jeudi 26 février 2015

Au Bord du monde

Oui, je sais, je ne parle jamais assez tôt de ce que j'ai pu découvrir. Voilà plus d'un mois que j'ai vu ce film. Il nous présente des habitants peu entendus de la capitale, ses sans-abris.

Ce documentaire de C. Drexel nous conduit à rencontrer au fil des nuits des hommes et des femmes qui vivent dans les rues de Paris. Entre vues d'architectures, froide et monumentales, et rencontres de SDF, le film nous fait découvrir un autre visage de la ville. Une ville endormie, presque morte, qu'animent uniquement les discussions avec les clochards. Une ville belle mais désincarnée, et dont les monuments, les ponts, les métros semblent avoir écrasé l'homme. Une ville déshumanisée.

La seule vie que l'on voit, c'est celle de ces SDF. Jamais on ne comprend comment ils se sont retrouvés à la rue. Jamais on ne voit le basculement. Mais l'on entend à travers leurs histoires une vie qui a pu ressembler à la notre et qui est sortie des rails. Cette nouvelle vie, elle demande discrétion (pour ne pas se faire virer par la police), débrouillardise (pour dîner et dormir), espoir et force morale (pour survivre). 

A travers les mots de ces hommes et femmes, un autre monde se dévoile. Un monde où l'on dort dehors ou dans un tunnel routier. Un monde où l'on ne possède plus rien. Et où l'on se rend compte de la vanité des objets. Un monde qui a une sociabilité à part. Un monde qui tente de se raccrocher au nôtre via les journaux et jette un œil critique sur l'évolution sociale mais qui n'existe pas pour nous. Cette mise à l'écart, accentuée dans le film par la solitude de chacun des sans-abris, interroge sur notre confort. Cependant il reste beaucoup de zones non explorées dans ce documentaire notamment sur les réponses à proposer : comment peut-on éviter cela ? Comment réformer nos sociétés ? Et le film laisse malheureusement de côté les ravages de l'alcoolisme, de la violence, de la folie dans ce monde parallèle. 

Un regard esthétique et plein d'émotions sur ces hommes de la rue, un film qui a le mérite de leur donner la parole, mais qui reste un peu trop à la surface à mon goût.

lundi 23 février 2015

Pietro da Cortona

Le musée du Louvre édite de charmants recueils de dessins dans sa collection "Cabinet des dessins". Elle donne accès à des pièces rarement montrées, des esquisses : quelques coups de crayons pour une manche, une main, ou au contraire, des tonnes d'effets à coups de pierre noire et de rehauts.

Cet opus de Bénédicte Gady est consacré à Pietro da Cortona (et à Ciro Ferri, son élève et assistant). Ce grand peintre romain, dont on découvre ici une trentaine de dessins, est l'un des maîtres du XVIIe siècle. Auteur de grandes machines romaines, notamment des décors de voûtes d'églises comme Sainte-Bibiane, ou de palais comme le palais Barberini, il est aussi architecte. On découvre d'ailleurs dans ce recueil les façades qu'il a pu imaginer pour le Louvre, consulté par Colbert, comme Le Bernin. 

Dans cet ouvrage, après une rapide introduction, le lecteur est directement confronté aux dessins de l'artiste dont il trouve les explications historiques et artistiques à la fin de l'ouvrage. L'occasion d'expliquer les variations dans les attributions de certains dessins par exemple. 

Malgré sa petite taille et ses pages peu nombreuses, ce petit ouvrage est plutôt exigeant. Il réclame du lecteur une connaissance non seulement artistique mais aussi historique ainsi qu'une sensibilité au trait de l'artiste. Il peut se lire comme un complément à une visite romaine ou à une lecture sur l'art illusionniste et puissant de cet artiste.

Cortona, enlèvement des sabines

dimanche 22 février 2015

Revoir Paris

Je ne vais pas ici vous parler de la BD de Schuiten et Peeters mais de l'exposition qui se tient à la Cité de l'architecture. S'agit-il d'une volonté marketing de coupler BD et expo ? En tout cas, c'est un exemple amusant qui joue sur différents médias qui s'enrichissent l'un l'autre. Est-ce du transmédia ? Les spécialistes trancheront. 

Rottier, L'idée Halles, 1979

Cette exposition de petite taille propose en son centre des planches de la BD de Schuiten et Peeters, Revoir Paris, une histoire de science-fiction qui permet de voyager dans les temps de Paris ("Pâhry" dans la BD) et parmi les différents visages de la ville. Autour de ces planches, des alcôves présentent des dessins, des affiches et des objets sur l'urbanisation de Paris depuis le 19e siècle. On y trouve des projets réalisés, par exemple pendant les expositions universelles, comme des projets utopiques, qui ne sont pas sans interpeller le visiteur. Entre les Halles façon grenouille sur son nénuphar, le Paris dominé par des grattes-ciel sans limites ou le centre Pompidou à tête d’œuf, les architectes ne manquent pas d'imagination. C'en est presque de la SF ! On voyage de façon chronologique dans un Paris toujours plus déconcertant et surprenant, renouvelant notre regard sur une ville jugée parfois trop patrimonialisée. 

Enfin, la fin de l'expo permet d'écouter quelques interviews sur Paris : architectes ou philosophes s'expriment sur cette ville. Et un étrange écran permet de voyager dans le temps, le passé comme l'avenir, en voyant évoluer le visage de Paris : fascinant !

vendredi 20 février 2015

Livres de ma PAL qui rêvent d'être lus avant l'apocalypse

Voici un petit extrait de ma PAL (qui a quand même bien changé depuis 2009). Ce sont les livres les plus accessibles (physiquement). D'autres sont répartis dans différentes pièces de la maison parentale. Je vous épargne les catalogues d'expos, les bouquins d'histoire, d'art, de socio, de philo, etc. 
A quoi cela sert-il ? A ce que nous puissions organiser des lectures communes et faire baisser le nombre de bouquins de cette liste. Si vous avez un livre en commun avec moi, n'hésitez pas à me contacter !

