lundi 26 janvier 2015

Sur le chemin de l'école

Je me souviens assez bien des discours réguliers de mes professeurs de primaire, qui nous rappelaient, quand nous n'étions pas sages, la chance que nous avions de pouvoir aller à l'école tous les jours, que d'autres enfants n'avaient pas cette chance ou devaient marcher plusieurs heures tous les jours pour avoir accès à l'éducation.

Le documentaire de Pascal Plisson reprend ce même thème à travers quatre visages d'enfants, qui habitent quatre pays différents. Leur point commun : ils vivent loin de leur école, et doivent mettre plusieurs heures pour y arriver, parfois au péril de leur vie.

DR

On alterne entre Carlos, qui fait 18km à cheval dans les plaines de Patagonie  avec sa petite sœur tous les matins et tous les soirs, Jackson, qui court (!) 14km dans la savane tous les jours, en évitant les mortels troupeaux d'éléphants, ou encore Samuel, un jeune indien handicapé qui est tiré pendant une heure matin et soir par ses deux jeunes frères pour aller au collège.

Pas de voix off, ni de discours moralisateur ou versant dans le pathos : ici toute la place est donnée à ces enfants. On les voit brièvement vivre chez eux , avec leur famille, leurs freres et soeurs. Et surtout, on les suit sur le long chemin qui va les mener jusqu'à leur salle de classe.
Ce qui m'a touché, c'est surtout la simplicité de ces enfants, leur enthousiasme et leur foi en demain. L'école, pour eux, c'est vraiment 

Au-delà de l'invitation à la réflexion sur notre rapport aux choses dans nos sociétés occidentales, le film est aussi un bon prétexte pour s'évader et découvrir ou redécouvrir les beaux paysages dans lesquels ces enfants évoluent... Car la contrepartie agréable de faire 14 km à travers la savane chaque matin et chaque soir pour aller en classe, c'est qu'on peut faire ses devoirs dehors, avec une vue sur les girafes ou les antilopes !

vendredi 23 janvier 2015

Sacrée croissance

J'ai eu la chance de découvrir ce documentaire de Marie-Monique Robin lors d'une projection-débat avec la cinéaste. Adeptes de la croissance et de la consommation, arrêtez immédiatement de lire ce billet, il ne pourra que vous ennuyer.


Dans ce documentaire, Robin s'interroge sur cette croissance dont on nous rebat les oreilles depuis un siècle. Et interroge cette notion via des interventions d'économistes et des présentations d'expériences écologique et durables. Trois grands thèmes sont abordés : les fermes bio, les monnaies locales et l'indépendance énergétique. Filmant des gens du nord comme du sud, dans des pays très riches comme des pays plus pauvres, la réalisatrice nous propose un nouveau modèle de société fondée sur une consommation locale, raisonnable et raisonnée. Et elle clôt son film sur l'exemple du Bhoutan qui a décrété que le PIB ne faisait pas le bonheur. Et qui a érigé le bonheur collectif  comme objectif. Étonnante idée, qui fait immédiatement germer en nous le soupçon du totalitarisme. Et pourtant, on ne peut s'empêcher d'espérer que ce petit pays inspirera d'autres initiatives.

J'ai littéralement découvert un monde que j'ignorais avec ce documentaire. La transition écologique, je savais à peine ce que cela désignait (ne me demandez pas une définition précise, je ne suis pas une spécialiste!). Sans parler de la résilience. C'est dingue la créativité et la force des gens. Evidemment, cela interroge à la fois notre mode de vie et notre modèle de développement. Cela invite à cesser d'agir en égoïstes "Après moi le déluge". Ce sont à la fois des engagements très simples et des bouleversements complets de nos sociétés. Bref, cela questionne beaucoup. Et donne envie d'agir. Mais comment faire à Paris ? Franchement, je manque de pistes. Des idées ?

Pour en savoir plus sur le sujet, je pense ne pas tarder à lire le livre qui complète ce film et explorer les interviews et les articles nombreux du blog de Marie-Monique Robin

jeudi 22 janvier 2015

La nostalgie heureuse

Quoi, un Amélie Nothomb ici ? Alors que je râle à chaque billet (ou presque) la concernant ? Que voulez-vous, c'est le livre qui me tentait le plus dans la sélection du Livre de Poche. Que je remercie car je serais passée à côté d'un roman plus sympathique que je ne l'imaginais. 

