lundi 21 mai 2018

Norse mythology

Un Neil Gaiman inconnu à ma LAL en bibliothèque ? Qu'à cela ne tienne, il finit dans mon sac. 

Fasciné par le Thor des comics, l'auteur s'intéresse de près à la mythologie scandinave. Il y découvre des dieux de diverses origines, luttant contre toutes sortes d'ennemis. Pour faire connaitre leurs histoires, il les reprend et les écrit, à la sauce Gaiman, c'est à dire avec humour et simplicité. N'imaginez donc pas trouver une oeuvre vraiment nouvelle, il s'agit plutôt d'une série de mythes remasterisés. 
Roses blanches Galen Kallela

Voici les titres :
The players : qui présente un peu les dieux
Before the beginning and after : sur la création du monde, entre le feu et la glace
Yggdrasil and the nine worlds : l'arbre qui relie les mondes entre eux
Mimir's head and Odin's eye : La quête de la sagesse selon Odin
The treasures of the Gods : comment Loki, le dieu malin, encourage les nains à façonner les plus beaux dons pour les dieux... dont le marteau de Thor
The master builder : Il propose de faire une muraille pour protéger les dieux, en échange d'une déesse.
The children of Loki : entre le loup, le serpent et la femme morte-vivante, ils font un peu peur aux dieux.
Freya's unusual wedding : ou comment tromper un géant qui a volé le marteau de Thor.
The mead of poets : drôle de recette, que se volent les uns et les autres.
Thor's journey to the land of the giants : compétition entre géants et dieux.
The apples of immortality : Promises par Loki, elles manquent aux dieux qui vieillissent...
The story of Gerd and Frey : une love story.
Hymir and Thor's fishing expedition : drôle de pêche pour récupérer un chaudron géant.
The death of Balder : Aimé et protégé par tous, Balder meurt par la faute d'une petite plante.
The last days of Loki : ça chauffe pour le plus malin des dieux, le traitre.
Ragnarok, the final destiny of the gods : La bataille finale.

C'est pas mal pour redécouvrir les mythes nordiques, mais ça ne vous en apprendra pas plus qu'un bon bouquin de mythologie. Ca rend juste les choses plus amusantes, et plus "commerciales".

mercredi 16 mai 2018

Quand la lune descendit sur terre

Merci aux éditions Borélia pour cette proposition de lecture de contes mansis (des forêts de Sibérie occidentale) traduits et introduits par Charlotte Boucault et illustrés par Jüri Mildeberg. C'est un joli ouvrage, aux contes courts et nombreux, dont les illustrations aux allures de tarots étranges et symboliques nourrissent l'imagination.

Avec cette vingtaine de contes, nous partons dans le grand nord, un pays de neige, de rennes et d'ours. Voici le sommaire :
Comment la lune arriva sur la terre : en répondant aux provocations d'enfants à la sage grand mère.
A propos du vent du nord : qui refroidit un peu trop les hommes.
Comment le corbeau arpenta la terre : et comment celle-ci s'étendit.
Pourquoi le lièvre a de longues oreilles : au lieu des grands bois qu'il espérait.
L'élan : qui cherche un ami.
L'ours et l'écureuil rayé : font un pari...
La corneille et la pie : règlent leurs comptes.
La chouette intelligente : Topal-Oïka, Esprit du Monde d'en Haut, veut se construire une nouvelle demeure en os. Ou comment une chouette sauve les animaux de la destruction.
Le petit lièvre peureux : ou pourquoi les lièvres ont une courte queue.
Se punir soi-même : ou comment un lièvre au mauvais caractère se retrouve puni.
Le chien qui se cherchait un compagnon : mais que ses aboiements indispose.
Le souriceau voyageur : bien prudent sur son radeau.
Le renne fier : qui aide les hommes et en reçoit un bien joli présent.
Moss-Nê et le grand duc : ou comment une femme épouse un hiboux.
Mari et femme : trois soeurs vont chercher à se marier.
La petite femme : une louche père de famille et un bébé élevé par un ours dans ce conte étrange.
La grand mère juste : où chacune reçoit un mari à la hauteur de ses mérites.
Le petit pain : histoire d'une femme gourmande et d'un pain malin.

