lundi 4 avril 2022
Dieu, ma mère et moi
samedi 2 avril 2022
Les Plaisirs et les Jours suivi de L'Indifférent
La préface aurait dû m'alerter, qui dit combien ces écrits de jeunesse diffèrent de La Recherche. Certes, on y retrouve les thèmes parisiens, les amours contrariées et les vanités. Mais le style m'en a semblé bien trop précieux et maniéré.
La première nouvelle nous fait croiser un vicomte malade et son neveu tandis que la seconde s'attarde sur Violante, une vicomtesse qui s'égare dans la vie mondaine, thème qu'on retrouve dans "La Confession d'une jeune fille". S'ensuivent des "Fragments de comédie italienne" qui dressent en quelques paragraphes des portraits d'amis et d'amants malheureux - oui, entre la tristesse et la mort, ce recueil ne respire pas la joie. Je ne garde qu'un souvenir vague de "Mondanité et mélomanie de Bouvard et Pécuchet" qui épinglent leurs contemporains. S'ensuivent plusieurs nouvelles qui parlent d'amour blessé ou non réciproque comme "Mélancolique villégiature de madame de Breyves" ou "L'Indifférent". Les "Portraits de peintres et de musiciens" en vers n'ont pas un intérêt fou. D'autres visions poétiques se poursuivent dans "Les Regrets" où l'on trouve un peu de tout, du descriptif au narratif. "Un diner en ville" porte bien son titre. "La fin de la jalousie" rappelle la brièveté de la vie et les affres de la jalousie.
Snobisme et vie mondaine, plongée dans la Belle Epoque des rentiers en version brève - et répétitive -, je sors déçue. C'est un peu comme si j'avais lu des brouillons non aboutis.
lundi 28 mars 2022
Revenir à toi
Le dernier roman de Léonor de Recondo est une déception pour moi. Je ne retrouve plus le rythme de son écriture que j'appréciais tant. C'est le roman d'une quête et d'une reconquête. Quête d'une mère disparue depuis des années, une mère malade. Quête de soi à travers la quête maternelle.
Magdalena a reçu un coup de fil : sa mère a été retrouvée. Ni une ni deux, elle prend le train pour la rejoindre. C'est l'occasion de faire défiler les souvenirs avant d'arriver dans la petite maison au bord du fleuve. Une maison débordante d'objets et de saleté. Avant d'accéder à sa mère et à son passé, Magdalena s'attaque d'abord aux choses.
Une histoire un peu 'facile', des retrouvailles de roman, l'actrice qui joue Antigone - bien-sûr -, tout cela laisse une impression de bâclé.
jeudi 24 mars 2022
Rire avec les anciens
J'ai repéré depuis plusieurs années cette collection Signets des Belles lettres. La présence de ce titre de Danielle Jouanna à la bibliothèque m'a enfin permis de la découvrir.
Le principe : une thématique principale, ici le rire, déclinée en sous-thèmes, une intro, des extraits choisis et voilà ! C'est une anthologie de textes grecs ou romains qui font sourire voire rire. Au programme, des bien connus tels qu'Aristophane, Plaute, Pétrone, Lucien ou Martial voire Ovide. D'autres moins attendus comme Homère ou Platon et Tite-Live. Et puis d'autres, oubliés ou mal connus que les extraits permettent de rencontrer. Est-ce que nous rions toujours des mêmes choses ? Eh bien oui, ou en tous cas, il y a des histoires antiques qui peuvent toujours nous faire rire : les histoires de quiproquos ou de mauvaise foi, les histoires d'hommes et de femmes, les caricatures, les sujets de la vie quotidienne ou mythologiques...
Une jolie façon de renouer avec les textes antiques que j'affectionne, qui m'a donné envie de relire ou de me replonger dans les versions intégrales des textes !
lundi 21 mars 2022
L'arrière-pays de Christian Bobin
Ce joli livre de Dominique Pagnier permet au lecteur d'entrer un peu plus dans la vie de Christian Bobin. Chronologique, il s'invite au Creusot dans la famille du poète.