Hokusai, mont fuji vu du Goten yama à Shinagawa sur route tokaido
Hokusai, Mont Fuji vu du Goten yama à Shinagawa sur la route de Tokaido

Retourner sur les lieux de l'enfance et des premières amours. Retrouver les personnes qui ont le plus compté pour vous à ces moments. Chercher dans le paysage un petit morceau de souvenir. Voilà ce qui attend notre héroïne, de retour au Japon pour tourner un documentaire. 

On retrouve certainement dans ce livre des références à La Métaphysique des tubes ou à Ni d'Eve, ni d'Adam qui correspondent aux années japonaises de l'auteur. Je vous avoue que leur souvenir est un peu lointain et que Rinri et Nishio n'évoquait que de vagues silhouettes. J'ai préféré goûter ce livre sans me soucier de son contexte.

Qu'ai-je aimé dans ce livre ? L'absurdité du début et des galères téléphoniques de la narratrice. La chasse aux souvenirs. La joie des retrouvailles, avec les choses, les lieux, les gens. L'euphorie. Et surtout, cette nostalgie heureuse qui imprègne tout le roman. Je garderai aussi l'image de cette rencontre improbable et enivrante avec l'Himalaya. 

Pas d'agacement à la lecture de ce livre, c'est plutôt bon signe. Et la découverte du concept japonais de nostalgie heureuse illumine aussi cette lecture. Et ça me suffit !

mardi 20 janvier 2015

Le Maroc contemporain

Encore un peu de temps pour découvrir cette expo à l'Institut du Monde Arabe puisqu'elle est prolongée. Heureusement pour vous !

Cette expo nous fait découvrir la variété de la création contemporaine marocaine, dans les domaines de la photo, de la vidéo, de la peinture, des installations... et même de l'artisanat et de la mode. Organisée sur quatre étages, elle demande de prendre un peu de temps pour être appréciée. Surtout qu'elle a un côté très cosy avec ses salons... On y resterait bien toute la soirée !

Des premières salles, je retiendrai l'ironie des Ânes Situ de Hicham Benohoud, les abstractions colorées et toutes en courbes de Mohamed Melehi, les paysages scarifiés et légers de Yasmina Ziyat. J'ai été moins sensible à toute la section "Traduire" qui, malgré son titre, ne m'a pas trop parlé. 
Mais mon gros coup de cœur va surtout à l'oeuvre de Younès Rahmoun, Zahra Zoujaj. Seule dans cette installation poétique et esthétique, éclairée par ces 77 lampes de verre et bercée par un doux son, j'étais sous le charme des lumières dont l'intensité ne cesse de changer légèrement. Apaisement garanti ! 

Younès Rahmoun, Zahra Zoujaj
Younès Rahmoun, Zahra Zoujaj, D.R.

La partie sous-sol, parcourue plus rapidement, a moins retenu mon attention. Les questionnements sur les printemps arabes et la place de la femme dans la société sont pourtant des sujets qui m'intéressent. Mais je n'ai peut-être pas tout suivi... Quelques regards de femmes photographiées m'ont touchée et me resteront. 

Malgré ou grâce à son hétérogénéité, cette exposition donne à voir un art marocain bien vivant et protéiforme. Moi qui ne connaissais pas du tout l'actualité de sa création, je sors avec quelques œuvres qui m'ont interpellée, une attention plus forte à la place de la spiritualité dans l'art (merci Younès Rahmoun), à l'humour et à l'ironie de ces artistes. Laissez-vous mener par la fantaisie et la créativité de ce Maroc aux mille visages, c'est un joli voyage !

vendredi 16 janvier 2015

L’œuf de dragon

En attendant que sorte la suite du Trône de fer (le livre, pas la série qui ne me plait pas plus que ça et que j'ai abandonné quelque part dans la saison 3), je me nourris de ce que G.R.R. Martin veut bien nous donner. Et c'est un peu léger au regard des pavés habituels (ouf pour mon dos, zut pour mon imaginaire) !

