vendredi 7 janvier 2011

La carte et le territoire

Voilà des mois que j'ai lu ce roman, avant qu'il ne gagne le Goncourt... Et puis je n'ai jamais pris le temps de faire un billet. J'avais l'impression que ce prix n'était qu'un prétexte, que ce roman n'était qu'un pale reflet des précédents Houellebecq. Bref, je n'ai pas trouvé grand intérêt à relater cette lecture. Et puis finalement après quelques débats avec des amis, je me suis dit qu'il serait sympathique d'en parler.
Pourquoi ? Mais parce que la vision de l'avenir de la France selon Houellebecq vaut à elle seule la lecture. Pour le reste, ce roman n'a rien d'exceptionnel. Il se lit facilement, comme souvent, mais est bien moins corrosif que les précédents. Heureusement, on garde une bonne dose d'humour et de second degrés.  
Le personnage principal, Jed Martin, est un artiste un peu étrange, un humain hors du monde, un collectionneur... Lorsqu'il se lance dans un sujet, il l'exploite à fond avant de connaitre un long moment de vide. Après la photographie, il revient à l'huile puis aborde la vidéo. C'est aussi un artiste dans le temps, un contemporain de Koons. Un ami de Houellebecq, personnage solitaire, misanthrope et alcoolique. Lequel est assassiné, lequel est enterré. C'est assez malsain quand on lit l'état dans lequel le cadavre est découvert. Et l'enquête qui fait suite. Brr, j'en ai froid dans le dos à l'évoquer. 
Bref, c'est un roman contemporain dans lequel on croise pas mal de people. Un roman de notre société : argent, mal être, ultra consumérisme, on garde tous les thèmes chers à l'écrivain. On zappe un peu le sexe cette fois et c'est tant mieux. Et puis l'on voit éclore une France de la carte postale, des villages typiques, des traditions adorables, de la gastronomie, une France dont tous les éléments auraient été labellisés par l'UNESCO, qui ne pourrait plus évoluer mais ne vivrait que de la vente des souvenirs aux touristes. Assez frappant ! Une France pour les Américains et les Chinois. 
Bref, cette lecture n'est pas la meilleure de la rentrée littéraire. Ni le meilleur des Goncourt.


jeudi 6 janvier 2011

L’atelier rouge

Sylvia Tabet réunit dans ce très beau livre édité par les Editions-dialogues (que je remercie vivement) trois êtres chers à mon cœur : Gary comme spectateur narrateur, Rothko comme fraîchement suicidé et Stael dans l’attente de ce dernier.

Entre Rothko et Stael s’engage alors un dialogue, un règlement de comptes qui se mue en discussion puis en confidences. C'est Gary l'indiscret, le voyeur, le fictif, puisque lui est censé être toujours vivant. A moins que ce ne soient les peintres... Bref, on baigne dans un huis clos artistique qui mêle joyeusement fiction et réalité, biographie et imaginaire

Univers de désespérés (tous se sont suicidés, même si le doute subsiste pour Staël), d'exilés, de perfectionnistes, d'hommes hypersensibles, de philosophes. Personnages en quête, malgré la mort.

Ce qui est fascinant dans ce livre, c'est la facilité avec laquelle se construit le discours. Ce dialogue presque théâtral entre les peintres, espionnés par Gary à qui cela donne aussi du grain à moudre, glisse irrémédiablement du général à l'intime. Suite à une discussion sur les influences, les peintres reviennent à leur formation et à leur culture, leur histoire initiale, presque commune tant elle est proche. D'une description de tableau, on s'attache à parler de vie et de mort. Et tout est très fluide, aucun sujet ne semble prétexte, c'est véritablement un dialogue avec ses coq à l'âne et ses idées poursuivies jusqu'au bout. Il n'y a rien de posé, tout est naturel et j'avoue que c'est un véritable tour de force dans une situation comme celle-ci : tout est fictif mais rien n'est plus évident que ce trio ! Bravo !

Et les dernières pages sur la création de ce roman sont véritablement éclairantes et donnent envie de lire sur le sujet.


Thomas Drimm : La guerre des arbres commence le 13

Merci aux éditions Albin Michel pour cette suite très attendue des aventures de Thomas Drimm
Je ne sais pas si vous vous rappelez de la terrible fin du précédent tome mais ça donnait franchement envie de lire la suite. Le monde était dans de sales draps, c'est le moins qu'on puisse dire. Et ça ne va pas en s'arrangeant dans ce tome ! 

Thomas a repris une vie normale. Sauf qu'une nouvelle menace plane sur les Etats Uniques : une guerre végétale. Les arbres semblent vouloir éradiquer les humains, surtout les jeunes d'ailleurs. Lesquels sont colonisés par une sève toxique... Jennifer la première !
Thomas trouve ça louche, bien entendu. Et nous aussi. Et puis il se passe des trucs pas nets entre son père, Brenda, Lily... Bref, il y a encore anguille sous roche et il n'est pas dit que les choix a priori justes mènent à des résultats bénéfiques. Le coté jeu de hasard est encore bien prononcé. Le passé est aussi entièrement recomposé. Il n'y a aucun repère fiable pour Thomas et ses choix semblent de plus en plus aléatoires tout comme le déroulement de l'histoire... qui se perd un peu dans des errances que je comprends mal. J'imagine que cela servira le tome suivant...
Point positif : le coté écolo permet des références aux textes antiques et ça, c'est toujours un plus pour moi.

