lundi 7 avril 2014

Pour bien commencer la semaine, que diriez-vous d'un petit concours ?

Suite à ma lecture de l’essai Correspondances européennes de Philippe Perchoc édité aux Presses Universitaires de Louvain, je vous propose de gagner un exemplaire de ce livre. 

Pour cela, rien de plus simple, il vous suffit de laisser en commentaire une anecdote européenne : échange, rencontre, incompréhension, découverte… ou un rêve pour l’Europe de demain. A vos claviers !


Vous avez jusqu’au 25 avril à minuit !

dimanche 6 avril 2014

Le nez

nez gogol Ghirlandaio
Un beau matin, Ivan Iakovlevitch, barbier, trouve un nez dans son pain. Il y reconnait celui du major Kovalev qu'il rase régulièrement. Embarrassé, il tache de s'en débarrasser.

Au même moment, le major Kovalev, assesseur de collège, se réveille et constate la disparition de son nez. Emmitouflé dans une écharpe, il part à sa recherche. Et le retrouve errant dans Moscou, déguisé en conseiller d'Etat !

Cette histoire fantastique de Nicolas Gogol utilise l'absurde et l'ironie pour brocarder un peu tout le monde : fonctionnaires, médecins, policiers, tous en prennent pour leur grade ! Attention aux amoureux de la hiérarchie et de l'ordre, vous ne vous en sortirez pas comme ça. Et le lecteur sourit de cette étonnante aventure, loufoque et déjantée. 

samedi 5 avril 2014

Into the Woods

Après Sunday in the park with George l'an dernier, nous poursuivons notre découverte des comédies musicales de Stephen Sondheim présentées au théâtre du Châtelet. Et encore une fois, nous sommes sortis ravis de ce spectacle.

Into the woods musical chatelet

"Once upon a time..." C'est ainsi que commencent tous les contes de fées et celui-ci ne déroge pas à la tradition. Il était une fois Cendrillon, qui souhaite aller au bal, Jack, qui ne veut pas vendre sa vache, un boulanger, qui veut un enfant... Mais aussi un Chaperon rouge, des loups, des princes, une sorcière, Raiponce, etc. Tout ce petit monde vit son conte de son côté. Mais il est un lieu où tous se croisent : les bois. C'est un endroit un peu effrayant, sauvage, où tout peut arriver. C'est le lieu où vivent les bêtes et les hommes exclus de la société, sans lois. Sans parler de la dimension psychanalytique de la forêt qui renvoie à l'inconscient (Merci Bettelheim). C'est un lieu d'épreuve, de passage et d'apprentissage. Les personnages y apprennent sur eux et sur le monde. C'est aussi un lieu de peur et de danger, de magie et de mort. Car tout n'est pas facile dans les contes traditionnels, ce n'est pas Disney en général, ça ne se passe pas si bien que ça (je ne vous raconte pas mon traumatisme de jeune lectrice quand j'ai lu la "vraie" version de La Belle au bois dormant). Si la première partie reprend le déroulement traditionnel des contes de fées et se conclut par un "Happily ever after", la seconde est beaucoup plus complexe et inattendue.

Dans un décor fabuleux de bois, plein de surprises, d'animaux, de tours cachées et de sentiers perdus, une douzaine de personnages tous plus épatants les uns que les autres, aux costumes superbes, chantent et jouent diablement bien. Leurs gestes, leurs pas, tout participe à la beauté (et à l'humour) de ce musical. Mention spéciale aux deux princes (Damian Thantrey et David Curry), charmants mais pas vaillants. Leur duo, Agony, est absolument inoubliable et hilarant. La sorcière (Beverley Klein) est juste épatante et Cendrillon (Kimy McLauren) a une voix fascinante. La vache est aussi très réussie mais je ne vous en dis pas plus... La musique de Sondheim est toujours aussi agréable et loin d'être "pompière" ou simpliste. Les airs principaux sont entraînants, mais difficiles à chantonner quand on sort de la représentation. C'est une musique de qualité qui se réécoute très bien !

vendredi 4 avril 2014

Correspondances européennes

Merci à Philippe Perchoc et aux Presses Universitaires de Louvain pour l’envoi de ce livre. Cet essai, tout comme la correspondance de S. Zweig et R. Rolland que je suis en train de lire, est une invitation à réfléchir à ce qu’est l’Europe. Cet ouvrage s’inscrit d’ailleurs dans cette tradition épistolaire européenne, qui a trouvé son épanouissement au XVIIIe siècle mais qui parcourt notre histoire intellectuelle depuis le Moyen Age, se composant de 12 lettres postées de pays européens et voisins. Alors que nous fêtons le centenaire de la Première Guerre mondiale, un déchirement européen, il n’est pas inintéressant de jeter un regard rétrospectif sur notre continent. A travers des anecdotes, Philippe Perchoc, amoureux et grand connaisseur de l’Europe, nous la fait découvrir. Nous partons pour Kaliningrad, Brest, Bruxelles, Bordeaux, Bruges, Lund, Sofia, Copenhague, Budapest, Lisbonne, Riga et Honfleur à la rencontre de nos voisins européens avec lui ! Chaque escale sera alors l’occasion de s’interroger sur l’un ou l’autre aspect de l’Europe.

Il n’est pas question ici de la construction historique de l’Europe avec ses grandes figures, Monnet ou Adenauer, même si la préface de Michel Barnier les évoque. Il est plutôt question des hommes et de leurs rapports à l’autre, en cette période de crise où chacun a tendance à se replier sur son pré carré et où l’Europe a mauvaise presse.

Tout commence par un peu de géographie avec les frontières de l’Europe. A travers le cas bien particulier de Kaliningrad, enclave russe en Europe, près des pays baltes, notre correspondant s’inquiète des relations entre Europe et Russie, voire Europe et Turquie. Il constate que la chute du Rideau de fer n’a fait que repousser les limites de l’Europe mais n’a pas fait tomber les barrières avec la Russie. Il souligne la difficulté pour un Russe de venir étudier en France et pour un français de passer la frontière terrestre de l’espace Schengen.

