jeudi 26 mars 2015

Singin'in the rain

Le mois de mars vous pèse. Les averses vous dépriment. Courrez donc au théâtre du Châtelet : Singin'in the rain ne peut que vous enchanter ! Et promis, vous sortirez en chantant !

Dois-je présenter cette comédie musicale ? En quelques mots, nous sommes à Hollywood dans les années 20. Le cinéma vit un grand bouleversement, le passage du muet au parlant. Pour Lamont et Lockwood, les vedettes du muet, c'est un passage difficile à négocier : Lina a une voix épouvantable. Et elle croit que Don Lockwood l'aime autant en vrai qu'au cinéma. Après tout, ce serait bien normal, c'est quand même une star ! Mais Lockwood n'a d'yeux que pour la jolie Kathy Selden...

Comme toujours au Châtelet, pas de faux pas. Les chanteurs et danseurs sont au top ! Emma Kate Nelson fait une chipie épatante, Jennie Dale nous étonne avec son numéro de claquettes et Daniel Crossley est remarquable ! Bravo !

Côté scénographie, vous ne serez pas déçus non plus, c'est absolument fantastique. Rappelez-vous, nous sommes dans un film des années 20, en noir et blanc et tout va concorder à nous le faire croire : les acteurs portent essentiellement du blanc et du noir, les décors des films sont en nuances de gris... D'ailleurs, les écrans sont sans cesse utilisés. Et la comédie musicale commence par un générique de film ! C'est inventif, c'est beau ! Et pour négocier le passage du noir et blanc à la couleur ? N'ayez crainte, la dernière scène vous éclairera. Et je ne vous ai pas dit : il pleut véritablement sur scène. Un émerveillement, du début à la fin !  

Singin in the rain Chatelet

mercredi 25 mars 2015

Jeff Koons, la rétrospective

Il est une période terrible pour les amateurs d'expositions : l'entre-deux expositions. C'est généralement l'occasion de se replonger dans les collections permanentes, de profiter de salles plus calmes. Et de voir les quelques expos qui ne suivent pas le même calendrier que les autres. Mais il s'agit souvent d'expos de second choix pour moi, d'expos que je ne serais pas forcément allée voir. Bref, je n'étais pas motivée par Koons et l'expo du Centre Pompidou n'a pas réellement changé mon regard sur son oeuvre. 

expo Koons Pompidou

L'artiste joue à reproduire sans cesse des objets décoratifs, souvent assez kitschs, dans des matières qui les rendent plus précieux, plus visibles, plus colorés, plus brillants... Il est très intéressant de voir ses œuvres "en vrai". De noter leur aspect lisse, manufacturé, reproductible. De noter le jeu sur les volumes et les couleurs. Car la photo ne rend vraiment pas justice à leur aspect, peut-être moins encore que pour d'autres œuvres. Mais à part cette fascination du kitsch ? Eh bien pas grand chose : des explications minimalistes et sans véritable fond, une scéno très froide... Je suis sortie de Pompidou confortée dans mon impression initiale : cela n'a pas beaucoup d'intérêt.

Car cet artiste néo-pop, qui joue sur la répétition, sur l'objet de consommation, sur le ludique m'est apparu d'un indicible ennui. Un peu comme une promenade dans un centre commercial : pas d'émotion, pas de beauté, de laideur, pas de vie. Pas de critique, non plus. Au mieux, ça vide la tête ! 

Koons elephant 2003
Elephant, 2003

mardi 24 mars 2015

Déboutonner la mode

Mes sorties entre copines, j'aime les faire au musée des Arts Décoratifs. S'il n'y a pas d'expos, les collections permanentes sont d'une telle richesse que nous nous épuisons avant elles. S'il y a des expos, l'une d'elles est généralement susceptible de nous intéresser.

C'est avec curiosité que nous avons découvert "Déboutonner la mode". Nous avions peur de nous retrouver face à face avec les milliers de boutons de Loïc Allio, sans dessus-dessous, un puzzle ou un memory de la boutonnière. Heureusement, il n'en fut rien ! 

Boutons révolutionnaires


L'expo suit un déroulement chronologique, du XVIIIe siècle à nos jours. Attention, vous ne trouverez pas les petits boutons en forme de coccinelle ou d'éléphant de votre enfance mais plutôt des boutons de la Haute couture. 

Coquillage Camée in Déboutonner la mode
Un coquillage façon camée

Tout commence de façon très pédagogique avec une présentation des matériaux qui peuvent composer le bouton. Chaque matériau ou technique est représenté par un objet qui le caractérise : un plat pour la céramique, un jouet pour le plastique, des bijoux pour le jais... et un incroyable coquillage pour le camée. L'occasion également de découvrir une technique oubliée, le compigné. Elle tire son nom de Thomas Compigné, tabletier du XVIIIe siècle, qui réalisait de charmantes et précieuses miniatures sur étain. Un travail de précision !

Puis l'on rentre dans l'histoire du bouton avec les habits du XVIIIe siècle. Exclusivement réservé à l'homme, le bouton est signe de distinction sociale. Il n'est pas toujours utile (boutonnières factices) et se cache dans le dos, dans la poche, sur les manches. Le nombre standard au XVIIIe siècle ? 18 boutons. Réalisé en matières plus ou moins précieuses, par des corps de métiers bien spécifiques selon qu'il est d'or, d'ivoire, d'émail, etc., le bouton est un objet de luxe, à tel point que des lois somptuaires tendent à limiter son usage. On découvre alors avec délices des boutons bien particuliers : les boutons à rébus, messagers d'amour et de libertinage, ou des boutons à message politique (pendant la Révolution) voire utilisés comme herbiers : boutons à la Buffon. Avec un tel ancrage dans l'actualité, ils ne peuvent que se démoder rapidement ! 

Boutons à la Buffon in Déboutonner la mode
Gilet de satin et velours avec ses boutons révolutionnaires à la Buffon, contenant de minuscules vivariums 
  
Et le bouton sur le vêtement féminin ? C'est plutôt vers le milieu du XIXe siècle qu'il s'y fraye une place. Mais il est bientôt partout. Les bottines, les gants, les corsets, les jupes, les manteaux... Même s'il reste plus discret que le bouton masculin. Et semble perdre son côté prestigieux à la fin du XIXe siècle avec une production industrielle en plein essor. Bien entendu, le bouton de luxe existe toujours, il suffit de jeter un œil aux petites merveilles que sont les boutons Art Nouveau. 

Manteau Chanel in Déboutonner la mode
Manteau Chanel, hiver 1969

La seconde partie du parcours s'intéresse au bouton dans la Haute couture depuis le début du XXe siècle. Cette partie m'a semblé moins dingue. Les créations de certains paruriers pour les couturiers tiennent parfois de l'oeuvre d'art mais c'est plutôt l'usage et le placement des boutons qui m'a intéressé ici. Et il est assez rarement novateur. Je retiendrai toutefois un manteau Chanel couvert de boutons et un usage très précieux du bouton par Lagarfeld. Car n'est il pas vrai, comme le dit Yves Saint Laurent, que le "bouton est comme le bijou du vêtement" ? 