Vous l'avez compris, ce tome m'a moins emballée que le précédent et je me demande ce que Mr Van Cauwelaert va nous sortir de son chapeau pour la suite !


mercredi 5 janvier 2011

Au bord de la tombe

Sous titré "Chasseuse de la nuit-tome 1", ce roman de Jeaniene Frost avait tout pour m'inquiéter : une couverture racoleuse, un titre vampiresque et une quatrième de couv' un peu clichée. Ensuite, dès les premiers dialogues, j'ai su que j'allais le finir par curiosité plus que par intérêt ou goût particulier. 
Cat est une mutante. Elle est née d'une humaine violée par un vampire. Son occupation favorite ? Draguer en boite et occire les vampires qui, naïvement, la suivent. Il faut dire qu'elle voue une haine implacable aux créatures de la nuit. Sa maman a bien réussi en terme de persuasion. 
Bien entendu, elle tombe un jour sur un os (haha, c'est hilarant !). Bones, le bien nommé, la séquestre et tente de lui soutirer des infos. Il imagine qu'elle bosse pour un groupe opposé au sien. Quand il découvre qu'ils peuvent faire cause commune, il l’entraîne (endurance, combats, drague, putasserie), la forme et la transforme. Et elle devient un délicieux mais dangereux appas. 
Bien sûr, et je ne pense pas qu'il s'agisse d'un spoiler, l'ambiance est électrique entre le vampire ultra sexy et la mutante supra mignonne qui s'ignore.
Une histoire que j'aurais adoré ado mais dont le style et le scénario ont eu du mal à me tenir en haleine. Dommage !

mardi 4 janvier 2011

The social network


De temps à autre, il m’arrive de tomber sur un film que mes amis, la presse, tout le monde en fait, trouvera objectivement bien, mais qui aura un effet tout à fait différent sur moi. Je n’ai pas réellement su trouver de mot pour décrire ce phénomène, mais j’espère que vous verrez de quoi je parle.
Tout cela pour vous dire que the social network a été un réel raz-de-marée pour moi !
Mais parlons un peu de l’histoire, avant tout. Mark Zuckerberg, vous connaissez ? C’est le fondateur de facebook : un développeur de génie, doté de la dose suffisante d’ambition et de clairvoyance pour que le succès lui sourie. Loin d’être une simple biographie du personnage, the social network retrace la genèse du site web qu’il va créer, sur lequel nous passons tant d’heures et qui a radicalement changé nos habitudes, notre façon d’interagir ou de penser…
Tout commence à Harvard, en 2003 : Mark veut impressionner, faire un coup d’éclat, après s’être fait larguer par une fille bien, pour de bonnes raisons mais sans qu’il ne comprend pas lui-même. Le soir même, il crée facemash, un site web ô combien pendable qui permet aux étudiants de noter les filles d’Harvard à leur photo de trombino. Facebook viendra plus tard, mais la messe est dite, tout ou presque est en place. L’une des plus grosses révolutions de la décennie va avoir lieu, parce qu’un génie mal dégrossi mais pas méchant s’est fait plaquer par sa copine.
A partir de là, on suit l’odyssée, la montée inexorable de Mark, avec toutes les difficultés, tous les coups bas, les éclats de rire et les sanglots que ce voyage va engendrer. Mais au fil de l’aventure, on sent que le héros se retrouve de plus en plus seul, en haut de sa pyramide. Ce que le réalisateur nous montre, c’est le côté humain, douloureux de ce voyage solitaire. Que ces visionnaires, ces destins hors du commun ne naissent pas d’eux-mêmes, mais des mêmes raisons qui nous font prendre les décisions qui nous animent tous les jours. Peut-être envie-t-on les milliards ou le statut de Mark Zuckerberg : loin de l’ériger au range de divinité ou de le peindre en démon, ce fil nous rappelle qu’il est, avant tout, un homme.
The social network est, je pense, objectivement un bon film. L’acteur principal est excellent dans son rôle d’anti-héros, et Mark Flincher a gagné sa place dans mon cœur en signant ce film humain, émouvant, un peu effrayant au final… Et le pari était risqué : tout le monde connaît plus ou moins facebook, et faire un si grand film de cette non-intrigue est un exploit. Pour moi, the social network restera un OVNI hollywoodien, un film qui raconte de façon très terre à terre, presque trop, une histoire qui en aurait fait rêver plus d’un…

Achille au pied léger

Stefano Benni m’était entièrement inconnu. Il semble pourtant avoir un certain succès en Italie. Mais ce n’est pas pour l’auteur que j’ai choisi le livre, c’est pour le titre et la couverture, étonnante…


Le héros, c’est Ulysse. Il y a aussi Pénélope-Pilar, Achille, Vulcano des éditions des forges, Phébus et j’en passe. Sous ces noms antiques, des personnages entre mythologie et réalité, science fiction et normalité. Bon, l’univers est complètement déconnant, à la Boris Vian. Les choses normales prennent des noms improbables : scriptodale pour les manuscrits, les véhicules frayent avec chenilles et dragons. Bref, la réalité est distordue. C’est assez bizarre et j’ai eu beaucoup de mal à m’y habituer (si toutefois j’y suis parvenue).

Quant à l’histoire, elle est aussi étrange. Elle est assez simple en soi et traite de soucis de nos jours : le chômage, l’insomnie, le combat des maisons d’édition, les manifestations, le handicap, etc. Ce qui change tout, c’est quand Ulysse reçoit un mot d’Achille et qu’il tache d’en faire son ami. Je ne décrirais pas le cas médical et social d’Achille mais il est tout simplement hideux et malade. Mais il a une plume d’or, ce à quoi un éditeur et écrivain comme Ulysse ne peut rester indifférent.

Histoire sur l’écriture, les écrivains, les transformations d’un monde pré ou post apocalyptique (proche du notre, il faut le dire), ce petit roman a des cotés très étonnants et d’autres complètement fascinants mais aussi inquiétants. Une lecture hors du commun, qui ne ressemble à aucune autre, mais n’est pas pour autant indispensable. Faut aimer le genre, quoi ! Moi, je reste partagée.

Concours : le résultat !

Bonjour à tous ! 
Merci pour votre participation à mon concours d'anniversaire. Voici les lauréats désignés par la fonction ALEA d'excel :)
Sous vos applaudissements :

Félicitations à Ame(thyst) qui a gagné un livre !

Bravo aussi à Joëlle et Kathel qui ont gagné un petit souvenir indien !

