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lundi 3 octobre 2022

Rastenberg

Christiane Singer fait partie des autrices dont je continue d'explorer l'œuvre, en quête de pépites et des phrases chocs. Ce n'est pas toujours le cas et je ne crois pas que je retiendrai grand chose de ce roman d'un lieu. 

Avec la narratrice, nous découvrons une forteresse autrichienne et ses sombres couloirs, ses portraits de famille, ses armures et armes, ses vases dans lesquels quelques fleurs viennent donner de la vie. C'est un monument historique, où peuvent se balader des touristes et où l'on peut écrire. C'est un lieu d'imagination où des personnages oubliés reprennent vie sous la plume de Singer. Histoires d'amour, de passion brulante ou d'indifférence, elle ne fait pas dans la demi-mesure.

Une exploration sympathique. 


"Le plus souvent, héros de fausses odyssées, combattants de la fausse guerre, gagnants et perdants des faux enjeux, en route vers de faux pèlerinages, cet héroïsme qui nous habite, cette force créatrice, cet élan vital qui pourrait tout transmuer s'engouffrent dans les canaux de l'insignifiance et alimentent les bassins de l'illusion"

lundi 30 mai 2022

Les sept nuits de la reine

Je renoue avec Christiane Singer par ce roman, qui nous dit la vie d'une femme en sept nuits. 

Livia se livre à un ami à travers le récit de sept nuits, de la nuit où elle veille sa mère à une nuit où elle est elle-même âgée. Ces nuits cruciales sont celles de l'enfance, de l'adolescence, de l'amour, de la maternité, du deuil, de l'attente... Des nuits qui reviennent sur des fragments de vie. 

C'est un roman agréable à lire, bien écrit. Je me suis peu attachée à l'héroïne mais j'ai aimé l'introduction à ses nuits. Et c'est ce que je garderai : 


"Vous me comprenez mal. Je ne veux pas savoir quel rôle vous est confié cette saison au théâtre mais qui vous êtes, ce qui vous habite, vous réjouit, vous saisit ? Beaucoup persistent à ne pas comprendre, habitués qu'ils sont à ne pas attribuer d'importance à la vie qui bouge doucement en eux. On me dit: Je suis médecin ou comptable mais rarement : ce matin, quand j'allais pour écarter le rideau, je n'ai plus reconnu ma main... ou encore : je suis redescendue tout à l'heure reprendre dans la poubelle les vieilles pantoufles que j'y avais jetées la veille, je crois que je les aime encore... ou je ne sais quoi de saugrenu, d'insensé, de vrai, de chaud, comme un pain chaud que les enfants rapportent en courant du boulanger. Qui sait encore que la vie est une petite musique presque imperceptible qui va casser, se lasser, cesser si on ne se penche pas vers elle ?"

lundi 10 août 2020

Une Passion. Entre ciel et chair

Ce roman de Christiane Singer explore un thème qui lui est cher, l'amour. L'amour du ciel et de la terre. L'amour charnel et spirituel. Par la voix d’Héloïse, âgée de 60 ans, elle retrace l'histoire d'amour mythique d'Abélard et Héloïse.


La femme déjà âgée qu'est Héloïse revient sur son histoire. Elle a compris que l'amour divin et l'amour humain n'étaient pas si éloignés que son amant ne le croyait. 

"Plus j’ose voir et plus il m’apparait que ce tourbillon de l’Eros qui nous arrache à ce que nous croyons être pour nous précipiter dans un autre ordre est sacré. Ne demeurent RÉELS dans mon existence que ces instants où les trappes se sont ouvertes sous mes pieds - où les identités apprises se sont désagrégées pour laisser affleurer l’ÊTRE"

Elle remonte à sa vie de jeune fille, chez son oncle Fulbert. Elle est instruite, curieuse et son oncle lui donne pour progresser un maître que beaucoup lui envient, Abélard, maître de didactique et philosophe. Mais le jeune clerc et la demoiselle tombent amoureux. Héloïse est enceinte, Abélard est chassé, puis castré... Bref, vous connaissez cette partie de l'histoire. Abandonnée dans un monastère, Héloïse dépérit sans nouvelles de son amant jusqu'à la dissolution du lieu et à l'accueil par Abelard d'une communauté de femmes. Là, on découvre le chemin intellectuel du théologien, les luttes avec Bernard de Clairvaux, les dogmes qui assoient l'Eglise. Et l'éloignement des femmes de celle-ci - alors que c'est aux femmes qu’apparaît d'abord le ressuscité !

