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mercredi 17 février 2021

La boutique aux miracles

Je continue de sortir de la PAL des auteurs sud-américains avec ce roman de Jorge Amado. J'ai eu moins de plaisir à le lire que Gabriela, girofle et cannelle mais j'ai retrouvé une ambiance farfelue et foisonnante sympathique. 

Dans ce roman, il y a deux temps, ou deux romans. Le roman du narrateur, qui raconte la venue du grand Levenson, prix Nobel de littérature à Bahia et le roman d'Archanjo, un obscur écrivain de Bahia que Levenson tire de l'oubli. 

Le narrateur nous montre la folie de la récupération de Pedro Archanjo Ojuoba par tous les intellectuels brésiliens, les publications, les événements et toute l'agitation autour de la valorisation de l'écrivain oublié - auteur de 4 livres dont un livre de cuisine - grâce au mot d'un américain. Chaque journal veut publier les meilleurs articles, mais personne ne sait plus qui est Archanjo, mort seul et pauvre comme Job. 

Dans le même temps, ses recherches retracent la vie d'Archanjo : d'abord sa mort, seul dans une rigole de la vieille ville puis son coup d'éclat lors de l'Afoshe (un carnaval du candomblé, religion syncrétique entre catholicisme et animisme) de 1895 puis d'autres éléments de sa vie, en pointillés : sa rencontre avec Kirsi, la finlandaise, ses amours avec Dorotéia, son amitié avec Lidio Corro, graveur de miracles, son travail d'appariteur à la fac de médecine, son plaisir d'écrire et d'apprendre, sa lutte pour la miscégénation... mais surtout son gout pour les histoires, les femmes et la cachaça !

C'est foisonnant, c'est riche, ça part un peu dans tous les sens entre Archanjo tel qu'il fut, défenseur du métissage en amour comme en religion, et tel qu'il est récupéré. C'est plein de vie !




lundi 29 avril 2013

Cacao

Voilà un livre que j'ai reçu des éditions J'ai Lu voilà plusieurs mois. Et que j'ai oublié sur ma PAL. Je l'ai retrouvé récemment, un peu par hasard.

Ce roman de Jorge Amado n'est pas des plus joyeux. On y suit Sergipano, un jeune homme de bonne famille qui doit travailler suite à la mort de son père. Il devient ouvrier pour le Colonel Mané-la-Peste. 
Dans les plantations de cacao du Brésil, il rejoint une communauté abrutie par le travail, sans un sou pour vivre et maltraitée par ses patrons, qui sont plus des esclavagistes qu'autre chose. Pas de répit pour ces familles, pas d'espoir. La vie s'écoule dans la brutalité, sous le soleil dévorant, à la merci de maîtres tout puissants. Viol et prostitution sont monnaie courante. 
Un jour, Sergipano est choisi pour être pendant quelques jours l'esclave personnel de la fille du patron, Maria. Et là, c'est sa chance... Mais il choisit un autre chemin.

Une langue crue, des dialogues fréquents pour un récit sur l'exploitation ouvrière. On est presque dans un documentaire. Un livre qui m'a beaucoup plu, mené allègrement par un personnage sympathique.

mercredi 3 août 2011

Gabriela, girofle et cannelle


Premier titre pour le challenge amoureux : une histoire qui finit bien !

Des années que ce titre était dans ma LAL. A tel point que je ne sais plus d'où me venait cette recommandation. Et pourtant, cela m'eut été utile car elle était très bonne.

Ce roman, il sent le Garcia Marquez. 

Le village écrasé par la chaleur, les propriétaires enrichis par le cacao, les femmes adultères tuées avec leurs amants, les maîtresses entretenues vues de haut par les "filles de", les luttes politiques entre le vieux colonel et l'étranger parvenu. 
Et au milieu de tout ce petit monde, il y a Nacib, le turc qui tient le bar le plus sympathique d'Ilhéus, petite ville brésilienne, le Vésuve. Il faut dire que sa cuisinière hors pair réalise des petits accompagnements à faire saliver les gourmands. Mais tout tourne mal lorsqu'un beau matin, la vieille Filomena, cuisinière de son état, l'abandonne la veille d'un grand dîner pour la compagnie locale d'autobus qui inaugure sa ligne. Il se met en quête d'une perle et c'est plutôt compliqué.
Alors, en désespoir de cause, il se rend au marché des miséreux, des vagabonds fraîchement arrivés qui ne demandent qu'un bon lit et de quoi manger. Gabriela, fille crasseuse, ne se distingue en rien des autres sinon qu'elle affirme savoir cuisiner. Dubitatif, Nacib l'entraîne.

En éclot une fine cuisinière, souriante, chantante, aimant l'amour, simple et bonne. Nacib ne tarde pas à tomber amoureux de la douce Gabriela. Taraudé par la jalousie, il lui vient des idées... Et s'il l'épousait ?

Cette histoire d'amour, c'est un délice. D'abord parce qu'elle laisse vivre la cité et ses problèmes politiques, ses personnages principaux comme secondaires, que Gabriela, si elle embaume tout le roman, n'en est pas pour autant l'unique centre. Bref, cette histoire laisse la place aux autres, ne les écrase pas.

Ensuite, c'est une histoire d'amour, de jalousie, de fidélité mais tout en nuances. Si Nacib est tantôt complètement accro, tantôt plutôt détaché, Gabriela est faite de tendresse, de douceur, d'attachement. L'amour ne prend jamais ce nom avec elle mais c'est la forme qui trahit le fond. 

Enfin, outre nos amoureux, il en est d'autres qui gravitent autour d'eux : l'amour trahi, l'amour platonique, l'amour charnel... Et le plus beau, le plus pur, le plus entier, c'est certainement celui de Gabriela, malgré ses contradictions.

Envoûtant, enivrant, excellent ! Une belle façon pour moi de rencontrer Jorge Amado.

Le petit plus : les poèmes qui introduisent chaque partie et en donnent le La.