Voici des contes qui nous font entrer dans une mythologie étonnante, où l'animal est très présent ainsi que toutes les forces de la nature. On visualise très bien le monde de ces populations de chasseurs et éleveurs de rennes, qui vivent en harmonie avec les autres êtres vivants auxquels ils prêtent le don du langage et l'intelligence. On croise aussi dans ces contes quelques esprits, des grands mères aux allures de sorcières et des éléments magiques. Simples, moraux et sans fioriture, à la fin parfois abrupte, ils sont destinés à être racontés les soirs d'hiver (uniquement, car les autres saisons sont destinées au travail plus qu'aux contes) dans des communautés qui favorisent la transmission de ses mythes et légendes à l'oral. Très jolie découverte que ce recueil !

lundi 14 mai 2018

Les vallées du bonheur profond

Ce recueil de nouvelles permet de passer un peu plus de temps avec nos amis, Oedipe, Antigone, Clios. De marcher un peu plus sur leur chemin. De découvrir d'autres routes imaginées par Bauchau pour ses héros.

L'arbre fou : Histoire de l'élaboration d'une double sculpture, celle d'une danseuse par Oedipe et des visages de ses parents par Antigone.
Les vallées du bonheur profond : Quand Antigone découvre le peuple des collines et explore les vallées du bonheur profond.
"- Rien que le nécessaire [...] le reste vous alourdit pour le bonheur.
- C'est le bonheur que vous cherchez ? demande Antigone
- Quoi d'autre, dit l'homme qui vient de revenir, le soleil, quelques pluies, la santé et du temps.
- Du temps pour quoi ? demande Antigone
- Du temps pour sentir qu'on a le temps"
La femme sans mots : Une nuit dérangeante avec une femme folle et muette.
Le cri : on retrouve ici une partie d'Antigone. Il s'agit du moment où elle part mendier et où un cri s'élève de ses entrailles.
L'enfant de Salamine : la rencontre de Sophocle avec Oedipe, la façon dont cette rencontre le transforme et l'aide à devenir poète tragique.

Toujours cette écriture superbe et simple,  qui font de ces nouvelles maitrisées un vrai plaisir de lecture. Et quelle joie de retrouver les personnages et les lieux connus et traversés en lisant.  

jeudi 10 mai 2018

Ithaque. Notre Odyssée 1

Il est des spectacles qui vous ennuient avant qu'ils ne vous donnent envie de crier sur votre siège, vous pétrifient ou vous secouent. Et cette pièce de Christiane Jatahy est de ceux-ci. 

Au programme, migrations, Brésil et Odyssée. Une pièce qui se veut politique et engagée, aux moyens techniques prétentieux (la scène se remplit d'eau à se noyer, le public qui voyage et les vidéos en live) qui repose sur l'histoire d'Ulysse et Pénélope. D'Ulysse qui peine à quitter Calypso. De Pénélope qui voit son pays pillé, dépecé par les prétendants et cependant ne renonce jamais à Ulysse. Devant nous, les acteurs sont tour à tour Pénélope, Calypso ou les servantes qui couchent avec les prétendants (et vont être pendues après avoir nettoyé le sang de leurs amants), Ulysse ou les prétendants, à différents âges de la vie, à la veille du retour ou n'importe quand pendant les dix ans d'amour et d'errance d'Ulysse, après cette guerre de dix ans également. La situation d'exilé d'Ulysse est l'occasion d'interroger la migration et des pages de journaux de réfugiés nous sont lues, crues, violentes, terribles et en même temps tellement artificielles dans cet espace qui ne joue que de l'image. De même que la résolution est affreuse de violence, physique et psychique, de combats et de suicides, de torture même. Personnellement, ça me fait mal de voir tant de violence au théâtre (ou au ciné, ou ailleurs), de la montrer si crue, si nue, de la filmer, de la démultiplier ainsi. Il y a d'autres moyens de la dénoncer, sans entrer dans cette spirale. Bref, je reste maltraitée par cette violence, surtout faite aux femmes, dans cette pièce. Quand au fond, au texte, au jeu, il est confus, il est bruyant mais semble terriblement vide. J'ai failli sortir à plusieurs reprises, lassée puis dégoûtée, pourtant le thème semblait prometteur. Une rencontre manquée pour moi et pour pas mal de spectateurs partis en cours de spectacle !