Composé de courts chapitres illustrés d'extraits de manuscrits, de photos de lieux de vie ou de personnes inspirantes, cet ouvrage éclaire les publications de Bobin. Rien de bien surprenant non plus, on retrouve les thèmes chers au poète, ses modèles littéraires et ses gouts musicaux par exemple. Les citations sont nombreuses et émaillent l'ouvrage.
lundi 14 mars 2022
Ce matin-là
Vous connaissez mon gout pour les livres de Gaëlle Josse. Celui-ci était une bonne pioche, j'ai aimé suivre Clara son héroïne.
Un matin pour Clara, tout lâche : sa voiture lâche et elle s'effondre. Ce burn-out, dont le nom n'est pas écrit, va consumer son temps, sa vie, ses amours. La jeune femme efficace et compétente, soumise à des pressions qu'elle ne supporte plus, va mettre sa vie entre parenthèse. Elle peine à s'alimenter, dort, et sortir de chez elle devient une épreuve. Son amoureux ne comprend pas. Son médecin, si.
Et c'est la lente dépossession de soi et sa reconquête que nous observons chez cette jeune femme. Une seconde naissance, une nouvelle liberté par rapport à soi, aux autres. Malgré les fragilités.
Un joli roman, quand la vie met plus de temps à se reconstruire que quelques pages.
jeudi 10 mars 2022
18 exils
J'ai adoré la Sixième et j'ai du lire d'autres livres de Susie Morgenstern pendant l'enfance dont je ne me souviens pas. Le titre de cet ouvrage, la couverture joviale, m'ont donne envie de retrouver cette écrivain.
lundi 7 mars 2022
Le pays derrière les larmes
Avec ce recueil de poésies choisies, j'ai plongé dans le monde de Jean-Pierre Lemaire. Un monde imprégné du soleil, celui de l'Italie, de Menton, celui de l'enfance. Un monde chrétien aussi avec ses passages évangéliques, ses rosaires, ses miracles. Un monde où les mots semblent simples et accessibles mais renferment un sens secret, un sens à découvrir.
J'en ai aimé beaucoup, je vous livre ces poèmes :
jeudi 3 mars 2022
Klara and the sun
Bienvenue dans un magasin qui vend des AF (artificial friend). Klara est l'une d'elle et se charge au soleil. Elle est aussi douée d'une capacité d'apprentissage et d'observation qui lui permet d'interpréter - parfois de comprendre - le monde. Choisie par Josie, une adolescente malade, elle découvre le monde à travers ses yeux. Vivant dans une belle maison isolée, elle interagit principalement avec la mère de Josie, une gouvernante, Rick (un ami de Josie) et Josie elle-même. Elle va surtout tout mettre en œuvre pour la sauver, en ayant recours à un culte étrange, sans imaginer qu'elle n'est guère qu'un jouet pour la jeune fille.
Sympathique histoire du point de vue de ce robot, avec ses pixels dans la vue. Dommage que certains aspects de cette société futuriste n'aient pas été plus développés comme les "lifted children", la place des robots et des êtres humains ou certains personnages.
lundi 28 février 2022
Un fils tombé du ciel
Lao She nous livre un roman à la fois amusant et tragique avec ce livre.
On est en Chine, au début du XXe siècle. On ne le ressent pas toujours tant tout est centré sur les relations entre les personnages et autour du héros lui-même. C'est l'histoire d'un enfant abandonné, adopté par une famille sans enfants. Il est marchand, elle est maîtresse de maison. Le petit Tianci grandit entre eux, en faisant tout pour embêter sa mère et se faire gâter par son papa poule. Enfant remuant à la maison, il est vite maté à l'école où il n'apprend pas grand chose. On le suit jusqu'à la fin de l'adolescence, alors qu'il n'a toujours choisi que les plaisirs et la facilité.
Roman initiatique souvent drôle, parce que l'auteur s'en mêle pas mal, il est finalement assez plat et décevant.
lundi 21 février 2022
Les Bourgeois
Voici un roman d'Alice Ferney, sur ma PAL depuis des années. Il est un peu trop à l'image de son titre, enfermé dans une société bourgeoise, une famille aisée entre la fin du XIXe siècle et du XXe.
