lundi 30 novembre 2020

Inès del alma mia

Voilà un bout de temps que je n'avais pas lu Isabel Allende. Avec ce titre, elle nous entraîne à la suite d'Inès Suarez dans la conquête du Chili !

Inès Suarez, couturière espagnole, grandit dans une humble famille. Elle épouse l'homme qu'elle aime et qui lui fait découvrir l'amour, Juan, mais qui se révèle un piètre travailleur : joueur, buveur et aventurier, il n'est pas souvent à la maison. Et il poursuit le rêve d'aller en Amérique chercher de l'or. Il laisse son épouse qui ne tarde pas à vouloir le rejoindre. Après une traversée mouvementée, Inès pose le pied en Amérique, commence à rechercher son époux et apprend qu'elle est veuve. Mais le coup de foudre pour Pedro de Valdivia change son destin. La voilà désormais partie non plus pour le Pérou mais pour le Chili, une nouvelle terre à conquérir ! 
Nous la suivons dans la traversée du désert, les luttes contres les mapuches et la fondation de Santiago.

Femme de ressources et sourcière, elle ne cesse de relever la tête pour affronter de nouveaux défis. Et rencontrer un nouvel amour, Rodrigo.

Les mémoires d'Inès, au soir de sa vie bien remplie d'aventurière, s'attachent à ses aventures amoureuses, qui ne nous intéressent qu'à moitié, et à l'histoire de la conquête, tout en rebondissements et défis nouveaux. 

Une héroïne pas très attachante mais un intéressant destin de femme de pouvoir, contée par la plume alerte d'I. Allende. Une lecture en espagnol qui m'a pas mal plu !




mercredi 25 novembre 2020

La maison sur le rivage

J'ai redécouvert Daphné du Maurier avec ce titre. Cela faisait longtemps longtemps ! Au programme, une histoire de voyage dans le temps... ou presque. 


Dick passe quelques jours dans la maison de famille de Magnus, un ami d'enfance. Il attend que sa femme et ses beaux-fils le rejoignent. Dans l'intervalle, il a pour mission de tester une drogue conçue par Magnus. Celle-ci permet de leurrer le cerveau et fait surtout vivre à Dick des moments du XVIe siècle, avec une intensité plus forte que son quotidien. Il retrouve Roger, intendant, et le suit dans ses missions en Cornouailles. Témoin invisible des manœuvres des aristocrates locaux, Dick se passionne pour leurs faits et gestes. Au point qu'il en oublie ou néglige un peu les siens. Lorsque ceux-ci débarquent pour des vacances, Dick n'est pas tout à fait disponible. Son épouse le remarque, s'inquiète, ce qui ne fait qu'irriter Dick. Il faut dire qu'au XIVe siècle vit la belle Isolda qui ne le laisse pas indifférent.
Vous l'avez compris, Dick est addict' à ses sensations de vivre intensément dans le passé. Et il est prêt à beaucoup sacrifier pour y retourner. Un grave accident vient modifier son rapport au passé et au présent.

Si j'ai comme Dick apprécié les voyages dans le passé, je me suis assez peu intéressée au présent, à sa vie familiale un peu pesante. L'auteur nous fait bien ressentir combien Vita l'agace... et nous agace aussi. Après, les épisodes passés ont peu retenu mon attention, c'est vraiment le phénomène psychique qui m'a captivée. La narration et la langue ne m'ont pas transporté. C'est une bonne lecture détente !


 

lundi 23 novembre 2020

Barrez-vous ! Le guide

Felix Marquardt avait fait parler de lui en signant une tribune du même titre dans un quotidien français. Et est venu la compléter d'un petit livre qui répertorie 99 plans pour partir à l'étranger comme l'indique son sous-titre "99 bons plans pour aller voir ailleurs si t’y es". 

A la façon d'un guide, il décompose les fameux plans en quoi, où, comment. Bon, c'est assez répétitif et c'est plutôt destiné à des expériences pour des étudiants ou des travailleurs précaires. Mais il le fait avec humour et bonne humeur même si le ton est parfois très cynique. 