On fait aussi un peu d’histoire. Celle-ci  apparait en filigrane dans chaque chapitre. Au-delà de l’histoire officielle, celle des individus est convoquée à travers les questions d’identité. Car si la France vit sur les mêmes frontières (quasiment) depuis le Traité de Verdun (843) et si se sentir français n’est pas très ambigu (et encore, cet atlas anthropologique tend à prouver le contraire), c’est loin d’être le cas pour tous les pays et tous les peuples. Je ne rentrerai pas dans l’histoire très actuelle de la Crimée. Notre auteur s’intéresse à la Lettonie, allemande, juive et soviétique, dont les individus, polyglottes aux histoires multiples, sont victimes et bourreaux.

Philippe Perchoc nous interpelle sur des sujets intellectuels mais aussi pratiques. Comme la défense. L’Europe vit en paix, débarrassée du spectre de la guerre, désarmée. Elle se repose à l’ombre du bouclier américain et ne connait la guerre que par ses musées, ses mémoriaux… et le web 2.0 (pour ceux qui ont suivi l’histoire du poilu Léon Vivien sur Facebook). Mais est-ce bien raisonnable d’oublier ainsi armement et diplomatie ? Car aujourd’hui, comment intervient-on dans les conflits qui nous entourent ? Que fait-on en 2014 ? On laisse les Américains se précipiter. Et écouter nos conversations téléphoniques. En France, on a encore une armée. Mais à l’échelle de l’Europe, chacun joue dans son coin… et ne pèse rien. Pourquoi ne pas envisager une politique extérieure européenne globale ? Pourquoi, dans ce domaine, ne pas travailler ensemble ?

La question des institutions européennes (et de leur complexité pour le non initié) est aussi évoquée. Il y a clairement un manque d’intérêt des citoyens pour Bruxelles, relayé efficacement par le dédain de certains politiques et des médias. Sans compter que les actions de Bruxelles et ses personnalités politiques nous sont bien souvent peu connues. Alors, comment voulez-vous qu’ils fassent avancer les choses ? Peut-être en donnant plus de moyens à l’Europe…
Notons cependant que, malgré ces méconnaissances des institutions et de l’autre, l’auteur observe des rapprochements, des unions et des groupements d’intérêts qui dépassent les frontières.

Velo tandem Amsterdam

Il parle également de cultures, au pluriel. De ces pays qui se sont enrichis par la colonisation et l’esclavage. De ces pays qui ont honte mais qui demandent pardon. De ces pays aujourd’hui multiculturels, qui cherchent un modèle d’intégration pour tous, qui réinventent l’ouverture et le métissage mais qui ne savent pas trop comment gérer l’immigration et les migrations… Ce multiculturalisme, dont on ne cesse de pointer l’échec, n’est peut-être pas si raté qu’on le dit. Ne serait-ce que parce qu’il parait impossible dans bien d’autres contrées. C’est un appel à la prise de conscience de cette richesse qu’apporte la diversité des citoyens d’horizons et d’histoires variés. Un appel à l’accueil favorable de l’autre, immigré ou Rom.

Abordons l’éducation à l’Europe et à la citoyenneté européenne. A la fin des années 1950, alors que se construisait l’Europe et que les relations avec Moscou se tendaient, Bruges accueillait les premiers étudiants du Collège d’Europe. Ceux-ci se formaient aux humanités européennes et affutaient leur « esprit européen ». Aujourd’hui, on peut faire des masters spécialisés en affaires européennes un peu partout. On forme des spécialistes. Mais sans réussir à en faire des européens, chacun connaissant assez mal l’histoire de l’autre. Pour pallier ce manque, pourquoi ne pas proposer des échanges, bien avant l’Erasmus des universités ?
Et après toutes ces belles études ? Le chômage. Ce n’est plus un spectre menaçant, c’est une réalité quotidienne. Pour ceux qui ont fait des belles et longues études comme pour les élèves en échec scolaire. Et tout le monde s’en moque. On continue à creuser l’écart entre les générations.  On attend que ça explose. On laisse chacun se débrouiller dans son coin. La situation est évidemment criante dans ces pays en crise que sont la Grèce, l’Espagne ou le Portugal. Et que fait l’Europe ? Elle veut jouer au gendarme. N’y a-t-il pas d’autres solutions ? A une époque de repli et d’individualisme, Philippe Perchoc propose la solidarité.

A travers des anecdotes, l’histoire de rencontres, d’échanges, de discussions, d’incompréhensions, Philippe Perchoc nous fait connaitre un peu mieux nos voisins européens. Et nous donne envie de nous y intéresser un peu plus afin de mieux comprendre à quoi sert ou peut servir l’Europe. L’idée n’est pas de convaincre le lecteur (même si l’on sent les affinités et les rêves de l’auteur) mais de le faire réfléchir sur des problématiques actuelles, qui le concernent directement, même s’il ne s’en rend pas bien compte. Une analyse fort utile, voire indispensable, qui sait lire le quotidien pour en tirer des leçons et des idées. On n’est pas ici dans la critique gratuite ou l’approbation béate, on peut lire de vraies propositions et des projets, du concret. Philippe Perchoc redonne une véritable ambition à l’Europe, dans la lignée d’un Robert Schuman, et nous incite à nous impliquer dans la construction d’une Europe multiculturelle. Il transmet une vision positive de l’Europe et propose des pistes pour une Europe future, qui encourage la prise de risque et l’esprit critique, qui donne sa chance à tous, notamment aux jeunes. Une Europe plus solidaire et plus ouverte. Mais aussi une Europe plus présente, dont les actes comptent. Une Europe référente, à la manière de sa Cour européenne des droits de l’homme. Une Europe unifiée qui reconnaisse la diversité et s’en nourrisse.

jeudi 3 avril 2014

Bill Viola au Grand Palais

S'il est une exposition qui nécessite d'avoir du temps devant soi, de prendre du temps, c'est bien celle-ci. C'est d'ailleurs ce à quoi nous invite l'artiste qui dit "sculpter le temps" avec ses vidéos, jouant sur le ralenti et la répétition. On peut y passer des heures si l'on souhaite voir l'intégralité des œuvres du vidéaste. Pour ma part, je pense retourner pour regarder l'intégralité de Going Forth by Day.

