lundi 20 novembre 2017

Ubik - Le scénario

La présence de ce livre dans ma bibliothèque est le fruit d'une erreur du père Noël, qui a confondu roman et scénario. C'est un peu bizarre de découvrir un roman à travers le scénario qu'en a écrit l'auteur lui-même, Philip K. Dick. Il manque un peu de chair. Restent les dialogues et les indications scéniques. Mais pas à la manière d'une pièce de théâtre, comme si tu lisais un résumé. Bref, ce n'était pas vraiment ce que je voulais lire et le format scénario ne m'a pas emballée. Et maintenant, j'ai moins envie de lire le roman dont je connais partiellement l'intrigue.

Tout commence avec Glen Runciter, propriétaire d'une entreprise de contre télépathes, qui consulte Ella, son épouse mi-vivante. Dans le monde futuriste de Dick, la télépathie est courante et sert à espionner ses concurrents. Il faut donc s'en protéger par des neutraliseurs, des anti-psis. Et les mi-vivants ? Ils ne sont pas tout à fait morts. Ils sont congelés et peuvent être consultés par leurs proches. Il y a aussi d'autres curiosités comme ce monde où les choses sont reines et doivent être payées à chaque usage : pour sortir de chez soi, il faut payer la porte. Parmi les hommes de Runciter, Joe Chip, l'anti héros parfait, fauché mais bon neutraliseur.
Runciter accepte un contrat sur la lune et envoie ses meilleurs éléments. Et là, boum, piège et mort de Runciter. L'équipe s'enfuit mais tout semble avoir vieilli prématurément autour d'eux... et en eux. Enfin, à ce qu'il semble !
Et partout, des pubs pour Ubik. Un élément qui prend de l'importance à mesure de l'intrigue...

Sans vous en dire plus pour ne pas complétement spoiler l'histoire, j'ai trouvé l'intrigue très chouette et les éléments contextuels de 1992 (le futur) et 1939 (le passé) très bien amenés. A voir si je me laisse séduire par le roman.
Magritte, double secret

vendredi 17 novembre 2017

La vie tranquille

Je ne comprends pas bien pourquoi mais les romans de Marguerite Duras me mettent souvent très mal à l'aise. Ses personnages, ses thématiques, son écriture me perturbent. 

Nous accompagnons Françou dans une drôle d'histoire de famille. Dans leur propriété des Bugues, Francine et Nicolas vivent avec leurs parents, leur oncle Jérôme, Clémence, l'épouse de Nicolas, Noël, leur fils et Tiène, un ami, un étranger. Et Jérôme se meurt, frappé par Nicolas. Jérôme fricotait avec Clémence et Francine l'a su. Et dit. Mais derrière cette histoire de cocu, il y en a une plus ancienne, une de sous. 

Avec la mort de Jérôme, l'immobilité des Bugues disparait. Tout change, petit à petit. Avec le départ de Clémence. Avec le nouvel amour de Nicolas. Avec des relations, des alliances entre les personnages. Et un bon marionnettiste, notre Françou. Certes, la vie parait tranquille de loin, c'est la campagne, son rythme saisonnier. Mais avec des hommes qui meurent trop tôt. Et une femme montée en graine, un peu perverse, aux relations malsaines avec son frère, son oncle. C'est finalement elle qui se construit, qui cherche son visage, son amour, et qui brûle tout autour d'elle. C'est elle qui s'ennuie et qui met en branle ces changements. Personnage sans morale, narratrice de son ennui, Francine nous répugne autant qu'elle nous intrigue.
"Dès que j'ai cru avoir trouvé comment éliminer Jérôme, j'ai regretté qu'il soit si simple de trouver et de choisir des solutions à des états de choses qui sont sans solution, sans solution si l'on ne veut pas être menteur, ni vulgaire ou niais. Avant le matin j'étais déjà déconfite par cette commodité honteuse qu'on peut trouver dans presque toutes les circonstances de la vie"


lundi 13 novembre 2017

Mais pourquoi ne retournent-ils pas chez eux ?

C'est le titre de cet ouvrage d'Ada Giusti qui a attiré mon attention. Je me demandais si c'était de la provoc' ou pas. Et puis, en explorant la quatrième de couv' et le sommaire, j'ai constaté qu'il s'agissait d'interviews de réfugiés ou demandeurs d'asile, qui nous contaient leur histoire. 