L'ensemble se clôt sur la création de boutons par des artistes contemporains... Une salle que j'ai moins appréciée car les boutons y sont décorrélés des vêtements et présentés, non pas comme des objets d'usage, mais uniquement comme des œuvres d'art. 


Lagerfeld in Déboutonner la mode
Lagerfeld pour Chanel, 1991-92

Pour en savoir plus sur cette expo, une chouette émission sur France Culture

jeudi 19 mars 2015

Lettre à Laurence

"Pour moi, expérience de l'amour et expérience de la foi n'en font qu'une. Loin de se faire du tort, elles se renforcent l'une l'autre, conscientes de procéder d'une même intuition : celle de l'absolu se faisant proche"
Dionysos et Ariane, Tullio Lombardo

Attention, ce livre de Jacques de Bourbon Busset va vous faire basculer dans l'intimité d'un couple. Cette lettre à son épouse Laurence, récemment décédée, tient véritablement de l'échange amoureux. Ou plutôt, du monologue amoureux. Il est à la fois rétrospectif parce qu'il revient sur quelques éléments d'une histoire d'amour, mais sans suivre une chronologie particulière, et très intemporel parce qu'il s'intéresse au grandes lignes du cœur et de l'esprit humain. 

Cet amour réciproque, à la fois passionné et tendre, intellectuel et sensuel, semble au lecteur hors du commun. Inatteignable. C'en est limite agaçant. On a l'impression que l'auteur nous assomme de la perfection de son histoire d'amour. Il l'explique notamment par un même élan vers l'absolu : "Il y avait entre nous une complicité d'esprit, la même conviction qu'il existait un absolu et que tout était subordonné à sa rechercheet par une volonté de faire constamment le bien de l'autre avant le sien propre : "Pour penser à moi je pensais à toi". Cet amour se ressource aussi dans la foi que partage ce couple, qui les nourrit. Ce n'est pas l'étape première de leur construction, mais cela vient les renforcer.

Sans être éblouie par l'écriture, sans être réellement touchée par cet amour et par ce couple, j'ai noté beaucoup de passages. C'est un peu comme ma lecture de La plus que vive : souligné et entouré à chaque page (ou presque). Et pourtant rien ne me bouleverse là dedans. C'est étrange... Ce genre de sentiment vous a-t-il déjà habité après une lecture ?

Voici les nombreux extraits que j'ai envie de retenir de ce livre : 
"Tout s'est passé comme si nous avions ressenti la nécessité de nous mettre à deux pour interroger le monde et en tirer quelques certitudes provisoires. Mais pourquoi moi, pourquoi toi ?"

"Je l'ai toujours pensé, l'amour vit d'une ressemblance manquée"

"Ce qui nous avait tout de suite rapprochés, ce fut une commune exigence, une exigence de vérité, non pas de vérité sociale, expression qui n'a aucun sens, mais, comme disent les enfants, de vérité vraie"

"J'ai appris par toi que le passage de l'amour de la vie au désir de la mort n'était pas un défilé long et difficile mais, au contraire, une brusque et imprévue coupure sur le chemin familier, une défaillance brutale dans l'ordre des choses pouvant intervenir à tout moment. Rien n'est jamais acquis, tout peut être remis en cause à chaque instant. Le secret de la liberté est dans ce pouvoir de bouleverser d'une intonation, d'un geste ce qui a été patiemment construit et, en sens inverse, d'illuminer d'un sourire les ombres accumulées et de les disperser"

"Le secret, c'est que l'unité tant recherchée existe à cause du regard de l'autre. Ton regard a créé mon unité. Je ne me sentais un que sous ton regard. Je pense que chacun de nous est en mesure de faire exister un être, un seul (et c'est déjà beaucoup). On devient soi par l'autre.
Proust dit que l'amour est "le temps rendu sensible au cœur". Sans un amour profond le temps est, en effet, bête comme une voie de chemin de fer. On y va de gare en gare. L'amour change la couleur du temps. Des points lumineux s'allument, s'éteignent, se rallument après des années. Les mois, les semaines, les jours sont multicolores. Il en est de noirs, de bleus, de rouges, d'écarlates. Le temps n'est plus un long chemin qui s'étire tristement, c'est un feu d'artifice où les fusées de la joie s'efforcent d'éclairer la nuit obscure"

"La complicité, loin de nuire à la liberté de chacun, la développe, qu'il se crée une émulation féconde entre deux intelligences soucieuses de s'étonner et de se dépasser"

"La fausse vie a, en sa faveur, le brillant, l'immédiat, le facile. La vraie vie est un sentier escarpé qui exige effort et patience, mais, à chaque pas, le monde se découvre un peu plus. Aller de la fausse vie à la vraie vie, c'est changer de rive. Tu m'as fait passer sur l'autre rive"

"La joie d'exister, c'est toi qui me l'a apprise. Avant de te connaitre, j'étais un de ces vivants qui ont l'air de s'excuser de vivre"

"L'amertume de beaucoup naît de la conscience de l'absurdité du monde où ils sont jetés. Notre joie naissait de l'étonnement, chaque matin, de jouir encore de la grâce qui nous avait été donnée. Dans les deux cas, on n'en revient pas, que ce soit de l'absurdité ou de la grâce. Ce sentiment de stupeur nous séparait de tous ceux pour qui l'univers est une machine sans problèmes à laquelle il convient seulement de s'adapter. Pour nous, rien n'allait de soi, tout faisait question, le mystère était présent dans l'acte même d'exister"

"La rigueur inséparable de la démesure, j'ai appris de toi qu'elle était source de joie. Auparavant, je connaissais le plaisir, j'ignorais la joie, ce plaisir grave qui se nourrit du sentiment que l'on a enfin trouvé sa route, celle qui suffit de suivre pour aller toujours plus loin. Grâce à toi, j'ai compris que de l'alliance de la cohérence et du désir naissait la joie"

"L'amour naît de la confiance absolue"

"La relation la plus intense, pour un être humain, est l'étreinte. L'étreinte ouvre sur l'absolu. L'étreinte, c'est l'infini resserré. La gloire de l'étreinte est la respiration de l'univers"

mercredi 18 mars 2015

Imitation game

Alan Turing, vous connaissez ? Pas de panique, vous ne serez pas le ou la seule à répondre "non" à cette question. Moins médiatique qu'Einstein, moins attirant que Marilyn Monroe, ce bonhomme a pourtant au moins autant marqué le siècle dernier que ces deux autres figures. 

Imitation Game

© SquareOne Entertainment

Et ce film de Morten Tyldum (à vos souhaits) vise justement à faire connaître ce personnage discret, inconnu du grand public. Il relate comment, en décodant Enigma, la machine de cryptage utilisée par les allemands durant la seconde guerre mondiale, celui-ci a drastiquement changé le cours de la guerre - et a permis au passage des percées fondamentales pour l'informatique contemporaine.