C'est donc sympa sur la forme, un peu moins sur le fond qui a des relents de "les rats quittent le navire" et surfe sur "la France, c'est vraiment pas cool". Alors qu'on pourrait trouver 99 raisons ou bons plans pour s'engager en France et faire bouger les choses ! Et puis évidemment, ces jours-ci, c'est assez déprimant de lire cela alors qu'on est coincé chez soi.


mercredi 18 novembre 2020

Quand sort la recluse

 Un petit Vargas, rien de tel pour passer un bon moment lecture ! Un petit polar avec Adamsberg aux commandes, devant résoudre pas moins de trois affaires dans ce titre. Pour les amis de Danglard par contre, ce n'est pas le meilleur opus puisqu'il n'est pas très actif cette fois. Mais Retancourt, Voisenet, Veyrenc et Froissy passent sur le devant de la scène. 


Rappelé d'Islande pour résoudre une affaire de meurtre - ce qu'il fait en deux temps trois mouvements, Adamsberg s'intéresse à une araignée qui aurait tué des vieux messieurs. La recluse n'est habituellement pas mortelle, a-t-elle muté ? Ou s'agit-il de meurtres ? Tirant des petits fils, Adamsberg et son équipe vont remonter le temps, cherchant des liens entre les hommes morts et découvrir que l'araignée est moins anodine qu'elle n'y parait et plus polysémique. Plongeant dans l'histoire personnelle des membres de la brigade, cette enquête à rebondissements n'est pas de tout repos. 


Roman policier ou d'atmosphère, c'est plutôt pour les personnages et leur humour que je lis Vargas. L'affaire en elle-même, intéressante, est surtout un moyen de mieux connaitre le commissaire. Et comme souvent, on en profite pour faire des petits détours par l'histoire, qui sont bien agréables !

lundi 16 novembre 2020

Moi, boy

C'est dans la bibliothèque familiale que j'ai déniché cette courte autobiographie de Roald Dahl ! Et j'ai replongé avec joie dans son style toujours empreint d'humour et d'humanité. Et j'ai rencontré des personnages qui ne sont pas loin de ceux de ses romans.

Saga familiale qui commence durement pour ce garçon d'une large fratrie dont le père décède brutalement. C'est donc une mère au caractère bien trempé qui va élever et nourrir ses enfants et beaux-enfants. Enfance entre Angleterre et Norvège, entre châtiments corporels à l'école et liberté totale dans les fjords. Enfance marquée par des bêtises, des maladies imaginaires ou réelles. Enfance marquée déjà par l'écriture de lettres envoyées de l'internat où il étudie. 

Ce qui est chouette dans cet ouvrage illustré, c'est qu'il y a aussi des photos, des bouts de lettres, des éléments qui témoignent aussi de son enfance.



Un héros aussi attachant que ceux de ses livres, qu'on abandonne alors qu'il devient grand (il y a une suite pour les curieux), cela renouvelle le genre de l'autobiographie ! 


vendredi 13 novembre 2020

La Tresse

Roman de Laetitia Colombani sur ma PAL depuis sa sortie, j'hésitais à le lire. J'avais peur de le trouver facile, rapide, sans trop de fond. Préjugés !


