vendredi 31 juillet 2015

Le juste milieu

Annabel Lyon nous invite dans l'intimité d'Aristote... et vaguement d'Alexandre. Nous suivons le philosophe en Macédoine, dans sa vie quotidienne aux côtés de Philippe. Enfin, plutôt aux côtés de ses fils, dont il est le précepteur. "Chaque étudiant est à la fois un défi et une feuille de laurier". Bon, on le suit d'un peu loin puisqu'il ne vit pas dans le palais mais dans sa propre maison. 

Cette plongée dans la Macédoine du IVe siècle nous présente des lieux, des personnes, des coutumes qui nous sont étrangères. Avec plus ou moins de réalisme et de justesse. Que les non-historiens et non-philosophes se rassurent, ce n'est pas du tout complexe. Le langage est très contemporain, les détails historiques dilués. Quant à la relation avec le futur maître du monde, elle est faite de coups d'éclats et de violence, de proximité et d'affectivité, d'orgueil aussi. Elle se construit difficilement car Aristote n'est pas des plus diplomates et Alex a un caractère de chien. C'est surtout la personnalité d'Aristote, sa curiosité, ses relations, ses habitudes qui intéressent la romancière. 


Bref, c'est plutôt l'imagination qui prend le dessus. Et c'est à la fois plaisant, car c'est assez bien écrit et coloré, et dommageable, puisqu'on ne voit pas le philosophe philosopher... Enfin, presque pas. Voici tout de même quelques passages où s'amorce une discussion avec Alexandre : 

"Comment un monde parfait et immuable peut-il être la forme idéale de ce monde-ci, où nous sommes entourés de changements ?"

"On agrandit son monde par la conquête, mais on perd toujours quelque chose au passage. On peut apprendre sans conquérir"

"Qu'est-ce que l'excellence chez un homme ? Quand un homme est-il un homme bon ? Que signifie mener une vie bonne ?
- Triompher. Agir au maximum de ses capacités. Prospérer.
- Prospérer...
Je hoche la tête. J'évoque l'exercice des facultés humaines, et toutes les manières dont l'homme peut exceller : par son caractère, en amitié, par son intellect. Je m'attarde sur l'intellect, j'explique qu'il est un don divin qu'aucun autre animal n'a reçu en partage. Dans la hiérarchie des excellences, l'intellect se trouve tout en haut ; par conséquent, la meilleure vie, pour un homme, est celle qui est consacrée à la poursuite de l'excellence intellectuelle.

"A la philosophie", précise Alexandre"

"Rendre connu l'inconnu, n'est-ce pas là la plus grande des vertus, le plus grand des bonheurs ? N'est-ce pas exactement la chose dont nous parlons ?
- Tu confonds plaisir et bonheur, le vrai bonheur qui dure.
[...] J'accepte que l'idée du bonheur est réservé aux êtres capables d'accomplir les plus grandes choses [...] Vous et moi, nous pouvons apprécier la splendeur des choses. Nous marchons jusqu'à l'ultime rebord du monde tel que tous les hommes le perçoivent, le connaissent et en font l'expérience, et alors nous faisons un pas de plus. Nous traversons des lieux que nul n'a jamais visités"

Petite déception pour cet ouvrage. 


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