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samedi 25 avril 2020

Le mystère Croatoan

Vous connaissez mon goût pour les livres de José Carlos Somoza, qui questionne nos réalités. Celui-ci n'y va pas de main morte et c'est tout notre monde qui se transforme ! Une apocalypse version vengeance de la nature.

Une famille est retrouvée déchiquetée. Des scientifiques reçoivent tous un mail d'un chercheur en éthologie décédé depuis 2 ans, Mandel. L'humanité semble en proie au chaos et se comporte de façon stupéfiante, comme hypnotisée ou malade. Les hommes deviennent des zombies qui détruisent tout sur leur passage (euh, comme maintenant, non ?). 
Face à la violence stupéfiante, quelques personnages se retrouvent dans un centre de recherche pour tenter d'élucider le mystère de cette humanité déréglée et, éventuellement, sauver leur vie - à grand renfort de LSD.

C'est un roman étrange, fantastique, qui vire souvent au gore. Il questionne la notion de destin, notre humanité et notre animalité, avec pas mal d'effets, ce qui peut le rendre un peu indigeste. Quant aux personnages, on retrouve dans Carmela la femme déjà vue chez Somoza, intelligente, amoureuse du mec qui lui fait du mal. On découvre une bande, que ce soit chez les amis de Mandel ou chez les policiers, assez caricaturale, avec des personnages assez peu soignés. Comme si cette animalité mise en avant dans la transformation de l'humanité atteignait aussi les autres personnages, autrement, pour les faire renoncer à toute subtilité. 

Bref, si l'idée initiale et le mystère de la disparition de groupes humains lançait le lecteur sur une piste passionnante, le traitement du roman est plutôt décevant. 


vendredi 6 mars 2015

Tétraméron

Bien sûr, je ne pouvais pas manquer le dernier Somoza. J'ai d'ailleurs trépigné de joie lorsque l'Amoureux me l'a offert dernièrement. J'ai interrompu toute autre lecture et avalé très vite ce court opus. 
L. Lippi, allégorie de la simulation, 1650

Soledad, lors d'une excursion scolaire, ouvre la porte qu'il ne faut pas ouvrir et quitte ses compagnes. Elle se retrouve dans un petite pièce dans laquelle quatre personnes sont réunies autour d'une table. Elle est invitée à les écouter conter des histoires étranges. Mais, gare à ses mots, ils seront forcément retenus contre elle...

Dans un univers mystérieux et malsain, le lecteur est un voyeur curieux et ravi d'assister à cette scène étrange. Il s'interroge : qui sont ces quatre personnages ? Que signifient leurs contes ? Que va-t-il arriver à Soledad ? Comme des boites façon poupées russes, les histoires et les moments du livre s'imbriquent et se découvrent progressivement, laissant imaginer un trésor final. 

Si c'est avec beaucoup de bonheur que j'ai plongé dans l'écriture ciselée de Somoza, avec plaisir que j'ai découvert son approche de l'univers du conte (il fait des romans à thèmes, rappelez-vous : la physique, l'art, la poésie, la traduction, etc.), j'avoue n'avoir pas compris grand chose à ses histoires et à son histoire. Il y est question de folie, de mal, de mystères, de perversions... et sur le fond, de passage à l'âge adulte. Ce sont des contes initiatiques pour Soledad qui grandit et se dévoile à mesure que les contes sont dits.

Un livre dont j'ai aimé l'ambiance si particulière et certains contes, mais qui reste à mes yeux un peu trop énigmatique et artificiel

lundi 14 juillet 2014

La théorie des cordes

Et voilà, je viens moi aussi de dévorer ce roman de Somoza. En l'espace d'une journée. C'est la que je regrette de ne pas faire le challenge Pavés de l'été ! Oui, c'est le genre de roman que tu ne pourras pas lâcher avant de connaître le fin mot de l'histoire !

Je crois que c'est l'un des meilleurs voire le meilleur que je lis de cet auteur. Comme vous le savez, il aime centrer ses romans sur un thème bien spécifique (art, traduction, création littéraire, poésie, etc.). Ici, c'est la physique et ses implications concrètes. Sans faire à nouveau un résumé de ce roman, sachez qu'il n'y pas besoin d'être calé en sciences pour l'apprécier et le comprendre.