Bill Viola Grand Palais


Ma première rencontre avec l'art de Viola s'est faite il y a presque 10 ans, lors d'un de mes premiers opéra à Bastille. C'était Tristan et Isolde. Je ne suis pas certaine d'avoir aimé cette mise en scène dépouillée, ces chanteurs en noir et ces écrans gigantesques. Pourtant, en visionnant aujourd'hui Tristan's Ascension et Fire Woman, je ne peux qu'être saisie par la force de ces images. Cette dualité entre homme et femme, eau et feu. Cette opposition des couleurs. Celui qui s'envole et celle qui tombe. Cela semble un peu manichéen. Peut-être. Mais ça marche bien. 

Bill Viola Grand PalaisBill Viola Grand Palais

L'exposition se présente comme une suite de salles noires, exposant chacune une ou plusieurs œuvres de Bill Viola sur des écrans de tailles diverses, de l'écran de poche pour Four Hands à un mur entier pour The Path. Pas de panneau à l'exception de l'introduction, pas de cartel détaillé, on plonge dans le grand bain, en immersion totale dans les vidéos. Et finalement, cela ne fonctionne pas mal. Car les vingt vidéos exposées, la plupart muettes, sont hypnotiques et invitent à la contemplation voire à la méditation. On sent bien le côté mystique de Viola. Les thèmes qu'il cherche à explorer sont universels (la vie, la mort, les passions) et donc perceptibles sans biais. Pas besoin de référence ou d'apparat critique, car même si son art est truffé d’influences artistiques (Bosch, Giotto, etc), il se veut accessible. Jouant avec les éléments, notamment l'eau, omniprésente dans son oeuvre et dans sa mythologie personnelle, Bill Viola met l'homme au centre de ses vidéos, présent, absent, reflété, seul ou en groupe. Bref, ses créations sont pleines de vie. 

Parmi les œuvres qui m'ont marquées (et que j'ai regardées de bout en bout, voire plusieurs fois), je citerai par exemple le polyptyque Catherine's Room (2001). Cinq écrans diffusent cinq moments de la journée d'une femme : le sport et la lecture, la couture, l'écriture, l'allumage de cierges et le coucher. Par la fenêtre, une branche d'arbre, à différentes saisons. Catherine ne s'active pas follement. Elle prend le temps. Elle fait les choses correctement, de façon ordonnée. Elle s'étire sur un tapis de yoga : prie-t-elle, médite-t-elle ou brûle-t-elle des calories ? Au spectateur de l'imaginer. Quand Catherine coud, elle prend des airs de Vierge avant l'Annonciation, dans un intérieur qui pourrait être flamand sans cette lumière éblouissante. Elle écrit. Elle relit. Elle jette. Elle reprend. Le processus créatif s’invente devant nos yeux. Elle semble réfléchir quand elle allume les bougies, patiemment. Et au lit, à quoi pense-t-elle ? Catherine se montre à l'artiste sous tous ses profils, sans que jamais le cadre ne change ni ne bouge. Cette oeuvre, lente, interpelle l'imagination poétique du visiteur.

Bill Viola Grand Palais
Bill Viola Grand palais
Bill Viola Grand Palais

Avant de vous laisser vous faire votre propre opinion, un dernier mot...

...Conseils pour bien aborder cette exposition : 
- Évitez absolument les heures de pointe. Cette visite mérite silence et discrétion. Impossible de s'immerger si on vous bouscule de tous côtés.
- Prenez le temps. Si vous ne pouvez pas visionner l'intégralité des œuvres, tentez tout de même d'en regarder quelques unes de bout en bout. Impossible de méditer quand on est en mode zapping.
- N'intellectualisez pas trop. Ce n'est pas une rétrospective avec un regard critique sur les vidéos. Certes, c'est bourré de références et ça manque d'explication pour qui souhaiterait analyser ce travail. Mais le but ici est simplement de vous interroger, pas d'apprendre. On est dans la sensation puis dans le questionnement. C'est une exposition de type "galeriste" plus que du type "musée".
- Emportez votre tabouret. Ah, ce n'est pas possible ? Prenez les rares bancs d'assaut, asseyez-vous par terre... Bref, mettez-vous à l'aise, on savoure mieux les vidéos ainsi.
- Et revenez me raconter ce qu'elle vous a inspiré !

mercredi 2 avril 2014

Planètes

Cette série de 3 mangas de Makoto Yukimura fait partie des rares ouvrages que j'ai choisis à la simple couverture. Un vaisseau spatial, des astronautes et une vue de Jupiter en fond, il n'en fallait pas plus pour me convaincre...

L'histoire se déroule dans un futur pas trop lointain, et pas si improbable que ça. L'homme a commencé à s'installer sur la Lune, mais on est bien loin de l'avoir terraformée : seuls quelques centaines ou milliers d'humains vivent la-bas, et retournent sur Terre régulièrement comme on rentrerait en permission. 

Notre héros, Hachimaki, est membre de l'équipage d'un vaisseau charge de nettoyer l'orbite terrestre des débris de satellites qui la jonchent (ça aussi c'est loin d'être improbable dans le futur...) Forcément quand on est éboueur de l'espace, on rêve d'autre chose. Hachi, lui, rêve de s'acheter son propre vaisseau, ou d'embarquer pour la première expédition humaine vers Jupiter qui se prépare...

Outre le sujet et (pour une fois !) la cohérence de l'univers décrit par l'auteur, ce que j'ai apprécié dans ce manga ce sont les thèmes abordés : la condition de l'espèce humaine et le rôle du progrès dans son évolution (ou non...), le sens et la finalité de l'existence, les relations sociales, l'amour... Si vous voulez rêver et cogiter un peu tout en feuilletant un ouvrage très bien dessiné, n'hésitez pas et lisez ce manga ! Pour ceux qui connaissent, je lui ai trouvé les mêmes vertus qu'un Universal War 1, dans un tout autre style.


mardi 1 avril 2014

12 years a slave

Oui, je sais, ça fait des mois que ce film de Steve McQueen est sorti et je n'en parle que maintenant. Honte sur moi. 