L'histoire se déroule 90 ans avant le Trône de fer. Dunk, chevalier errant, et son écuyer parcourent les routes du royaume à la recherche de causes à servir. Contre bon repas. Ils ne prennent même pas le temps de réfléchir lorsqu'ils apprennent qu'un tournoi suivra les noces (et le repas de noces) de lord Beurpuits, ils foncent. Tête baissée dans un nid de frelons

Cette nouvelle, que j'ai lu sans connaître les deux précédentes sur Dunk, peut se lire de façon indépendante. Elle revient sur certains épisodes historiques comme les rebellions Feunoyr qui étoffent l'univers des Sept Couronnes. Et les deux héros, Dunk et l'Oeuf, sont forts sympathiques. Néanmoins, cela reste un peu léger et court par rapport à GOT. Le complot est expédié en 30 pages, tout le reste concerne le repas et le tournois... Bref, c'est vraiment fait pour patienter, c'est un apéro un peu léger, en attendant la sortie du tome 6. 

mercredi 14 janvier 2015

Croyances et rites populaires

Encore un livre qui traînait dans ma PAL depuis des plombes. Je l'avais acheté pendant des vacances bretonnes, enthousiasmée par sa couverture et son thème : l'examen des superstitions françaises. Cet ouvrage de James Eveillard et Patrick Huchet propose une balade dans la France des pierres dressées et des fontaines de jouvences.

Pierres Carnac

Le culte des pierres

Il y est question de tous les mégalithes qui peuplent nos campagnes, dressées au milieu d'un champ (pour le plus grand bonheur de leurs propriétaires), cachés dans une forêt ou même cultivés avec amour à Carnac (comment ça les pierres ne poussent pas ?). Mégalithe des fées ou des géants, les traditions populaires imaginent des origines magiques à ces grandes pierres et leur donnent des propriétés curieuses : pierres d'amour et de fécondité, pierres de jugement, pierres des sacrifices, pierre à trésor... Leurs sens sont aussi variés que leurs tailles. 

Le culte de l'eau

On parle ici de fontaines de guérison, habitées par des êtres fantastiques, plus ou moins bien intentionnés.

Une nature crainte... ou vénérée ?

Retour sur l'explication populaire des phénomènes météorologiques mais aussi des caractéristiques de certaines plantes et bestioles.

Devins, guérisseurs, rebouteux et autres décompteurs

Ce chapitre s'intéresse plutôt aux figures de la bonne aventure.

A quels saints se vouer

Une partie consacrée aux spécificités des saints. Il est question du culte des reliques, ces ossements ou objets liés aux saints, et à leur efficacité pour guérir les divers maux des hommes. La Vierge a aussi son chapitre (et l'on s'étonne du nombre de ses apparitions). Bref, ces saints apportent protection et guérison à qui les prie. Le phénomène Lourdes est effleuré, il aurait mérité plus de pages dans cet opus.

Êtres surnaturels

Un court chapitre sur les fées et fantômes de nos provinces, de Mélusine à la dame blanche.

Le diable et les sorciers

Tout est dans le titre.

Un livre intéressant par les documents qu'il présente, notamment les cartes postales anciennes et les objets de traditions populaires. Je regrette toutefois qu'il s'en tienne à la description des phénomènes superstitieux et n'en propose pas une analyse plus poussée. Ce livre tient plus de l'introduction qu'autre chose. C'est bien car cela donne envie de creuser certains points. Cela l'est moins car toutes les régions sont évoquées, tous les types de superstitions, mais toujours sur quelques lignes, sans trop citer de sources. Et la bibliographie finale ne permet pas vraiment d'enrichir la lecture, elle est très axée sur la collecte des faits plus que sur leur compréhension. 

mardi 13 janvier 2015

Le Pérugin, maître de Raphaël

Attention, vous n'avez plus que quelques jours pour espérer découvrir cette expo du musée Jacquemart-André

Le Pérugin, Ascension du Christ
Le Pérugin, Ascension du Christ, 1498, MBA Lyon

Comme souvent, cette institution surfe sur de grands noms pour présenter un petit nombre d’œuvres, souvent méconnues. Mais elle se prive souvent de superbes et grands tableaux conservés dans nos collections publiques, qui peuvent terriblement manquer à la démonstration. Car quels tableaux illustrent mieux le lien entre Le Pérugin et Raphaël que les deux Mariage de la vierge de Caen et de Milan ? C'est à travers la comparaison de prédelles que le musée pose la question débattue du maître et de l'élève : Le Pérugin était-il simplement connu de Raphaël ou a-t-il participé à sa formation ? Et c'est d'ailleurs le seul lieu où vous aurez des infos sur Raphaël. Il est dans le titre pour vous motiver à venir mais guère dans les salles d'expo. Bref, ça parle du Pérugin, pas beaucoup de Raphaël !