Jeune prodige britannique, surdoué en mathématiques, Turing n'est pas pour autant l'homme le plus avenant du monde... On pourrait même aller jusqu'à dire que le bougre n'est pas très adapté socialement ! On le voit arriver dans l'unité spéciale qui tentera pendant plusieurs années de cracker Enigma, ignorant superbement ses collègues, qu'il considère comme trop limités, et travaillant seul dans son coin. Son obsession : construire sa propre machine, capable de décoder systématiquement les messages allemands.

Turing va quand même se rendre compte qu'il a besoin de autres, en particulier de la belle Joan Clarke, interprétée par Keira Knightley, pour atteindre son but. Mais au cœur de la guerre, les rivalités, suspicions d'espionnage et pétages de plomb de la hiérarchie ne vont certainement pas lui faciliter la tâche...

Si l'issue du film est  attendue, on ne s'ennuie pas le moins du monde dans Imitation Game ! Le film pose même quelques problématiques bien senties, telles que la perception de l’homosexualité, la place de la femme dans la société, qui, si elles ont évolué, nous font prendre conscience de l'existence d'archaïsmes même dans notre société de l'an 2015. Et surtout, le film est servi par la performance exceptionnelle de Bénédicte Cumberbach, qui campe son personnage de Turing, surdoué, sensible, mal a l'aise, complexe et sans doute incompris, de façon remarquable. 
Geek ou non, je vous conseille vivement ce film !

dimanche 15 mars 2015

L'état culturel. Essai sur une religion moderne

Cet essai de Marc Fumaroli faisait partie de la to-read list de mes études. Le genre de bouquin un peu daté mais qu'il fallait lire pour comprendre les débats qui ont pu agiter l'histoire du ministère de la culture. Mais j’avais toujours été rebuté par les avis contraires que j’entendais sur ce livre. Et pourtant, il est fort intéressant même si daté (eh oui, les choses ont un peu changé depuis 1991) et polémique (voire un peu limite sur certaines comparaisons). 
Il se présente de la manière suivante : 

Mme de Pompadour, Louvre
Il Mondo Nuovo 
I Aux origines de l'Etat culturel 
1. Le décret fondateur 
2. Un repoussoir : la IIIe République 
3. Deux essais comparés d'état culturel 
- Le Front Populaire 
- Vichy et la "Jeune France" 
4. Malraux et la religion culturelle 
- L'intellectuel et "l'homme" 
- Nature et culture, matière et esprit 
- Un ciment pour la société organique 
II. Portrait de l'état culturel 
1. Le fond du décor 
2. Carême et Carnaval 
3. La culture, mot-valise, mot-écran 
4. Du parti culturel au ministère de la culture 
5. Une cote mal taillée 
6. Loisir et Loisirs 
7. La modernité d'état 
8. Culture contre université 
9. La France et sa télévision 
Conclusion : Actualité et mémoire 
- Vertébrés et invertébrés 
- La France et l'Europe de l'esprit 


Alors, de quoi ça cause ?  

De la société des loisirs à la religion du culturel

Notre société donne à tous de plus en plus de temps libre. Et ce temps, pas question de le perdre ! Il faudrait l’occuper d’activités… notamment culturelles. La culture n’est plus l’apanage d’un petit nombre. Chacun peut aller admirer la Joconde sans avoir à montrer patte blanche. Avec ce « socialisme de la culture », un univers s’ouvre à tous. On pense bien entendu aux musées et aux monuments historiques quand on me connait un peu, aux livres, bien sûr, mais ça ne s’arrête pas là. Il y a aussi la musique, qu’elle soit classique ou non ; le cinéma, le théâtre, la danse et bien d’autres arts encore. Parmi ceux-ci, il y a des chefs-d’œuvre pour tout le monde. Chacun, selon ses goûts, peut se retrouver ici ou là. L’auteur s’interroge sur cette civilisation du tout culturel et sur son jeune ministère. A le lire, on a parfois l’impression qu’il s’agit d’un procès d’intention (politique). Mais il a le mérite d’interroger notre rapport à la culture et ce que recouvre ce terme en 1991. 

Fumaroli examine ainsi la place de la culture dans notre société. N’est-elle pas une religion de substitution ? Le premier dimanche du mois, c’est pèlerinage dans les musées nationaux. Et en juillet, c’est Avignon. En septembre, Journées du patrimoine obligent, ce sont les monuments voisins… C’est un catéchisme. Ainsi, Avignon, c’est rigolo. Ce festival, testé par les élites contestataires et avant-gardistes, est devenu un divertissement de masse. Il y a le off pour les avant-gardes. Voire le off du off… 

Comment en est-on arrivé à cette religion de la culture ? Grâce au ministère créé par Malraux dont l’objectif était la démocratisation de la culture. Mais cette démocratisation, comment se fait-elle ? Et fonctionne-t-elle vraiment ? Fumaroli soupçonne le ministère de la culture de passer de la culture à l’entertainment. Tous les événements qu’il propose tournent autour de la fête. Pour la rendre plus attractive, moins poussiéreuse, on crée des événements, des animations… Comme si, sans cet aspect festif, on ne pouvait intéresser les français à la culture. 

Pour l’auteur, un des moyens de tester l’efficacité du ministère serait de proposer une chaîne de télévision purement culturelle. Mais aurait-elle du succès ? A priori dit Fumaroli, cela permettrait de dégonfler un peu les chiffres dont se rengorge le ministère de la culture. On verrait ainsi que ce sont les mêmes qui lisent, vont au théâtre et visitent les musées. Et cela serait l’aveu de l’échec du ministère… Donc pour justifier son existence, le rôle du ministère aurait lentement changé : il n’est plus désormais question d’éduquer mais d’animer

Et cette position est loin d’être évidente : entre les exigences de démocratisation et de commercialisation et celles de la préservation et de l’étude, il y a un gouffre. Si c’est la démocratisation qui prime, peut-on la réaliser autrement que par le loisir et le divertissement ? Et le but caché n’est-il pas de faire tourner la machine des loisirs ? Comment faire revenir les visiteurs au musée ? En créant toujours plus d’expositions. Comment les faire consommer plus de monuments ? A travers des journées d’animations. C’est l’offre immédiate et limitée dans le temps qui suscite le désir et la consommation. Certes, on essaie de nous faire croire que consommer de la culture est plus noble que toute autre consommation… mais c’est le propre d’un capitalisme bien compris que de transformer tout ce qu’il croise en objet commercial. Car c’est l’un des points que soulève Fumaroli, et qui ne manque pas d’intérêt, même si son analyse mériterait d’être mise à jour : cette offre culturelle, n’a-t-elle pas également des objectifs économiques ? Doit-on favoriser le soutien inconditionnel de l’Etat ou l’objectif de rentabilité des institutions culturelles ? Un musée est envahi par des boutiques, il est encadré de galeries commerciales et accueille en son sein des offres commerciales et événementielles. Le calme savant des lieux s’efface devant une fête perpétuelle. Est-ce pervertir sa vocation ou l’élargir
Ce passage à une culture « à l’américaine », s’appuyant sur du marketing et des techniques issues du show-biz, Fumaroli l’attribue au ministère Lang en 1981. Et le sens même de la culture devient ainsi sous sa plume un joyeux fouillis, qui englobe tous les phénomènes sociaux contemporains. Pour chacun, selon son profil, son comportement, etc., il existe une offre culturelle. Oui, c’est une offre, soigneusement étudiée, avec des analyses de marché, de clientèle… 

La création artistique, enrichie ou appauvrie ?