A l'occasion de la mort de Jérôme, un des plus jeunes frères, on rencontre la fratrie Bourgeois, les enfants de Mathilde et Henri mais aussi leurs cousins, les enfants de Gabrielle.
A total chez les Bourgeois, 10 enfants : Jules, militaire, Jean aussi. Nicolas, André, Louise, Joseph, Jérôme, Claude, Guy et Marie. Ils évoluent dans des milieux d'affaires, des milieux privilégiés, ils sont médecins, avocats, gradés... Enfin, les hommes. Leurs épouses et les femmes en général sont surtout là pour faire des enfants.En même temps qu'on découvre le quotidien de cette famille, on suit la grande histoire de France, celle des guerres mondiales et de la guerre d'Algérie. On suite les évolutions sociales, le rapport à la religion qui change, le rôle des femmes qui s'étoffe. C'est amusant cette grande fratrie mais le lecteur s'en fiche un peu. Et surtout, il peut être un peu décoiffé par les propos sur les droits des femmes, sur leur quotidien et la liberté à laquelle elles ont - ou non - accès.
mercredi 16 février 2022
Faut-il lâcher prise ?
C'est une collègue qui m'a prêté ce court ouvrage de Robert Scholtus. Le lâcher prise est à la mode, vous l'avez sans doute remarqué. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Et est-ce réellement une bonne idée de lâcher prise ? A travers un parcours dans la tradition chrétienne, le théologien nous invite à une autre forme de confiance, entre volontarisme et abandon.
Lâcher prise, surfer sur la vague d'une société liquide, n'est-ce pas consacrer une démission ou n'est-ce pas parfois juste se lâcher, sans penser qu'il s'agit d'indifférence à l'autre ? N'est-ce pas une défaite que de renoncer à des idées, à des engagements même si la mode est à l'éternel présent ?
Petit détour par le volontarisme et ses excès, par le mouvement et l'hyperactivité si intense que seule la démobilisation ou le retrait de la course puissent y répondre. Puis on en vient à l'abandon, à l'abandon à Dieu, qui lui aussi peut-être si excessif à vouloir détruire le moi, détruire l'amour propre et la volonté, voire le désir qu'il conduit à une "âme morte". C'est finalement par Thérèse de Lisieux et Charles de Foucauld que l'on commence à s'approcher d'une autre forme de lâcher prise, l'acceptation de son humanité, la confiance et la reconnaissance que chacun a besoin des autres, ne se suffit pas à lui-même. C'est là qu'on commence à parler d'amour et d'abandon dans l'amour, par amour :
"Il faut aimer pour s'abandonner, tout comme il faut s'abandonner pour aimer"
"Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout par Dieu seul.""Il manquera toujours au lâcher prise tel qu'il se comprend aujourd'hui de se renoncer lui-même comme volonté et comme méthode pour n'être plus que cette joyeuse disponibilité à laquelle Dieu nous abandonne"
"Ce m'est tout un que je vive ou je meure,Il me suffit que l'amour me demeure"
lundi 14 février 2022
La tia Julia y el escribidor
Je profite du mois latino américain pour sortir ce roman de Vargas Llosa de ma PAL de livres prêtés où il patientait depuis l'an dernier. La lecture en était fort divertissante, c'est une belle façon de renouer avec une langue et un continent que j'aime !
Le jeune Marito Vargas étudie le droit et travaille dans une radio de Lima. Il rêve de devenir écrivain et ne cesse de jeter des brouillons d'histoires à la poubelle. Et voilà qu'il commence à faire sortir Julia puis à flirter avec elle alors qu'il s'agit d'une tante, venue de Bolivie. La tia Julia, largement son ainée, divorcée, s'attache aussi à lui. Evidemment, c'est un scandale pour la bonne société !
En parallèle de cette histoire d'amour - assez peu intéressante à mes yeux, sauf pour le côté très rocambolesque de la fin - on découvre des feuilletons radios du grand Pedro Camacho ! Des histoires étonnantes, burlesques, qui se terminent toujours par un suspense et des questions insoutenables. Cette alternance permet de découvrir une multitude d'aventures, des façons d'écrire différentes et surtout... que les personnages peuvent échapper à leur créateur. En effet, Pedro Camacho se mélange un peu les pinceaux et les feuilletons si populaires tournent à la catastrophe.
