jeudi 15 novembre 2018

Les amours d'Emily Turner

Encore un livre qui ne restera pas inoubliable. Je n'ai pas de bol en ce moment ! 

Ce roman d'Alison Lurie est celui d'une femme mariée, classe moyenne, dans un petit bled des Etats-Unis, qui s'ennuie. Elle est belle, elle n'est pas trop idiote, elle n'a rien à faire de ses journées... Et elle tombe amoureuse. Mais ne sait pas choisir. Ne veut pas choisir entre son époux relou, professeur à l'université du coin (dont son papa est au CA), son enfant agaçant et son amant excitant, collègue de son mari. Car tous donnent un peu de peps à sa vie morose.

Un roman un peu ennuyeux, sur les potins d'une petite ville bourgeoise, sur le milieu fermé des professeurs. Heureusement, on sent que l'auteur s'amuse de la situation mais le lecteur s'ennuie... dommage, l'incipit était sympa.

"Quelle femme superbe pensa-t-il, comme il le faisait souvent. Elle était bien bâtie, grande, le teint colorée, bronzée comme une bohémienne. Elle n'avait pas encore coiffé en chignon ses cheveux drus d'un châtain foncé et lumineux ; une tresse épaisse pendait sur une de ses épaules. Elle avait 27 ans, et avait comme toujours, comme au jour de leur mariage, l'air d'un bel animal élevé et soigné avec attention, maintenu en permanence au sommet de sa forme pour être utilisé dans une occasion importante qui ne s'est pas encore produite et ne se produira peut-être jamais"

lundi 12 novembre 2018

Comment les riches détruisent la planète

Ce livre d'Hervé Kempf, qui a plus de dix ans, m'a été recommandé par une amie. Il est toujours actuel, voire plus qu'à sa publication malheureusement. Il traite de la crise écologique et sociale que nous traversons, de façon différente d'un Laudato si' mais le constat est le même : plus d'inégalités, plus de pollution et de moins en moins d'avenir pour les plus pauvres. 

C'est écrit d'un ton alerte, qui se veut non catastrophiste, mais qui l'est tout de même. Quand il est question des modes de vie des hyper riches, d'où passe leur argent, et comment ils répondent à une envie d'autodestruction, c'est moyen rassurant par exemple. Et comment la classe moyenne rêve de ressembler à ces très riches et participent ainsi de modes de vie délétères. Ou quand il est question de comment la démocratie est de plus en plus muselée, on ne peut s'empêcher de penser aux percées d'autoritarisme en Europe... Et ailleurs. 



Bref, le mythe de la croissance est encore au coeur de nos sociétés et risque bien de nous faire couler comme le disait Marie-Monique Robin. Et comme le rappelle Kempf. Bref, rien de bien nouveau pour moi dans cette lecture, sinon un énième appel à sortir du capitalisme libéral qui est décidément un fléau pour la planète - et pour la majorité de ses êtres vivants (hommes compris).

Mes doutes : les sources sont très journalistiques, ce n'est pas hyper rassurant pour moi car je ne sais pas toujours quelles sont les sources de ces journalistes. Même si certains bouquins ne sont pas pour autant plus fiables, on est d'accord.

Le chiffre qui m'a le plus choquée : 
"1 milliard de citadins (sur 3 milliards dans le monde) vivent dans des bidonvilles"

lundi 5 novembre 2018

Les 5 langages de l'amour

Ce titre de Gary Chapman m'a été recommandé il y a des années et ce n'est qu'aujourd'hui que je prends enfin la peine de le lire et d'en parler. C'est le genre de bouquin qui me fait dire que je savais déjà un peu tout ce qui allait s'y dire et en même temps, j'ai quand même découvert une théorie au dessus des intuitions (et c'est plutôt ça qui est intéressant).

Il existerait 5 langages privilégiés pour dire et ressentir l'amour : les mots doux et valorisants, le quality time, les cadeaux, les services et les papouilles. Chacun aurait un ou deux langages plus privilégiés qui signifient vraiment l'amour pour lui. Mais si l'on ne comprend pas le langage de l'autre, ça peut tourner au dialogue de sourd. 
A partir d'exemples variés, notre auteur rabiboche bien des couples qu'il éclaire sur leurs langages respectifs. Et il propose des petits exercices à faire en couple pour mieux se comprendre.

lundi 29 octobre 2018

Graine de crapule suivi de Les vagabonds efficaces

C'est une amie qui m'a conseillé ce livre de Fernand Deligny pour mieux connaître l'éducation spécialisée et populaire. J'ai donc emprunté cet ouvrage qui rassemble deux de ses textes. 

