vendredi 20 juin 2014

Les Pissenlits

Voilà longtemps que je n'avais pas lu de roman japonais, encore plus que je n'avais pas lu Kawabata. Merci donc au Livre de poche qui me permet de retrouver un auteur que j'apprécie. 

Waterhouse, Le chant du printemps
Waterhouse, Le chant du printemps
Comme souvent avec Kawabata, nous entrons dans un univers étrange. Ici, nos protagonistes, Hisano et la mère d'Inéko, sont à Ikuta, une petite bourgade de bord de mer où ils vont passer le journée. Rien de plus banal a priori. Sauf qu'ils viennent de déposer Inéko, une jeune femme qui souffre de cécité sporadique devant le corps humain, à l’hôpital psychiatrique de la ville. Toute cette journée, ils vont la passer à discuter en se promenant dans la ville. Ils évoquent bien entendu l'absente, que l'on ne rencontre jamais en chair et en os. Leurs rapports avec elle. Ses liens avec son père, décédé lors d'un accident de cheval. Et puis, régulièrement, Hisano demande à faire sortir Inéko de l’hôpital pour l'épouser, pensant ainsi la guérir.

Ce court roman est donc essentiellement un dialogue, qui mêle souvenirs, commentaires sur la vie, sur la mort et sur l'amour. Quelques images fortes viennent marquer le lecteur : la cloche de l'asile qui sonne toutes les trois heures, l'arbre plein de griffures, l'écolier qui ressemble à un elfe, les pissenlits qui se ferment pour la nuit... Et les rapports entre l'amoureux et la mère changent, se teintent d'intimité toujours plus grande, voire d'érotisme, à mesure que s'écoule la journée. Vous l'avez compris, Kawabata promène son lecteur entre atmosphère réaliste et onirisme complet.

Mon plus grand regret ? C'est que ce roman soit resté inachevé ! Alors même qu'on découvrait plus amplement en quoi consistait la cécité devant le corps humain. 

Les Pissenlits vous promet donc une lecture un peu dérangeante, autour de la folie, de l'abandon, de l'amour malheureux. C'est parfois triste et mélancolique, comme lumineux à d'autres. Une véritable palette de sentiments ! Un roman sensible et doux, qui cache des interrogations universelles. 

Mon préféré de l'auteur reste Les Belles endormies. Le Lac était moins chouette mais tout aussi étrange et voyeur...

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