Un roman très agréable, avec des personnages secondaires innombrables qui permettent de découvrir la diversité de la population latino-américaine. Portrait drôle, acerbe et loufoque d'un monde chaotique, c'est aussi un autoportrait de l'écrivain qui revient sur ses jeunes années. Chouette découverte !
jeudi 10 février 2022
D'autres poèmes de Dickinson
7
The feet of
people walking home
With gayer
sandals go—
The Crocus—
till she rises
The Vassal
of the snow—
The lips at
Hallelujah
Long years
of practise bore
Till bye
and bye these Bargemen
Walked
singing on the shore.
Pearls are
the Diver's farthings
Extorted
from the Sea—
Pinions—
the Seraph's wagon
Pedestrian
once— as we—
Night is
the morning's Canvas
Larceny—
legacy—
Death, but
our rapt attention
To
Immortality.
My figures
fail to tell me
How far the
Village lies—
Whose
peasants are the Angels—
Whose
Cantons dot the skies—
My Classics
veil their faces—
My faith
that Dark adores—
Which from
its solemn abbeys
Such
resurrection pours.
254
“Hope” is
the thing with feathers -
That
perches in the soul -
And sings
the tune without the words -
And never
stops - at all -
And
sweetest - in the Gale - is heard -
And sore
must be the storm -
That could
abash the little Bird -
That kept
so many warm -
I've heard
it in the chillest land -
And on the
strangest Sea -
Yet, never,
in Extremity,
It asked a
crumb - of Me.
271
A solemn
thing—it was—I said—
A Woman—white—to
be—
And wear—if
God should count me fit—
Her
blameless mystery—
A hallowed
thing—to drop a life
Into the mystic
well—
Too
plummetless—that it come back—
Eternity—until—
I pondered
how the bliss would look—
And would
it feel as big—
When I
could take it in my hand—
As
hovering—seen—through fog—
And
then—the size of this "small" life—
The
Sages—call it small—
Swelled—like
Horizons—in my breast—
And I
sneered—softly—"small"!
279
Tie the
Strings to my Life, My Lord,
Then, I am
ready to go!
Just a look
at the Horses -
Rapid! That
will do!
Put me in
on the firmest side -
So I shall
never fall -
For we must
ride to the Judgment -
And it's
partly, down Hill -
But never I
mind the steepest -
And never I
mind the Sea -
Held fast
in Everlasting Race -
By my own
Choice, and Thee -
Goodbye to
the Life I used to live -
And the
World I used to know -
And kiss
the Hills, for me, just once -
Then - I am
ready to go!
315
He fumbles
at your Soul
As Players
at the Keys -
Before they
drop full Music on -
He stuns
you by degrees -
Prepares
your brittle substance
For the
etherial Blow
By fainter
Hammers - further heard -
Then nearer
- then so - slow -
Your Breath
- has chance to straighten -
Your Brain
- to bubble Cool -
Deals One –
imperial Thunderbolt -
That peels
your naked Soul -
When Winds holds
Forests in their Paws -
The
Firmaments - are still –
321
Of all the
Sounds despatched abroad-
There's not
a Charge to me
Like that
old measure in the Boughs
That
Phraseless Melody-
The Wind
does- working like a Hand -
Whose
fingers brush the sky-
Then quiver
down, with Tufts of Tune-
Permitted
Men-and Me-
lnheritance
it is -to Us
Beyond the
Art to Earn-
Beyond the
trait to take away-
By Robber -
Since the Gain
Is gotten
not of fingers,
And inner
than the Bone-
Hid golden-
for the whole of days-
And even in
the Urn-
I cannot
vouch the merry Dust
Do not
arise and play-
In some odd
fashion of it's own-
Some
quainter Holiday.