lundi 7 mai 2018

L'épopée du buveur d'eau

Vous souvenez-vous de ma première rencontre avec John Irving ? C'était il y a dix ans et ça s'était mal passé. Et puis, il y a des livres qui trainent depuis trop longtemps dans votre PAL pour les ignorer plus longtemps. Ils vous demandent de les lire ou de les donner mais, pitié, pas dix ans de poussière en plus ! Bon, c'est un peu ce qui s'est passé avec ce titre. Et je suis heureuse de vous dire que je révise mon jugement, c'est plutôt drôle et incorrect comme ouvrage.

Boggle/Bogus est un anti-héros parfait. Fils d'urologue, il choppe la vérole avant la majorité. Il est incapable de skier mais épouse une championne de ski. Et ça fait des plombes qu'il peine sur une thèse bidon en nordique primitif inférieur. Pourtant, Ralph veut faire un film sur lui !

Lorsqu'on le rencontre chez son urologue, il est installé avec Tulpen qui a des seins remarquables. Et au chapitre suivant, on remonte dans le temps. C'est le rythme qui va s'imposer à mesure du roman. Quelques chapitres en flash-back et d'autres non suffisent pour comprendre l'étendue du désastre et de l'éparpillement. Pas de temporalité linéaire, ça part dans tous les sens. A vous de retrouver les repères chronologiques. Drôle et fataliste, Bogus n'a pas de bol mais ne favorise pas spécialement sa chance. Et surtout, il n'assume rien et préfère se terrer au fond de l'Allemagne que de faire des choix. 

Un roman cocasse et délirant, qui peine un peu à se mettre en route et à la fin un peu trop joyeuse mais qui ne manquera pas de vous faire rire. 


dimanche 6 mai 2018

Futsal et mains propres

... est une jolie surprise montée par la Compagnie Jolie Môme

A Champignoux, on n'est pas des pignoux ! Et surtout pas depuis que l'équipe féminine de futsal s'est qualifiée pour la coupe d'Europe. Cinq filles, bien différentes, et leur coach se préparent à ce défi. Et à travers les joueuses, c'est une partie de la vie de Champignoux qui nous parvient. Avec des réalités différentes pour Laetitia, fille du boucher local ou Lucie, employée chez lui. 
L'équipe est soutenue par monsieur Verdier, nouveau sponsor du groupe. Qui leur impose une nouvelle joueuse. Qui fournit de la drogue à une autre. Qui veut faire de la pub par tous les moyens. Qui menace et cajole. Bref, qui n'est pas très fair play...

Engagé, rythmé et dynamique, ce spectacle avec musique, acrobaties et beaucoup d'humour nous brosse un portrait social d'une petite bourgade. Courez-y, c'est excellent !

jeudi 3 mai 2018

Les antipodes et le siècle

Je crois que je ne retiendrai pas grand chose de ces nouvelles d'Ignacio Padilla. Je les ai trouvé étranges, j'ai eu du mal à y trouver mes marques. Qu'était-ce que ce petit recueil ?

Il est composé des nouvelles suivantes :
Les Antipodes et le siècle : Édimbourg, cette ville secrète dans un désert, mentionnée par aucune carte mais où les caravanes peuvent s'égarer, attirées par un architecte et prophète écossais.
Mémorial de la seconde peste : Et si cette nouvelle peste était la santé ?
Ever wrest : journal de voyage : comment conquérir l'Everest ?
Notes de balistique : reconnaitre les bonnes armes des mauvaises.
Rhodesia Express : les trains ont toujours du retard, alors que le colonel a juré de se tuer s'il ne rétablissait pas leur ponctualité britannique.
Darjeeling : histoires de géographie et de trigonométrie dans l'Himalaya.
Hagiographie de l'apostat : combat de l'ange et du démon.
Bestiaire minimal : animaux étranges en Afrique du Sud.
Cérémonie expiatoire à Halak-Proot : un médecin repense les hôpitaux psychiatriques en Nouvelle-Zélande.
Rumeur de farine : dans une zone isolée, on accueille des nouveaux venus. Mais la tension monte. Et le comportement suspect d'un sous-lieutenant attire les convoitises.
Le chinois aux têtes : Dans un bateau, on découvre des têtes coupées, destinées soi-disant à un médecin...
Le Temps retrouvé : il a trouvé la fontaine de jouvence, une herbe qui permet de réduire son sommeil. Mais à quel prix ?

