mardi 26 mai 2020

Il viccolo di Madama Lucrezia

C'est une nouvelle de Prosper Mérimée qui se déroule à Rome. Une petite pointe de fantastique aiguise notre attention... et retombe.

Notre narrateur, fraîchement arrivé à Rome, se fait un ami, un jeune homme destiné à la prêtrise qui trompe bien son monde. Un soir, après avoir évoqué de curieux phénomènes, il est témoin d'une étrange apparition, dans un lieu obscur et abandonné. Dans cette bicoque, qu'il se fait ouvrir dès le lendemain, il apprend que vivait Lucrèce Borgia qui y tuait ses amants. Jouant avec sa peur, le narrateur s'aventure à nouveau dans la ruelle...

Courte et peu élaborée par rapport à la Vénus d'Ille dont j'ai d'excellents souvenirs, une nouvelle qui ne vaut pas le détour !

lundi 25 mai 2020

Un bruit de balançoire


Des lettres de Bobin, avec l’inspiration de Ryokan qui souffle au-dedans. Lettres à des objets ou à des personnes, sans distinction : une inconnue, un nuage, Marina, un forestier, sa mère, un coucou, un ami, les jeunes gens de Lodz, Ryokan, Nadedja, un escalier, un bol cassé, Hélène, une femme et une demoiselle, son âme, un messager, un fantôme, un penseur, et Lydie.

« L’écriture doit venir nous chercher où nous sommes, nous sortir de la tombe de nos vies, faire revenir dans nos veines le sang vieil or de l’amour »
« J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux portes du silence, de la musique et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine »
« Ma réponse ne serait pas complète si je n’ajoutais qu’on peut parfois être si présent à ce qu’on vit qu’il n’y a plus besoin de paradis – aucun mot ne suffisant pour dire la vie et la mort dépassées »
« La lecture est un billet d’absence, une sortie du monde »

samedi 23 mai 2020

Contes à Ninon

Je préfère Zola dans les Rougon-Macquart ! Ces contes, quoi que sympathiques, ne m'ont pas emballée plus que ça. L'auteur se cherche entre réalisme et fantastique, entre histoires d'amour, de guerre et de pauvreté. 

Simplice : un jeune prince délaisse ce qui intéresse les rois : à la gloire et au combat, il préfère la forêt. C'est là qu'il apprend le langage des animaux et des arbres jusqu'à croiser une nymphe.
Le Carnet de Danse. L'objet est coquet, qui permet aux jeunes gens d'inviter une jeune femme. C'est aussi source de souvenirs ou de projections !
Celle qui m’aime : Dans une fête foraine, chacun et chacune peut payer quelques sous pour découvrir "celle qui m'aime" - et peut-être se trouver un peu moins seul.
La Fée Amoureuse : une jeune femme vit enfermée dans un château avec son oncle. Un jour, Lois s'y arrête et Odette tombe amoureuse grâce à une petite fée. 
Le Sang : A la nuit tombante, des soldats s'endorment près du champ de bataille où ils ont dispersé l'ennemi. Leur nuit est peuplée de cauchemars. 
Les Voleurs et l’Âne : Léon se moque des femmes, c'est un misogyne patenté. Et pourtant, lors d'une promenade, il croise Antoinette... le fera-t-elle changer d'avis ? 
Sœur-des-Pauvres : Elle est généreuse et reçoit un cadeau : une pièce qui en donne d'autres. Elle les distribue sans fin dans la contrée.
Aventures du grand Sidoine et du petit Médéric : Il est géant mais un peu bête, il est minuscule mais intelligent et beau parleur. A eux deux, ils sont un être parfait. Quand Médéric propose de se mettre en quête du pays des heureux, c'est le début d'un tour du monde ! - Une nouvelle un peu plus longue et beaucoup trop bavarde à mon goût.

Voilà qui ne donne pas très envie de découvrir les autres contes de Zola, je crois que je préfère largement ses romans. Il fait partie des auteurs que je relirai bien un jour, juste pour voir si je l'aime autant qu'adolescente. 

jeudi 21 mai 2020

Andromaque

Aurais-je relu Racine sans le challenge de Babelio, pas sûre ! Je crois que je préfère le voir joué. Et pourtant, il n'était pas désagréable du tout de replonger dans cette tragédie. Je l'ai étudiée en 4e, rapidement, relue en prépa, et cette année encore. J'apprécie beaucoup la langue du XVIIe siècle, les alexandrins, les personnages antiques, le jeu des passions... bref, c'était un plaisir que de replonger dans cette pièce.

L'intrigue en est simple. Troie est tombée. Andromaque a vu mourir Hector, qu'elle aime toujours, et a sauvé Astyanax. Elle est captive de Pyrrhus qui l'aime mais doit épouser Hermione, laquelle l'aime mais est aimée d'Oreste.
Oreste, envoyé par les grecs pour écarter et tuer Astyanax et pour encourager le mariage d'Hermione et Pyrrhus, aura un peu de mal à remplir sa mission, pris dans un dilemme entre amour et politique. Qui est partagé par les différents personnages de la pièce. Et les oscillations de la passion habitent les personnages tout au long des cinq actes. Evidemment, tout cela finit très mal.

Ce que j'aime particulièrement, ce sont les hésitations d'Andromaque dans l'acte IV et ses échanges avec Céphise. Je vous partage quelques extraits que j'apprécie !

"Phoenix. Vous aimez : c’est assez.
Pyrrhus. Moi l’aimer ? une ingrate
Qui me hait d’autant plus que mon amour la flatte ?
Sans parents, sans amis, sans espoir que sur moi,
Je puis perdre son fils ; peut-être je le doi.
Étrangère… que dis-je ? esclave dans l’Épire,
Je lui donne son fils, mon âme, mon empire ;
Et je ne puis gagner dans son perfide cœur
D'autre rang que celui de son persécuteur ?"
"Pyrrhus. Pour la dernière fois, sauvez-le, sauvez-vous.
Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes,
Combien je vais sur moi faire éclater de haines.
Je renvoie Hermione, et je mets sur son front,
Au lieu de ma couronne, un éternel affront.
Je vous conduis au temple où son hymen s’apprête ;
Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.
Mais ce n’est plus, Madame, une offre à dédaigner :
Je vous le dis, il faut ou périr ou régner."
"Andromaque. Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus ?
Dois-je oublier Hector privé de funérailles,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?
Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,
Ensanglantant l’autel qu’il tenoit embrassé ?
Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,
Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.
Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :
Voilà comme Pyrrhus vint s’offrir à ma vue ;
Voilà par quels exploits il sut se couronner ;
Enfin voilà l’époux que tu me veux donner."
"Hermione. Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne,
Rechercher une Grecque, amant d’une Troyenne ?
Me quitter, me reprendre, et retourner encor
De la fille d’Hélène à la veuve d’Hector ?
Couronner tour à tour l’esclave et la princesse ;
Immoler Troie aux Grecs, au fils d’Hector la Grèce ?
Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi,
D’un héros qui n’est point esclave de sa foi."

lundi 18 mai 2020

L'enfant océan

Voilà un bout de temps qu'on n'avait pas vu Mourlevat sur ces pages. Et pourtant, ce titre est sur ma LAL depuis des années. Oui, je vide petit à petit des parties de cette LAL, mon carnet explose ! 