Un chant d'amour qui se poursuit dans l'abbesse du Paraclet jusqu'à son dernier jour. Au-delà de l'histoire, c'est sa compréhension et son interprétation par Héloïse qui nous intéresse. Il y a tellement de jolies illuminations que je vous les confie !



"Dieu n'a que nos mains pour faire sur terre tout ce qu'il y a à faire"

"Tout le brouhaha de la vie - les mots chuchotés - les portes claquées - le rire des femmes au lavoir - le vent dans les branches - les pépiements d'oiseaux - les aboiements des chiens - les cris des femmes en gésine - les crissements des roues - empêchait d'entendre l'essentiel. Il croyait de bonne foi que lorsque ce désordre serait dominé, jugulé, maîtrisé, châtié, réduit au silence, alors monterait claire, audible à tous - la voix de Dieu. Je savais pour ma part que ce ne serait pas la voix de Dieu mais celle des bourreaux"

"Deux amants sont deux pièces de bois aux mains d'un maître ébéniste qui s'entend à imbriquer les tenons et les mortaises avec tant de perfection que les deux pièces n'en font qu'une. Puis l'atmosphère change et les pièces issues d'abattages divers commencent de travailler chacune de son côté, jusqu'à craquer, jusqu'à se soulever, jusqu'à se fendre dans les adents. Voilà ce qui était en train d'avoir lieu - nos visions divergeaient soudain"

"Non que l'amour soit aveugle comme on le prétend. Il est visionnaire. Il voit la perfection de l'être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s'arrête"

"J'ai constaté que ce ne sont pas les ronces qui nous blessent mais nous qui nous blessons à elles. La souffrance morale que nous infligent les autres vient aussi du pouvoir que nous leur accordons sur nous-mêmes - et qu'à l'occasion nous avons exercé sur eux."

"Quel aveuglement de chercher dehors ce qui est dedans ! Comment feindre d'ignorer que le tombeau à arracher aux infidèles n'est pas à Jérusalem mais en nous ? Christ, plus de mille ans après sa mort, est toujours le captif, non d'un lointain sépulcre, mais de nos cœurs de pierre !"

"Qu'importe à Dieu par quelle voie nous parvenons à lui ! Et de quel bois nous alimentons le feu qui nous consume ! L'ardeur du désir compte seul."

jeudi 30 juillet 2020

La mort viennoise

C'est un roman étonnant et saisissant que celui-ci. Ecrit par Christiane Singer, dont j'apprécie les essais comme les romans, il nous plonge dans un temps d'épidémie. C'est de saison.

En 1679, à Vienne, chez les nobles, plus spécialement chez Balthasar de Lichtenburg, on mange, on chasse, on gaspille. C'est là que le jeune Johannes préfère traîner avec les palefreniers qu'avec les siens. Quand à Éléonore, sa mère, elle ne fait que perdre des enfants et supporter son mari avec froideur. 
On découvre cette famille lors d'un dîner particulièrement inquiétant, après un suicide. On parcourt Vienne avec elle, on note la morgue et le mépris des riches, on découvre l'horreur de la vie des plus pauvres. Bref, c'est peu ragoutant. Et puis, survient la grande faucheuse, la peste, l'épidémie, qui ravage la cité, faisant fuir les riches, se nourrissant des pauvres, enterrant des hommes par milliers. Mais ce temps de mort est aussi un temps de vie, de vie plus féroce, dévorée, passionnée. Un temps où la mort met tout le monde à égalité, poussant certains à des folies. 

Roman de contrastes, d'une société décadente et gavée, il est plaisant à lire par son écriture et sa narration. Attention, âmes sensibles, il y a de la violence dans cet ouvrage. 


mardi 31 janvier 2017

Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Christiane Singer fait partie des auteurs que j'aime. Dans ses textes, je découvre toujours de jolies choses à laisser mûrir, à intérioriser pour les faire grandir en moi. Je ne suis pas toujours en phase avec ce que je lis, notamment la face invisible du monde, mais cela m'aide à m'interroger. Bref, sans surprise, j'ai beaucoup aimé ce recueil de textes qui invitent à se retrouver, à retrouver le sens dans nos vies trépidantes. Attention, ça peut ne pas plaire à tout le monde.