Lajoue, paysage avec rivière

Étranges et inclassables, ces nouvelles aux airs fantastiques jouent sur les chimères des hommes. Et souvent se terminent mal ou ne se terminent pas. C'est une ambiance de fin du monde, un peu malsaine, qui imprègne l'ouvrage. J'ai eu du mal à l'aimer mais j'ai tout de même apprécié son imaginaire.

lundi 30 avril 2018

Foxcraft. Les possédés

J'ai trouvé ce bouquin d'Inbali Iserles un peu par hasard. J'hésitais à le lire. Et puis finalement, je suis entrée dans ce petit roman jeunesse. C'est le début d'une série donc ne vous attendez pas à comprendre le pourquoi du comment à la fin du roman (même si c'est très devinable en fait).

Isla et Pirie sont deux jeunes renardeaux qui grandissent en marge des Terres grises ou La grande rumeur (la ville). Un jour, leur terrier est attaqué et Isla fuit. Aidée de Siffrin, un drôle de renard qui cherche son frère, elle part à la recherche des siens et tente d'échapper à Karka, la renarde qui les poursuit. Isla découvre petit à petit la foxcraft (oui, les renards ont des pouvoirs presque magiques) et apprend à se débrouiller en échappant aux broyeuses (voitures) et aux peaux-nus (les hommes).

Plein de rebondissements et de courses-poursuites, ce roman vise un public jeunesse. Il n'est pas très travaillé, qu'il s'agisse des personnages, du style ou de l'intrigue. N'est pas J.K. Rowling qui veut.


lundi 23 avril 2018

Baol

Stefano Benni, c'est une surprise et un délice à chaque lecture. On ne sait jamais trop ce qu'on va y trouver mais on sait que ce sera foufou, inventif et drôle. Et même critique !

Notre héros, Bed, est un mage Baol. Il vit à une triste époque où tout toute pensée est contrôlée par un régime expert en montages vidéos. La télé est reine et diffuse des images montées en studio avec des guerres contre des rebelles, des sitcom, du foot et bien d'autres images qui récurent les cerveaux. Baol traine dans un bar, l'Apocalypso. Il écoute les dealers et la police se tirer dessus, les prêtres annoncer la fin du monde, les pilleurs de cadavre lui proposer des fringues, les gens coincés dans les embouteillages s'entretuer. Avant, il faisait des trucs fous comme disparaitre des oies ou organiser des attaques de lapins blancs... mais les mages baol n'ont plus la cote. Sauf peut-être pour des missions spéciales. Comme celle de retrouver une vidéo de Grapatax, le plus grand des comiques. Une vidéo qui montre bien que Grapatax n'était pas un ami mais un ennemi du régime et du grand Hiérarque... 

C'est ainsi que commence un polar, aux allures de fable, où tous les genres se mélangent, où l'écriture est inventive est vive, drôle et travaillée. Où l'on découvre petit à petit ce qu'est la fantaisie baol, ce qu'elle apporte à un monde bien sombre...
Keith Haring 1981

vendredi 20 avril 2018

Oedipe sur la route

J'ai fait ma rebelle, j'ai commencé par Antigone avant d'emprunter ce titre. Cela ne m'a pas réellement gênée mais c'est mieux de lire dans l'ordre. 





Comme j'ai aimé cet Oedipe de Bauchau ! Cet aveugle sculpteur, cet homme qui gagne en lumière à chaque pas, qui suit sa route intérieure. Cet homme qui se raconte, avant le drame, un homme fier, aventureux, qui trace la route. Un homme assommé par la prophétie mais qui se réinvente à chaque pas. Cet homme qui favorise la parole juste. Qui souvent se tait. Un homme qui ne part pas seul, qui a un bâton, qui est suivi par sa petite Antigone, sa fille, sa sœur. Qui rencontre le brigand Clios et le séduit. Qui est chassé à coup de pierres et d'injures puis accueilli comme une bénédiction. 