Isabel Alba, La véritable histoire de Matias Bran
Jean-Luc Angelis, Quand pleurent les étoiles
Hannah Arendt, La crise de la culture  
Guy Aurenche, La solidarité, j'y crois
Balzac, Illusions perdues
John Berger, G.
Albert Camus, Révolte dans les Asturies
Albert Camus, L'envers et l'endroit
Françoise Chandernagor, Les enfants d'Alexandrie
Chaucer, Les contes de Canterbury
Lars Saabye Christensen, Le modèle
Jonathan Coe, Testament à l'anglaise
Albert Cohen, Solal
Albert Cohen, Mangeclous 
Albert Cohen, Ezéchiel
Albert Cohen, Le livre de ma mère LC pour le 1er décembre
Albert Cohen, Les valeureux
Lorant Deutsch, Métronome
Philip K. Dick, Ubik (scénario)
Dickens, Espoir et passions, un conte de deux villes
Jean-Philippe Domecq, Artistes sans art ?
Dostoeivski, Les démons
Dostoeivski, Les nuits blanches LC pour le 26 novembre avec Ingannmic
Dostoeivski, Le sous-sol LC pour le 26 novembre avec Ingannmic
Dostoeivski, L'éternel mari
Dostoeivski, Les démons
Dostoeivski, Les pauvres gens
François Dupeyron, Le grand soir
Louise Erdrich, La chorale des maîtres bouchers LC pour le 16 août avec Métaphore
Lucia Extebarria, Je ne souffrirai plus par amour
William Faulkner, Le bruit et la fureur LC pour le 19 décembre avec Ingannmic
Feist, Faerie LC avec Melisende le 10 décembre
Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée
Laurent Gaudé, La mort du roi Tsongor  LC pour le 24 mars avec Shelbylee
Giraudoux, Supplément au voyage de Cook
Giraudoux, Judith
Giraudoux, Tessa
Elizabeth Goudge, L'ange de Noël
Elizabeth Goudge, L'héritage de Mr. Peabody
Elizabeth Goudge, Le pays du dauphin vert  LC pour le 23 juin avec Shelbylee
Laurent Greilsamer, Le prince foudroyé 
Henry James, What Maisie Knew
Elizabeth Hand, L'ensorceleuse
Jaroslav Hasek, Le brave soldat Chveïk
Bernard Henri Levy, American Vertigo
Herodote, Histoires
Witi Ihimaera, Bulibasha, roi des gitans
Claude Izner, Mystère rue des Saint-Pères
Lieve Joris, Les portes de Damas
Jacqueline Kelen, Les amitiés célestes
Jacqueline Kelen, Une robe couleur de temps
Jack Kerouac, Sur la route
Joseph Kessel, Belle de jour
Tomasi di Lampedusa, Le Guépard
Annabel Lyon, Le juste milieu
Annabel Lyon, Aristote mon père
Alberto Manguel, Nouvel éloge de la folie
Alberto Manguel, Dictionnaire dse lieux imaginaires
Alberto Mangel, Une histoire de la lecture  LC pour le 15 mars avec Cléanthe
Jean-François Marquet, Le vitrail et l'énigme
François Mauriac, La fin de la nuit
Daphné du Maurier, Le bouc émissaire
Carson McCullers, Frankie Addams
Octave Mirbeau, Le jardin des supplices LC pour le 2 juillet avec Ingannmic
Edgar Morin, Introduction à la pensée complète
Shi Nai An et Luo Guan-Zhong, Au bord de l'eau
Jean-Luc Nancy, La possibilité d'un monde
Hubert Nyssen, Le bonheur de l'imposture
Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait
Jean d'Ormesson, Du côté de chez Jean
Marco Polo, La description du monde
Proust, A la recherche du temps perdu
Edmond Rostand, L'aiglon
Salman Rushdie, Les versets sataniques
Françoise Sagan, Un profil perdu
Ihara Saikaku, Cinq amoureuses
George Sand, Consuelo
Madame de Sévigné, Lettres
Walter Scott, Ivanhoé
Orhan Pamuk, Neige
Schmitt-Pantel, Hommes illustres
Murasaki Shikibu, Le dit du Genji
Isaac Bashevis Singer, La couronne de plumes et autres nouvelles
Christiane Singer, Les âges de la vie
Natsume Soseki, Je suis un chat
Sand et Musset, Le roman de Venise
Dan Simmons, Drood
Sam Stal, Histoires de chats qui ont changé le monde
Tacite, Annales
William Thackeray, Mémoires de Barry Lyndon
Tocqueville, De la démocratie en Amérique
J. R. R. Tolkien, Contes et légendes inachevées : Le premier âge 
J. R. R. Tolkien, Contes et légendes inachevées : Le second âge
Tolstoi, Résurrection
Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique
Updike, Couples
Fred Vargas, L'armée furieuse
Fred Vargas, Debout les morts
Jacques de Voragine, La légende dorée
Sarah Waters, Du bout des doigts
Mary Webb, La flêche d'or
Wells, L'amour et Mr. Lewisham
Oscar Wilde, Une femme sans importance
Oscar Wilde, Un mari idéal
Oscar Wilde, L'importance d'être constant
Oscar Wilde, La sainte courtisane
Oscar Wilde, Une tragédie florentine
Virginia Woolf, Orlando
Virginia Woolf, Mrs. Dalloway
...

J'ajoute à cette liste ce que j'ai pu recenser de la PAL stockée chez mes parents. Ces livres peuvent également faire l'objet de lectures communes, ils sont simplement un peu plus loin et moins accessibles pour une lecture immédiate. 

