mercredi 28 juillet 2021

Arbre de l'oubli

J'avais un mauvais souvenir de mes lectures de Nancy Huston. Mais la jolie couverture et sa quatrième m'ont convaincue de retenter l'expérience. 

J'ai découvert plusieurs générations de la famille de Shayna : son père, anthropologue juif, qui a tout fait pour voler la vedette à son frère et consoler ses parents de la Shoah ; sa mère, Lili Rose, spécialisée sur le féminisme et le suicide des femmes artistes ; les parents de Lili Rose, protestants bien sous tous rapports mais finalement pas tant que ça ! On s'embarque dans une narration polyphonique, où les dates et lieux permettent de situer rapidement qui parle. Si le roman est surtout centré sur le vécu des personnages, le contexte américain voire mondial est souvent rappelé - pour dire que les personnages s'en fichent en général. Shayna, née d'une mère porteuse, cherche à comprendre sa famille et surtout ses origines. Elle est à la fois noire et femme, fille d’athées mais petite fille de grands parents pratiquants. Elle s'identifie à l'histoire des esclaves, à celle des femmes opprimées - mais un peu moins que sa mère. Sans parler de l'héritage de la Shoah ! Un roman d'actualité, vous l'avez compris. Et en même temps, un roman qui surfe un peu trop sur la vague de toutes ces évolutions sociales sans réellement les explorer, sans entrer dans leur histoire, leur évolution, leur actualité. 

Un roman que j'ai apprécié pour sa narration, ses personnages (quoique certains gagneraient à plus de profondeur), ses thématiques mais que j'ai trouvé un peu superficielles dans leur traitement. J'ai même trouvé que ça brouillait la compréhension d'enjeux pourtant essentiels. Dommage !

lundi 26 juillet 2021

Les uns avec les autres

Sous-titré "Quand l'individualisme crée du lien", est un bouquin de socio de François de Singly. Il s'intéresse à la crise du lien dans nos sociétés et étudie comment l'individualisme défait une certaine forme de communautarisme propre aux sociétés holistes mais permet de créer d'autres relations. Il montre notamment que les liens, peut être moins stables ou solides, sont néanmoins plus divers. C'est une lecture qui m'a beaucoup fait penser à La fatigue d'être soi.

L'auteur s'interroge sur quatre points principaux : 

Comment lier des individus émancipés ?

Comment lier des individus à l'identité fluide ?

Comment lier des individus peu obéissants ? 

Comment lier des individus qui veulent préserver leur intérêt et leur affect ?

Il s'intéresse d'abord à l'individu dans la transmission, à la notion d'héritage choisi. Tout n'est plus accepté dans l'héritage familial, culturel, social mais chacun pioche ce qui l'intéresse. L'individu se construit par des appartenances choisies librement - enfin, c'est ce qu'il croit, un psy pourra dire autre chose. Les relations s'inscrivent donc dans des choix affectifs et/ou contractuels libres. Et qui peuvent évoluer selon les choix des individus qui valorisent et revendiquent telle ou telle appartenance selon les moments de la vie, les groupes sociaux etc. La sociologie voit donc disparaitre la notion de rôle, avec des individus aux identités plus complexes. L'individu se veut multidimensionnel. Néanmoins, tout n'est pas légitime dans l'identité d'une personne qui vit en société : racisme, violence, discrimination sont punis.

Dans les sociétés, dans les familles, une tension apparait : égalité de traitement et personnalisation, comment être juste ? Jusqu'où négocier et tout est-il négociable ? Est-ce qu'il faut dépersonnaliser les traitements ? Quel que soit le choix, cela crée du mécontentement - et n'aide pas à faire société - même quand il est question d'égalité des chances ! C'est enfin cette question de l'intérêt pour les enjeux politiques ou collectifs qui est abordée. Comment permettre à chacun de s'engager dans un faire société ensemble si seul l'intérêt personnel compte ?  

Dans la dernière partie, il rappelle la différence entre communauté et société, souvent liées au cœur et à la raison, à l'élection ou à l'obligation. Il propose une société plus fraternelle, conviviale et respectueuse, qui ne peut exister selon lui que si l'Etat garantit une certaine égalité et sécurité à tous. Il montre aussi l'importance de nommer les différentes normes en jeu dans les relations, qui peuvent créer des conflits. Un société qui reste à construire !