Graine de Crapule est constitué de courts textes ou aphorismes illustrés, à la fois non-méthode et expériences avec des jeunes délinquants, autistes ou considérés comme malades mentaux. Je vous en partage quelques uns qui m'ont interpellée.


"Il faut savoir ce que tu veux.
Si c'est te faire aimer d'eux, apporte des bonbons. Mais le jour où tu viendras les mains vides, ils te traiteront de grand dégueulasse.
Si tu veux faire ton travail, apporte-leur une corde à tirer, du bois à casser, des sacs à porter.
L'amour viendra ensuite, et là n'est pas ta récompense"

"Sais-tu chanter, improviser une histoire de pirates, marcher sur les mains, imiter les cris d'animaux, dessiner sur les murs avec un morceau de charbon ? 
Alors tu auras de la discipline"

"Dans les plus grands pagailles, tu es la calme souriant. Dans les grands calmes, tu es le vent"

"Arrange-toi pour qu'ils aient toujours cette sensation de choix, hors de laquelle il n'est pas de bonne volonté possible"

"Le plus grand mal que tu puisses leur faire, c'est de promettre et de ne pas tenir.
D'ailleurs, tu le paieras cher et ce sera justice"

"Il ne s'agit pas qu'ils prennent l'habitude d'un adulte, toi, mais l'habitude de vivre comme tout le monde"

"Ne leur apprend pas à scier si tu ne sais pas tenir une scie ; ne leur apprend pas à chanter si chanter t'ennuie ; ne te charge pas de leur apprendre à vivre si tu n'aimes pas la vie"

"Lorsqu'on te parlera de ton dévouement, j'espère que tu seras bien étonné.
Ou alors change de métier"

"Parce qu'ils sont sales et noirs, tu t'imagines peut-être qu'il s'agit de faire une grande lessive dont ils sortiront francs et courageux.
Prépare toujours brosses, savon, eau, vent et soleil.
Et puis, jour après jour, tu leur donneras l'habitude de se laver eux-mêmes."

"Garde les vivants. Si la vie, pour eux, c'est voler, c'est taquiner, c'est démolir, cherche tout simplement à ces verbes des compléments directs ou indirects qui feront insensiblement dériver leur force dans des actes avouables et utiles"

"Mieux vaudrait peut-être avoir auprès des enfants malheureux de vieux bagnards parés du titre d'éducateur que certaines "âmes" de bonne volonté.
Car si les uns peuvent dégouter du vice, les autres dégoutent de la vie honnête"

"Il y a trois fils qu'il faudrait tisser ensemble : l'individuel, le familial, le social.
Mais le familial est un peu pourri, le social est plein de noeuds. 
Alors on tisse l'individuel seulement.
Et l'on s'étonne de n'avoir fait que de l'ouvrage de dame, artificiel et fragile"

"Certains qui font ce métier, le nôtre, croient en Dieu ; d'autres ont foi dans les hommes"

"Quand tu auras passé trente ans de ta vie à mettre au point de subtiles méthodes psycho-pédiatriques, médico-pédagogiquess, psychanalo-pédotechniques, à la veille de la retraite, tu prendras une bonne charge de dynamite et tu iras discrètement faire sauter quelques pâtés de maisons dans un quartier de taudis. 
Et en une seconde, tu auras fait plus de travail qu'en trente ans"

 "Si tu es pour si peu dégouté du métier, ne t'embarque pas sur notre bateau car notre carburant est l'échec quotidien, nos voiles se gonflent aux ricanements et nous travaillons fort à ramener au port de tous petits harengs alors que nous partions pêcher la baleine"

Quant à Les Vagabonds efficaces, il comporte plusieurs temps. Une explication de la grande cordée, un réseau autour des auberges de jeunesses qui accueillait des délinquants. Pavillon 3 qui parle de jeunes internés pour raisons diverses. Et les Vagabonds efficaces qui sont aussi des observations et des histoires vécues dans l'éducation spécialisée avec des "jeunes à problèmes". Ce n'est pas vraiment une méthode, c'est clairement une critique des institutions et des "maisons de correction" voire de la société.