Achache, La plage de Trouville
Appachana, L'année des secrets
Aragon, Les cloches de Bâle
Austen, Emma
Barrie, Peter Pan
Bazin, Madame ex
Beauvoir, La force de l'âge
Behr, Le dernier empereur
Beigbeder, Au secours, pardon
Benameur, Profanes
Berr, Journal
Bertholon, Grâce
Bordage, Porteurs d'âmes
Brasey, Démons et merveilles
Brooks, Le livre d'Hanna
Brussolo, L'enfer c'est à quel étage ?
Canetti, Histoire d'une jeunesse
Carrere, Un roman russe
Carrière, Un rêve en plus
Cesbron, Libérez Barabbas
Chauvin, Les pantoufles du samouraï
Choplin, Le héron de Guernica
Christie, Une mémoire d'éléphant
Christie, Le crime de l'Orient express
Conrad, Hearth of darkness
Constantine, Et puis, Paulette...
Coq et Richebé, Petits pas vers la barbarie
Davrichewy, Quatre murs
Déniau, Dictionnaire amoureux de la mer et de l'aventure
Derey, Le pire caprice d'Allah
Desbiolles, Anchise
Du Maurier, La maison sur le rivage
Eco, Histoire des lieux de légende
Eco, Le pendule de Foucault
Eco, L'île du jour d'avant
Eco, Le vertige de la liste
Elkeles, Perfect chemistry
Ellis, Les lois de l'attraction
Eyre Ward, Ferme les yeux
Faubert, Bouvard et Pecuchet
Flaubert, Dictionnaire des idées reçues
Ferry, Apprendre à vivre
Forster, Avec vue sur l'arno
Fournier, Il a jamais tué personne mon papa
France, Le rouge lys
Gallay, Une part du ciel
Garat, L'enfant des ténèbres
Garat, Pense à demain
Garnier, Cartons
Gary, Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
Gheorghiu, Dieu à Paris
Giesbert, Dieu, ma mère et moi
Giraudeau, Cher amour
Goyau, Ozanam
Green, L'autre sommeil
Gremillon, La garçonnière
Grimm, Contes
Guérin, Des violons pour monsieur Ingres
Haddon, Le bizarre incident du chien pendant la nuit
Halter, Marie
Hemingway, Le soleil se lève aussi
Higgins Clark, Dors ma jolie
Higgins Clark, Souviens toi
Higgins Clark, La maison du clair de lune
Horace, Satires
Hornby, La bonté : mode d'emploi
Hosseini, Ainsi résonne l'écho infini des montagnes
Hulme, Au risque de se perdre
Huth, Invitation à la vie conjugale
Huth, Tendres silences
Iannaccone, Le rideau de jade
Indridasson, La voix
Indridasson, La femme en vert
Indridasson, L'homme du lac
Indridasson, Hypothermie 
Indridasson, Hiver arctique
Indridasson, La muraille de lave
Irving, L'œuvre de dieu, la part du diable
James, Le tour d'écrou
Kemal, La tempête des gazelles
Kemal, Regarde donc l'Euphrate charrier le sang
Kersauson, Ocean's song
Kessel, Les cavaliers
King, Cujo
La rochefoucauld, Maximes
Laclavetine, Première ligne
Larteguy, L'or de Baal
Larteguy, Mourir pour Jérusalem
Laurens, Dans ses bras la
Le carré, La constance du jardinier
Le, Cronos
Lodge, La vie en sourdine
Lodge, Small world
Mabanckou, Mémoires de porc-epic
Malouf, Une rançon
Mann, La montagne magique
Maupin, Bye bye Barbary lane
Maynard, L'homme de la montagne
McDermott, Charming Billy
Miralles, L'amour en minuscules
Modiano, Du plus loin de l'oubli
Ollagnier, Rouge argile
Ormesson, Le vent du soir, 
Ormesson, Tous les hommes en sont fous,  
Ormesson, Le bonheur à San Miniato
Orsenna, L'exposition coloniale
Ortiz, Fantômes à Calcutta
Ovalde, Ce que je sais de Vera Candida LC avec Ingannmic le 28 octobre
Pastoureau, Bleu
Pastoureau, Le petit livre des couleurs
Pastoureau, Une histoire symbolique du moyen âge
Pears, Le cercle de la croix
Pears, Le songe de Scipion
Pears, Le mystère Giotto
Peguy, Note conjointe
Perez Reverte, Le pont des assassins
Pingwa, La capitale déchue
Queffelec, Dictionnaire amoureux de la Bretagne
Rosnay, Le cœur d'une autre
Rousseau, Émile ou de l'éducation
Rousseau, Lettres à Malesherbes
Rufin, Le grand cœur
Rufin, Rouge brésil
Rushdie, L'enchanteresse de Florence
Sagan, La femme fardée
Sagan, La laisse
Sagan, Les faux fuyants
Sardou, Délivrez nous du mal
Sardou, Pardonnez nous nos offenses
Sartre, La nausée
Schmitt, Concerto à la mémoire d'un ange
Schutzenberger, Aie, mes aïeux !
Sévilla, Le dernier empereur
Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été
Shakespeare, Les joyeuses commères de Windsor
Shakespeare, Le soir des rois
Stefansson, Entre ciel et terre
Stefansson, La tristesse des anges
Stendhal, Napoléon
Tacite, Dialogues des orateurs
Thomas, The end of Mr Y
Toibin, Brooklyn
Tolstoi, Enfance et adolescence
Tuil, L'invention de nos vies
Updike, Le putsch
Valles, Le bachelier
Vargas, L'homme à l'envers
Vargas, Pars vite et reviens tard LC pour le 5 décembre avec Enna et Livraddict
Vargas, Un lieu incertain 
Vargas, L'armée furieuse 
Vargas, Dans les bois éternels
Vazquez Montalban, César ou rien
Verne, Autour de la lune
Verne, Contes et nouvelles
Verne, Les tribulations d'un chinois en Chine
Vilain, Pas son genre
Vitoux, Dictionnaire amoureux des chats
Wolniewicz, Terre légère
Woolf, The years
Xiaolong, La danseuse de Mao
Xiaolong, Les courants fourbes du lac Tai
Zola, Contes à Ninon

jeudi 19 février 2015

Percy Jackson et les dieux grecs

J'avoue que la transition entre Viollet-le-Duc et Rick Riordan est un peu violente. Je m'en excuse auprès des lecteurs sensibles.