C'est un livre jeunesse en deux parties, composé de courts chapitres qui sont autant de témoignages d'une fugue. Ils sont sept frères chez les Doutreleau, tous par paire de jumeaux sauf le petit dernier, Yann. C'est lui qui mène l'expédition vers l'océan suite à une dispute de ses parents. Il a convaincu ses frères qu'ils devaient fuir. Et voilà sept jeunes ado sur les routes, aidés par un routier, une boulangère, repérés par une jeune fille et une vieille dame. Les six frères disent aussi leur fatigue, leurs exploits, pour aller jusqu'à la mer. Seul Yann, étrange petit bonhomme, reste muet.

Inspiré du Petit Poucet, ce conte n'utilise ni miettes ni cailloux pour marquer le trajet mais plutôt des personnes, des témoins. Joli conte !

vendredi 15 mai 2020

La gouvernante et Le jeu dangereux

J'ai ouvert les œuvres de Zweig pour y chercher des titres que je n'aurais pas encore lus. Et ce n'est pas si simple, j'ai bien picoré dans les trois tomes de la pochothèque, qui trônent sur ma Pal mais que je ne souhaite pas achever tout de suite. 

Ces deux nouvelles ont pour thème l'enfance qui bascule dans l'adolescence ou l'âge adulte. C'est assez violent pour chacune des héroïnes, les trois jeunes filles de ces nouvelles. 

La gouvernante : deux sœurs, de 12 et 13 ans, ont observé que le comportement de leur gouvernante avait changé. Elles la trouvent triste et ne comprennent pas pourquoi. Elles commencent à espionner, à observer, abandonnant toute légèreté et naïveté. Elles découvrent que leur gouvernante est amoureuse et enceinte, même si elles ne le comprennent pas. Ce passage est d'ailleurs assez drôle et étonnant, quand elles s'interrogent sur l'enfant de leur gouvernante. Guettant, mentant, jouant les ingénues, elles trompent leur monde jusqu'au jour où éclate le changement d'âge, avec violence. 

Le jeu dangereux se déroule en été, dans un hôtel sur les bords d'un lac. Le narrateur est un jeune homme qui devient proche d'un vieil homme. Au cours d'une promenade, le vieil homme raconte une aventure de l'été dernier, dans ce même lieu. Il y avait une jeune fille très effacée, à laquelle il décida d'envoyer des lettres d'amour. Il observe leur réception sur sa jeune victime et demeure émerveillé des émotions qu'il fait naître. Mais attention, à ce jeu dangereux, d'autres peuvent se brûler ! 

Comme toujours, je me plais dans cette écriture belle et simple, dans ces caractères fouillés et justes, Zweig excelle dans les nouvelles dont le rythme est admirablement dosé : de belles retrouvailles.

mercredi 13 mai 2020

La panthère des neiges

L'Amoureux a pris des risques en m'offrant ce roman de Sylvain Tesson. En effet, ma rencontre avec Dans les forêts de Sibérie n'augurait pas d'une future lecture. J'ai donc ouvert le livre avec un peu de réticence, motivée simplement par la possibilité de rencontrer la panthère du titre, un de mes animaux favoris. J'adore leur démarche, leur longue queue balancier, leur solitude et leur beauté.

Embarqué avec Munier, Marie et Léo dans la recherche de la panthère, notre narrateur part au Tibet, en plein hiver, pour tenter de la voir. Et de la prendre en photo. C'est un récit de voyage un peu différent. Pas d'hommes ou peu. Des animaux. Des étendues glacées. Des jours d'attente et de patience. Cela semble ennuyeux mais c'est passionnant. C'est la redécouverte de la nature, d'un monde en mouvement, auquel nous ne prêtons même plus attention, pris par un mouvement incessant, une frénésie sans but. 
C'est aussi une quête, celle d'un animal presque disparu, discret, secret. On l'attend, la star du roman. Et joyeusement, elle se montre aux plus patients. 
C'est le froid - et c'est certainement ce que j'ai le moins aimé. Comment ont-ils fait pour rester ainsi immobiles dans des températures polaires ? Un froid qui ralentit, qui anesthésie, qui rend plus humble quelque part. Ode à la patience aurait pu être le titre de l'ouvrage, ou au temps retrouvé. Un temps de contemplation d'une nature pleinement vivante, loin des hommes qui la mutilent. Car si nos panthères sont si rares, c'est bien parce que leurs peaux sont mises à prix. 

"J'avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s'asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille. La patience était la révérence de l'homme à ce qui était donné"

Ouvrage porté par une langue élégante, il me réconcilie avec Tesson, dont je lirai peut-être d'autres romans ! Ne serait-ce que pour continuer à réfléchir mon rapport au monde, à sa destruction par l'homme et aux moyens de ne pas le faire. 


J'ai glané pas mal de phrases inspirantes : 
""J'ai beaucoup circulé, j'ai été regardé et je n'en savais rien" : c'était mon nouveau psaume et je le marmonnais à la mode tibétaine, en bourdonnant. Il résumait ma vie. Désormais je saurais que nous déambulions parmi des yeux ouverts dans des visages invisibles. Je m’acquittais de mon ancienne indifférence par le double exercice de l'attention et de la patience. Appelons ça l'amour [...] "Là, en face, sur le talus, un renard, à cent mètres !" me disait Munier comme nous traversions la rivière sur la glace. Et je mettais longtemps à voir ce que je regardais. J'ignorais que mon œil avait déjà capté ce que mon esprit refusait de concevoir. Soudain se composait la silhouette de la bête comme si pigment par pigment, détail par détail elle se précisait dans les rochers, se révélant à moi"
"Les génies de l'humanité étaient des hommes qui avaient choisi une voie unique, sans dévier. Hector Berlioz voyait dans l'"idée fixe" la condition du génie. Il soumettait la qualité d'une oeuvre à l'unité du motif. Si l'on voulait passer à la postérité mieux valait ne pas butiner"
"A la fenêtre de sa chambre, sur la terrasse d'un restaurant, dans une forêt ou sur le bord de l'eau, en société ou seul sur un banc, il suffisait d'écarquiller les yeux et d'attendre que quelque chose surgisse. On ne l'aurait jamais noté si l'on ne s'était pas maintenu aux aguets. Et si rien n'arrivait, la qualité du temps passé s'était trouvée accrue par l'attention portée. L'affût était un mode opératoire. Il fallait en faire un style de vie.
Savoir disparaître relevait de l'art. Munier s'y était entraîné pendant trente ans, mêlant l'annulation de soi à l'oubli du reste. Il avait demandé au temps de lui apporter ce que le voyageur supplie au déplacement de lui fournir : une raison d'être"
"Que choisir ? Vivre maigre sous les voies lactées ou ruminer au chaud dans la moiteur de ses semblables ?"
"Je croyais depuis longtemps que les paysages déterminent les croyances. Les déserts appellent un Dieu sévère, les îles grecques font pétiller les présences, les villes poussent au seul amour de soi, les jungles abritent les esprits. Que des Pères blancs aient réussi à conserver leur foi en un Dieu révélé au milieu des forêts où criaient les perroquets me paraissait un exploit. Au Tibet, les vallons glacés annulent tout désir et déclenchent l'idée du grand cycle. Plus haut, les plateaux harassés de tempêtes confirmaient que le monde était une onde et la vie un passage"

lundi 11 mai 2020

Mémémoires

C'est le roman d'une copine, Emilie Courtemanche, qui attend sur ma pile à chroniquer depuis 2017. Oui, ça date ! 