N'oubliez pas de m'envoyer vos adresses.

Et pour tous les participants, quelques images de mon voyage.

lundi 3 janvier 2011

Les bonnes manières


Sous-titré « l’art du chic selon Lady Cartland », ce livre est un véritable manuel. Tout y est décrit pour qu’en toutes circonstances, vous ne fassiez pas de faux pas.

J’adore les manuels de bonnes manières, je trouve cela toujours délicieusement désuet et en même temps fort utile. Souvenez-vous de la charmante Suzette ou de ce manuel. Ce livre-ci date des années soixante et le ton comme le contenu sont effectivement datés. Si beaucoup de principes sont toujours en usage, il est bien rare que la mise à disposition du papier à lettre soit votre première préoccupation lorsque vous recevez quelqu’un pour quelques jours. De plus, si vous êtes français, il y a peu de chance pour que vous invitiez la famille royale britannique à votre réception. Bref, c’est aussi délicieusement décalé et plaisamment british. Vintage en fait ! Et si c’est vintage, c’est mode ! La politesse, la courtoisie et les bonnes manières, c’est tout à fait dans l’air du temps, vous savez. Il existe même des cours ! Pour moi, c’est tout de même le rôle des parents tout ça... mais depuis 68, tout part à vau l’eau mes petits chats ;) !

Et bien entendu, l’ensemble est retro jusqu’au bout : une femme ne doit pas travailler si cela doit nuire à sa vie de famille. Je conçois que cela choque aujourd’hui, même si cela était plus naturel dans les milieux bourgeois d’il y a cinquante ans. Ce qui m’inquiète plus, c’est que certain(e)s pensent toujours ainsi, et pourtant pas les plus idiots ou les plus tradi…
Trèves de divagations ! Le contenu en lui-même est varié. Les situations les plus diverses sont envisagées (à la maison, au théâtre, chez des amis, en famille, entre époux…) et toujours avec calme et sobriété. A retenir : soyez naturel(le)s et ne vous faites pas remarquer. Et évitez de la jouer gros lourd, Monsieur ! ou hystérique chiante, Madame !

Petit bonus : l’apparence du livre. Il est cartonné, deux demoiselles très « Sandy dans Grease » illustrent la couverture et de charmants dessins agrémentent la lecture. Si cela ne m’a pas spécialement donné envie de lire les romans de l’auteur, cela a confirmé mon amour pour ces petits manuels surannés, un peu rose pastel, un peu boudoir, un peu douceur feutrée ! Merci à Livraddict et à J’ai lu pour ce partenariat et bravo pour cette bonne idée de la réédition !


Ce livre voyage ! Inscriptions en commentaire ou en MP :)
Avant de passer chez Liliba, ce livre passe chez Fanny.

dimanche 2 janvier 2011

No problem !

Durant notre voyage en Inde, l’amoureux et moi avons eu l’occasion d’aller au cinéma à Jaipur et de découvrir ainsi le mythique Raj Mandir !
La comédie qui passait ce soir-là reste encore une énigme pour nous… Ne pratiquant pas l’hindi couramment, nous avons du nous contenter de quelques « please », « sorry » et « oh god ! » parsemés dans les dialogues en langue locale.
Nous avons été à la fois surpris par les réactions de certains personnages, en particulier une épouse charmante qui semble avoir des crises de folie durant lesquelles elle cherche à tout prix à assassiner son mari (nous avons assimilé ceci à de la jalousie). Le tape-à-l’œil  comme preuve de richesse était aussi assez étonnant : rassembler des blanches en mini-short et bikini semble être un but à accomplir, à tel point qu’on se croirait par moments dans un clip de rap américain…  En fait, la vulgarité était assez présente dans tout le film.
La première scène d’action caricaturait malgré elle de façon hilarante n’importe quel James Bond ou Mission Impossible : on découvrait là un gang de 6 voleurs à la recherche de diamants. Ces types-là tuent n’importe qui en un seul coup, ils ont bien sûr avec eux une bombe super sexy en cuir ou en mini-jupe, et même un gars qui peut électrocuter par un simple contact de la main !
La deuxième équipe est constituée de deux ou trois personnes (leur « boss » semble osciller entre soutien et trahison…) Ceux-là sont plutôt des amateurs : le premier est le blagueur et la tête pensante, le second le charmeur. C’est d’ailleurs lui qui va tomber amoureux d’une jolie fille apparentée à un inspecteur de police…
C’est à peu près là, après 1h20 que nous avons perdu le fil de l’histoire… Sans avoir tout compris au scénario, nous avons passé un super moment. D’une part parce que le public indien ne cesse d’applaudir, de siffler ou de rire à l’apparition des personnages. Ensuite grâce aux trois scènes de danse façon Bollywood… Et enfin parce que nous avons beaucoup ri à certains excès dans les mises en scène, ou dans la façon de filmer.

mercredi 29 décembre 2010

Une forme de vie

Cette année, j'ai encore craqué. Mais en bibliothèque ce qui est moins onéreux et permet de mieux digérer une déception. J'ai craqué pour Nothomb. Voilà, c'est dit. 
J'imagine que tout le monde connait le scénario : Un soldat américain correspond avec notre chère Amélie. Il est en Irak où l'armée s'attarde. Elle vit en France et reçoit chaque jour des courriers sidérants, drôles, prétentieux, pitoyables... Parmi ses correspondants, c'est ce soldat qui passe petit à petit au premier plan. Il a en effet un argument de poids (si je puis dire), il est obèse et addict à la junk food.
Amélie et la nourriture, c'est toute une histoire. C'est plus souvent les tendances anorexiques que j'ai lu mises en valeur chez elle que les tendances boulimiques ; peut être aussi parce que je suis sensible au premier sujet. Quant à la boulimie, ça me dégoûte au delà de l'imaginable. J'ai donc eu beaucoup de difficultés à lire ce livre parce que son sujet est tout simplement à la limite du supportable (pour moi en tous cas). 
Ce que j'ai aimé, c'est cet échange épistolaire entre deux personnes étrangères et l'amitié qui s'est construite. J'ai aussi adoré les dernières pages et y ai effectivement retrouvé la joyeuse folie d'Amélie Nothomb. Pour le reste, je suis tout à fait désolée d'être si hermétique au sujet, ça m'a vraiment gâché tout le plaisir de la lecture.

mardi 28 décembre 2010

Brûlant secret

Voilà une nouvelle assez longue qui clôt ma lecture du premier tome des œuvres complètes de ce cher Zweig. Et ma participation au challenge de Caro par la même occasion !