Cet opus de Percy Jackson n'est pas une énième suite mais une mythologie façon Rick Riordan. Une manière de réviser (partiellement) les bases des histoires grecques, notamment de la théogonie, avec un langage d'aujourd'hui. Enfin, surtout les histoires des titans et des dieux principaux, pour les héros, on repassera ! En fait, ça fera l'objet d'un second livre (Vous entendez le bruit discret du marketing ?).

Pourquoi ça marche ? 
- Parce qu'on y retrouve l'humour de Rick (ou de Percy) et son goût pour l'anachronisme
- Parce que ce sont de petites histoires simples et courtes (avec des références contemporaines et des surnoms pour les créatures aux noms imprononçables)
- Parce que ça éclaire pas mal d'épisodes de Percy pour ceux qui ne connaissent pas les mythes originels
- Parce que les trucs les plus sanglants ou sexuels sont un peu édulcorés
- Parce que Percy s'implique dans ce qu'il raconte et il commente

Pour ma part, j'ai apprécié ce bouquin comme une petite détente sympathique, sans plus. Mais il devrait plaire aux ado (clairement le public ciblé) et leur apprendre plein de choses. Cela me pose des questions sur le ludique et le pédagogique : la mythologie grecque, c'est passionnant comme matériau. Est-ce que ça a vraiment besoin d'être réécrit ainsi ? Car s'il y a une vraie valeur ajoutée dans un écrit qui s'inspire de la mythologie, la raconter à nouveau, même avec des mots contemporains, me semble assez peu utile... Léger regret de mon côté avec cette impression de "produit dérivé".

Vase François à Florence

mardi 17 février 2015

Viollet-le-Duc ou les délires du système

L'exposition de la Cité de l'architecture m'a donné envie de relire cet ouvrage de Jean-Michel Leniaud. Il nous rappelle dans son introduction que Viollet-le-Duc est évoqué dans tous les débats sur la restauration du patrimoine et qu'il nous apparaît encore comme un homme curieux, cultivé, à la fois dessinateur, écrivain et architecte.

Son ouvrage se compose de la sorte :

I. Le temps de l'illumination

Cette partie traite de la formation de l'architecte, qui préfère faire ses premières armes chez les architectes Huvé et Leclère plutôt que d'entrer aux Beaux-Arts. Mais il se forme aussi par le voyage. Voyage en France, façon Voyages pittoresques, voyages en Italie. Et là, il dessine.
Dès 1834, il est professeur suppléant à l'école de dessin de la rue de l'école de médecine. Il est également sous-inspecteur des travaux de l'hôtel des Archives du Royaume et auditeur au Conseil des bâtiments civils.
Son premier chantier, c'est Vézelay que lui confie Mérimée. Contemporain des réflexions sur les monuments historiques et le patrimoine, on le trouve aussi sur le chantier de Saint-Denis, de la Sainte Chapelle ou de Notre-Dame de Paris... Mais cela sera plus explicité dans une troisième partie.

II. Le temps du gothique

Après le côté biographique, on entre dans une partie plus théorique. Viollet-le-Duc est l'un des penseurs de l'architecture médiévale comme architecture nationale et identitaire. Vous savez, c'est l'époque où la France et l'Allemagne se disputent la création de l'art gothique. Viollet-le-Duc voit dans cette architecture une architecture fonctionnaliste où l'ornement ne viendrait que souligner la logique de la structure. Au cœur de celle-ci, la croisée d'ogive est comme un squelette architectural. Bon, Pol Abraham montre ensuite que les ogives n'ont pas de rôle porteur...

III. Le temps des restaurations

Comme son nom l'indique, il est question ici des travaux de Viollet-le-Duc sur les monuments historiques français, notamment les architectures religieuses. Il appartient à la commission des cultes (1848) et au comité des inspecteurs généraux (1853), ce qui lui permet de travailler sur les cathédrales françaises. Sans vous faire une liste des interventions de l'architecte, parlons de quelques chantiers. A Vézelay, qui est en super mauvais état lorsque Viollet-le-Duc récupère le chantier en 1840, l'architecte efface volontairement des ajouts du 13e siècle, reconstruit les voûtes (qui s'effondrent). Bref, il réinvente l'édifice pour en faire du "pur roman". Sa conception de la restauration est la suivante : "rétablir le monument dans un état complet, qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné". Ce n'est pas forcément l'avis de ses contemporains. Lassus prône la conservation de chaque élément, Daly pense que restituer c'est inventer.
D'autres chantiers sont détaillés comme celui de la basilique de Saint-Denis (et le superbe projet de flèches), de la cathédrale d'Evreux ou encore de Saint-Sernin de Toulouse (qui a été dé-restauré d'ailleurs)...

IV. Du gothique à l'histoire universelle de l'architecture

Est ensuite envisagé l'aspect pédagogue de Viollet-le-Duc et ses productions d'écrivain. Entre son dictionnaire, ses Entretiens sur l'architecture et tous les ouvrages destinés aux enfants, notre architecte n'a pas chômé ! Bien entendu, il y diffuse ses théories, notamment sur la cabane primitive qui évolue du bois à la pierre, de l'Antiquité à la Renaissance...