Ada Giusti, fille d'émigrés italiens en France, ayant elle-même émigré aux Etats-Unis, est bénévole dans plusieurs associations où elle est amenée à rencontrer des migrants. Le contexte est celui des années 2000.

Parmi les témoignages qu'elle recueille, ceux de personnes originaires de l'ex-URSS, du Maghreb ou d'Afrique mais aussi de France. Chacun conte qui des menaces à sa vie, qui des violences, qui l'absence de travail dans son pays. Chaque situation est assez différente, permettant une vision assez large, quoi que toujours subjective, des raisons qui ont poussé à l'immigration. Car s'il y a bien un point commun entre tous, c'est qu'ils rêvent de rentrer chez eux ou auraient aimé ne pas en partir. Il y a aussi ce consensus contre les personnes qui ne veulent pas travailler et voudraient seulement profiter des aides. Côté français, c'est plutôt l'impression de n'être pas chez soi qui prime et l'idée qu'il n'y a pas de place pour tout le monde. 

Un ouvrage intéressant, quoi que déjà daté, qui présente simplement des bouts de vies. Certaines sont vraiment à frémir ! Une lecture qui permet peut-être un regard différent sur la masse parfois
indifférenciée des migrants.

samedi 11 novembre 2017

Cris

Marius, Jules, Messard, Barboni... des noms qui introduisent des voix, des mots, des cris. Soldats, sur le front, ensevelis dans les tranchées, prêts à lancer l'assaut, à gagner quelques mètres. Jules, seul, s'éloigne. Il a le petit papier magique qui lui permet de fuir la mort, quelques jours. Mais il est sourd. Ou plutôt, il n'entend que des cris, des voix, qui n'émanent pas de lui. Les voix de ses autres, peut-être, qu'il a laissés. Le cri de ce fou, qui survit entre les lignes de feu. Le cri de ces hommes qui se regardent mourir, assommés par le feu.

Chant choral, comme souvent chez Gaudé, il m'a touché plus par son sujet que par la plume et le style de l'auteur, que j'ai trouvé assez forcé. Une lecture de circonstance en ce 11 novembre.


lundi 6 novembre 2017

La mémoire des murs

Je crois que c'est mon premier Tatiana de Rosnay. Il trainait aussi dans la biblio familiale. Court et léger, il était parfait pour une petite soirée. D'ailleurs, je ne l'ai pas lâché avant de l'avoir terminé et écourté quelque peu ma nuit.

L'héroïne de ce court roman, Pascaline, vient d'emménager dans un  joli appartement. 40 ans, divorcée, elle vient d'être quittée par son mari Frédéric pour une femme plus jeune, Muriel. Informaticienne sans imagination, rigoureuse et dure, Pascaline ne doute pas de reconstruire quelque chose mais son ex-mari la hante. 
Et ce n'est pas son seul souci. Elle passe des nuits blanches, mal à l'aise dans son appartement... jusqu'au moment où elle découvre qu'un meurtre y a eu lieu. Incapable de vivre dans ce lieu, perméable à la mémoire des murs, elle déménage. Mais se renseigne aussi sur ce meurtre et ceux qui ont suivi... 7 jeunes femmes ont été violées et assassinées par le meurtrier qui a sévi chez Pascaline. Et cela devient obsessionnel. Pascaline ne s'intéresse plus qu'à cette histoire, qui fait rejaillir des cauchemars d'enfant et des traumatismes d'adulte.

Et l'on suit fascinés cette femme qui perd pied... 

Une histoire prenante, comme un fait divers, mais sans surprise, qui déroule sa logique jusqu'à sa fin, certainement tragique... Car on reste sur une question (ça j'aime bien).


lundi 30 octobre 2017

Ecoutez nos défaites

Gaudé et moi, c'est une histoire d'amour ! Franchement, j'adore son écriture épique, ses personnages multiples, son goût de l'antique... Avec ce titre, je retrouve tous les ingrédients pour passer un excellent moment de lecture.