Le baron part en vacances dans une station thermale. Là, horreur, il ne connait personne. Le temps risque d’être plus lent à passer que prévu… Ah ! Mais ce rire ! Cette silhouette ! Il y a tout de même une jolie femme dans cet hôtel. Bon, voilà qui promet quelque divertissement. Elle n’est pas seule. Tant pis. Ou tant mieux.
Dès le lendemain, le baron a un plan. Se rapprocher du tiers, à savoir Edgar, adolescent en cure, pour séduire la mère. Au début, tout se déroule pour le mieux. Les deux poissons mordent. Sauf qu’Edgar se révèle un peu plus collant et pénible que prévu.

Extrême dans son amitié puis dans sa haine du baron, l’adolescent sournois et malsain va tout faire pour enquiquiner les adultes. Il faut dire que ce n’est pas très agréable de prendre conscience d’être manipulé, d’être méprisé, d’être écarté. Alors qu’on rêvait d’avoir un nouvel ami, d’être important, enfin, aux yeux de quelqu’un. 
Bref, c’est l’histoire d’une amitié bafouée. Mais surtout l’éveil de pulsions et de curiosités malsaines chez un adolescent. Ce « brûlant secret », Edgar donnerait beaucoup pour le comprendre et le percer à jour...
Apprentissage de la manipulation, cette nouvelle est celle d’une formation humaine. Elle est tout à fait oppressante et menée tambour battant !

lundi 27 décembre 2010

La peur

… n’évite pas le danger ! Voir empoisonne plus l’existence que bien des malheurs. C’est ce que réalise Irène.


En sortant de chez son amant, une femme l’aborde et lui soutire de l’argent. Irène est décontenancée mais imagine qu’il s’agit d’une erreur. Lorsque l’escroqueuse revient et lui demande toujours plus, la vie d’Irène s’en voit totalement bouleversée. Car cette femme répugnante qui la poursuit n’est pas uniquement au courant de sa relation avec un artiste médiocre, elle connait aussi le nom et la position d’Irène dans la bourgeoisie viennoise. Et qu’y a-t-il de pire pour une grande bourgeoise que de voir son nom traîné dans la boue, sa famille l’abandonner et sa richesse fondre ? Bref, il faut tout faire pour éviter le scandale. Donc donner de l’argent. Toujours plus.


Mais l’escroqueuse prend toujours plus d’emprise sur Irène. Même si celle-ci se terre dans son appartement pour éviter l’affrontement, l’autre la joint par lettre, voire se présente jusque chez elle. Devant la montée des chiffres, l’audace de la femme et les regards soupçonneux de son époux, Irène ne voit plus qu’une solution pour enrayer les enchères.

Très belle description psychologique ici encore de la diffusion de la peur, de l’angoisse puis de la panique chez une femme. Zweig excelle décidemment dans le genre (je me répète) et c’est un plaisir renouvelé à chaque lecture !

dimanche 26 décembre 2010

Harry Potter 7

L'amoureux et moi sommes enfin allés au ciné ensemble ! Voici son avis :
Enfin ! Après des mois, des années d’attente, notre sorcier favori revient sur le grand écran pour le final de cette saga qui semble être (oserai-je la comparaison ?) le Star Wars de notre génération…
Force est de constater que David Yates a réussi là où d’autres ont été bien moins convaincants : cette première partie du 7e épisode est un régal !
Même si la qualité des acteurs n’est plus à démontrer, il faut bien avouer que le réalisateur n’avait pas à sa disposition la partie la plus palpitante de l’œuvre de J.K. Rowling : seules quelques scènes d’action viennent en effet scander les longues périodes de fuite, d’attente, de recherche...
Mais le réalisateur a su tirer parfaitement parti du matériau qui était à sa disposition, et nous livre ici un film palpitant à l’atmosphère délicieusement sombre. On sursaute, on se prend au jeu, on a peur, on rit parfois aussi…
Et quand la lumière se rallume, on se met à compter le nombre de jours qu’il nous faudra attendre pour pouvoir savourer la suite !

Et le mien : 
Pour ma part, ça faisait perpette que je n’avais pas mis les pieds dans un cinéma. Il était donc à peu près sûr que je serais de toute façon heureuse de sortir la tête du guidon pour me détendre un peu. Harry Potter est tombé à point !
Pour vous resituer un peu le propos, Harry  est désormais livré à lui même : il n’a plus le cadre de Hogwarts ou les conseils de Dumbledore pour combattre Voldemort. Protégé par l’ordre du Phénix pendant un premier temps, il doit ensuite livrer ses propres combats contre les horcruxes, qui, avouons le, sont bien difficiles à trouver. Heureusement, Ron et Hermione sont toujours de la partie. Comme dans le bouquin, nos trois héros se chamaillent pas mal et n'agissent pas beaucoup. C'est assez lent et ça permet d'admirer les paysages désertiques. 
J’imagine que les puristes hurlent au scandale pour la division en deux films d’un seul livre. Je trouve ça plutôt bien puisque cela nous permet de suivre le récit de Rowling de très près. Franchement, je commence à me faire à ces films et les apprécie de plus en plus !
Mention spéciale pour la mise en scène du conte en ombres chinoises : superbe !

samedi 25 décembre 2010

Lettre d’une inconnue

Un écrivain célibataire rentre de voyage. Il fait le tri de son courrier et y note une lettre d’une épaisseur surprenante. Il décide de l’ouvrir immédiatement et y découvre un manuscrit d’une femme qui ne dévoile pas son identité. Celle-ci retrace l’histoire de son amour pour l’écrivain, amour qui est resté secret et imperceptible à cet homme.
Cette femme passionnée n’a vécue que pour lui, chaque instant de sa vie était dédié à cet amour impossible. Avec précision, la demoiselle décrit les longues années d’attente, les quelques moments bénis où le romancier s’est intéressé à elle.