V. Le temps de la construction

Cette dernière partie est consacrée aux créations architecturales de Viollet-le-Duc, plus ou moins influencées par son goût pour le Moyen Âge, mais surtout par une logique fonctionnelle. L'ouvrage se conclut sur ses suiveurs...

Un ouvrage qui explore beaucoup d'aspects de la personnalité de l'écrivain et architecte, qui interroge sur la place du patrimoine et sur la mise en place de la notion de monument historique. L'analyse est intéressante même si l'on se questionne sur les choix des parties et leur organisation : l'aspect théoricien apparait finalement très tôt dans l'ouvrage et la théorie semble surgir toute armée pour influencer sa carrière...

lundi 16 février 2015

Trompe-la-Mort

Tom Larch, métis né de parents indien et britannique, est arraché à l'Inde pendant son enfance. Arrivé dans les pluvieuses banlieues de Londres, il se lie avec des Indiens qui deviennent ses amis. Puis, à 18 ans, il quitte tout pour entrer dans l'armée. On le retrouve quelques années plus tard, seul survivant d'un crash d'hélico. Sa capacité à survivre à toutes les embuscades, sa chance insolente, attire l'attention. Il devient le héros d'un documentaire : Trompe-la-Mort

Ce roman nous conte les aller-retour de ce héros entre l'Inde, l'Angleterre et les pays en guerre. Cet homme, adulé comme un aventurier moderne, est en réalité un anti-héros mal dans sa peau, assoiffé d'amour et d'amitié. Entre l'enfance et l'âge adulte, on ne le voit pas changer. Il garde sa naïveté, sa colère, sa difficulté à trouver sa place...

Rue indienne

Contrairement aux précédents romans de Guenassia, je n'ai pas été emballée par ce livre. Tom ne m'a jamais vraiment intéressée. Je l'ai trouvé très "premier degré". Et sa chance exceptionnelle était certes une bonne idée mais je m'attendais à mieux, notamment pour ce qui est des aventures. Les images de l'Inde sont plutôt chouettes. Le thème du paumé qui cherche à donner un peu de sens à son existence, en se réfugiant dans l'action ou la méditation, qu'il s'agisse de Tom ou d'Alex (un personnage fantôme à découvrir dans ce roman), reflète bien notre occident en perte de repères et de sens. Bref, tout n'est pas à jeter. Mais ça ne suffit pas pour en faire un chouette roman.

Après ça reste bien écrit et sympathique mais cet opus restera moins marquant pour moi que le Club des incorrigibles optimistes !

Merci à Albin Michel pour l'envoi.

samedi 14 février 2015

Into the woods

Fans de Sondheim et enchantés par ce spectacle au châtelet l'an dernier, nous attendions avec impatience l'interprétation de cette comédie musicale par Disney. Enfin, surtout par Meryl Streep ! Et nous sortons un peu déçus : ce n'était pas à la hauteur de ce que nous avons pu voir et entendre l'an dernier. Mais ça a ravivé nos souvenirs. On ne chante plus que ça !

Le plot ? Pour ceux qui ont raté ce post et qui ont la flemme d'aller le lire, c'est un conte de fées qui mélange les contes de fées. Il y a des princesses, une sorcière, une malédiction, des géants, etc. Et ça se passe sur trois jours. Et ce n'est pas forcément happy end pour tout le monde.

Pas de problème du côté de l'interprétation et des chants, tous les acteurs-chanteurs sont à la hauteur. Et la musique... C'est Sondheim, quoi !

Agony torse nu
D.R.

Par contre, le  film reste très statique, c'est dommage de ne pas plus exploiter les possibilités du cinéma. Ainsi, la forêt aurait pu être plus diverse, plus incarnée. Les trois jours paraissent un peu répétitifs alors qu'il y avait moyen de créer des ambiances plus prenantes. 

Quelques bonnes trouvailles : Cendrillon dans la poix "On the steps of the palace", les deux princes dans une version hilarante et très second degré d'"Agony"... 
Et quelques mauvaises surprises : pas de reprise d'"Agony" dans la deuxième partie, la géante ridicule, le fondu raté pour la mort de la femme du boulanger... Voire le manque d'imagination pour les chansons comme "It takes two", "Moments in the woods" et "Your fault" : les personnages se contentent de danser ou de marcher dans la forêt. Cool. Enfin, ce qui m'a la plus gênée, c'est l'affadissement des doubles sens. Ok, Disney, c'est pour les enfants. M'enfin les chansons du loup et du chaperon rouge sont tout de même un peu plus tendancieuses que cela ! 

Bref, une interprétation un peu malmenée, qui a du mal à réaliser qu'elle ne se déroule pas sur une scène, limitée par les décors, et considérablement affadie pour plaire à un public plus jeune... Et je ne suis pas sûre que l'ensemble ne paraisse pas complètement confus pour qui ne connait pas la comédie musicale originale (cf. les critiques hallucinantes sur Allociné). Dommage !

vendredi 13 février 2015

Je suis un chat

C'est une collègue japonaise qui m'a fait noter ce titre il y a déjà plusieurs années, m'annonçant un superbe classique japonais. Je ne demandais qu'à m'enthousiasmer pour ce texte de Sôseki Natsume, d'autant plus que ça faisait un bail que je n'avais pas lu d'auteur japonais, mais j'en sors plutôt déçue. 

chaton mignon
Notre narrateur est un jeune chat. Séparé des siens, il entre par hasard chez le professeur Kushami qui l'adopte. Ce professeur de littérature anglaise est objet de curiosité et d'intérêt pour ce chat qui s'étonne de ce qu'est et de ce que fait un humain. Las, Kushami ne fait pas grand chose à part recevoir ses étudiants et papoter avec eux. Parmi ses fidèles, il y a Meitei, toujours prêt à faire des blagues, Kangetsu, doctorant amoureux de la voisine de Kushami, mais aussi son médecin (Kushami a toujours des problèmes de digestion) et quelques autres. Tout ce petit monde se prend très au sérieux. Mais a quelques soucis, notamment avec la position sociale, se croyant au dessus de tout le monde, ou avec l'argent, qui ne rentre pas...