Il pose la question, assez classique, du progrès et de l'éthique : quand faut-il cesser les expériences ? Y a-t-il des limites que la science ne doit pas franchir ? Est-ce quand cela met le chercheur en danger ? Ou l'humanité ? Toutes les expériences sont-elles bonnes à faire ? Peut-on séparer philosophie, théologie et science ? Bien entendu, le scénario de Somoza oriente le réponse qu'on a envie de donner !

Enfin, il sait comme personne questionner la psychologie des personnages, leurs sentiments voire leur inconscient. Et nous montre que sous les visages les plus sereins, des émotions violentes peuvent couver.

Je vous laisse découvrir ou redécouvrir l'histoire de cet opus à travers ce billet de l'Amoureux, republié plus bas à l'occasion de ma lecture.

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Praline sait toujours trouver les sujets qui vont faire frémir d'envie son Amoureux : c'est encore une fois le cas avec La Théorie des cordes de Somoza. La physique théorique a en effet ceci de fascinant qu'elle cherche à répondre à l'une des questions les plus importantes au monde (comprendre l'univers, depuis sa création), d'une des façons les plus humbles qu'il soit : par les mathématiques et le raisonnement scientifique.
Il n'est pas exactement question de la création du monde dans ce livre, mais d'un développement de la théorie des cordes fort plausible : en réussissant à ouvrir des cordes de temps du passé, on pourrait projeter sur un simple écran de télévision l'information qui serait contenue dedans : en un mot, voir le passé.


C'est le prodige que cherche à réaliser une équipe de théoriciens, menée par le pofesseur Blanes, et dans laquelle figure notre héroïne, Elisa Robledo, physicienne talentueuse et très sexy... Seulement, pas question de mener ces recherches au coût astronomique au CERN, mais sur une île paradisiaque perdue au milieu de l'océan, avec de l'équipement financé par Eagle Group, une organisation aux méthodes aussi directes que louches.
Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu et l'équipe de chercheurs qui va essayer de voir le passé ne va pas sortir indemne de cette expérience. Une vague de disparitions et de meurtres atroces semble en effet la cibler quelques années après les évènements, sans qu'Eagle Group ne daigne informer ses anciens membres ou réunir à nouveau l'ancienne équipe. 

Des passages au temps de la narration en flashbacks, le lecteur va peu à peu réussir à recoller les morceuax pour comprendre ce qu'il s'est réellement passé, et plonger avec les survivants dans l'horreur à laquelle ils sont confrontés.

Autant vous le dire tout de suite : ne lisez pas ce livre si vous êtes d'un naturel stressé :)
Somoza m'a baladé d'un bout à l'autre de l'ouvrage, en créant chez moi une impressionante quantité d'émotions et de réactions... Arrivé à la moitié de celui-ci, on ne veut plus le lacher, on veut savoir, comprendre, s'en libérer finalement !
Ce mélange de fantastique, de thriller et de polar est incroyablement efficace : je ne peux que vous le recommander vivement !

jeudi 3 mai 2012

L'appât

Somoza nous l'affirme : le monde est un théâtre et Shakespeare l'a compris et mis en scène dans ses pièces. 
Partant de ce principe, les humains correspondent à des caractères, leur psynome, et à des passions, leur philia.  En stimulant l'autre par des gestes très codés, on peut prendre pouvoir sur lui. 
Bon, le plus simple pour comprendre tout ça, c'est encore de parcourir le bouquin.

L'intrigue tourne autour de Diana Blanco. Elle est appât. En gros, elle maîtrise Shakespeare, les psynomes, les philias et les gestes qui font réagir chaque philique. Disons que c'est une bonne actrice. Elle peut jouer des masques. Et elle le fait pour la bonne cause : arrêter les fous, les pervers et assassins qui hantent Madrid. 
Son jeu : procurer un plaisir si fort et le briser pour provoquer une 'disruption'. 
Sa proie actuelle : le Spectateur. Un assassin qui abandonne les cadavres féminins dans un état indescriptible. Pour l'arrêter, Diana fait appel à toutes ses capacités mais jamais il ne la choisit. Par contre, sa petite soeur pourrait être à son goût.

Diana va donc chercher à la protéger et atteindre le summum de son art. Art bien obscur d'ailleurs, qui peut consumer les appâts autant que les criminels...

Encore une fois, Somoza propose de faire de l'homme quelque chose de plus puissant, de plus pervers, de plus froid que l'homme. Un peu comme dans Clara et la pénombre, l'humain devient un objet que l'on peut maîtriser, rendre malléable. C'est à la fois fascinant et effrayant.
Je me suis laissée porter par cette histoire dont l'héroïne ne m'a cependant jamais touchée ou réellement troublé. Cette femme est presque un robot. Est-ce parce qu'elle est philique de travail ? 
Le souci, c'est que les personnages secondaires sont assez peu attachants ou remarquables. Par contre, le concept, wahou ! Où va-t-il chercher tout ça ? 

Somoza est définitivement un auteur que j'admire énormément. Et que L'Amoureux apprécie. Sur chaque thème, il fait mouche. Vous pouvez le découvrir via l'art, la physique, la poésie, la fiction, la traduction...

mardi 3 avril 2012

Clara et la pénombre

Indétrônable Somoza qui ne cesse de m'étonner, de m'effrayer et de me plaire. 

Ici, un monde qui me séduit d'autant plus que j'en suis proche : l'art. Et l'art contemporain.
Un monde où la toile est un être humain que l'artiste peint, vernit, prépare et tend. Un monde où les toiles humaines sont vendues, où des jeunes enfants posent pour l'art, comme oeuvre d'art.
Bienvenue dans l'art hyperdramatique !


Mais tout le monde n'adhère pas à ce courant. Et un criminel tente de détruire des oeuvres ! Il parvient à tuer la jeune fille que Bruno Van Tysch avait intitulé Défloration. 
Après cet épisode, on suit les agents de la fondation Van Tysch, April Wood et Bosch, qui cherchent à arrêter le coupable et à protéger les oeuvres. Mais on suit aussi Clara, toile médiocre, révélée par un grand peintre. 

Dans une atmosphère de plus en plus sombre, de polar, on assiste à un débat entre la valeur de l'art et la valeur humaine. Cet effacement des toiles, cette façon de les torturer par des poses acrobatiques effraient et fascine par leur souplesse, les homme-objets 'les décorations' trop mauvais pour être peints, sont relégués à n'être que de l'artisanat humain.
Ce qui est aussi passionnant, c'est que la psychologie compte énormément et que les toiles sont tendues par des moyens que l'on peut assimiler à du harcèlement. 

Bref, un roman plus obscur que clair, où L'Artiste (le criminel) frappe les toiles les plus chères du monde et échappe à toute identification. Une atmosphère malsaine mais fascinante et une imagination extraordinaire donnent un roman au style précis, que l'on ne peut lâcher.
Superbe ! 


jeudi 16 juin 2011

La dame n° 13

Somoza continue de me séduire, sachez-le ! C'est peut être ce roman qui m'a le plus plu dans toutes mes lectures de cet auteur. Alors par contre, c'est sans aucun doute le plus gore. Mais le traitement du thème, littéraire, comme toujours, m'a fortement convaincue. Les muses sont au cœur de ce roman ainsi que la force des mots, des vers en particulier.


Rulfo est un poète espagnol, au chômage, dévasté par une histoire d'amour et, depuis peu, par des rêves atroces. Lorsqu'il découvre que ce rêve est lié à un assassinat réel et ignoble, il est irrémédiablement attiré vers la maison du crime. Sa précédente occupante a été torturée pendant des heures et a été finalement décapitée. Pourtant dans le rêve de Rulfo, trouver un aquarium pourrait aider la propriétaire défunte. Fouillant dans cette étrange bâtisse avec une très belle femme qui fait exactement les mêmes rêves que lui, il tombe sur d'étranges objets. Une photo, des vers et une figurine de cire. C'est là que les ennuis commencent réellement. En effet, cette figurine est liée au pouvoir de la défunte. Une dame, la n° 11, celle qui devine.

Qu'est ce que c'est que cette histoire de nombres, de dames et de qualités ? Eh bien, il s'agit d'une étrange fratrie de femmes puissantes et dangereuses, inspiratrices des plus grands (Béatrice, Laure, La dame noire pour ne citer qu'elles). Chacune a une physionomie, un nom, un pouvoir particulier. La plus jeune est une pré adolescente qui joue à la balle, terrifiante par ses regards dépourvus de l'innocence de son âge. La n° 13 est cachée, c'est la plus vulnérable, celle qui permet de toucher ses sœurs... Bref, étrange confrérie qui utilise l'écriture et la récitation de vers pour torturer les hommes, curieuses des effets de leurs malédictions plus que sadiques.