Que contiennent-elles ces salles d'expo ? Une présentation de Pietro Vannucci dit Le Pérugin (il travaille beaucoup à Pérouse), un inventaire chrono-thématique des sujets traités par le peintre. La première salle nous introduit à sa manière : couleurs vives, personnages dansants, compositions équilibrées et vivantes. Puis l'on découvre une salle consacrées aux Madones. Celles du Pérugin mais aussi (surtout) de ses contemporains. Le peintre y déploie sa touche douce et tendre, s'attachant aux liens entre la Vierge et le Christ. 

Puis vient la salle la plus curieuse de l'expo, celle qui évoque les travaux de la chapelle Sixtine. Pas moyen de déplacer les œuvres, c'est pas grave, on va les évoquer à travers... des portraits des artistes qui ont travaillé à ce chantier. J'ai un peu de mal à comprendre le parti pris du commissaire ici. Pourquoi ne pas montrer les peintures du Pérugin à travers des images (photos, film) ? La taille de l'espace ? Le côté "repro" ? En tous cas, la solution choisie me semble terriblement insatisfaisante. 

On poursuit avec d'autres figures de saints et de vierges à l'enfant, douceur, transparence, mais aussi monumentalité. Puis, passage rapide sur les œuvres profanes avant d'aborder la question de Raphaël. Enfin, d'en présenter rapidement le contenu. 

Une expo qui me laisse sur ma faim mais qui permet quelques chouettes rapprochements.

Pour ceux qui hésitent à y aller, faites vous une idée via le site de l'expo !

vendredi 9 janvier 2015

Apologie de Socrate

J'avais prévu de rattraper mon retard sur les expos. Mais il me parait plus urgent aujourd'hui de vous parler de philo. De vous inviter à réfléchir

L'Apologie de Socrate diffère des dialogues socratiques auxquels ont pu vous habituer vos cours de philo. Ici, Platon rapporte les propos de Socrate lors de son procès en -399. Ceux-ci se divisent en trois moments : la plaidoirie de Socrate, la proposition de sentence et sa péroraison, une fois condamné à mort


La plaidoirie tend à réfuter les accusions de Mélétos, de Lycon et d'Anytos selon lesquelles il corromprait la jeunesse et ne croirait pas aux dieux de la cité. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y explique sa démarche philosophique. Il raconte combien l'oracle de Delphes rendu à son sujet a pu l'étonner : il n'existerait personne de plus sage que lui. Il sillonne alors Athènes pour interroger sophistes, hommes politiques, poètes, artisans. Et constate que beaucoup croient qu'ils savent alors qu'ils ne savent pas tandis que lui, Socrate, sait qu'il ne sait pas. Et ces petits entretiens attirent spontanément beaucoup de monde, dont des jeunes gens. Mais contrairement aux sophistes, Socrate ne se fait pas payer. Et il n'apprend rien à personne. Il se contente de questionner. Il reprend d'ailleurs cette méthode pour montrer l'absurdité des accusations de Mélétos. Revenant sur ses actions, il signale son honnêteté et son dévouement à sa cité. Il est intéressant de noter qu'il imagine son action de 'taon', de réveilleur des consciences en dehors de tout engagement politique : "Il est plutôt forcé que celui qui aspire à combattre réellement pour la justice, mène, si peu de temps qu'il veuille sauvegarder son existence, la vie d'un simple particulier et non celle d'un homme public". Comme s'il devait payer son opposition par la mort ou la compromission. Cette première partie nous permet de mieux comprendre le contexte du procès. Accusé sur des prétextes assez minces (surtout que les parents des jeunes soi-disant corrompus ne témoignent pas dans ce sens),c'est toute l'attitude de Socrate qui est accusée, qui semble nuire à la cité. N'est-il pas désagréable pour elle de s'entendre dire certaines vérités ? 