"D'autres formes de "nous" sont possibles à la condition qu'ils respectent l'identité des "je" qui sont également autres. D'autres formes de lien sont possibles à la condition qu'ils ne soient pas perçus comme des cordes au cou, qu'ils traduisent un attachement significatif"

"La revendication d'un lien traditionnel, de type communautaire, reflète avant tout la marque d'un manque, l'impossibilité de voyager dans l'espace social"
"L'individu est placé devant la contradiction de la modernité qu'il doit résoudre : pour parvenir à son indépendance, à son autonomie, à une liberté de choix, il desserre certains liens, certaines appartenances ; mais en même temps à la recherche de son "expressivité", il croit que celle-ci est cachée au fond de lui [...] Une inversion se produit alors : les "racines" qui emprisonnent, qui limitent le mouvement dans la revendication d'un soi libre, peuvent devenir positives lorsqu'il s'agit de comprendre sa propre nature"

"Devant une telle crise du lien social qui se traduit par un désintérêt pour les affaires collectives, trois attitudes sont possibles : 

- La première est le laisser-faire, en laissant le marché prendre toute la place, y compris en organisant en permanence des "élections" sur tout, par exemple sur le programme du film de la soirée ou sur l'individu qui doit sortir du Loft ou de Star Academy. L'individu est isolé, écartelé entre son monde et le monde général, sans relais.

- Selon la deuxième position, la crise dérive d'un manque de socialisation. La famille et l'école ne font plus leur travail. Le rétablissement de l'instruction civique devrait doter les jeunes d'une conscience civique. Ce sont les individus qui doivent changer, et non l'Etat. Ce dernier est organisé pour défendre le bien commun et l'intérêt général. Seule une "position de surplomb peut transcender les particularismes" 

- La troisième plaide pour la réhabilitation de la société civile, pour une démocratie participative, pour une régulation qui parte du plus bas (bottom up) que du plus haut (top down), et en conséquence pour une transformation de tous les niveaux. [...] Ce modèle d'empowerment n'a de sens que si et seulement si les autorités politiques et les experts considèrent les individus ordinaires comme doués d'une capacité réflexive. ils doivent penser que le peuple est intelligent, même s'il défend ses intérêts personnels. Cela demande donc de rompre avec "la construction sociale de l'incompétence de l'usager""



mercredi 21 juillet 2021

La nuit, j'écrirai des soleils

Je continue mon exploration des livres de Boris Cyrulnik. Je dois dire que je me régale, même si les thèmes sont souvent proches d'un essai à l'autre. L'écriture est agréable, la pensée, toujours en spirale, fait des détours pour revenir au sujet principal. Cet ouvrage a deux ans et traite des bienfaits de l'écriture et de l'imaginaire pour se reconstruire. Il s'intéresse notamment à la mémoire et à comment celle-ci peut changer selon la lecture - et l'écriture que chacun en a. Il nous fait croiser quelques écrivains, évoque sa propre résilience et fait le lien avec des expériences de psycho et neurologie, notamment sur le développement des enfants et adolescents.

"Le monde écrit n'est pas une traduction du monde oral. C'est une création puisque le mot choisi pour nommer la chose est une découpe du réel qui lui donne un destin. « J'écris pour me venger » ou « j'écris pour donner sens au fracas » oriente l'âme vers une lumière au bout du tunnel. Le mot qui vient à l'esprit pour désigner la chose imprègne l'événement d'une signification qui vient de notre histoire"

On rencontre ainsi Jean Genet par exemple, enfant placé, mortifié que ses parents adoptifs touchent de l'argent pour l'élever et insensible à leur affection. Il se réfugie dans les livres et l'écriture, il vole - et se laisse prendre - pour pouvoir écrire en prison. Il remplit le vide de mots. Cette capacité à enchanter le réel par des mots, des romans, des poèmes, le neuropsychiatre l'effleure en citant Villon, Sade, Gary, Sartre, Rimbaud mais aussi Depardieu et bien d'autres. Il souligne l'importance de l'attachement précoce qui sécurise l'enfant et du récit que celui-ci se fait d'événements traumatisants. Ce qui est intéressant, c'est qu'il sort du fatalisme. On retrouve bien entendu la notion clé de résilience. Mais il ne suffit pas d'écrire, de mettre à distance pour revivre. L'écriture peut creuser un sillon répétitif et mortifère comme creuser de nouveaux chemins. Tout dépend de la représentation que se fait chacun du monde. 

Un ouvrage qui se lit très bien, mais qui, encore une fois, semble devoir se résumer en quelques mots alors qu'il est bien plus riche. Les digressions sont nombreuses et noient parfois le propos.

"Deux grands dangers menacent la mémoire. Le premier, c'est de ne pas avoir de mémoire, ce qui nous fait vivre dans la tombe. Le second, c'est d'avoir de la mémoire et de nous en rendre prisonnier. La seule bonne stratégie, c'est d'élaborer, se donner de la peine, afin de donner du sens aux faits"

"Après un événement émotionnant, la plupart des commotionnés ont besoin de parler. L'enjeu de ces récits n'est pas de dire la vérité, il vise à donner une forme verbale à la bousculade émotionnelle pour apaiser le parleur et pour que son monde redevienne cohérent"

lundi 19 juillet 2021

Les oreilles de Buster

Eva vit avec Sven dans un village de Suède, près de la mer. Pour son anniversaire, elle a reçu de sa petite fille un journal orné de roses. Pour la jardinière amoureuse de ses roses qu'est Eva, c'est signe qu'il faut y écrire. De juin à août, Eva écrira lorsque Sven sera couché, un verre pas très loin. Dès l'incipit, le ton est donné, on lit le journal d'une meurtrière, qui a rêvé de tuer sa mère depuis son enfance - et dit qu'elle y est parvenue. Comment et quand cela arrive, on ne le découvre que tardivement. Quant au pourquoi, c'est l'objet de ce livre.