Six personnages, différents temps de combats et de guerre, dans des lieux divers. Hannibal, de l'Espagne à l'Italie avant le retour à Carthage. Assem, espion français. Mariam, archéologue des zones de guerre. Le général Grant durant la guerre de Sécession. Le Negus, Haïlé Sélassié, chassé d'Ethiopie. Sullivan, cet américain qui a traqué Ben Laden. Et qu'Assem doit à son tour neutraliser. Mais c'est aussi tous ces guerriers, ceux de la guerre de Troie, évoqués, c'est Antoine, dans l'épigraphe, c'est ceux qui n'ont pas laissé de nom et de traces.

Certains personnages se croisent donc. C'est Assem et Mariam, lors d'une étreinte d'une nuit, furtive mais marquante. C'est Sullivan (dit Job) et Assem, qui se parlent dans un hall d'hôtel. 

Mariam, qui travaille pour l'Unesco et les musées d'Irak. Qui cherche des objets sauvés des pillages. Qui donne des visages et des objets à l'Histoire, pour qu'elle puisse se raconter. Elle lutte, avec ses petites armes, contre la destruction et l'oubli qu'imposent les djihadistes. Elle tente de sauver des hommes, comme le gardien du site de Palmyre. Et peut-être, de se sauver elle-même ?
"Ce qui reste, c'est ce qu'elle cherche, elle. Non plus les vies, les destins singuliers, mais ce que l'homme offre au temps, la part de ce qu'il veut sauver du désastre, la part sur laquelle la défaite n'a pas de prise, les geste d'éternité. Aujourd'hui, c'est cette part que les hommes en noir menacent [...] Ce qui se joue là, dans ces hommes qui éructent, c'est la jouissance de pouvoir effacer l'Histoire"
"J'imagine qu'il a parlé de l'importance de ne pas oublier que nous sommes des pilleurs de tombes. Que les pharaons se sont enfermés dans leur tombeau pour l'éternité et que nos ouverture, nos effractions, même au nom de l'Histoire, restent des intrusions de forbans. Il ne faut pas l'oublier. Nous construisons une science, nous sommes rigoureux, nous étudions dans les bibliothèques, nous parlons de patrimoine, de l'Histoire, de la mémoire des civilisations, mais il ne faut pas taire cette chose-là : le plaisir de l'effraction. Les squelettes, les momies, les objets funéraires, nous les volons au néant. Nous ouvrons des salles qui devraient rester fermées. Hier c'était à la dynamite, aujourd'hui c'est avec une infinie précaution, mais malheur à celui qui oublie que le geste est le même"

Assem est fatigué. Il a mené bien des missions et celle-ci ne l'inspire pas. Il connait bien la guerre mais il sent aussi qu'il se perd.
"Il voulait être dans l'Histoire - pas reconnu par elle (il n'a pas cette ambition) mais la sentir, être dans les endroits du monde où elle se cherche, se convulse, hésite, prend des formes effrayantes, démesurées. Sentir son souffle, voir comment elle modèle des pays, déforme des vies, crée des espaces singuliers"
Sullivan aimait la guerre. Et puis, il a vu des choses qui l'ont déchiré. Qui l'ont fait sortir du rang. Et maintenant, c'est une menace.

Et tous ces généraux, ces rois, ces guerriers, Hannibal, Grant ou le Négus, ce sont des héros, des incontournables de l'histoire. On les suit dans les combats, au milieu de leurs hommes, dans les charniers d'une fin de journée de massacre. On les rejoint dans leurs moments de doute ou de bravoure, de solitude. Et même vainqueurs, ils sentent bien qu'il perdent...
 
"On ne peut partir au combat avec l'espoir de revenir intact. "Souviens-toi de Mycènes..." Au départ, déjà, il y a le sang et le deuil. Au départ, déjà, il faut accepter l'idée d'être amputé de ce qui vous est le plus cher. Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse"
"La seule chose qui les différencie des confédérés, c'est la cause. Ce n'est pas rien. Il faut s'accrocher à cela. Le reste va être sale. Les hommes vont se tuer à grande échelle et il va falloir tenir. Les soldats, quel que soit leur camp, vont plonger dans le feu et la mêlée et ils découvriront avec stupeur la face immonde du meurtre"
"Certains hommes font la guerre à condition qu'elle ne les touche pas. Ils acceptent de mettre leur vie dans la balance, oui, mais pas celles de leur femme, de leurs enfants, pas les caves pleines d'amphores d'huile et de vin de leur région, pas les belles bâtisses dont ils ont hérité. Flaminius est de ceux-là. Hannibal le sent. Il va mettre à feu et à sang cette région, et le Romain perdra son sang-froid et sa clairvoyance"
"Autour de lui, les hommes commencent à pleurer. Pas à chanter, pas à hurler de joie : à pleurer sur leur propre victoire"
 Un roman dur, pour ses descriptions des combats, pour les douleurs des guerriers, lucides sur leur sort et celui de leurs hommes, défaits par la violence, le sang, les armes. Mangés par la guerre. Mais beau par son écriture, par les portraits en creux de ces héros qui n'en sont pas, mais qui sont vus comme des justes ou des barbares, sans nuance, alors que Gaudé nous détache
de cette vision simpliste, par les réflexions sur l'histoire et son écriture, sur les combats de civilisations, qui font pencher les balances de l'histoire.