Voici les textes repris dans l'ouvrage:

Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Les sens nous livrent le sens

La traversée de la nuit

Le sens de la vie

Les corps conducteurs

Parle-moi d'amour... 

Histoires d'enfants

La mémoire vive

Utopie

Le massacre des innocents

La leçon de violon

Les deux soeurs

Les saisons du corps

Un autre monde est possible

Ils parlent d'eux-mêmes, n'est-ce pas ? Oui, il est question de spiritualité, de vie belle et bonne, d'engagement dans la société mais aussi de lettres, de surgissement de la vie et d'art. Plus que de résumer chaque intervention, il me paraît plus nourrissant de vous livrer des extraits.

"A la longue, il ne vaut jamais la peine d'avoir été cynique, revanchard, gagnant, compétitif, "the best" ! La seule chose à la longue qui vaille le jeu et la chandelle est d'avoir aimé"
"Le ciel c'est de pressentir que tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n'y sera pas"
Friedrich, Paysage avec église, musée de Dortmund
"Plus je m'interroge et plus je vois qu'il y a dans notre modernité quelque chose comme un découragement immense. Le monde est devenu trop grand. Tant que je suis dans une enclave - un espace délimité - je peux en porter la responsabilité. Une famille. Un lieu de travail. Un groupe. Dans cet espace, je peux me mettre au service, m'engager tout naturellement".
"Dans les affaires du cœur et de l'esprit, on s'adresse à la personne qu'on a devant soi et, par ricochet, c'est un autre qui reçoit le message en plein cœur ; c'est ce qui importe"
"La littérature, c'est prendre sa vie au sérieux - passionnément au sérieux"
"Tout sur terre nous interpelle, nous hèle, mais si finement que nous passons mille fois sans rien voir. Nous marchons sur des joyaux sans les remarquer"
 "Là où tu es, dans la présence aiguë, je suis aussi. Être là ! Le secret. Il n'y a rien d'autre. Il n'est d'autre chemin pour sortir des léthargies nauséabondes, des demi-sommeils, des commentaires sans fin, que de naître enfin à ce qui est"
"Parler de sens pour dire qu'on la perdu est aussi bizarre que de prétendre n'avoir plus de temps. Le sens est comme le temps, il en vient à chaque instant du nouveau. Il est là en abondance, il afflue"
 "La vie ne tolère à la longue que l'impromptu, la réactualisation permanente, le renouvellement quotidien des alliances. Elle élimine tout ce qui tend à mettre en conserve, à sauvegarder, à maintenir intact, à visser au mur"
"Il ne s'agit pas pour autant de laisser l'amertume tirer sa conclusion, de renoncer à tout idéal ! Ce qui importe c'est de remettre chaque jour cet idéal à l'épreuve de la vie, d'oser une réponse unique (surgie du riche humus de l'expérience amoncelée) à une situation unique. C'est à cette haute discipline à laquelle nous sommes invités chaque jour de neuf"
 "La vie nous casse nos idéologies au fur et à mesure de notre avancée, les bonnes comme les mauvaises. La vie n'a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire. Et si elle n'a pas de sens, c'est qu'elle va dans tous les sens et déborde de sens, inonde tout. Elle fait mal aussi longtemps qu'on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre. Si elle n'a pas de sens, c'est qu'elle est le sens"
 "La plus grande part de notre énergie, nous l'utilisons pour oublier ce que nous savons"
"C'est l'intensité qui manque le plus à l'homme d'aujourd'hui. Où est en nous le désir, l'ardeur ? Où est cet amour qui tient éveillé ?"
"Les dieux de cendre et de sang, de mort et de fers croisés, les dieux de la compétition, de la rivalité, de la domination et de la guerre, qui peut nous obliger à les honorer ? Partout où des mains se joignent et se rejoignent continue la plus vieille histoire de la nature et de l'humanité, la sage de la solidarité. De nouvelles mailles se nouent au filet qui nous retient de tomber dans l'abîme de l'inhumanité".
"Tu tires un fil et tu ne sais jamais ce que tu vas ramener à l'autre bout. Tu mords dans une madeleine et tout Combray vient avec. Tu souris à un enfant et c'est le ciel qui s'ouvre".
"L'important n'est pas que je porte le flambeau jusqu'au bout mais que je ne le laisse pas s'éteindre"
 "Devant toute souffrance, toute violence, toute dégradation monte la question harcelante : qu'y a-t-il en moi qui souffre, qui mord, qui frappe, qui tue, qui dégrade ? Quelle part en moi acquiesce à l'humiliation, à la mort d'autres humains ?"
 "Refuser de mûrir, refuser de vieillir, c'est refuser de s'humaniser. L'humanisation passe par le relâchement du masque, par son amollissement. Refuser de mûrir, c'est en somme refuser de devenir humain [...] Retenir le flux de l'existence, c'est oublier que la vie est l'art de la métamorphose"
"C'est le moment de construire le monde. Nous avons alors chacun la responsabilité d'une parcelle de l'univers (école, bureau, hôpital, maison où nous travaillons, où nous vivons). Nous sommes responsables de ce lieu où le destin nous place"
"L'important est de tenter, toujours de tenter, sans souci de réussite, de mettre un instant au monde ce qui n'y était pas. En catimini. Soli deo gloria !"
 "Ce qui fait la royauté de notre aventure, c'est l'élan qui nous habite, le désir qui nous porte et nous brûle. N'espérons pas réussir pour de bon !"

