jeudi 21 mai 2020

Andromaque

Aurais-je relu Racine sans le challenge de Babelio, pas sûre ! Je crois que je préfère le voir joué. Et pourtant, il n'était pas désagréable du tout de replonger dans cette tragédie. Je l'ai étudiée en 4e, rapidement, relue en prépa, et cette année encore. J'apprécie beaucoup la langue du XVIIe siècle, les alexandrins, les personnages antiques, le jeu des passions... bref, c'était un plaisir que de replonger dans cette pièce.

L'intrigue en est simple. Troie est tombée. Andromaque a vu mourir Hector, qu'elle aime toujours, et a sauvé Astyanax. Elle est captive de Pyrrhus qui l'aime mais doit épouser Hermione, laquelle l'aime mais est aimée d'Oreste.
Oreste, envoyé par les grecs pour écarter et tuer Astyanax et pour encourager le mariage d'Hermione et Pyrrhus, aura un peu de mal à remplir sa mission, pris dans un dilemme entre amour et politique. Qui est partagé par les différents personnages de la pièce. Et les oscillations de la passion habitent les personnages tout au long des cinq actes. Evidemment, tout cela finit très mal.

Ce que j'aime particulièrement, ce sont les hésitations d'Andromaque dans l'acte IV et ses échanges avec Céphise. Je vous partage quelques extraits que j'apprécie !

"Phoenix. Vous aimez : c’est assez.
Pyrrhus. Moi l’aimer ? une ingrate
Qui me hait d’autant plus que mon amour la flatte ?
Sans parents, sans amis, sans espoir que sur moi,
Je puis perdre son fils ; peut-être je le doi.
Étrangère… que dis-je ? esclave dans l’Épire,
Je lui donne son fils, mon âme, mon empire ;
Et je ne puis gagner dans son perfide cœur
D'autre rang que celui de son persécuteur ?"
"Pyrrhus. Pour la dernière fois, sauvez-le, sauvez-vous.
Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes,
Combien je vais sur moi faire éclater de haines.
Je renvoie Hermione, et je mets sur son front,
Au lieu de ma couronne, un éternel affront.
Je vous conduis au temple où son hymen s’apprête ;
Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.
Mais ce n’est plus, Madame, une offre à dédaigner :
Je vous le dis, il faut ou périr ou régner."
"Andromaque. Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus ?
Dois-je oublier Hector privé de funérailles,
Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?
Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,
Ensanglantant l’autel qu’il tenoit embrassé ?
Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage,
Et de sang tout couvert échauffant le carnage.
Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,
Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.
Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :
Voilà comme Pyrrhus vint s’offrir à ma vue ;
Voilà par quels exploits il sut se couronner ;
Enfin voilà l’époux que tu me veux donner."
"Hermione. Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne,
Rechercher une Grecque, amant d’une Troyenne ?
Me quitter, me reprendre, et retourner encor
De la fille d’Hélène à la veuve d’Hector ?
Couronner tour à tour l’esclave et la princesse ;
Immoler Troie aux Grecs, au fils d’Hector la Grèce ?
Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi,
D’un héros qui n’est point esclave de sa foi."

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