Entre souvenirs du passé et actualité de sa journée, Eva nous invite dans sa vie de retraitée. Elle tourne autour des roses, d'une visite à une personne âgée et des moments avec sa fille Suzanne ou ses amies. Mais derrière cette calme façade, Eva a dû s'endurcir pour survivre. Sans cesse critiquée par sa mère, peu soutenue par un père effacé, elle a souffert dès qu'elle a aimé. Amour non partagé par sa mère et surtout actions diverses de sa mère pour que ceux qui l'aiment se détournent ou s'éloignent d'elle (nounou renvoyée, critiques devant les amis, etc.).  Le pire arrive lors de son histoire d'amour avec John, à 17 ans. Pourtant Eva s'est préparée, elle a vaincu bien des peurs, celle des araignées ou des gros chiens, et son dégout des escargots. Elle a aussi su châtier ceux qui lui faisaient du mal, parfois de façon très douloureuse. Entre face blanche et roi de pique, bien noir, Eva se construit et confie ses peurs, ses joies et ses tristesses aux oreilles de Buster - vous découvrirez bien assez tôt de quoi il s'agit. 

Roman prenant et bien mené de Maria Ernestam. Narration d'une meurtrière que personne n'a repéré. Relation mère/fille toxique. C'est un bon divertissement, qui, bien que sombre, fait aussi rire et sourire. Et quelques questions demeurent : finalement, qui de la mère ou de la fille va trop loin ? Et la réalité décrite par Eva est-elle celle qu'elle a vécu ? A quelques moments, le doute s'insinue... Et c'est aussi ça qui est intéressant.



mercredi 14 juillet 2021

Cherchez la femme

Voici un épais roman d'Alice Ferney, parfait pour les vacances. Il sort de ma LAL pour le challenge Pavés (700 pages chez Actes Sud) et malheureusement, comme souvent lorsqu'un livre y a patienté trop longtemps, c'est un petit plaisir plus qu'un éblouissement. Oui, je cherche ce qui fait vibrer dans les livres !

Voici l'histoire de Serge, depuis la rencontre de ses parents, jusqu'à sa mort. Ou son accident de voiture, le doute peut persister. C'est avec la rencontre de Vladimir et Nina que commence l'ouvrage. Il est ingénieur des Mines, elle est lycéenne, ils se rencontrent à l'orchestre. Il imagine qu'elle sera la mère de ses enfants. Elle se rêve femme d'ingénieur. Sur ce malentendu, l'aventure peut commencer. Et voilà que plus vite que prévu, Serge nait, suivi de Jean. Serge l'enfant chéri, l'enfant doué, le normalien. Serge que l'on suit de l'enfance à l'adolescence, dans les études comme dans son entreprise, dans ses aventures amoureuses et dans son mariage. C'est d'ailleurs beaucoup autour de son mariage avec Marianne que se vit le roman, de leur rencontre à la tromperie et au divorce. 

C'est agréable à lire, la voix narrant l'histoire et déjà omnisciente nous annonce la suite ou nous donne des explications sur l'impact des actes des uns et des autres. C'est assez psychologisant parfois. Et c'est surtout terriblement pessimiste voire fataliste : nul ne semble pouvoir échapper aux tares de ses ancêtres ou à leurs manques affectifs ! Un peu triste et pas très rythmé... et toujours dans ces mêmes milieux sociaux bourgeois finalement. Mitigée.


lundi 5 juillet 2021

Consolation

Je ne connaissais pas Anne-Dauphine Julliand, c'est sur un conseil de libraire que j'ai lu cet ouvrage avant de l'offrir à un ami. L'auteur a perdu ses deux filles de leucodystrophie. Elle conte la douleur, les larmes mais aussi les gestes qui sauvent, qui consolent.
Elle dit sa propre souffrance mais aussi celle de son mari et de son fils. Elle montre les mots et les gestes qui aident : une présence discrète et silencieuse, un pot de moutarde amené par une copine, laisser les larmes couler et serrer l'autre dans les bras. Elle raconte aussi ce qui enfonce dans la douleur : le refus des larmes, le mutisme ou la fuite de l'entourage qui isole l'inconsolé. 
C'est agréable à lire, plein de références étonnantes, de la culture pop à l'art japonais du kintsugi ! C'est aussi un autre rapport à la souffrance, non pas comme un deuil faire seul, un chemin de solitude, avec des hiérarchies de souffrance, mais plutôt un appel à être en lien, à exprimer sa tristesse et ses besoins. 