lundi 23 octobre 2017

Petit manuel du parfait réfugié politique

J'ai croisé cette BD (ou roman graphique comme on dit maintenant) de Mana Neyestani en bibliothèque. Aussitôt empruntée, aussitôt dévorée.

C'est un livre de l'attente que nous offre le dessinateur iranien. Des queues, des papiers, des salles d'attente françaises. Vive l'administration bureaucratique ! Ce parcours du combattant, avec ses confrontations à la Préfecture de Police, l'OFPRA, la Cour nationale du droit d'asile sans parler des problèmes de logement, d'apprentissage du français, du travail. Bref, tout ce labyrinthe de procédures qui perdrait n'importe quelle personne sensée.

Avec humour et un joli coup de crayon, Neyestani nous conte ses situations ubuesques et désespérantes. Il n'hésite pas à se moquer de lui-même, des français, des cours d'éducation civique, des formulaires et des numéros qui nous déshumanisent ! 


vendredi 20 octobre 2017

Monsieur le curé fait sa crise

C'était une lecture de vacances, prêtée par un copain prêtre. Oui, il ne manque pas d'humour !

Benjamin Bucquoy est un curé à bout. Ses paroissiennes se crêpent le chignon pour un bouquet, son évêque ne l'a toujours pas nommé prof mais vient de désigner son meilleur ami, les tenants du cathé moderne ou tradi se divisent autour de lui. Bref, rien ne va plus. 

Alors, seul et désorienté, Benjamin disparait. Du coup, c'est l'affolement dans la paroisse, puis dans le diocèse. Sans compter que les médias s'en mêlent. Mais Benjamin n'est pas si loin que ça. Il a juste pris de la distance pour renouer avec la prière plutôt qu'avec la gestion et le management. Emmuré dans sa cabane, il devient le confesseur et l'oreille de ceux qui passent.



Jean Mercier signe ici un roman sympathique et drôle mais non sans profondeur. A partir du burn-out d'un prêtre, il rappelle finalement ce qu'est l'essentiel : aimer et pardonner.

lundi 16 octobre 2017

Le mur

Plus jeune, j'ai beaucoup lu Sartre, notamment son théâtre. Je renoue avec ces nouvelles. 

Le mur. Juan, Pablo et Tom sont en prison et condamnés à mort. Pablo ne souhaite pas livrer Ramon, avec qui il défend l'Espagne contre les franquistes. Les trois passent une nuit terrible, une nuit à attendre la mort, à n'être déjà plus vivants. Et puis, Pablo est à nouveau interrogé. 

Le Corbusier, chapelle Ronchamp, 1950

La chambre. Mr Dardébat visite sa fille, Eve. Eve est mariée à Pierre, qui devient fou. Sa famille tente de faire interner Pierre mais Eve souhaite continuer à vivre avec lui, essaye d'entrer dans ses jeux, dans ses peurs de malade.

Erostrate. Paul Hilbert n'aime pas les hommes. Il les regarde du haut de sa chambre en les méprisant. Il décide de faire un coup d'éclat, d'en tuer quelques uns.

Intimité. Lulu doit-elle quitter Henri et partir avec Pierre ? Ou rester ? Questionnements de Lulu et Rirette sur leurs rapports aux hommes.

L'enfance d'un chef. On suit Lucien, de l'enfance au début de la vie adulte, des jupons de sa maman à la méfiance, des amitiés artistiques et homosexuelles aux groupes fascistes. 