J'ai aimé les rencontres d'Antigone et Oedipe sur leur route. J'ai aimé leurs gestes simples : soigner, tisser, sculpter, nourrir. J'ai aimé les histoires qu'ils contaient. Celle de Clios, ravagé par la violence d'une guerre de clans qui a tué son amour. Celle de Constance et du peuple des collines, guidé par des reines. Celle d'Oedipe dans le labyrinthe (tiens, tiens, ce serait pas une question récurrente chez Bauchau). J'ai aimé la proximité instaurée avec ces personnages mythologiques. Et bien entendu, j'aime l'écriture de Bauchau, poétique et simple. Les images qu'il évoque. Cet Oedipe devenu géant, devenu pestiféré. Cet Oedipe transformé par la route...

Un très beau roman initiatique et d'aventure, une superbe réécriture du mythe... C'est décidé, je continue à explorer sa bibliographie !

mercredi 18 avril 2018

La clef de Gaïa

C'est un peu par hasard que nous sommes tombés sur ce spectacle au théâtre des Mathurins. C'est un one woman show de Lina Lamara, accompagnée par Pierre Delaup à la guitare.

Entre histoires et chansons, notre actrice se dédouble, devenant Mouima, une grand-mère algérienne, ou Gaïa, la petite française. Et l'on voit Gaïa grandir, de petite fille à femme, et Mouima vieillir et raconter de plus en plus la vie d'avant. Histoire de cultures qui changent, de secrets qui se confient de femmes à femmes... C'est tendre, c'est parfois triste et violent (moment guerre d'Algérie qui vient assombrir le spectacle et ne s'y intègre qu'à moitié), mais dans l'ensemble c'est gai, poétique et chantant. Une jolie découverte !


lundi 16 avril 2018

La dernière fugitive

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu cette auteur. D'ailleurs, je ne suis pas sûre d'avoir déjà lu Tracy Chevalier traduite. Je n'en attendais rien de spécial. Le bouquin trainait sur ma PAL, il était bleu...
Galen Kallela Imatra hiver

Grace et Honor quittent l'Angleterre pour rejoindre Adam, le fiancé de Grace dans l'Ohio. Honor, abandonnée par son promis, décide d'accompagner sa sœur. Mais jamais elle n'imagine ce qui l'attend. D'abord l'horrible traversée, puis la mort de Grace et l'arrivée chez Adam Cox... De quoi déstabiliser la jeune et discrète quaker. Tant bien que mal, Grace s'adapte à ces nouveaux paysages, à ces personnes brutales, à ces villes en chantier. Elle rencontre Belle, une modiste qui devient son amie. Donovan, son frère, un chasseur d'esclaves. Et puis la communauté de Faithwell. La jeune brodeuse va-t-elle y trouver une place ?

Honor, découvre aussi en Amérique le chemin de fer clandestin, réseau des personnes qui aident des esclaves à gagner le Canada. Petit à petit, elle rejoint ce réseau, au grand dam de sa famille. 

Un joli roman d'initiation de cette jeune Honor, qui cherche à ne pas faire mentir son nom. Un roman très féminin, autour de la vie familiale, du travail de la ferme, de la religiosité, de la couture... Une belle évasion !

jeudi 12 avril 2018

Landfall

Voilà un livre dont j'ai complétement manqué la sortie et qui s'est retrouvé par hasard entre mes mains. J'ai commencé à le feuilleter, curieuse, et j'ai eu du mal à m'arrêter. Je ne sais pas bien ce qui m'a plu dans cet ouvrage d'Ellen Urbani. Peut-être la recherche de Rose, peut-être l'ambiance apocalyptique post Katrina, peut-être l'écriture ? Beaucoup de belles choses. 

