans le même style, il y a bien entendu : 
L'oeuvre dévoilée
Comprendre l'art moderne
Comment regarder un tableau

Et pour ceux qui aiment la Renaissance, l'art et les romans, il faut vous jeter sur Pietra viva !


lundi 25 novembre 2013

7 ans... et des livres à gagner !

Qui pouvait imaginer en novembre 2006 que cette histoire durerait sept ans ?

Je fais rarement des bilans mais voici ce que j'ai envie de vous raconter maintenant que mon blog a atteint l'âge de raison.
C'est chez Allie que j'ai posté mes premiers commentaires. J'ai ensuite beaucoup lu Lou, Camile, Fashion et Hilde. Et j'ai sauté le pas. Aujourd'hui, on peut trouver plus de 1550 billets sur ce blog. 
Depuis quelques années, la blogosphère n'est plus si confidentielle. Mes habitudes ont changé : je commente moins, je lis aussi moins de blogs, je ne partage plus de thés avec le club des théières (et ça me manque un peu). Mais je lis toujours autant et je varie mes styles de bouquins. Je fréquente toujours plus les bibliothèques de Paris. Je conseille mes amis en lectures sans leur parler de ce petit coin de web...

Pour fêter cet anniversaire, je ne vous invite pas seulement à souffler les bougies avec moi. Je vous propose aussi de gagner quelques livres. Pour cela, il va vous falloir être persuasif. Je vous invite à poster en commentaire les références d'un livre que je n'ai pas lu (méfiez-vous, l'index n'est pas très à jour) et à me dire pourquoi il faut que je le lise. Les trois argumentaires qui me séduiront le plus gagneront des livres piochés dans ma bibliothèque. Alors, à vos plumes, vous avez jusqu'au 15 décembre !
 
bibliothèque- livres
B. Coron


dimanche 24 novembre 2013

Quai d'Orsay

Quai d'Orsay, c'est d'abord une bande dessinée qui nous montre les dessous du ministère des affaires étrangères à l'ère Villepin, et ce à travers les yeux d'un jeune homme fraîchement embauché pour s'occuper des "langages".
Praline et moi ayant apprécié la BD, nous nous sommes donc laissés tenter par le film !

DR

Aux premiers abords, le film a tout l'air d'un Le Diable s'habille en Prada adapté à la diplomatie française. Thierry Lhermitte y campe de façon brillante un ministre hyperactif et monomaniaque des stabilos, qui va malmener notre héros chargé de pondre un important discours à donner devant l'ONU. Autour, les membres du cabinet sont également hauts en couleurs : on retrouve la fille faux-cul-prête à tout pour enfoncer les autres, le vieux directeur de cabinet qui dort sur place à force de trop travailler, le conseiller un peu déjanté qui chante des chansons paillardes dans les couloirs... Bref, du monde, il y en a !

En revanche, on peut reprocher au film l'absence quasiment totale de progression : une fois passée la première demi-heure, les ressorts comiques ne se renouvellent plus tellement. Ni les personnages, ni la situation n'évoluent réellement, et le film se contente d'être une caricature d'un milieu et d'un système, sans proposer de réflexion au-delà. Ça ne m'a pas empêché d'être tordu de rire la plupart du temps, mais a laisse une impression de lassitude à d'autres.

Un bon divertissement que je vous recommande si l'absence de scénario dans un film ne vous rebute pas !