"Il ne s'agit donc pas de méthode, je n'en ai jamais eu. Il s'agit bien, à un moment donné, dans des lieux très réels, dans une conjoncture on ne peut plus concrète, d'une position à tenir. Il ne m'est jamais arrivé de pouvoir la tenir plus de deux ou trois ans. A chaque fois, elle était cernée, investie et je m'en tirais comme je pouvais, sans armes et sans bagages et toujours sans méthode"
Avec cette non-méthode, ces histoires et ces tentatives, se dresse une proposition d'éducation toujours ouverte à la remise en question. Une non-institutionnalisation de l'éducation spécialisée mais une ouverture à la réalité et à l'histoire de chacun.

lundi 22 octobre 2018

Une vie

Il est des personnages publics inspirants qui écrivent leur autobiographie. C'est le cas de Simone Veil et mon envie de la lire, plus ou moins présente depuis un bout de temps, a grandi avec l'entrée au Panthéon.

Elle se raconte dans cet ouvrage dans sa vie personnelle et politique successivement. On découvre une enfance heureuse et choyée à Nice avant sa déportation à 16 ans à Auschwitz, puis l'horreur des camps où elle perd une majorité des siens. Puis elle décrit son parcours de magistrate, dans l'administration pénitentiaire, puis son parcours politique : à la Santé et au Conseil Européen et au Conseil Constitutionnel. Enfin, son rôle auprès du Mémorial de la Shoah.

On y rencontre une femme de convictions et de caractère, investie et réfléchie. Elle nous décrit les difficultés de ses postes, notamment autour de l'IVG, y écorche ou y loue quelques hommes politiques, et nous parle peu de sa vie personnelle une fois devenue femme publique. Un témoignage intéressant pour connaitre le personnage de l'intérieur.

"D'une manière générale, tout ce que l'on inscrit habituellement au compte d'une morale "internationale" ne me met pas à l'aise. Je trouve certes louable de vouloir que les peuples se réconcilient, sauf à observer qu'en dépit de leurs intentions généreuses, les mouvements des droits de l'homme y parviennent rarement. Il arrive même qu'ils obtiennent le résultat inverse en radicalisant l'opposition entre ceux qu'ils ont catalogués comme étant les "bons" et les autres, montrés du doigt, les "méchants". Et puis, autre chose me gène dans ces droits de l'homme prétendument universels, c'est que, précisément, ils ne le sont pas. Il y a toujours deux poids et deux mesures. Quand il s'agit de négocier des accords commerciaux avec la Chine, le silence est d'or. Quand on cherche à séduire Poutine, on lui décerne volontiers des brevets de civisme, passant sous silence ses manquements aux sacro-saints droits de l'homme. Au fond, c'est toujours aux faibles que l'on fait la morale, tandis qu'on finit par blanchir les puissants"
"On parle beaucoup ici ou là du droit d'ingérence. Il me parait devoir être manié avec précautions, plutôt que d'être parfois brandi de manière inconsidérée. Quand à la force armée de cette idéologie, je veux dire la justice internationale, elle me semble tout aussi inadaptée aux situations particulières des États. A partir du moment où le Chili est redevenu une démocratie, il eut été préférable de laisser aux chiliens le soin de juger Pinochet plutôt que de rameuter l'opinion mondiale pour, du reste, ne rien obtenir. Il est déjà difficile pour un pays de sortir d'un système dictatorial ; si en plus les détenteurs de la morale internationale s'en mêlent sans même lui laisser le temps de résoudre ses problèmes internes, il semble qu'on ajoute encore au fardeau que les citoyens doivent porter".

mercredi 17 octobre 2018

Le Pape François, un homme de parole

Voici un film de Wim Wenders à côté duquel j'ai failli passer. Il faut dire qu'il n'y a pas eu des masses de pub pour le Pape. Et je sors enchantée de la salle. Rien d'extraordinaire, beaucoup d'images d'archives mais une présentation limpide des grands dossiers de François.