Tout le monde a entendu parler de ce film, j'imagine. Sinon, tout est dans le titre. C'est l'histoire de Solomon Northurp, homme libre, qui est vendu comme esclave en Louisiane. Il y reste 12 ans. 12 ans pendant lesquels il s'efforce de survivre. 12 ans pendant lesquels ses enfants grandissent sans lui. 12 ans à voir tout ce dont le maître est capable face à l'esclave. 

Filmé de façon assez classique, ce long-métrage aborde la question de l'esclavage dans toute sa cruauté. Il y a du sang et de la sueur. Il y a la violence et le mépris omniprésents. Il y a l'indifférence et l'absence de solidarité entre esclaves. Ces hommes sont des choses, des objets, dont on s'étonne même qu'ils puissent continuer à parler, à chanter. 
Quant aux blancs... tous des méchants, des hypocrites, des opportunistes (oui, c'est très manichéen cette histoire). Qui lisent la Bible et l’interprètent à leur façon, persuadés que leurs actions sont bénies par Dieu. Heureusement, Brad Pitt, le gentil charpentier, est un peu le rédempteur.

Effectivement, ce genre de plongée dans une histoire pas si lointaine est nécessaire. La violence, qu'on la supporte ou pas, n'arrivera jamais à la hauteur de ce qu'ont subi ces hommes. Ce qui m'interroge, c'est l'indifférence. L'indifférence des esclaves devant l'un des leurs, pendu à une branche pendant des heures. L'impossibilité de créer des liens. L'absence de mise en perspective également. Il n'est pas question de guerre de sécession ou de débat sur l'esclavage. Franchement, sans être spécialiste de la question, je trouve cela étrange. Des avis sur la questions ? Des éléments de réponse ? 


lundi 31 mars 2014

Le bar sous la mer

Ce roman de Stéfano Benni m'a été offert avec Achille au pied léger. Échaudée par ma première rencontre, j'ai mis un peu de temps à lire ce titre. Et finalement, je l'ai beaucoup plus apprécié que le précédent. Est-ce moins loufoque ? Pas tellement. Mais je vous laisse vous faire votre opinion...

villa pornichet ker souveraine

Notre narrateur en promenade voit un homme se jeter dans la mer. Sans hésiter un instant, notre héros s’apprête à le sauver... Mais point n'en est besoin, notre homme va simplement boire un verre au bar sous la mer. Un bar dont tous les occupants sont des conteurs. Ceux-ci, que vous retrouvez sur la couverture, sont au nombre de 20. Nous voila donc embarqués dans une suite de contes, souvent étranges, ironiques et parodiques. Reprenant des chefs-d’œuvres de la littérature comme l'Iliade et Moby Dick ou parodiant Poe, Bradbury et Christie, l'auteur propose des histoires très variées, tant par le style que par l'histoire. Tout le jeu est de trouver à qui ou à quoi les textes font référence. Enfin, pour ceux qui ne seraient pas joueurs, cette lecture a un intérêt au delà du pastiche, celui de savourer un recueil bien écrit, qui joue beaucoup avec l'absurde... et qui donne la voix à tous, même à la puce du chien ! C'est également une critique en creux de nos sociétés.

N'hésitez pas à aller boire un verre dans ce bar, vous y découvrirez d'étonnantes histoires !

dimanche 30 mars 2014

Au bois dormant

Un poème de Paul Valéry pour ce dimanche.

La princesse, dans un palais de rose pure,
Sous les murmures, sous la mobile ombre dort,
Et de corail ébauche une parole obscure
Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d’or.

Elle n’écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
Tinter d’un siècle vide au lointain le trésor,
Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes
Déchirer la rumeur d’une phrase de cor.

Laisse, longue, l’écho rendormir la diane,
Ô toujours plus égale à la molle liane
Qui se balance et bat tes yeux ensevelis.

Si proche de ta joue et si lente la rose
Ne va pas dissiper ce délice de plis
Secrètement sensible au rayon qui s’y pose.

samedi 29 mars 2014

De Rouge et de Noir, les vases grecs de la collection de Luynes

Vous commencez à me connaître, voilà plus de sept ans qu'on se fréquente. Vous savez donc que les vases grecs font partie de mes péchés mignons. Je n'ai donc pas résisté à cette exposition (gratuite) qui se tient au Cabinet des Médailles, la partie musée de la BNF (attention, ce n'est pas dans les magnifiques tours de Perrault, c'est rue de Richelieu). 

coupe figures noires BNF
Vendanges dionysiaques autour d'un Gorgonéion, coupe attribuée au peintre de Chiusi, -520-500

Cette exposition thématique met en valeur les œuvres d'un collectionneur du XIXe siècle, le duc de Luynes, archéologue et numismate. Œuvres léguées en 1862 au fameux Cabinet des médailles (si vous ne connaissez pas, ça vaut le détour, pour l'échiquier de Charlemagne, le Trône de Dagobert, le calice de Gourdon et plein d'autres objets remarquables). Dans la collection de Luynes, on trouve beaucoup de vases grecs mais aussi des intailles, des monnaies et quelques sculptures. Les vases sont ici mis sous les feux des projecteurs, présentés selon leur iconographie mythologique, partant du monde des dieux vers celui des héros et terminant par la vie quotidienne des grecs. L'essentiel des collections est constitué des vases à figures rouges athéniens, mais l'on trouve également quelques figures noires et surtout quelques vases corinthiens ou étrusques. 

BNF crateres collection duc Luynes

Cette exposition peut être une bonne introduction à l'art des vases grecs, pour ceux que les multitudes de la galerie Campana effraient. L'accès aux œuvres par leur iconographie est assez aisé. Les questions liés à la production, notamment des peintres et des potiers sont évoquées ainsi que les attributions mais sans risque de perdre le visiteur. On déplorera tout de même une absence de cartels détaillés, qui auraient pourtant été utiles pour expliciter certaines scènes moins connues comme l'histoire d'Amycos, géant spécialiste de la lutte, supplicié par les Argonautes. Je regrette aussi que la partie technique soit si peu détaillée. Je ne suis pas certaine que cela réponde aux interrogations des visiteurs. Mais l'ensemble est clair et précis, qu'il s'agisse de l'importance de la collection, de l'usage des vases ou de leur iconographie. Et surtout, le duc de Luynes avait un goût très sûr et les objets qui sont exposés sont tous d'une très grande qualités et témoignent de la production de l'âge d'or de la céramique athénienne. 

coupe dionysos figures rouges BNF
Dionysos entre deux satyres, coupe attribuée au peintre de Brygos, -480-470

vendredi 28 mars 2014

Infidélités

Merci au Livre de Poche pour ces nouvelles délicieuses de Vita Sackville-West. D'une plume légère, élégante et ironique, l'auteur nous invite dans des intérieurs très british, tout en retenue. En apparence. Car de véritables drames se jouent dans ces atmosphères feutrées et cosy.