C'est l'histoire de trois femmes, dans trois lieux différents. Pour le temps, on ne sait pas trop au début, ça pourrait être à 20 ans d'intervalle car les réalités sont bien différentes mais 'est plus ou moins contemporain.
A Badlapur, en Inde, Smita est une Dalit, une Intouchable. Elle vide les toilettes du village. Pour sa fille, elle rêve d'une autre vie, elle parvient à la mettre à l'école. Mais il ne suffit pas d'un arrangement pour échapper aux castes. Lalita, sa fille, revient de la classe traumatisée.
A Palerme, en Sicile, Giulia travaille dans un atelier qui fabrique des perruques. Entreprise familiale, la dernière de l'île, elle peine à trouver des cheveux. Mais c'est avec l'accident de son père, Pietro, qu'elle découvre l'étendu des dégats en même temps qu'un homme, Kamal, attire son attention.
A Montréal, au Canada, Sarah est une avocate brillante. Elle est sur le point d'être nommée associée. Parcours du combattant pour une femme, mère de trois enfants, elle a su consciensieusement séparer vie privée et vie pro. Mais en pleine plaidoirie, elle s'écroule. Le malaise s'avère être un cancer qui grignotte sa vie. Mais le maintenir caché, est-ce réellement possible au milieu des requins ? 

Ces trois guerrières, ces trois femmes de caractère, vont prendre des décisions radicales. Elles sont toutes à un tournant et c'est ce moment qu'on suit avec elle. Chaque histoire pourrait se vivre sans les autres. Au fil du texte, un poème, qui tresse les trois brins de vie ensemble. Elles, sans se connaitre, puisent leur force des unes et des autres, des cheveux des Intouchables. Ce petit fil ténu mais solide, qui les lie, elles n'en ont pas conscience, il est un peu artificiel. L'écriture est simple elle aussi, elle va droit au but, seul le poème donne une autre tonalité, plus symbolique, autour du tissage, du tressage. 


mercredi 11 novembre 2020

Un royaume de femmes et L'épouse

Les nouvelles d'Anton Tchekhov, c'est aussi une relecture. J'avais un très bon souvenir de ces nouvelles, très fines. J'en ai choisi deux du recueil La dame au petit chien pour redécouvrir l'auteur.

Un royaume de femmes est l'histoire d'Anna, riche héritière d'usines qu'elle peine à gérer. Née dans un milieu populaire, la voilà maîtresse d'une grande maison. Entre actes de bienfaisance, gestion de l'usine, thés entre femmes, elle s'interroge. Est-elle au bon endroit ? Ne devrait-elle pas se marier ? En cette journée de Noël, elle joue avec cette idée !

L'épouse est l'histoire d'un mari trompé. Il cherche à chasser sa femme, qui souhaite garder sa liberté et son confort. 

Histoires d'amour, d'adultère, du point de vue des hommes ou des femmes, qui ne manquent pas de finesse et d'humour. Enfin rêveries et considération des situations respectives des héros plus qu'histoires pour ces deux nouvelles. C'est simple, économe d'effets ou de mots...



lundi 9 novembre 2020

Agir et penser comme un chat

Petit bouquin de développement personnel écrit par Stéphane Garnier, il tient son originalité de son modèle, le chat. Repérant une quarantaine d'attitudes de nos félins domestiques, il nous encourage à les intégrer pour vivre mieux. C'est facile à lire, illustré de citations, d'exemples et de témoignages de Ziggy, le chat de l'auteur. Curieux, indépendant, calme, honnête, charismatique, etc. autant de qualités à cultiver !

Sympathique et original mais, comme beaucoup de livres de développement personnel, pas vraiment ma tasse de thé ou ma gamelle de lait. Un livre pour les amoureux des chats !


jeudi 5 novembre 2020

Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien

Connaissez vous l'histoire du fils prodigue, qui quitte la maison paternelle avec son héritage, le dépense et souffre de la famine avant de revenir vers son père... qui lui pardonne ? Eh bien c'est cette parabole que Jacqueline Kelen reprend et raconte. Elle ajoute des détails, des personnages, de la chair à l'histoire qui se déploie comme un conte. Il y a désormais la mère, le père, le serviteur, des anges et les deux fils. Chacun a droit à sa part de monologue, son interprétation de l'histoire. On découvre un fils prodigue qui ose, qui aime, qui se trompe, un fils vivant et beau, qui reconnait son essentiel. On suit toujours le grand frère parfait, un peu jaloux, un peu sec, qui ne semble pas vivre complétement. Et puis les parents, tourbillon d'amour, d'inquiétude, de soutien et de tendresse. C'est plein de sentiments divers qui traversent les acteurs du livre. A la fin, une courte analyse, peut-être de trop (?) qui donne quelques éléments de contexte.