mardi 29 juin 2021

Les joies d'en bas

Voici un ouvrage sympathique de Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl sur le sexe féminin. Issu d'un blog lancé par ces deux étudiantes en médecine, il garde une légèreté de ton et un humour sympathique. Pédagogique, précis, il passe au crible les croyances et idées fausses sur le sexe féminin, la sexualité, la contraception. Parfois questionnant sur le tout médical (vaccin, pilule) et sur la question du sexe génétique, anatomique et psychologique, sur lesquels il parait un peu directif, il est dans l'ensemble très éclairant. Les dessins et les tableaux viennent faciliter les explications et rendre ludique un sujet qui ne l'est pas tellement !

La première partie est très anatomique et concerne l'appareil génital, en abordant la question du plaisir, de la virginité, mais aussi des poils ! On passe ensuite aux sécrétions diverses : glaires, règles et tout l'arsenal des serviettes et des douleurs - mais aussi des effets sur l'humeur, agressive ou dépressive. Puis, il est question de vie sexuelle, la première fois, le désir, l'absence de désir, l'orgasme, puis de contraception avec toutes ces questions sur les risques et avantages des différentes contraceptions. La dernière partie traite de tous les petits et grands soucis, depuis des règles irrégulières, les MST, l'endométriose, les fausses couches au cancer du col de l'utérus.

A mettre entre les mains des femmes comme des hommes !



jeudi 24 juin 2021

Les sept cadrans

Et voici le petit Agatha Christie traditionnel du mois anglais. Cela risque d'être ma seule participation cette année car je n'ai pas noté beaucoup de romans anglais ces derniers temps.

Lors d'une sauterie, le jeune Wade est retrouvé mort dans son lit. Ce gros dormeur, à qui les autres invités avaient fait la surprise de mettre des réveils dans sa chambre, n'entend pas le boucan des 8 sonneries. La cause de sa mort semble accidentelle, cependant, certains soupçons s'éveillent. Surtout lorsqu'un autre invité meurt également le lendemain. La vive Eileen Brent, qui a manqué d'écraser le pauvre homme, se lance dans l'affaire, à la poursuite d'un club criminel des 7 cadrans. Elle entreprend d'embarquer la sœur de Wade, Loraine et Jimmy, un des autres invités dans la compréhension de cette affaire à laquelle se mêlent des plans à ne pas se faire dérober et des questions politiques. 

Hélas, si le roman se veut plein de rebondissements, la fin et le dénouement sont précipités. C'est en effet le surintendant Battle, de Scotland Yard, qui suivait l'affaire de loin, qui nous en livre tous les éléments au chapitre final.





lundi 21 juin 2021

Prisonnier au berceau

Un peu de Bobin à nouveau ! 

Ici dans une forme plus autobiographique - ou géographiquement limitée. On reste en effet au Creusot, dans l'enfance de l'écrivain. C'est une enfance d'enfermement dans une maison, les fenêtres ouvertes vers le ciel et les livres. C'est une enfance mystique, à la recherche de la sainteté, sainteté ordinaire des jours, du travail, de l'ennui. C'est une formation à l'écriture par une observation profonde et concentrée du monde, de la petite cour, des hortensias et du ciel où les anges et les flocons dégringolent. Il y a quelques rencontres, dont celle d'Emily Dickinson, la porte des livres et des mots. Et comme souvent des phrases qui résonnent dans le cœur !

"J'écris ce livre pour tous ces gens qui ont une vie simple et très belle, mais qui finissent par en douter parce qu'on ne leur propose que du spectaculaire"

"L'ennui est un petit balai de genêts manié par un ange pour chasser la poussière de nos désirs. En la vidant peu à peu, il éclaircit la chambre de l'âme"

"La vie était une mendiante que des serviteurs avaient la consigne de laisser à la porte"

vendredi 18 juin 2021

Bénie soit Sixtine

Avec ce roman, bienvenue chez les tradis tradis ! Maylis Adhémar nous invite à suivre Sixtine, jeune fille élevée dans un milieu catholique fondamentaliste. Mais aussi une Erika, qui écrit des lettes à Muriel, en qui l'on reconnait la mère de Sixtine.