Cette nouvelle de Zweig est d’une beauté et d’une tristesse rare. C’est une relecture qui fait toujours autant d’effet qu’à la première lecture. Même si la jeune femme nous semble bien souvent trop extrême, trop folle, trop entichée de cet homme, si son amour est presque dangereux, elle est malgré tout touchante et pitoyable. Que ressentir à cette lecture sinon une énorme empathie et une véritable pitié pour la narratrice et les épreuves qu’elle dut traverser. Certainement une des relectures les plus  agréables et les plus surprenantes parmi mes tentatives !


Joyeux Noël !

vendredi 24 décembre 2010

Leporella


C’est peut être l’une des nouvelles les plus inquiétantes et les plus malsaines de Zweig. Elle m’a fait une étrange impression, comme si j’avais côtoyé ce personnage, Crescenz. La demoiselle en question est une rustaude. Elle travaille toute la journée sans faire de pause, sans distraction, uniquement soucieuse de gagner de l’argent. Elle thésaurise. De serveuse campagnarde à domestique d’aristocrate, la laide et sans finesse Crescenz s’élève, gagne toujours plus d’argent. Elle n’a aucune curiosité et agit comme un robot.


Jusqu’au jour où un nouvel intérêt occupe son esprit. Suite à un mot gentil du baron, Crescenz s’entiche de lui. Elle tache de lui faciliter la vie en tous points et se fait sa complice lorsqu’il s’agit de tromper Madame. Elle en conçoit une détestation pour sa maitresse d’autant plus inquiétante qu’elle est opaque, lourde et sans discernement. Heureusement, Madame part soigner ses nerfs en cure. Crescenz devient alors Leporella, rebaptisée ainsi par son maitre et l’une de ses aventures, alors chanteuse dans Don Juan de Mozart. Bien entendu, la situation vire au vinaigre lorsque Madame est de retour…

Une noirceur et une stupidité à laquelle Zweig ne m’avait pas habituée. Il y a un peu de Czentovic du joueur d’échec là dedans…

jeudi 23 décembre 2010

Le bouquiniste Mendel


Zweig propose ici encore de rencontrer un être hors du commun, un être étrange et fascinant, surtout pour les LCA que nous sommes ! Mendel est un bouquiniste. Mais plus que cela, il se souvient de tout ce qu’il a lu avec précision, peut vous proposer une bibliographie sur un sujet en quelques minutes en vous recommandant le meilleur… et mieux encore, vous fournir les livres en question alors qu’ils sont introuvables partout ailleurs.

Notre narrateur croise la route de cet étrange personnage et est tout à fait séduit. Mendel n’a d’autre passion que la lecture. Il passe son temps plongé dans toutes sortes de livres, chez lui ou dans le café voisin.

Des années après leur première rencontre, le narrateur entre dans ce café viennois et y demande des nouvelles de Mendel. Ce n’est pas peu de dire que la guerre (la première) a complètement bouleversé les habitudes et la vie de Mendel…

Encore une fois conquise par Zweig, ce style si fluide, si plaisant !

Traité curieux des charmes de l'amour conjugal dans ce monde et dans l'autre

Emanuel Swedenborg, ça vous dit quelque chose ? Scientifique et philosophe, le coco a un peu décaroché quand il s'est imaginé avoir des entretiens avec les anges.
Ce traité en est un petit témoignage. Choisi parmi d'illustres sages, le narrateur est invité par les anges à découvrir ce qu'est la sagesse et l'amour. Dans des régions éthérées, l'être de sang et l'être d'éther se promènent (un peu à la Dante) et croisent des cités et des hommes bien différents.
Reprenant le principe de l'âge d'or à l'âge de fer, les civilisations premières montrent l'apogée de l'amour conjugal (plus spirituel que physique, hein, nous sommes tout de même dans des régions divines) tandis que les dernières pratiquent la polygamie, la tromperie et s'apparentent aux bêtes. Dans ce petit parcours initiatique, le narrateur rencontre à la fois les partisans de cet amour et ses détracteurs (qui sont bien entendus monstrueux et terrifiants). Il papote aussi avec des philosophes des temps passés. Et il conclut bien évidemment sur la sagesse et la vérité de cet amour conjugal.
Une oeuvre décalée du 18e, un peu tirée par les cheveux, sans humour mais qui prise au second degrés est assez amusante. Bref, notre auteur est un Lucien qui s'ignore.

mercredi 22 décembre 2010

Rachel contre Dieu


… est une très courte et peu connue nouvelle de Zweig.
Dieu décide que vraiment, ces hommes, c’est plus possible ! Une ville se noie dans l’adoration d’idoles, le péché, le blasphème, voire (et c’est encore pire) l’ignorance de Dieu. Alors celui-ci imagine détruire la ville et châtier les humains. Sauf qu’une voix s’élève. Celle de Rachel.


Connaissez-vous Rachel ? Elle devait épouser Jacob qui avait parcouru bien des contrées avant de trouver sa belle. Mais le père de Rachel en avait décidé autrement : Jacob devait prouver sa force et travailler pendant 7ans pour se présenter à nouveau devant Rachel. Les amants vécurent ces longues années dans l’attente de l’autre. Puis quand elles furent enfin écoulées, le patriarche refusa à nouveau le mariage et entrepris de tromper son gendre en le mariant à son ainée. Rachel se révolte et prévient son amant du subterfuge. Mais elle prend sa sœur en pitié et lui apprend comment tromper Jacob. Elle vit pendant toute la durée de la cérémonie du mariage, cachée, prenant la parole à la place de sa sœur : des heures atroces.
C’est cette souffrance, ce sacrifice au delà de la jalousie, qu’elle expose à Dieu, le suppliant d’épargner les hommes et leur ville.