Alors, pour vous y faire gouter, petite sélection de citations : 

"Dans les premiers temps je me sentais rassuré par une telle opulence. Puis je ressentis la menace venant de cette prospérité paisible et j'eus envie de connaitre la soif et l'aventure [...] Tiens, le voici, le  bon prétexte, le seul mobile de mon départ : aller à la rencontre du vent, m'offrir à tous les souffles, entendre leur chanson"

"Père est doté de cette rare bonté qui aime en l'autre la liberté, l'étrangeté même [...] La bienveillance de mon père me permet de partir, de grandir, même s'il lui en coute"

"Quels que soient son âge et sa capacité, chacun est appelé à faire croitre et à embellir la maison : celle qui est visible, et l'autre aussi, la demeure de Dieu"

"Douloureuse se révèle ma pauvreté. Je suis devenu un mendiant ou plutôt, dès mon arrivée dans la ville voilà des années, je n'ai fait que mendier des plaisirs, des nouveautés, je n'ai fait que quémander pour moi. Je me comportais en jeune seigneur, mais j'étais un esclave revêtu d'atours chatoyants, un pauvre esclave en dépit d'une bourse emplie de pièces d'or"

"Dès que j'apercevrais mon père, je me prosternerai et lui dirai, si les larmes n'étouffent pas les mots, je lui dirai que l'amour est intact, que j'ai tout dépensé mais que je n'ai rien perdu. Me reste l'essentiel, un trésor que n'entameront ni les rats ni les voleurs ni les courtisanes, me reste l'invisible alliance : ta parole donnée, ton amour, la liberté que tu m'as accordée. Père, écoute-moi, j'ai tout dépensé et je n'ai rien perdu"

mercredi 4 novembre 2020

Les brigands

Cette pièce de Friedrich von Schiller était dans ma LAL depuis des années. C'est grâce à Babelio que j'ai enfin franchi le cap.

Terrible histoire de famille, qui nous fait entrer dans la violence du Romantisme allemand. Maximilian von Moor et ses deux fils, Franz et Karl, sont au centre de l'histoire. Franz annonce à son père combien Karl est un débauché, ce qui conduit à son reniement. Franz est un sacré manipulateur, qui cherche à récupérer l'héritage de son frère ainsi que sa fiancée. Très noir, il fait croire à la mort de Karl puis de Maximilian. Quant à Karl, il se fait chef d'une bande de brigands, sorte de Robin des Bois. 

Bien entendu, tout cela se termine affreusement mal pour tout le monde. C'est violent, c'est manichéen, c'est sans filtre. Puissant !

lundi 2 novembre 2020

Jésus le Dieu qui riait

Ce livre de Didier Decoin est une biographie vivante du Christ. A la différence du récent Soif, il s'attarde sur toute la vie publique de Jésus, jusqu'à sa Passion et Résurrection. C'est une version douce et tendre d'épisodes clés de l'Evangile comme la rencontre avec Zachée, avec Marthe et Marie, les guérisons multiples, la multiplication des pains... On y rencontre aussi les disciples avec leurs questions et leurs surprises, on écoute les paraboles que l'auteur imagine bien plus longues et complètes, plus vivantes et plus drôles aussi ! Ce Dieu qui rit, c'est surtout l'humour et le sourire de Jésus, sourire tendre et aimant, non moqueur. 