Et la culture n’a pas uniquement comme destination d’être consommée, chacun n’est pas uniquement invité à jouir de cette culture, mais peut participer à la développer par ses propres talents. On favoriserait ainsi un hédonisme de masse… 

L’un des points qui retient l’attention, c’est celui de la création artistique contemporaine. Est-ce que le soutien d’Etat n’encourage-t-il pas les mentalités d’assistés et les actions irresponsables, puisque non sanctionnée par le marché : on est libre de tout produire, que cela intéresse ou non puisque l’on ne prend aucun risque économique

Fumaroli dénonce le dirigisme d’Etat qui nuirait plus qu'il ne profiterait à la création contemporaine. A demander toujours plus d’avant-gardisme et de progrès, ne s’enferme-t-on pas dans une vision étroite de ce qu’est l’art en allant contre son pouvoir de résistance et de liberté qui, justement, le rend créatif ? Par ailleurs, y a-t-il autant d’artistes aujourd’hui qu’au XIXe siècle ? Sont-ils à mettre sur le même plan ? L’auteur suppose qu’avec la politique égalitariste de l’Etat, moins de talents véritables émergent. Comme si se réalisait un nivellement par le bas

L’auteur rappelle que ce sont des mécènes généreux, des grands bourgeois de la IIIe République qui ont financé et fait connaitre des artistes aujourd’hui acclamés. Sans que l’Etat vienne y mettre son nez. Cette culture libérale, qui a vu naître des artistes officiels et des artistes maudits, il l’oppose à notre politique culturelle qui ne ferait émerger que des œuvres ennuyeuses et médiocres. Il assène : « Ce que l'état encourage dépérit, ce qu'il protège meurt ». 
Il entre aussi en guerre contre le parisiano-centrisme qui conduirait à mépriser des modèles locaux, des œuvres populaires ou des poncifs vus comme « bourgeois ». Il s’inquiète : n’aurait-on pas substitué à une culture populaire et accessible, un soi-disant haut niveau défini par Paris ? 

Endormir ou aiguiser nos esprits critiques ?

Parmi les choses un peu dérangeantes de ce livre, on peut évoquer les petits détours historiques destinés à argumenter le propos et l’éclairer de comparaisons plus ou moins intéressantes. Fumaroli compare par exemple la politique du Front Populaire et du régime de Vichy. 
En 1936, le Front Populaire offre à tous des loisirs : sport, théâtre, lecture, tourisme, etc. Le but est de favoriser l’éducation populaire, mais certainement pas de faire du divertissement un moyen de ne pas penser… Sous le régime de Vichy, on sabre la culture des élites pour porter aux nues une culture populaire, portée par tous. De quelle politique faudrait-il aujourd’hui s’inspirer ? Faut-il d’ailleurs s’inspirer de l’une d’entre elles ? Plus loin, il tente une comparaison historique avec le commissariat à la culture de Lénine… 

En réalité, ce livre fait considérer le ministère de la culture avec méfiance. A quoi sert-il réellement ? Le ministère de la culture offre-t-il de la culture ou de l’entertainment ? Est-ce qu’il contribue à la formation ou à l’engourdissement des esprits, via son offre incessante de divertissements ? Vise-t-il à donner des loisirs aux hommes pour les apaiser, pour éviter les révoltes, bref, pour les rendre plus dociles ? Sous couvert de culture est-ce que l’on forme réellement des esprits critiques ? Oui, le soupçon peut partir très loin ! 

La culture ne devrait-elle pas être au cœur de la formation humaine ? Voire être l’essentiel de l’enseignement ? Ici, petit détour, à nouveau, par l’histoire, notamment antique pour dénoncer la décadence contemporaine. En asservissant la culture à de l’événementiel et de l’actualité, on ne prend plus le temps d’éduquer. Au lieu de développer le loisir studieux, on développe les loisirs. La consommation de masse irait de pair avec le recul des humanités (d’une brûlante actualité avec la maltraitance que subissent le latin et le grec ancien) : l’université s’attacherait désormais au présent, sans prendre le recul qu’elle devrait avoir. Oui, Fumarolli opère un subtil basculement entre culture et enseignement, semblant oublier que l'un et l'autre dépendent de ministères distincts.

La démocratie libérale a besoin de veilleurs, des hommes libres dont les opinions, relayées par les médias, questionnent et limitent le pouvoir de l’Etat et la servitude volontaire des peuples. Mais pour avoir de tels hommes, il faut les former. Et que propose-t-on aujourd’hui ? Un nihilisme qui ne croit qu’à l’instant à remplir, une culture qui n’est que distraction, qui ne construit pas l’homme et ne répond ni à sa curiosité, ni à ses envies. Les visiteurs et spectateurs deviennent des esthètes blasés, passant de spectacles en spectacles. On oublie ainsi que notre histoire et notre patrimoine n’ont pas toujours été des objets de consommation et de divertissement dominical mais le fondement même de nos civilisations. Nous devenons des consommateurs de l’histoire et du patrimoine, en en attendant des émotions. Mais ces émotions, elles ne peuvent pas venir uniquement des événements. Car ce beau qu’on nous promet sans cesse, peut-on réellement l’appréhender sans le connaitre ? Est-ce que l’école nous donne encore les moyens de connaitre puis de comprendre pour, ensuite, mieux ressentir ? Dans nos démocratie, est-ce que l’esprit et la recherche ont une chance face à la consommation et à la culture de masse ? Est-ce que ce sont encore des buts que se donne notre Etat ? Où est-ce désormais enseveli dans le passé ? Paris, capitale de l’esprit au 18e siècle, est désormais celle du tourisme. Est-ce que nous n’y perdons pas ?