Le film commence en rappelant l'attitude révolutionnaire de Saint François d'Assise et fait le lien avec ce Pape qui s'en inspire. Dommage cependant qu'il ait fallu passer par quelques images kitchs de la vie de saint François pour expliciter tout ça. Mettant Laudato Si' au centre de son pontificat, avec les questions d'écologie et d'économie, François rappelle la pauvreté à laquelle appelle le Christ, le souci des plus pauvres, des plus faibles, des personnes broyées par la machine capitaliste et ses guerres économiques. On voit François parcourir le monde, s'approcher des plus pauvres, prôner plus d'amour et d'humour. On a aussi droit à quelques éléments sur d'autres dossiers qui agitent l'Eglise comme la place de la femme, des homosexuels, la tolérance zéro pour la pédophilie... Bref, pas mal de messages évangéliques remis au goût du jour !


lundi 15 octobre 2018

Le peuple des ombres. Itinéraire d'un enfant migrant

Depuis que le père de Kouame soutient la campagne de Gbagbo, sa mère est tendue. Et si ça tournait mal ? Et quand ça tourne mal, c'est violent. Kouame voit ses parents assassinés et sa soeur violée sous ses yeux. Il fuit. D'abord pas trop loin, ailleurs à Abidjan. Puis, il est à nouveau menacé et doit fuir plus loin. D'abord au Ghana, puis au Niger. Et son chemin se poursuit jusqu'en Libye. Avec des passages par des prisons, des conditions de transport inhumaines, un solitude ancrée au corps... Mais malgré tout, l'envie de vivre. Un peu d'espoir. Il poursuit son chemin jusqu'en France, traversant la Méditerranée en 2013.

L'histoire de ce voyage, de cette lutte et de cette fuite est contée avec des mots simples. Pas de fioritures ou de détails, c'est l'épopée au jour le jour d'un enfant qui fuit pour sauver sa vie. C'est touchant, c'est fort. Et en même temps, j'ai eu une impression de voyeurisme en lisant les horreurs traversées. Pourquoi ce besoin de savoir, de lire, d'observer les moments les plus durs de la vie d'un homme ? 


samedi 13 octobre 2018

Edmond

Après des mois d'attente, on a enfin réussi à aller voir Edmond au théâtre du Palais Royal avant l'été. Cette pièce d'Alexis Michalik nous branchait pas mal, même si, je le disais, Edmond n'a pas écrit que Cyrano !

Comment Rostand a écrit Cyrano ? Comment de versificateur pénible il devient l'idole des jeunes ? C'est un peu ce que conte la pièce. Comme souvent avec Michalik, la rédaction et le montage de la pièce jusqu'aux rappels filent à toute allure, sans laisser au spectateur le temps de dire ouf ou de ne pas être emporté par le flux incessant. On applaudit et c'est déjà fini.

Il faut dire qu'en quelques mots, quelques scènes et personnages, l'époque et les difficultés de Rostand sont esquissées : famille à charge, Feydeau triomphant, début du cinéma... Tout va contre le jeune auteur d'un autre temps, nostalgique du Romantisme. Et pourtant, malgré lui, il trouve un héros, une pièce et des répliques inoubliables. Comme c'est simple d'écrire et de créer !

C'est divertissant, c'est sympathique, pas très historique, mais qu'importe puisqu'on sait encore se divertir au théâtre. 


mercredi 10 octobre 2018

Ovni(s)

Etrange spectacle que celui que propose le collectif Ildi ! Eldi au théâtre Ouvert avec une mise en scène pas tout à fait claire pour moi. Elle rappelle le projet initial du film, transformé en une pièce de théâtre.

D'une pièce d'Ivan Viripaev où il est question de rencontre avec des extraterrestres, le collectif en sélectionne et en présente cinq. Cinq moments de contact avec l'autre et l'ailleurs, cinq moment de présence au monde, d'omniscience, de sérénité parfaite... Bref, un être au monde différent, plus entier, plein. Une connexion. Une expérience intime très forte et transformante pour chacun des cinq personnages, de l'étudiante au concepteur de jeux vidéos. Et en même temps, petit paradis perdu, impossible à retrouver.

Étonnants ces mots et ces attitudes qui décrivent l'expérience, critique d'un monde hyperactif et d'une déconnexion de soi, moment innommable et intransmissible. Mais aussi très décontenançants pour le public qui reçoit ces situations. Au début, on s'étonne, on cherche à comprendre, puis on commence à s'ennuyer...

lundi 8 octobre 2018

L'Aiglon

Je comprends mieux pourquoi l'on ne connait que Cyrano de Rostand. Parce que franchement, ce n'était pas le pied cette lecture. 