D'autres humains sont présents, la famille de Kushami (sa femme et ses trois filles), sa bonne, les gamins du collège voisin, etc. Et quelques autres chats apparaissent au début du roman. Mais notre chat sans nom se trouve bien vite supérieur à ses congénères qu'il ne daigne même plus visiter ensuite. 

Notre petit chat, très pédant, observe ces humains. Son ton détaché souligne la bêtise des hommes et rend ce roman très ironique. Et il est intéressant de découvrir les questions qui secouent le Japon (ou ses intellectuels) au début du XXe siècle, alors que le pays s'ouvre à l'occident. Malheureusement, j'ai trouvé cette satire vite répétitive et lassante ; la deuxième partie m'a semblé traîner en longueur, ressassant les mêmes sujets et les mêmes ressorts, tout en enfermant de plus en plus les hommes dans la caricature. 

Dans le même genre, je vous conseille plutôt Les lettres persanes ou Zadig


jeudi 12 février 2015

Viollet-le-Duc, les visions d'un architecte

Alors que s'ouvre un colloque sur Viollet-le-Duc organisé par la Cité de l'Architecture, il est plus que temps de vous parler de cette expo

En entrant dans l'expo, on rencontre d'abord l'homme. Viollet-le-Duc nous est présenté comme un bourgeois bien en cour. Ses portraits succèdent aux anecdotes. Nous découvrons ainsi dans un joli dispositif sonore et lumineux l'éblouissement d'Eugène-Emmanuel devant la rosace de Notre-Dame de Paris sur fond d'orgue.

Nous l'accompagnons ensuite dans ses voyages en France et à l'étranger (très chouettes cartes avec dates et destinations). Là, Viollet-le-Duc se forme lui-même, dessinant sans cesse. Cet autodidacte, méprisant les formations académiques, se voit confier une partie de l'illustration des Voyages pittoresques et romantiques (dont parlait récemment le Musée de la Vie Romantique). La précision de ses dessins fascine. Mais il ne faut pas s'y fier. Ainsi, la restitution du théâtre de Taormina est très convaincante et séduisante, mais fautive. Confiant en sa "vision" romantique, notre dessinateur s'attache plus à ses impressions qu'à la réalité archéologique ou historique. Rappelons-nous qu'il est l'auteur de cette splendide phrase : "Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné". Intéressant point de vue, non ?

Viollet-le-Duc, vue restaurée du théâtre de Taormine, 1839
Viollet-le-Duc, vue restaurée du théâtre de Taormine, 1839

D'autres dessins plus inattendus, ceux de Dame Nature : la montagne, les animaux, les plantes... Notre homme était un esprit curieux, cartographe à ses heures. En quoi cela sert-il sa vision de l'architecture ? Tout simplement en considérant les bâtiments comme des corps avec leurs squelettes et leurs chairs. 

Aperçu du musée de la sculpture comparée
Aperçu du musée de la sculpture comparée
Et où fait-il ses armes comme architecte et restaurateur ? Sur le chantier de la Sainte Chapelle, aux côté de Lassus et Duban. On a ensuite un aperçu du chantier de Notre-Dame, de Pierrefonds (par des dessins)... et puis c'est tout. Pas de traces de Vezelay, de Carcassonne ou de Saint-Sernin de Toulouse (pour nommer ses chantiers les plus contestés). L'expo s'intéresse à d'autres créations de l'architecte, notamment ses dessins d'ornements et d’orfèvrerie, fortement inspirées de l'art gothique. Et à des aspects divers de sa personnalité, comme sa volonté de transmettre ses connaissances, que ce soit par l'écrit (dictionnaires, livres pour les enfants, etc.) ou par l'objet (Musée de sculpture comparée). 


L'exposition n'est donc pas tant consacrée à Viollet-le-Duc comme architecte que comme dessinateur, pédagogue ou visionnaire. N'y allez donc pas en ayant trop à l'esprit ses réalisations architecturales, vous risqueriez de ne pas vous y retrouver. La volonté est plutôt d'explorer la source féconde des créations de l'artiste, ses visions...

Viollet-le-Duc, wagon du train impérial, 1856
Viollet-le-Duc, wagon du train impérial, 1856

Si le parti pris ne m'a pas toujours convaincue, construisant une rétrospective qui se veut autre chose qu'une rétrospective, j'ai été séduite par les multiples facettes de Viollet-le-Duc. Enfin, notez que beaucoup de dispositifs intéressants ont été mis en place pour faire du visiteur un dessinateur !

lundi 9 février 2015

Voyager au Moyen Âge

C'est certainement l'expo la plus intéressante de cette saison, en tous cas à mes yeux. Elle allie un propos clair, des objets intéressants et une scéno sympa. Et elle est au musée de Cluny, un endroit délicieux. 

Tout commence avec la carte de Peutinger, qui présente les routes de la Méditerranée romaine et ses villes dans un espace symbolique, les 6 mètres de parchemins. Son but est d'indiquer les distances et les étapes pour le voyageur. Elle ne cherche pas à être une reproduction réaliste du territoire (cela aurait pu être un peu plus explicité car certains visiteurs se scandalisent devant cette carte de la nullité cartographique des anciens). Voilà qui introduit notre voyage dans le temps ! D'autres cartes, du ciel et de la terre, précisent cette vision du monde.