Puis Socrate, une fois jugé, propose sa sentence. Et bien loin de tenter d'attendrir les juges, il leur demande d'être nourri au Prytanée, c'est à dire aux frais de l'état, comme citoyen exemplaire :"Je m'y suis engagé, essayant de persuader chacun de vous, et de n'avoir aucun souci d'aucune de ses propres affaires, avant d'avoir souci, pour lui-même, de devenir le meilleur et le plus sensé possible ; et de ne point avoir souci de l'administration de l'Etat, avant de vous soucier de l'Etat lui-même". N'est-ce pas la quête première et existentielle de tout homme ? Chercher à progresser, à aller vers toujours plus de sagesse. C'est loin d'être un chemin évident. Mais c'est un beau chemin, non ? Socrate ajoute qu'une "vie à laquelle l'examen fait défaut ne mérite pas qu'on la vive".

Enfin, Socrate fait un dernier pied de nez aux juges qui le condamnent. Il annonce la honte qui les poursuivra : oui, ils ont tué un juste. Alors qu'ils auraient pu simplement attendre qu'il meure (après tout, il était âgé de 70 ans). Et par cette mort, ils en font un martyr. Ils donnent du prix à cette pensée pour laquelle il est prêt à mourir. Et ils en font un héros pour ses 'adeptes' :"le nombre augmentera, de ceux qui pratiquent cette mise à l'épreuve envers vous [...] vous vous imaginez qu'en mettant les gens à mort, vous empêcherez qu'on vous reproche de ne pas vivre droitement".
Il en profite pour caler quelques réflexions sur la mort :"Mourir, en effet, c'est l'une ou l'autre de ces deux choses ; car, ou bien la chose est de telle sorte que le mort n'a absolument pas d'existence et qu'il n'a pas non plus aucune conscience de quoi que ce soit, ou bien, comme on le dit, c'est précisément un changement d'existence, et, pour l'âme, une migration de ce lieu-ci vers un autre lieu". 

Ce texte, qui est souvent l'un des premiers que l'on étudie en philo, pose bien des interrogations propres à la démarche philosophique : la place du philosophe, son investissement dans la cité, sa démarche. Se faisant éveilleur des consciences, il a un rôle essentiel mais désagréable : il agace, il perturbe, il invite à penser hors des sentiers bien balisés. Et c'est en cela qu'il est potentiellement dangereux et qu'il peut faire vaciller toute la société. 

Bref, un texte accessible, qu'il fait bon de relire quand on se remet à la philo. D'ailleurs, la philo, ce n'est pas que pour penser en terminale, ça peut se poursuivre toute la vie !

jeudi 8 janvier 2015

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté

Paul Eluard

lundi 29 décembre 2014

Inside

Le Palais de Tokyo, c'est un lieu plein de surprises ! On y va toujours avec une petite appréhension (mais que vont-ils encore inventer ?) et l'on ressort avec de belles découvertes, quelques incompréhensions voire détestations et beaucoup de questions.

Numen/for use

Avec Inside, on pénètre dans les entrailles du Palais... et dans les recoins les plus sombres de l'esprit humain. Dans le hall, le cocon de Numen/For use laisse deviner des hommes rampant vers l'entrée. Leurs corps suspendus et flous nous précèdent dans cette étrange traversée que constitue l'exposition. Puis, tout commence avec une forêt, cet espace de passage dans les contes, cet espace effrayant et sombre dans lequel il nous faut pénétrer. Cela me rappelle Into the woods. Nous voilà embarqués, coupés du monde par les bois de carton d'E. Jospin. Nous écoutons quelques temps les mineurs imitant les bruits de la mine avant de franchir un second passage, celui de M. Galan : avec son oeuvre minimaliste et illusionniste, il parvient à perturber le visiteur. Faut-il ou non passer de l'autre côté du miroir ? Que se passe-t-il lorsque l'on dépasse la ligne ? Simple et efficace !

Les bois d'E. Jospin

Des salles suivantes, je retiendrai surtout les cabanes de marbre de R. Gander, à la fois poétiques et énigmatiques, à la limite de l'inquiétant. Puis nous descendons en suivant les dessins de Dran. Ils sont très beaux, enfantins, mais souvent cruels. Et là, si vous n'étiez pas encore immergés dans l'expo, c'est le moment où vous plongez ! Impossible d'échapper à ce dessin sombre et obsédant. 