Une jolie découverte, douce et simple !
"Jésus la dévisage avec amour. Ce n'est pas le premier rire qu'il fait naître, et ce ne sera pas le dernier, mais ce rire de sa mère, un rire émerveillé et confiant, est le plus beau"
"Elle ne peut s'empêcher de penser que Jésus et ces hommes qui le "suivent" ont tout à fait l'air de ces oiseaux captifs qu'on libère par inadvertance. Alors, on les voit quitter leur cage avec une sorte de frénésie qu'on comprend : ils étaient enfermés depuis si longtemps ! On s'imagine qu'ils vont s'élancer vers le ciel, partir très haut, très loin - mais non, pas du tout, ils se contentent de décrire d'interminables cercles au dessus des terrasses, comme désorientés par cette liberté nouvelle"
 

jeudi 29 octobre 2020

L'envers et l'endroit

A la suite de La Révolte dans les Asturies, je poursuis ma découverte des oeuvres de Camus que je n'avais pas lues. C'est un drôle d'ensemble, de textes, d'essais qui racontent quelques personnages croisés pour des tranches de vie souvent tristes, un peu cruelles. Très imprégnées d'Alger, elles parlent de vieillesse, d'isolement, de maladie, de voyage, de travail. C'est assez aride mais très beau.

Il comporte 5 parties et une préface très riche, où Camus reconnait dans ce texte la source de thématiques qu'il développera dans toute son oeuvre. On trouve notamment dans les appendices cette explication : 
"C'est vrai que les pays méditerranéens sont les seuls où je puisse vivre, que j'aime la vie et la lumière ; mais c'est vrai aussi que le tragique de l'existence obsède l'homme et que le plus profond de lui-même y reste attaché. Entre cet envers et cet endroit du monde et de moi-même, je me refuse à choisir. Si vous voyez un sourire sur les lèvres désespérées d'un homme, comment séparer celui-ci de celles-là ?"

L'ironie
Vieillesse, mort et isolement dans ce petit texte. 

Entre oui et non
Une femme et son fils, qui l'observe dans son silence.

La mort dans l'âme
Voyage à Prague, le personnage cherche son chemin.

Amour de vivre
A Palma, la danse dans un café, la joie de vivre.
"Car ce qui fait le prix du voyage, c’est la peur. Il brise en nous une sorte de décor intérieur. Il n’est plus possible de tricher – de se masquer derrière des heures de bureau et de chantier (ces heures contre lesquelles nous protestons si fort et qui nous défendent si surement contre la souffrance d’être seul) [...] Loin des nôtres, de notre langue, arrachés à tous nos appuis, privés de nos masques (on ne connait pas le tarif des tramways et tout est comme ça), nous sommes tout entiers à la surface de nous-mêmes. Mais aussi, à nous sentir l'âme malade, nous rendons à chaque être, à chaque objet, sa valeur de miracle"

L'Envers et l'Endroit
Que faire de son argent sinon préparer sa mort ?


lundi 26 octobre 2020

Nouvel éloge de la folie

C'est toujours chouette de retrouver un auteur aimé comme Alberto Manguel. Pourtant, avec ce recueil d'essais divers, édits et inédits, j'ai trouvé que ça partait dans tous les sens ! Seule Alice se fait notre Ariane dans cet ensemble varié.