Mais je vous en dis peut être trop car Rulfo met un certain temps à comprendre de quoi il est question. Il lui faut pour cela renouer avec un professeur et ami poète, retrouver un ancien amour, rencontrer la femme la plus belle et la plus humiliée. Aventure à toute allure qui utilise poésie et sadisme. Plume toujours aussi belle. Nuits terrifiantes. Tortures infâmes, châtiments dantesques... 

Ce roman est une véritable merveille, pépite de la littérature mais propre à vous faire passer des nuits blanches. Âmes sensibles, s'abstenir !


jeudi 16 décembre 2010

La caverne des idées

Peut être vous rappelez vous la joie avec laquelle j’avais refermé mon précédent livre de Somoza : voilà un auteur qui me plaisait et dont les jeux littéraires m’avaient fascinée. C’est encore le cas ici avec ce roman (que j’ai choisi pour sa couverture en premier lieu. C’est pas tous les jours que les cratères de Brygos sont présentés).

Il va m’être difficile de vous en parler sans tout révéler mais je vais tenter un petit résumé un peu allusif.

Ce roman commence par un crime. Le jeune Tramaque est retrouvé près d’Athènes, dans les collines, le cœur arraché par les loups. Voilà le prélude à l’enquête que mène Héraclès Pontor, ancien ami du père de Tramaque. Son but ? Découvrir ce qui a causé cette mort, qui ne lui semble pas ressembler à un accident. Le commanditaire de l’enquête ? Diagoras, membre de l’académie de Platon et guide de Tramaque, Antise et Eunio, trois éphèbes bien de leur personne.

Puis l’on s’aperçoit que cette histoire est en réalité une traduction. Les notes font apparaître un traducteur soucieux de donner des détails, de contextualiser. Ce traducteur prend de la place car certains aspects de se vie privée nous sont révélés. Sa passion ? L’eidesis. C’est à dire la suggestion d’images dans le texte : dans le second chapitre, le nombre de termes en rapport avec l’ondulation, le froid, le glissant évoque à la fin l’image d’un serpent. Procédé que j’ai trouvé tout à fait passionnant, il faut l’avouer !

Bref, sans rentrer plus dans les détails, sachez que ce roman est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît. L’ambiance de l’Athènes de la guerre du Péloponnèse est remarquablement évoquée sans la lourdeur des traductions de textes anciens, parfois imbuvables (remercions le généreux traducteur) parce que trop près du grec. Encore une fois Somoza a su m’étonner et me plaire par sa maîtrise des jeux littéraires. Superbe aventure !



lundi 3 novembre 2008

Daphné disparue


J'ai croisé ce livre de José Carlos Somoza chez Caro[line]. Le jour même il m'a fait de l'œil dans une librairie. J'ai craqué.
Juan Cabo, écrivain, sort de l'hôpital, amnésique. Il ne sait plus rien de lui, de sa vie personnelle. Seules les connaissances universitaires demeurent (Ovide en particulier et ses métamorphoses). Il regarde donc son monde comme un étranger et tente de s'y adapter en notant chaque rencontre et chaque événement. Ainsi, son médecin est : 1. Dolores. Blouse blanche. Tête d'œuf.
Cette amnésie ne serait en soi pas vraiment gênante s'il n'y avait cette phrase rédigée le soir de son accident : Je suis tombé amoureux d'une femme inconnue. Réalité ou fiction ?
Juan va mener l'enquête et tenter de retrouver la trace de cette femme, d'indice en indice. Dit ainsi, ce la ressemble à un policier. Mais ce n'en est pas vraiment un. Il s'agit plutôt du roman de la création littéraire.
Juan croise des écrivains plus ou moins amateurs, un éditeur tout puissant, une muse, des livres, un enquêteur pour écrivains, personnages presque cocasses qui l'aident dans cette quête de la femme, nouvelle Daphné qui disparait avec un brin de laurier.
Ce livre m'a fait penser à Kafka et à Borges avec ses impressions de labyrinthe, ses situations absurdes mais crédibles. Un livre étonnant qui se dévore !