Pénélope, trentenaire qui s'ennuie dans sa vie, découvre le monde étonnant des maisons de retraite grâce à sa mémé. Des personnages hauts en couleurs l'y attendent, entre les commères rigolotes et le vieux beau. Pénélope se rend compte également qu'elle ne connait pas tout de son histoire familiale, à travers des lettres et des liens avec les amis de mémé. Autour de Pénélope, deux copines Léo et Morgane, l'incitent à changer de vie. 

Un roman sympathique, avec des jolis traits d'humour, qui se lit vite. Il n'est pas hyper marquant mais traite d'un thème intéressant : la transmission et intergénérationnel. 


jeudi 7 mai 2020

Imaginer la pluie

Ce roman de Santiago Pajares ne m'aurait pas été offert, j'aurais pu craquer pour sa jolie couverture et son titre poétique !

Ionah - ce qui veut dire colombe - a grandi dans le désert avec sa mère. Chaque journée a un déroulement bien précis pour que la vie reste vivable dans ce lieu. A la mort de sa mère, il reste seul. Enfin, jusqu'à ce qu'il accueille un inconnu, Shui, perdu dans le désert. Cet homme vient bouleverser le cours de sa vie, lui donnant des éléments sur le passé, les changements du monde et surtout, l'obligeant à quitter le désert. 


Histoire dans un monde post-apocalyptique d'un jeune homme innocent, c'est un roman initiatique poétique que nous offre Pajares. Ecriture simple, chapitres courts, il se lit rapidement mais se termine un peu en queue de poisson. N'empêche, on aura passé un bon moment avec lui et glané quelques réflexions sympathiques.


mercredi 6 mai 2020

Ship of magic

Après l'Assassin royal, j'avais cette trilogie des Aventuriers de la mer qui me faisait du gringue. J'ai donc entamé ce roman de Robin Hobb avec pas mal d'attentes et finalement, j'ai eu du mal à rentrer dans ce monde, je ne sais pas bien pourquoi. J'ai trouvé que ça traînait. Pourtant, on est dans un monde de marins et d'aventuriers, de bois magique et d'êtres mystérieux.


A Bingtown, les familles sont opulentes, elles commercent par les mers grâce à des bateaux très particuliers, faits de bois enchanté. On s'attache plus spécialement à la famille Vestrit, qui est au bord de la ruine, à travers Althéa, une jeune femme qui devrait hériter de la Vivacia de son père Ephron. Sauf qu'il la lègue à Kyle, un homme qui n'a pas tout à fait les mêmes valeurs que sa belle famille et ne comprend pas bien les enjeux d'avoir un bateau vivant. On rencontre aussi le reste de la famille, notamment Ronica, la mère d'Althéa et Kefria, ou Malta, une garce insupportable, mais aussi d'autres personnages comme Kennit, un pirate qui rêve de pouvoir, Brashen, le second d'Ephron Vestrit ou encore Parangon, un bateau vivant devenu fou. On sent qu'il y a un petit enjeu autour de l'avenir de la famille Vestrit avec des conflits valeurs - argent : doit-on vendre des esclaves pour éviter la ruine ? Peut-on commercer avec les gens des Rain Wilds ? 
Pour Althéa, l'essentiel est de récupérer la Vivacia, et elle veut faire ses preuves pour cela. Pour Kyle, c'est de gagner de l'argent et du pouvoir. Pour Ronica, c'est de préserver les traditions et le mode de vie des Vestrit...
Et puis, il y a des questions qui les dépassent un peu autour des serpents de mer et de la piraterie. 


Un gros tome qui peine à mettre en place les personnages, qui sont assez peu attachants d'ailleurs. Et des aventures qui ne nous intéressent pas encore. J'ai mis pas mal de temps à le lire, c'est mon roman d'insomnie, d'où la fin de lecture en confinement. J'ai entamé le 2e tome mais je rame. Je le garde aussi sous le coude pour les nuits sans sommeil !

lundi 4 mai 2020

Madame Ex

Au fond de ma PAL, il y a ce roman de Bazin. Un roman que je n'ai pas du tout aimé.

Aline et Louis divorcent. Monsieur part rejoindre sa maîtresse, plus jeune et moins pénible que son épouse. Aline, restée seule avec ses enfants, fait tout pour le discréditer. Un camp des "mamiens" et des "papiens" crée une nouvelle rupture dans la famille, au sein de la fratrie de quatre enfants. Et on tire sur ce fil jusqu'à l'ennui dans le nouveau couple, les arrangements du nouveau mariage, les pétages de plomb réguliers de Mme Ex, qui en devient pitoyable. Notamment pour la société bourgeoise à laquelle elle appartient : ça ne se fait pas de divorcer !

Je crois que outre le thème assez banal, quoi que peut être pas pour l'époque de sa publication, c'est surtout le caractère d'Aline qui a rendu cette lecture pénible. Toujours dans la plainte, dans les petits calculs, les chantages, les menaces, elle ne fait que se rendre plus désagréable encore. J'ai trouvé l'ensemble assez forcé, sans nuance.



jeudi 30 avril 2020

La société du spectacle

Je préfère l'annoncer d'entrée de jeu, ce n'est pas une lecture simple malgré son apparence : court, divisé en 221 thèses, mots simples, on pourrait croire que c'est de la philosophie facile. Il n'en est rien. C'est plutôt complexe et j'ai eu besoin de me renseigner un peu pour comprendre de quel spectacle il était question - bon j'avais bien compris que c'était marxiste et anticapitaliste !



"Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation"
"Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément du monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le cœur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante"
"Le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à l'occupation totale de la vie sociale"
"Le spectacle est l'idéologie par excellence, parce qu'il expose et manifeste dans sa plénitude l'essence de tout système idéologique : l'appauvrissement, l'asservissement et la négation de la vie réelle. Le spectacle est matériellement «l'expression de la séparation et de l'éloignement entre l'homme et l'homme»."

C'est donc la vie dans ce monde où le produit est au centre, ce monde capitaliste qui est une société de spectacle. Mais c'est aussi ce qu'il y a autour : les produits, les publicités sur les produits, l'accumulation, la vie par procuration et consommatrice plutôt que vécue... Ce qui est intéressant, c'est qu'on est bien avant les réseaux sociaux ou la télé réalité ! Et pourtant, on croirait presque qu'il en parle dans ce passage, non ?

"La première phase de la domination de l'économie sur la vie sociale avait entraîné dans la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de l'être en avoir. La phase présente de l'occupation totale de la vie sociale par les résultats accumulés de l'économie conduit à un glissement généralisé de l'avoir au paraître, dont tout « avoir » effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. En même temps toute réalité individuelle est devenue sociale, directement dépendante de la puissance sociale, façonnée par elle. En ceci seulement qu'elle n'est pas, il lui est permis d'apparaître"

Parmi les thèmes abordés, de façon plus ou moins claire, il y a l'individualisme, l'uniformisation du monde, l'aliénation, une reprise des théories de Marx, notamment sur la séparation des tâches dans le travail. Et il y a certainement d'autres éléments que je n'ai pas identifiés.