La préface était pourtant prometteuse !
"Comme tous mes autres livres, ce livre a pour sujet la lecture, cette activité créatrice éminemment humaine. Je crois que nous sommes, dans l'âme, des animaux lecteurs et que l'art de lire, au sens le plus large, définit notre espèce. Nous venons au monde avides de découvrir un récit en toute chose : paysage, cieux, visages d'autrui et, bien entendu, dans les images et les mots que crée notre espèce. Nous lisons notre propre vie et celle des autres, nous lisons les sociétés dans lesquelles nous vivons et celles qui se trouvent au-delà de nos frontières, nous lisons dessins et immeubles, nous lisons ce qu'abrite la couverture d'un livre. C'est là l'essentiel. Pour moi, des mots sur une page confèrent au monde une cohérence. Lorsque les habitants de Macondo furent frappés un jour, pendant leurs cent ans de solitude, par un mal en forme d'amnésie, ils se rendirent compte que ce qu'ils connaissaient du monde était en train de se volatiliser et qu'ils risquaient d'oublier ce que c'est qu'une vache, ce que c'est qu'un arbre, ce que c’est qu’une maison. L’antidote, découvrirent-ils, se trouvait dans les mots. Afin de se souvenir de ce que leurs mots représentaient pour eux, ils rédigèrent des pancartes qu’ils suspendirent aux bêtes et aux objets : “Ceci est un arbre”, “Ceci est une maison”, “Ceci est une vache, et elle donne du lait qui, mélangé au café, donne le café con leche”. Les mots nous disent ce que nous, en tant que société, nous croyons qu’est le monde [...] Ce qui demeure invariable, c’est le plaisir de lire, de tenir un livre en mains et d’éprouver tout à coup cette sensation particulière d’émerveillement, de reconnaissance, de froid ou de chaleur qu’évoquent parfois, sans raison perceptible, certaines successions de mots. La critique de livres, la traduction de livres, l’édition d’anthologies sont des activités qui m’ont fourni une justification pour ce plaisir coupable (comme si le plaisir avait besoin d’une justification !) et m’ont même parfois permis de gagner ma vie. [...] “Le motif dans le tapis”, c’est la formule inventée par Henry James pour désigner le thème récurrent qui, telle une signature secrète, parcourt l’œuvre d’un auteur. Dans beaucoup des textes que j’ai écrits (critiques, notices ou introductions), je pense pouvoir distinguer ce motif insaisissable. Il a quelque chose à voir avec la relation de cet art que j’aime tant, l’art de lire, avec le monde dans lequel je le pratique, le “beau monde” de Thomas. Je crois qu’il existe une éthique de la lecture, une responsabilité dans notre manière de lire, un engagement à la fois politique et privé dans le fait de tourner les pages et de suivre les lignes. Et je crois que parfois, au-delà des intentions de l’auteur et au-delà des espoirs du lecteur, un livre peut nous rendre meilleurs et plus sages"

Mais j'avoue n'avoir pas bien vu l'intérêt de l'ensemble, qui se picore plus qu'il ne s'éclaire des lectures précédentes. Qu'à cela ne tienne, j'y ai glané des mots ! On redécouvre par exemple son amour pour Alice au pays des merveilles ou Don Quichotte, Pinocchio et Candide. On découvre aussi son passage de la lecture à l'écriture, des éléments de sa jeunesse, des essais littéraires ou politiques. On passe de l'histoire de la page, du point au lecteur ou traducteur idéal. Il parle de Borges, Dante, Homère, Wilde... et tant d'autres.

"Pendant toutes les années au cours desquelles j’ai lu et relu Alice, j’ai rencontré bien d’autres lectures différentes et intéressantes de ses aventures, mais je ne peux pas dire qu’aucune d’entre elles me soit devenue personnelle en profondeur. Les lectures des autres influencent, bien sûr, ma propre lecture, elles offrent de nouveaux points de vue ou colorent certains passages, mais elles ressemblent pour la plupart au moucheron qui ne cesse d’agacer Alice en lui chuchotant à l’oreille : “Vous pourriez fabriquer un jeu de mots à ce propos.” Je refuse ; je suis un lecteur jaloux et je ne reconnais à personne un jus primae noctis sur les livres que je lis. Le sentiment intime de familiarité établi voici tant d’années avec ma première Alice ne s’est pas affaibli ; chaque fois que je la relis, les liens se resserrent de façon très privée et inattendue".
"Comment la perception de ce que je suis affecte-t-elle ma perception du monde qui m'entoure ?"
"Pour un lecteur, c'est là sans doute la justification essentielle, voire la seule, de la littérature : sa faculté d'empêcher la folie du monde s'emparer totalement de nous, même si elle envahit nos caves (la métaphore est de Machado de Assis) avant de gagner lentement la salle à manger, le salon, la maison entière"
"Toute grande littérature (toute littérature que nous qualifions de grande) survit, plus ou moins péniblement, à travers ses réincarnations, ses traductions, ses lectures et relectures, faisant passer une sorte de connaissance ou de révélation qui, à son tour, se propage et fait jaillir chez beaucoup de ses lecteurs des intuitions et des expériences nouvelles. Ce caractère créateur, à l'instar des lectures shamaniques d'écailles de tortue ou de feuilles de thé, nous permet de comprendre, grâce à la lecture de fiction ou de poésie, quelque chose du mystérieux individu que nous sommes. Un processus qui nécessite non seulement la compréhension d'un vocabulaire partagé mais aussi le discernement, dans une construction littéraire, d'une signification nouvellement créée. En pareils cas, c'est le lecteur (et non l'auteur) qui recompose et déchiffre le texte se tenant en quelque sorte des deux côtés de la page à la fois."