Sixtine rencontre Pierre-Louis, un jeune polytechnicien de bonne famille, ils se marient, elle arrête ses études, elle est enceinte quelques semaines après son mariage. Tout pourrait en rester là et Sixtine pourrait suivre le chemin de ses sœurs et belles-sœurs avec une tripotée d'enfant. Mais Pierre-Louis a un drôle de loisirs avec ses amis de la Milice : aller à des concerts où les paroles racistes s'enchainent et taper sur les anars. Ce qui finit mal. Pierre-Louis meurt ainsi qu'un gauchiste. Et Sixtine commence à douter de son milieu et des valeurs dans lesquelles elle a grandi. Elle met au monde un petit Adam et s'enfonce dans le cocon de la belle-famille. Mais les moyens pris par sa belle-mère pour la  détacher un peu du petit bébé la rendent folle. Elle décide de fuir et de se cacher. 

En parallèle de l'émancipation de Sixtine, c'est aussi l'histoire de sa mère et de sa grand-mère qui s'écrivent. L'histoire d'une femme qui s'est totalement détachée de ses parents au point de ne pas les inviter à son mariage et de les faire passer pour morts. 

Un joli roman sur l'emprise d'un milieu social effrayant et sectaire ! Et roman initiatique d'une jeune femme qui est restée comme en dehors du monde.



lundi 14 juin 2021

La Vie de sainte Thérèse d'Avila

Cette biographie de sainte Thérèse d'Avila - à ne pas confondre à avec sainte Thérèse de Lisieux - était sur ma LAL depuis tellement longtemps et m'avait été recommandée à plusieurs reprises. Cette œuvre de Marcelle Auclair se lit comme un roman. Il faut dire que Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada vit à l'époque des hidalgos, de la conquête des Indes, de Charles Quint et de Luther, dans la glorieuse Espagne. La plume vivante de l'auteure nous fait bien sentir l'exaltation de l'époque, la richesse qui vient du nouveau monde et l'énergie de Thérèse. Car c'est bien Teresa que nous allons suivre, de sa naissance en 1515 (Marignan !) à sa mort en 1582.

Teresa grandit dans une famille nombreuse, c'est la fille d'Alonso Sánchez de Cepeda et Beatriz Dávila y Ahumada. Enfant vive et jolie, elle aime lire, écrire et jouer à l'ermite. Adolescente, elle cherche à plaire. C'est donc une surprise de la voir rentrer au couvent suite à une maladie. Là, elle continue à souffrir de nombreux maux, reste paralysée deux ans, et ne prend pas beaucoup soin d'elle. On la voit apprendre à prier, tout en restant en partie dans le monde - ce n'était pas un ordre cloitré. Elle guérit et commence à voir le Christ lui apparaitre, se demandant s'il s'agit de tentations ou non. 

"Le Seigneur n'attendait que la décision de Teresa pour la combler de grâces spirituelles. "A peine avais-je détourné mon regard des occasions de pécher, et déjà Sa Majesté recommençait à m'aimer... Il me semblait que je venais à peine de me disposer à le servir, et déjà Sa Majesté recommençait à me choyer...""

Ces visions / extases dureront toute sa vie. La vie du couvent commence à lui sembler trop mondaine et elle désire simplifier la vie des sœurs. 

"A quelques ferventes près, le monastère de l'Incarnation semblait plutôt une pension de dames seules, où chacune, suivant sa fortune, son rang, ses attraits personnels, s'organisait une existence plus ou moins agréable, dans la pratique de vertus estimées indispensables pour atteindre, sans trop de peine, à une position de bonne compagnie dans l'autre monde. Dans l'autre monde : car en celui-ci "il est impossible de rien réussir de bien lorsqu'il y a plus de quarante femmes ensemble : tout n'est que tumulte et tohu-bohu, elles s'entravent les unes les autres". Teresa trouva beaucoup d'amies pour l'aider à tomber parmi les cent quatre-vingt nonnes de l'Incarnation, alors que, pour se relever, elle était seule"

C'est ainsi qu'elle réforme l'ordre du carmel, fondant le monastère Saint-Joseph, et revenant à la règle d'origine : pauvreté, clôture, jeûne, prière et obéissance. Il n'est plus question de visites, les sœurs ne peuvent communiquer avec l'extérieur qu'au parloir et selon des règles strictes. Elles sont aussi peu nombreuses par couvent. Elles ne possèdent rien et se vêtent de bure et sandales. 

Mais cette réforme est loin d'être simple ! Les carmes non-réformés ne vont cesser de médire de Teresa et des siens, comme Saint Jean de la Croix, le réformateur des couvents masculins. Et les autres ordres ne sont pas en reste. Teresa aura aussi affaire à l'inquisition et aux médisances. Alors quand elle se met à fonder divers couvents, c'est souvent compliqué et à contre courant. Toutefois, elle reste droite, soutenue par la prière et les extases mystiques. Femme active, d'une force de caractère et d'une vitalité étonnante vue sa santé, elle meurt après avoir réformé un ordre, fondé une quinzaine de couvents, écrit des ouvrages sur l'oraison.