Ici encore, une nouvelle très teintée Ancien testament, qui montre la souffrance du peuple juif, son abnégation. Très belle nouvelle.

Révélation inattendue d’un métier


Nouvelle ironique et pourtant triste de Zweig.


De passage à Paris, le narrateur s’attarde sur les quais. Il se prend d’affection pour un pauvre hère qui l’intrigue. Est-il un policier en civil menant une enquête ? Mais non, voyons, c’est un pickpocket. Et notre narrateur de le suivre et d’observer ses faits et gestes, de l’encourager muettement, de le fustiger lors de prises de risques, bref, de faire tout à fait corps avec cet individu.
Toujours à sa suite, le narrateur déambule dans Paris. Jusqu’à la salle Drouot qui regorge de bourgeois aux porte-monnaies bien remplis !


Une nouvelle aigre douce, sur la misère, sur les classes sociales, sur l’habileté d’un homme et son étrange métier.

mardi 21 décembre 2010

Les deux jumelles



Rentrée d'Inde (Bravo pour ceux qui ont trouvé, le tirage au sort ne tardera pas) après 19h de retard... et sans bagages, j'ai eu amplement le temps de finir les nouvelles que je n'avais pas lues dans le tome 1 des œuvres complètes de Zweig.

Conte signalé comme ‘drolatique’ (cf. Balzac), ce titre de Zweig m’intriguait. J’aime les histoires de gémellité, de frères amis ou ennemis. Ici, on est plutôt dans le deuxième cas.
En Aquitaine, une fière maison se dresse. Ses tours jumelles et son architecture  poussent le narrateur à interroger un habitant. Lequel lui conte l’histoire suivante.
Une femme très belle est aimée par un fier soldat. De leur union naissent des jumelles : Hélène et Sophie, aux noms prédestinants. Toutes deux ne vivent que pour surpasser l’autre. Semblables en beauté et en intelligence, elles ne cessent de prendre des cours, qui de musique, qui de philosophie, qui de danse…
Hélène décide de devenir l’hétaïre la plus riche et la plus recherchée de la contrée. A contrario, sa sœur se dévoue aux pauvres et aux malades, entrant dans les ordres. Leur orgueil n’a pas de fin et Hélène souhaite une bonne fois pour toute triompher de Sophie. Elle la soumet donc à une épreuve…

Très chouette lecture, bien rythmée et aux caractères finement exposés. Une psychologie de l’orgueil tout à fait bien menée !

lundi 20 décembre 2010

La Dame de Montsoreau


J’avais besoin d’une longue période de voyage pour venir à bout d’une telle somme ! Alexandre Dumas n’était pas des moins loquaces, vous le savez bien.  Ici ce roman se déroule à la cour d’Henri III. En quelques sortes, il fait directement suite à la Reine Margot (avec quelques ellipses bien sûr) et l’on retrouve cette cour de France, corrompue, conspirante, courtisane.

Au milieu du menu fretin, quelques fines lames et beaux gentilshommes se distinguent. Il y a Saint-Luc, favori du roi, dont le mariage ouvre le roman. Celui-ci est bien embêté car retenu prisonnier au Louvre par son roi qui ne veut s’en défaire. Difficile dans ces conditions de passer une heureuse nuit de noces.

Le second sublime est Bussy. Meilleure lame du royaume, il est un ami du Duc d’Anjou, le frère et rival aux petits pieds de sa majesté Henri III. Bussy est sans cesse sollicité et provoqué par les mignons d’Henri III, Quelus, d’Epernon, Maugiron et Schomberg qui ne le souffrent guère. Le soir du mariage, ils le provoquent et tentent de l’assassiner. Bussy n’échappe à ce guet-apens que par les bons conseils de Saint-Luc et les soins d’un généreux médecin.  Et cette attaque lui permet de rencontrer la bien jolie Diane de Montsoreau… Commence alors une histoire d’amour et de jalousie. Une histoire de guerre civile et de paix religieuse. Une histoire de traîtres et de fidèles. Une histoire où les mauvais restent très mauvais et bien souvent sournois et les bons ne sont que meilleurs. Une histoire de 1000 pages, avec bien des aventures, quelques longueurs, un personnage extraordinaire, le fou du roi, Chicot, certainement le plus intelligent de tous !

Avec Dumas, pas de surprise, c’est dense, ça se dévore, ça fait pleurer parfois, ça fait sourire. On s’attache aux personnages, on espère que les bons vont gagner mais c’est hélas rarement le cas. 

samedi 18 décembre 2010

La collection invisible



Voilà une nouvelle de Zweig inspirée par la crise économique. Vous savez, 1929, l’inflation terrible qui pousse certainement l’Allemagne dans les bras d’Hitler selon nos manuels d’histoire. Bref, le contexte est difficile et noir. Et les antiquaires ont bien du mal à faire face.

Dans un train, le narrateur rencontre un antiquaire Berlinois qu’il connaît. Celui-ci lui conte la récente rencontre qu’il a fait. Procédé cher à Zweig, on commence à le savoir J
En quête d’œuvres à vendre et de collections à démanteler, notre antiquaire se plonge dans l’historique de ses ventes. Il y retrouve le nom d’un homme dont la collection de dessins et de gravure est tout à fait remarquable. Il décide de lui rendre visite.
Le vieil homme, désormais aveugle, reçoit avec joie et fierté son interlocuteur. Mais ça ne semble pas être le cas de sa famille. Je vous laisse découvrir pourquoi !

