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lundi 28 mars 2022

Revenir à toi

Le dernier roman de Léonor de Recondo est une déception pour moi. Je ne retrouve plus le rythme de son écriture que j'appréciais tant. C'est le roman d'une quête et d'une reconquête. Quête d'une mère disparue depuis des années, une mère malade. Quête de soi à travers la quête maternelle.

Magdalena a reçu un coup de fil : sa mère a été retrouvée. Ni une ni deux, elle prend le train pour la rejoindre. C'est l'occasion de faire défiler les souvenirs avant d'arriver dans la petite maison au bord du fleuve. Une maison débordante d'objets et de saleté. Avant d'accéder à sa mère et à son passé, Magdalena s'attaque d'abord aux choses. 

Une histoire un peu 'facile', des retrouvailles de roman, l'actrice qui joue Antigone - bien-sûr -, tout cela laisse une impression de bâclé. 



lundi 15 juin 2020

Point cardinal

Une fois encore, j'ai bien aimé l'écriture de Léonor de Récondo mais pas autant que Pietra viva. Cette fois-ci, ce n'est pas l'homosexualité mais la transsexualité qui est au cœur du roman.

Laurent est père de deux enfants, il mène une vie tranquille avec Solange et pourtant, depuis quelques mois, il ne se sent pas bien dans sa vie. Il veut faire émerger la femme en lui. Il se travestit régulièrement mais ça ne suffit pas. Après trois jours de solitude et de travestissement, sa femme comprend qu'il y a anguille sous roche. Elle imagine une maîtresse alors que c'est Lauren qui veut exister. Et ce n'est simple ni pour elle, ni pour ses enfants. Ni pour Laurent. On suit donc le parcours de cet homme qui devient femme peu à peu, avec l'acceptation bienveillante de sa femme et de sa fille, contre son fils. 

Pour un sujet aussi dur que celui-ci, on frôle le happy end et le lisse. Tout se déroule finalement assez facilement. C'est un livre qui se lit vite, comme on regarde une série, mais dont les bons sentiments et les clichés dégoulinent. Pas beaucoup de psychologie des personnages, qu'ils soient à la maison ou au boulot. Rien à retenir malheureusement. 



mardi 7 juillet 2015

Amours

Il m'est arrivé une étrange expérience en dévorant ce titre de Léonor de Recondo : même si je l'ai beaucoup aimé, je n'ai pas eu l'impression de lire un titre du même auteur que Pietra Viva. Je n'ai pas retrouvé cette petite musique ciselée et ces mots si justes, je n'ai pas senti ce monde qu'ils décrivent. Pour autant, ce ne fut pas une mauvaise expérience de lecture mais je m'attendais à d'autres sensations. 

Boucher, Selene et Callisto


Le sujet ? A la fin du XIXème, Anselme et Victoire mènent la vie tranquille de bourgeois de province. Anselme saute sa bonne, Céleste, parce que sa femme le tient éloigné du lit conjugal. Elle ne supporte pas les assauts de son mari et déplore de n'avoir toujours pas d'enfant. Par contre, Céleste se retrouve dans une situation délicate... Une occasion rêvée pour Victoire : elle va pouvoir adopter cet enfant sans même devoir le porter. Mais avec la naissance d'Adrien, Victoire et Céleste se rapprochent et nouent d'étranges amours ancillaires. Le sujet d'abord assez classique, dérape avec le lesbianisme des héroïnes. Il transforme le regard du lecteur sur ce monde suranné et l'interroge sur la vie secrète des grandes maisons d'avant guerre et leurs secrets. C'est étonnant ce sujet récurrent d'amours homosexuelles chez cet auteur. Je me demande à quel point ce genre de choses étaient possibles. Surtout dans ces milieux un peu étriqués, très catholiques et peu imaginatifs. 

Pour ma part, je n'ai guère été émue par ces femmes et leur éveil à la vie. J'ai noté quelques belles pages mais l'ombre de Michel Ange vient surplomber celles-ci. Un bon moment de lecture qui ne restera pas marquant. Dommage.

vendredi 25 octobre 2013

Pietra viva

Ce roman de Léonor de Récondo est une excellente surprise. Son style poétique mais simple, où chaque mot est utile, soutient un texte maîtrisé et touchant.

C'est l'histoire de Michel Ange, le ténébreux Michelangelo, qui vient de recevoir la commande du tombeau de Jules II. Et ce ne sont pas les multiples rebondissements de l'élaboration du tombeau qui sont racontés ici. C'est le choix du marbre à Carrare. Ce marbre que le sculpteur choisit tendrement, devinant dans la pierre les figures à libérer. Michelangelo à Carrare est comme hanté. Le souvenir d'un jeune moine le poursuit. Andrea, homme de dieu à la beauté parfaite, est mort. 
Les vivants, Cavallino qui se prend pour un cheval parmi les loups et Michele, un enfant, perturbent l'artiste, le font réfléchir. 
Ce voyage à Carrare, ce n'est pas simplement un voyage d'affaires, c'est un voyage intellectuel, artistique et spirituel. Et le sculpteur nous entraîne dans ses rêves, ses cauchemars, ses souvenirs, ses lectures. On entraperçoit Pétrarque ("La mort fait l'éloge de la vie comme la nuit celle du jour"), Botticelli, Savonarole et Lorenzo de Médicis autour de lui. Loin du génie misanthrope et brutal, Michelangelo laisse transparaître sa sensibilité.

Ce roman fut un véritable plaisir, un délice. La langue est belle, précise, ciselée ; les personnages, sensibles. Michelangelo a de l'épaisseur, une histoire, des anecdotes. Il est doté d'un véritable caractère, changeant. Il est vivant dans ces pages. Et les moments que l'on passe avec lui sont enrichissants. 

Michel-Ange

Un autre portrait du maître dans Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants