lundi 21 janvier 2019

La méthode de l'égalité

J'ai découvert Rancière avec Le maître ignorant et avec une amie qui l'a beaucoup lu. Intriguée par cette longue conversation du philosophe avec Laurent Jeanpierre et Dork Zabunyan, j'ai pu découvrir par cette lecture un peu plus de la philosophie de Rancière et notamment sa conception de l'égalité, ses études sur la parole ouvrière, sa conception des scènes et de l'événement. Je vous avoue que je n'ai pas toujours tout compris, les références me manquaient, surtout quand il s'agissait d'Althusser ou des questions politiques des années 70. L'ouvrage se scinde en 4 parties : Genèses pour ce qui est de la formation du philosophe, Lignes pour éclairer les questions de sa pensées, Seuils pour la confronter à d'autres et Présents pour questionner le lien à l'actualité. 
Ce billet sera donc surtout une suite de citations plus qu'un résumé ou un avis.


"Ma question est quand même toujours : "Qu'est-ce qu'on peut percevoir, qu'est-ce qui permet de voir telle chose, qu'est-ce qui fait que tel mot, telle phrase prennent sens, acquièrent une valeur symbolique, d'assignation ou d'émancipation ?" C'est lié au fait que j'ai un peu toujours travaillé sur les marges, en récoltant éventuellement des bribes, des chutes, avec l'idée que ce qui définit les conditions de la pensée et de l'écriture n'est jamais le temps et la situation tels que les décrit le discours dominant. Il y a une texture sensible de l'expérience qui est à retrouver et qu'on ne peut retrouver qu'en éliminant entièrement les hiérarchies entre les niveaux de savoir, du politique, du social, de l'intellectuel, du populaire"

"Pour moi la seule méthode qui vaille c'est de savoir si une parole fait tout à coup poids, résonance par rapport à une autre, si elle établit un réseau par rapport à une autre [...] Car c'est là le problème fondamental : déterminer un commun de la pensée"

"Il y a des philosophes que j'ai connus et dont je peux dire qu'ils m'ont influencé à un certain moment [...] Sartre, c'est l'écart par rapport aux explications psychologiques et sociologiques ; Althusser, une certaine remise en question de l'idée d'histoire, une certaine idée de la multiplicité des temps à laquelle, en un sens, j'ai le sentiment d'avoir été plus fidèle qu'Althusser lui-même. Foucault, une attitude consistant à se demander non plus ce qu'il fallait penser, ou sur quoi reposait la pensée, mais ce qui faisait que telle chose était pensable, que tel énoncé était formulable. J'ai retenu de lui l'idée que ce qui est intéressant c'est la pensée à l’œuvre dans des pratiques, dans les institutions, la pensée qui participe au paysage de ce qui est. Et j'ai aussi retenu une certaine disjonction entre ce que on appelle théorie et pratique [...] Tout ce qui a pu être chez moi l'attention à la façon dont les événements sont d'abord des transformations de ce qui est perçu et de ce qui est pensable, cela me vient de la littérature [...] Je pense être quelqu'un qui a eu 20, 30 ou 100 maîtres et non pas un maître [...] Au fond, est maître tout ce qui nous provoque, et aussi éventuellement tout ce qui vous souffle des réponses par rapport à la provocation"

"La norme, c'est que les gens restent à leur place et que ça continue toujours pareil. Tout ce qui fait date dans l'histoire de l'humanité fonctionne malgré tout sur le principe qu'il arrive quelque chose, que des gens se mettent à parler. Je travaille à partir de ceux qui parlent [...] C'est une stratégie aussi bien des chefs politiciens que des historiens et sociologues, de dire que la parole qui compte, c'est la parole des gens qui ne parlent pas. Je suis parti du fait que s'il arrive quelque chose, c'est par exception, et qu'on s'occupe de l'exception"

Ouvrage passionnant quoi qu'ardu lorsque l'on n'est pas familier du philosophe, il semble être un résumé de sa pensée mais aussi une introduction à ses écrits. A poursuivre, donc !

mercredi 16 janvier 2019

Créatures d'un jour

Qui m'a dit qu'il fallait lire Irvin Yalom ? Que ça me plairait ? Impossible de m'en souvenir et bizarre que l'on ait pensé cela car si j'ai lu ce livre sans déplaisir particulier, ce n'était pas non plus inoubliable, loin de là. 

On y découvre à travers une dizaine de récits des patients que le psychothérapeute a rencontré. Des patients de quelques séances comme des patients de toute une vie. Chaque situation est une courte histoire. Et la question de l'âge ou de la mort n'est pas très loin car ces questions interpellent l'auteur vieillissant. Et ce qui fait le lien entre tous, c'est le thérapeute, sa relation aux autres, ses questions, sur les rêves notamment, et sa manière d'accompagner. C'est finalement un portrait en creux de l'auteur. 

Rien de fou, rien qui m'ait donné envie de lire autre chose de lui. A moins que vous ayez réellement un bon titre à recommander.

lundi 14 janvier 2019

Le chevalier de Maison-Rouge

Quoi de tel qu'un petit Dumas pour relancer une lectrice essoufflée ? Certes, c'est loin d'être son meilleur, les personnages principaux sont agaçants et l'intrigue pas trop compliquée mais c'est plutôt agréable et reposant. Et pourtant, quelle époque ! Nous sommes en 1793, la Révolution bat son plein et le rasoir national est bien opérationnel. Louis XVI l'a testé et Marie-Antoinette est emprisonnée au Temple. 

Maurice, jeune officier, enfant de la Révolution, raccompagne une jeune femme qui n'a pas sa carte de civisme. Il tombe amoureux de la jolie Geneviève. Et bascule sans le comprendre dans un nid de contre-révolutionnaires qui n'ont qu'un but : faire évader la veuve Capet. Notre roman oscillera donc entre les sentiments des jeunes gens et les tentatives d'évasion de la reine dans l'entourage de Geneviève - composé notamment du fameux chevalier de Maison-Rouge. Nos deux amoureux sont un peu lents, Maurice est aveuglé par la passion, bref, le lecteur a envie de le secouer un peu. Heureusement, il y a le meilleur ami, Lorin qui fait des vers comme il respire. L'ami enjoué, fidèle, qui détend l'atmosphère ! Et il y a justement cette ambiance bizarre de fin du monde, de mort à tous les coins de rue.

Bien entendu, tout cela termine mal, à la fois pour Marie-Antoinette, pour son chevalier servant comme pour nos héros mais c'est une époque sanglante, qui ne pardonne que l'amour tienne lieu de patriotisme.


mercredi 9 janvier 2019

Quelques sorties hivernales

Voilà un bout de temps que je ne vous ai pas parlé des sorties musées et ciné, faute de temps plus que d'absence de découvertes ! Je vous parlerai ici d'expos, de films et de spectacles.

Comédies musicales à la Philharmonie

La comédie musicale est un divertissement que l'on apprécie, l'expo était en tête de liste de nos sorties hivernales. Et nous n'avons pas été déçus par le riche contenu visuel proposé. 
Après une introduction autour de Singing in the rain, on découvre l'histoire et la chronologie interactive des comédies musicales - au cinéma. C'est une partie assez essentielle, que je vous conseille de ne pas sauter avant d'entrer dans la salle principale et de vous faire happer par tous les contenus, à la fois sur des thèmes spécifiques : la danse, les stars, les effets visuels, tel ou tel artiste, les costumes, les effets spéciaux etc. 
C'est une expo riche, avec énormément de contenu vidéo à voir (on y a passé plus de 3 heures) quand on aime rentrer dans les détails - comme ce qu'est la comédie musicale au Japon, pas très éblouissante. On a toutefois regretté qu'il ne soit pas du tout question de Broadway et que l'expo se cantonne au ciné. J'imagine que ça prenait des proportions ingérables.

ON AIR au Palais de Tokyo

Carte blanche à Tomas Saraceno, cette exposition présentait les oeuvres de l'artiste argentin dans tout le musée. L'idée principale en était les interactions entre tous et tout, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, des araignées aux étoiles. On découvrait d'abord des toiles d'araignées, puis des sons, transmis par les vibrations, des voyages en ballons, le tout dans un langage scientifico-poétique abscons et répétitif. Mais c'est esthétique, et - à voir l'attente devant le musée - ça marche plutôt bien. Par contre, c'est fini.

 

Un rêve d'Italie, la collection du marquis Campana

Tous ceux qui ont étudié la céramique grecque connaissent le nom du fameux collectionneur et sa ruine. Son énorme collection, partagée entre le Louvre et l'Ermitage, est exposée en partie par le musée du Louvre. C'est intéressant à la fois pour la démarche car le collectionneur avait un système spécifique de classement et d'exposition dans ses différents palais, et pour les objets eux-mêmes, souvent de qualité - mais dont pas mal d'attributions ont été revues. C'était aussi une tentative d'embrasser tout l'art italien, en accord avec les convictions politiques du marquis et avant que l'Italie ne s'unifie. 
Pour ce qui est des objets exposés, beaucoup proviennent des collections du Louvre ou de musées français (car les pièces ont été réparties) et j'ai regretté de ne pas croiser plus de céramiques - je retournerai dans la galerie Campana pour cela - même s'il y en a déjà trop pour certains visiteurs. Et j'ai apprécié toutes les questions autour des restaurations et de l'authenticité, qui reste un débat bien actuel. Côté majoliques et peintures - sauf les oeuvres médiévales, c'était moins ma tasse de thé. Une expo intéressante sur les ambitions d'une collection et d'un collectionneur exceptionnel.

Bohemian Rapsody

Comme beaucoup, on a beaucoup aimé ce film, plus pour la musique que pour la vie de Freddie Mercury. On y découvre la vie du chanteur, les créations et coups de génie de Queen, le succès... Et aussi la solitude de Freddie. Rien de bien fou dans ce film, c'est linéaire, assez plat, mais sauvé par la musique du groupe - ah le moment de la création de Bohemian Rapsody...

Capharnaum

C'est Zain que l'on suit dans ce film de Nadine Labaki. Zain est un petit garçon, dans une famille nombreuse de Beyrouth qui peine à joindre les deux bouts. Il ne va pas à l'école mais travaille. Suite au mariage de sa soeur, il fuit et rencontre des clandestins et une vie tout aussi complexe que la sienne. Sale, dur mais pourtant tendre, ce film n'a pas réussi à me toucher et m'a semblé un peu long. On pleurait à côté de moi, sans que je comprenne pourquoi. 

Asterix et le secret de la potion magique

C'est divertissant et drôle, mais pas indispensable à voir au ciné. Panoramix se met en quête d'un successeur mais peu seraient capable de remplacer le druide de la fameuse potion magique.

Gus l'illusioniste

Il est drôle et super fort pour nous illusionner. Ce magicien joue avec les cartes et manie l'humour - un peu moins bien la caméra - avec les spectateurs qu'il invite sur scène. Avec plein de jolies références à Love actually, Gus nous fait passer un très beau moment entre rire et émerveillement.

Au-delà des murs

Spectacle chanté et dansé sur l'exil, nourri de témoignages de migrants et d'associations, il mettait un peu d'espoir en l'humanité malgré un accueil qui se durcit.

lundi 7 janvier 2019

L'été des noyés

Ce roman de Burnside est sur ma LAL depuis des années, depuis un billet qui m’intrigua suffisamment pour que je note le titre et l'auteur. Impossible de retrouver qui avait été enthousiasmé par ce livre, en repartant sur divers blogs, je ne lis qu'ennui et longueurs - ce que je n'ai pas du tout ressenti à la lecture. Certes, c'est un roman d'atmosphère, où le temps ralentit, où l'on ne sait plus bien, avec le soleil de minuit du grand nord si c'est le jour ou la nuit, où l'héroïne, à cheval entre réalité et imagination, entre souvenirs et inventions nous conduit sur des pistes incertaines.

C'est un roman de peu d'action, le lecteur sait tout ce qui compte depuis début : cet été-là, des hommes ont disparu, deux se sont noyés, deux autres se sont évaporés, le père de Liv est mort. Et il est question de légendes, de réalité qui n'est pas ce qu'elle semble être. C'est le comment et le pourquoi qui intéressent le lecteur. Même si l'on se doute qu'ils ne seront jamais très clairs car la narratrice de 18 ans manie toujours l'hésitation, le demi mot, les impressions et pressentiments comme quelques lignes fantomatiques sur une feuille d'aquarelle.


Liv vit à Kvaloya avec sa mère, artiste peintre reconnue, dans un jolie maison isolée. C'est l'été, Liv n'a rien à faire qu'à trouver sa voie, après avoir terminé le lycée. Elle n'a pas d'amis, pas de passion. Elle observe les autres. Elle vit dans l'ombre d'une mère parfaite, qui maîtrise et plie son environnement à ses envies. Entre elles, peu d'échanges, elles cohabitent poliment, sans se parler, en taisant ce qui pourrait compter, couvrant tout de silence ou d'indifférence. 

Parmi les distractions de Liv, il y a Kyrre, un voisin paternel et bricoleur, qui aime les légendes et loue une cabane chaque été. Et le locataire peut être une distraction aussi, à espionner. Mais cet été, c'est un peu différent : il y a ces frères disparus, noyés, compagnons de classe de Liv ; Maia, une jeune femme étrange ; Martin, un locataire aux goûts malsains ; des lettres d'une femme à propos d'un père ignoré ; des événements à la lisère du regard, que Liv ne peut saisir et qui l'emplissent de terreur. 

J'ai aimé ce roman étrange, sans histoire, à l'héroïne bizarre, ne cessant de commenter, avec le recul de ses 28 ans, les événements de ses 18 ans. C'est peut-être un jeu facile dans l'écriture que de maintenir l'attention des lecteurs avec ces artifices : "Ce qui me frappa comme un pressentiment, ce fut l'impression qu'il allait lui arriver quelque chose de grave et qu'au fond de lui-même, il le savait déjà" ou "Je me rappelle m'être dit que si Martin Crosbie était de ces gens qui n'aiment pas se retrouver seuls, il avait fait une grosse erreur en venant à Kvaloya - ce qui prouve à quel point j'étais naïve". Mais ça m'a bien plu. Et j'ai trouvé les images poétiques, qu'il s'agisse de la nature et des sternes très présentes, des tableaux de l'artiste, des objets, des légendes. J'aime cette ambiguïté du monde, où la réalité garde un peu de mystère, pendant cet été incertain et argenté.

"Dans la maison de Kyrre, il y avait des ombres dans les plis de toutes les couvertures, des frémissements imperceptibles dans le moindre verre d’eau ou bol de crème posé sur une table, d’infimes poches d’apocalypse dans l’étoffe de la réalité, prêtes à crever et à se répandre sur nous, de même que le premier souffle d’une tempête fond sur le rameur en haute mer. Dans la maison de Kyrre, il y avait des souvenirs d’événements réels, d’écolières et de garçons de ferme morts de longue date, sortis de chez eux aux premières lueurs du jour, cinquante ans plus tôt, et revenus dérangés – dérangés à tout jamais -, effleurés par une chose innommable, un battement d’ailes ou un courant d’air dans la tête, là où la pensée aurait dû se tenir. Kyrre croyait à toutes ces choses, mais ça n'avait aucun rapport avec les monstres et les fées... et aujourd'hui, à cause de ce que j'ai et ne puis expliquer, je m'aperçois que j'y crois aussi"

"Car si les histoires de Kyrre avaient un point commun, c'était celui-ci : peu importe la forme que nous lui donnons, ou la minutie avec laquelle il est conçu, l'ordre est une illusion et, en fin de compte, quelque chose surgira du vacarme et des ombres de l'arrière-plan et bouleversera tout ce en quoi nous sommes si décidés à croire. En tout cas, c'est ainsi que ça se passe dans les histoires - dans la vraie vie, la chose est toujours là, dissimulée en pleine vue, attendant de s'épanouir. Une tournure de phrase, une erreur, un souhait non exprimé - il n'en faut pas beaucoup pour ouvrir les vannes et laisser affluer le chaos"

"Pas d'avenir, rien que le présent et ce que je choisissais de me rappeler du passé. Car se rappeler est un choix, lorsque c'est bien fait, et personne ne peut nous contraindre à nous rappeler ce que nous choisissons de chasser de notre esprit"

"C'était ce qui me plaisait dans ces livres, je crois : le temps n'y avait pas cours"

"Ils vieillissaient à mesure qu'elle les utilisait : vêtements, livres, bijoux, jusqu'à ses pinceaux et tubes de peinture qui prenaient une patine ombreuse, couleur de paille, comme des objets oubliés au soleil. C'était l'un des miracles mineurs qui se produisaient autour d'elle, miracles que personne ne vit jamais sauf moi. Elle m'emprunter un chemisier pour la journée et me le rendait changé, l'étoffe imprégnée de cette fameuse pellicule d'or et de temps"

jeudi 3 janvier 2019

Le Grand Coeur

Connaissez-vous Jacques Coeur, bourgeois, voyageur, Argentier et ami de Charles VII ? Peut-être avez-vous visité son joli palais à Bourges ? Pour ma part, c'est d'abord comme ça que j'ai entendu parler de lui, avant de découvrir ce roman de Rufin. 

Hotel Jacques Coeur, Bourges

Nous suivons toute l'histoire du ministre sous sa plume, alors qu'il est dans l'île de Chios, poursuivi par des personnes qui en veulent à sa vie. Cloitré dans une maison, il revient sur chaque étape. 
Fils de fourreur, il grandit avec les autres enfants de Bourges dans une atmosphère paisible malgré la guerre qui fait rage et c'est vite l'occasion pour lui de montrer son intelligence. Il remarque également la perte de pouvoir de la noblesse. 
Et puis Jacques se marie, se lance dans la monnaie, et se retrouve en prison. A sa sortie, départ pour l'Orient et naissance d'un plan de commerce international ! Dans une France encore ravagée par la guerre, il souhaite commercialiser des produits de tout l'Orient, de Flandres et d'ailleurs grâce à des comptoirs et des associés travailleurs. Mais au-delà, il souhaite se mettre sous la protection du roi et utiliser ses biens pour relever la couronne. Responsable à nouveau des monnaies puis grand argentier, Jacques fait pousser l'argent ! Des trésors passent entre ses mais, il est bien en Cour malgré une méfiance envers Charles VII. Conseiller du roi, ami des papes, il ne peut manquer sa jolie maîtresse, Agnès Sorel, dont il devient très proche. Et c'est un peu le début de la fin. Jalousé, créancier de tous, il est délaissé par le roi et doit fuir...


Une vie bien remplie, non ? Et surtout bien contée par Rufin, qui en fait un aventurier, un homme libre, qui croit en ses intuitions, ambitieux pour lui mais surtout pour les siens et son Royaume. L'auteur nous confie qu'il y a beaucoup de lui dans ce livre. C'est possible. Il a surtout mis un caractère sur un personnage historique un peu austère à première vue, millionnaire de son temps, homme de pouvoir et de rêves.

mercredi 26 décembre 2018

La beauté des jours

C'est le genre de romans que je dévore et qui ne me laisse pas beaucoup de souvenirs mais dont j'apprécie, sur le coup, la lecture reposante et douce. Avec ce roman de Claudie Gallay, on accompagne la vie quotidienne d'une postière, qui aime regarder les trains et les renards.

Jeanne mène une vie tranquille, elle vit avec Rémy dans une jolie maison, ils vont refaire la cuisine pendant l'été, leurs filles passeront les week-ends. Mais ce roman débute avec un imprévu, une carte postale qui tombe du mur où elle est accrochée. Une photo de Marina Abramovic, une artiste qui va jusqu'au bout des choses, qui se met en jeu dans son art, qui tente, qui explore. Et elle, Jeanne, qu'est-ce qu'elle explore ? Quand est-ce qu'elle vit ? Quand elle découvre des palindromes, quand elle suit des inconnus, quand elle envoie des mails à un amour de lycée ? C'est une saison avec Jeanne, avec Rémy, avec Suzanne, sa copine, avec sa famille, des gens de la terre.

Gallay nous peint la grâce simple du quotidien, les petits bonheurs simples et invisibles. C'est doux.

lundi 24 décembre 2018

La confiance en soi

Charles Pépin, que j'ai croisé comme prof, a écrit ce joli ouvrage qui se lit comme un roman. Simple, léger, saupoudré de philosophie et de stars, il se veut un anti-manuel de développement personnel mais il y ressemble diablement. Il part néanmoins d'un présupposé différent, à savoir que la confiance en soi ne dépend pas que de soi mais de plusieurs ressorts : la confiance en l'autre, la confiance en ses capacités et la confiance en la vie. L'ouvrage se construit ainsi : 

Cultivez les bons liens

Être de relation, nous ne naissons pas tout armés pour la vie, il nous faut des soins, nous naissons dépendants. Et cette relation à l'autre, elle se poursuit bien après l'enfance. De la nait la confiance en l'autre, qui se cultive par la mise en confiance, par le fait que l'on nous fasse confiance.
"Quelques mots bien sentis d'un maître ou d'un ami. Des mots venants du coeur, qui suffisent alors à donner confiance pour la vie"
"C'est donc un même mouvement qui nous aidera à prendre confiance en nous et à faire confiance aux autres : sortons de chez nous, nouons des relations avec des gens différents et inspirants, choisissons des maîtres ou des amis qui nous grandissent, nous réveillent, nous révèlent. Cherchons les relations qui nous font du bien, qui nous sécurisent et nous libèrent"


Entrainez-vous

En fait, la confiance, ça se travaille. Ou plutôt, c'est le développement d'une compétence, d'un talent, qui aiderait à construire la confiance. Et c'est une compétence qui vous plait, que vous travailler sans trop vous en rendre compte, ou sans que ça vous saoule. Il faut que ça vous fasse plaisir sinon vous risquez d'être un "consciencieux" qui a peur d'être pris en défaut. A vos 10 000 heures de pratique - avec le sourire ! Moi, à part lire, je vois mal où je peux trouver autant d'heures accumulées à faire la même chose :)

"Chez les grands artistes, la confiance provient donc d'abord, ou disons plus exactement surtout, d'une pratique assidue et même obsessionnelle" 

Ecoutez-vous

Et pour cela, distinguez l'urgent de l'important. Et trouvez des lieux ou des temps pour vous écouter, des rituels qui vous font du bien et vous aident à être présents.
 

Émerveillez-vous

"L'expérience esthétique n'est jamais simplement esthétique. En nous rendant davantage présents à nous-mêmes et au monde, elle a pouvoir de réveiller, de provoquer, peut-être même d'entrainer notre confiance en soi"
 

Décidez

"Choisir, c'est se reposer sur des critères rationnels pour armer le bras de son action. Décider, c'est compenser l'insuffisance de ces critères par l'usage de sa liberté. Choisir, c'est savoir avant d'agir. Décider, c'est agir avant de savoir" 

Mettez la main à la pâte

"Le travail manuel, le fait de "mettre la main à la pâte" et d'observer son action modifier le réel, peut être épanouissant, humainement comme intellectuellement" 
"Un bon travail, selon Aristote, doit pouvoir procurer du plaisir à celui ou celle qui s'y adonne, et son excellence doit pouvoir être jugée par les autres de manière directe. Dans une société soucieuse de la "vie bonne", affirmait-il, nous devrions tous avoir un travail, un métier qui corresponde à ces critères"

Passez à l'acte

Tentez, échouez, confrontez-vous au réel, non pour renforcer votre confiance, mais pour vous abandonner à la réalité, et voir ce qui peut en naître !
 

Admirez

"Admirer, ce n'est pas vénérer ; ce n'est pas s'oublier dans la contemplation du talent de l'autre. C'est se nourrir. Prendre exemple sur ceux qui ont osé suivre leur étoile pour entreprendre de chercher la sienne. Que nous dit leur exemple ? Qu'il est possible de devenir soi" 
"Croire que nous ne sommes pas dupes est la meilleure façon d'être complice de ce qui nous diminue"

Restez fidèles à votre désir

"Le seul fait de se comparer nous détourne de la vérité de notre existence : nous sommes tous singuliers. Notre valeur est absolue, non relative à celle des autres" 

"Nous pouvons tous nous inspirer de la sagesse d'Ulysse : il a confiance en lui parce qu'il a confiance en son désir. Il se connait assez pour reconnaitre, au milieu de toutes des étoiles qui sont autant de tentations, celle qui brille plus que les autres, celle qui brille pour lui"

Faites confiance au mystère

Et à la vie, même quand elle n'est pas une fête. 

Je sors confiante de cet ouvrage ! Et j'ai été particulièrement touchée par ce qui relève de la confiance en l'autre. Je le vis et l'éprouve tous les jours dans mon travail mais j'ai du mal à l'appliquer à moi-même. Bref, il y a plein de pistes à explorer et une bibliographie commentée, qui m'a fait ajouter plusieurs titres à ma LAL.

jeudi 20 décembre 2018

Lady Oracle

Margaret Atwood... Au-delà du regain d'intérêt pour cette auteure autour de la série la Servante écarlate (que je n'ai ni vue ni lue), ce sont les billets de Litterama qui m'ont donné envie de poursuivre ma découverte. Je sors de cette lecture un peu déçue, j'ai trouvé tout cela bien bavard alors qu'il y avait de bonnes trouvailles.

Joan vient de s'installer en Italie, après avoir simulé sa mort. A travers des flashbacks de son enfance, de son adolescence, et de sa vie d'épouse, on découvre une jeune fille obèse, constamment critiquée par sa mère, puis une jeune femme mince et séduisante, qui écrit sous un pseudo, qui épouse le premier venu et complexe d'avoir une double vie. On suit les divers épisodes d'une vie qui ne semble jamais choisie. Joan semble passer de la guerre contre sa mère à une guerre contre elle-même, nouant des relations avec des personnes qui la prennent pour une potiche ou l'humilient, revivant perpétuellement les humiliations et rebuffades de l'enfance et celles même qu'elle inflige, adolescente, à sa mère. C'est malgré elle qu'elle devient une femme de lettres en vue avec son ouvrage entre féminisme et occultisme. Toujours prête à se trahir, elle préfère fuir !

C'est un roman intimiste, avec ce regard double d'une femme sur elle-même, qui ne manque pas d'humour ou de situations cocasses pour alléger le désespoir sous-jacent. 

lundi 17 décembre 2018

Les voies de la vengeance

Ce titre de Karen Blixen trainait sur le haut de ma PAL et sa couverture me déplaisait au plus haut point. Heureusement, la couverture ne fait pas le livre et j'ai passé un bon moment de lecture en compagnie de Lucan et Zozine.

Lucan est orpheline, elle gagne sa vie comme préceptrice d'un petit garçon. Quand le père de ce dernier lui confie avoir des vues sur elle, sans même lui proposer le mariage, elle décampe illico. Elle se tourne vers Zozine, une bonne amie de pension. Elle arrive lors d'une fête prestigieuse, à la veille de la faillite du père de Zozine. Bientôt seules au monde, elles gagnent Londres et tentent de trouver du travail à travers un bureau de placement. Un couple âgé, le pasteur Pennhallow et son épouse s'intéressent à elles et les emmènent dans leur propriété du Languedoc. Isolé, le couple vit simplement et partage une morale austère. Les filles s'y sentent un peu mal à l'aise. D'autant plus lorsque l'on vient leur demander des informations sur d'autres jeunes femmes qui auraient vécu là avant elles.

Un roman dont la scène finale chez le pasteur est stupéfiante, après une montée en puissance et en tension progressive. J'ai aimé cette lecture, mais je l'ai trouvée très classique. Les personnages sont caricaturaux (la brune, la blonde, leurs amoureux, la prostitution, etc.), l'écriture manque de caractère, les rebondissements et le deus ex machina arrivent à point nommé...



mercredi 12 décembre 2018

Voici les noms

C'est un drôle de roman que celui de Tommy Wieringa, mêlant migrations et recherche de soi. 

On accompagne au fil des chapitres un groupe de migrants ou le commissaire Pontus Beg. Jusqu'à ce qu'ils se croisent et se rencontrent. Les premiers ont été emmenés par camion, ils sont désormais dans un désert, sans vivres. Leur groupe s'amenuise, leurs forces aussi. D'étranges liens, proches de la haine, se tissent. Oui, c'est tout sauf joyeux cette traversée. 
Du côté de Beg, c'est une vie normale, un peu ennuyeuse de commissaire de police dans un pays corrompu. Il fait payer les insolents, s'ennuie au bureau, lit Tchouang-tseu et baise sa femme de ménage. Lorsqu'il rencontre par hasard un rabbin, il s'imagine des racines juives et s'intéresse alors à cette religion.

Lorsque les deux histoires se rencontrent, la quête spirituelle du commissaire s'éclaire par celle des autres, cette superstition née entre eux, au fil de leur voyage. Un roman porté par un style très froid, très détaché, sans concession. Un roman qui rend signifiants les écarts d'un monde confit dans les richesses et l'ennui face à ceux qui n'ont d'autres options que fuir. A ne pas lire en période de désespoir !

"Il décrivait une réalité faite pour d'autres, et non pour le garçon. Lequel était l'exception - cette chimère des sans nombre, indifférentes aux statistiques et au calcul des probabilités"

dimanche 9 décembre 2018

Un instant

Joli moment de théâtre hier, au théâtre Gérard Philipe avec une création autour de la Recherche. C'est beau d'écouter au théâtre les longues phrases de Proust, avec des temps inusités aujourd'hui, de se laisser porter par une pièce onirique, qui nous questionne sur notre propre rapport au temps et nous habite de ses interrogations et de ses mots. 

Dans un décor de salle bondée de chaises empilées, un bric à brac de souvenirs, ou sur deux bancs, puis plus haut, dans une chambre capitonnée, dialoguent deux personnages. On reconnait Proust et l'on rencontre une dame âgée, qui raconte quelques souvenirs d'enfance, d'exil et d'amour familial. Une histoire de boat people. Petit à petit, la Recherche gagne toute la place, avec un focus sur le fameux temps du coucher du jeune Marcel, sur le décès de sa grand-mère, le tout bercé par les réflexions autour de la mort, du temps et des souvenirs. 

Campés par Hélène Patarot et Camille de la Guillonnière, nos deux personnages échangent, partagent un thé, une promenade, puis se font écho l'un de l'autre, se parlent à travers les mots de Proust, malgré leurs histoires différentes. Et ces échos dialoguent avec les souvenirs des spectateurs, comme dans un rêve, un moment hors du temps, bercé par une douce mélancolie, quelques notes de musique, des rires, quelques larmes. La mort n'est jamais loin mais les souvenirs nous assurent que "la mort est une maladie dont on revient".


lundi 3 décembre 2018

Cinco horas con Mario

C'est une collègue qui m'a prêté ce roman de Miguel Delibes, j'ai mis des mois à le lire et pas seulement parce qu'il est en espagnol. J'ai vraiment eu du mal à accrocher à ce monologue d'épouse frustrée qui choisit la veillée funèbre pour régler ses contes avec son époux décédé.

Carmen et les siens sont sous le choc de la mort de Mario, son époux, mort d'une crise cardiaque. Après les condoléances des uns et des autres, c'est un monologue de Carmen qui occupe tout le roman. Chaque chapitre débute avec un passage de la Bible que Mario avait souligné et les commentaires de Carmen à son sujet. Qu'il s'agisse de l'engagement intellectuel de son époux, à gauche, de ses écrits, de leurs relations ou de leurs amis, ils ne sont visiblement pas sur la même longueur d'onde. Carmen n'est que reproches et récriminations. Et a contrario, ressortent toutes les qualité du mort, qui était engagé, intègre et intelligent mais n'a pas souhaité répondre aux "normes" de la bourgeoisie. Se moquant de l'argent ou des apparences, il poursuit des chimères selon son épouse. Bref, un mariage qui ne fut pas des plus heureux et une héroïne tout sauf aimable.

Esprit fermé et jaloux, Carmen risque de vous agacer aussi. Et de vous paraitre bien bête.


lundi 26 novembre 2018

L'Art de perdre

Ce roman d'Alice Zeniter, lu il y a quelques mois, ne m'a pas laissé de souvenirs inoubliables sinon ceux d'un harki prêt à tout pour protéger les siens et ses biens. Et en m'y replongeant, ce n'est pas tout à fait ça.

C'est un roman en trois temps, trois générations. Celle d'Ali, le grand-père, qui s'est enrichi avec l'huile d'olive, a combattu aux côtés des français pendant la Seconde Guerre mondiale et s'est retrouvé entre deux eaux pendant la guerre d'Algérie. Contraint de fuir et d'abandonner sa fortune et les siens, il débarque dans une France hostile, qui parque les hommes dans des camps.

La deuxième génération, c'est Hamid, celui qui lit, écrit et tourne le dos à son père, à l'Algérie. L'amoureux de Paris et de Clarisse. Le taiseux aussi.

Puis vient Naïma, qui travaille en galerie d'art et va devoir voyager en Algérie pour rencontrer un artiste. L'occasion peut-être de redécouvrir une famille oubliée.

Un roman épais, qui se lit plutôt vite et bien mais qui ne laisse pas grand chose. Peu d'émotions, peu de personnages vraiment attachants. Peu de vie parfois. Quelques scènes marquantes cependant, comme le camp en forêt, la nuit où Clarisse croise un rat, les drôles de retrouvailles de Naïma. J'ai l'impression d'être passée un peu à côté.

"- Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd. Tu viens d'ici mais ce n'est pas chez toi"

lundi 19 novembre 2018

Le livre de Perle

Ce titre de Timothée de Fombelle patientait également sur ma LAL. Livre jeunesse aux allures de conte de fées, il est enchanteur.

Tout commence avec une fée qui a renoncé à ses pouvoirs pour rejoindre celui qu'elle aime. Et qui arrive trop tard. C'est l'histoire d'un prince devenu cruel suite à la perte de sa mère. Un prince jaloux de son frère ou de sa soeur inconnu. C'est l'histoire d'un jeune homme, arrivé sans nom chez les Perle, fabricants de guimauves et qui prend la place de leur fils, Joshua. C'est l'histoire d'un jeune homme amoureux, hébergé par un vieil homme aux mille malles. Ce sont des histoires qui se croisent entre deux mondes, celui de la féérie et celui des hommes. Deux mondes finalement bien liés puisqu'on y rencontre des bottes de sept lieux et autres objets magiques.

Histoire d'amour et de magie, ce roman m'a paru bien mené et très poétique. Il garde une part de mystère dans la narration, joue du temps et des espaces... Un joli moment.