Lecture exigeante, dont je comprend qu'elle puisse être une référence intellectuelle mais qui me semble parfois trop absconse pour être entendue d'un grand nombre. Dommage quand on veut faire tomber un système dominant !  

mercredi 29 avril 2020

Le Papa de Simon

En cette période un peu étrange, j'ai ressenti le besoin de replonger dans des histoires de Maupassant. Ses nouvelles, je les ai dévorées ado, et c'est avec plaisir que je les redécouvre maintenant. C'est donc une relecture dont je vais vous parler. Dans ce recueil, se sont surtout des histoires des champs, des histoires un peu rudes, un peu rustres, souvent tristes. 
Une seule nouvelle était encore bien fraîche dans ma tête : Aux champs. Les autres, je les ai lues comme si c'était la première fois.

Le Papa de Simon : Simon vit ses premiers jours à l'école. Il y passe un mauvais quart d'heure, moqué par les autres enfants qui lui reprochent de n'avoir pas de papa. 
En voyage : C'est une lettre rapportant l'histoire tragique de deux frères dont l'un s'est noyé.
Aux champs : Deux familles élèvent leur tripotée d'enfants, dans une situation proche de la misère. Un jeune couple noble s'entiche des enfants et veut en adopter un. C'est le début d'une guerre entre les Tuvache et les Vallin. 
La Confession : Deux sœurs ont vécu toute leur vie ensemble. A la mort de la plus jeune, l’aînée découvre un secret de 30 ans.
Le père : Un homme s'entiche d'une jeune femme qu'il croise dans l'omnibus chaque matin. A mesure qu'ils se fréquentent, il lui propose une excursion sur les bords de Seine. Elle accepte s'il promet de ne pas la brusquer.
Le Baptême : Une famille campagnarde se met en route pour l’église, pour baptiser le petit. Le prêtre s'attache à l'enfant.
Coco : Triste histoire d'un vieux cheval maltraité par un enfant. 
Mademoiselle Perle : Elle fait presque partie de la famille mais pourtant n'en n'est pas. Qui est donc cette mademoiselle Perle ?
Boitelle : Boitelle rêvait d'exotisme et de couleurs, il est aujourd'hui en charge des travaux les plus répugnants. Quand on lui demande pourquoi, il répond que c'est à cause de l'opposition de ses parents à son mariage. 




lundi 27 avril 2020

Les bateaux ivres

Dans cet ouvrage de Jean-Paul Mari, le lecteur suit des itinéraires de migration et de migrants. Remontant à l'origine d'un départ, accompagnant tout le parcours ou un bout de chemin, l'auteur nous invite à regarder l'inhumaine condition des hommes qui fuient la mort. Et le cimetière qu'est devenu la Méditerranée.


Quittant l'Erythrée ou l'Afghanistan, payant des passeurs, poursuivis par les talibans ou la guerre, ils cherchent une vie meilleure ou un lieu de sécurité. Un lieu où survivre. Mais ils doivent avant cela traverser l'enfer. S'ils se font prendre dans le Sinaï, ils peuvent subir des jours de torture jusqu'à ce que leurs proches vident leurs poches. Dans les traversées, la peur renverse les bateaux, les plus riches assassinent les plus pauvres, les navires croisés ignorent les migrants mourant. A Lampedusa, Calais ou Athènes, c'est haine et solidarité qui se vivent quotidiennement. Et l'on ne parle pas de ce qui se passe en Libye. 

A travers des personnages identifiés, Robiel, Zachiel, Fassi, Abdelaziz, Timis, Salomon, et d'autres ce sont des histoires personnelles qui sont partagées, sur des routes incertaines et violentes, sans savoir où elles pourront enfin s'arrêter. Des chemins qui passent par des poste-frontières et des villes dévastées par la guerre. Où l'ont se déshumanise aussi, où les illusions tombent, mais où quelques gestes peuvent faire croire en une miette de solidarité.

C'est dur, c'est violent, c'est indispensable pour penser humainement la migration. Et cela invite à questionner nos politiques !

"Où passe la frontière sinon en moi ? A force de buter contre une ligne sur la carte, l'homme-frontière finit par faire sienne cette fracture géographique. Qu'importe qu'il finisse par la franchir, par passer d'un espace délimité à un autre ! La frontière reste gravée en lui, à jamais. L'exil est sans retour parce que l'exilé est coupé en deux, disloqué. Il a perdu une partie de lui-même, celle qu'il a sectionnée de ses mains, tronçonnées, comme un arbre tranché à la base, impossible à replanter. Il n'est pas déraciné, il est sans racines" 

samedi 25 avril 2020

Le mystère Croatoan

Vous connaissez mon goût pour les livres de José Carlos Somoza, qui questionne nos réalités. Celui-ci n'y va pas de main morte et c'est tout notre monde qui se transforme ! Une apocalypse version vengeance de la nature.

Une famille est retrouvée déchiquetée. Des scientifiques reçoivent tous un mail d'un chercheur en éthologie décédé depuis 2 ans, Mandel. L'humanité semble en proie au chaos et se comporte de façon stupéfiante, comme hypnotisée ou malade. Les hommes deviennent des zombies qui détruisent tout sur leur passage (euh, comme maintenant, non ?). 
Face à la violence stupéfiante, quelques personnages se retrouvent dans un centre de recherche pour tenter d'élucider le mystère de cette humanité déréglée et, éventuellement, sauver leur vie - à grand renfort de LSD.

C'est un roman étrange, fantastique, qui vire souvent au gore. Il questionne la notion de destin, notre humanité et notre animalité, avec pas mal d'effets, ce qui peut le rendre un peu indigeste. Quant aux personnages, on retrouve dans Carmela la femme déjà vue chez Somoza, intelligente, amoureuse du mec qui lui fait du mal. On découvre une bande, que ce soit chez les amis de Mandel ou chez les policiers, assez caricaturale, avec des personnages assez peu soignés. Comme si cette animalité mise en avant dans la transformation de l'humanité atteignait aussi les autres personnages, autrement, pour les faire renoncer à toute subtilité. 

Bref, si l'idée initiale et le mystère de la disparition de groupes humains lançait le lecteur sur une piste passionnante, le traitement du roman est plutôt décevant. 


jeudi 23 avril 2020

The scarlet plague

Ce sont les billets d'une lecture commune qui ont attiré mes yeux sur ce titre, que j'avais sur ma liseuse. J'ai hésité, me disant que la période n'était pas très propice aux récits de pestes et de disparition de l'humanité. Et finalement, j'ai craqué pour ce roman de Jack London que j'ignorais comme auteur de science fiction. 

Avec ce roman, nous entrons dans un récit d'anticipation, qui rappelle pourtant les temps préhistoriques : les personnes sont vêtues de peaux, on pêche, on fait du feu... C'est que, comme va l'expliquer le sénile James à trois jeunes, l'humanité a presque disparu suite à une maladie très contagieuse et mortelle : la peste écarlate. Et qu'est-ce qu'il peine à se faire comprendre ! Il semble que la vocabulaire de ses petits-enfants se soit appauvri, qu'ils ne savent ni lire, ni écrire, qu'ils ignorent tout d'un monde disparu, qui leur semble mythique. 
Un monde de 2013 où les avions volaient, où l'université était à la pointe... ainsi que les inégalités criantes entre les hommes. Ce monde-là est balayé en quelques mois par une maladie qui tue en quelques minutes voire quelques heures après avoir couvert de plaques rouges ses victimes. C'est l'évolution de la maladie que conte James Smith, la disparition de ses proches, la fuite des plus riches, les chaos collectifs, la victoire inéluctable de la maladie, qui le laisse seul dans un monde où la nature reprend ses droits. Toute ressemblance avec la situation actuelle n'est pas fortuite ! Heureusement, James n'est pas le seul survivant... Mais la loi du plus fort est de retour et c'est elle qui guide la survie plus que les intellectuels comme James.