La biographie s'arrête avec sa mort et ce qu'il advint de son corps - dispersé et découpé en reliques. Il y a quelques mots sur sa béatification et sanctification mais pas sur comment elle est devenue docteur de l'Eglise - sacré titre - et la première femme à l'être. 

"Elle semblait d'autant moins douée pour la sainteté qu'elle était mieux faite pour le succès dans le monde, se jugeait pétrie de défauts et de contradictions : orgueilleuse, mais futile ; dominatrice, mais sensible aux influences ; elle parle de son "extrême dissimulation" et de son horreur du mensonge, de son gout de plaire, qui ne freine pourtant pas ses vivacités d'humeur capables de se manifester en colères "terribles" ; et ce point d'honneur, ce "noir amour-propre", cet amour-propre mal entendu "chaîne que nulle lime n'entame" !"

"L'instant où s'efforçant de décrire la sorte d'hébétude dans laquelle elle se trouvait parfois, tout absorbée en Dieu, Teresa dit :

- Il me semble que mon âme est comme un petit âne en train de brouter..."

jeudi 10 juin 2021

Lexique amoureux

Un peu de poésie arabe, je crois que c'est ma première fois. Adonis dans ce recueil, m'ouvre les portes d'une poésie amoureuse, langoureuse, qui parle des corps et de la passion, du désamour et du manque. Composé de plusieurs recueil, cet opus comporte La forêt de l'amour en nous, Les feuillets de Khaoula, Commencement du corps fin de l'océan et Histoire qui se déchire sur le corps d'une femme. J'ai aimé ses jeux avec les lettres arabes, ce lexique de l'amour.

Si la dernière partie, poème à plusieurs voix, aux airs d'épopée maritale ne m'a pas convaincue, à part ces vers "l'herbe est lignes, La terre un cahier et je suis l'encre de ce lieu" d'autres poèmes ont marqué mon attention. En voici quelques uns !


Corps qui veille : masque

Dois-je jeter un pont
Entre le feu qui embrase mon corps
Et l’argile des mots
Pour traverser la traversée des désirs ?


Qui suis-je? Tu demandes
La réponse est mon corps
Tu connais ses légendes
Mon corps ce voyageur
Dans un nuage de terre


Les larmes suspendent leurs miroirs cassés
Sous ses cils


J’étreins le tronc. Nuit
Et les étoiles déplacent leurs troupeaux
Dans les prairies. Comme moi, le ciel
A la nostalgie du tronc
Un olivier
Fruit est sa taille
Fruits, sa poitrine
Fruits, ses seins
J’étreins le tronc. Nuit
J’offre mes mains à ses passions

Un rêve dans lequel j’erre
Et qui erre dans mes yeux

Son amour : nuage
Qui s’évapore de cet océan
Dessiné par la tragédie


Seule - Le thé est sans saveur. Nous en avons bu hier. Il était exquis. 


Mon amour - 
respire par le poumon des choses
accède au poème
dans une rose dans un rai de poussière.

Il confie ses états à l'univers
comme le vent et le soleil quand il fendent la poitrine du paysage
versant leur encre sur le livre de la terre.


Je n'aime pas les lettres
Je ne veux pas de cette insomnie pour notre amour
ni qu'il soit trainé par les mots.

Je n'aime pas les lettres
Je ne veux pas que nos corps voyagent
dans une barque de papier. 


Mes chemins m'ont apparentée à toi, mes chemins vers toi
sont ruines et déserts.
Je ne puis arriver
mon lieu est étrange.

Même les saisons se sentent en pays inconnu entre ses jours.

Prends-moi par la main
donne-moi de nouveau la tienne
je n'arrive pas. 


Revenons
aux rues qui furent notre refuge un jour.
Regardons

le monde s'ancrer dans nos respirations, le temps aller et venir
dans les fenêtres brisées.

Nous marchons sur le miroir de nos pas
dans le lexique des feuilles mortes.

Pas d'autre bruit que celui de nos pieds
nous marchons dans les plus hauts jardins. 


Maintenant je blesse un rêve et m'interroge : un rêve peut-il saigner ?
Pourtant
rien entre mes paupières et mes rêves
ne pouvait le démentir.

J'ai dormi dans les draps de mon amour
voué à ses déesses
était-ce ton cœur qu'elles ont blessé ou le mien ?


Le plus beau en toi : tes larmes
entre les vagues
voguent les navires.

J'ouvre dans mes paumes des chemins sur leurs traces
puise mon encre dans le halètement de leur source
et écris !
les larmes de la femme que j'aime sont blessures à la langue de l'espace. 


Je visiterai les lieux de l'été après notre départ
entre les rivages d'Ulysse, dans la nuit de Delphes et le soleil d'Hydra.

Je marcherai comme je marchais
laissant aux fleurs le pouvoir d'éveiller le parfum de nos rencontres

C'est sûr
qu'elles me demanderont de tes nouvelles. Qu'es-tu devenue ?
où es-tu ? quel est ton visage maintenant ?
Mais que leur dire
les saisons ont effacé les saisons.