Croix processionnelle, Abyssinie, 14e siècle, Florence, Bargello

Puis plusieurs chemins s'ouvrent pour le visiteur : le pèlerinage, la croisade, les voyages commerciaux, artistiques, etc. A lui de voir par quel aspect il débute. Pour ma part, j'ai suivi le chemin de la foi. Vers Jérusalem, Rome, Compostelle, le pèlerin médiéval n'hésite pas à marcher pour gagner le ciel. Et visiblement, ils sont plutôt nombreux à le faire. Cela devait plus ressembler à des bandes organisées qu'à trois ermites au milieu de nulle part. Par contre, ce n'est pas parce qu'on cherche le Paradis qu'on doit le rejoindre trop tôt : mieux valait être armé pour se défendre des brigands qui écumaient les routes. La croisade entre aussi dans cette catégorie religieuse (elle est aussi politique). Le plus étonnant de ce parcours est certainement le rouleau des morts de Saint-Bénigne-de-Dijon : le prieur de la communauté décédé, un ou plusieurs moines se rendaient dans les abbayes (plus ou moins) voisines pour annoncer la nouvelle. Chacune ajoutait ses prières aux précédentes... pendant un voyage qui pouvait durer presque deux ans !

Le voyage est aussi d'un ordre tout autre. On se déplace pour apprendre auprès d'un maître, que l'on soit artiste ou savant. Les échanges artistiques et les influences entre l'Italie et les Flandres sont présentés. Mais l'on voyage surtout pour vendre. Les marchandises circulent à travers l'Europe, certaines épices par exemple viennent de contrées très lointaines qui alimentent l'imaginaire (je crois que c'est la partie que je regrette ne pas avoir vue plus développée). Bref, pour les fans de l'import/export, vous aurez des infos sur sa version médiévale.

Carte à jouer, navire,italie XVe, Cluny, enluminure sur parchemin

Les moyens de transports ? Les pieds, le cheval, le bateau, la charrette ? Ce point est assez peu évoqué mais une superbe épave est exposée, celle d'Ubierta. Et le matériel de voyage, du coffre à la chaise pliante, est mis en avant. 

Une expo très chouette, dont on regrette qu'elle ne soit pas plus longue. On aimerait poursuivre le voyage jusqu'au royaume du prêtre Jean, en savoir plus sur saints voyageurs (Saint Christophe qui protège toujours les déplacements) et bien d'autres voyages... Pour ceux qui veulent voyager encore, le Louvre et Philippe Dijan proposent d'autres excursions !

vendredi 6 février 2015

La plus que vive

Christian Bobin, c'est une écriture qui me parle. J'avais déjà fait ce constat en lisant Une petite robe de fête. Ici encore, il trempe sa plume dans la poésie et nous livre un texte hybride, entre le roman et le poème, entre la joie et la tristesse. C'est un texte plein d'amour et de soleil. 

C'est un texte pour Ghislaine, ou plutôt pour ses proches, ses amis, ses enfants. Tous ceux qu'elle a laissés derrière elle, fauchée à 44 ans. C'est un texte qui la raconte, un peu. Cette femme est toute joie, toute amour. Ce n'est pas une sainte, à moins qu'elle n'ait la sainteté des gens ordinaires. Cette femme, elle a tellement compté, elle compte encore tellement pour le narrateur... Il nous introduit dans leur relation.

grand arbre breton

En relisant ce petit topo, je constate combien je résume mal ce texte, combien je l'affadis en voulant vous le raconter. Il ne faudrait même pas que je vous décrive le contenu de ce livre. Mon seul message devrait être celui-ci : lisez ce texte, il est superbe et bouleversant. Il vous fera aimer le monde et les vôtres. Il se lit d'une traite. Il se relit pareil. Il est beau. Il parle à votre cœur. Il touche vos émotions. Mais il nourrit aussi votre intelligence. Il se couvre de crayon à toutes les pages. Toutes ses phrases pourraient être conservées comme autant de citations. D'ailleurs, je vous en mets quelques unes, comme ça, pour le plaisir.

"L'automne et l'hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à défricher pour toi ce petit jardin d'encre"

"Vivez encore, toujours, vivez de plus en plus, surtout ne vous faites pas de mal et ne perdez pas le rire"

"Toi, tu n'as jamais rien cédé. Tu as toujours tenu ton impatience serrée contre ta douceur"

"L'intelligence c'est proposer à l'autre ce qu'on a de plus précieux, en faisant tout pour qu'il puisse en disposer - s'il le souhaite, quand il le souhaite. L'intelligence, c'est l'amour avec la liberté"

"Le mal s'insinue dans l'air du temps comme de l'eau sous une porte"

"Le monde n'est si meurtrier que parce qu'il est aux mains de gens qui ont commencé à se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi. Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l'empêchement de vivre, d'aimer"

"Tu es celle qui m'empêche de me suffire"

Alors, convaincus ? Moi ça me donne envie de lire tout Bobin.

jeudi 5 février 2015

Rhodes, une île grecque aux portes de l'Orient

Petite expo extra au musée du Louvre ! Bon, je suis de parti pris, philhellène comme je suis. Et comme toujours, je vous en parle un peu tardivement. Désolée. Mais pour ceux qui aiment les belles antiquités et qui ont du temps cette semaine, c'est une expo à découvrir !

Ce que l'on retient de cette expo, c'est d'abord la formidable richesse culturelle de Rhodes. Plaque tournante de la Méditerranée, on y trouve aussi bien des objets égyptiens, grecs, phéniciens, assyriens qu'étrusques ou syriens. La vitrine centrale de cette expo accompagnée d'une carte de la Méditerranée montre bien cette variété de provenances !