"La bibliothèque idéale (comme toutes les bibliothèques) contient au moins une phrase qui a été écrite exclusivement pour chacun d'entre nous"
"Les livres nous obligent à regarder le monde. Mais que nous errions dans le but de nous perdre ou dans celui de nous trouver, dans les bibliothèques et sur les routes, c'est de notre volonté que cela dépend et non des cités hostiles ou accueillantes qui se trouvent derrière et devant nous"
"Les lecteurs savent qu'il y a des livres à lire après l'amour, et d'autres en attendant dans les salles d'embarquement des aéroports, des livres pour la table du petit déjeuner et d'autres pour la salle de bain, des livres pour les nuits d'insomnie chez soi et d'autres pour les journées sans sommeil à l’hôpital. Personne, même le meilleur des lecteurs, ne peut expliquer pourquoi certains livres conviennent à certaines occasions et d'autres pas. De quelque manière ineffable, les occasions et les livres, tels les êtres humains, s'entendent ou s’opposent entre eux. Pourquoi, à un certain moment de notre vie, choisissons nous la compagnie d'un livre plutôt que celle d'un autre ?"

samedi 24 octobre 2020

Tibhirine, une espérance à perte de vie

Cet ouvrage de Jean-Luc Barré est le fruit de rencontres de chrétiens en Algérie, peu de temps après l'assassinat des moines de Tibhirine mais aussi de Pierre Claverie et bien d'autres. Entre échanges avec des religieux, des morceaux d'histoire récente, des éléments sur la guerre d'Algérie et des ressentis liés aux déplacements en Algérie, ce petit livre, parfois un peu brouillon, invite à garder l'espérance.
J'espérais plus d'éléments liés à la spiritualité des chrétiens dans un contexte difficile, j'y ai plutôt trouvé des éléments factuels et politiques. 


mercredi 21 octobre 2020

La Princesse de Babylone

 Relecture d'un ouvrage de Voltaire lu en terminale... Oups, ça date ! On n'est pas très loin de Candide.

Le roi de Babylone organise un concours dont le prix est sa fille, la magnifique Formosante. Trois rois et un berger se présentent. C'est le berger, monté sur une licorne, qui remporte toutes les épreuves et disparait après avoir laissé un phénix à la belle Formosante, qui s'amourache de lui. Pour le roi, c'est plus compliqué, aucun des prétendants ne convient et un oracle lui annonce que sa fille doit faire le tour du monde. 

Qu'à cela ne tienne, Formosante commence un voyage à destination du pays des Gangarides, pays de cocagne où vit Amazan, le fameux berger. Embrassée par le roi d'Egypte qu'elle voulait leurrer, elle est prise à son propre piège : Amazan entame un tour du monde pour fuir l'infidèle. C'est l'occasion pour elle de faire un tour du monde et de découvrir de curieuses contrées : Chine, Russie, Pays-Bas, Angleterre, France, Espagne... Ce roman d'amour est bien sûr l'occasion de souligner les traits de l'un ou l'autre peuple, avec burlesque ou ironie, mais surtout d'en critiquer le système politique ou religieux. 

Sous ses airs exotiques et drôles, c'est un parfait petit conte des Lumières, qui joue avec les codes du roman courtois.