C'est un roman à deux voix. Celle de Rose et de Rosy, une blanche et une noire, l'une à Tuscaloosa, l'autre à la Nouvelle-Orléans. Du côté de Rose, on a tendance à avancer dans le temps tandis que chez Rosy, on recule. Et ce pour une raison très simple : Rosy est morte percutée par la voiture de Gertrude, la mère de Rose. Livrée à elle-même, l'adolescente va chercher à retrouver les parents de Rosy pour les avertir. Car la police n'a pas réussi à remettre la main sur eux. 


A travers cette quête, le lecteur découvre deux jeunes filles, d'âge similaire, que leurs mères ont élevées seules. Rapports mère-fille bien différents, façon d'élever les enfants, fragilités et maladie... Mais c'est aussi un visage des Etats-Unis qui se révèle. Celui du contraste entre les plus vulnérables et les autres, entre les bandits et les bons bourgeois. C'est toujours un peu le far west, mais avec quelques nuances.
Seul bémol, la fin, que j'avais deviné depuis le début et qui fait un peu trop happy end. 

Un roman puissant, bien ficelé malgré la rigidité de l'alternance entre les voix. A découvrir !

lundi 9 avril 2018

Le boulevard périphérique





Ce Henry Bauchau, pourtant au top sur ma LAL, n'est finalement pas mon préféré. Je crois qu'il manquait de héros mythologiques à mon goût. Ou que ma lecture d'Oedipe sur la route était trop présente. Ou L'Enfant bleu. C'est le problème quand on engloutit tout un auteur d'un coup, on fait des indigestions.


C'est une étrange histoire que celle-ci, à deux temporalités. La jeunesse du narrateur, qui escaladait avec Stéphane, qui est entré dans la Résistance, qui a retrouvé trace du meurtrier de Stéphane après la guerre. Et l'aujourd'hui d'un quotidien de transports en communs ou de périph' entre sa maison, l’hôpital où il travaille et celui où il visite sa belle-fille malade. 
Un personnage qui fait le pont entre un ami de jeunesse et une femme en fin de vie. Un personnage que l'on peine à rassembler entre ces deux extrêmes. Et dont les interlocuteurs n'ont pas tous la même épaisseur. Ce Stéphane mystérieux, qui occupe la mémoire, prend souvent plus de place que cette Paule suffoquant derrière son masque. 
Un personnage coincé entre une culpabilité latente et l'obligation d'accompagner l'autre. Tournant en rond sur son périph' récurrent. N'osant pas prendre les devants. 
Un personnage méditant sur la mort et ses diverses formes, sur son effacement de nos vies et la douleur malgré tout dévastatrice.

Un beau roman, mais pas au bon moment, qui n'en fera pas un inoubliable.

jeudi 5 avril 2018

Feminismo para principiantes

C'est une des mes collègues qui m'a passé cet ouvrage de Nuria Variela en m'expliquant que, grâce à lui, elle avait mieux compris les enjeux du féminisme. Et c'est vrai qu'il est bien fichu, commençant par un historique du féminisme mondial, puis espagnol, avant de s'attacher à tous les champs concernés (pouvoir, économie, corps, culture, violence etc). S'attachant à la justice, le féminisme dénonce toutes les inégalités subies par les femmes pour l'unique raison qu'elles sont femmes. Chaussez vos lunettes violettes, comme dirait l'auteur, et entrez dans ce livre !

Historiquement, c'est au siècle des Lumières que se font entendre les premières voix de femmes qui revendiquent des droits à l'éducation, au vote... aux mêmes droits que ceux que réclament les hommes à la Révolution. Bien entendu, elles ne sont pas entendues. Et Olympe de Gouges finit sur une guillotine. Deuxième moment fort, au XIXe siècle avec les suffragettes. On parle un peu du Deuxième Sexe (que j'ai bien envie de relire avec mes nouvelles lunettes). Troisième temps autour de l'origine de la National Organization for Women et des différents mouvements féministes du XXe siècle.