mardi 23 septembre 2014

Les Âges de la vie

J'aime beaucoup ce qu'écrit Christiane Singer. Je la trouve souvent d'une grande pertinence. J'aime son regard sur le monde et sur elle. J'étais curieuse de la lire sur le thème de l'âge, à notre époque de jeunisme triomphant (commence l'anti-ride à vingt ans, après il sera trop tard) mais aussi de grande défiance envers la jeunesse (frilosité des entreprises devant la créativité, refus de nommer des gens compétents à des postes intéressants avant qu'ils aient 50 ans). 

Cet essai se divise en plusieurs temps : 

La gestation, la naissance, le nouveau né

C. Singer rappelle la beauté et la merveille qu'est la gestation. Loin de n'être qu'un fardeau, elle est un don ! Elle rappelle que les réalités économiques et sociales poussent à l'indépendance et font du bébé une entrave. Mais cette indépendance n'est-elle pas creuse et vaine ? Voilà qui me questionne. Sans pour autant me convaincre... Elle signale aussi que la famille n'est pas une prison : "Chacun de nous est à la fois l'enfant de l'homme et la femme qui l'engendrèrent et l'enfant de la création". Aimé ou pas, tu as ta place dans le monde nous dit-elle. Une phrase que je trouve absolument réconfortante !

La petite enfance

Nous abordons l'âge "sauvage" de l'enfance, un âge de totale liberté : pas de barrières sociales ou morales et des mondes imaginaires qui enrichissent le quotidien. C'est le moment où se forme notre propre cosmogonie. "Il est un temps pour toute chose et le temps de l'enfance est celui de l'adhérence au monde, de son investigation par les sens et l'imaginaire. L'intelligence pourra construire plus tard ses édifices les plus hardis, ses subtils systèmes d'abstraction sur ce solide soubassement. S'il vient à manquer, c'est le drame de la dépendance, de l'adhésion fatale aux systèmes préfabriqués". 
L'auteur nous met en garde contre une société qui veut domestiquer l'enfance, qui veut faire du petit homme un consommateur de plus : "Substituer à ses facultés différenciées et vivantes, alors en plein essor, tout un attirail de prothèses - de la télévision aux multiples gadgets de l’électronique - est un crime que le code pénal n'a su prévoir". 
Et outre ces considérations, ce chapitre est plein de belles histoires, de contes, qui viennent enrichir cette pensée : "Le conte ne dépose jamais ceux qui l'écoutent à l'endroit où il les a pris - mais plus haut et plus loin". Je suis persuadée que le conte est un appareil à rêver et à construire les hommes, que les livres les forment, les questionnent et les font réfléchir. Peut-être manquons-nous de contes dans nos quotidiens ? Je propose une cure de contes pour tout le monde et des conteurs dans nos villes : un conteur dans le métro, ce serait chouette, non ?

Plaidoyer pour l'adolescence

L'adolescence, c'est le moment où l'homme s'ouvre à une vie spirituelle et culturelle sans couper avec le monde naturel. Un moment où les sentiments et la raison sont les plus agiles : "Il évolue avec aisance, dix fois le jour, de l'appel de la sainteté à la fascination de la déchéance, du profane au sacré, du ludique au solennel". Pour C. Singer, c'est le moment de la vie où nous sommes le plus proche de notre perfection. 