Un ouvrage qui me confirme ma joie à lire London et à découvrir ou redécouvrir ses œuvres... Ce qui fait que je rejoins le challenge en cours chez Claudialucia !

mercredi 22 avril 2020

Les heures silencieuses

Très court roman de Gaëlle Josse, il retrace la vie d'une femme hollandaise du XVIIe siècle, Magdalena Van Beyeren, sous la forme d'un journal intime. L'inspiration vient d'un tableau d'Emmanuel de Witte conservé à Montréal, où l'on voit une femme, de dos, jouant de l'épinette.

Magdalena, fille d'un administrateur de la compagnie des Indes, aide son père dans ses affaires. Elle visite les entrepôts et les bateaux à Delft, elle suit le cours des marchandises, elle compte et déjoue les erreurs et les vols. Avec son mariage, son rôle change. Elle devient mère, elle s'occupe de la maison. Le rythme change, ses obligations aussi. Elle s'enlise malgré elle dans son rôle de bourgeoise et le regrette. La musique heureusement vient lui donner une respiration...

Roman simple, poétique, lent, il se lit doucement. Pas de surprise. Les thèmes universels transparaissent autour des destins féminins, des rapports à la société, à la richesse.

Glanage de jolies phrase dans un livre qui ne restera pourtant pas mémorable :
"Ce que nous tentons de bâtir autour de nous ressemble aux digues que les hommes construisent pour empêcher la mer de nous submerger. Ce sont des édifices fragiles dont se jouent les éléments. Elles restent toujours à consolider ou à refaire. Le cœur des hommes est d'une moindre résistance, je le crains"
"Le cours de nos vies est semé de pierres qui nous font trébucher, et de certitudes qui s'amenuisent. Nous ne possédons que l'amour qui nous a été donné, et jamais repris"
D.R.

lundi 20 avril 2020

Ceci est mon sang

Elise Thiébaut s'intéresse dans ce livre à un sujet tabou, les règles, le sang qui coule chaque mois. Avec humour et pas mal de recherches sur le sujet, elle défriche le tabou et n'hésite pas à y adjoindre sa propre expérience.

Elle explore le sujet sous bien des aspects, d'abord en le décrivant puis en remontant dans le temps pour voir si le tabou en a toujours été un, et comment il se caractérisait - sous la plume des hommes évidemment. Elle s'intéresse aussi à tout l'imaginaire, la mythologie et la symbolique, qu'il s'agisse des expressions pour désigner les règles - "les anglais débarquent" je ne connaissais pas - ou des vertus et malédictions qu'elles apportent. Là, c'est gratiné. Et encore, allez lire Pline !
"Qu'il s'agisse d'aigrir la bière et le vin, de faire tourner le lait, de gâter les conserves de bœufs ou les salaisons de porc, on prêtait à la femme qui saigne un pouvoir quasi alchimique. Mais également des propriétés insecticides, puisqu'on envoyait encore au début du XXe siècle, en Anjou, les femmes menstruées courir dans les champs de choux tuer les chenilles, comme le rapportent Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti. J'aurais beaucoup aimé avoir cette capacité d'exterminer les insectes quand j'allais en vacances dans notre cabanon familial près de Marseille, mais malheureusement les moustiques ne se sont jamais laissés impressionner par le sang qui coulait entre mes jambes. A côté des méfaits supposés du sang menstruel, on lui prêtait donc en même temps le pouvoir de soigner la lèpre, les hémorroïdes, la goutte, l’épilepsie ou les migraines, et il entrait dans la composition de tous les filtres d'amour"

Elle s'attache aussi à l'histoire des protections. Pour en savoir plus là-dessus, cet article. Et s'interroge - à juste titre - sur leur composition aujourd'hui. Ben oui, c'est toujours pas clair alors qu'on utilise ça tous les mois. Et surtout, ça fait flipper même leurs publicitaires que ça puisse recueillir du sang !
"Car de quels dangers les serviettes et les tampons sont-ils supposés nous protéger ? L'adjectif accolé, qu'il soit "périodique" ou "hygiénique", ajoute à l'anxiété : on préférerait largement une protection permanente à une protection périodique, et la notion d'hygiène nous rappelle opportunément que nous sommes sales ces jours-là"
"J'ai mon content d'expériences positives sans avoir besoin de m'acheter des protège-slips parfumés, mais ce souci est touchant quand on songe au nombre de femmes qui oublient de jeter des brassées de fleurs dans le ciel quand elles ont leurs règles"

Sans parler du prix des protections et des taxes qui s'y attachent. Est-ce un produit de première nécessité ? Vous avez peut-être vu des infos sur les policiers, en temps de confinement, qui ne le considéraient pas comme tel... A l'aide ! Ils méritent qu'on leur vide une cup dans la figure, tiens !

"À ceux qui ne considèrent pas la protection hygiénique comme un produit de première nécessité, j'aimerais rappeler que c'est une des premières choses que demandent les femmes qui vient dans la rue, dans des zones de guerre ou de grande pauvreté. Parce qu'elles ne disposent pas de protections, des millions d'écolières dans certains pays d'Afrique ne vont simplement pas à l'école quand elles ont leurs règles, et utilisent, selon un rapport de l'Unesco, des feuilles sèches, de la boue, des peaux d'animaux, des chiffons ou du papier hygiénique pour absorber leur sang menstruel, dans des conditions d'hygiène qui les exposent non seulement à l'inconfort, mais aussi aux infections, à plus forte raison quand elles ont été victimes de mutilations sexuelles"

Enfin, il est aussi question des douleurs liées aux règles, de méthodes de contraception, de l'endométriose et plus globalement des études scientifiques sur le sujet qui n'intéressaient pas grand monde - alors qu'elles concernent la moitié de l'humanité ! Mais bon, on va d'abord faire un peu plus de viagra d'abord, hein, c'est plus urgent. Et brusquement les règles pourraient devenir intéressantes puisqu'elles contiendraient le Graal : des cellules souches. 

Un livre un peu fourre-tout, avec énormément d'éléments, qui vont de l'astrologie à l'histoire, de la biologie à l'art, mais toujours documenté. J'ai beaucoup apprécié la partie sur les artistes qui jouaient avec ce tabou, qui tentent de le rendre visible, de le détourner. L'auteur manie l'humour et nous en fait profiter, ne rendant jamais cette lecture pesante. Pour vous donner une idée du contenu et du style, voici le sommaire : 

1. Il va y avoir du sang 
2. Sang peur et sang reproche 
3. Sang maudit 
4. Cachez ce sang que je ne saurais voir 
5. Des solutions sang pour sang naturelles 
6. Je compte jusqu'à sang 
7. Mauvais sang 
8. Une histoire sang fin

A mettre entre toutes les mains, féminines ou masculines !

samedi 18 avril 2020

Dans l'ombre de la lumière

Est un roman de Claude Pujade-Renaud. 