Protome de griffon, Rhodes, 7es


Mais ce n'est pas uniquement une histoire de l'île comme port de commerce, c'est également une histoire de ses fouilles et de ses trésors que propose le Louvre. On y croise A. Salzmann, qui fouille et photographie Camiros dès 1859. C'est là qu'il découvre le fameux trésor de Camiros, des bijoux du VIIe siècle d'une grande richesse (pour ce qui est de la matière comme du décor) et d'une extrême finesse (filigrane et granulation virtuoses). Durant cette même campagne, les fouilleurs trouvent également de la céramique mycénienne (notamment l'adorable rhyton au poulpe de l'affiche de l'expo). Puis les Danois et les Italiens fouillent Lindos, Camiros et Ialysos. Depuis le milieu du XXe siècle, les Grecs ont pris le relais (quelques trouvailles de nécropoles récemment fouillées sont exposées).

On découvre ensuite Rhodes comme terre d'échanges et d'influences (la belle vitrine dont je vous parlais plus haut ainsi qu'une grande vitrine de céramiques grecques) mais aussi comme terre de création. C'est bien évidemment avec l’orfèvrerie qu'elle se distingue. Les plaques d'électrum et les appliques avec ses sphinx et ses femmes-abeilles sont absolument fascinantes : on reste collé devant la vitrine à s'émerveiller de la virtuosité des orfèvres (qui n'avaient guère que des petites loupes pour réaliser tant de petits détails). Très chouette petit film d'ailleurs sur la réalisation des bijoux et leur réparation. L'expo se termine sur les vases à reliefs, moins monumentaux que dans mon souvenir, mais très ornés. 

Une très belle exposition qui vous fera découvrir Rhodes entre le XVe et le Ve siècle, une île à la croisée des mondes grecs et orientaux.

Rhyton au poulpe, 1350 Rhodes


Je profite de ce billet pour citer en passant l'expo Voyages de Philippe Dijan qui rassemble des œuvres du Louvre et d'ailleurs (puisque des vidéos et des sculptures contemporaines sont exposées), de l'Antiquité à nos jours. De grandes citations émaillent le parcours du visiteur autour du voyage. Il est question de découvrir de nouvelles terres, d'explorer le monde mais aussi d'autres mondes (celui de la mort avec le voyage des âmes en Egypte par exemple). 

Un détour sympathique et intelligent, qui aurait mérité un peu plus d'espace et d’œuvres. 

mardi 3 février 2015

L'homme à l'envers

Nous continuons notre exploration de l'univers de Vargas, piochant allègrement dans les bibliothèques parentales. Et peut-être devrions nous ralentir notre consommation. Car après cette lecture, j'interroge l'Amoureux : "-As-tu aimé ?" "..." 

Nous avons eu l'impression d'une grande similitude entre cet opus et les précédents. Est-ce nous qui nous lassons ? Adamsberg qui dénoue les mêmes fils ? L'ambiance "Vargas" toujours un peu semblable ? En tous cas, c'est ce qui me fatigue souvent rapidement dans les polars d'une même série : j'aime retrouver mon enquêteur jusqu'au moment où il m'embête. Je vais donc abandonner Vargas quelques temps... pour certainement mieux la retrouver plus tard.

Cette histoire, c'est celle de moutons décimés par des loups dans les Alpes. Des loups ? Plutôt un seul gros loup. Mais ce loup ne semble pas frapper au hasard. Et si c'était un homme ? Un loup-garou ? Voilà la curieuse bête que Camille et ses nouveaux amis décident de traquer. Adamsberg va bien entendu rentrer en jeu pour aiguiller les recherches. 

Pas beaucoup plus à dire si ce n'est qu'on trouve toujours l'humour et le style, un peu rêveur, d'Adamsberg dans ce récit. C'est donc toujours agréable à lire, je suis simplement lassée. 

trefles

lundi 2 février 2015

A l'origine notre père obscur

Ce livre de Kaoutar Harchi a été suffisamment encensé ici et là pour que je l'achète sans même le feuilleter. Chose rare. 
En général, je lis deux trois paragraphes, je tourne les pages. Je repose le livre. Je reviens plus tard. Bref, je suis rarement dans l'achat compulsif (pour les livres comme le reste d'ailleurs). J'aurais peut être dû le feuilleter avant. Non pas que c'ait été une mauvaise lecture. J'en sors simplement moins enthousiaste que beaucoup d'entre vous. 

Harem Chasseriau
Vous avez certainement connaissance du plot : prisonnière de la "maison des femmes" depuis sa naissance, notre narratrice contemple sa mère, cette femme belle et triste, ne vivant que de l'espérance du pardon. Enfermée avec d'autres pour des crimes, réels ou supposés, contre les lois et la morale des hommes, sa mère attend que son époux vienne la libérer. Et pourtant, la porte est ouverte, chacune pourrait fuir et reconstruire sa vie. Mais non. Écrasées par la tradition et la culpabilité, ces femmes restent entre elles, se guettant mutuellement, se soutenant. A peine oppressant. Et notre jeune héroïne ? Elle nourrit un amour fou pour sa mère...

Sans nom, sans origine, cette jeune femme veut échapper au poids de la loi patriarcale, qui punit même les innocentes, qui se méfie de la femme, qui juge et condamne. Elle seule ose se révolter. Elle seule cherche à se confronter au monde, à l'homme. Elle se lève et s'avance, comme une petite Antigone, à la conquête de sa propre liberté. Il y a d'ailleurs dans ce livre quelques airs de tragédie grecque : le destin et la loi semblent régner en maîtres. Et le monologue intérieur de l'héroïne, direct, clair, parfois sensuel et lourd, nourrit cette impression. De même que l'universalité du texte, sans ancrage dans le temps ou l'espace. 

La forme théâtrale aurait peut-être mieux servi cette oeuvre, que j'ai trouvé belle et étouffante, pleine de tensions, mais aussi distante et impersonnelle. Un beau texte, pour un sujet qui est toujours d'actualité, l'oppression des femmes par les hommes, avec le consentement et l'amour de ces dernières.