R. Gander, I is...
Plus loin, c'est la queue devant l'oeuvre de V. Fetisov : les parisiens se pressent pour être enfermés en tête à tête avec une télé. Je trouve le concept très fort et plutôt perturbant (claustro s'abstenir) : c'est au visiteur enfermé de trouver comment sortir de cette pièce. Et ça peut prendre 10 minutes comme trois heures... La sensation d'enfermement et d'angoisse croit avec Exorcise me, ces japonaises maquillées en mortes, puis avec l'oeuvre et le film d'A. Wekua... L'homme qui tousse de Boltanski est insupportable. On avance. On est physiquement mal à l'aise, un peu perturbé. Et notre voyeurisme se poursuit avec The Nameless Spectacle, Berek (The Game of tag) et les courts métrages de Nathalie Djurberg et Hans Berg. J'ai détesté ces corps humains maltraités et obscènes. Heureusement, quelques refuges ont ponctué ma route : celui de S. Thidet, étonnant et poétique, puis Burn à la fois rassurant et terrible (un intérieur dévoré par les flammes, sans que les êtres qui y vivent aient conscience de la catastrophe) et Ao, une installation qui joue sur la répétition. La musique et l'image, toujours semblables, hypnotisent et apaisent. 

Une exposition qui joue à fond sur l'expérimentation par le visiteur d'états très divers, qui progresse sans cesse vers l'intime, le caché. Dans certaines salles, on pourrait rester des heures, tandis que d'autres nous sont insupportables. C'est intéressant d'expérimenter l'art au niveau le plus épidermique, de ne pas intellectualiser tout ce qui est exposé. Bref, c'est un voyage décapant que je vous invite à vivre - si vous l'osez !

Dran, le dessin qui envahit l'escalier


Les autres expositions du Palais ont nettement moins retenu notre attention. Inside China nous a laissé complètement froids. Et les films et dessins de Louise Pressager nous ont amusé.

mercredi 24 décembre 2014

L'Ange de Noël

Voici un recueil de nouvelles de saison ! Très bon réveillon de Noël à tous !

D'Elizabeth Goudge, je ne connais pas grand chose à part Le Pays du dauphin vert. J'y avais déjà senti l'importance du sentiment religieux pour cette auteur. C'est encore plus vrai dans ces nouvelles, quasiment toutes centrées sur Noël ou sur des histoires sacrées

L'Ange de Noël

C'est une histoire qui pourrait encore arriver de nos jours. Un petit garçon, agacé par la répétition du spectacle de Noël, décide de rentrer chez lui... et s'égare dans la ville. Déguisé en petit ange (oui, le homard de Noël, je crois qu'il n'existe que dans Love Actually), il déambule et transforme les passants qui le croisent. Un très joli conte de Noël !

Le cheval d'argent

La famille de Delia doit quitter la maison. Cette jeune orpheline, chargée de frères et sœurs, est contrainte d'aller vivre chez son oncle. Mais sur le chemin, tout peut encore changer. Une nouvelle féerique

Saint Nicolas

En cette veille de Noël, une troupe de comédiens joue l'histoire de la naissance du Christ. Mais ce soir, celui qui interprète Marie n'est pas en état de le faire... Un petit miracle de Noël et un héros martyr. 

G. Honthorst, Adoration de l'enfant Jésus, 1620, Musée des Offices, Florence


Trois hommes

Le père Ambrose est chargé de perpétuer une coutume : celle de célébrer la messe de Noël dans un lieu désert, la chapelle Saint-Gabriel, dressée au sommet d'un rocher. Il n'y va pas de gaieté de cœur car il sait que plus personne ne l'y attend. Et pourtant, là encore, on peut parler de miracle de Noël

Saint Jean

Il n'est pas question de Noël ici mais de Pâques. Quelles sont les pensées et les actes de Jean, le disciple aimé de Jésus, après la mise au tombeau ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de corps disparu ? Une réécriture sensible de la résurrection.

Les deux grottes

Très courte nouvelle qui met en relation la grotte où le Christ est né avec celle qui a vu sa mort et sa résurrection. 

Giovanni

Une anecdote sur la vie de Saint-François d'Assise. En proie à la tristesse et au manque de confiance, le saint est émerveillé par la beauté de la nature. Un petit miracle de l'Esprit Saint.