C'est Elissa - Didon - abandonnée par celui que l'on connait aujourd'hui comme Saint Augustin - Augustinus pour Elissa - qui raconte ses souvenirs. Elle vit à Carthage, chez sa sœur, dont l'époux est potier. C'est là qu'elle s'est rendue après l'abandon. Mais Augustin, devenu célèbre pour ses prêches, revient sur ses terres natales où la belle Elissa sera amenée à l'écouter et à le lire. Autant de coups de poignards pour cette femme encore amoureuse. Entre flash back réguliers de sa vie avec Augustinus et son nouveau quotidien de potière, le récit d'Elissa met un visage et de la chair aux Confessions de Saint Augustin. Cela m'a fait d'ailleurs penser à un autre roman de Gaarder sur le même thème, lu il y a bien longtemps, Vita Brevis

Dans ce roman, on découvre quelques aspects du manichéisme et du christianisme avec tous les débats et toutes les hérésies du début du christianisme contre lesquelles la vision d'Augustin s'impose, notamment sa vision de la grâce et du péché. On découvre aussi des éléments de la philosophie d'Augustin, de la même manière que l'on découvrait Kierkegaard par Régine dans Tout dort paisiblement sauf l'amour. Sympathique mais sans surprise. 


mercredi 15 avril 2020

Toi, mon chat

C'est un joli ouvrage des éditions Cours toujours que j'ai reçu des parents à Noël. Illustré de pastels colorés de Pascale Belle de Berre, il raconte une trentaine d'histoires de chats de Dominique Brisson. Allergiques aux félins, éloignez-vous !

Histoires de chats et d'humains, elles racontent l'amour ou la peur que suscite l'animal. On entre dans la vie privée de certains chats, qui prennent les habitudes ou les maladies de leurs maîtres. On découvre des chats qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau. On suit les trouvailles félines d'une maison ou les façon de se faire rejoindre par des chats amoureux. Certains ont la dent ou la griffe dure, envers leurs maîtres comme de leurs proches. D'autres réagissent aux sons, à la musique, sont nommés d'après leurs habitudes... Et certains chants feraient mieux de s'écarter de celle qui leur porte la poisse. D'autres sont si résistants qu'il faut bien les adopter !


Histoires courtes et sympathiques, basées dans le Nord, elles font plaisir à découvrir même si elles ne me marqueront pas forcément bien longtemps. Un joli livre pour les amoureux des chats !

lundi 13 avril 2020

La dame blanche


Dans ce livre, les pages de la vie d’Emily Dickinson, poète et recluse, sainte sous la plume de Bobin. Pas une biographie qui cavale, de la mort à la mort. Mais quelques évocations, des instants choisis, délicats, des moments de la vie ordinaire, d’une femme qui s’habillait de blanc, cuisinait, soignait les fleurs et l’écriture. Une femme sensible. Une musicienne aussi. Et dans cette suite de jours, quelques visages se détachent, celui d’Austin et de Vinie, son frère et sa sœur, de Sue, la belle-sœur adorée, la rudesse d’un père et la faiblesse d’une mère. Et des amies et amis qui viennent la visiter, parfois sans même la voir, séparés par les murs que la recluse ne franchit plus.


Comme souvent avec Bobin, c’est l’écriture qui marque et plait, plus que le sujet, d’ailleurs entraperçu. Peu de dates, de faits et d’événements mais plutôt des sensations, des rencontres et la vie qui passe là-dessus. Une lecture qui donne envie de découvrir les poèmes de la dame blanche, espérant y retrouver la douce sensibilité que lui donne Bobin : « Certaines personnes sont si ardemment présentes à elles-mêmes que, devant elles, on se découvre douloureusement une âme »


« Edward est emmuré vivant, comme le sont tous les hommes de Devoir »
« Les fantômes se penchent sur le berceau d’Emily. Ils regardent celle qui sera leur scribe, dont l’irradiante sensibilité traverse déjà le mur d’inattention qui sépare les absents des présents. Un poète, c'est joli quand un siècle a passé, que c'est mort dans la terre et vivant dans les textes. Mais quand c'est chez vous, un enfant épris d'absolu, bouclé dans une chambre avec ses livres, comme un jeune fauve dans sa tanière enfumée par Dieu, comment l'élever ? Les enfants savent tout du ciel jusqu'au jour où ils commencent à apprendre des choses. Les poètes sont des enfants ininterrompus, des regardeurs de ciel, impossibles à élever »
« L’inexplicable d’un lien est la meilleure preuve de l’existence d’un Dieu qui s’amuse beaucoup à mettre les uns en rapport avec les autres, pour compter les étincelles et les coups. Que veut Samuel Bowles, que veut l'homme du dehors ? Il veut la vie la plus intense. C'est un homme moderne : il croit que rien n'est plus intense que ce qu'on appelle un "événement" - quelque chose qui fait du bruit, qui va vite et qu'il ne faut absolument pas manquer. Mais un événement n’est le plus souvent qu’une épiphanie du néant, un feu follet courant au-dessus du grand cimetière du monde. Et que veut Emily Dickinson, que veut la femme du dedans ? Elle aussi veut la vie la plus intense, mais elle la cherche du côté de la vie timide, lente et silencieuse, sur le versant ombragé des jours, là où les pâquerettes dodelinent de la tête sous le poids de la rosée, et où les agonisants cherchent à avaler une ultime gorgée d’air. Personne ne peut être plus loin d’Emily que Samuel Bowles – une chance pour elle, l’occasion inespérée d’agrandir par un amour la lumineuse douleur de vivre »
« Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n'a d'égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu'elle enterre dans un tiroir. "Disparaître est un mieux. "À la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féerique dans la cave d'un imprimeur et fuit vers l'Orient hébété. Sous le soleil clouté d'Arabie et dans la chambre interdite d'Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier. »
« Parler sans fin de ce qui se dérobe sans fin est une jouissance en regard de laquelle toutes les autres ne sont rien. Rencontrer quelqu'un, le rencontrer vraiment - et non simplement bavarder comme si personne ne devait mourir un jour -, est une chose infiniment rare. La substance inaltérable de l'amour est l'intelligence partagée de la vie »
« Un lecteur d'Amherst, après avoir lu l’avis de décès lui confirmant qu'il est, lui, bien vivant, se souviendra quelques secondes de celle qui éblouissait le ciel avec ses camélias et ses jasmins, puis il passera à autre chose ignorant qu'en tournant la page du journal il venait d'enterrer la sainte du banal »

vendredi 10 avril 2020

Soif

En ce vendredi saint confiné, petit billet sur le dernier roman d'Amélie Nothomb qui nous raconte les dernières heures du Christ.
Bon, je vous préviens, c'est un peu plus long que d'aller directement aux sources pour lire la Passion. Mais c'est intéressant de lire un regard décalé sur l'incarnation. Car c'est surtout le corps qui est au centre de ce roman, le corps comme expérience d'humanité.