Nous sommes à Schonbrunn avec Marie Louise et François Bonaparte, le fils de Napoléon. François, Franz, Duc de Reichstadt, Napoléon II ou comme il vous plaira de l'appeler. Il a une vingtaine d'années et il ne peut connaitre son père qu'en cachette. Car Metternich veille à ce que l'aiglon ne déploie pas ses ailes sur l'Europe. Et il manœuvre durement le petit prince. Sauf que les bonapartistes ne sont pas mort. Et complotent gaiement. 

Tout cela ne va pas réussir à notre jeune duc romantique et sensible...


ça gagne peut être à être vu ou joué mais franchement j'ai trouvé l'écriture pesante, le déroulement aussi. 

jeudi 4 octobre 2018

Les psys se confient pour vous aider à trouver l'équilibre intérieur

J'ai trouvé ce bouquin en biblio et il m'a intriguée. Dirigé par Christophe André, il regroupe le témoignage d'une vingtaine de psychologues et psychiatres. Chacun raconte son parcours, ses doutes et révélations. Chacun y va de son expérience, de son style, avec humour ou non, de façon plus ou moins personnelle.

Bon, le titre survend complétement l'ouvrage car je ne vois pas trop en quoi ces expériences peuvent aider le lecteur. Mais les histoires de chacun sont plutôt chouettes quoi que pas inoubliables !


lundi 1 octobre 2018

Un lieu incertain

Un petit Vargas comme on les aime, avec un Adamsberg et un Danglard en grande forme. 

Tout commence dans la perfide Albion, où des pieds coupés patientent devant le cimetière de Highgate. Un lieu peu recommandable, vous le savez bien. Puis se poursuit en France avec un bonhomme complétement écrabouillé et dispersé en menus morceaux. A ceci s'ajoutent des histoires de vampires et de fils caché. 
On est parti pour une enquête rock n' roll sur les routes de l'Europe.
Et le lecteur marche, suit Adamsberg dans ces drôles de contrées où l'on poursuit des vampires masticants. Crédible ou pas, que nous importe, la plume et le personnage suffisent ! 


lundi 24 septembre 2018

L'homme qui parlait à la nuit

Voici mon dernier pavé de la (fin de) l'été. Un livre de Mira Jacob qui m'a attiré l'oeil par sa jolie couverture et sa 4e qui parle de fantômes et de famille. En fait, c'était beaucoup moins fou que ce que j'attendais et bourré de coquilles (jusque dans les noms des personnages qui passent d'Akhil à Khalil à Akhim ou je ne sais quoi encore).


Amina est photographe. Elle vit à Seattle, loin du Nouveau-Mexique où elle a grandi. D'origine indienne, ses parents ont laissé leur pays pour les USA. Thomas et Kamala élèvent deux enfants, Akhil et Amina. Enfin, c'est plutôt Kam qui s'y colle parce que Thomas est un neurochirurgien très impliqué dans son boulot, qui ne rentre pas très tôt à la maison. Mais tout cela, on le découvre petit à petit, en flash back alors qu'Amina a quitté Seattle pour une urgence : son père passe des nuits entières à parler aux morts, notamment à sa mère. Et quand on découvre sa relation à sa mère et à sa famille indienne, on s'inquiète. Est-ce une folie ? Est-ce un peu de fantastique dans notre réalité ? Ou simplement une maladie ? Je vous laisse découvrir.

Avec ce retour d'Amina chez ses parents, c'est toute l'histoire de cette famille qui nous est contée. La difficulté de vivre dans un autre pays que le sien, la maladie et la mort, la liberté que l'on a ou pas par rapport aux siens...

C'est plutôt agréable, on ne sent pas les pages passer, mais on referme le livre en se disant "Ce n'était que ça ?!". Une rencontre un peu ratée pour moi.