Puis elle s'intéresse à la construction de la compréhension du monde, régie par les hommes. Elle parle d'androcentrisme, ou l'homme (au masculin) est la mesure de toute chose. Et du patriarcat où l'homme est chef de famille et a pouvoir sur la femme, les vieux sur les jeunes etc. Cette structure de pensée et de pouvoir est vue comme la seule façon d'ordonner le monde. Elle signale que la norme est toujours le masculin. C'est ce qui n'est pas questionnable, ce qui est normal. L'homme agit et parle au nom de l'humanité. En contrepartie, le féminin est l'analysable, le truc à définir...


Dans un second temps, elle analyse la place de la femme selon les thématiques nommées plus haut. Pour ce qui est de l'économie, je suis frappée par le fait que les métiers, s'ils sont exercés par des femmes n'ont pas le même nom, ni le même salaire que les hommes : "elles sont cuisinières, ils sont chefs ; elles sont modistes, ils sont stylistes ou grands couturiers". Et quel place pour le travail des mères au foyer ? Dont l'objectif n'est pas de faire des bénéfices mais d'accompagner la vie. C'est d'ailleurs un véritable enjeu que cette question de la maternité : on accuse les femmes de la baisse de la natalité, cite Nuria, parce que c'est plus facile : mais s'il y a une baisse de natalité, c'est parce que les hommes n'ont pas voulu s'occuper de l'éducation de leurs enfants. Ni même la société. La maternité est toujours un obstacle au développement professionnel de beaucoup de jeunes femmes. Et les temps de loisirs pour les mères restent du domaine du rêve. 

La question des violences sur les femmes, qu'il s'agisse des femmes battues, mutilées, excisées est aussi brulante. Et l'on a souvent tendance à la confondre avec la violence tout court, comme s'il n'existait pas une violence particulièrement dirigée contre la femme.

Puis elle aborde la question du corps. Et là, les écailles me sont tombées des yeux. Ou presque. Elle signale un bouquin que je vais m'empresser de chercher en bibli, Le Harem et l'Occident de F. Mernissi. Elle y explique la violence symbolique qu'exercent les images des mannequins sur toutes les femmes. En Orient, l'homme établit sa domination à travers l'espace : les femmes sont exclues des lieux publics et dans les lieux privés, les zones sont différenciées. L'homme occidental manipule le temps : il affirme que la femme est belle quand elle a quatorze ans. Il en fait un idéal de beauté qui condamne à l'invisibilité la femme mûre. Elle parle d'un harem de la taille 38 ! C'est le même type de violence que celle du voile ou des pieds bandés de la Chine féodale. Elle cite La domination masculine de Bourdieu  « La force symbolique est une forme de pouvoir qui s’exerce sur les corps, directement, et comme par magie, en dehors de toute contrainte physique ; mais cette magie n’opère qu’en s’appuyant sur les dispositions déposées, tels des ressorts, au plus profond du corps ». Puis il est question de l'appartenance du corps féminin, au delà de sa normalisation.

On passe ensuite à la question culturelle avec cette intro intéressante : normalement, c'est l'ordre alphabétique qui régit le dictionnaire. Mais on y trouve toujours le masculin (en "o" en espagnol) avant le féminin (en "a" en espagnol). Ainsi nous dit-elle, gato précède gata. Car les dictionnaires ne reflètent ni la réalité, ni la langue, ni le monde. Il reflètent seulement le pouvoir de ceux qui les écrivent. Et bim ! Elle revient sur les formes de coercition culturelle exercée sur les femmes comme celui d'Arabie Saoudite par exemple. Et se demande s'il l'on en est si loin avec le patriarcat de "consentement" de nos démocraties occidentales où se reproduisent les inégalités à travers mythes et stéréotypes.

Et puis, elle rappelle que le féminisme n'est pas une théorie du pouvoir mais de l'égalité, contrairement au machisme qui établit une hiérarchie. Il se construit sur un préjugé initial, celui de l'inégalité naturelle, non biologique mais entre les droits des uns et des autres. Autre préjugé : les féministes sont des suffragettes célibataires et sexuellement insatisfaites alors que nombre d'entre elles sont mariées et mères de famille. Et la liste est longue !

Ouvrage très complet, regorgeant de sources et d'ouvrages qu'on a envie de lire en le refermant. C'est dense, c'est riche, ça ouvre les yeux, ça questionne... A mettre entre les mains de beaucoup d'hommes et de femmes !