J'ouvre la porte au vent
il visite les dessins suspendus
effleure leurs contours
puis baille et s'en va le dos courbé.

Notre amour n'était pas là, ses spectres
ont emporté tout ce qu'ils avaient dessiné sur
le lit, les coussins, la poignée de la porte
sur son cadenas avant de disparaitre.

Ai-je tout imaginé ? Pourtant
un nuage a tout confirmé
un nuage qui passe à l'instant.

Pas de vent visiteur personne pour dire à ces dessins
comment raconter les légendes
comment s'écrit l'histoire de ces nuages.


Souvent la nuit 
j'inspecte ma maison, allume les lampes
mais elles n'éclairent pas
j'ouvre les fenêtres, mais
elles n'éclairent pas
trouverai-je une lueur dans la porte ?
je cours vers la porte, la supplie, mais
elle n'éclaire pas
l'obscurité en ces lieux est blessure
même guérie elle continue à saigner.

Ô amour
d'où vient la lumière
quand le ciel trahit le ciel ?


Cela te console que les nuages arrivent partent 
laissent la place à d'autres nuages ?
Cela te console de savoir que les tombes sont des demeures
et qu'entre leurs murs les hommes sont égaux ?
Cela te console que l'œil ne voit
que ce qui a été dessiné par les nuages ?
Ma consolation : c'est que le lieu d'où je viens
continue de confier ses secrets au 
temps, et que le temps auquel j'appartiens
ne cesse de renouveler ses couleurs
de feuilleter les pages
du livre des arbres.


Nos deux corps 
un seul temple    mes pas vers sa porte sont aussi les siens
pas une seule fois je n'ai voulu
pas une seule fois elle n'a voulu
être reine
et que je sois prisonnier
alors que je suis captif de la mémoire.

Celle-ci est le point central de la numération de mon amour
de sa calligraphie
de ses formes.

ن nun 
Il est rare 
que l'errance regroupe ses vieilles carioles
et les tire entre ses membres
de sa lumière la lune tissait un oreiller
le conviait à s'y appuyer
la nuit étendait ses vêtements autour de lui, sur les arbres
alors qu'il était à l'écoute du halètement des fleurs qui s'ouvraient. 


Ils prétendent que je ne fus créée que pour être le récipient
du sperme comme si j'étais seulement champ et labour,
que mon corps n'est fait que de menstrues et de vomi
et que ma vie coule,
mime parfois, et parfois cri.

Pour quelle raison alors le monde écrit-il ses secrets 
avec les mains d'un amant ?
Et pourquoi les prophètes naissent-ils tous
dans la couche d'une femme ?



lundi 7 juin 2021

Lettres à un jeune auteur

Cet ouvrage de Colum McCann m'a été conseillé par une personne qui se reconnaitra peut-être. Pour ma part, je ne vois plus qui. 

Il s'agit de lettres pour auteur débutant réparties en courts chapitres. C'est rapide à lire et sympathique, et les conseils semblent avisés. Si McCann débute en écrivant que seuls comptent les mots jetés sur la page et que personne ne peut aider un jeune auteur, il propose tout de même une cinquantaine de chapitres sur l'écriture. Il traite des personnages, de la page blanche, de l'éditeur, des recherches, de l'inspiration, de la langue, des lectures, des critiques, des corrections etc. C'est souvent concret, efficace et non sans humour !


Le premier chapitre ou lettre les contient tous, c'est ramassé et actif. En voici un extrait : 

"ÉLOIGNE-TOI DU RAISONNABLE. SOIS FERVENT. Dévoué. D’une aisance subversive. Lis à haute voix. Mets-toi en jeu. Ne crains pas les sentiments, même taxés de sensiblerie. Sois prêt à te faire réduire en miettes: cela arrive. Accorde-toi la colère. Échoue. Marque un temps. Accepte le rejet. Nourris-toi de tes chutes. Pratique la résurrection. Émerveille-toi. Porte ta part du monde. Trouve un lecteur en qui tu aies confiance. Ils doivent aussi te faire confiance. Même quand tu enseignes, sois l'étudiant et non le professeur. Ne te raconte pas de bobards. Si tu te fies aux bonnes critiques, tu dois aussi te fier aux mauvaises. Ne t'enfonce pas pour autant. Ne laisse pas ton cœur se durcir. Admets-le : les cyniques sont meilleurs que toi pour les bons mots. Courage ! Ils ne terminent jamais leurs histoires. Aime la difficulté. Enlace le mystère. Repère l'universel sans le local. Prête foi à la langue - les personnages suivront et l'intrigue finira par se dessiner. Exige davantage de toi. Evite le surplace. On peut survivre ainsi, mais pas écrire. Ne sois jamais satisfait. Transcende l'individuel. Compte sur la résilience du bien. Notre voix provient de celles des autres. Lis sans entraves. Imite, copie, mais deviens ta propre voix. Ecris sur ce que tu veux savoir. Mieux, braque ta plume sur ce que tu ignores. Le meilleur travail nait au-dehors. Alors seulement il se développera en toi."