A. Laprade, Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, perspective de la voûte d'eau lumineuse, Paris, CAPA
D.R.

Son fils. C'est une journée spéciale pour Mrs Martin. Elle va revoir son fils, qui vient de passer cinq ans en Argentine. Elle prépare chaque détail avec amour et précision. Sans laisser paraître sa folle joie. Mais quand Henry arrive, tout ne se déroule pas comme prévu. De sourdes déceptions pèsent sur leurs retrouvailles. Chacun joue son rôle... jusqu'à la fausse note. 
Cette nouvelle, la plus longue du recueil, nous imprègne de la vie tranquille dans la campagne anglaise, qui ne ressemble en rien à celle du jeune Henry. Entre hypocrisie et cruauté, ce séjour contraste vivement avec l'heureuse attente. 

Patience. Pendant que son épouse joue aux cartes, dans un intérieur rangé et bourgeois, Paul est entraîné, un peu malgré lui, par ses souvenirs. Il repense à une femme, libérée, volage, extravagante. Tout le contraire de sa vie actuelle (je vous mets un extrait pour vous montrer jusqu'où va la notion de l'ordre dans la bonne société) : "Il attendit patiemment, sans jamais montrer aucun agacement, se contentant d'observer la manière dont elle tapotait les coussins de son fauteuil. 
"Tout va bien, dear ; bien sûr, on ne peut éviter d'écraser les coussins quand on est assis dessus. Mais après tout, si on les a inventés, c'est pour s'en servir ?"". Bref, le contraste n'aurait pu être plus accentué entre présent et passé.

Fiançailles. Cela fait huit ans qu'un jeune marin vient la voir à chaque permission. Il est amoureux. Elle le méprise un peu. Mais aujourd'hui, elle ne se demande plus si elle ne devrait pas l'accepter comme époux, tout en sachant qu'il ne colle pas trop à son monde : "Il lui arrivait aussi de se demander si elle n'aurait pas honte de lui comme mari". Elle a pris une décision. 
Une fin assez classique et attendue pour cette nouvelle, mais une fine analyse psychologique du personnage.

Liberté. Un triangle amoureux. Ruth est l'épouse de Paul et l'amante de David. Paul encourage la liberté individuelle. Ruth ne souhaite pas lui faire part de son nouvel amour. Et d'ailleurs, elle respecte et dit aimer Paul plus que David. Lequel veut que la situation soit clarifiée. Evidemment, rien ne se passe comme prévu ! Mais l'on reste en bonne société, donc pas de scandale...

Cet été-là. Ils sont quatre jeunes gens, libres et en vacances. Deux jeunes filles et deux jeunes hommes. Ils prônent l'amitié et refusent que l'amour ou la sexualité viennent changer leurs relations. C'est pourtant ce qui arrive lorsque Simon offre une bague à Judith. Michael sent la jalousie l'envahir... et les rapports se tendent, inexorablement.  

Justice. Certainement la nouvelle la plus terrible de ce recueil car ici l'on n'est plus dans cette bonne société policée. Dans un pub, un homme aux cheveux blancs attire l'attention du narrateur. Il en découvre l'histoire. Encore une fois, le triangle amoureux. Notre homme est l'amant. Sauf que le mari n'est pas du style à se laisser faire et imagine un terrible supplice. 

Ces nouvelles révèlent une grande subtilité psychologique et une plume douce-amère. Les ressorts des êtres humains sont finement décrits et mis en scène. Dans tout le recueil courent une ironie et une clairvoyance qui m'ont fait penser aux nouvelles d'E. Wharton et K. Mansfield. Bref, Vita Sackville-West explore et dessine, de façon assez classique mais non sans intérêt, la société de son temps à travers des thématiques intemporelles.


jeudi 27 mars 2014

Petites scènes capitales

Ce dernier roman de Sylvie Germain m'avait été décrit comme très sombre, très triste, bref, très déprimant. Ce n'est pas entièrement faux. Les personnages qui entourent Lili-Barbara s'éteignent, brutalement ou après de longues années. Est-ce un destin contraire qui s'acharne ou simplement la vie qui est ainsi ? 


Ce roman, c'est l'histoire d'une vie, celle de Lili-Barbara. Une fillette discrète voire effacée, une jeune femme passive et sans ambition, toujours en recherche d'elle-même, une adulte finalement sereine. Mais pour cela, que de drames, que de vexations, que d'interrogations. La vie de Lili s'expose pendant de courts chapitres, ces fameuses quarante-neuf scènes capitales qui la construisent et écrivent son histoire. Il y a son enfance lumineuse, transformée par le remariage de son père puis par des décès. Il y a les histoires des autres, celles de cette nouvelle famille qui accompagne sa belle-mère, aux quatre enfants bien différents. Il y a des sensations, des images, des moments anecdotiques. Tous composent l'aventure, somme toute banale, d'une femme née en France après la Seconde Guerre mondiale. 

Ce roman d'apprentissage, ciselé par une plume toujours élégante et précise, à la limite du lyrique, pose des questions existentielles, universelles mais profondément liées à l'intime et à l'histoire personnelle : "Qui suis-je ? D'où suis-je issu ? Où vais-je ?" et l'éternel "pourquoi ?" des injustices, du destin et de la chance. Notons également le très beau moment de la prise de conscience de soi par Lili, cette cassure qui se fait entre elle et le monde, cette naissance du "ego". Sans donner de réponse définitive à toutes ces questions philosophiques, ce roman explore bien des pistes : vie religieuse, vie d'artiste, vie en communauté, vie familiale... une ribambelle de possibles avec ses satisfactions et ses échecs. 