La jeunesse

Passe le temps, s'écoulent les fleuves, nous voilà rendus à l'âge où l'homme est capable de tous les séismes, de tous les défis. Un âge bourré de vie ! Celui de la soif de savoir et d'aimer, celui du désir qui ne peut être comblé. C'est l'âge où se révèle et se dessine ce que nous souhaitons de notre vie, nous en apercevons les trésors.

L'âge adulte

C'est le temps de l'équilibre et de la plénitude qui débute selon l'auteur : "La jeunesse y déverse ses torrents tumultueux et ses boues, sa vigueur et ses instincts, et la maturité y laisse affleurer ses nappes profondes, sa maîtrise et son savoir". C'est un temps plus long et lent, où l'on ne dévore plus la vie d'une bouchée, où l'on prend le temps de choisir et d'approfondir. Mais gare à celui qui s'éloigne de ce qu'il est : "Comment s'étonner dès lors que ces années soient aussi secouées de crises profondes (parfois minabilisées sous l'appellation de "middle age crisis"), de ruptures, de dépressions, de morts brusques ? Ce sont autant de rébellions de l'âme contre les mutilations subies [...] Contraint dès lors de recourir, pour momentanément survivre, à des substituts multiples, soit matériels (argent, consommation, accumulation d'objets), soit idéels (position sociale, promotion, honneurs), il s'éloigne de plus en plus de son être profond, se cherche avec constance et hargne où il n'est pas". 
Voilà son conseil : "Devenir ce que nous sommes n'est pas la formule de la facilité mais le chiffre secret d'une conquête. Car il ne s'agit pas de subir ce que nous sommes ni de nous en accommoder mais de le vouloir avec ferveur". 

La vieillesse

Évoquant ici les visions de la vieillesse d'Améry et de Beauvoir, l'auteur ne parle pas ici de son propre vécu mais de celui qu'elle peut observer chez de sages vieillards : ralentissement du temps, connaissance de l'humain... Plutôt que d'en faire un temps de regret, elle y voit un nouveau lieu d'épanouissement.

Rodin, L'âge d'airainSans fixer d'âge précis à ces périodes de la vie, Christiane Singer montre la beauté et l'utilité de chacune dans notre construction personnelle. Elle invite à faire confiance au temps. Mais aussi à se faire confiance pour choisir ce qui est bon pour nous, ce qui nous épanouit, nous rend heureux. Même si je n’acquiesce pas à tout, je trouve ce livre d'une grande vérité et d'une belle harmonie. Il nous invite à nous situer, à relire notre parcours, à nous interroger sur ce qui a du sens pour nous et ce qui ne nous construit pas. Une lecture essentielle !

Quelques autres citations pour ceux qui ne sont pas totalement convaincus :
"En ne faisant rien, celui qui n'a rien fait a déjà fait beaucoup ; et ce qu'il faut à l'homme pour aller au bout de ses rêves et de ses possibilités n'est rien d'autre que ce qu'il a déjà : son corps"
"Seul l'esprit familier des allées et venues entre la pérennité et l'actualité est en mesure d'aborder les problèmes de son temps avec cette responsabilité accrue, cette perspective agrandie sans laquelle l'homme contemporain est un grand semeur de désastres". 

lundi 27 juin 2011

N'oublie pas les chevaux écumants du passé

Christiane Singer est un auteur que j'apprécie beaucoup. Je crois que vous êtes au courant. Je n'ai donc pas hésité longtemps devant ce livre. 

Un peu différent des précédents que j'ai pu lire d'elle, celui-ci est comme une multitude de petites discussions et échanges sur des sujets qui tiennent de l'actualité et des éternelles préoccupations humaines.
Parmi les questions évoquées, le souvenir et l'oubli, la transmission, l'âge, la femme, l'obligation du bonheur, l'étranger, l'amour, l'enfant...
Des sujets qui sont soulevés, comme une vague, qui interrogent, dont on aimerait souligner les références, les réflexions, sur lesquelles il pourrait être bon de s'arrêter, de méditer. Et pourtant, happée par les mots, j'ai poursuivi, d'une traite, cette lecture. Je pense que je relirai ce livre car il avait beaucoup à m'offrir et je n'en ai retenu que quelques moments forts, phrases chocs et idées sages.