"- Kurt Cobain était un junkie, maman.
- Parce qu'il manquait de soleil !
Amina soupira. Si elle avait su que le numéro de Rolling Stone qu'elle avait laissé dans la salle de bains lors de son dernier séjour allait transformer Kamala en experte autoproclamée de tout ce qui touchait à Seattle ("Le grunge ! Les Starbucks ! Les start-up!"), elle aurait fait plus attention, mais enfin, ce mépris de sa mère pour le lieu de résidence qu'elle s'était choisi n'était pas sans avantage. Ne fut-ce que parce qu'il limitait ses visites"

"Ce merveilleux pays où les enfants suivent les avis d'autres enfants pour savoir avec qui vivre leur vie"


jeudi 20 septembre 2018

Le coeur est un chasseur solitaire

J'attendais beaucoup de ce roman de Carson McCullers que certains ont porté aux nues. Trop d'attentes ? 

Le plot ? Plusieurs personnages, dans le Sud de l'Amérique, dans une petite ville de filatures. Il y a Mick, une ado de 12-14 ans, qui aime la musique et rêve d'écrire des symphonies. Blount, un agitateur communiste qui boit trop, Biff, tenancier du bistrot ouvert toute la nuit, Copeland, un docteur noir qui rêve que la race noire se distingue et qui ne cesse d'être déçu par les siens. Et Mr Singer, un sourd muet qui reçoit les confidences des uns et des autres, les fascine, les apaise, les comprend (peut-être) mais est surtout attaché à son ami Antonapoulos, interné depuis peu.

On suit ces personnages dans leur vie quotidienne, leurs petits ravissements et grands soucis d'argent, de goût, d'ennui, de revanche etc. Des personnages très seuls, dans leur famille, leur milieu, leur couple. Des personnages en lutte, temporairement, avant une défaite, une fuite, la mort... Des bouts de résistance à un destin tracé, médiocre, pauvre et sans issue. Mais est-il vraiment possible d'échapper à son destin dans une Amérique ravagée par la crise et le désespoir ?  

Impossible pour moi de m'attacher aux personnages, à leurs préoccupations, sauf peut-être celles de Copeland, je sors déprimée de cette lecture déprimante. Très peu pour moi les dialogues de sourds !

lundi 10 septembre 2018

La vie mode d'emploi

Je n'avais pas lu Georges Perec depuis la licence, où j'avais étudié (et beaucoup apprécié) W ou le Souvenir d'enfance. C'était un roman à deux voix, mêlant autobiographie et utopie sur une île de sportifs... qui se révèle être une vraie dictature. Avec La Vie mode d'emploi, j'ai redécouvert cet écrivain brillant qui se joue des contraintes qu'il s'impose pour offrir au lecteur un livre foisonnant.


Ce roman sous forme de puzzle retrace la vie d'un immeuble parisien sur 100 ans, de 1875 à 1975. On y rencontre les divers propriétaires et locataires, des concierges aux notables, des caves aux chambres de bonnes. Riche en descriptions, en listes ou en énigmes, ce roman ce veut exhaustif. Aucun meuble ne semble oublié, aucun livre, aucune petite histoire. Cela peut être celle des habitants actuels comme celle des locataires passés, des escrocs aux grandes familles. Mais partout souffle l'aventure, que ce soit chez l'archéologue rêveur, le milliardaire enrichi en Afrique, les peintres ou la cantatrice. 

Composé selon des contraintes mathématiques (il ne faut jamais passer plusieurs fois dans la même pièce de l'immeuble (il y en a 100), chaque pièce a des caractéristiques propres et imposées et des livres et tableaux inspirent les chapitres) savamment dissimulées par l'auteur, ce roman pourrait se lire dans n'importe quel ordre, en suivant les personnages (il y a des index), des temporalités, ou au hasard. Se détache simplement le fil rouge de l'histoire de Bartlebooth, un riche jeune homme qui imagine un projet maîtrisé, esthétique et logique, sans autre but que lui-même à savoir la réalisation d'aquarelles partout dans le monde pendant 10 ans, envoyées à l'artisan Gaspard Winckler qui en fait des puzzles. A son retour, Bartlebooth fait les puzzles, reconstitue l'aquarelle, la renvoie sur les lieux de réalisation pour l'y détruire et récupérer une feuille blanche. 

C'est là le point d'ancrage du roman, l'intrigue qui nous attache. Mais chaque chapitre propose une ouverture sur d'autres intrigues, d'autres aventures, d'autres vies qui entrent en résonance avec l'histoire principale. C'est riche, c'est malin, c'est foisonnant de vie !