Avec pas mal d'humour, le roman débute au procès de Jésus, où tous les miraculés viennent lui reprocher quelque chose.
"L'ancien aveugle s'est plaint de la laideur du monde, l'ancien lépreux a déclaré que plus personne ne lui octroyait l'aumône, le syndicat des pêcheurs de Tibériade m'a accusé d'avoir favorisé une équipe à l'exclusion des autres, Lazare a raconté combien il était odieux de vivre avec une odeur de cadavre qui vous collait à la peau.
A l'évidence, il n'a pas fallu les soudoyer, ni même les encourager. Ils sont tous venus témoigner contre moi de leur plein gré. Plus d'un a dit combien cela le soulageait de pouvoir enfin vider son sac en présence du coupable"
Jésus vit cela avec amour - et philosophie - jusque dans sa geôle où il évoque sa vie passée, interroge et critique la folie de son père, Dieu, qui l'a mis dans cette situation qui ne peut qu'empirer. Et il poursuivra ses critiques jusqu'à la croix, pleurant les contresens faits sur sa mort.
"J'ai été homme assez longtemps pour savoir que certains sentiments ne se répriment pas. Il importe de les laisser passer sans chercher à les contrer : c'est ainsi qu'ils ne laissent aucune trace" 
La narration est centrée sur les sensations de Jésus, sur son humanité incarnée. C'est surtout là dessus qu'il revient, qu'il médite, qu'il se réjouit. Ce qui n'est pas neutre après 2000 ans de christianisme qui cherche à nier le corps ! Alors ce corps, il en explore toutes les dimensions. Celle de la souffrance, évidemment, avec la crucifixion, jusqu'à la mort. Mais aussi celle de l'amour avec Madeleine. Et celle de la soif. C'est intéressant la soif, qui donne son titre au roman. C'est le lieu de la transe mystique pour Jésus : la soif fait éprouver lorsque l'on l'étanche un amour immense pour la gorgée d'eau. La mort, l'amour et la soif, "tiercé gagnant [...] enseigne aussi trois manières d'être formidablement présent", se déclinent autour du corps de Jésus et de ses réflexions sur celui-ci. 

A lire ou pas ? A vous de choisir. Même si je ne suis toujours pas dingue de Nothomb ni de ce roman, je trouve l'approche intéressante, comme un jeu, une variation autour du thème.

"Chaque jour et chaque nuit, il faut chercher en soi cet amour. Quand on l’a trouvé, son évidence est si puissante qu’on ne comprend plus pourquoi on a eu du mal à y arriver. Encore faut-il rester dans son courant permanent. L’amour est énergie et donc mouvement, rien ne stagne en lui, il s’agit de se jeter dans son jaillissement sans se demander comment on va tenir, car il n’est pas à l’épreuve de la vraisemblance."

"Oui, même avec un corps mort, tout l'amour du monde ne s'exprime jamais aussi bien que par l’embrassement"
Descente de croix, 1200, Louvre

"Quand on tombe amoureux, on devient présent à un point phénoménal. Par la suite, ce n'est pas l'amour qui se dissipe, c'est la présence. Si vous voulez aimer comme au premier jour, c'est votre présence qu'il faut cultiver"

"C'est exactement cela, qui montre combien la foi et l'état amoureux se ressemblent : on voit un visage et aussitôt tout change. On n'a même pas contemplé ce visage, on l'a entrevu. Cette épiphanie a suffi"

jeudi 9 avril 2020

La magicienne

Voilà un bout de temps que je n'avais pas lu de littérature japonaise. Akutagawa fait partie des auteurs prolixes dont j'ai maintes fois croisé les livres, il fallait le découvrir !

J'ai commencé avec les cinq nouvelles de cet ouvrage, que j'ai beaucoup aimé. Teintées de nostalgie, d'un peu de magie et de mal être, elles sont bien écrites, fines, bien menées. Il y règne une atmosphère surannée, de confidences qui s'échangent dans un musée, dans une lettre ; des personnages mélancoliques, un peu dépassés par la vie.

Les poupées : une jeune fille, O-Tsuru, doit se séparer de ses poupées traditionnelles, elles vont être vendues à des américains. Depuis que c'est annoncé, elle les regrette. Et lit les signes de transformation d'un ancien monde.
Un crime moderne : C'est une lettre confiant le secret d'un médecin, Kitabatake, à un couple d'amis. Amoureux de sa cousine, ce médecin est parti à l'étranger. A son retour, il découvre qu'elle a épousé un rustre qui ne la respecte pas. Il décide d'agir...
Un mari moderne : Miura Naoki avait décidé de se marier par amour. C'était nouveau. C'était une quête difficile... peut-être impossible, surtout lorsqu'il s'aperçut de son erreur dans les premiers mois du mariage !
La magicienne : Avez-vous déjà vu des papillons noirs vous suivre toute une journée ? Des tramways circuler bizarrement ? Des fumées se disperser dans le sens contraire au vent ? Sans doute l'oeuvre de la face obscure du monde, d'un sorcier ou d'une magicienne ! Shinzo aime Toshi qui a disparu. Il se rend chez une magicienne pour la retrouver. Mais celle-ci n'est pas du tout prête à laisser les amants s'aimer !
Automne : Nobuko aime les lettres et son cousin. Sa petite soeur Teruko aussi. Alors l’aînée épouse un autre homme dont elle ne tarde pas à découvrir qu'il ne lui convient pas.


mercredi 8 avril 2020

Kamo

Je sors d'une chouette lecture détente de Daniel Pennac. Cela faisait très très longtemps que je ne l'avais pas lu. Ado, j'ai dévoré la saga Malaussène, adulte je dévore Kamo !

Dans mon édition, quatre histoires :
Kamo, l'idée du siècle
Tous les parents parlent avec angoisse de l'entrée en sixième. Agacés, les élèves de la classe de Kamo demandent à leur maître, monsieur Margerelle, ce qui est si inquiétant au collège. Celui-ci leur répond que c'est la diversité des profs. Qu'à cela ne tienne, Kamo demande à Margerelle de jouer tous les profs. Et le maître relève le défi... Ce qui amuse puis inquiète sa classe. Et si leur Instit'Bien Aimé avait réellement disparu derrière toutes ces personnalités ?

Kamo et moi
Crastaing, prof de français, est la terreur des collégiens. Toutes les semaines, il donne des rédactions à ses élèves. Et souvent il donne des colles et des rendez-vous dont les parents sortent tout déprimés. Alors, il faut bien s'y atteler à ces devoirs, même si aujourd'hui le sujet est bien corsé : "Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que vous êtes transformés en adulte. Affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents : ils sont redevenus des enfants. Racontez la suite"
Evidemment, la rédaction va se réaliser... Et Kamo va tenter de remettre les choses à leur place.
Bon, si comme moi vous avez déjà lu Messieurs les enfants, ça fait redite.


Kamo, l'agence Babel
Kamo récolte des notes terribles en anglais. Suite à un pari avec sa mère, la redoutable Tatiana, il va devoir s'y mettre. Il a une correspondante anglaise, Cathy Earnshaw. Ce nom ne vous dit rien ? A Kamo, non. Par contre, il se prend de passion pour les lettres et devient incollable en anglais. A tel point que ses amis ont très envie de le retrouver et de démasquer cette femme du passé qui leur vole leur ami. 

L'évasion de Kamo
Tatiana est partie à la recherche de ses origines, laissant Kamo chez son ami. C'est là qu'il apprend à faire du vélo et devient le roi du deux roues. Mais une voiture le fauche et Kamo est hospitalisé. Ses amis se relaient pour penser à lui, le visiter... et découvrent l'histoire du grand père de Kamo.

Une tétralogie sympathique, aux personnages attachants !



lundi 6 avril 2020

Entre deux mondes

C'est un collègue qui fait circuler ce polar d'Olivier Norek dans les bureaux. 