When Winds
go round and round, in Bands-
And thrum
upon the Door-
And Birds
take places- Overhead -
To bear
them Orchestra-
I crave him
Grace- of Summer Boughs-
lf such an
Outcast be-
Who never
heard that fleshless Chant
Rise solemn,
in the Tree-
As if some
Caravan of Sound-
On Deserts,
in the Sky-
Had broken
Rank-
Then knit -and
passed -
In Seamless
Company-
327
Before I
got my eye put out -
I liked as
well to see
As other
creatures, that have eyes -
And know no
other way -
But were it
told to me - Today -
That I
might have the Sky
For mine -
I tell you that my Heart
Would
split, for size of me -
The Meadows
- mine -
The
Mountains- mine -
All Forests
- Stintless Stars -
As much of
Noon as I could take
Between my
finite eyes -
The Motions
of the Dipping Birds -
The
Morning's Amber Road -
For mine -
to look at when I liked -
The News
would strike me dead -
So safer -
guess - with just my soul
Upon the
window pane
Where other
creatures put their eyes -
Incautious
- of the Sun –
341
After great
pain, a formal feeling comes -
The Nerves
sit ceremonious, like Tombs -
The stiff
Heart questions was it He, that bore,
And
Yesterday, or Centuries before?
The Feet,
mechanical, go round -
Of Ground,
or Air, or Ought -
A Wooden
way
Regardless
grown,
A Quartz
contentment, like a stone -
This is the
Hour of Lead -
Remembered,
if outlived,
As Freezing
persons, recollect the Snow -
First -
Chill - then Stupor - then the letting go -
352
Perhaps I
asked too large -
I take - no
less than skies -
For Earths,
grow thick as
Berries, in
my native town -
My Basked
holds - just - Firmaments --
Those -
dangle easy - on my arm,
But smaller
bundles - Cram.
353
A happy lip
— breaks sudden —
It doesn't
state you how
It contemplated
— smiling —
Just
consummated — now —
But this
one, wears its merriment
So patient
— like a pain —
Fresh
gilded — to elude the eyes
Unqualified,
to scan —
lundi 7 février 2022
Frankie Addams
Encore une sortie de PAL historique pour ce roman de Carson McCullers. Bienvenue dans les affres de l'adolescence, pendant un été ennuyeux.
Frankie est une jeune fille qui vit avec son père, sa nourrice Bérénice, et son cousin John Henry. Une grande nouvelle survient cet été là : son frère se marie. Autour de cet événement, Frankie imagine une vie meilleure, une vie réconciliée avec elle-même, aimée par le jeune couple. Mais la réalité est bien différente. Elle attend impatiemment le mariage, joue à être autre pour mieux se sentir elle-même. Elle erre, elle fait des tentatives, des expériences, observée par une Bérénice attentive.Une atmosphère un peu lourde, des histoires d'amour ratées, des journées qui n'en finissent pas, tout tend à donner à ce roman un rythme lent. La frustration et la solitude de Frankie sont au centre, contaminant le lecteur. Un roman très juste sur l'adolescence, la recherche de soi et le flou de ce virage entre enfance et âge adulte.
jeudi 3 février 2022
Les Disparus
Je crois que c'est Bobin qui m'a donné envie de lire André Dhôtel, des années après Le pays où l'on arrive jamais, étudié au collège - et dont je ne garde aucun souvenir.
Dans ce roman, il y a des mystères autour de bois où des gens disparaissent. C'est d'abord Casimir, un ami de Maximin, dont on perd la trace du jour au lendemain. Et puis, en s'installant à Someperce comme comptable, Maximin découvre que ce n'est pas la première fois que cela arrive. Il ne fouille ni ne fouine mais découvre petit à petit les étranges mœurs du lieu comme l'éternel dialogue entre les notables du coin :"Des nouvelles ? - Pas de nouvelles". Ou les dégâts faits au camping qu'il gère. Lui-même se sent le besoin de jouer de la musique et est hypnotisé par les bois. Comme ça ne se fait pas, il finit par se parler à lui-même.
Avec l'aide d'une archéologue, d'un gardien et d'une drôle de fille, Maximin découvre progressivement les histoires de Someperce, toujours sur le mode de la suggestion, de l'intuition, avec mystères et jamais de certitude.