Nouvelles de l'intime et de la famille, elles sortent aussi du cadre familier pour s'interroger sur la politique. Chacune d'elle laisse une impression étrange, un peu malsaine. Chacun reste finalement entre des quatre murs, son mariage, sa folie, son idéologie, sa haine... Pas beaucoup de tendresse pour l'humain dans tout ça !

jeudi 12 octobre 2017

L'ensorceleuse

Ce roman d'Elizabeth Hand traîne depuis des années lumières dans ma PAL ! J'avais peur de retrouver un nouveau Possession, et je n'étais pas prête à affronter un tel ennui. Et puis, le titre me faisait peur : Mortal love ou L'ensorceleuse, dans quelque langue que ce soit, ça peut annoncer un truc très très moyen. En fait, rien à voir !
Avec ce roman, c'est la féérie qui entre dans le monde, en prenant son temps.

A travers divers personnages masculins, entre le XIXe siècle et nos jours, nous croisons une femme, les cheveux auburn, l'apparence un peu masculine, les yeux verts irisés, aux senteurs de pomme. Tous en sont toqués. Attachés de près ou de loin aux préraphaélites, ces artistes célèbrent et peignent éternellement cette même femme. 

Parmi les personnages que nous rencontrons, certains prennent plus d'importance que d'autres. Comme Daniel, ce journaliste qui étudie l'histoire de Tristan et Iseult, et rencontre Larkin, une femme qui ressemble furieusement à celle décrite plus haut. Ou Radborne, un dessinateur américain.
Jouant avec les contes de fées, les liens entre les mondes et l'univers de préraphaélites, Hand tisse une histoire d'amour et de désir. Mais reste toujours à la limite du féérique. Il y a des éblouissements, des hallucinations, bref, des éléments qui nous plongent dans un autre monde. Il y a aussi des références à des poèmes, à des contes, à des tableaux. Mais tout reste un peu flou et obscur, à double sens. C'est à la fois agréable et un peu frustrant. Que sait-on finalement, de cette femme et de son monde une fois la dernière page tournée ? Il nous reste des livres, des tableaux... 

Un roman parfois brouillon, qui explore beaucoup de pistes qu'il n'exploite peut-être pas assez, qui compte un peu plus de pages que nécessaire, mais qui entraîne malgré tout son lecteur, qui l'intrigue (et le frustre un peu). Bref, une promenade auprès d'une fée insaisissable, pour les amateurs de contes, d'Angleterre et de XIXe siècle.
 

lundi 9 octobre 2017

Trois vies de saints

Ce titre d'Eduardo Mendoza m'inspirait tout comme sa couverture. Hélas, je suis restée tout à fait insensible à ces trois histoires et à l'écriture de l'artiste. C'est vraiment le genre de livre pour lequel je sens bien que je suis passée à côté. 

La Baleine. Imaginez l'honneur que serait recevoir un évêque sous votre toit durant un congrès eucharistique. Même si celui-ci vient d'Amérique du Sud et n'a rien de remarquable. Pensez maintenant qu'il doive rester chez vous au-delà de la durée annoncée en raison d'un coup d'état dans son pays. Il devient tout de suite un peu gênant. C'est pourquoi il déménage de la maison de la tante, très chic, du narrateur, à la maison de ses parents, plus populaire. Et qu'il n'a bientôt plus grand chose d'un évêque respecté... A travers les yeux d'un jeune garçon puis jeune homme, nous observons les jeux de pouvoir des adultes, les ambitions, les petitesses.

La fin de Dubslav. Un homme vient recevoir un prix pour sa mère qui vient de mourir. Il en profite pour nous raconter sa triste vie et ce n'est pas super passionnant. Et pour faire un discours devant une assemblée bien pensante.

Le Malentendu. Une femme vient donner des cours en prison. Parmi les hommes qui assistent aux cours, un lecteur avide se détache. Il se met aussi à écrire et devient un homme célèbre. Histoire de cette relation étrange, fondée, des deux côtés, sur des malentendus.