J'ai parfois senti combien j'étais en désaccord ou peu prête à croire ce que je lisais, combien l'auteur me semblait naïve, trop heureuse de peindre la vie en couleurs. Il est vrai que la vitalité de sa plume, de ses réflexions, sa croyance en l'homme, en la vie, font plaisir à voir. Une vraie leçon contre le pessimisme et le gris ambiant. 

lundi 4 avril 2011

La guerre des filles

Le peuple des amazones dans Smallworld, pur jeu de plateau !
Si j'avais été emballée par ma dernière lecture de Singer, je suis un peu plus dubitative sur ce titre.
Récit épique d'un combat entre hommes et femmes, chapitres courts aux personnages peu marquants, aux scènes sanglantes, aux histoires de combats et de batailles plus anciennes... Je me suis sentie un peu perdue et mal à l'aise dans ce roman. Il refusait de se livrer vraiment. Impression étrange de rester pendant 200 pages à l'extérieur de ce qu'on lit.
En 736, en Bohème, Vlasta et ses compagnes ont vaincu. Leur communauté vit à part des hommes, guerrières et maîtresses de territoires. Las, les hommes supportent mal cette domination. De même qu'ils ne respectent plus la nature et ses cycles, ils méprisent les femmes et les réduisent à l'esclavage. Si certaines se plaisent à servir l'homme qu'elles aiment, d'autres chérissent leur liberté et l'égalité de leur relation aux hommes.
Dernière lutte entre des amazones et des hommes, cette histoire m'a étonnement peu touchée comme je vous le disais. J'ai raté quelque chose. Mais quoi ?


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mercredi 24 juin 2009

Seul ce qui brûle


J'ai lu une critique très positive de ce livre de Christiane Singer chez Leiloona puis chez Ys et je n'ai pas pu résister en librairie.
Prenant pour base une nouvelle de l'Heptaméron, Singer la dilate dans un court roman.
Cette nouvelle ne m'avait pas particulièrement marquée à la lecture. Une jeune femme est condamnée par son mari à être tondue tous les trois jours et à boire dans le crane de son (supposé) amant. Un étranger de passage, Monsieur de Bernage, observe ce terrible rituel et demande à son hôte de pouvoir discuter avec l'infidèle. Cela fait naitre une véritable amitié de la part de l'époux et l'amène à s'épancher et à conter son histoire. Une première lettre décrit la naissance et la croissance d'une passion violente pour la belle Albe. Son châtiment est à l'image de cet amour. Suit une lettre d'Albe à Bernage qu'elle considère justement comme son sauveur. Elle lui rédige une épitre sur l'amour et le devoir qui la lie à son époux. Suivent deux lettres plus courtes sur la fin de la vie des personnages.
Un superbe exemple de pardon et d'abnégation porté par une belle langue.

Par contre, je n'ai pas trop aimé

vendredi 24 avril 2009

Histoire d'âme


J'avais ce livre de Singer sur ma Pal depuis des années !
Liliane B est une femme seule dans une grande maison. Elle sort pas mal. Elle a une vie sociale bien remplie. Elle ne pleure pas. Et pourtant, elle pourrait.
Jeune fille, la mort de sa soeur l'a laissée sans larmes, froide, presque indifférente, blindée. Récemment, Adrien, son époux est décédé. Mais la vie continue, sans chagrin. Après tout, elle a toujours son amant !
Oui, mais voilà. Le jour où la carapace commence à se fissurer, l'instant où la narratrice prend conscience de tout ce qu'elle a enfui, elle perd contrôle de ses larmes. Elle comprend qu'elle a abandonné toute authenticité. Coupant contact avec le monde, elle replonge dans les souvenirs et prend conscience de sa froideur. Ses sentiments, elle les retrouve. Son mari, elle le regrette. Liliane réalise combien elle l'aimait, combien elle a pu gâcher leurs moments. Après les regrets, la culpabilité. Difficile de continuer à vivre quand on voit tout ça !
Beau roman de l'intimité, des sentiments et de leur reconnaissance.

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jeudi 30 août 2007

Eloge du mariage, de l'engagement et autres folies...


Christiane Singer, en quelques pages, quelques courts chapitres, nous offre ses réflexions, ses anecdotes et ses contes sur l'engagement. Acte pas banal, qui me parait fou.

C'est certainement les mariages de Mélou, d'Anna, de Solène qui me donnent envie de comprendre cette folie. Pour tout dire, je n'y comprends toujours rien !

Mais les mots de Singer m'ont fait découvrir un auteur profond, sensible. J'ai également acheté histoire d'âme, qui trône sur ma PAL.

Mon coup de coeur chez cet auteur