Petite nouvelle sur la monomanie, le collectionnisme aigu et l’amour de l’art, ce récit est une ode à l’amour familial.

vendredi 17 décembre 2010

Potiche


Un film qu'est allé voir l'Amoureux... sans moi, encore une fois !
Avez-vous déjà eu l’impression de vous être fait avoir en allant voir un film dont la bande annonce vous avait beaucoup plu, pour finalement découvrir que le film n’est qu’une version diluée de cette même bande annonce, où l’on a en fait condensé toutes les bonnes vannes ?
Personnellement, c’est ce qui m’est arrivé pour Potiche !
Fabrice Luchini, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Juliette Godrèche, Jérémie Rénier (oh oui !)… Le casting du film a de quoi faire saliver. La bande-annonce affichait une intrigue simple et efficace, des répliques cinglantes, tout cela mis en scène par le réalisateur de 8 femmes, que j’avais adoré. Alors oui, j’avais de grosses attentes concernant ce film.
Une fois les lumières éteintes, on sourit beaucoup (« ah oui, c’était une blague de la bande-annonce, ça… » se dit-on alors), on rit parfois devant les quelques scènes audacieuses qu’on ne pressentait pas. Mais rien de surprenant n’arrive, et le film n’a pas la pêche que j’escomptais. Certains passages manquent d’énergie, alors que d’autres m’ont paru (pire encore !) horriblement surjoués…
Soyons honnêtes, on est quand même loin de passer un mauvais moment devant Potiche… Mais Ozon m’avait habitué à mieux, c’est tout.

jeudi 16 décembre 2010

La caverne des idées

Peut être vous rappelez vous la joie avec laquelle j’avais refermé mon précédent livre de Somoza : voilà un auteur qui me plaisait et dont les jeux littéraires m’avaient fascinée. C’est encore le cas ici avec ce roman (que j’ai choisi pour sa couverture en premier lieu. C’est pas tous les jours que les cratères de Brygos sont présentés).

Il va m’être difficile de vous en parler sans tout révéler mais je vais tenter un petit résumé un peu allusif.

Ce roman commence par un crime. Le jeune Tramaque est retrouvé près d’Athènes, dans les collines, le cœur arraché par les loups. Voilà le prélude à l’enquête que mène Héraclès Pontor, ancien ami du père de Tramaque. Son but ? Découvrir ce qui a causé cette mort, qui ne lui semble pas ressembler à un accident. Le commanditaire de l’enquête ? Diagoras, membre de l’académie de Platon et guide de Tramaque, Antise et Eunio, trois éphèbes bien de leur personne.

Puis l’on s’aperçoit que cette histoire est en réalité une traduction. Les notes font apparaître un traducteur soucieux de donner des détails, de contextualiser. Ce traducteur prend de la place car certains aspects de se vie privée nous sont révélés. Sa passion ? L’eidesis. C’est à dire la suggestion d’images dans le texte : dans le second chapitre, le nombre de termes en rapport avec l’ondulation, le froid, le glissant évoque à la fin l’image d’un serpent. Procédé que j’ai trouvé tout à fait passionnant, il faut l’avouer !

Bref, sans rentrer plus dans les détails, sachez que ce roman est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît. L’ambiance de l’Athènes de la guerre du Péloponnèse est remarquablement évoquée sans la lourdeur des traductions de textes anciens, parfois imbuvables (remercions le généreux traducteur) parce que trop près du grec. Encore une fois Somoza a su m’étonner et me plaire par sa maîtrise des jeux littéraires. Superbe aventure !



mercredi 15 décembre 2010

Un crocodile sur un banc de sable


Une lecture de l'Amoureux :

Voilà un livre que je souhaitais lire depuis longtemps : en grande partie car ma chère Praline dévore systématiquement tous les Elizabeth Peters qui passent devant son nez ! Je me suis donc décidé à essayer de comprendre ce qui provoquait un tel intérêt, et sur ses conseils, je me suis lancé dans la lecture d’Un crocodile sur un banc de sable.
Amelia Peabody, l’héroïne, n’est pas une lady britannique ordinaire : elle a beau être riche et de bonne famille, c’est une féministe convaincue. Elle trouve les robes que l’on fait porter aux femmes de son époque bien incommodes, et préfère une vie active faite de nombreux voyages plutôt que de rester tranquillement à broder chez soi. Plutôt que de s’évanouir à la moindre goutte de sang, elle fait preuve de réelles compétences en médecine. Et bien sûr, elle tient tête à n’importe quel mâle mal avisé !
Peu avant son voyage en Egypte, elle rencontre Evelyn, une douce mais très déshéritée jeune femme britannique, et décide de la prendre sous son aile et de l’emmener avec elle dans son voyage sur les bords du Nil.
Les deux femmes vont faire par ailleurs la connaissance de deux jeunes archéologues, victimes d’évènements bien étranges sur leur lieu de fouille : il semblerait en effet que l’une des momies récemment découvertes s’anime la nuit pour tenter de faire fuir les archéologues…
Ce livre plein d’esprit et aux personnages ô combien attachants est d’un genre assez peu commun… Comment classer ce thriller où l’intrigue est tuée dans l’œuf dès le début par les personnages eux-mêmes ? On aurait presque envie d’y croire, à cette histoire de momie : mais non, le but est finalement de savoir qui est le mauvais plaisantin derrière tout ceci, et quels sont ses motifs.
En tout cas, on passe un très bon moment en lisant ce livre, les pages défilent au gré des réparties très réussies et des aventures palpitantes d’Amelia… Tout cela donne furieusement envie d’ouvrir le prochain ! Merci Praline pour cette découverte ;)

mardi 14 décembre 2010

Le chandelier enterré

Ce court roman retrace une histoire juive. Zweig raconte ici ce qui est arrivé aux symboles et aux objets les plus précieux du culte.