Malgré ses positions parfois extrémistes, j'ai beaucoup aimé ce bouquin qui pose des questions toujours actuelles. La question de la démocratisation, de la rentabilité, de la création, etc. On se rend compte du large éventail de compréhension possible de ce que sont les loisirs et la culture. Si certaines critiques me paraissent assez fondées, notamment sur la fête perpétuelle et l'aspect un peu superficiel de certains événements culturels, d'autres me semblent bien sévères. Mais je ne peux m’empêcher d'évoquer la #MuseumWeek qui se prépare sur Twitter et qui vise à donner aux musées une plus grande visibilité. Là aussi, on est dans le festif avec un événement par jour. Mais répond-elle vraiment aux objectifs de démocratisation affichés ou ne fait-elle pas qu'entretenir un petit entre-soi des museogeeks et des visiteurs de musées un peu connectés ? Intéresse-t-elle plus largement un public initialement rétif à franchir les portes des musées ? Je serais curieuse de connaître les résultats de telles opérations car celle de l'an dernier m'avait vraiment semblé être un échange entre les différents CM de musées et quelques visiteurs déjà "acquis" à la cause... Bref, la démocratisation, je trouve ça génial mais je ne suis pas certaine que l'on emploie toujours les bons moyens pour la mettre en oeuvre ! 

vendredi 6 mars 2015

Tétraméron

Bien sûr, je ne pouvais pas manquer le dernier Somoza. J'ai d'ailleurs trépigné de joie lorsque l'Amoureux me l'a offert dernièrement. J'ai interrompu toute autre lecture et avalé très vite ce court opus. 
L. Lippi, allégorie de la simulation, 1650

Soledad, lors d'une excursion scolaire, ouvre la porte qu'il ne faut pas ouvrir et quitte ses compagnes. Elle se retrouve dans un petite pièce dans laquelle quatre personnes sont réunies autour d'une table. Elle est invitée à les écouter conter des histoires étranges. Mais, gare à ses mots, ils seront forcément retenus contre elle...

Dans un univers mystérieux et malsain, le lecteur est un voyeur curieux et ravi d'assister à cette scène étrange. Il s'interroge : qui sont ces quatre personnages ? Que signifient leurs contes ? Que va-t-il arriver à Soledad ? Comme des boites façon poupées russes, les histoires et les moments du livre s'imbriquent et se découvrent progressivement, laissant imaginer un trésor final. 

Si c'est avec beaucoup de bonheur que j'ai plongé dans l'écriture ciselée de Somoza, avec plaisir que j'ai découvert son approche de l'univers du conte (il fait des romans à thèmes, rappelez-vous : la physique, l'art, la poésie, la traduction, etc.), j'avoue n'avoir pas compris grand chose à ses histoires et à son histoire. Il y est question de folie, de mal, de mystères, de perversions... et sur le fond, de passage à l'âge adulte. Ce sont des contes initiatiques pour Soledad qui grandit et se dévoile à mesure que les contes sont dits.

Un livre dont j'ai aimé l'ambiance si particulière et certains contes, mais qui reste à mes yeux un peu trop énigmatique et artificiel

jeudi 5 mars 2015

Consuelo

Pour moi, George Sand, c'était uniquement La petite fadette et La mare au diable. Des lectures un peu enfantines, sur fond d'amours paysannes, aux personnages toujours purs et beaux, quoi que mal jugés. Cela m'a d'ailleurs toujours semblé contradictoire avec le personnage de l'auteur, viril et jouisseur, qui accumule les amants, que l'on nous présente à l'école... Avec Consuelo, on rentre dans quelque chose de plus consistant (et pas uniquement en termes de nombre de pages).


George Sand par David d'Angers

Consuelo est une petite zingarella vivant à Venise. Elle y apprend la musique auprès du Porpora, compositeur du XVIIIe siècle, et devient cantatrice. Pure et simple, la petite chanteuse ne prend pas la grosse tête. Mais le monde qui l'entoure, et notamment son petit amoureux, est bien moins chaste et désintéressé qu'elle. Et la voilà qui fuit Venise pour se réfugier en Bohème avant de retrouver son maître à Vienne.

Ce roman, publié en feuilleton (cela se sent dans les rebondissements et les invraisemblances de certaines actions), est de ceux qu'on a du mal à lâcher. Si l'héroïne, tellement éthérée et bienveillante que c'en est louche, a failli m'agacer à plusieurs reprises, elle n'en a pas moins finit par gagner ma sympathie. Franche, honnête, pieuse, c'est une petite sainte... Qui se retrouve dans des situations diaboliques. George Sand s'amuse à promener notre petite Consuelo dans toute l'Europe et à la confronter à des puissants comme à des humbles. Elle joue aussi sur différents cadres : la ville et ses tentations, la campagne et ses pauvres hères, le château et ses fantômes... donnant à chaque aventure une teinte plus libertine, plus champêtre ou plus gothique. Loin d'être linéaire, ce roman initiatique est plutôt sinueux.

Au-delà des aventures de Consuelo, il est intéressant de lire ses réflexions sur l'art et la vocation, sur la façon dont la musique élève et guérit, ses débats intérieurs sur son devoir : doit-elle suivre son coeur ou ses talents ? Est-elle d'abord femme ou artiste ? D'autres sujets sont effleurés comme la condition des pauvres et des riches. La figure d'Albert, qui ne supporte pas la misère et passe sa vie à faire des aumônes, et celle du comte Hoditz, qui utilise ses gens comme autant d'acteurs, interroge sur l'ordre social du XVIIIe siècle (époque à laquelle se déroule cette histoire) et du XIXe. 

Dans cette oeuvre romantique très complète, George Sand joue sur tous les tableaux. Elle est à la fois romancière, philosophe, artiste, femme politique... Malgré ses côtés un peu lourds et très pédagogiques, ce roman n'en renouvelle pas moins mon regard sur George Sand et sur son oeuvre. Je n'imaginais pas son humour et son goût du pastiche, je connaissais sa passion pour les musiciens mais moins pour la musique, et je découvre une volonté politique plus vaste que de simplement revaloriser la paysannerie berrichonne aux yeux du monde !




Allez, je m'embarque pour la suite de ce roman, La comtesse de Rudolstadt.

dimanche 1 mars 2015

Dimanches d'août

Je viens de finir mon premier Patrick Modiano pour le blogoclub. Merci pour cette initiative car voilà des années que j'avais envie de lire ses romans et que je repoussais ce moment (oui, c'est pas très cohérent). Mon impression à chaud : une atmosphère plus mystérieuse qu'elle n'y parait, des personnages qui ne se livrent pas tout entiers. Bref, un livre tout en retenue, un peu ambigu


Faut-il parler un peu du contexte ? Notre narrateur vit à Nice. Il croise une de ses connaissances, Villecourt, et déroule rétrospectivement le fil entre son arrivée à Nice. Rejoint par Sylvia, qui porte au cou un gros diamant, la Croix du Sud, il cherche un moyen de le vendre. Les Neal, un couple d'américains, semble intéressé...

Mais il y a dans ce roman beaucoup plus et beaucoup moins qu'une histoire d'amour et d'argent. On y croise l'ennui et la déchéance d'un homme. C'est un roman dans lequel l'obscurité semble régner ; même en plein soleil, les zones d'ombres gagnent. Ce n'est pas la Nice lumineuse de l'été, c'est une ville froide, dans laquelle les gens se croisent sans se voir, dont les grands hôtels ont perdu leur éclat. Décrépitude des choses et déchéance des hommes, est-ce là le sujet du roman ? 