Ensuite, les chapitres sont thématiques, plus ou moins concis. Ils révèlent à la fois une didactique et une philosophie du travail de l'écrivain.   

"Un écrivain est un explorateur. Il sait qu'il souhaite aller quelque part, mais il ignore si ce quelque part existe déjà. Il convient de le créer, telles des Galapagos de l'imagination"

"Les "personnages déterminent le destin", ce qui signifie (probablement) qu'un personnage bien composé agira conformément à ses motivations. Dans ce cas, sa personnalité prêtera à conséquence dans le dénouement de l'histoire. Mais celle-ci ne vaudra rien s'il ne fait pas partie du grand tourbillon humain. nous devons les rendre tellement vrais que le lecteur ne les oubliera jamais [...] Il faut qu'il leur arrive quelque chose : une secousse qui réveille soudain nos cœurs fatigués. [...] S'ils ont envie de quitter la page, force-les à rester une page de plus. Embrouille-les. Heurte-les. Donne-leur une langue fourchue. La vraie vie est ainsi. Ne sois pas trop logique. La logique est paralysante"

"Tiens une conversation avec ce que tu écris. Lis ton travail à haute voix. Promène-toi dans l'appartement et projette-toi à travers le plafond. Le ciel est, quoi qu'il en soit, plus intéressant que lui. Ne chuchote pas, j'ai dit A HAUTE VOIX. Affronte la gène. Accepte les railleries. Engueule un peu tes mots"

 Un chouette ouvrage sur le processus créatif. 

jeudi 3 juin 2021

Guérir de sa famille par la psychogénéalogie

Cet ouvrage de Michèle Bromet-Camou, élève d'Anne Ancelin Schützenberger (que j'avais lue sur ce sujet), parle des souffrances héritées. Toutes nos familles sont un peu folles ou cachent des petits et gros secrets, non ? Dans les familles, il n'est pas rare qu'un enfant prenne sur lui la souffrance ou le secret d'un adulte et l'exprime en "dysfonctionnement" quelconque. Elle raconte donc quelques rencontres et quelques guérisons, avec des enfants et des adultes. Il est surtout intéressant de lire son expérience dans les maternités où, dès la naissance, les noms et les rêves des parents annoncent des questions familiales à venir ! Et l'auteur se mouille, elle met en résonnance sa propre thérapie avec certains de ses patients. 
Parmi mes découvertes : le psychodrame, une façon de "jouer" son histoire pour la guérir. Et diverses façons de démêler des "C'est plus fort que moi".

lundi 31 mai 2021

Le manteau de Proust

Je continue d'explorer ma LAL et d'emprunter des bouquins, notés depuis des années, dans les bibliothèques. J'imagine que c'est lors de ma passion Proust que j'ai noté ce titre de Lorenza Foschini. Il s'agit d'un petit livre qui commence et se termine au musée Carnavalet où est exposée une partie du mobilier de l'écrivain. C'est là aussi qu'on trouve, au chaud dans les réserves, son manteau, sa fameuse pelisse qu'il ne quittait jamais. 

L'auteur nous conte comment ces objets sont arrivés au musée. Cela passe par un collectionneur, un bibliophile qui a du nez, Jacques Guérin. Fils naturel d'une femme d'affaires du début du XXe siècle, dont il prendra la suite dans l'industrie du parfum, il est passionné de Proust mais aussi de création littéraire et artistique de son temps. On croise Genet, Picasso, Violette Leduc, Satie et quelques autres... 

C'est une rencontre avec un brocanteur qui lui permet de lancer une formidable collection autour de l'écrivain. Il s'attache aussi à le connaître à travers ses proches, fouinant dans la famille, ne ratant aucun enterrement, serrant photos, lettres, gribouillis de Marcel. Oui, c'est excessif au possible, c'est bien l'"Histoire d'une obsession littéraire" ! Surtout qu'il finit par vendre à prix d'or cette collection.

Qu'est-ce que les objets nous disent de leurs possesseurs ? Que gardent-ils de l'âme de l'écrivain ? Quelle mémoire dans les objets ? C'est une des questions que pose ce livre, on reste dans le fil de la Recherche. C'est aussi beaucoup de détails de la vie de Proust, sur les relations entre les frères, sur les histoires de famille. Et ça, ça m'intéresse nettement moins.

Une lecture agréable, la découverte d'un collectionneur, le culte d'un écrivain... tout cela reste finalement assez superficiel.