A vrai dire, je n'ai trouvé de l'intérêt qu'à la lecture de la première histoire. La seconde m'a paru particulièrement insignifiante. Et la dernière m'a plus plu pour son contexte qu'autre chose. Je n'ai pas réussi à m'intéresser aux personnages, à leurs histoires, à leurs lieux de vie. Et pour ceux qui s'interrogent encore, non, les personnages ne sont pas des saints ! Bref, une lecture qui ne restera pas dans ma mémoire.

lundi 2 octobre 2017

L'arbre du pèlerin

Ce livre de Guilhem Causse sera peut-être ma seule rencontre avec la rentrée littéraire de cette année. Je reste assez à l'écart du phénomène, j'attends de voir ce qui restera. Pas envie d'être dans l'urgence de la chronique et de la lecture utile. Offert par un ami, ce roman traite d'un sujet qui m'est cher, la coopération internationale.

Julien est à Madagascar comme coopérant, il est comptable pour l'évêché de Mananjary. Et bientôt seul en charge du lieu, de toutes les affaires administratives, certes, mais aussi des hommes...

L'histoire qui nous est proposée conte le chemin fait par ce jeune français, un peu fermé, isolé, au contact de prêtres pas si catholiques, d'une population pauvre, d'une météo effrayante et prodigieuse. Quelques figures se détachent comme Magda, une jeune et jolie demoiselle, Krzysztof, le jésuite voisin, Charles et Nirina, les prêtres ennemis, Alfred, le petit estropié... Julien est à la fois agaçant, avec ses préjugés, puis attachant par ses questionnements. Une petite crise de malaria, comme un boulet de canon, peut faire changer un regard. L'ensemble est assez lent, peut-être pour mieux nous faire sentir qu'une transformation n'est pas immédiate, et parfois un peu bavard. Mais ce n'est pas tant les détails, les anecdotes qui restent, que la route parcourue et la paix qui inonde Julien.

Roman initiatique, d'une ouverture plus grande à l'amour, à la liberté personnelle, il offre ouvre peut-être plus de questions qu'il ne montre un chemin.
 

vendredi 29 septembre 2017

Les voix de Marrakech

Je ne crois pas avoir déjà lu Elias Canetti. C'est avec ce recueil de nouvelles ou plutôt de textes courts, qui sont parfois comme des impressions presque photographiques, que nous faisons connaissance. Je l'ai accompagné dans sa découverte de Marrakech, des lieux, des sons, des odeurs, des personnes, des animaux...


Rencontre avec des chameaux 
"Trois fois, je me suis trouvé en contact avec des chameaux et, chaque fois, cela s'est terminé de façon tragique"
Les souks : des objets, des boutiques et du marchandage.
Les cris des aveugles : sur la répétition par un groupe de huit aveugles.
" Je rêve d'un homme qui aurait désappris les langues de la terre jusqu'à ce qu'il ne puisse plus comprendre, dans aucun pays, ce qui s'y dit. Qu'y a-t-il dans la langue ? Que cache-t-elle ? Que vous prend-elle ? Au cours des semaines que j'ai passées au Maroc, je n'ai essayé d'apprendre ni l'arabe ni aucun dialecte berbère. Je ne voulais rien perdre de la puissance exotique des cris. Je voulais être touché par les voix telles qu'elles sont par elles-mêmes et n'en rien affaiblir par un savoir artificiel et insuffisant"
La salive du marabout : il mâche avec plaisir, il ne semble pas mendier, que fait-il ?
Maisons silencieuses et terrasses désertes : interdit de s'occuper des voisins quand on est sur sa terrasse !
La femme derrière la grille : une jolie voix au hasard d'une rue.
Visite dans le Mellah : visite du quartier juif et de son cimetière. 
La famille Dahan : rencontre avec une jolie femme. mariée.
Conteurs et écrivains publics : ils co-habitent sur la place, les uns dans le bruit, les autres dans le silence.
Le choix d'un pain : meilleur s'il est passé par les mains des jeunes femmes
La calomnie : enfants mendiants et restaurateur, anecdote sur la prostitution.
Le désir de l'âne : vieil âne mais toujours vaillant.
"Shéhérazade": Histoire dans le bar européen de Marrakech sur une anglaise déshéritée.
L'invisible : Un mendiant, un tas de chiffons, qui à peine sait prononcer le nom de son dieu.

Ces histoires sont liées, elles se suivent, se répondent, et forment comme le roman d'un voyage à Marrakech. Un roman à anecdotes, à émotions, à sensations, transcrites simplement par une écriture lumineuse.

mercredi 27 septembre 2017

Austrasie. Le royaume mérovingien oublié

Tadadada ! Non, c'est pas trop pompeux ce titre ? J'ai l'impression qu'on va voir une série plus qu'une expo ! 
Boucle de ceinture, moselle, 6e siècle, alliage cuivreux

Au cœur du château de Saint-Germain-en-Laye, dans le labyrinthe des salles perdues, vous trouverez, pour les plus téméraires, un trésor d'expo. Chevaliers au coeur pur only ! En bref, c'est la première à droite après le portique vigipirate.