Pas seulement, c'est aussi un roman de l'incompréhension, du regret et du temps qui émousse. Il laisse au lecteur une curieuse impression d'inachevé, de renoncement et de nonchalance. De l'humidité aussi. Celle de ce meublé qui colle à la peau des personnages. Et du lecteur.

Non, on ne saura pas tout, voire on n'en saura de moins en moins à mesure qu'on avance. Car l'écrivain joue avec les apparences et les non-dits, laissant au lecteur le soin de combler ou non les trous. 

Je sors de cette lecture avec cette impression de tristesse et de flou, de mystère et de vanité. C'est curieux, presque physique comme sensation. Je crois que j'ai compris de quoi on parle lorsqu'on parle de l'ambiance des romans de Modiano. 

vendredi 27 février 2015

Les nouveaux héros

Personnellement, je ne m'étais jamais demandé ce que ça donnerait si Disney et Marvel venaient à se rencontrer. Pour être honnête, je considérais ces deux univers comme trop lointains pour que ça arrive ! Eh bien tout compte fait, le résultat est fort sympathique !

L'histoire des Nouveaux héros se situe dans un futur pas trop lointain, dans la ville de San Fransokyo, dont le nom révèle bien les inspirations des créateurs du film. Ce décor, au croisement du Japon futuriste et de la Silicon Valley, qui fait clairement de l'oeil aux geeks en herbe, colle parfaitement au thème du film. On fait très vite connaissance avec Takashi et Hiro Yamada, deux jeunes orphelins de génie. L'aîné, Hiro, est étudiant en robotique à l'université, et parvient à convaincre son génie de jeune frère de laisser tomber les combats de robots clandestins pour le rejoindre.

Malheureusement, Hiro périt dans un incendie le jour même où son petit frère est accepté à l'université et Takashi est laissé bien seul...
... Du moins c'est ce qu'il pense, jusqu'à ce qu'il se rende compte que Hiro a laissé derrière lui Baymax, un adorable bibendum doté d'une intelligence artificielle, conçu pour apporter une aide médicale à domicile.


Le fruit du hasard amènera Takashi à enquêter, accompagné de Baymax, sur les circonstances de la mort de son frère. Il se rend alors compte qu'un super-méchant lui a piqué sa dernière invention et que ses intentions sont tout sauf louables. Fini alors de rigoler, Takashi, Baymax et les amis de feu Hiro décident de mettre leurs méninges au service de la justice et deviennent les nouveaux héros.

Si le plot est finalement des plus classiques, la grande force du film réside dans sa mascotte, l'inénarrable Baymax ! Car vouloir transformer un robot médical gonflable en machine de guerre mène forcément à des situations plutôt rocambolesques. Au-delà de ça, les personnages secondaires sont plutôt sympathiques et l'ensemble est bien entendu de très bonne qualité (on parle de Disney, quand même...)

Au final, un film pas aussi bluffant que Dragons premier du nom ou La reine des neiges, mais qui sera quand même apprécié des grands comme des plus jeunes. 

jeudi 26 février 2015

Au Bord du monde

Oui, je sais, je ne parle jamais assez tôt de ce que j'ai pu découvrir. Voilà plus d'un mois que j'ai vu ce film. Il nous présente des habitants peu entendus de la capitale, ses sans-abris.

Ce documentaire de C. Drexel nous conduit à rencontrer au fil des nuits des hommes et des femmes qui vivent dans les rues de Paris. Entre vues d'architectures, froide et monumentales, et rencontres de SDF, le film nous fait découvrir un autre visage de la ville. Une ville endormie, presque morte, qu'animent uniquement les discussions avec les clochards. Une ville belle mais désincarnée, et dont les monuments, les ponts, les métros semblent avoir écrasé l'homme. Une ville déshumanisée.

La seule vie que l'on voit, c'est celle de ces SDF. Jamais on ne comprend comment ils se sont retrouvés à la rue. Jamais on ne voit le basculement. Mais l'on entend à travers leurs histoires une vie qui a pu ressembler à la notre et qui est sortie des rails. Cette nouvelle vie, elle demande discrétion (pour ne pas se faire virer par la police), débrouillardise (pour dîner et dormir), espoir et force morale (pour survivre). 

A travers les mots de ces hommes et femmes, un autre monde se dévoile. Un monde où l'on dort dehors ou dans un tunnel routier. Un monde où l'on ne possède plus rien. Et où l'on se rend compte de la vanité des objets. Un monde qui a une sociabilité à part. Un monde qui tente de se raccrocher au nôtre via les journaux et jette un œil critique sur l'évolution sociale mais qui n'existe pas pour nous. Cette mise à l'écart, accentuée dans le film par la solitude de chacun des sans-abris, interroge sur notre confort. Cependant il reste beaucoup de zones non explorées dans ce documentaire notamment sur les réponses à proposer : comment peut-on éviter cela ? Comment réformer nos sociétés ? Et le film laisse malheureusement de côté les ravages de l'alcoolisme, de la violence, de la folie dans ce monde parallèle. 

Un regard esthétique et plein d'émotions sur ces hommes de la rue, un film qui a le mérite de leur donner la parole, mais qui reste un peu trop à la surface à mon goût.

lundi 23 février 2015

Pietro da Cortona

Le musée du Louvre édite de charmants recueils de dessins dans sa collection "Cabinet des dessins". Elle donne accès à des pièces rarement montrées, des esquisses : quelques coups de crayons pour une manche, une main, ou au contraire, des tonnes d'effets à coups de pierre noire et de rehauts.

Cet opus de Bénédicte Gady est consacré à Pietro da Cortona (et à Ciro Ferri, son élève et assistant). Ce grand peintre romain, dont on découvre ici une trentaine de dessins, est l'un des maîtres du XVIIe siècle. Auteur de grandes machines romaines, notamment des décors de voûtes d'églises comme Sainte-Bibiane, ou de palais comme le palais Barberini, il est aussi architecte. On découvre d'ailleurs dans ce recueil les façades qu'il a pu imaginer pour le Louvre, consulté par Colbert, comme Le Bernin. 

Dans cet ouvrage, après une rapide introduction, le lecteur est directement confronté aux dessins de l'artiste dont il trouve les explications historiques et artistiques à la fin de l'ouvrage. L'occasion d'expliquer les variations dans les attributions de certains dessins par exemple. 

Malgré sa petite taille et ses pages peu nombreuses, ce petit ouvrage est plutôt exigeant. Il réclame du lecteur une connaissance non seulement artistique mais aussi historique ainsi qu'une sensibilité au trait de l'artiste. Il peut se lire comme un complément à une visite romaine ou à une lecture sur l'art illusionniste et puissant de cet artiste.