Petit extrait, on se promène dans les rues... 
"Les façades des immeubles, à la nuit tombée, ressemblaient à des pages de livres illustrés, dont les images étaient mouvantes. Des livres qui chuchotaient des bribes d'existences dont elle ignorait le début et la fin, dont elle ignorait tout en vérité, mais dont les personnages, aussi réduits à de succinctes et fugaces esquisses aient-ils été, vivaient bel et bien. Non des vies fantômes, mais des vies autres, indépendantes, qui, dans leur totale indifférence à son égard, n'en ébauchaient pas moins avec elle des liens de sympathie. Des liens fluides entre vivants qui partageaient un commun ici et maintenant, et qui, dans leur flottement, s'incurvaient en point d'interrogation. Tant de gens en train de vivre tout autour d'elle, si près, inaccessibles, tant de corps en mouvement, tant de gestes déployés, tant de paroles et de regards échangés, hors d'elle, tant de pensées. Tant de destins - peut-être médiocres pour la plupart, mais magnifiés par le soyeux et la clarté d'or fondu des cadres où ils se laissaient apercevoir". 



Mon petit favori de Sylvie Germain reste toutefois Tobie des marais

mercredi 26 mars 2014

Henri Cartier-Bresson

Qui n'a pas entendu parler de cette expo proposée par le Centre Georges Pompidou et la Fondation Henri Cartier-Bresson ? 

Henri Cartier-Bresson, Oaxaca, Mexique, 1963, Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris
D.R.

Cette rétrospective propose de parcourir chronologiquement l'oeuvre du photographe de "l'instant décisif" en nous faisant découvrir plus que ses reportages photographiques. 
Parmi ses premières images, celles prises en Afrique dans les années 1930. On découvre sa science de la composition et son choix de photographier des ensembles géométriques et dynamiques. Puis l'on s'aventure parmi ses créations inspirées du surréalisme : tissus dissimulant des corps ou des objets, jeux sur les déformations, poseurs endormis... 
Mais c'est dans ses premiers reportages que l'on est ébloui par tout le talent du photographe : choix du sujet, cadrage serré, prise rapide. Il documente à la fois le couronnement de Georges VI (d'un point de vue très inhabituel, à la limite du subversif), les congés payés et... les "enfants perdus". Le concept est rigolo : il s'agissait d'un concours organisé par un journal. Les parents qui reconnaissaient leur enfant photographié gagnaient une récompense. S'ensuivent les collaborations cinématographiques de Cartier-Bresson, comme figurant ou comme réalisateur. A noter, un film de propagande, Victoire de la vie, qui appelle à soutenir les républicains espagnols, notamment leurs hôpitaux, fait très bien sentir l'engagement du photographe. L'homme et l'humain sont au centre de ses préoccupations, esthétiques mais aussi politiques. Car le photographe est engagé politiquement auprès du parti communiste, notamment pendant la guerre d'Espagne, ce dont témoignent ses films et photos. 
Vient ensuite la période Magnum pendant laquelle il parcourt le monde et immortalise les moments forts du XXe siècle : mort de Gandhi, Pékin avant Mao et Moscou après Staline, par exemple. Il photographie les hommes, les villes, la modernité, ses foules. C'est certainement cette partie du photo-reportage qui est la plus forte visuellement. Le photographe maîtrise parfaitement ses techniques et crée des images marquantes. Tout y est : le contexte, l'homme, l'émotion. Sa photo nous fait comprendre le monde. 
Sa dernière période, plus descriptive, est certainement celle qui m'a le moins plu. Le photographe s'adonne alors au dessin, avec plus ou moins de bonheur. 

Cette exposition est à la fois la rétrospective d'une vie mais aussi d'un siècle. Le regard et l'appareil de Cartier-Bresson semblent être présents partout, aux moments phares, saisissant non pas les événements mais les réactions des hommes à ces événements. Ce qui est particulièrement intéressant dans cette exposition, c'est la variété des thèmes abordés par le photographe et l'accent mis sur sa période de "formation". J'en retiendrai les vues de la Côte d'Ivoire et de Florence, même si ce sont surtout ses photos de reportages qui interpellent. Notons également que les tirages exposés sont souvent des tirages originaux et non des retirages, ce qui donne à voir les choix du photographe en termes de couleurs (ou de gammes de gris), de tonalité, etc. Bref, une expo à ne pas manquer !

mardi 25 mars 2014

The Grand Budapest Hotel

Voilà un film complètement loufoque et déjanté de Wes Anderson qui nous a beaucoup plu.

Un écrivain, campé par Jude Law, passe quelques jours au Grand Budapest Hotel, un ancien hôtel de luxe de la République de Zubrowka tombé en désuétude. Il y rencontre Zero Moustafa, le propriétaire des lieux qui lui conte l'histoire et les temps glorieux d'un hôtel qui a vu passer toute la belle société de la Belle Epoque et de l'entre deux guerre. Mr Gustave, concierge du Grand Budapest Hotel prend Zero, groom, sous son aile. Cet homme exquis, aux manières délicieuses, dandy qu'incarne divinement Ralph Fiennes est le favori de ces dames. Lorsque Madame D. décède, il hérite d'un tableau précieux et est soupçonné d'avoir assassiné sa belle. 
Commence alors une superbe course poursuite, qui se solde par la prison, puis une évasion et une enquête encore plus spectaculaires !

Avec un casting éblouissant (Brody, Swinton, Murray, Amalric et bien d'autres), ce film est un hommage à l'esprit européen des années 30, avant que les uniformes sombres ne prennent le pas sur les smokings. Plongée garantie dans le rétro (images d’Épinal, impression de colorisé, etc) ! Rythmé et drôle, c'est un sympathique divertissement. 

Cinema Grand Budapest Hotel
D.R.

lundi 24 mars 2014

La mort du roi Tsongor

Et voilà, j'ai enfin lu ce livre qui était sur ma PAL depuis 11 ans. Il a encore son joli bandeau "Prix des libraires 2003 / Goncourt des lycéens". Merci à Shelbylee qui m'accompagne dans cette lecture. Sans elle, ce livre serait encore dans les limbes de la PAL. 