Comme vous pouvez le constater, ces nouvelles sont empreintes de religiosité. On sent très fort l'inspiration chrétienne de l'auteur mais aussi une grande dose de croyance en des signes, des petits miracles, qui sont pour elle autant de manifestations de l'Esprit. Cela peut déranger certains lecteurs, je préfère vous mettre en garde. Par contre, on ne peut nier la grande sensibilité de son écriture, son attention à la nature, ses images subtiles et simples. Bref, ces nouvelles sont à la fois belles et fines !




mardi 23 décembre 2014

Frank Gehry

Au Centre Pompidou se tient une très belle rétrospective, riche en maquettes, sur l'oeuvre de Frank Gehry. Le genre d'expo qui ravira autant les amateurs que les connaisseurs. 

Elle est organisée de façon chronologique, selon un découpage chrono-thématique un peu conceptuel « 1965-1980, élémentarisation-segmentation », « 1980-1990, composition-assemblage », « 1990-2000, fusion-interaction », « 1990-2000, tension/conflit », « 2000-2010, continuité-flux », « 2010-2015, singularité-unité ». 

Gehry, Guggenheim Abu Dhabi

Tout commence avec ses travaux californiens, maisons et ateliers d'artistes souvent cubiques et intégrant des matériaux pauvres. Étonnante cette Gunther Residence. Sans parler de la Gehry Residence, cachée sous des tôles et des grillages. On poursuit avec quelques maquettes avant de découvrir le Vitra Museum et le Guggenheim de Bilbao. On oublie le composite pour unifier le bâtiment sous un même matériau. On découvre ensuite une partie méconnue de l'oeuvre de l'architecte, ses recherches et ses maquettes d'urbanisme. Et l'on enchaîne sur des espaces plus complexes comme le Concert Hall de Disney, le DZ Bank Building mais aussi le Guggenheim Abu Dhabi. Ici, on ne sait même plus ce qui est mur ou toit, tout se mélange. Et c'est là qu'il est intéressant de découvrir comment travaille Gehry : il a développé l'utilisation de logiciels très pointus au service de sa pratique architecturale.

Chaque projet est explicité par un petit texte, quelques dessins et une maquette, souvent sculpturale. C'est d'ailleurs le plus étonnant : lorsque l'on sort de cette expo, on a véritablement l'impression d'avoir vu des sculptures contemporaines plus que des architectures. Est-ce parce que l'aspect esthétique est bluffant ? Parce qu'il n'y a pas d’éléments en taille réelle présentés ? Peu d'info sur l'intérieur de ces bâtiments (circulations, espaces) ? Toujours est-il que tout repose sur les œuvres, ces maquettes présentées comme autant d'objets artistiques. Il n'est que peu ou pas question de l'architecte lui-même. Heureusement, le film de S. Polack nous laisse rencontrer l'homme, son fonctionnement, ses idées, sa façon de travailler. Mais des hommes qui utilisent ses architectures et y vivent, nous ne saurons rien. 

Une exposition éblouissante dans sa forme mais dont le parcours questionne : après Bilbao, c'est tellement riche en créations que l'on ne sait pas trop où donner de la tête ! 

lundi 22 décembre 2014

L'amour en minuscules

Juan vient de passer les fêtes chez lui, seul. Il mène une vie tranquille. Il enseigne, écoute de la musique, lit. Rien ne vient troubler sa monotonie. Mais en ce premier janvier, un intrus s'invite chez lui : un petit chat. Il tâche de le mettre dehors puis renonce. Ce petit événement déclenche une série de bouleversement dans sa vie et l'ouvre progressivement à ses voisins, sa famille... Puis à des étrangers complets. 

Ce petit roman de Francesc Miralles n'est pas le roman du siècle. Mais il est plutôt sympathique. Il n'est pas mal écrit même s'il aligne les citations et aphorismes un peu mièvres sur le bonheur. Les personnages sont attachants quoi que tous un peu fêlés. Mais le gros point positif, c'est quand même les dessins de chats qui débutent chaque chapitre. Et l'amour de la littérature, notamment allemande, qui émane de ce livre. 

Bref, ce n'est pas un roman marquant mais il détend et se lit rapidement. Et puis, il donne un peu foi dans l'homme et dans le monde, laissant croire à un bonheur possible. Je crois qu'il pourrait servir de doudou à quelques lectrices un peu déprimées.