Adam joue un jeu dangereux en Syrie. Ce policier voit ses tentatives de résistance compromises, surtout devant l'interrogatoire et la torture musclée d'un complice. Il éloigne sa femme et sa fille pour qu'elles embarquent de Libye en Europe, avant de les rejoindre.
Bastien vient d'obtenir un poste à Calais. Il découvre le jungle et ses habitants.
Adam parvient à Calais où il cherche sa famille et se lie avec des soudanais. Il ne perd pas ses habitudes de policier et repère de drôles de choses dans le camp. 


Mais ce n'est finalement pas pour l'intrigue qu'on lit ce livre. Ce qui est intéressant, c'est la jungle de Calais, avec ses habitants du monde entier, la vie qui s'organise, les liens avec les passeurs, les blocages d'autoroutes façon Far West et attaque de diligence. C'est aussi la vie à Calais, entraperçue, avec ses bénévoles et ses fachos, ceux qui n'en peuvent plus, ceux qui viennent aider - mais peuvent aussi partir. C'est les flics, en burn-out, faisant de l'humour noir, s'attachant à Adam... 

Attention, c'est sombre ! 

samedi 4 avril 2020

Dans la forêt

Ce n'est pas forcément le meilleur moment pour découvrir ce livre de Jean Hegland... ou au contraire, c'est le bon moment, je ne sais pas. Offert à l'Amoureux, qui l'avait beaucoup aimé, je me suis décidée à le sortir de la PAL. Et j'ai aussi adoré ce roman, qui avait, il me semble, enchanté pas mal de blogueuses et blogueurs à sa sortie.

Nell et Eva fêtent leur premier Noël sans leurs parents, sans électricité, dans un monde qui a changé. C'est le cahier offert par Eva à Nell qui va nous permettre de suivre leur histoire, où Nell raconte un quotidien en adaptation permanente.
Les premiers signes de changement furent les coupures d'électricité, qui devinrent de plus en plus fréquentes. Dans leur maison forestière, un peu loin de la ville, les sœurs et leurs parents s'adaptent. Et quand l'école ferme plus tôt, que l'essence se raréfie, la vie continue dans la forêt, insouciante, loin des révolutions et des crises des villes. C'est le dernier ravitaillement qui laisse entrevoir une civilisation malade, agonisante. Mais cet avertissement prend du temps à toucher les adolescentes, qui rêvent de devenir danseuse étoile et d'entrer à Harvard. Aider son père à faire les conserves et à s'occuper du potager, n'est-ce pas perdre son temps ?
Il y a le choc de la mort, qui anesthésie tout sentiment.
Il y a le choc des petits indices de fin, le thé qui diminue, les vers dans la farine, les étagères vides, qui font rejaillir l'urgence de vivre et de survivre, d'inventer de nouvelles façons de se nourrir, de s'occuper, loin de toute vie sociale.
Condamnées à vivre l'une avec l'autre, Nell et Eva se brouillent, s'ajustent, se réconcilient, se font conciliantes. Elles découvrent leurs limites et leurs vulnérabilités, leurs forces et leurs élans. Et avec tout cela, elles inventent d'autres manières de vivre.
"Même maintenant, Eva peut user les choses jusqu'au bout. Moi, je veux tout garder, tout consommer à petites doses indéfiniment. Je peux faire durer douze raisins secs ou un vieux sucre d'orge d'un centimètre et demi une soirée entière, prolonger le plaisir comme si c'était une personne âgée qu'on promène dans sa chaise roulante sous le soleil hivernal"
Mais outre la relation des sœurs, ce qui m'a vraiment touché est le rétablissement d'un lien à la nature, quelque chose de l'ordre d'une redécouverte. De voir la richesse qui les entoure et qu'elles apprivoisent, petit à petit, sans pour autant la détruire.

J'avais aussi une curiosité pour comprendre ce qui avait fait périr notre civilisation dans ce roman. A l'heure actuelle, je réalise qu'un tout petit microbe, un peu plus vilain, serait capable de le faire. Alors, la faillite des états, la raréfaction des matières premières et la gloutonnerie pour le confort et la consommation me paraissent d'autant plus dangereux... Je n'ai pas eu de réponse complète, de même que j'ignore, comme les sœurs isolées, si la situation du roman est mondiale, si elle ne concerne que les Etats-Unis ou si ailleurs, d'autres façons de vivre persistent.
"C'est incroyable la rapidité avec laquelle tout le monde s'est adapté à ces changements. J'imagine que c'est comme ça que les gens qui vivent par-delà la forêt s'étaient accoutumés à boire de l'eau en bouteille, à conduire sur des autoroutes bondées et à avoir affaire aux voix automatisées qui répondaient à tous leurs appels. A l'époque, eux aussi, ont pesté et se sont plaints, et bientôt se sont habitués, oubliant presque qu'ils avaient un jour vécu autrement"
"En même temps que l’inquiétude et la confusion est apparu un sentiment d’énergie, de libération. Les anciennes règles avaient été temporairement suspendues, et c’était excitant d’imaginer les changements qui naîtraient inévitablement de ce bouleversement, de réfléchir à tout ce qu’on aurait appris – et corrigé – quand les choses repartiraient. Alors même que la vie de tout le monde devenait plus instable, la plupart des gens semblaient portés par un nouvel optimisme, partager la sensation que nous étions en train de connaître le pire, et que bientôt – quand les choses se seraient arrangées –, les problèmes à l’origine de cette pagaille seraient éliminés du système, et l’Amérique et l’avenir se trouveraient en bien meilleure forme qu’ils ne l’avaient jamais été" 
Malgré cette petite frustration, rien à ajouter ou à retirer dans ce roman - si ce n'est peut-être une scène étonnante entre les deux sœurs. Un livre qui risque de me hanter longtemps - et qui m'interroge sur ce que je sais faire (allumer un feu, identifier des arbres ou des fleurs, cultiver un potager...)
"A la vue des étagères surchargées je me suis arrêtée net. Dans la pénombre de la pièce, m’est revenu tout ce que ces livres m’avaient appris, le réconfort qu’ils m’avaient apporté, le délassement et les défis, et j’ai été bouleversée à l’idée de les laisser. Comme une folle je me suis mise à empiler sur le sol tous ceux sans lesquels il me semblait que nous ne pouvions pas vivre. […] Mais avant même d’en avoir terminé avec la première étagère, j’ai su que la pile était trop lourde pour la transporter à la souche. J’ai vu à quel point il était absurde de vouloir posséder une bibliothèque dans les bois, exposée à la moisissure de l’hiver, à la chaleur de l’été qui fait craqueler le dos des livres, occupant la place dont nous aurions besoin pour d’autres choses. […] Je me suis dit que la vie qui nous attendait était de celles où les livres ne comptaient pas. J’ai songé à Eva m’attendant dans la cour, je me suis rappelé que l’encyclopédie ne m’avait pas aidée pendant son accouchement, qu’aucun livre ne m’avait préparée à sauver la vie de mon père. 
Puis je me suis souvenue à quel point mon père aimait les livres, à quel point il leur faisait confiance, et il m’a semblé que partir les mains vides serait autant une profanation que ne pas enterrer son corps et l’abandonner aux sangliers. 
Je vais en prendre juste trois, ai-je marchandé avec moi-même – un pour Eva, un pour Burl et un pour moi. 
Ils ne se conserveront pas longtemps, ai-je fait valoir. Ils seront mouillés ou déchirés ou sacrifiés à quelque besoin plus urgent. 
C’est bon, ai-je pensé. Un jour on en aura peut-être plus. Et sinon, ça me permettra de me déshabituer de la lecture plus lentement"