Afrique roi Tsongor

Tsongor pépare les noces de sa fille, Samilia, avec Kouame, roi des terres de sel. La veille du mariage, Sango Kerim demande Samilia comme épouse. Samilia lui a promis, enfant, d'être sa femme. Où qu'il regarde, le roi conquérant voit la guerre. Il est las. Il est âgé. Et c'est aujourd'hui le jour où il doit mourir. Il appelle Souba, son fils benjamin, et lui demande de lui construire des tombeaux. Aux autres, il ne dit rien. Commence alors une guerre effroyable entre Kouame et Sango Kerim. Une guerre sous les remparts de Massaba, un siège sans fin. Et Tsongor, errant parmi les ombres, voit sa famille se déchirer et ses enfants mourir l'un après l'autre.

Il y a dans ce texte de Laurent Gaudé une immense force épique et tragique. Ces terres d'Afrique font résonner un nouvel épisode des guerres mythologiques. Massaba devient Troie, Samilia, Hélène, Etéocle et Polynice s’entre-tuent à nouveau. On retrouve cette même puissance dans son roman Pour seul cortège. Sang et larmes, vanité, haine, un pays plonge dans la violence et la mort pour la possession d'une femme.
Suivant les enfants de Tsongor et les transformant en héros, l'auteur nous dévoile un peu de leur père, un peu d'eux, de leur pays et des dieux qui président à leur triste destinée. 

dimanche 23 mars 2014

Lysistrata

Voilà un bout de temps que je n'avais pas lu Aristophane. Retour sur un classique de la comédie grecque ! 

Plat à figure rouge, peintre de Briséis,
-470-460
Les Athéniennes en ont marre. Leurs maris passent leur temps à se battre tandis qu'elles dépérissent dans leurs demeures. Menées par Lysistrata, elles décident de faire pression sur eux. Rien de moins qu'une grève du sexe ! Retirées sur l'Acropole, elles comptent bien faire fléchir leurs époux. Surtout que les femmes des ennemis, les spartiates, entament la même démarche qu'elles. 

Cette comédie, qui met les femmes au centre de la scène, étonne par sa modernité. Eh oui ! Les femmes se lancent en politique ! Mais elles le font avant tout pour épargner leurs époux et leurs enfants. Et pour avoir un lit bien chaud le soir ! Cette pièce caricature les femmes (et les hommes, Priapes en proie au désespoir) comme des êtres uniquement guidés par le sexe et les sens. Le langage y est très cru (c'est du Aristophane, quoi) mais joue aussi sur les doubles sens. Beaucoup veulent y lire une première occurrence du féminisme, c'est plutôt un appel au pacifisme. Car la femme ne revendique rien pour elle-même, elle ne conserve pas le pouvoir, elle ne demande pas de nouveaux droits. Elle veut simplement son mari et son foyer en paix...

Nous ne sommes plus en Grèce, c'est un lupanar de Pompéi

samedi 22 mars 2014

Papier glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast

Le musée Galliera propose une exposition autour de la photo de mode. On y trouve des clichés des années 30 à nos jours, des magazines et quelques vêtements. Il est amusant de noter que les photos des magazines, que vous avez peut-être l'habitude de feuilleter, sont déjà entrés dans les collections comme des œuvres.

Le visiteur aborde le sujet de façon thématique via les décors, les extérieurs, la fiction, la nature morte, le portait ou encore le corps. Il joue à identifier les photographes : Man Ray, Blumenfeld, Lindbergh et bien d'autres. Il admire les composition, les innovations. Étonnamment, il s'attache peut être plus au geste artistique du photographe qu'au modèle et au vêtement : "I always felt that we are selling dreams, not clothes".

Une petite exposition, courte, qui introduit bien au sujet et à ses problématiques.

Vogue, janvier 1921, Source Gallica

vendredi 21 mars 2014

Aujourd'hui pour toujours

Merci aux éditions Belfond pour l'envoi de ce livre de Christophe Paviot. J'avais peu apprécié son roman La Guerre civile est déclarée et j'avais annoncé que je risquais d'être tout aussi hermétique à ce nouveau roman. C'est malheureusement ce qu'il s'est passé. Mais pas pour les mêmes raisons que le précédent livre car il en diffère énormément.

William Baker, la quarantaine, est une ex-star d'Hollywood. L'acteur est resté boiteux suite à une beuverie qui s'est mal terminée (l'accident de la coupe de champagne, un exploit que je vous laisse découvrir). Cela a suffi à éloigner ses amis et son agent. William décide de prendre sa retraite à Martha's Vineyard, près de Cape Code. Là, il achète une splendide maison... et rencontre Lisa. C'est la femme de sa vie malgré son comportement un peu louche : "Chose étonnante, Lisa ouvrit la poignée inversée de la porte de la salle de bains sans aucune hésitation. Elle la tira instinctivement vers le haut, comme si elle l'avait déjà ouverte des centaines de fois, sans se laisser surprendre par ce mécanisme illogique". Mais Will n'est pas au bout de ses surprises, entre sa maison (hantée ?), Lisa et les habitants de l'île.

Mer USA Villa

Ce roman est une comédie romantique, avec une touche de fantastique et de thriller... Les personnages, qui cachent chacun un secret, sont sans profondeur et sans nuance. J'ai également trouvé le roman un peu boiteux en terme de rythme : on s'attarde sur la rencontre et l'éclosion des sentiments pendant douze chapitres. Un élément perturbateur est évacué en quatre chapitres. Puis ça roucoule. Et drame de la nature (dont tu ne comprends pas ce qu'il vient faire là, à part, peut-être, proposer un sanglant prélude). Puis nouvel élément compliqué pendant dix chapitres avant un happy end. Je ne vois pas comment le premier choc peut-être évacué aussi vite : ça ôte toute crédibilité à la suite de l'histoire. Et ça la rend assez ridicule. 