Un roman étonnant pour ce flou, cet aspect flottant des personnes et des choses, mais prenant et poétique. La nature y a une belle place ainsi que les saisons. La langue est belle, il y a de l'humour, de la beauté... ça se lit très bien !
"Il fut repris par cette hantise forestière et il se dit qu'en effet ce qu'il y avait d'incroyable, c'est qu'à chaque instant tout semblait nouveau en raison même d'une immobilité presque intolérable. Enfin cessons de faire des phrases. Peut-être tout simplement cette campagne était belle, ni harmonieuse ni désordonnée, mais absolument étrangère à toute idée et à toutes proportions connues"
lundi 31 janvier 2022
Ce monde est tellement beau
C'est le titre et de bons échos sur ce roman de Sébastien Lapaque qui m'ont donné envie de l'emprunter en bibli. "Lazare, viens dehors !" est un possible sous-titre à ce roman. Ou la divine comédie du siècle. Oui, c'est un roman initiatique, le roman d'une conversion.
Tout commence un matin de vacances scolaires. Lazare, professeur - en vacances donc -, seul chez lui, prend conscience que notre monde est devenu un immonde : un monde gouverné par l'argent, un monde sans visage, un monde de superficialité. Alors qu'il se rend compte que sa compagne l'a quitté et que ses dix dernières années se sont écoulées dans l'habitude, de petites et grandes choses changent autour de lui. Il rencontre Lucie, qui étudie la disparition des moineaux et l'invite à lire Shakespeare. Il perd son meilleur ami. Et puis, il fait des tentatives : aller vivre un été dans la Bretagne rurale, travailler la terre, aller à la messe, apprendre le nom des oiseaux... Et il se convertit ou du moins semble trouver du sens dans la foi catholique.
Oui, j'ai pitché tout le bouquin, c'est pas sympa. Mais vous ne le lirez pas pour l'histoire, plutôt pour la façon dont tout cela s'enchaine, pour les analyses - parfois un peu longues - sur l'immonde, pour l'écriture agréable sans être remarquable. C'est assez froid, cérébral mais pas intello pour autant.
jeudi 27 janvier 2022
La plus secrète mémoire des hommes
Aussitôt reçu, aussitôt lu, ce livre de Mohamed Mbougar Sarr n'a pas fait long feu. Il faut dire qu'il s'agit d'une quête, d'une enquête, sur un livre, Le labyrinthe de l'inhumain, et son auteur, T.C. Elimane. Quête littéraire d'un jeune écrivain, elle nous entraine du Sénégal en France, aux Pays-Bas puis jusqu'en Argentine.
Ce livre mythique, c'est d'abord un titre dans un manuel, lié à un écrivain maudit, plagiaire, dont toute trace a disparu. Et puis, c'est le hasard ou le destin de la rencontre entre le livre et notre narrateur, Diégane, un jeune écrivain et thésard, suite à une nuit avec Siga D., écrivaine scandaleuse.
Lecture du livre, relecture, choc, partage du bouquin dans les cercles de copains écrivains, recherche des traces (articles et critiques), rendez-vous avec Siga D. pour tenter de comprendre le livre ou l'auteur. En savoir plus en tous cas.
Les formes se mêlent : mémoires, interview, liste, emails... la langue reste précieuse (Diégane, notre héros, thésard, enquêteur et écrivain) ou crue (Siga D.). Elimane se découvre par petites touches, quand il veut bien se laisser voir. Diégane absorbe toutes les infos de Siga D., pompe son enquête, persévère et se rend jusqu'au Sénégal, tandis que d'importantes manifestations se préparent, pour retrouver le village natal du mystérieux écrivain.
Il faut aimer les labyrinthe et les mises en abime, les mots inusités et les jeux littéraires pour s'amuser avec ce livre. S'amuser de se perdre un peu, parfois, entre les voix multiples, entre les pères d'Elimane, entre ses amis égarés dans la Seconde Guerre mondiale, entre les rites de marabout, les vivants et les morts. Suivre les voies de traverse d'une femme qui hait et détruit, qui aime et avance. Suivre les méandres d'un jeune homme qui se forme et ne veut pas vraiment faire de choix. Suivre le court d'une histoire qui fait des virages, qui se moque des chronologies. Une lecture qui fait aimer les livres !
lundi 24 janvier 2022
Paridaiza
Sortie de PAL historique pour ce roman de Luis de Miranda. C'est une histoire d'amour et de monde virtuel, d'ennui et de changer le monde.
