lundi 16 juillet 2012

Aucun souvenir assez solide

Voilà une belle surprise que ce recueil de nouvelles de Damasio. J'avais adoré la Horde du Contrevent, je me suis régalée avec ce nouvel ouvrage.
Merci à Libfly et à La Volte pour cet envoi !

Ces nouvelles m'ont toutes beaucoup plu. Certaines m'ont choquée. Certaines m'ont fascinée. Certaines m'ont touchée. Aucune ne m'a laissée indifférente. 
Au programme : des dystopies, du mouvement, un vocabulaire truffé de néologismes, esthétique voire esthétisant, des réseaux, de la technologie, des vies qui tentent de perdurer, de ne pas être avalées par cette déferlante d'IT et d'IA. 


Les Haut Parleurs : Les langues ont été vendues, les mots copyrightés. Le monde s'en accommode et paie. Sauf quelques rebelles, les Hauts Parleurs. Spassky, terriblement blessé par un deuil, en colère, va prêter sa voix aux rebelles. Les styles autorisés sont les suivants : le style gratuit (pas de copyright), le style néologique (invention de termes), le style torse (découpage, suffixage et autres tordages de mots), le style monomonème (un seul mot utilisé avec ses dérivés). Spassky jongle avec le style monomonème autour de l'objet de son deuil : extraordinaire d'inventivité, de jeux sur les mots et d'esthétisme littéraire. On se croirait dans les tirades de Caracole. 

Annah à Travers la Harpe : Annah est morte. Son père décide d'aller la chercher. Une descente dantesque contemporaine après une nage au bord de la noyade. Enfer liquide, numérique et instruments à cordes... J'ai moins accroché.

Le Bruit des Bagues : Un vendeur, Sony, rencontre Loréal. Chacun possède une bague qui comporte les données des consommateurs. Plus facile pour attraper un client. Sauf que Loréal est différente : elle aime lire sur papier et espérer ! Une histoire d'amour et d'anarchie. Très chouette nouvelle sur la liberté, les informations infinies sur les humains, le temps que l'on achète etc. Des échos suffisamment contemporains pour faire peur. 

C@ptch@ : Une ville sépare les enfants des parents. Cette ville, pleine de pièges, doit pouvoir être traversée. Sauf que tout jeune qui s'y lance meurt atrocement mutilé et rejoint le monde virtuel : gif animé, vidéo ou virus. Une seule solution : une traversée multiple et concertée. Aventure parfois gore, très prenante. J'ai aimé ce concept d'enfants se nourrissant de composants électroniques et luttant contre une ville en expansion perpétuelle, un réseau qui se développe sans l'homme, ville dévorante et sans âme. Brr, j'en tremble encore. 

So Phare Away : Des phares. Partout. Pas de pollution sonore mais visuelle avec ces messages (retranscrits parfois dans la nouvelle) qui se masquent les uns les autres. Comment lire le bon message dans tout ce bruit de mots ? Comment être lu ?
Nos différents personnages sont gardiens de phares. Ils illuminent, avec ou sans couleurs.
Étrange cité en proie aux marées d'asphalte. 
Histoire d'amour et de mots. Superbe ! 
Une belle réflexion sur la vanité des mots, la multiplication des moyens de communication qui noie les messages importants sous une mer de publicités, small talk et autres bruits. 

Les Hybres : Un artiste chasseur rattrapé par son art. Un thème classique traité avec beaucoup de doigté. Entre homme et machine. Très bon.

El Levir et le Livre : El Levir va écrire LE livre. Comment et sur quel support ? C'est une véritable aventure, pleine d'inventivité. Une nouvelle onirique sur le destin de l'artiste (oui, comme la précédente). Très belle réussite également. 

Sam va Mieux : Il cherche des survivants. Heureusement, il a trouvé Sam. Sam lui tient compagnie, lui parle. Terrible, tragique, fou et beau. Dur aussi. Une claque. 

Une Stupéfiante Salve d'Escarbilles de Houille Ecarlate : Une course hors du commun organisée par le Barf. On retrouve les signes de la Horde du Contrevent : ( ) et ) ( pour désigner des personnages. Mouvement est le maître mot. Attention au départ, ça va secouer ! Sympa mais pas ma favorite.

Aucun Souvenir Assez Solide : Une page pour la reconquérir. Pour retrouver ce souvenir de Caroline. Une expérience dangereuse. Mais courte. 

Outre ces nouvelles, une postface de Systar qui éclaire les nouvelles et les inspirations de Damasio. Intéressant mais pas toujours très compréhensible par la lectrice amatrice que je suis. 
Vous l'avez compris, je suis épatée ! Bravo !

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