Quant au style, il est passe-partout. Les dialogues m'ont semblé artificiels et répétitifs. Et pour les idées, gloire au cliché : "Il contemplait Lisa en se disant que les filles valent décidément mieux que les garçons, car elles savent redonner des forces à ces derniers qui passent leur vie à leur en ôter", "- Et ça vous fait quel âge du coup ? - Trente-huit... - Vous avez la vie devant vous, du moins, une partie" ou "C'est facile d'aimer, mais plus difficile de rencontrer quelqu'un qui vous rende la pareille"... 
Bref, Christophe Paviot, ce n'est pas pour moi. Et vous, l'avez-vous déjà lu ? Avez-vous apprécié un de ses romans ? 

jeudi 20 mars 2014

Bleu, histoire d'une couleur

Je poursuis ma période Pastoureau avec ce titre, consacré à l'histoire de la couleur bleue de l'Antiquité à nos jours. 

Après les mises en garde et la contextualisation de rigueur sur la difficulté d'écrire cette histoire, nous plongeons dans l'Antiquité pour constater que le bleu en est absent. Certes, il existe bien dans les décors de lapis-lazuli ou d'azurite de l'Egypte et de l'Orient. C'est une couleur bénéfique, associée à la protection du mort. Mais chez les Grecs et les Romains, c'est à peine si le terme existe. Jusqu'à la fin du Haut Moyen Age, le bleu reste discret. Son émergence progressive est liée à son assimilation à la lumière et au ciel. Il devient donc la couleur de la Vierge, reine du ciel. Mais s'il se trouve dans l'art, cela ne signifie pas qu'il devienne une couleur du quotidien. Au contraire, le bleu est repris par les grands personnages : le roi de France l'introduit dans ses armoiries "d'azur semé de fleurs de lis d'or" au XIIe siècle, bientôt suivi par sa noblesse. Mais le rouge a toujours la primauté, notamment dans le textile. Les teinturiers du rouge et du bleu ne sont d'ailleurs pas les mêmes et tentent de se nuire les uns aux autres. Le rouge devient l'un des opposés du bleu, de la même façon que le blanc s'oppose au noir et au rouge. 
Au XVe siècle, le noir domine. C'est la couleur morale et riche par excellence, un noir profond mais vertueux. A celui-ci s'opposent les couleurs vives, qui permettent d'identifier les êtres à l'écart de la société : prostituées, juifs, acteurs, etc. Des règlements ont même été mis en place dans beaucoup de cités qui attribuent à chacun sa couleur. Le noir, c'est aussi celui de la Réforme. Les protestants se posent la question de l'art et des couleurs, détruisant ce qu'ils trouvent trop vif ou trop riche. Parmi les couleurs qui trouvent grâce à leurs yeux, le bleu. Celui-ci demeure et se nuance dans les pays protestants, pensez aux bleus de Vermeer par exemple (qui, même s'il était catholique vivait en territoire protestant). 
Mais c'est au XVIIIe siècle que le bleu s'impose. D'abord dans le vêtement avec la teinture à l'indigo qui remplace la guède. C'est aussi la couleur de Werther, qui influence toute l'Europe. Le bleu n'est plus uniquement une couleur mariale, c'est la couleur de la mélancolie, de l'amour blessé, du rêve... et du blues. Et dès la fin du XIXe siècle, le bleu c'est le jean, le pantalon des travailleurs avant d'être celui du jeune des années 70 et l'uniforme des années 90. 

A travers des exemples précis et bien datés, M. Pastoureau nous fait voyager dans le temps afin de déterminer les moments phares de cette couleur en occident. Il s'intéresse à la fois à sa construction symbolique (bleu marial, bleu royal, bleu conservateur), artistique (vitraux, peinture), historique (de l'inexistence à l'omniprésence) et matérielle (pigments). Une lecture passionnante !
A noter : un excursus passionnant sur le drapeau français. 

Vermeer, Femme lisant une lettre, 1663

mercredi 19 mars 2014

Une collection de trésors minuscules

Merci aux éditions Belfond pour l'envoi de ce roman de Caroline Vermalle, tout à fait charmant avec son petit marque page personnalisé, sa couverture et sa tranche bayadères. 

Le plot ? Attention, voilà un pseudo Da Vinci Code girly... Frédéric Solis, avocat et collectionneur de tableaux impressionnistes (scènes de neige uniquement), a tout pour être heureux. Il est sexy, il côtoie des stars... et il vient d'hériter. Sauf qu'il reçoit une carte au trésor et des billets de train et de musées (Orsay et Giverny). Étonnamment, l'avocat se prend au jeu et remonte les pistes proposées, risquant ainsi sa carrière. Sa secrétaire, Pétronille (non mais franchement, quel prénom !), trouve d'autres indices. Tous deux remontent jusqu'à l'enfance de Frédéric. 

Ce roman, plein de bons sentiments et de toiles impressionnistes (la formule magique), plaira beaucoup, je n'en doute pas. Il semble d'ailleurs bénéficier de critiques très positives sur les blogs. Hélas, je n'ai pas réussi à l'apprécier. Pour tout un tas de raisons. D'abord, parce que le numéro d'inventaire de la Pie de Monet n'est pas RF 1984 64 (ça c'est un Redon) mais RF 1984 164. Non mais ! Et puis ce roman est facile, de bout en bout. Il est bourré de bons sentiments du type "l'argent ne fait pas le bonheur", de personnages clichés, sans nuance : le voyou repenti, la fille douée qui n'a pas confiance en elle, l'avocat sans cœur qui retrouve la simplicité, les frères farceurs, la soeur en or... Ne parlons pas de l'Impressionnisme, on risquerait de se fâcher. Le tout est construit comme une chasse au trésor sans grand intérêt ni suspense. Et je ne parle pas du style léger, plat et sans imagination (j'ai tout de même noté quelques rares exceptions). Bref, un aimable roman d'amour et d'amitié qui ne révolutionne pas le genre, qui ne heurtera personne (il y a des gays et des hétéros), qui fera joli dans votre bibliothèque et que vous oublierez certainement très vite. Après, il suffit de savoir ce que vous attendez d'un livre ! 

Sisley, Les bords du canal à Moret-sur-Loing, 1892, Nantes