Cortona, enlèvement des sabines

dimanche 22 février 2015

Revoir Paris

Je ne vais pas ici vous parler de la BD de Schuiten et Peeters mais de l'exposition qui se tient à la Cité de l'architecture. S'agit-il d'une volonté marketing de coupler BD et expo ? En tout cas, c'est un exemple amusant qui joue sur différents médias qui s'enrichissent l'un l'autre. Est-ce du transmédia ? Les spécialistes trancheront. 

Rottier, L'idée Halles, 1979

Cette exposition de petite taille propose en son centre des planches de la BD de Schuiten et Peeters, Revoir Paris, une histoire de science-fiction qui permet de voyager dans les temps de Paris ("Pâhry" dans la BD) et parmi les différents visages de la ville. Autour de ces planches, des alcôves présentent des dessins, des affiches et des objets sur l'urbanisation de Paris depuis le 19e siècle. On y trouve des projets réalisés, par exemple pendant les expositions universelles, comme des projets utopiques, qui ne sont pas sans interpeller le visiteur. Entre les Halles façon grenouille sur son nénuphar, le Paris dominé par des grattes-ciel sans limites ou le centre Pompidou à tête d’œuf, les architectes ne manquent pas d'imagination. C'en est presque de la SF ! On voyage de façon chronologique dans un Paris toujours plus déconcertant et surprenant, renouvelant notre regard sur une ville jugée parfois trop patrimonialisée. 

Enfin, la fin de l'expo permet d'écouter quelques interviews sur Paris : architectes ou philosophes s'expriment sur cette ville. Et un étrange écran permet de voyager dans le temps, le passé comme l'avenir, en voyant évoluer le visage de Paris : fascinant !

vendredi 20 février 2015

Livres de ma PAL qui rêvent d'être lus avant l'apocalypse

Voici un petit extrait de ma PAL (qui a quand même bien changé depuis 2009). Ce sont les livres les plus accessibles (physiquement). D'autres sont répartis dans différentes pièces de la maison parentale. Je vous épargne les catalogues d'expos, les bouquins d'histoire, d'art, de socio, de philo, etc. 
A quoi cela sert-il ? A ce que nous puissions organiser des lectures communes et faire baisser le nombre de bouquins de cette liste. Si vous avez un livre en commun avec moi, n'hésitez pas à me contacter !

Isabel Alba, La véritable histoire de Matias Bran
Jean-Luc Angelis, Quand pleurent les étoiles
Hannah Arendt, La crise de la culture  
Guy Aurenche, La solidarité, j'y crois
Balzac, Illusions perdues
John Berger, G.
Albert Camus, Révolte dans les Asturies
Albert Camus, L'envers et l'endroit
Françoise Chandernagor, Les enfants d'Alexandrie
Chaucer, Les contes de Canterbury
Lars Saabye Christensen, Le modèle
Jonathan Coe, Testament à l'anglaise
Albert Cohen, Solal
Albert Cohen, Mangeclous 
Albert Cohen, Ezéchiel
Albert Cohen, Le livre de ma mère LC pour le 1er décembre
Albert Cohen, Les valeureux
Lorant Deutsch, Métronome
Philip K. Dick, Ubik (scénario)
Dickens, Espoir et passions, un conte de deux villes
Jean-Philippe Domecq, Artistes sans art ?
Dostoeivski, Les démons
Dostoeivski, Les nuits blanches LC pour le 26 novembre avec Ingannmic
Dostoeivski, Le sous-sol LC pour le 26 novembre avec Ingannmic
Dostoeivski, L'éternel mari
Dostoeivski, Les démons
Dostoeivski, Les pauvres gens
François Dupeyron, Le grand soir
Louise Erdrich, La chorale des maîtres bouchers LC pour le 16 août avec Métaphore
Lucia Extebarria, Je ne souffrirai plus par amour
William Faulkner, Le bruit et la fureur LC pour le 19 décembre avec Ingannmic
Feist, Faerie LC avec Melisende le 10 décembre
Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée
Laurent Gaudé, La mort du roi Tsongor  LC pour le 24 mars avec Shelbylee
Giraudoux, Supplément au voyage de Cook
Giraudoux, Judith
Giraudoux, Tessa
Elizabeth Goudge, L'ange de Noël
Elizabeth Goudge, L'héritage de Mr. Peabody
Elizabeth Goudge, Le pays du dauphin vert  LC pour le 23 juin avec Shelbylee
Laurent Greilsamer, Le prince foudroyé 
Henry James, What Maisie Knew
Elizabeth Hand, L'ensorceleuse
Jaroslav Hasek, Le brave soldat Chveïk
Bernard Henri Levy, American Vertigo
Herodote, Histoires
Witi Ihimaera, Bulibasha, roi des gitans
Claude Izner, Mystère rue des Saint-Pères
Lieve Joris, Les portes de Damas
Jacqueline Kelen, Les amitiés célestes
Jacqueline Kelen, Une robe couleur de temps
Jack Kerouac, Sur la route
Joseph Kessel, Belle de jour
Tomasi di Lampedusa, Le Guépard
Annabel Lyon, Le juste milieu
Annabel Lyon, Aristote mon père
Alberto Manguel, Nouvel éloge de la folie
Alberto Manguel, Dictionnaire dse lieux imaginaires
Alberto Mangel, Une histoire de la lecture  LC pour le 15 mars avec Cléanthe
Jean-François Marquet, Le vitrail et l'énigme
François Mauriac, La fin de la nuit
Daphné du Maurier, Le bouc émissaire
Carson McCullers, Frankie Addams
Octave Mirbeau, Le jardin des supplices LC pour le 2 juillet avec Ingannmic
Edgar Morin, Introduction à la pensée complète
Shi Nai An et Luo Guan-Zhong, Au bord de l'eau
Jean-Luc Nancy, La possibilité d'un monde
Hubert Nyssen, Le bonheur de l'imposture
Jean d'Ormesson, Qu'ai-je donc fait
Jean d'Ormesson, Du côté de chez Jean
Marco Polo, La description du monde
Proust, A la recherche du temps perdu
Edmond Rostand, L'aiglon
Salman Rushdie, Les versets sataniques
Françoise Sagan, Un profil perdu
Ihara Saikaku, Cinq amoureuses
George Sand, Consuelo
Madame de Sévigné, Lettres
Walter Scott, Ivanhoé
Orhan Pamuk, Neige
Schmitt-Pantel, Hommes illustres
Murasaki Shikibu, Le dit du Genji
Isaac Bashevis Singer, La couronne de plumes et autres nouvelles
Christiane Singer, Les âges de la vie
Natsume Soseki, Je suis un chat
Sand et Musset, Le roman de Venise
Dan Simmons, Drood
Sam Stal, Histoires de chats qui ont changé le monde
Tacite, Annales
William Thackeray, Mémoires de Barry Lyndon
Tocqueville, De la démocratie en Amérique
J. R. R. Tolkien, Contes et légendes inachevées : Le premier âge 
J. R. R. Tolkien, Contes et légendes inachevées : Le second âge
Tolstoi, Résurrection
Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique
Updike, Couples
Fred Vargas, L'armée furieuse
Fred Vargas, Debout les morts
Jacques de Voragine, La légende dorée
Sarah Waters, Du bout des doigts
Mary Webb, La flêche d'or
Wells, L'amour et Mr. Lewisham
Oscar Wilde, Une femme sans importance
Oscar Wilde, Un mari idéal
Oscar Wilde, L'importance d'être constant
Oscar Wilde, La sainte courtisane
Oscar Wilde, Une tragédie florentine
Virginia Woolf, Orlando
Virginia Woolf, Mrs. Dalloway
...