Là, vous découvrirez ce qu'est l'Austrasie, zone qui recouvrait l'est de la France, la Belgique, le Luxembourg, une partie de l'Allemagne et quelques autres régions (ben oui, la géographie est assez peu stable dans le temps. Une 'tite guerre, un problème d'héritage et paf, tu perds des terres). Accessoirement, vous réviserez, car vous avez bien entendu appris tout ça à l'école, vos rois de France. Clovis, Thierry, Clotaire, Childebert, etc. Et puis, vous observerez quelques objets archéologiques par-ci, par-là. Ils sont parfois décrits avec des termes très accessibles comme "ardillon". Heureusement, il y a un glossaire pour les incultes ! Vous ferez attention aussi, car des fac-similés se cachent dans l'expo. Et ça c'est vraiment pas cool, ça te donne limite envie de visiter les musées sur G...Art.

La prochaine épreuve ? Elle ne vient pas tout de suite. Vous découvrez les objets de fouille, quelques céramiques, des pierres gravées, des boucles de ceinture ou d’aumônières, quelques armes. Vous croisez une partie super développée sur l'étude des os humains (trépanations, fractures et autres réjouissances). Un spécialiste dans l'équipe ? Et à côté de ça, des dispositifs un peu surprenants de médiation autour des parfums, des céréales, qui prennent pas mal de place et nous laissent entendre qu'il n'y a pas grand chose de plus à dire ou à montrer. 

Le tout se termine sur la légende noire de l'Austrasie (enfin, du Haut Moyen Age en général) avec quelques représentations XIXe, des extraits de séries (Viking et Game of Throne, quelle originalité) et des petits portraits de rois (oh, fac-similés aussi). 

Bref, une expo qui aurait pu être intéressante si elle n'avait hésité sans cesse entre l'ultra-spécialisation et l'ultra-démocratisation, entre l'objet archéologique pas très intéressant si on ne l'explique pas, le bel objet (mais qui réduit inévitablement la vision de l'époque) et le fac-similé qui frustre le rapport à l'objet... Bref, l'Austrasie en sort à peine un peu plus connue.

lundi 25 septembre 2017

L'homme qui marche

Court petit livre de Christian Bobin qui nous parle du Christ, sans le nommer. Qui nous parle de l'homme. De son accueil. De ses rencontres. De sa marche. Toujours à mots couverts, avec peu d'effets. Simplement. Et le lecteur marche avec lui, retrouvant les personnages bien connus par leurs gestes, leur façon d'être au monde. 

Je vous laisse le paragraphe d'une rencontre, qui vous donnera, j'espère, envie d'ouvrir ce livre :
"Son esprit est légèrement absent, et ce rien d'absence est sa matière d'être attentif à tout. Pris dans un chaos de désirs et de plaintes, serré par une foule qui se bouscule ses faveurs comme on voit des moineaux s'abattre en nuée sur un seul morceau de pain, il distingue très bien le frôlement d'une seule main sur un pan de son manteau, il se retourne aussitôt et demande qui l'a touché, qui lui a dérobé une part de sa force. La voleuse - car c'est bien sûr une femme, car les femmes ont su très vite connaître en lui la plus grande intelligence vivante, l'intelligence du don, car les femmes ne se trompent pas sur la lumière qui sort de lui, c'est la même qui s'en va d'elles pour baigner les chairs de leurs enfants - la voleuse par amour est celle qui l'a sans doute le mieux entendu : prenez ce que je vous donne, je vous le donne sans condition, et parce que je vous le donne absolulment, il y en a absolument pour tous - ce qu'on partage se multiplie"
"Celui dont je n'accueille plus le visage - et pour l'accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance - celui-là, je le vide de son humanité et je m'en vide moi-même.
"Ce qu'il veut, c'est que nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas : aimez-moi. Il dit : aimez-vous"
"Peut-être n'avons-nous jamais eu le choix qu'entre une parole folle et une parole vaine"