Nuno et Clara sont amants mais doucement, l'ennui se glisse dans leur relation. Comment y échapper ? Comment trouver du sens à cette vie ? Sans nouvelle de Clara, Nuno s'inscrit sur Paridaiza, un genre de Second life. Directement lié au cerveau de l'être humain, il lui fait vivre, à travers un ou plusieurs avatars, une expérience complète : il sent, il pense, il aime dans la peau de son ou ses alter-ego. Après une première phase d'exploration, où Nuno est encore présent dans le "vrai monde", commence une addiction plus forte à ce faux monde, où il retrouve Clara. Cherchant à la reconquérir, il entre dans un groupe de rebelles qui veulent pirater le système.Un roman sans beaucoup de surprise, dont le thème a pu avoir du succès à sa publication mais qui semble aujourd'hui assez terne.
jeudi 20 janvier 2022
La femme à venir
« À dix-sept ans, on voit clair. On voit ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. On devine que le cœur d'un adulte est mélangé de tout. On voit que le cœur d'un adulte est un chiffon, un peu comme ceux qui servent aux peintres, pour essuyer leurs pinceaux. On voit la vie manquée on se promet tout le contraire. On a des colères pures, sans ressentiment. On a des joies toutes neuves, sans fatigue. Mais on ne peut pas tout voir »
« Où donc es-tu partie si vite. Tu es la plus étourdie des voyageuses. En partant, tu as laissé tous tes rires dans mes yeux, tu as négligé d’éteindre la lumière dans mon cœur. Comment pourrais-je m’y retrouver, maintenant »« La distance entre lui et moi, je la vois, je la sens. Je la reconnais déjà dans la manière de marcher. On ne va pas du tout du même pas. Il va trop vite pour moi. De temps en temps il ralentit, revient à mon côté, mais c’est plus fort que lui […] Il ressemble au père, c’est drôle. Je m’en suis aperçue la semaine dernière. C’est dans les yeux que ça se passe. Quand ses yeux se rapprochent des miens, à les éteindre. A me bruler le cœur. Il est comme le père, mené par quelque chose. On ne sait pas quoi. Le père, je devine, les peintures parlent pour lui. Mais celui-là. Ce mélange de force et de douceur. J’ai cru qu’il allait me gifler, l’autre nuit, quand j’ai éclaté de rire »« Il y a deux manières de mentir. On peut inventer. On peut aussi dire la vérité, en passant, d’une voix menue, comme une chose parmi tant d’autres sans importance. C’est la plus élégante façon de mentir »« Elle appelle au secours mais il ne voit qu’un sourire »
« Des gens normaux qui vivent à côté de leur folie – comme on dort auprès d’une femme délaissée, peu remuante. Tellement de visages, détachés de la même substance d’humanité, de la même matière d’absence. Albe les regarde un par un. Elle les trouve beaux – d’une beauté qui a affaire avec la douleur. Ce sont les mêmes visages que dans l’enfance, un peu effacés, un peu plus étonnés d’avoir accumulé autant de mauvaises notes »« On est très près d’une autre vie. Aucun doute là-dessus. Une vie toute rose, peinte en neuf. On la touche presque du bout des doigts. Les pensées y volent déjà – et l’air y est ample. Le cœur y bat déjà – comme détaché, en éclaireur. Et pourtant rien n’arrive. C’est qu’on est empêché. On croit que c’est quelque chose qui empêche. On cherche. On n’a aucune chance de trouver parce que ce n’est pas une chose qui empêche, c’est soi-même : on tient encore à cette vie morte, que l’on n’aime plus. On tient encore à trop de choses. Comment faire. Comment se quitter soi-même – ce qui serait la seule manière de tout quitter »« Cette conversation – comme toutes les conversations – est un jeu de société. Le but est d’amener l’autre au silence » « Bien peu de gens savent aimer, parce que bien peu savent tout perdre »