J'ajoute à cette liste ce que j'ai pu recenser de la PAL stockée chez mes parents. Ces livres peuvent également faire l'objet de lectures communes, ils sont simplement un peu plus loin et moins accessibles pour une lecture immédiate. 

Achache, La plage de Trouville
Appachana, L'année des secrets
Aragon, Les cloches de Bâle
Austen, Emma
Barrie, Peter Pan
Bazin, Madame ex
Beauvoir, La force de l'âge
Behr, Le dernier empereur
Beigbeder, Au secours, pardon
Benameur, Profanes
Berr, Journal
Bertholon, Grâce
Bordage, Porteurs d'âmes
Brasey, Démons et merveilles
Brooks, Le livre d'Hanna
Brussolo, L'enfer c'est à quel étage ?
Canetti, Histoire d'une jeunesse
Carrere, Un roman russe
Carrière, Un rêve en plus
Cesbron, Libérez Barabbas
Chauvin, Les pantoufles du samouraï
Choplin, Le héron de Guernica
Christie, Une mémoire d'éléphant
Christie, Le crime de l'Orient express
Conrad, Hearth of darkness
Constantine, Et puis, Paulette...
Coq et Richebé, Petits pas vers la barbarie
Davrichewy, Quatre murs
Déniau, Dictionnaire amoureux de la mer et de l'aventure
Derey, Le pire caprice d'Allah
Desbiolles, Anchise
Du Maurier, La maison sur le rivage
Eco, Histoire des lieux de légende
Eco, Le pendule de Foucault
Eco, L'île du jour d'avant
Eco, Le vertige de la liste
Elkeles, Perfect chemistry
Ellis, Les lois de l'attraction
Eyre Ward, Ferme les yeux
Faubert, Bouvard et Pecuchet
Flaubert, Dictionnaire des idées reçues
Ferry, Apprendre à vivre
Forster, Avec vue sur l'arno
Fournier, Il a jamais tué personne mon papa
France, Le rouge lys
Gallay, Une part du ciel
Garat, L'enfant des ténèbres
Garat, Pense à demain
Garnier, Cartons
Gary, Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable
Gheorghiu, Dieu à Paris
Giesbert, Dieu, ma mère et moi
Giraudeau, Cher amour
Goyau, Ozanam
Green, L'autre sommeil
Gremillon, La garçonnière
Grimm, Contes
Guérin, Des violons pour monsieur Ingres
Haddon, Le bizarre incident du chien pendant la nuit
Halter, Marie
Hemingway, Le soleil se lève aussi
Higgins Clark, Dors ma jolie
Higgins Clark, Souviens toi
Higgins Clark, La maison du clair de lune
Horace, Satires
Hornby, La bonté : mode d'emploi
Hosseini, Ainsi résonne l'écho infini des montagnes
Hulme, Au risque de se perdre
Huth, Invitation à la vie conjugale
Huth, Tendres silences
Iannaccone, Le rideau de jade
Indridasson, La voix
Indridasson, La femme en vert
Indridasson, L'homme du lac
Indridasson, Hypothermie 
Indridasson, Hiver arctique
Indridasson, La muraille de lave
Irving, L'œuvre de dieu, la part du diable
James, Le tour d'écrou
Kemal, La tempête des gazelles
Kemal, Regarde donc l'Euphrate charrier le sang
Kersauson, Ocean's song
Kessel, Les cavaliers
King, Cujo
La rochefoucauld, Maximes
Laclavetine, Première ligne
Larteguy, L'or de Baal
Larteguy, Mourir pour Jérusalem
Laurens, Dans ses bras la
Le carré, La constance du jardinier
Le, Cronos
Lodge, La vie en sourdine
Lodge, Small world
Mabanckou, Mémoires de porc-epic
Malouf, Une rançon
Mann, La montagne magique
Maupin, Bye bye Barbary lane
Maynard, L'homme de la montagne
McDermott, Charming Billy
Miralles, L'amour en minuscules
Modiano, Du plus loin de l'oubli
Ollagnier, Rouge argile
Ormesson, Le vent du soir, 
Ormesson, Tous les hommes en sont fous,  
Ormesson, Le bonheur à San Miniato
Orsenna, L'exposition coloniale
Ortiz, Fantômes à Calcutta
Ovalde, Ce que je sais de Vera Candida LC avec Ingannmic le 28 octobre
Pastoureau, Bleu
Pastoureau, Le petit livre des couleurs
Pastoureau, Une histoire symbolique du moyen âge
Pears, Le cercle de la croix
Pears, Le songe de Scipion
Pears, Le mystère Giotto
Peguy, Note conjointe
Perez Reverte, Le pont des assassins
Pingwa, La capitale déchue
Queffelec, Dictionnaire amoureux de la Bretagne
Rosnay, Le cœur d'une autre
Rousseau, Émile ou de l'éducation
Rousseau, Lettres à Malesherbes
Rufin, Le grand cœur
Rufin, Rouge brésil
Rushdie, L'enchanteresse de Florence
Sagan, La femme fardée
Sagan, La laisse
Sagan, Les faux fuyants
Sardou, Délivrez nous du mal
Sardou, Pardonnez nous nos offenses
Sartre, La nausée
Schmitt, Concerto à la mémoire d'un ange
Schutzenberger, Aie, mes aïeux !
Sévilla, Le dernier empereur
Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été
Shakespeare, Les joyeuses commères de Windsor
Shakespeare, Le soir des rois
Stefansson, Entre ciel et terre
Stefansson, La tristesse des anges
Stendhal, Napoléon
Tacite, Dialogues des orateurs
Thomas, The end of Mr Y
Toibin, Brooklyn
Tolstoi, Enfance et adolescence
Tuil, L'invention de nos vies
Updike, Le putsch
Valles, Le bachelier
Vargas, L'homme à l'envers
Vargas, Pars vite et reviens tard LC pour le 5 décembre avec Enna et Livraddict
Vargas, Un lieu incertain 
Vargas, L'armée furieuse 
Vargas, Dans les bois éternels
Vazquez Montalban, César ou rien
Verne, Autour de la lune
Verne, Contes et nouvelles
Verne, Les tribulations d'un chinois en Chine
Vilain, Pas son genre
Vitoux, Dictionnaire amoureux des chats
Wolniewicz, Terre légère
Woolf, The years
Xiaolong, La danseuse de Mao
Xiaolong, Les courants fourbes du lac Tai
Zola, Contes à Ninon