Nous sommes à Rome au Ve siècle. Les Vandales envahissent la capitale et la pillent avec la bénédiction du pape. Parmi les objets prestigieux, la ménorah, chandelier à sept branches que la communauté tient de Moïse. Œuvre la plus sacrée, dérobée par Titus lors de la destruction de Jérusalem, elle est maintenant en route vers les contrées africaines. La communauté s’interroge : Comment reprendre ce bien ? Toutes les délégations échouent et c’est finalement quelques vieillards qui trouvent une solution. S’ils ne peuvent pas reprendre le chandelier, qu’au moins ils l’accompagnent dans son voyage. Un enfant les suit, Benjamin, qui doit rapporter aux juifs de Rome ce qui s’est passé ce soir là.
Des années plus tard, Benjamin est un vieil homme à son tour. Il a une nouvelle opportunité de reprendre la ménorah…


Cette histoire se rapproche de la légende, du mythe fondateur. Les personnages ne sont pas uniquement soucieux de retrouver le chandelier, ils sont également remplis de doutes, ils se révoltent contre la volonté d’un dieu qui les met à l’épreuve. On est ici dans l’une des œuvres les plus ‘juives’ de Zweig, une œuvre où l’espoir est plus ou moins possible. Une œuvre qui conte le destin de fuite et la survie complexe des communautés juives. Bref, une œuvre clairement liée au contexte politique et social des années 1940.

lundi 13 décembre 2010

Un amour


Je connaissais de Dino Buzzati son Désert des tartares et les nouvelles du K. J’étais donc enchantée et curieuse de voir que j’avais été retenue pour le partenariat entre BOB et Robert Laffont pour cette traduction et nouvelle édition.

L’histoire d’Antonio Dorigo est simple et assez triste. La cinquantaine bien établie, l’architecte (mais aussi scénariste, décorateur etc) n’a jamais eu de relation sérieuse avec une femme semble-t-il. Lorsqu’il désire en voir une, il appelle une maquerelle qui lui fournit une fille. Cette fois, après un long moment seul, il revient vers Mme Ermelina. Celle-ci le fait rencontrer une petite nouvelle, pas très jolie mais très jeune, danseuse à la Scala, Laïde. Il ne s’entiche pas immédiatement de cette petite gamine, il la trouve d’abord laide et désagréable. Mais quand il commence à l’apprécier, il ne peut plus la lâcher. Il lui propose de la « louer » c’est-à-dire qu’il la paie pour passer du temps avec lui, qu’il lui offre un logement, des sorties... Bizarrement, il ne semble jamais passer de moments sympa avec elle. Il est son larbin, en permanence. Et il l’attend. Et il imagine tout ce qu’elle peut faire quand elle n’est pas avec lui, particulièrement quand elle peut être avec d’autres hommes.


Ici, le leitmotiv est l’attente, la passion dévorante dans son coté le plus noir. Il n’y a jamais de plaisir, de joie. Et au final, c’est assez désespérant. Pour tout dire, je me suis un peu ennuyée des méditations de cet homme trop gentil, trop soumis, trop ennuyeux. Bref, les sentiments d’ennui et d’attente passent bien. Surtout lorsque l’auteur choisit un style sans ponctuation, imitant les pensées rapides sous le crane d’Antonio. Bref, ce roman ne restera pas mon favori de Buzzati et son style m’a beaucoup moins enchanté que mes précédentes lectures. Merci tout de même pour ce partenariat !

samedi 4 décembre 2010

Happy bloganniversaire !


Mon blog a eu 4 ans il y a deux semaines. 

Pour fêter l’événement, je vous propose un petit jeu. Les réponses se font en commentaire. Le gagnant sera tiré au sort parmi les bonnes réponses et recevra un joli paquet. Vous avez jusqu’au 20 décembre à minuit pour jouer.

La question est simple : Dans quel pays vais-je partir les semaines à venir ?

Quelques indices :
C’est le pays du Dieu des petits riens.
Une exposition récente à Branly m’avait enthousiasmé sur leurs créations contemporaines.

Bonne chance !

vendredi 3 décembre 2010

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur


Avec quelques jours de retard, voici ma participation au club de lecture !
J’ai beaucoup aimé ce thème sur l’enfance et ce livre d’Harper Lee. J’avais envie de découvrir ce roman depuis plusieurs années. Il était donc assez logiquement dans ma PAL mais noyé quelque part tout au fond.
Nous découvrons dans ce livre la jeune Scout et son frère Jem. Les enfants d’Atticus, avocat, nous font partager leur quotidien : l’école et les méthodes de la maitresse qui déplore que Scout sache lire en arrivant en classe et lui interdit de le faire ; les légendes autour d’une maison dont l’occupant ne sort jamais ; les voisines un peu folles ; la bonne sévère mais juste…
Je ne voyais cependant pas trop où la narration nous menait. Cette vie des deux enfants et leur croissance était amusante à noter mais j’attendais le scandale. Celui-ci prend la forme d’un procès. Un ‘nègre’ est accusé d’avoir violé une blanche. Atticus est chargé de la défense.
Dans une Amérique rurale, raciste et hypocrite, ces deux enfants et leur père sont un véritable bol d’air, une rencontre plaisante et amusante mais grave. Une belle découverte !

mercredi 1 décembre 2010

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe

Voilà un livre dont le narrateur est un petit chien, Mafia Honey. Petit bichon pas comme les autres puisqu'il partage le quotidien de la divine Marilyn !
Maf nous raconte d'abord son arrivée chez la star, depuis son Angleterre natale jusqu'au choix de Sinatra de ce petit cadeau pour une bonne amie. Entraîné à la suite de la belle dans tous les dîners, sur les tournages, dans ses promenades, le petit Maf porte sur le monde un regard impertinent, non dénué d'humour. Il croque les atmosphères (et les chevilles des fâcheux) avec une surprenante facilité. Il aime aussi à gloser, commenter, digresser sur des sujets littéraires et artistiques. Mais il est aussi le témoin impuissant des déprimes de sa maîtresse. 
Andrew O'Hagan dresse ici un portrait de Marilyn et de son époque à travers un témoin particulier, cultivé et critique. C'est un roman que j'ai apprécié, sans plus. J'avoue m'être parfois lassée de ce narrateur et ennuyée quelques pages. Mais cela reste une lecture agréable.